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A urĂŠ l i a Fr e y Photographie

Dossier artistique 2018


A u r ĂŠ l i a Fr e y 9, rue Thomas Edison 13200 Arles France TĂŠl. +33 (0)6 21 65 59 48 www.aureliafrey.com freyaurelia@gmail.com


CV Parcours 2016 : Certification « Photographie d’auteur » Formation à l’ENSP, Arles. 2008-2010 : Membre de la section artistique de la Casa Velázquez à Madrid. 1997-2000 : Diplôme de l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie ENSP (Master européen) Arles.

Expositions collectives Novembre 2017-Janvier 2018 : Apnée, Biennale Fotonoviembre, Tenerife, Espagne. Octobre 2017 : La vie repose sur du silence, Prix Maison Blanche, Marseille, France. Septembre 2017 : La vie repose sur du silence, Festival Manifesto, Toulouse, France. Mai 2017 : La vie repose sur du silence, Monastère d’Halsnoy, Norvège avec Giacomo Brunelli. Avril 2017 : La vie repose sur du silence, Festival Itinéraires des photographes voyageurs, Exposition Salle capitulaire cours Mably, Bordeaux, France. Avril 2014 : Apnée, Festival Itinéraires des photographes voyageurs, Exposition au Marché de Lermes, Bordeaux, France. Novembre-Décembre 2013 : Galerie Artyfact, Paris, France sur le thème Noir(s). Septembre-Décembre 2013 : Apnée, Musée de l’Hospice Saint-Roch d’Issoudun (Indre) avec le soutien de la DRAC Centre, Région Centre, Communauté des communes du pays d’Issoudun. Avec Régis Feugère, Anne Gorouben, Pierre Molinier. Mai-Août 2011 : Fantômes et cauchemars, Ville de Beauvais, Mission Arts plastiques, Musée de l’Historial de la grande guerre, Peronne, France. Novembre 2010 : Surexpositions, Musée d’art de Timisoara, dans le cadre des Rencontres photographiques de Timisoara, Roumanie avec Mirela Popa, Didier Courbot, Gaël Pollin. De octobre 2009 à Aout 2011 : Plusieurs expositions en Espagne et en France (foire internationale, Madridfoto, Photoespana, Circulo de bellas artes etc...)

Expositions personnelles Septembre 2018-Janvier 2019 : Dilectae, Musée Balzac - Château de Saché, Touraine, France. Septembre 2015-Avril 2016 : Apnée, Comptoir de la photographie, Arles, France. Février 2011 : Nevermore, Galerie Vol de nuits, Marseille, France. De 2003 à 2007 : plusieurs expositions dans des Centres Culturels Français (Le Caire, Alexandrie) Musée d’Histoire naturelle (Le Caire) Galerie Maschrabia.

Résidences Octobre 2018 : Lauréate pour la résidence de territoire, à Septfonds dispositif d’action culturelle initié par la DRAC Occitanie en partenariat avec le PETR du Pays Midi-Quercy et les communautés de Communes qui le constituent (Quercy Vert Aveyron, Quercy Caussadaiset Quercy Rouergue et Gorges de l’Aveyron) Le fond et la forme. Juin-Juillet 2018 : Lauréate pour la résidence au Musée Balzac - Château de Saché / Conseil Départemental d’Indre-et-Loire Mai-Juin 2017 : Résidence Halsnoy Kloster et Nord de la Norvège. Mai-Juin 2016 : Lauréate pour la résidence de Halsnoy Kloster en Norvège. Février-Mai 2014 : Lauréate pour la résidence au Musée Picasso d’Antibes / Centre International de Valbonne. Décembre-Mars 2012-2013 : Lauréate pour la résidence au Musée de l’Hospice Saint-Roch / Issoudun Région Centre / DRAC Centre / Ville d’Issoudun. Octobre-Décembre 2011 : Lauréate pour la résidence en arts visuels au Collège J.Perrin, Béziers. «Les chemins de la culture» sur le thème «L’écrit et l’image ou comment la création numérique aborde t-elle l’homme dans son rapport au monde.» 2008-2010 : Membre de la section artistique de la Casa Velázquez à Madrid.

Prix Novembre 2017 : Lauréate, sélectionnée pour la biennale Fotonoviembre, Apnée, Tenerife, Espagne. Octobre 2017 : Lauréate du Prix Maison Blanche, La vie repose sur du silence, Marseille, France. 2nd Prix. Septembre 2017 : Lauréate pour le Festival Manifesto, La vie repose sur du silence, Toulouse, France. Mai 2017 : Lauréate, Sélectionnée pour le Festival, Itinéraires des photographes voyageurs, La vie repose sur du silence, Exposition Salle capitulaire cours Mably, Bordeaux, France. Mai 2015 : Sélectionnée parmi les 13 finalistes pour le Prix QPN (Quinzaine photographique Nantaise), Nantes, France. Avril 2014 : Sélectionnée pour le Festival des Photographes voyageurs, Variations, Bordeaux, France. Mars 2014 : Sélectionnée pour les Boutographies, Festival photographique de Montpellier, France. Mai 2013 : Finaliste pour le Prix QPN, Quinzaine Photographique Nantaise 2013 Mention spéciale du jury. 2008-2010 : Membre de la section artistique de la Casa Velázquez, Madrid, Espagne. 2010 : Lauréate Mission Jeunes artistes, Toulouse

Commandes / Bourses 2018 : Aide à la création de la DRAC, Région PACA, France. / Le pays qui n’est pas / Filande 2013 : Bourse d’aide aux artistes plasticiens de la Région Limousin. 2011: Bourse d’aide à la production. Conseil général du Vaucluse. 2008 : Aide à la création de la DRAC, Région PACA, France. 2008 : Commande du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM) sur le thème de la rivière La Durance en partage : exposition itinérante. Palais Longchamp, Marseille, France. 2007 : Documentaire de quatre mois au Pérou, Equateur, Bolovie dans le cadre du projet Qhapac Nan, le chemin des messagers incas monté par l’association Les colporteurs de mémoire (avec le soutien de AKG-images, ENSP d’Arles / Fuji films / Voyages-sncf / Voix-nomades / CICL) 2003 : Commande de l’Ambassade de France au Caire pour une exposition intitulée Le musée regarde le musée, Le Caire, Egypte.

Publications Apnée, Emmelene Landon et Aurélia Frey Editions nonpareilles Qu’avez-vous fait de la photographie / Ecole Nationale Supérieure de la Photographie Ed. Actes Sud Calle del Barco 13 : Nelly Labère et Aurélia Frey Ed. Casa de Velazquez 2011 Catalogue 2010 Ed. Casa de Velazquez

Presse Géo, Le Monde, Le Monde Diplomatique, Le monde des livres, L’humanité, Le Tigre, Le Pèlerin, Die Zeit, Arkeojunior, Revue SFZ, Télérama, La vie.

Membre du studio Hans Lucas (Paris) Représentée par l’agence Plainpicture (Hamburg), agence spécialisée dans la création publicitaire, éditoriale et graphique. Représentée par l’agence Millénium (Londres) spécialisée dans dans la création publicitaire, édi-


DILECTAE « À quoi me sert d’avoir été Dilecta? »

2018 Au cours d’une résidence de deux mois au musée Balzac, Aurélia Frey a imaginé les derniers instants de l’héroïne du Lys dans la vallée, Blanche-Henriette de Mortsauf. Cette femme vertueuse à la psychologie complexe est inspirée de Laure de Berny, le premier amour d’Honoré de Balzac qu’il a baptisée Dilecta, sa « bien-aimée », en référence à la pieuse Marguerite de Rousselé inhumée en l’église de Saché au XVIIe siècle. Elle fait également écho à d’autres personnages féminins de La Comédie humaine telles Lady Brandon (La Grenadière) ou Stéphanie de Vandières (Adieu). Explorant la vallée de l’Indre et ses châteaux, Aurélia Frey parcourt l’âme d’Henriette pour saisir les dernières visions de l’héroïne alors qu’elle se meurt.

Madame de Mortsauf, Henriette, Blanche se meurt. Aux derniers instants de sa vie, elle se souvient, ses pensées se tournent vers Félix de Vandenesse. De sa vie de recluse, elle qui a toujours refoulé ses désirs et ses pensées les plus secrètes, elle se meurt. Non d’amour mais de ne pas s’être trouvée. On ne peut être blanche et appartenir à ce monde charnel. Elle sera alors Henriette pour celui qu’elle aime. « Mais de quel moi parlez-vous ? Je sens bien des moi en moi. » Elle meurt, d’avoir été Dilecta(e), la pure et l’intouchable. Blanche Henriette ou Henriette Blanche ? Se chercher sans ne se trouver jamais, frôler la folie. Un cri : « Oui, Vivre! Vivre de réalités et non de mensonges ». Madame de Mortsauf est une de ces femmes balzaciennes qui entrouvre les portes de l’invisible, là où tout semble l’amener vers un ailleurs, là où la contemplation des « petites choses » de la vie est un trésor précieux. Aveugle et présente au monde, étrange oxymore, elle est, en effet, duelle, éprise d’idéal, de perfection, mais rêvant d’aimer et d’être aimée, toujours rattrapée, cependant, par le temps, la société, la religion. Personnage féminin dont l’univers intime est le seul palliatif à la souffrance et aux tumultes du monde : le paysage et la nature, comme expression des sentiments. Que reste-t-il de sa mémoire ? Peut-être tout est là, dans ses jardins secrets que j’ai cherché à recueillir. Découvrir un dessin, une peinture, un journal, une tenture froissée, autant de signes : vivre à travers eux, toucher à l’insaisissable, ne serait-ce qu’un instant, fugace, voué à disparaître. Henriette-Blanche : bouquets fanés de ses amours avec Félix, paysages serrés dans la brume comme un douloureux souvenir. Tout y est contenu, délicat et pourtant oppressant. Hésitation entre les visions de Blanche mourante et les souvenirs qui témoignent de sa vie. Quels sont ces visages qui se confondent aux abords de la mort ? Elle seule le sait. En fermant les yeux, Blanche-Henriette aurait pu murmurer : « Les arbres imparfaitement couverts de neige, se détachaient faiblement du fond grisâtre que formait un ciel nuageux, à peine blanchi par la lune. Vus au sein de cette atmosphère fantastique, ils ressemblaient vaguement à des spectres mal enveloppés de leurs linceuls, image gigantesque de la fameuse danse des morts. »* Dilecta(e), la Bien-aimée, ce qui survit de ses désirs et de ses rêves, ses dernières images avant de fermer les yeux. Car il n’y a que la trace...


Dilectae Vallée de l’Indre Résidence au Musée Balzac à Saché, Touraine Septembre 2018 - Janvier 2019 78 X 100 cm

Dilectae Vallée de l’Indre Résidence au Musée Balzac à Saché, Touraine Septembre 2018 - Janvier 2019 50 X 60 cm


Dilectae Vallée de l’Indre Résidence au Musée Balzac à Saché, Touraine Septembre 2018 - Janvier 2019 30 X 45 cm

Dilectae Vallée de l’Indre Résidence au Musée Balzac à Saché, Touraine Septembre 2018 - Janvier 2019 50 X 60 cm


Dilectae Vallée de l’Indre Résidence au Musée Balzac à Saché, Touraine Septembre 2018 - Janvier 2019 Formats 78 X 100 cm, 50 X 60 cm, 20 X 30 cm

Dilectae Vallée de l’Indre Résidence au Musée Balzac à Saché, Touraine Septembre 2018 - Janvier 2019 78 X 100 cm


Dilectae Vallée de l’Indre Résidence au Musée Balzac à Saché, Touraine Septembre 2018 - Janvier 2019 50 X 60 cm

Dilectae Vallée de l’Indre Résidence au Musée Balzac à Saché, Touraine Septembre 2018 - Janvier 2019 50 X 60 cm


— DILECTAE— Textes recueillis par Fabien Ribery Extraits

Ces images sont une lecture des romans de Balzac, notamment du Lys dans la vallée mais aussi Adieu, La femme de trente ans, La Grenadière. Histoires d’un amour sans nom. Forcément, à la lecture d’un livre de poésie, d’un roman quel qu’il soit, il y a des images mentales qui se créent, des résonances, des mots qui se répondent, des mots qui « montent », un va-et-vient incessant entre perception et souvenir. La lecture d’une phrase de Balzac m’a souvent évoqué les mots d’autres auteurs lus en parallèle, d’un siècle, d’un pays différent mais qu’importe. Construction mentale autant que déconstruction. Apparition d’images à ré-assembler pour donner sens. L’homme qui vogue navigue avec son escorte composite à travers le pays. C’est à la fois son propre pays et le totalement inconnu. C’est son rivage et ses oiseaux, son visage dans le mur, son cri en cet appel. Ses propres énigmes, il les emmure-comme si lui- même était une énigme à l’intérieur des murs. Ses propres chagrins aussi. Des chagrins que ni lui ni aucun autre ne peut expliquer. Tarjei Vesaas, La Barque le soir

Il marche là-bas, loin là-bas. Dans les vapeurs d’un matin sans soleil, ou d’une nuit sans nom. La barque. Images infinies et bleues Bleu à l’infini Infini du bleu Le matin ne viendra pas. Jadis, l’été dernier, dans la dernière séquence d’une nuit l’innocence perdue à jamais retrouvée. Dans les disparus des nuits terrestres Une part de moi à toi Reliée. Est-il possible que je meure, moi qui n’ai pas vécu ? Henriette, dans Le Lys dans la vallée, Honoré de Balzac

A fleur de peau. Ta main qui ne sera jamais mienne. A l’ombre de moi-même. Un murmure. Simplement. Brûlure du corps. Froisser un pli. Un cri. Reviens-moi. Et Toi jamais. Les couleurs se délitent. Je te cherche. Sans te trouver. Morsure. Se tenir en cette douleur éveillée. Au seuil de l’aube. Je te sens.  Il n’y a rien. Dans une heure ce sera l’aube, il n’y aura plus de nuit,  juste la clarté sanglante du soleil.

Il me semble qu’elle a laissé ça, derrière elle. Left behind. Un miroir, un visage. Effigie? Il me semble que le miroir interdit d’effleurer le livre, d’y entrer. Qu’y a t-il de contenu, de ses nondits, de ses silences retenus. Les yeux se sont perdus, la lumière aveugle à la lumière des choses. Il me semble qu’on ne peut y toucher, toucher reviendrait à briser. Quels mots derrière l’image sans reflet ? Quels mots pour dire, ne pas dire. Elle voudrait. Pourquoi n’oses-tu pas ? Il me semble que la poussière recouvrira son visage. Peu à peu. Il me semble que ses yeux se fermeront alors.


— DILECTAE— L’herbier d’Henriette

Que nous reste-t-il d’Henriette, peut-être ses carnets, de ses amours avec Félix. Un herbier fantomatique, éphémère, étrangement présent.

... j’y cherchai des fleurs pour lui composer deux bouquets, mais tout en les cueillant une à une, les coupant au pied, les admirant, je pensai que les couleurs et les feuillages avaient une harmonie, une poésie qui se faisait jour dans l’entendement en charmant le regard, comme les phrases musicales réveillent mille souvenirs au fond des cœurs aimants et aimés.

Je recommençai le long travail de cette œuvre poétique à l’accomplissement de laquelle étaient nécessaires toutes les variétés de graminées desquelles je fis une étude approfondie, moins en botaniste qu’en poète, étudiant plus leur esprit que leur forme. Pour trouver une fleur là où elle venais, j’allais souvent à d’énormes distances au bord des eaux, dans les vallons, au sommet des rochers, en pleines landes, butinant des pensées au sein des bois et des bruyères. Dans ces courses, je m’initiai moi-même à des plaisirs inconnus au savant qui vit dans la méditation... Il est dans la nature des effets dont les signifiances sont sans bornes, et qui s’élèvent à la hauteur des plus grandes conceptions morales. Félix de Vandenesse pour Henriette, Le lys dans la vallée, Honoré De Balzac

L’ombre d’un coquelicot sur une chaise vide Une miche de pain, et rien d’autre Un rayon de soleil ressemblant à la lune. Les tableaux ont cessé de refléter des images Il n’y a que le scintillement du vide Et ton absence Et ton silence L’ombre d’un coquelicot sur une chaise vide.


Vues des albums avec les photogrammes Dilectae L’herbier d’Henriette Musée Balzac à Saché, Touraine Septembre 2018 - Janvier 2019

Dilectae L’herbier d’Henriette Résidence au Musée Balzac à Saché, Touraine Septembre 2018 - Janvier 2019


Vues d’expositions Dilectae Parcours au sein du Musée Balzac à Saché, Touraine Septembre 2018 - Janvier 2019

Dilectae Vallée de l’Indre Résidence au Musée Balzac à Saché, Touraine Septembre 2018 - Janvier 2019 78 X 100 cm


LE SORTILEGE DES MARINS Images de Norvège II 2017

Des brumes, des absences, des réminiscences, sans un bruit les mots résonnent, celles de poètes lus... puis l’eau trouble, le maelström, Edgar Poe, Olav H. Hauge,Tarjei Vesaas toujours. Les images se confondent, des silhouettes passent, des hommes sans visages qui n’atteindront jamais la terre ferme, des naufragés de la mémoire. Aux heures où il fait toujours jour, même la nuit, je guette les ombres, d’autres mots surviennent à l’orée des rêves, d’autres images troubles dans la confusion des sens, au bord des îles : de Vesteralen à Lofoten. Nykvag, ou les rives bercées d’arbres solitaires. Elle, droite, au visage invisible pour ne pas oublier.


Le sortilège des marins Norvège, 2017

Le sortilège des marins Norvège, 2017


Le sortilège des marins Norvège, 2017

Le sortilège des marins Norvège, 2017


LA VIE REPOSE SUR DU SILENCE Images de Norvège I 2016

La vie repose sur le silence est né lors d’une ré­sidence réalisée en Norvège au monastère de Halsnoy autour du livre La barque le soir, de l’écri­vain Tarjei Vesaas dont j’aime l’univers et le rapport à la nature. Je suis attirée par cette notion de passage qu’il explore sans cesse, entre le bien et le mal, l’ombre et la lumière, l’eau et la terre. Son écriture traduit les allers-re­tours dans les «méandres» du cerveau, ces va-et-vient entre brume et clarté, entre le réel et le rêve. C’est ainsi qu’il dresse des cathédrales de glace où le silence reten­tit, où le temps est suspendu à mi-chemin entre la vie et la mort. Autant de notions qui font écho aux thèmes qui m’intéressent, ce rapport très fort à la matière, ces person­nages étranges et purs, toujours un peu à part du reste de l’humanité et qui savent voir au-delà des apparences, pris dans le silence qui leur permet de se retirer en eux-mêmes, comme partis à la recherche de mondes intérieurs, voyages où domine toujours l’idée de passage, de basculement. Ce moment où les choses ne sont plus ce qu’elles étaient mais deviennent autres, où le rêve a parfois plus de force que le réel, cette passerelle entre le concret et l’abstrac­tion que je m’efforce d’exprimer en créant une confusion entre photographie et peinture. Entrer dans l’univers de Tarjei Vesaas, dans cet univers de terre et d’eau, de glace et de forêts, de neige et de brume, c’est, selon les paroles de l’écrivain lui-même : Ne pas comprendre, mais être à proximité de ce qui se passe. Je m’intéresse aussi au travail de Anna-Eva Bergman car l’oeuvre du peintre et celle de l’écrivain se font écho comme une double lecture. Il y a, en effet, une résonance qui s’éta­blit de l’un à l’autre, à travers le paysage, thématique es­sentielle de la création littéraire comme de la création picturale, à travers leur recherche personnelle mais com­plémentaire de la lumière et de la matière, et le jeu entre la réalité et l’interprétation de la réalité.


La Vie repose sur du silence Norvège, 2016 100 X 125 cm

La Vie repose sur du silence Norvège, 2016 100 X 125 cm


La Vie repose sur du silence Norvège, 2016 Formats variables 40 X 50 cm / 65 X 80 cm / 78 X 100 cm

La Vie repose sur du silence Norvège, 2016 78 X 100 cm


Vues d’expositions La vie repose sur du silence Festival Itinéraires des photographes voyageurs 2017,Bordeaux Festival Manifesto 2017, Toulouse La Maison Blanche, 2017, Marseille

La Vie repose sur du silence Norvège, 2016 78 X 100 cm


— LA VIE REPOSE SUR DU SILENCE— ­MARC BLANCHET Poèmes (Extraits)

La vie repose sur du silence. Les êtres, les heures - nos souffles. Il y a aussi ces pensées Unies en poussière aujourd’hui. Le vent dehors finira Par entrer et tout défaire. D’ici là les mains se tiennent A l’abri du froid et des larmes. Un instant le plancher Grince dans une chambre Devenue si vraie Qu’elle ne veut pas mourir. La vie repose sur du silence. * Il y a un miroir et rien en lui Ne s’est jamais agité —Rires d’un soir ou cris matinaux. C’est la peinture d’un homme oublié Et toujours elle renvoie Un reflet exact. * L’eau n’a pas connu le jour. Elle a gardé en elle Les guirlandes sombres des poissons Les courants comme d’inaudibles querelles. La nuit s’est déposée dessus Et n’en a pas su davantage Que ces mains refermées Sur nos yeux. *


— L’HEURE DU LOUP— Entretien avec FABIEN RIBERY (Extraits)

Quel corps adoptez-vous lorsque vous photographiez ? Un incroyable besoin de silence, il me semble que le monde autour peut s’écrouler. Ne plus rien voir alors qu’il « faut voir ». C’est un autre état, une autre respiration. Rentrer en soi-même ou dans l’objet, le paysage, la personne photographiée. Il n’y a plus rien d’autre qui compte.  Cette respiration arrêtée est parfois douloureuse :  ne pas arriver à trouver, ne pas arriver à voir ce que l’on voit ou ce que l’on voudrait voir, chercher, se déplacer, en tension parfois. Mais toujours en silence, en se sentant vivre.

En quoi la peinture vous inspiret-elle ? Quand vous entrez dans un musée, qu’espérez-vous ?

Il y a dans la poétique photographique d’Aurélia Frey une recherche d’atemporalité et de solitude très précieuses en notre époque de bavardage continuel et de lumières aveuglantes. Apprendre à voir dans le noir, ne pas craindre de se perdre, accueillir la présence de ce qui approche, sont des attitudes physiques, mais avant tout morales. Aurélia Frey, dont l’oeil est profondément nourri de peinture, photographie des trésors éphémères, des fragments de paroles incarnées, des souffles. La beauté de ses images est celle des prières que l’on fait à genoux certaines nuits d’insomnie, attendant de l’ombre des réponses que ne nous donnera pas le jour. Le cadre est ainsi vécu comme ce qui donne forme à l’informe, une confiance, un soutien quand tout tremble. Photographier consiste donc pour Aurélia Frey à ouvrir les portes de la perception, en se laissant surprendre par ce qui apparaît, tel l’agneau radieux de Zurbaran face à l’éclair du couteau au moment du sacrifice. Fabien Ribery, 2017

Quand j’entre dans un musée, se produit le même phénomène que lorsque je photographie, la respiration change : l’absence au monde «  réel  », à ce qui m’entoure. Je sais que je passerai devant des peintures, que certaines ne me parleront pas et puis soudain au détour d’une salle, un regard ou un arbre debout, là seul au milieu de nulle part, une image qui   peu à peu se tient au milieu de la pièce, envahissante de lumière, de matière. Envie de toucher. Le regard de cette femme : a-t-elle seulement vécu ? Qu’a -t-elle fait ? Et ses mains arrêtées, en suspension, son regard, perçant, froid. Un cavalier qui passe, son cheval renversé. Il n’y a plus personne autour, plus que le silence ou les cris, les murmures étouffées de la toile, la matière, la texture qui reflète, entraîne, noie, qui fait oubli. Oublier. Et se Souvenir.

Toute la magie de la peinture, comme un négatif dans lequel on pourrait pénétrer, se fondre, se noyer, s’inventer, se ré-inventer. Faire vivre, revivre les ombres.

Croyez-vous aux fantômes ? Dans un sens, oui, je crois aux fantômes, à ceux qui ont été là présents sur une plaque de verre, ou prisonniers de la toile à jamais, qui hantent nos mémoires, qui s’effacent, qui ont déjà basculé dans le noir, mais que la photographie, cherche à faire ré-apparaître encore l’espace d’un instant, prolonger la vie. « L’univers grouille de fantômes ou de reflets mal colorisés, mal doublés ; Les teintes en vieillissant débordent les formes ; peu à peu les langues anciennes se désynchronisent sur les chairs de mes lèvres », écrit Pascal Quignard dans Les ombres errantes.


APNÉE 2013-2014

Apnée, projet photographique qui a vu le jour lors d’une résidence au musée de l’Hospice Saint-Roch (Issoudun) et réalisé entre La Creuse et Le Berry, s’inspire à la fois des Contes d’une grand-mère que George Sand racontait à ses petites filles et des Légendes Rustiques rassemblées par son fils Maurice. George Sand a mis par écrit ces récits oraux fantastiques pour les sauver de «l’oubli qui marche vite». Ces récits d’un autre âge proposent une explication du monde basée sur l’irrationnel. Pour ce travail, j’ai choisi d’interpréter librement ces légendes et l’univers de l’écrivain. J’ai axé mes recherches sur le paysage et les intérieurs mystérieux semblables à cet étrange château de Pictordu, où s’animent, parmi les ruines, des statues douées de vie. J’ai cherché à créer une confusion entre réel et irréel, entre peinture et photographie de manière à faire revivre l’atmosphère surnaturelle des récits de George Sand. Mettre en réponse des images du passé avec celles du présent.

Apnée est le titre donné à cet ensemble d’images inspirées par ces textes. Chacune de ces photographies explore en effet l’état de ce qui varie, mais aussi la question de la modification, du changement, de l’écart, des passages d’un état à l’autre, des images différentes et au fond presque toujours similaires. Une variation sur un même thème, une modification du ton, de l’harmonie, du rythme autour d’une même ligne mélodique. Une petite musique qui s’obstine et s’accroche à la mémoire, des images qui en appellent d’autres, en lévitation, en suspension, des images qui échappent et créent une passerelle de moi vers les autres, d’ici vers là-bas, d’ici vers l’Ailleurs. La photographie est pour moi comme les mots d’un poème, d’un roman, d’un conte, des mots comme méditation, silence… A la fin de la lecture, s’il y a une fin, il ne reste que la résonance, l’émotion. De cet ensemble d’images est né un Livre Apnée avec l’écrivaine Emmelene Landon, paru aux éditions nonpareilles.


Apnée 2013-2014 100 X 125 cm

Apnée 2013-2014 100 X 125 cm


Apnée 2013-2014 Formats 78 X 100 et 100 X 125 cm

Apnée 2013-2014 78 X 100 cm


Vue d’expositions de Apnée Musée de l’Hospice Saint-Roch Issoudun, France 2013 Biennale Fotonoviembre Ténérife, Espagne 2018

Apnée 2013-2014 100 X 125 cm


— APNÉE—

EMMELENE LANDON 2014 (Extraits du livre Apnée / Editions Nonpareilles)

.... Nous nous retrouvons sur cette île, dans l’empreinte laissée par ses photos, comme quand on ferme les yeux après avoir regardé le soleil. Une tache. Comment mémoriser une tache ? Comment décrire un éblouissement ? Comment garder l’empreinte d’un éblouissement ? (On arrête de respirer.) Nous marchons au soleil, dans une mémoire obscure de ses photos. Rien de tel que le noir pour mettre en valeur l’éblouissement. On regarde les photos d’Aurélia, happé, attiré par la lumière. C’est le noir qui reste. Le noir au réveil, quand on essaie de se rappeler d’un rêve. Un souvenir flou d’une importance partie en fumée, ne laissant que la nécessité. L’ombre d’une richesse inouïe d’un vide. Le réveil nous ramène au monde. (Sans rien retenir.)

Basculer dans la brume de l’enfance. Fugue. Ne rien oser toucher. Arrêt du temps. Peur. Guetter les pas de l’ogre, de l’intrus quand on est soi-même intrus, dans une vie, une autre vie, sa propre vie. Surface rugueuse poussiéreuse souvenir d’un repas impossible au cimetière aire de jeux. Emmelene Landon, 2014

Aurélia crée des images au bord de l’évanouissement avec le regard d’un animal. Si Yasujirô Ozu filme à hauteur d’enfant, Aurélia photographie à hauteur d’animal. L’oeil anticipe le monde en courant entre deux états. Trajectoires entre les buissons, dans la forêt, d’un point d’eau à un nid mousseux. Elle se dérobe comme un animal, elle se retient, entre le visible et le caché. (Trouver un coin pour dormir.) ....

.... Au départ, cet intense éblouissement. Vous entrez dans un autre monde, saisi par un détail. Retrouvez ce détail partout. Travaillez-le. Impossible de décrire ce détail qui revient sans cesse. Mais vous sentez bien que c’est un étrange bonheur. Inside out back the front upside down through the looking glass Once you accept you’re looking through the looking glass Veux-tu dire que la réalité est toujours décevante, auquel cas les photos, qui ne rapportent pas tout, sont supérieures ? Ou que l’on attende trop de la réalité et de toute façon les photos ne peuvent ni la montrer ni montrer ce que l’on en attend ?


LA CHAMBRE DES PEINTURES à propos de Nevermore, Passage, Par la forêt obscure La pièce est sombre et les persiennes sont fermées. Du dehors filtre un jour blanc et brûlant que je ne laisserai pas rentrer. Dans ma chambre noire, je me suis retirée seule. J’ai renoncé au monde, j’ai retrouvé le silence. Plus personne, plus d’objet, plus rien. Qu’une clarté pâle qui glisse sur les murs, révélant sur son passage des taches dans le papier, des fissures, comme de croûtes de peinture. Cette nuit, pourtant, j’ai cru voir autre chose dans son reflet d’argent : un sourire, un oiseau, un visage mangé d’ombre dont l’œil unique était posé sur moi. Qui sont ces êtres que j’ignore et qui tapissent les murs de ma chambre ? Depuis combien de temps sont-ils là, tapis dans l’ombre, à me regarder ?

Avec beaucoup de retenue et dans le plus grand dépouillement, Aurélia Frey nous propose ici comme un autoportrait photographique. Un portrait sombre et austère, traversé de clartés, qui ressemble à un rêve et résonne aussi comme une leçon de ténèbres. Les  photographies qu’elle a choisies, ou plutôt qu’elle n’a pas retirées, sont empruntées à trois séries récentes  : Par la forêt obscure (2005), Passage (2005-2006) et Nevermore (2009). Trois séries en clair-obscur, dont les titres parlent pour elle et qui reflètent, mieux que toutes autres, ses visions intérieures. Tout est là, en quelques traits esquissés : la magie des images produites au sténopé  ; la peinture ancienne qu’elle lit depuis son enfance ; ses choix de photographe, décalés, assumés ; ses rêves et ses fantômes, bien sûr, visages troubles qui dorment dans sa mémoire et n’attendent qu’une lueur pour la visiter. Et puis le silence. La lumière qui le dispute aux ténèbres. L’attente d’un dévoilement.

Depuis plusieurs années, Aurélia Frey consacre une partie de son travail à photographier la peinture ancienne. En vérité, c’est elle qui se laisse regarder, raconter par la peinture. Les vieux tableaux, elle les aime d’abord pour eux-mêmes, dans leur matérialité : elle les chérit et elle leur rend visite comme à des parents très âgés. En se plaçant sur le côté, tout près des oeuvres, elle les contemple dans leur grand âge, elle s’attendrit de leurs faiblesses, elle éclaire d’un regard leurs vieux visages fatigués. Depuis longtemps, les histoires des anciens la fascinent, de même que toutes ces vies peintes que d’autres, avant elle, ont su fixer dans l’instant et pour l’éternité. Car la peinture, qui est la mère de toutes ses histoires, est aussi pour elle la sœur aînée du rêve. Infante à la rose, traversée du Styx : des histoires familières qu’elle vient écouter en peinture. Cheville de la sainte, le vieillard qui attend, un oiseau qui se consume : des images qui reviennent ou plutôt renaissent, toujours semblables et à chaque fois différentes, comme les images de ces rêves que l’on fait souvent. Car enfin, Aurélia Frey rêve beaucoup : elle vit, elle aime et elle pleure dans son sommeil. Elle rêve aussi les yeux ouverts, elle rêve en photographie comme elle rêve dans la chambre des peintures. Il reste qu’Aurélia Frey a une manière bien étrange de photographier la peinture. Sans flash ni éclairage, sans cadrage convenu, elle provoque le hasard et fait entrer la lumière dans la peinture, révélant ainsi des images qui nous sont inconnues. Sous le regard du photographe, le tableau en effet vacille, l’image se fragmente, l’illusion picturale un instant est rompue. …………


Quelque chose de nouveau apparaît, qui est une lumière : un reflet naturel qui n’appartient qu’au tableau et à celui ou celle qui le contemple ; un voile lumineux qui rend visible en même temps qu’il dissimule et qui est le début d’une apparition. Dans ce reflet d’argent affleurent tout à la fois les aspérités du tableau, le travail du peintre, les marques et les blessures du temps. Et puis des images nouvelles, insoupçonnées, évanescentes, qui semblent tantôt réfléchies par la toile, tantôt projetées au plus profond de la peinture. Le tableau ainsi transfiguré n’est plus seulement une image : c’est une peau vieillie, chargée de signes, qui porte en elle le « négatif » de la peinture. C’est aussi un seuil, un miroir et une ouverture : un lieu de contact et de passage vers un « au-delà » de la peinture qui est le vaste monde de la mémoire et de l’imagination. Entre joies et peines, les visions intérieures d’Aurélia Frey nous parlent de la solitude et de l’absence, d’un abîme où la lumière combat sans fin les ténèbres, d’un œil qui attire, d’un appel qu’on attend. Ses photographies nous montrent également des visages de disparus, surpris au sténopé : ceux qu’on regrette et qu’on ne reverra jamais, ceux qu’on n’a jamais connus et qui pourtant marchent dans nos rêves. Visions uniques, images aléatoires du sténopé où la lumière transpose directement sur le papier ce que nul ne peut vraiment prévoir. Vrais fantômes, images pures, lorsque la lumière est son propre photographe, que l’art et le monde sont enfin confondus.

Emmanuel Lurin Historien d’art, spécialisé dans le domaine des arts français et italien du XVIe siècle. Maître de conférence en histoire de l’art moderne à l’Université Paris Sorbonne-Paris IV


Nevermore Le miroir des limbes #1, #2, #3, #4 Espagne 2009 78 X 100 cm Tirage Hahnemühle contrecollé sur dibond

Nevermore L’aigle noir Espagne 2009 95 X 120 cm Tirage Hahnemühle contrecollé sur dibond


Vues d’expositions de Nevermore Madrid Foto, Espagne 2010 Galerie Espace Evolution Pierre Cardin Paris, France 2009 Galerie Vol de nuit Marseille, France 2011

Nevermore Nevermore 95 X 230 cm Espagne 2009 Tirage Hahnemühle contrecollé sur dibond


Nevermore La farandole 95 X 120 cm Espagne 2009 Tirage Hahnemühle contrecollé sur dibond

Nevermore Le Phénicien 95 X 120 cm Espagne 2009 Tirage Hahnemühle contrecollé sur dibond


PASSAGE 2005-2006

Entre là et l’ailleurs, il n’y a qu’un pas et quelques traversées, avec les photographies qu’Aurélia Frey a réalisées et assemblées sous le concept de Passage. Franchissement, changement d’un état à un autre, ses champs magnétiques invitent à voir les choses autrement. Elle nous propose son autre côté du miroir, telle une méditation à haute voix dont elle nous rend témoin, dans une langue d’ombre. Ses divagations sont hors tension, on y trouve une sérénité apparente, pas de cataclysme ou alors intérieur... Sa traversée, son voyage, relèvent d’une initiation au désert, d’un horizon à perte de vue, de nostalgies, d’un monde prononcé ici qui est alors vu là-bas, d’images qui contiennent cela qu’elles ne contiennent plus, comme sait le dire Bernard Noël. Passage est une série de brume, à la manière de Turner, dans un flou jouant entre intérieur et extérieur, entre étrangeté et éloignement, présence et absence. Son univers est silencieux. Le ciel pénètre la terre, l’arbre pénètre le ciel. L’icône est discrète, expressive. De révélations à représentation, l’artiste livre, comme une confidence, les labyrinthes de ses obscurités, ses vérités, construit son vrai et son faux, ouvre à une géométrie du regard, à travers ombre et lumière.

Un regard témoin scrute, derrière la croisée des fenêtres, conduisant notre regard, de transparence à opacité, devant, derrière, au loin, dessous, à côté. Ce contrepoint donne naissance à une complicité, et ramène à la réalité, toutes les formes d’imagination, intérieure ou extérieure, ne sontelles pas, comme le dit Georges Bataille, un processus de sélection et d’assemblage ? Un peu de mémoire, une vitre posée, un reflet, une ressemblance, fabriquent l’épaisseur du signe qui rejoint l’épaisseur du temps, animé, inanimé. Quel est ce visage ? C’est un trou dans l’espace, un regard dans la vitre noire, toucher le ciel, une énigme, un miroir. L’assemblage et le tremblé de ce Passage construisent un monde autre, diaphane, mettant en scène et en jeu éléments naturels ou recomposés. Aurélia Frey trace des allées, visibles et invisibles, casse le temps qui se suspend. Le semblant, l’image, le fragment, échappent alors à la citation, et nous laissent cette part d’innocence à déchiffrer, à reconstruire, poussant celui qui regarde à marcher sur soi comme fit l’A utre sur la mer. Brigitte Rémer Sociologue, Auteur (Ouvrages : Fragments d’un discours théâtral, Cultures au faubourg...) Alexandrie, Février 2006


Passage Sans titre Egypte 2005 95 X 120 cm Tirage Hahnemühle contrecollé sur dibond

Passage Sans titre Egypte 2004 95 X 120 cm Tirage Hahnemühle contrecollé sur dibond


Vues d’expositions de Passage Galeria Dionis Bennassar Septembre 2009 Madrid, Espagne Madrid Foto 2010 Madrid, Espagne Galeria Paz y Comedias Juin 2009 Valence, Espagne

Passage Sans titre Egypte 2004 95 X 120 cm Tirage Hahnemühle contrecollé sur dibond


Passage Sans titre Egypte 2004 95 X 120 cm Tirage Hahnemühle contrecollé sur dibond

Passage Sans titre Egypte 2004 95 X 120 cm Tirage Hahnemühle contrecollé sur dibond


PAR LA FORET OBSCURE 2005

Au milieu du chemin de notre vie je me retrouvais par une forêt obscure car la voie droite était perdue. Ah dire ce qu’elle était chose dure cette forêt féroce et âpre et forte Qui ranime la peur dans la pensée ! Dante La Divine comédie

Ainsi commence le long voyage de Dante, sa douloureuse initiation au travers des enfers. Ici, c’est aussi d’un voyage qu’il s’agit, voyage dans la peinture des grands maîtres : Titien, De Vinci, Michel-Ange, Caravage... Au coeur de ce parcours se dévoile une exploration de la matière photographique et picturale. Cette découverte passe par un support privilégié, le sténopé. Cet appareil archaïque, rudimentaire, qui préserve le mystère et l’énigmatique, isole dans la lumière un détail, une figure qui s’offre à mes regards, figure affaiblie par un long silence, figée dans un tourment que l’on devine éternel... Derrière un miroir déformant, apparaissent ainsi au milieu des ténèbres des figures fantasmagoriques, bestiaire fantastique, monstres humains, sorcières, visages distendus par un invisible supplice : parade macabre figée dans le silence.

The nuanced relationship between theatricality and space is explored in Aurelia Frey black and white photographs of faces and abstracted natural settings. In a series entitled ‘Through the dark forest’, the young French photographer presents a cast of characters straight of a crystal ball - though contemplated by the viewer, they themselves seem to be haunted by the act of looking, caught in a world of abstract darkness that is half film-noir drama, half nightmarish reverie. But there’s a calmness that runs through these personages’ expressions - as if they had rehearsed it all in front of a reflecting window, or as if they were preparing their own film-still takes, as if they were acting out a plot they cannot change, looking slightly askance through a mirror that simply, immediately changes what’s normal into a play. If there could ever be frank portraiture of fairies, this is what it might look like, partial, vivid, slightly paranoid of being found out. The perfect foil to these masks are the forests whose misty, placid and slightly amorphous nature Frey candidly captures, as richly as if she lived in them. Or, if you will forgive my own personal projections, could they the metaphoric settings for the theatre of torn expressions we saw above? Lupe Nunez-Fernandez Critique d’art pour la galerie Saatchi, Londres 2008


Par la forêt obscure Sans titre, 2005

Par la forêt obscure Sans titre, 2005


Vues d’expositions de Par la forêt obscure Musée d’art de Timisoara Surexpositions 2010 Timisoara, Roumanie

Par la forêt obscure Sans titre, 2005


CALLE DEL BARCO 13 2009-2010

Projet éditorial, fruit de la collaboration entre Nelly Labère, normalienne, agrégée de lettres modernes, Maître de Conférences Université de Bordeaux III pour les textes et Aurélia Frey pour les photographies. Travail réalisé à Madrid dans le cadre de la résidence à la Casa de Velázquez.

Comment rendre compte de l’identité mouvante de Madrid ? Comment éclairer ses mutations les plus intimes inscrites dans le paysage urbain ? Comment esquisser le portrait d’une de ses rues emblématiques, à mi-chemin entre l’Eglise San Ildefonso et Gran Vía, à la limite des quartiers de Chueca et de Malasaña, à travers ses habitants réels et fantasmés ?

Calle del Barco 13 est ce livre utopique qui réunit 13 portraits littéraires et photographiques issus des rencontres et des entretiens réalisés Calle del Barco. Photographies, citations et textes poétiques se mêlent pour suggérer la vie d’une rue qui ne sera jamais montrée si ce n’est par ses portraits réels mais détournés. Traverse, lien et lieu d’observation privilégiés pour témoigner d’un métissage culturel faisant cohabiter, sur une même section urbaine, les différents acteurs d’une identité plurielle et complexe, la Calle del Barco invite à (re)-découvrir la géographie de Madrid. Loin de se vouloir une enquête sociologique, ce projet entend donner à voir les indices de ces mutations sociales tout en les inscrivant dans un livre résolument esthétique et poétique.


Calle del Barco 13 Mon nom à moi Madrid 2009

Mon nom à moi, c’est Romina. C’est mon nom de scène. Et maintenant, c’est mon nom à moi. Parfois, on m’appelle Che à cause de mon accent. Mais mon nom de baptême, c’est Diego. 32 ans que je le porte comme une croix, 28 ans que je le prononce, 4 ans que j’essaie de l’oublier. Mon nom à moi, c’est Romina. Mon père, il s’appelle Diego lui aussi, comme mon grand-père. Le premier garçon s’appelle Diego dans la famille. Je n’ai jamais aimé ce nom, celui de mon père. Il m’a toujours collé à la peau, comme une crème pas chère. Maintenant, les crèmes chères, je peux me les payer. Elles coûtent la peau du cul, comme dit ma mère. Cela n’a jamais été plus vrai. Bientôt, je pourrai effacer mon nom. Ça prend du temps et ça coûte cher. Mais ça aussi j’y arriverai. Extrait des textes de Nelly Labère


Calle del Barco 13 Rojo Madrid 2009

Il m’a regardé longuement, droit dans les yeux, sans ciller ni obliquer. Je sentais juste le froid du pistolet embraser ma peur. Pourquoi crier ? Pourquoi parler ? Frères de sang, ennemis jurés, nous l’avions toujours été. Je me suis souvenu de ces heures à imaginer la confession ultime, celle qui me pardonnerait d’être né, de ne pas souffrir autant que lui et de ne pas savoir aimer. Depuis aussi longtemps que je m’en souvienne, je l’ai toujours abhorré. Sa froideur, sa grandeur, sa raideur : un piètre représentant de la sainteté déguisé en poupée pour les parades et les festivités. Du galon, en veux-tu en voilà mais rien qui ne me fasse m’incliner. Moi, je suis rouge depuis le plus profond de mes artères, je n’ai de père que celui que ma mère m’a donné, je n’ai pour frères que ceux qui ont le poing levé. Je crache sur sa face parce que je n’ai pas de pitié pour celui qui se cache dans les corsets, qui s’accroche au-dessus des lits et qui s’affiche dans un sourire composé. J’en avais oublié l’autre à côté, à genoux, en train de prier. À cette seconde, j’avais juste envie de le tuer, pour faire taire sa peur au ventre et sa foi en l’éternité, pour que les murmures cessent enfin, dans leur credo insipide, sur les lèvres crispées. Pas le temps de tergiverser. C’était lui ou l’autre. J’ai tiré. Le sang n’a pas coulé. L’un n’a pas bougé. L’autre s’est relevé. Il s’est enfui, certain que le Christ l’avait sauvé. Moi, je sais avec qui j’ai voulu en terminer.

Calle del Barco 13 Les yeux d’Elsa #1, #2, #3 Madrid 2009

Extrait des textes de Nelly Labère


Calle del Barco 13 Madrid 2009

Calle del Barco 13 Anywhere Madrid 2009

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Dossier Artistique Aurélia Frey 2018  

Dossier artistique / Bio 2018

Dossier Artistique Aurélia Frey 2018  

Dossier artistique / Bio 2018

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