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Petya Ivanova-Fournier


PETYA IVANOVA-FOURNIER

LE FRANCIQUE le devoir d’exister d’une langue

ISBN : 978-2-924066-02-7 Dépôt légal - Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2011 Dépôt légal - Bibliothèque et Archives Canada, 2011

©Editions Au-delà des mots, 2011 Québec, Canada


A Raoul

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Le francique, la langue de Clovis, de Charlemagne, de Robert Schuman et de 400 000 hommes et femmes en Lorraine, est-il voué à disparaitre ? Les pages qui suivent tentent de répondre à cette question, au travers d’un aperçu historique et d’une enquête menée auprès de familles mixtes.

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Pourquoi cet ouvrage Cet ouvrage est consacré au francique, une langue qui n’est pas la mienne et dont j’ignorais l’existence il y a encore quelques années. Je l’ai découverte au fur et à mesure, en observant les comportements langagiers autour de moi : les parents parlaient en platt avec les grands-parents ou avec leurs amis, mais ils parlaient en français avec leurs enfants ! J’ai toujours perçu cette attitude comme un préjudice par rapport aux enfants. Voilà pourquoi cette étude, appuyée par les moyens de la sociolinguistique, est une tentative de comprendre les faits. La langue est un signe identitaire fort, le plus fort peut-être : on peut changer d’adresse, déménager dans un autre pays, on peut même changer d’identité ou de religion, certains sont allés encore plus loin en changeant la couleur de leur peau, mais la langue a le pouvoir de nous suivre partout dans le monde, à condition qu’on la sauvegarde, qu’on n’ait pas honte d’elle. L’acquisition d’une langue est un travail Editions Au-delà des mots

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de longue haleine. Pourtant, pendant l’enfance, on ne remarque pas ce travail, elle vient naturellement, avec les premières sensations, et elle peut rester pour toute la vie. Même quand on ne la pratique plus, même quand on croit l’avoir oublié, elle revient, parfois de façon surprenante pour nous rappeler qui on est. C’est important de savoir qui on est. Dans un contexte de mondialisation, de brassage culturel, si on n’est pas bien campé sur nos racines, on risque de se perdre, on devient une proie facile à toute sorte de sectes, de courants, de groupes terroristes. C’est autant plus important pour un jeune enfant dont

la construction

identitaire est en train de se faire avec l’appui de la communauté : école, vie publique, mais qui est surtout la responsabilité des parents. Dans ce contexte, ma démarche est loin d’être autonomiste, régionaliste ou militantiste, elle est avant tout individualiste, voire consommatrice : je considère la langue régionale comme un héritage auquel l’enfant a le droit, en même temps que la transmission de cette langue est un devoir des parents. Je me suis intéressée plus particulièrement

aux pratiques

linguistiques des familles mixtes, entre locuteur plattophone et locuteur non plattophone, car c’est le cas où la transmission familiale d’une langue minoritaire est le plus précaire.

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1. Introduction

Les parlers franciques occupent aujourd’hui un espace réparti dans quatre pays : l’Allemagne, le Luxembourg, la France et la Belgique. Ces principales variétés sont le francique ripuaire (Cologne, Düsseldorf), le francique luxembourgeois (Luxembourg, Thionville), le francique mosellan (Boulay, Bouzonville), et le francique rhénan (Sarre, Rhénanie-Palatinat, Alsace bossue). Au Luxembourg, le luxembourgeois est langue nationale depuis 1984. Dans l’espace Sarr-Lor-Lux, mis en valeur au début des années 1970, trois aires linguistiques cohabitent et trois langues y sont en usage, dont les statuts officiels sont loin d’être identiques dans les pays où elles sont pratiquées. Quant au francique, il est reconnu comme langue nationale au Luxembourg, comme

langue endogène en

Belgique depuis 1990, comme dialecte valorisé (Mundart) en Allemagne, et comme langue régionale en France. La grande ligne de partage entre les langues germaniques et les langues romanes traverse la Lorraine : elle passe au sud de Thionville, et à l’ouest de Boulay et de Sarrebourg. Le département de la Moselle est ainsi partagé en deux par la frontière linguistique qui reste stable depuis 15 siècles. Les habitants du nord et l’est de la

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Moselle pratiquent le francique qu’ils appellent communément le platt. Dans cet ouvrage je me propose d’évaluer deux réalités qui composent la situation sociolinguistique du francique. D’une part, il s’agit des pratiques linguistiques : la langue, son histoire, ses locuteurs et sa présence dans la vie publique et privée. D’autre part, il faut porter un regard sur les représentations linguistiques ou comment cette langue est vue par les locuteurs. Depuis une trentaine d’année ces deux réalités ont beaucoup changé et la langue n’est plus considérée comme celle de l’ « ennemi », au contraire, elle constitue une passerelle vers une grande langue véhiculaire, à savoir l’allemand. Or, si les efforts de la part des associations et du Conseil régional se conjuguent pour sa valorisation, la transmission familiale qui relève des volontés individuelles lui fait défaut : on parle de moins en moins en francique aux enfants. L’enquête que j’ai réalisée au sein des familles mixtes dresse un tableau sur cette situation.

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2. Pratiques

Pour interpréter le paysage linguistique dans la zone du francique, il faut prendre en considération deux composantes : les pratiques qui sont liées aux données sur la réalité parlée et écrite de la langue, et d’autre part la manière dont est perçue cette langue. En d’autres termes, « à séparer méthodologiquement deux pôles qui sont les pratiques et les représentations » (Manzano, 2005 :133). Il s’agit d’évaluer l’adhésion de la langue à son terrain et les discours et représentations symboliques et institutionnels autour de cette langue. Les pratiques réelles du francique aujourd’hui et les chances de survie de cette langue régionale sont liées en même temps à la politique linguistique de l’état et des autorités locales, et à la transmission familiale. Si dans le premier cas les initiatives se multiplient : enseignement bilingue, médias, vie associative, dans le deuxième cas les pratiques relèvent des décisions individuelles. L’absence de transmission familiale de la langue est perceptible dans les années 1950 – 1960, c’est-à-dire l’absence de transmission d’un héritage dont la famille est le premier dépositaire… Le changement linguistique qui s’opère dans les années 1960 n’aurait pu s’effectuer sans le consentement au moins tacite des familles (les femmes étant les premières à renoncer à transmettre la langue). Editions Au-delà des mots

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(Abalain, 2007 :121).

Il est sur que c’est en milieu familial que la langue se transmet le plus solidement. Or, dans un couple mixte, lorsque l’un des parents ne parle pas la langue, cette dernière a beaucoup moins de chances d’être transmise. Cependant, il n’est pas rare que le conjoint nonplattophone devienne « transfuge » et apprenne le francique, mais la réelle pratique n’est pas mesurable. D’autre part, … la pratique d’une langue… obéit à diverses lois : la loi humaine du moindre effort, qui fait qu’une personne qui comprend la langue ne cherche pas à la pratiquer ; la loi dite de « soumission linguistique » qui veut qu’un locuteur occasionnel ne s’exprime pas dans une langue…s’il pense que son interlocuteur ne s’attend pas à ce qu’on s’adresse à lui en cette langue. (idem, 127).

2.1 Langue Le

francique

est

une

langue

indoeuropéenne

germanique : « aujourd'hui le terme de «francique» (en allemad : fränkisch) sert à désigner certaines langues germaniques de type moyen-allemand

de

l'Ouest

(Westmitteldeutsch),

parlées

en

Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas (Maastricht), au Luxembourg et en France » (Leclerc, 2008)1. Ici je retiens la classification de Laumesfeld selon qui cette langue existe

1

sous quatre variétés :

http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/europe/francique-map.htm, consulté en juillet 2010

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Sommaire Pourquoi cet ouvrage

page 3

1. Introduction

page 5

2. Pratiques

page 7

2.1 Langue

page 8

2.2 Histoire

page 11

2.3 Aire du francique

page 16

2.4 Frontières politiques

page 20

2.5 Frontière linguistique

page 21

2.6 Locuteurs

page 24

2.7 Vie associative et culturelle

page 30

2.8 Enseignement

page 31

3. Représentations linguistiques

page 33

3.1 Francisation

page 33

3.2 Allemandisation

page 37

3.3 Etat actuel des représentations linguistiques

page 40

4. Enquête

page 42

4.1 Informateurs

page 42

4.2 Questionnaire

page 45

4.3 Traitement des données

page 47

5. Conclusion

page 57

6. Bibliographie

page 59

7. Sitographie

page 61

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ISBN

Prix : 8,50 EUR

11,30 CAD


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