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WELCOME

LA BELGIQUE & L’ IMMIGRATION

dossier pédagogique


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WELCOME #2 - DOSSIER PÉDAGOGIQUE

PLAN DE L’ EXPOSITION

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L’ histoire de l’immigration en Belgique Les visages de l’immigration Faire sa valise Les migrations sont universelles Les voix de l’immigration Qui sont-ils et pourquoi ont-ils émigré? Savez-vous que... Les liens avec le « pays » Le parcours du combattant Des codes différents Villes multiples

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L’ intégration au futur Qu’en pensez-vous?

œuvres d’art Musiques d’ailleurs


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éDITO Au printemps dernier, l’Atomium présentait l’exposition be.WELCOME dans le cadre d’une collaboration avec le Musée de l’Europe et d’un conseil scientifique pluridisciplinaire. Au regard du vif succès que l’initiative a rencontré tant à l’Atomium qu’au Bois du Cazier à Charleroi (où l’exposition a été accueillie jusqu’en janvier dernier), nous avons décidé avec le Musée de l’Europe de poursuivre la réflexion en proposant de mai à décembre 2011 une version revisitée à l’attention du public scolaire. Tenter de comprendre ce phénomène universel tel qu’on le vit dans notre pays, mettre l’accent sur l’expérience et le vécu humain de nos témoins et rendre accessible les questions soulevées par le phénomène migratoire, sont les objectifs de cette initiative pédagogique qui recourt aux outils les plus contemporains de la muséologie. Second volet de notre cycle d’expositions consacrées à la réalité migratoire, be.WELCOME#2 se focalise sur la question de l’enracinement, de l’intégration dans le pays d’accueil avec parfois comme effet de « n’être ni d’ici, ni de là-bas ». Les acteurs principaux de ce parcours sont les enfants des témoins de be.WELCOME#1, qui – comme leurs parents – sont confrontés à une recherche identitaire. Comment vivent-ils cette tension entre les composantes de leur identité ? Comment l’expriment-ils ? Et chacun d’y répondre tout personnellement. A nouveau, il ne s’agit pas d’imposer un « prêt à penser » de la question migratoire mais d’ouvrir la réflexion. A travers un parcours interactif, sans candeur ni faux semblant mais avec énormément de sensibilité, be.WELCOME#2 cherche à « mieux comprendre pour mieux se comprendre ».

Henri Simons Directeur de l’Atomium Arnaud Bozzini Responsable des expositions


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INTRODUCTION L’exposition vous parle de l’immigration en Belgique. Depuis 1830 car avant cela, notre pays n’existait pas comme un Etat indépendant. La création de celui-ci, suite aux Journées de Septembre, est la seule raison de choisir cette date car les migrations se produisent depuis la nuit des temps. On pense aujourd’hui que les premiers humains (homo sapiens) sont apparus en Afrique et que, de là, ils se sont progressivement répandus sur les cinq continents. Par des migrations. A l’époque lointaine où ils vivaient exclusivement de la chasse et de la cueillette, les hommes voyageaient déjà beaucoup. Ils étaient perpétuellement en quête de nouveaux territoires susceptibles de leur offrir les ressources nécessaires à leur subsistance et se déplaçaient sur les traces du gibier comme en fonction des saisons. Ils étaient nomades. La sédentarisation qui a suivi l’invention de l’agriculture et le développement de la civilisation n’a cependant pas mis fin au phénomène. Loin de là ! En 2005, on estimait le nombre de migrants dans le monde à près de 200 millions de personnes, soit environ 3% de la population mondiale. Et ce nombre augmenterait à peu près de 2% chaque année. On peut en déduire que même pour ceux d’entre nous qui sont nés en Belgique de parents belges, nous devons tous avoir dans nos ancêtres des parents qui, à un moment ou à un autre, ont quitté leur pays d’origine pour en rejoindre un autre, à la recherche d’une vie meilleure. D’une façon ou d’une autre, nous sommes donc tous des immigrés !

Thèmes de réflexion et de recherches - Comment définiriez-vous un immigré ? A partir de quand devient-on un migrant ? Trouvez-vous normal de ne considérer comme telles que les personnes qui s’installent durablement dans un pays dont elles n’ont pas la nationalité ? - Dans votre classe ou dans votre école, dans votre famille ou dans votre quartier, quelles sont les personnes d’origine étrangère ? D’où viennent-elles ? Comparez les données recueillies avec les chiffres de l’immigration en Belgique que vous découvrirez au fil de l’exposition (voir particulièrement les rubriques « Saviez-vous que… »). - Comment et pourquoi un immigré est-il nécessairement aussi un émigré ?


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l’histoire de l’immigration en belgique En arrivant à l’Atomium, vous trouvez devant vous des éléments de mobilier urbain qui font une phrase de bienvenue exprimée en anglais : be.Welcome. En épelant les lettres une à une, vous découvrez une synthèse de l’histoire de l’immigration en Belgique déclinée en sept parties.

BE. W : De 1830 à 1910, le solde migratoire de la Belgique est négatif : il y a plus de Belges qui quittent le Royaume que d’étrangers qui s’y installent.

E : De 1919 à 1930, l’industrie lourde (verre, acier) et les charbonnages doivent faire appel à de la main d’œuvre étrangère. Ce premier afflux d’immigrés vient d’Italie et, dès 1925, d’Europe de l’Est.

L : De 1930 à 1940, la Grande Dépression issue de la crise de 1929 incite la Belgique à limiter l’immigration. Les embauches de travailleurs étrangers sont soumises à un régime d’autorisation.

C : De 1946 à 1974, les Trente Glorieuses sont une période d’intense activité économique. La Belgique a besoin à nouveau de main d’œuvre étrangère et conclut des accords bilatéraux avec plusieurs pays du sud de l’Europe et avec le Maroc.

O : De 1974 à 1983, les frontières se ferment à nouveau suite à la crise pétrolière et l’inflation. Des lois sont adoptées pour favoriser l’intégration des étrangers vivant en Belgique.

M : De 1983 à 1999, le mouvement vers la mondialisation de l’économie s’accélère. Les flux migratoires s’intensifient à nouveau en dépit des restrictions toujours en vigueur. Forte augmentation des demandes d’asile.

E : De 1999 à 2010, on observe un mélange de fermeté et d’ouverture dans la politique migratoire : d’une part il y a les mesures d’éloignement prises contre les illégaux et les clandestins, d’autre part un nombre important de régularisations des sans-papiers.

Thèmes de réflexion et de recherches - Un pays comme la Belgique doit-il avoir une politique de l’immigration ? Les Etats sont-ils justifiés à réglementer l’entrée des étrangers sur leur territoire ? Ces mesures sont-elles normales ou chacun devrait-il être libre de s’installer où bon lui semble ? Pourquoi ? - A certaines époques, la Belgique a cherché à favoriser l’immigration sur son territoire. A d’autres elle l’a interdite ? Pourquoi ? Ces raisons sont-elles légitimes ? - De 1830 à 1910, 3.680 naturalisations ont été octroyées à des étrangers vivant en Belgique. De 1985 à 2007, il y en a eu 707.109. Que vous inspirent ces chiffres ?


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faire sa valise Au pied de l’escalator menant à l’exposition, vous tombez sur un amoncellement de valises. Certaines sont ouvertes, on y voit des objets que nos témoins ont choisis parce qu’ils ont de l’importance pour eux. Pour voyager, on emporte avec soi des objets nécessaires (vêtements, papiers, nourriture, argent,…). On emporte souvent aussi des objets qui peuvent n’avoir aucune valeur marchande mais qui sont pourtant « impayables » car ils ont une grande valeur sentimentale. C’est très personnel car ce choix dépend de notre histoire, et toutes nos histoires sont différentes en dépit des traits communs qu’elles peuvent avoir entre elles.

Thèmes de réflexion et de recherches - Faites, vous aussi, votre « valise » en dehors de ce qui vous est indispensable pour vivre, quels sont les objets personnels que vous emporteriez, vous, si vous deviez partir demain et pour longtemps dans un pays lointain où vous n’avez encore aucune attache ? - En fonction de quels critères feriez-vous votre choix, une fois entendu que, pour des raisons pratiques évidentes, vous ne pouvez emporter tout ce à quoi vous tenez ? Sont-ce des objets utiles ? Des photos ? Un vieux jouet ? Un cadeau que vous avez reçu ? - Pensez-vous qu’en dépit de leurs cultures respectives, de tels objets sont importants pour tous les humains ? Ou cela dépend-t-il d’autres caractéristiques de l’individu que de l’origine ethnique ? Comme le statut social par exemple : un Américain qui vient à Bruxelles pour travailler dans une entreprise, ou un fonctionnaire européen qui vient d’Espagne ou d’Italie fera-t-il d’autres choix qu’un immigré congolais, marocain ou vietnamien ? Pourquoi ?


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qui sont-ils et pourquoi ont-ils émigré ? Pour illustrer le parcours, nous avons interrogé différents « témoins » qui, d’une manière ou d’une autre, ont connu ou connaissent le statut d’ « étranger » en Belgique. Pour chacun d’entre eux, nous avons retenu parmi les propos qu’ils nous ont tenus, quelques phrases qui nous ont paru significatives et propres à vous faire réfléchir. Ils forment en outre ensemble une galerie de grands portraits exposés dans l’espace d’accueil de l’Atomium. Pour les écouter, vous devez utiliser un casque audio disponible sur l’installation et choisir les témoignages que vous souhaitez écouter au moyen d’un écran tactile qui vous présente brièvement les différents témoins sur une carte du monde. Chacun d’entre eux parle dans la langue de son choix, le plus souvent le français ou le néerlandais, et chaque petit film de deux ou trois minutes environ est sous-titré. Le choix est aussi varié que possible. Nos avons retenu des personnes de tous les âges et de toutes les origines, soit qu’ils aient eux-mêmes immigré en Belgique, récemment ou il y a de longues années déjà. Certains d’entre eux sont venus parce qu’ils cherchaient du travail, ou une vie meilleure que celle qu’ils connaissaient dans leur pays d’origine. Nous avons également interrogé des jeunes de votre âge. Ils sont généralement nés en Belgique et en ont la nationalité, mais la couleur de leur peau, leur culture, leurs idées ou tout simplement leur nom de famille, indique à tout le monde qu’ils sont d’origine étrangère.

Thèmes de réflexion et de discussion - Quels sont les témoignages qui vous ont le plus intéressé ou ému ? Pourquoi ? Nos témoins vous sont-ils, ou pas, sympathiques ? Pour quelle(s) raison(s) ? - Avez-vous personnellement connu des situations semblables ou comparables à celles qui sont évoquées dans ces petits films ? Est-ce le cas de vos parents, de certains de vos amis et connaissances ? - Comment vous sentez-vous en présence de personnes d’une autre origine que la vôtre ? Sont-ils différents de vous ? Un peu ? Beaucoup ? Pas du tout ? Y en a-t-il avec lesquelles vous avez du mal à vous entendre ? Pourquoi ? S’il y en a, est-ce un problème lié à l’individu – on ne peut être l’ami de tout le monde – ou aux catégories (nationalité d’origine, langue, religion,…).


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les liens avec le " pays " Avant d’immigrer, on émigre. Toujours. Pour s’installer durablement quelque part, dans un nouvel endroit, il faut nécessairement que l’on quitte un lieu d’où l’on est, souvent celui d’où l’on est originaire. Et en ce lieu, on laisse sa famille, ses amis, son environnement familier dont on se sépare dans l’espoir d’en trouver un meilleur. Mais on y reste, bien sûr, attaché. Dans l’exposition, cela est rappelé à différents endroits et de diverses façons. Des téléphones comme on en trouve dans les phone-shops permettent aux visiteurs d’écouter des enregistrements de conversations d’immigrés avec leurs proches qui sont restés au pays. Les dialogues que vous entendrez ont été écrits par Pie Tshibanda, psychologue, écrivain et conteur congolais installé en Belgique depuis 1995. Dans Un fou noir au pays des blancs, un spectacle dans lequel il se met lui-même en scène pour raconter sa propre histoire, l’auteur pose un regard critique et plein d’humour sur les « clichés » qu’entretiennent les Belges à propos de ses compatriotes.

Thèmes de réflexion et de discussion - Imaginez-vous à des milliers de kilomètres d’ici, loin de ceux qui vous sont proches, de vos parents et de vos amis, dans un pays où vous ne connaissez personne et dont vous ne parlez pas encore très bien – ou pas du tout – la langue. Que feriezvous, concrètement, pour vous y sentir bien ? - Avez-vous des amis ou des connaissances qui connaissent une situation semblable ? - Avez-vous des idées préconçues sur les « étrangers » de telle ou de telle nationalité si vous êtes Belge ? Ou sur les « Belges » si vous êtes vous-même d’origine étrangère ? D’où viennent ces idées ? Sont-elles justifiées par des raisons objectives ? - Tous les migrants connaissent-ils la même situation (un Belge sur un autre continent, un Africain ou un Asiatique en Belgique ?) - « Partir, c’est mourir un peu, « C’est mourir à ce qu’on aime, « On laisse un peu de soi-même, « En tout heure et en tout lieu », a écrit Edmond Haraucourt dans son Rondel de l’adieu, poème le plus célèbre d’un auteur français un peu oublié. Qu’en pensez-vous à partir de votre expérience personnelle ?


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Le parcours du combattant A différents moments du parcours, vous rencontrerez un fonctionnaire de l’immigration qui vous fera suivre le « parcours du combattant » que doit affronter tout immigrant. C’est un écran tactile sur lequel vous pouvez voir l’homme occupé à traiter des dossiers. Quand vous vous en approchez, un capteur de présence lui indique que c’est votre tour de l’affronter pour obtenir les précieux documents sans lesquels, à l’expiration de votre visa, vous deviendrez un « sans-papiers », c’est-à-dire un étranger en situation irrégulière, susceptible d’être expulsé du territoire. Vous devez répondre à ses questions dans le temps qui vous est imparti. Suite à l’écran… Ces procédures sont compliquées, à des degrés variables selon votre situation personnelle que vous aurez choisie parmi les différentes hypothèses qui vous sont présentées. Cet interactif a pour objectif de vous faire comprendre la complexité du processus administratif de l’immigration et vous faire ressentir l’angoisse que peut connaître l’immigrant qui arrive dans notre pays et souhaite s’y installer.

Thèmes de réflexion et de discussion - Que vous inspire ce parcours ? Que pensez-vous de ces procédures bien compliquées ? - Jugez-vous normal qu’un pays veuille réglementer l’entrée et la présence d’étrangers sur son territoire ? Est-ce légitime ou chacun doit-il avoir le droit de s’installer où bon lui semble ? Pourquoi les pays instituent-ils ces mesures à votre avis ? Ont-ils des raisons légitimes, et d’autres qui le sont moins ou ne le sont pas ? - A certains moments de son histoire, la Belgique a favorisé l’immigration sur son territoire, principalement pour des raisons économiques (besoin de main d’œuvre). A d’autres, elle a fermé ses frontières pour les mêmes raisons (périodes de chômage). En certaines circonstances, on parle d’ « immigration choisie » et on favorise l’entrée de certaines catégories d’immigrés. Qu’en pensez-vous ? - Il subsiste des populations nomades, comme les « gens du voyage » qui n’ont pas de domicile fixe. C’est leur mode de vie. Ils entrent parfois en conflit avec les populations sédentarisées qui ne les voient pas toujours arriver dans leur environnement d’un bon œil. Comment pensez-vous que les Etats doivent traiter cette question ? - Un pays a-t-il des responsabilités particulières vis-à-vis des ressortissants de ses anciennes colonies, comme le Congo, le Rwanda ou le Burundi dans le cas de la Belgique ? Un traitement particulier de ces personnes se justifie-t-il et si oui, comment et pourquoi ?


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des codes differents Le voile islamique. S’il est un sujet qui fait débat dans nos sociétés, c’est bien celui-là. En apparence, ce n’est qu’un morceau de tissu, un foulard, un fichu. Mais il est lourd de sens et déchaîne des passions. La critique se situe au départ à deux niveaux que l’on peut distinguer. D’une part, il est ce qu’on appelle un « signe convictionnel ou religieux », c’est-à-dire une façon d’affirmer publiquement son appartenance à une religion reconnue par l’Etat belge, l’islam. La Constitution belge garantit la liberté religieuse et la liberté d’expression mais elle garantit aussi le principe de la neutralité de l’Etat. On en déduit souvent que dans l’exercice de ses fonctions, un agent qui exerce une parcelle de la puissance publique ne peut afficher ses convictions politiques ou religieuses, de manière à ce qu’on en puisse douter de sa « neutralité » dans le traitement des affaires qui lui sont confiées. Mais d’autre part aussi, certains voient dans le voile un signe de soumission imposé à la femme qui aurait ainsi une condition inégale à celle de l’homme. Ce que contestent radicalement des jeunes filles qui portent le voile par une libre décision qu’elles ont prise pour vivre leur foi et que nous ont apporté leur témoignage. La Belgique a d’autre part pris une mesure qui interdit le port du voile intégral en excipant cette fois aussi de motifs de sécurité, le fait de ne pas cacher ses traits étant aux yeux des promoteurs de la décision une marque élémentaire de civilité.

Thèmes de réflexion et de discussion - Qu’en pensez-vous ? Quelles sont à votre avis les conditions dans lesquelles une société peut imposer à ses membres des codes vestimentaires. Et dans quelles limites ? Certaines personnes affichent des convictions naturistes et ont pour idéal de vivre nues, ce qu’elles ne peuvent toutefois pas faire dans l’espace public, sans que cela soulève d’indignation. S’agit-il de la même chose ? - Que penser d’autre part de la revendication de certaines communautés de pouvoir disposer de services publics dans des conditions conformes à leurs convictions ou à leurs coutumes (par exemple : séances réservées aux filles dans les bassins de natation publics).


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Villes multiples Une installation bien appétissante de l’exposition montre par l’image que le monde de la restauration, et plus généralement la nourriture que consomment les Belges, s’est considérablement diversifiée avec l’apport de populations d’origine étrangère. Au siècle dernier, et à l’exception de certains quartiers des villes, il n’y avait guère que la cuisine italienne pour s’être banalisée et se retrouver dans nos assiettes. La mondialisation et la mixité sociale ont changé la donne. On peut facilement trouver en Belgique des spécialités culinaires de pratiquement toutes les régions du monde, ce qui ravit les gourmands et les curieux que nous sommes. Si les sociétés européennes ne connaissent pratiquement plus d’interdits alimentaires – mais la religion catholique interdisait autrefois de manger de la viande le vendredi – il n’en va pas de même pour d’autres confessions. Ce qui pose le problème des repas servis par des services publics, dans les écoles notamment. Mais aussi parfois dans des établissements privés (cf. l’émotion suscitée par des « fast food » servant exclusivement de la viande halal, c’est-à-dire conforme aux règles de la religion musulmane).

Thèmes de réflexion et de discussion - Jusqu’où la société doit-elle s’adapter aux convictions religieuses de ses membres dans le domaine des interdits alimentaires ? - En vous souvenant de ce que vous avez mangé aux repas pendant la semaine écoulée, avez-vous le sentiment que la multiculturalité de la société influence votre façon de manger ? Ou voyez-vous plutôt dans votre assiette le signe que nous nous nourrissons désormais tous d’une manière uniformément internationale ?


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l’ integration au futur

L’immigré est maintenant installé en Belgique. Qu’il en acquière ou non la nationalité, et donc le statut de citoyen à part entière, il reste à organiser ou à réorganiser la société pour en assurer la cohésion nécessaire, de façon à ce que chacun se sente chez lui dans son cadre de vie. Mais inévitablement, celui-ci s‘en trouve transformé. Selon Julien Freund, la préservation de cette harmonie est, avec la sécurité extérieure, une des deux fonctions essentielles de l’activité politique. Vaste problème ! Pour simplifier, on dira que les conceptions à ce sujet s’organisent sur un axe qui court entre deux pôles. A une extrémité, il y a ceux qui pensent que les sociétés, c’est-à-dire les nations, ont des caractéristiques stables qu’elles doivent être en mesure de conserver pour les siècles des siècles. Ceux-là considèrent que les nouveaux arrivants dans un pays doivent s’y adapter et en adopter les coutumes et les comportements. A l’autre extrémité, le principe directeur est que tout individu doit pouvoir conserver sa personnalité propre, dans toutes ses dimensions. La formule est alors inversée : c’est alors la société qui doit s’adapter à tous ceux qui en deviennent membres, pour leur permettre de sauvegarder leur personnalité propre. Ces deux extrêmes sont bien entendu purement théoriques. Dans la pratique, ils butent rapidement sur des contradictions et posent d’autres problèmes. Ce sera bien sûr le cas lorsque les nouveaux arrivants sont eux-mêmes déjà organisés en groupes, en sociétés concurrentes basées sur d’autres cultures et conceptions du monde. Un autre débat voit alors immanquablement le jour. Il est relatif cette fois à l’opposition entre ceux qui préconisent l’adoption de règles uniformes pour tout le monde - c’est l’idéologie de la république « une et indivisible » - et les partisans de ce qu’on appelle parfois les « accommodements raisonnables » qui, à l’extrême, peut déboucher sur une forme ou l’autre de « communautarisme », système dans lequel, à l’intérieur de la nation, chacun doit pouvoir vivre selon les règles propres à sa communauté. Cette question est à la source de nombreuses controverses qui font régulièrement la une des journaux. De plusieurs manières, l’exposition veut vous aider à mener votre réflexion à ce sujet.

Thème de réflexion et de discussion - Ce qui précède se situe au niveau purement théorique. Aussi ne vous proposons-nous ici qu’une seule piste – mais vous êtes bien entendu libre de vous en proposer d’autres : peut-on, justement, mener à ce propos une réflexion qui ne serait que théorique, c’est-à-dire fondée seulement sur des principes abstraits ? Ne vaut-il pas mieux envisager les problèmes comme ils se posent dans la pratique et de faire ensuite la synthèse ?


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Œuvre d’ art : Lessive raciale Commençons par une œuvre d’artiste contemporain comme nous vous en montrons plusieurs au fil de l’exposition. Celle-ci est de Samuel Rousseau, qui vit en France et affiche une prédilection pour ce qui est banal, pour les objets insignifiants qui peuplent notre vie quotidienne. Il les approche d’une manière telle que l’on peut qualifier ses œuvres de brutales, poétiques, blasphématoires, humbles et magiques. C’est une « bête » » machine à laver. Elle lave les vêtements qui font une expression de notre identité. Il y insère une vidéo qui illustre un dilemme courant pour les migrants : laisseront-ils les couleurs de leur identité disparaître – c’est-à-dire « blanchir » - dans la grande lessiveuse qu’est la société ou doivent-ils les préserver pour maintenir leur identité culturelle ? Le visage derrière le hublot, qui passe du blanc au noir et puis du noir au blanc, symbolise cette double identité à laquelle les migrants sont confrontés au quotidien et qui souvent les déchire.

Thèmes de réflexion et de discussion - Contemplez l’œuvre de l’artiste et laissez naître en vous les impressions qu’elle suscite. Sont-elles celles que nous suggérons ci-dessus ? Vous avez bien sûr le droit de ne pas être d’accord et de proposer une autre « lecture », la vôtre ! Le propre d’une œuvre d’art est de faire naître des impressions chez ceux qui la regardent… - Toutes les sociétés imposent-elles par leur constitution une conception du monde à ceux qui en sont membres ? - Y a-t-il des limites à ne pas dépasser dans la diversité – dans la tolérance ? - si l’on veut en préserver la cohésion ? Si oui, lesquelles ?


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Conclusion : quelle « intégration » ? Il va être temps de quitter l’expo. Nous n’avions pas l’ambition de vous faire penser quelque chose que nous tiendrions pour la vérité sur le thème de l’immigration en Belgique. Seulement de vous faire réfléchir sur le sujet. Et de vous donner de la matière qui y incite.

Avons-nous réussi ? C’est à vous de le dire. C’est un sujet important en tout cas. Les citoyens que nous sommes que vous êtes ou serez bientôt auront leur mot à dire dans la manière d’organiser la société pour qu’elle fonctionne de manière harmonieuse. En paix avec les autres et avec elle-même, ce qui est la première condition du bien-être de chacun. Ce qui signifie que dans l’environnement de plus en plus multiculturel qui est le nôtre, l’intégration de tous et de chacun dans la société est la première des priorités. La façon d’y arriver, c’est à vous c’est à nous d’y travailler, d’en débattre. Bon travail !


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Atomium Square de l’Atomium, B-1020 Bruxelles • Tél : 02/475.47.77 • Fax : 02/475.47.79 • info@atomium.be • www.atomium.be Symbole incontournable de Bruxelles et de la Belgique, réalisation unique dans l’histoire de l’architecture et témoin de l’Exposition Universelle de Bruxelles (Expo 58), l’Atomium est aujourd’hui l’attraction la plus populaire de la capitale de l’Europe. Outre une balade surréaliste à travers tubes et sphères, avec une exposition permanente dédiée à l’historique de l’édifice, l’Atomium propose également des expositions temporaires grand public. La sphère supérieure, quant à elle, offre un panorama aussi unique que saisissant sur Bruxelles et ses environs. Par temps clair, la vue porte jusqu’à Anvers. En soirée, 2970 diodes offrent une dimension féerique à l’édifice de 102m de haut.

Exposition à venir : Dans le cadre de ses expositions consacrées à l’architecture et au design après 1958, l’Atomium présentera de décembre 2011 à avril 2012, Architectonic. Façades en béton (1958-1980). Sur un mode ludique et pédagogique, cette exposition sera l’occasion de découvrir les aspects techniques et esthétiques d’un élément essentiel et constitutif de l’architecture belge et internationale d’après-guerre.


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Cette exposition est principalement soutenue par

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be.WELCOME#2 - La Belgique & l'Immigration Atomium - exposition temporaire

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