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nº 318 du 11 au 24 janvier 2018

Pour vos annonces dans le journal Atlas.Mtl:

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N’en déplaise à la CAQ et au PQ

Une journée contre l’islamophobie est nécessaire et utile!

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Montréal : Premier budget Plante et première promesse brisée… Des hausses de taxes beaucoup plus importantes que l'inflation ! Page 25


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Atlas.Mtl

nº 317 du 14 au 27 décembre 2017


Voeux Editeur : Abdelghani Dades. Directeur Général Rachid Najahi. Rédaction : Abdelghani Dades, Wahid Megherbi, Narjisse El-Bakkali, Zahira Ellahgui, Mona Doutabaa, Said Chayane, Reda Benkoula Publicité : Pub Smart Conception et Réalisation Graphique : Atlas Média Atlas.Mtl est un produit du. GROUPE ATLAS MEDIA Inc Editeur de. * La Voix des Marocains à Montréal et du site web: www.atlasmedias.com

1er Yennayer 2968 (12 janvier 2018)

À l’occasion de l’avènement du nouvel an amazigh, le bimensuel Atlas.Mtl et l’ensemble du Groupe Atlas Media présentent leurs meilleurs vœux à tous leurs lecteurs et partenaires.

(514) 962-8527 (514) 994-9582 Courriel: admin@atlasmedias.com Site web: www.atlasmedias.com https://www.facebook.com/ AtlasMedia1

Depuis 2002 Groupe Atlas Media Quinze ans, c’est… • 318 numéros du bimensuel Atlas.Mtl, soit plusieurs milliers d'articles exprimant la sensibilité maghrébine et valorisant la dimension maghrébine de la société dans laquelle nous vivons; • Une soixantaine d'événements identitaires, artistiques, culturels et politiques; • De nombreux débats, colloques, séminaires et conférences, • 132 reportages sur la communauté pour les chaînes de télévision 2M, AlMaghribia, Ai Aoula, Arrayadia; • 365 émissions radio (de 2002 a 2009); • Un site web ayant accueilli plus de 16 millions de visiteurs depuis 2003

Selon un mythe courant, le calendrier amazigh débute en 950 avant J.-C. lors de la fondation de la XXIIème dynastie égyptienne par un chef militaire par le pharaon Chacnaq 1er (ou Sheshonq). Celui-ci se serait basé sur des mesures de temps plus anciennes liées au travail de la terre et au cycle des saisons, d'où l'autre

dénomination du calendrier amazigh - également dit en effet «Calendrier agraire». Dans les pays du Maghreb, ce calendrier est en usage depuis la période romaine. Il est en usage en particulier en milieu rural et plus généralement dans les régions agricoles où la vie quotidienne est ryth-

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mée par les travaux de la terre. Les coutumes veulent qu'en ce jour, on prie les forces divines de fertiliser la terre, source d’opulence et de prospérité. La célébration du premier jour de l’an (Amenzu Yennayer) est notamment marquée par un grand repas différent, par son abondance, du

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régime alimentaire ordinaire. Dans certaines régions, c'est aussi une sorte de carnaval pour enfants qui se se promènent dans les rues masqués et vêtus d'un costume conçu spécialement pour l’occasion sous la conduite d'un chef du groupe barbu est appelé Bou âfif, qui n'est pas sans rappeler le Père Noël.


Faits d’hiver

Arrondissement de Saint-Léonard : Un homme perd la vie lors d'un accident impliquant un camion de déneigement

Fin tragique pour Mehdi Goha, 21 ans Un automobiliste a perdu la vie, lundi 8 janvier 2018 en soirée, lorsque sa voiture a été impliquée dans un accident avec un camion transportant de la neige dans l'arrondissement de Saint-Léonard, à Montréal. L'accident s'est produit vers 22h15 à l'angle des boulevards Lacordaire et des GrandesPrairies lorsque, «pour une raison inconnue» selon un communiqué paru dans différents media, les deux véhicules sont entrés en collision. Des témoins ont rapporté que le camion circulait en direction ouest sur le boulevard des Grandes-Prairies quand l'accident est survenu. La voiture roulait vers l'est et a effectué un virage vers le nord avant la collision avec le véhicule lourd.

Les circonstances de l'accident demeurent à déterminer. Un périmètre de sécurité avait été érigé afin de permettre aux enquêteurs d'évaluer la scène, ce qui a entraîné quelques fermetures des deux boulevards.

Le boulevard Lacordaire avait été fermé entre les boulevards Couture et Industriel alors que le boulevard des GrandesPrairies restait inaccessible entre les rues Puyseaux et du Prado. La circulation n’a été rétablie que vers 7h le lendemain matin. L'opérateur du camion, un homme de 37 ans, a subi un choc nerveux, mais n'a pas eu besoin d'être transporté à l'hôpital. Quant au conducteur de la voiture, son décès a été constaté sur place, a précisé la porte-parole du Service de

police de la Ville de Montréal (SPVM) Caroline Chèvrefils.

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Ce n’est que le lendemain que son identité a été divulguée, il s’agit d’un étudiant d’origine

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marocaine, Mehdi Goha, âgé de 21 ans.


À la Une

N’en déplaise à la CAQ et au PQ

Une journée contre l’islamophobie est nécessaire et utile! Le vice-président du Centre culturel islamique de Québec, Boufeldja Benabdallah estime, à juste titre, que l'instauration d'une journée nationale contre l'islamophobie, le 29 janvier, date d'anniversaire de l'attentat à la mosquée de Québec, permettrait de faire des bilans et de réfléchir à des gestes concrets pour prévenir la radicalisation et les gestes haineux. « On veut prévenir, alerter, mettre en oeuvre des programmes contre la radicalisation, sur le vivre ensemble », explique d’emblée M. Benabdallah. 70 organismes en font la demande Le Centre culturel islamique de Québec fait partie des 70 organismes qui appuient la demande faite au premier ministre Justin Trudeau par le Conseil national des musulmans canadiens de décréter le 29 janvier journée nationale contre l’islamophobie. La journée correspondrait au jour de commémoration de l’attentat à la mosquée de Québec. Selon M. Benabdallah, une journée contre l’islamophobie permettrait de sensibiliser la population et de faire davantage avancer le débat.

haitent que la journée soit consacrée à la mémoire des victimes de l’attentat à la mosquée, mais s’opposent à la création d'une journée nationale contre l’islamophobie.

Le PQ juge le terme controversé tandis que la CAQ fait valoir que les Québécois ne sont pas islamophobes. « Je regrette que la CAQ fasse l’amalgame de dire que les Québécois ne sont pas islamophobes. Jamais nous n'avons dit que les Québécois étaient islamophobes, jamais. C’est une mince partie et c’est sur cette mince partie qu’il faut travailler, qui fait beaucoup de bruit, beaucoup de mal, et qui a tué six personnes dans leur prière. » Le Parti libéral du Québec s’est pour sa part dit ouvert à la création d'une journée contre l'islamophobie. Le parti Québec solidaire l'appuie aussi. Le bureau du premier ministre Trudeau n’a pas encore réagi à la demande acheminée la semaine dernière par le Conseil national des musulmans, qui souhaite une « journée nationale de commémoration et d'action contre l'islamophobie ».

Faire uniquement une commémoration qui passe dans la presse et qui passe chez les gens très rapidement n’est pas suffisante.Le viceprésident du Centre culturel islamique de Québec, Boufeldja Benabdallah

Pour ne jamais oublier Le Conseil national des musulmans estime que cette journée permettrait aux Canadiens « de ne pas oublier les victimes des attaques, et au public de mieux comprendre les risques associés à la haine, au sectarisme et à l'islamophobie ».

Il s’insurge contre les positions du Parti québécois (PQ) et de la Coalition avenir Québec (CAQ), qui sou-

L'organisation des cérémonies entourant la commémoration de l'attentat à la grande mosquée de Québec

se précise. Les évènements se dérouleront sur 4 jours, du 26 au 29 janvier. Une cérémonie se déroulera au Centre culturel islamique de Québec, une autre au Pavillon de la jeunesse et un grand rassemblement aura lieu le 29 janvier en soirée. Un comité formé de membres de la communauté musulmane et de citoyens de

Québec est responsable de l'organisation. «Nous ne pouvons permettre à des voix de haine, même celles qui semblent de premier abord inoffensives, de s’infiltrer dans nos discours publics et de porter atteinte à notre tissu social» avait expliqué dans sa lettre de demande le Conseil national des musulmans canadiens qui ajoutait : « Avec la montée des groupes extrémistes qui continue de poser une

menace à la sécurité des institutions et des congrégations musulmanes canadiennes, il est crucial que nos dirigeants s’opposent fermement contre l’islamophobie et les agents de sectarisme qui cherchent à provoquer une division haineuse entre les Canadiens et les citoyens musulmans », peut-on lire dans la lettre adressée au premier ministre du Canada.

Les arguments futiles des partisans du Non ou comment ouvrir une pseudo-«bataille politique» pour faire oublier un sujet crucial… Si Québec solidaire appuie cette idée et que le Parti libéral du Québec se dit ouvert à une commémoration qui pourrait prendre la forme d'une journée contre l'islamophobie, le Parti québécois et la Coalition avenir Québec s'opposent fermemnt à la création d'une journée nationale contre l'islamophobie le 29 janvier, ce

qui correspondrait au premier anniversaire de l'attentat qui a fait six morts à la mosquée de Québec. Selon le Parti québécois, il est préférable de ne pas utiliser le terme islamophobie, qu’il juge « trop controversé ». Toutefois, selon nos informations, la forma-

tion politique juge nécessaire de souligner l'attentat dans la mosquée de Québec en rappelant qu'il existe déjà une journée internationale de la lutte contre la discrimination raciale. La CAQ abonde dans le même sens et n’entend pas soutenir cette demande. « Nous croyons

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que la journée du 29 janvier devrait être consacrée à commémorer la mémoire des victimes de cette terrible tragédie. Il s'agit du geste intolérable d'une seule personne et non pas celui d'une société entière. Les Québécois sont ouverts et accueillants, ils ne sont pas islamophobes », a indiqué le porte-parole Samuel

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Poulin. Vendredi dernier, le CNMC a adressé une lettre au premier ministre fédéral Justin Trudeau lui demandant de décréter le 29 janvier comme « Journée nationale de commémoration et d’action contre l’islamophobie ».


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Politique Québécoise

2018, année électorale: Les trois chefs se préparent à jouer leur avenir politique

Quelle tête va tomber le 1er octobre prochain? Personne ne peut prédire avec certitude le résultat du prochain scrutin, le soir du 1er octobre 2018, mais on peut prédire sans trop se tromper qu’au moins un, peut-être deux, des trois chefs de parti actuels quittera la scène politique.

Philippe Couillard, JeanFrançois Lisée et François Legault joueront en effet leur avenir politique dans les prochains mois, ce qui annonce un renouveau du paysage politique. Pour une rare fois, la date du prochain référendum sur la souveraineté ne figurera pas parmi les enjeux de la campagne électorale, le Parti québécois (PQ) ayant repoussé l’échéance. Cette question réglée, quel sera l’enjeu dominant du prochain scrutin? Il y a fort à parier qu’on entendra beaucoup parler du bien-être des jeunes familles, une clientèle qui sera très sollicitée dans les mois qui viennent. «Bébé bonus», congés payés supplémentaires, crédits d’impôts aux parents, services de garde plus flexibles… Les partis rivaliseront de promesses pour séduire cet électorat. Pourquoi lui en particulier? On calcule que les jeunes couples avec enfants s’installent massivement en banlieue, dans le fameux «450», la grande ceinture qui encercle Montréal, devenue une zone clé pour faire ou défaire le gouvernement. Entre les chefs de parti, la lutte pour le vote des jeunes couples, mais aussi bien sûr des autres électeurs, s’annonce féroce.

Louis-Hébert, la consultation avortée sur le «racisme systémique», la confusion autour du visage découvert ou non dans les autobus en vertu de la loi 62), le premier ministre commençait à être contesté au sein même de ses troupes. Il devait faire quelque chose, surtout à l’approche des prochaines élections, alors que les sondages sont défavorables.

Le remaniement tant attendu, et plusieurs fois repoussé, a finalement eu lieu en octobre. Sauf que le jeu de chaises musicales, qui devait donner un second souffle au gouvernement, lui accoler une image de renouveau et de jeunesse, a été accueilli assez froidement par les observateurs de la scène politique. Le besoin de changement en haut lieu a aussi affecté la garde rapprochée du premier ministre. Un nouveau directeur de cabinet, JeanPascal Bernier, s’est installé et a procédé à plusieurs changements dans l’équipe et l’organisation: restructuration des communications, meilleure coordination des annonces, plus grande centralisation de l’activité gouvernementale autour du chef qui rend publics lui-même politiques et plans d’action. On cherche aussi, de toute évidence, à adoucir l’image du chef. Chroniqueurs et observateurs de la scène politique avaient pris l’habitude de qualifier le chef libéral d’homme froid, cérébral, peu doué pour le contact humain, voire dénué d’instinct politique. On s’affaire en haut lieu à le présenter sous des traits plus amènes de grand-papa ras-

surant, du bon docteur à l’écoute, empathique. Récemment, lors de la présentation du plan de lutte contre la pauvreté, les caméras le montraient bienveillant, en train de conforter un homme handicapé en fauteuil roulant. Malgré toutes ces initiatives, s’il perd le pouvoir, on voit mal comment il pourrait rester à la tête de son parti

jusque-là une forteresse libérale, la CAQ a le vent dans les voiles.

es. L’Ontario a déjà des surplus d’électricité.

Mais s’il ne réussit pas cette foisci, à sa troisième tentative, à former le prochain gouvernement, il serait étonnant de voir François Legault poursuivre sa carrière politique. En 2014, lors d’une entrevue télévisée, le chef caquiste, reconnu pour être un homme pressé, avait dit clairement que si la population ne lui faisait pas confi-

Ses positions sur l’immigration (baisse importante des seuils, test de valeurs et possible expulsion en cas d’échec, révision à la baisse de l’importance de connaître le français à l’arrivée) risquent aussi de semer la controverse d’ici le jour du scrutin.

Philippe Couillard

Points forts Il dirige un gouvernement associé à une économie prospère, une bonne cote de crédit, des finances publiques en ordre, un taux de chômage faible proche du pleinemploi, des surplus dans les coffres à distribuer. Points faibles L’économie du Québec est tellement liée à celle des États-Unis que les négociations en cours sur l’ALÉNA et le bois d’oeuvre pourraient faire mal en 2018. Le procès de Nathalie Normandeau et un possible dénouement de l’enquête Mâchurer sur le financement passé du Parti libéral du Québec pourraient ternir, par ricochet, la réputation du gouvernement actuel. Défi à relever Faire oublier trois ans de compressions budgétaires aux allures d’austérité qui ont diminué les services directs à la population. CAQ : Momentum? Pour la première fois de son histoire, débutée en 2011, et deux échecs électoraux, la CAQ de François Legault peut enfin prétendre au pouvoir, les derniers sondages la plaçant en première position, devant les libéraux. Depuis sa victoire spectaculaire en octobre dans Louis-Hébert,

Quelles seront les forces et faiblesses de chacun des chefs des trois grands partis – mais aussi de l’outsider Québec Solidaire, à 9 mois de l’échéance?

ance en 2018 il aurait compris le message et réorienterait sa carrière. Voyant le tollé qui avait suivi dans ses rangs, M. Legault s’était cependant ravisé et avait dit qu’il resterait. Or, on peut douter que M. Legault, qui aura 61 ans en 2018, continuera le combat après trois défaites d’affilée. D’ici là, au cours des prochains mois, en raison de sa position de tête, c’est vers M. Legault que seront dirigées toutes les flèches des adversaires. Il devra s’affairer à ne pas leur donner de munitions, lui qui passe aux yeux de ses opposants pour quelqu’un réputé changer d’idée comme il change de chemise ou encore à défendre des idées discutables. Lui qui se fait le champion des baisses d’impôts, il en a surpris plus d’un en affirmant qu’il était prêt à augmenter le fardeau fiscal des mieux nantis, avant de reculer à la suite du tollé soulevé par ses déclarations. Même scénario quand il a évoqué l’idée de démolir le pont de Québec. Devant le tollé, il a reculé.

Parti Libéral : Usure du pouvoir? Après une série de crises et de cafouillages (notamment les centaines d’automobilistes coincés sur l’autoroute 13, la campagne électorale chaotique dans

Sa position favorisant la construction de nouveaux barrages hydroélectriques pour vendre des surplus de production à l’Ontario avait laissé bien des gens perplex-

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François Legault

Points forces La CAQ a le momentum, jouit présentement de la faveur populaire, incarne l’idée du changement. M. Legault est en bonne position pour recruter des candidats de prestige. Points faibles À part le chef, personne à la CAQ n’a jamais gouverné. Le parti devra étayer ses positions et les maintenir. Défis Maintenir la première place jusqu’au 1er octobre. Former une équipe jugée apte à prendre le pouvoir. PQ : Une forte pente à remonter… Périodiquement, depuis des années, des observateurs annoncent la mort du Parti québécois (PQ), qui finit toujours par rebondir, malgré les prophètes de malheur. Réussira-t-il une fois de plus à remonter la pente en octobre 2018? Avec seulement autour de 20 pour cent d’appui, d’après les derniers sondages, le parti de Jean-François Lisée est certainement en fort mauvaise posture. Et le temps commence à manquer. Mais en politique, parfois, le vent

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2018, année électorale: Les trois chefs se préparent à jouer leur avenir politique

Quelle tête va tomber le 1er octobre prochain? Suite de la page 7

reprendre le pouvoir.

l’opposition.

tourne, et il reste encore neuf mois avant de faire sa croix.

Si Jean-François Lisée ne répond pas aux attentes, on peut se

M. Lisée a choisi de ne pas porter ce boulet aux prochaines élections, en excluant d’emblée la tenue d’un référendum lors d’un premier mandat péquiste. Sauf que, si on se fie aux résultats des sondages, certains souverainistes semblent se demander pourquoi voter PQ si le processus d’accession à la souveraineté est remis aux calendes grecques.

Québec solidaire : Une cote en hausse… Le départ de Françoise David aurait pu miner la popularité de Québec solidaire (QS), mais ce ne fut pas le cas grâce à l’arrivée de Gabriel Nadeau Dubois (GND), qui s’est fait élire sans difficulté dans Gouin et a réussi à faire grimper la cote de QS de quelques points, du moins momentanément.

nationale. Points faibles Très à gauche, idéologique, le parti aura de la difficulté à attirer l’électeur moyen. QS n’est vraiment populaire qu’au centre de Montréal. Sa structure de direction peut prêter à confusion, avec deux porte-parole (GND et Manon Massé) et aucun chef.

Jean-François Lisée

Cette énième déconvenue du PQ survient au moment où son chef a pourtant la confiance de son caucus, de sa base militante (93 pour cent d’appui lors du dernier congrès), et alors qu’il a réussi sans provoquer de crise interne à aplanir les aspérités du programme, incluant sur la délicate question linguistique. Si on exclut la brève parenthèse de la fin de 2012 au printemps 2014, le PQ est dans l’opposition depuis 2003 et trépigne d’impatience de

demander combien de temps il pourra rester chef du parti, qui l’a élu en octobre 2016. Car depuis, la lune de miel a tourné vite au cauchemar: le PQ a perdu environ 10 points dans les intentions de vote. Durant la campagne de 2014, l’ancienne chef Pauline Marois avait dû jour après jour, à son corps défendant, esquiver tant bien que mal les questions sur la date du prochain référendum, un enjeu controversé qui a condamné le PQ à retourner sur les banquettes de

Points forts Le chef a l’appui des membres du parti et de son caucus. Il a façonné le programme du PQ à son image. Il performe bien à l’Assemblée nationale. Son parti a l’expérience du pouvoir. Points faibles Les électeurs ne voient pas en lui le futur premier ministre. Le report d’un référendum éloigne du PQ une partie des souverainistes. Québec solidaire gruge son aile gauche. Défis Fédérer au PQ les souverainistes, les nationalistes, les gens de centre-gauche. Ramener à l’avantplan les questions identitaires, particulièrement la défense du français.

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GND et Manon Massé

Points forts QS a une image bien définie de parti de gauche souverainiste. Le parti a montré sa capacité à attirer une partie du vote péquiste et à séduire les électeurs d’Option

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Défis Créer de l’intérêt dans toutes les régions. Se positionner plus au centre de l’échiquier politique. Gagner suffisamment d’appuis pour faire partie des ligues majeures.


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Enjeux électoraux

Le salaire minimum cheval de bataille de la FTQ La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) compte faire du salaire minimum à 15$ de l’heure un enjeu des élections provinciales de l’automne, ont indiqué ses dirigeants mercredi. «Ce sera un enjeu électoral», a déclaré le président, Daniel Boyer dans une présentation des enjeux de l’année de la fédération syndicale. S’il «s’attendait à une annonce en janvier» sur la question du salaire minimum, M. Boyer est peu confiant que le gouvernement provincial emboîtera le pas à l’Ontario, l’Alberta et la Colombie-Britannique avant les prochaines élections. «On souhaiterait qu’ils annoncent un salaire minimum à 15$, mais on ne pense pas que ce sera le cas», a-t-il soutenu. M. Boyer a rappelé que le gouvernement de Philippe Couillard avait décrié la hausse à 15$ annoncée par

l’Ontario l’an dernier et s’attend plutôt à ce que le salaire minimum augmente de 0,50$ de l’heure en mai, pour atteindre 11,75$/h, comme a déjà avancé le gouvernement. Le président de la FTQ a rejeté du revers de la main les craintes de pertes d’emplois advenant une hausse du salaire minimum. «Les catastrophes annoncées n’ont jamais eues lieu», a-til plaidé, ajoutant que cette menace était brandie par des dirigeants d’entreprises qui font «200 et quelques fois» le salaire du travailleur moyen. Questionné à savoir si un parti provincial représentait mieux que les autres les positions de la FTQ, le président est resté évasif disant que le syndicat «favoriserait l’élection de partis progressistes et soci[aux]démocrates, et qui vont travailler pour les plus démunis

de la société». «On sera actifs, on interpellera tous les partis. On n’appuiera probablement pas un parti politique, mais je souhaite que l’ensemble des partis soient plus progressistes», a précisé M. Boyer. Parmi ses revendications de 2018, la FTQ réclame une loi-cadre pour la conciliation travail-famille et la fin de des disparités de traitement entre employés. «Le double standard de salaires, de congés fériés, d’horaires de travail sont interdits, mais la loi est muette sur les régimes de retraite et d’assurances, ce qui cause des problèmes d’équité intergénérationnelle importants», a rappellé le secrétaire-général de la FTQ, Serge Cadieux. Les employeurs demandent par exemple que les nouveaux employés aient des régimes de retraite moins avantageux, a-t-il déploré.

M. Cadieux souhaite que la révision de la Loi sur les normes de travail règle ce problème, tout comme celui des agences de placement temporaires qui sont mal encadrées. «Ils utilisent beaucoup de travailleurs étrangers et il y a beaucoup d’exploitation, a dénoncé le secrétairegénéral. Nos lois sont faites pour un employeur et un

employé, et non un système tripartite. La question est toujours de savoir qui est le véritable employeur.» Le flou empêche ainsi des travailleurs qui se blessent d’avoir accès à une compensation, car ni l’agence, ni son client ne veulent se définir comme véritable employeur.

Un comité d’experts rejette le revenu minimum garanti au Québec Les précisions de Mathieu Dion Si la FTQ veut en faire un des principaux enjeux des législatives québécoises 2018, l'instauration d'un revenu minimum garanti ne fait pas partie des recommandations d'un comité d'experts, mandaté par le premier ministre Philippe Couillard en septembre 2016 par afin de se pencher sur le sujet. Le rapport des trois experts récemment rendu public conclut qu’une forme de revenu minimum garanti (RMG) existe déjà au Québec, compte tenu de l’ensemble des allocations disponibles. L’idée d’un RMG est de regrouper en une seule prestation plusieurs programmes, qui vont de l’aide sociale à de nombreux crédits d’impôt.

Les experts proposent plutôt une nouvelle façon de calculer l’aide sociale, tout en s’assurant d’inciter les gens à travailler. Il s’agit d’instaurer un seuil de référence établi en fonction de la mesure du panier de consommation (MPC), qui représente le coût des besoins de base (nourriture, logement, transport, etc.).

La MPC est parfois utilisée comme indicateur de sortie de pauvreté. En 2017, pour une personne vivant seule à Montréal par exemple, la MPC s’élève à 18 012 $. Le revenu de l’aide sociale est actuellement estimé à 9389 $, soit 52 % de la MPC. Les experts suggèrent de plafonner l’aide sociale à un maximum de 55 % de la MPC. Au-delà de ce seuil de référence, les presta-

taires seraient moins poussés à intégrer le marché du travail. Cette recommandation, parmi plusieurs autres, permettrait selon eux d’augmenter le revenu disponible, tout en favorisant l’incitation au travail. Plan de lutte à la pauvreté Les recommandations du comité d’experts jetteraient les bases du troisième Plan d’action gouvernemental en matière de lutte à la pauvreté et à l’exclusion sociale, qui vise à sortir 100 000 personnes de la pauvreté. Il doit être présenté prochainement par le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais, qui a été un adepte d’un revenu garanti pour

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tous dans sa vie universitaire. La mise à jour économique déposée cet automne devrait faire connaître les enveloppes budgétaires qui accompagneront ce plan de lutte. Le système de soutien au revenu dans la province représente une somme de 30 milliards de dollars, dont 11 milliards sont assumés par l’État québécois et le reste par le fédéral.

garanti dans le plan d’action gouvernemental.

L’Ontario a lancé au printemps un projet-pilote de trois ans pour étudier l’impact d’un revenu de base sur les perspectives d’emploi chez les moins nantis.

Le collectif souhaite avant tout que le gouvernement mette de l’avant des « mesures audacieuses de redistribution de la richesse ». Il considère qu'un éventuel RMG devrait permettre d'améliorer les conditions de vie des personnes en situation de pauvreté et être versé de façon inconditionnelle.

« On va être vigilant » Le Collectif pour un Québec sans pauvreté avait lui aussi fait part de ses réticences quant à la création d’un revenu minimum

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« On va être vigilant et on va regarder les détails, indiquait le porte-parole, Serge Petitclerc, au sujet du rapport du comité d’experts, parce que c’est justement dans les détails qu’il peut y avoir des pièges. »


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Réfugiés

Une nouvelle crise en vue

États-Unis : Près de 200 000 Salvadoriens menacés d'expulsion

L'administration Trump vient de mettre fin au programme de protection temporaire (TPS) des ressortissants salvadoriens, une décision qui compromet le statut de quelque 200 000 d'entre eux, dont certains habitent aux États-Unis depuis plus de 16 ans.

Le département de la Sécurité intérieure a précisé que ces 200 000 personnes avaient jusqu'au 9 septembre 2019 – soit un délai de 18 mois - pour quitter les États-Unis ou encore trouver une façon de régulariser leur statut. Le programme de protection temporaire pour les Salvadoriens avait été mis en place en 2001 après une série de tremblements de terre qui avaient ravagé le Salvador, un petit pays d'un peu plus de 6 millions d'habitants. Or, le département de la Sécurité intérieure juge que la situation s’est depuis stabilisée. La responsable du département, Kirstjen Nielsen, a notamment souligné que beaucoup de projets de reconstruction avaient « été achevés ». « Les écoles et les hôpitaux endommagés par les séismes ont été reconstruits ou réparés, les maisons ont été rebâties, et de l'argent a été fourni » pour remettre en service les routes et le réseau sanitaire, a-t-elle fait savoir par voie de communiqué. «D'après une analyse appro-

fondie des informations disponibles, dont des recommandations formulées lors de consultations avec d'autres agences et départements, il appert que les conditions initiales causées par les séismes de 2001 n'existent plus» ajoute le communiqué.

Le gouvernement salvadorien a réagi à l'annonce en remerciant les États-Unis pour leur soutien au cours des dernières années et pour le délai accordé aux ressortissants pour régulariser leur statut. « Nous remercions le gouvernement des États-Unis pour cette annonce, qui réaffirme les solides liens d'amitié et de coopération qu'entretiennent nos deux pays, alliés historiques », a indiqué la présidence salvadorienne dans un communiqué. Bientôt le Nicaragua et le Honduras L’administration Trump a aussi mis fin au TPS pour les ressortissants du Nicaragua, une décision qui touche 2500 personnes. Celles-ci sont soumises à la même échéance que les Salvadoriens pour régulariser leur statut. Le gouvernement devait aussi mettre fin au programme de protection pour les 57 000 ressortissants du Honduras, mais il se donne

encore finalement six mois pour décider s’il va ou non de l’avant avec la mesure. La décision de retirer le TPS aux Salvadoriens fait déjà l'objet de critiques. Le candidat à la vice-présidence sous la bannière démocrate lors de l'élection de 2016, Tim Kaine, a qualifié le geste de « sans-coeur ». « Cette décision va renvoyer un nombre incalculable de personnes directement dans la violence qui ravage le Salvador, en plus d'envoyer comme message aux réfugiés [...] qu'ils ne sont pas les bienvenus dans notre havre de paix », a-t-il écrit sur Twitter. « Expulser des centaines de

milliers de personnes résidant aux États-Unis vers le pays le plus dangereux du monde occidental n'est pas qu'un affront aux valeurs américaines, mais un acte qui s'apparente à un homicide », a pour sa part déclaré le responsable d'un des principaux syndicats représentant les immigrants résidant aux États-Unis, Hector Figueroa. La sénatrice démocrate du Nevada, Catherine Cortez Masto, a accusé l'administration Trump d'utiliser les « immigrants comme boucs émissaires ». Elle a demandé au Congrès de trouver une solution durable « pour les bénéficiaires du TPS qui perdent leur statut ».

Ayiti la!

8ème Commémoration du tremblement de terre d’Haïti 8ème année de deuil et la longue migration des haïtiens à travers l’Amérique à la recherche d’un espace sécuritaire se poursuit. Notre capacité de nous relever de retrousser nos manches est étonnante. AYITI LA ! 350 000 vies ont été happées, lorsque, à 16 h53 le 12 janvier 2010, un séisme de magnitude 7 frappe Haïti et sa capitale Portau-Prince. Huit ans plus tard, alors que le pays peine à se relever des catastrophes naturelles, le peuple haïtien s’évertue à chercher la vie avec une détermination qui continue d’inspirer et d’émouvoir la planète. Pour se

rappeler et ne jamais oublier, la Maison d’Haïti invite la communauté à se joindre à elle à la cérémonie de commémoration le 12 janvier 2018. Plusieurs artistes seront réunis pour l’occasion dont le percussionniste Diol Kidi accompagné de ses musiciens. Le CECI présentera de plus diverses photos de leurs initiatives en Haïti. Cette soirée est dédiée à toutes celles et à tous ceux qui ont vécu de près ou de loin ce terrible drame, une minute de silence, un arrêt pour se donner force, courage et espoir.

Elle aura lieu le 12 Janvier 2018 – Maison d’Haïti à partir de 16 h. L’entrée est libre. Pour se rendre à la Maison d’Haïti 3245 av.Émile-Journault (coin Boul.Saint-Michel) Métro Saint-Michel (autobus 41,67,467 Nord), descendre au coin de ÉmileJournault Information : Émilie Pacciarella, 514326-3022 #223 developpement@mhaiti.org

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Pourtant, ils étaient parfaitement intégrés… Les Salvadoriens étaient de loin le groupe le plus important d'étrangers bénéficiant d'un statut de protection temporaire. Les chiffres du gouvernement américain démontrent qu'ils sont en général très bien intégrés à la société, affichant un taux d'emploi de 88 %. La majorité des ressortissants salvadoriens résident en Californie, au Texas et autour de la capitale fédérale, Washington. Le retrait soudain de cette protection pourrait entraîner un nouvel afflux de demandeurs d'asile vers le Canada, similaire à celui de l'été dernier.


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Réfugiés

Les États-Unis veulent expulser les réfugiés salvadoriens

Des conséquences sur le Canada? La décision du gouvernement américain, qui pourrait provoquer l'expulsion de milliers de personnes vers des pays qu'elles n'habitent pas depuis de nombreuses années. Interrogé sur ce qu'il ferait advenant l'abolition du statut de protection temporaire, bon nombre des personnes concernées ont évoqué la possibilité de se réfugier au Canada. La situation n’est pas sans rappeler la vague migratoire de l'année dernière lorsque la réévaluation du statut de protection temporaire des Haïtiens avait provoqué un véritable exode vers le nord d’un bon nombre d’originaires de ce pays. Les Haïtiens avaient commencé à affluer au pays bien avant que la décision soit prise, et cette arrivée massive - jusqu'à 200 personnes franchissaient la frontière par jour l'été dernier - a contraint le gouvernement libéral à élaborer un plan. Des abris temporaires ont été établis à la frontière entre le Québec et l'État de New York et des dizaines de policiers de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et d'agents de l'immigration ont été déployés dans la région pour gérer la situation. Un plan de contingence prêt Instruit de ce cas et pour faire face à un éventuel mouvement similaire de salvadoriens, nicaraguayens et honduriens, le gouvernement fédéral a mis en place un «plan de contingence»

dont les détails ne sont cependant pas rendus publics.

Un porte-parole du ministre de la Sécurité publique Ralph Goodale a suggéré qu'il n'est pas encore mis en œuvre. Scott Bardsley, porte-parole du ministre de la Sécurité publique a déclaré à cet effet : «Le volume de personnes qui ont franchi la frontière de façon irrégulière à Lacolle récemment est comparable aux niveaux que nous avons vus cet automne». Rappelons que un peu plus de 1500 personnes ont traversé la frontière de façon irrégulière en novembre, alors qu'ils étaient 5530 en août. Les Haïtiens forment la grande majorité des demandeurs d'asile. Les Salvadoriens ne se classent même pas dans la liste des 10 pays d'origine les plus répandus chez les migrants qui sont arrivés au Canada, selon les chiffres de la Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada (CISR). Toutefois, le nombre de demandes d'asile provenant de Salvadoriens a déjà connu une certaine augmentation. D'après les données du CISR, 244 demandes de réfugiés ont été remplies par des Salvadoriens pendant toute l'année 2016. Entre janvier et septembre 2017, il y en avait 564. Campagne de dissuasion du Canada En plus des préparations à la frontière, le gouvernement canadien a aussi lancé

une campagne aux ÉtatsUnis pour dissuader les gens à venir au pays. Certains demandeurs d'asile ont décidé d'aller vers le Nord, car ils ont été influencés par des rumeurs voulant que le Canada ait des programmes d'immigration spéciaux pour les gens couverts par les programmes de statut temporaire aux ÉtatsUnis. Des députés parlant l'espagnol et le créole, ainsi que le ministre de l'Immigration, sont allés en Floride, au Texas, en Californie et au Minnesota afin de s'adresser à ces communautés. Les consulats de dizaines de villes aux ÉtatsUnis ont aussi multiplié les démarches pour expliquer le système d'immigration canadien, notamment dans les médias locaux. Ces missionnaires ont

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notamment rappelé que si «des milliers d'Haïtiens ont traversé la frontière dans des circonstances semblables l'été dernier pour entrer au Canada en provenance des États-Unis. Seulement 10 % de ceux qui sont entrés au Canada ont obtenu le statut de réfugié». Pendant ce temps, des demandeurs d'asile potentiels fouillent sur Internet pour trouver la meilleure façon de se rendre au Canada par des moyens irréguliers. Ils sont forcés d'utiliser ces chemins clandestins, car une entente empêche les gens provenant des États-Unis de faire une demande d'asile au Canada s'ils passent par la voie légale, soit les postes frontaliers. Le gouvernement canadien tente maintenant de cibler ces gens, a indiqué Hursh

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Jawal, le porte-parole du ministre de l'Immigration Ahmed Hussen. « Nous mettons en place une campagne numérique ciblée en utilisant exclusivement le marketing sur les moteurs de recherche, pour cibler spécifiquement les communautés affectées par le [statut de protection temporaire] », a-t-il expliqué par courriel. « Les Canadiens peuvent se rassurer sur le fait que les gouvernements à tous les niveaux continueront de travailler ensemble pour protéger nos communautés et maintenir l'intégrité de notre système d'immigration, tout en respectant nos obligations internationales pour protéger les personnes vulnérables qui fuient la guerre, le terrorisme et la persécution. »


Prospective

Les «sherpas» du gouvernement fédéral

L’Unité Horizons

À Ottawa, un groupe de travail spécial dont le mandat consiste à imaginer des futurs possibles et les politiques pour s’y préparer… Alors qu’en ce début d’année, il est de mise de s’amuser à prédire de quoi sera fait 2018, il existe au gouvernement fédéral une équipe plutôt discrète pour laquelle la prédiction de l’avenir est le travail quotidien. Les « futuristes », comme on les appelle parfois, ne sont ni des Jojo Savard ni des décrypteurs de marc de café, mais plutôt des fonctionnaires fédéraux ayant pour tâche d’imaginer les divers futurs plausibles afin d’alimenter le processus décisionnel. Bienvenue dans le monde de la prospection politique !

Les bureaux d’Horizons de politiques Canada, nichés au 15e étage d’un immeuble du centreville d’Ottawa, détonnent par rapport à ces ruches où s’entassent généralement les fonctionnaires fédéraux. Ici, les chaises de réunion ont troqué le noir pour le vert lime, quand ce ne sont pas les chaises elles-mêmes qui ont été troquées pour des fauteuils circulaires rouge pompier qu’on croirait sortis d’un catalogue de grande marque. Sur des classeurs trônent quelques casques de construction blancs, un mégaphone. Partout, dans cet univers qui carbure aux groupes de discussions et aux ateliers, murs et cloisons vitrées sont bariolés d’écriture, de diagrammes et de « post-it ». Futuristes et prospectivistes C’est que la créativité est de mise pour faire partie d’Horizons, une entité du gouvernement fédéral qui a vu le jour en 1996, mais qui a pris sa forme actuelle en 2011. Trente et une personnes y travaillent. Certaines portent le titre de futuristes. D’autres préfèrent celui de prospectivistes. Leur mission à tous : détecter les tendances technologiques, économiques, environnementales et sociétales naissantes, imaginer leur évolution sur un avenir de 10 à 15 ans et préparer à l’intention des décideurs des scénarios à prendre en considération. « La prospective ne prédit pas l’avenir, mais elle explore un éventail d’avenirs plausibles », insiste le site Internet d’Horizons. Le mantra de la boîte : anticiper, expérimenter, explorer. Pierre-Olivier DesMarchais travaille chez Horizons depuis près de cinq ans. De manière virtuelle, s’entend. Ce fonctionnaire vit en fait sur la Rive-Sud de Montréal. Sa présence au bureau est assurée par Christine, une tablette juchée sur une perche télescopique motorisée qu’il télécommande de chez lui. L’invention de Double

Robotics, spécialement conçue pour « incarner » les télétravailleurs, lui permet de suivre ses collègues dans leurs déplacements, de les regarder tour à tour pendant une conversation, de les suivre jusqu’au coin-repas pour casser la croûte en leur compagnie.

« Nous, on prend comme hypothèse qu’on ne sait pas ce qui va se passer dans le futur. On cherche ce qu’on appelle des signaux faibles », explique M. DesMarchais en entrevue « en personne » avec Le Devoir. Les signaux faibles, ce sont ces découvertes, événements ou petits changements qui pourraient présager de grands bouleversements plus tard. Il donne l’exemple de l’impression 3D, sur laquelle il a rédigé une note en 2013. Son travail a consisté à imaginer à quoi pourrait ressembler le transport de marchandises dans un contexte où les biens pourraient être imprimés localement. Cela permettrait-il de délocaliser la production, et ainsi inverser la tendance à la concentration manufacturière en Chine ? La demande en transport s’en trouverait-elle réduite ? « C’est le type de choses qu’on explore », explique M. DesMarchais, et que les politiciens pourraient prendre en considération lorsqu’ils financent les infrastructures, par exemple. « Notre mission est d’informer les décideurs et de leur dire : “Pensez-y !”» Les études des prospectivistes commencent souvent par la prémisse « What if ? », continue M. DesMarchais. « Récemment, j’ai rédigé un texte intitulé “Et si l’automobile autonome remplaçait les réseaux de transport en commun ?” Je l’ai partagée avec la Caisse de dépôt et placement et la personne responsable du projet [de construction du REM à Montréal]. Je n’ai pas eu de retour… » Le défi de l’application Car c’est là un des défis de la prospective : la mettre en application. Comment demander aux décideurs de prendre en compte des futurs plausibles si ceux-ci sont nombreux et parfois contradictoires ? « C’est la frustration de travailler dans ce domaine-là qui est plus flou », reconnaît Ian Lambert, le directeur général d’Horizons. « Ce qui est difficile, c’est qu’on ne fait pas de recommandations. On ne

peut pas dire que le sous-ministre a adopté trois de nos six recommandations. Alors c’est difficile de dire si c’est notre étude qui a influencé la direction d’une politique. […] On ne sait pas toujours, même qu’on ne sait jamais. » Alors les critiques auraient-elles raison de penser que la prospective n’est qu’un exercice conceptuel ? « Ce n’est pas à nous d’élaborer des probabilités et des facteurs de risque, répond M. Lambert. On laisse aux statisticiens et aux économistes le soin de déterminer la chance que [les scénarios anticipés] arrivent. Ça sort de notre domaine. Notre domaine est de déterminer que c’est raisonnable de penser que ça pourrait avoir un impact sur la rentabilité d’un projet. » Duncan Cass-Beggs reconnaît ce défi. Ce conseiller pour la prospective stratégique oeuvre désormais à l’OCDE, à Paris, après être passé par Horizons à Ottawa. « Tous ceux qui oeuvrent en prospective au sein de gouvernements font face au défi particulier d’amener cela dans les discussions de politique publique », dit-il. Dans le pire des cas, on n’adapte pas nos façons de faire pour être robustes face aux différents scénarios plausibles parce que cela est jugé trop cher. « Mais même dans ce cas, c’est avantageux, car c’est un choix éclairé. On prend un risque, mais pas aveuglément. » Dans le meilleur des cas, le décideur opte pour une solution plastique permettant de s’adapter si un des scénarios se matérialise. Il donne l’exemple des satellites de communication conçus pour durer jusqu’à 20 ans, mais que l’évolution rapide des technologies rend vulnérables aux cyberat-

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taques. « On aurait pu cerner ce problème d’avance et opter pour des satellites moins chers, qu’on remplace ou recycle sur des cycles plus courts de cinq ans. » M. Cass-Beggs travaille à l’heure actuelle sur la transformation numérique du marché du travail. Le travail virtuel permet aux travailleurs de la planète d’offrir leurs talents à un marché illimité. Mais il permet d’envisager une « convergence salariale » qui ne sera pas bénéfique pour tous. « Parfois, pour être la voix modérée, raisonnable ou responsable, il faut non pas juste donner la prévision du centre la plus probable, mais aussi présenter la grande divergence de possibilités.» Horizons de politiques se rapportera sous peu à un comité d’une dizaine de sous-ministres fédéraux pour s’assurer que son travail est entendu en haut lieu. Faibles signaux Chaque vendredi, l’équipe à Horizons de politiques se réunit pour que chacun puisse partager sa « surprise » de la semaine. Une surprise, c’est un élément d’information qui pourrait être annonciateur d’une tendance future. Cela peut être cette décision d’un tribunal britannique d’autoriser deux personnes entretenant une relation platonique à adopter un enfant. Cela laisse-t-il présager un changement des structures familiales et des règles de filiation ? Cela peut être cette décision d’un tribunal allemand d’entendre la cause d’un Péruvien demandant réparation pour les impacts environnementaux subis dans son pays à cause de la pollution atmosphérique générée en Allemagne

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par une entreprise locale. Cela présage-t-il une évolution du droit par rapport à l’extraterritorialité ? Ce peut être aussi l’annonce de la construction d’une route de sable aux Territoires-du-Nord-Ouest et le potentiel d’occupation du territoire nordique que cela offrirait dans un contexte d’afflux au Canada de réfugiés climatiques. « Parfois, c’est le croisement de plusieurs surprises qui mène à des réflexions », lance Ian Lambert. Une discipline franco-américaine La prospective est une discipline qui s’est développée en parallèle aux États-Unis (Herman Kahn) et en France (Gaston Berger et Bertrand de Jouvenel) au milieu du siècle dernier. On attribue à Gaston Berger, un philosophe et haut fonctionnaire français, l’invention du mot «prospective ». «L’avenir n’est pas ce qui vient après le présent, mais ce qui est différent de lui», disait-il. L’Association des futuristes professionnels, qui compte 400 membres, estime qu’il y aurait entre 5000 et 15 000 futuristes dans le monde, qu’on retrouve autant dans les officines gouvernementales que dans les entreprises. Au gouvernement canadien, quelques ministères comptent leur propre unité de prospective, dont Affaires mondiales. La plupart des gouvernements européens se sont dotés d’unités semblables à Horizons, selon Ian Lambert, tout comme Singapour, la Corée du Sud, le Japon et les États-Unis. Aux Émirats arabes unis, leur unité, la Dubaï Future Foundation, loge dans des locaux entièrement imprimés en 3D. Source : Presse canadienne


Conjoncture

2018 : Prévisions à la hausse pour l’embauche et les investissements

Les entreprises baignent dans l’optimisme…

Les entreprises n’ont jamais fonctionné aussi près de la limite de leurs capacités de production au Canada depuis la Grande Récession. Cela annonce, de leur part, de nouveaux investissements, de nouvelles embauches ainsi que des hausses salariales. Cela laisse aussi entrevoir, de la part de la Banque du Canada, une hausse des taux d’intérêt dès la semaine prochaine. Même après des mois de croissance, une majorité des entreprises canadiennes continuent de parier sur une accélération de leurs ventes au cours de la prochaine année, « faisant état de la robustesse des marchés immobiliers, de la persistance de la demande étrangère et du soutien tangible que représentent les dépenses de relance du gouvernement fédéral », rapporte la Banque du Canada dans l’édition hivernale de son Enquête sur les perspectives des entreprises dévoilée tout récemment.

À la limite des capacités de production… Les affaires vont actuellement si bien pour plus de la moitié (56 %) des entreprises canadiennes qu’elles auraient du mal à faire face à une augmentation inattendue de la demande. On n’avait pas vu cela depuis la fin de 2007. Avant cela, cette proportion n’avait été plus élevée qu’une seule autre fois depuis qu’on a commencé ce sondage, il y

a 18 ans, a par la suite noté l’économiste de la Banque de Montréal Douglas Porter. Le problème est particulièrement répandu en ColombieBritannique, mais est aussi « de plus en plus » apparent au Québec et en Ontario, poursuit la banque centrale canadienne dans son rapport d’enquête basé sur des sondages réalisés du 14 novembre au 8 décembre. La situation a poussé des entreprises à se tourner « notamment vers la sous-traitance, l’impartition, l’immigration et l’automatisation ». Mais cela ne suffira pas. Près de 50 % des entreprises entendent augmenter leurs investissements dans leurs capacités de production contre seulement 20 % qui pensent les réduire pour un solde des opinions favorables à l’augmentation des capacités de 30 %, soit près du double de cet automne. Les intentions d’embauches sont aussi à la hausse, avec 5 fois plus d’entreprises qui disent vouloir accélérer l’entrée de nouveaux employés que le contraire (50 % contre 11 %). Les pénuries de maind’œuvre s’observent surtout dans les technologies de l’information, le tourisme et l’hôtellerie, ainsi que dans la construction et l’immobilier, des secteurs qui ont connu une forte demande… Pénurie de main-d’œuvre et salaires

Plusieurs entreprises risquent toutefois d’avoir de la difficulté à augmenter leur effectif. Près de la moitié d’entre elles rapportent en effet avoir été confrontées à une intensification du problème de pénurie de main-d’œuvre depuis un an, alors que seulement 11 % estiment qu’il a diminué. « Les pénuries s’observent surtout dans les domaines des technologies de l’information, du tourisme et de l’hôtellerie, ainsi que de la construction et de l’immobilier, soit des sphères qui ont connu une forte demande », explique la Banque du Canada dans son rapport.

Ces difficultés tardent pour le moment à se répercuter sur le niveau des salaires, observet-on. De plus en plus d’entreprises s’attendent néanmoins à devoir accélérer la hausse du coût horaire de leur main-d’œuvre au cours des 12 prochains mois, d’autant plus que le salaire minimum a été sensiblement relevé dans plusieurs provinces. Le Québec arrive, à ce chapitre, au deuxième rang avec un petit écart favorable de 6 points de pourcentage entre les entreprises qui pensent devoir augmenter le rythme de leurs hausses salariales et celles qui disent le contraire, soit 2 points de moins qu’en Colombie-Britannique et

deux fois plus qu’en Ontario. Un taux de chômage à son plus bas niveau depuis 40 ans Les trois quarts des entreprises pensent que la pression exercée par la concurrence ne leur permettra pas de faire assumer la hausse attendue du coût des intrants par leurs clients. On s’attend à une augmentation des exportations, notamment vers les États-Unis en raison du dynamisme de leur économie stimulée par les baisses d’impôt du gouvernement Trump et de la faiblesse du dollar canadien, mais en dépit de la montée du protectionnisme et de la préoccupante renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Ce nouveau rapport plus que positif sur l’état d’esprit des chefs d’entreprise vient

s’ajouter à d’autres statistiques — comme ces données sur l’emploi, sur la baisse du taux de chômage à son plus bas niveau en plus de 40 ans, à 5,7 % au Canada et 4,9 % au Québec — décrivant une économie qui va si bien qu’elle pourrait bientôt donner des signes de surchauffe. Dans ce contexte, « il est évident que l’économie canadienne n’a plus besoin d’autant de stimuli » et que la Banque du Canada doit penser à relever progressivement ses taux d’intérêt, a estimé lundi l’économiste du Mouvement Desjardins Benoit P. Durocher. La première hausse de 0,25 point de pourcentage devrait venir dans sa réunion de la semaine prochaine, dit-il. « Deux autres hausses pourraient ensuite être annoncées au courant de l’année 2018. »

Êtes-vous intéressés par une carrière dans la police?

Appel à Candidats sans formation en techniques policières du Québec (conventionnels) La Sûreté du Québec prévoit sélectionner de nouveaux policiers provenant du programme des candidatures conventionnelles pour l’entrée au Collège de Maisonneuve prévue en septembre 2018. Ce mode d’accès à la profession, pour les candidats sans formation en techniques policières du Québec, permet à notre organisation de diversifier son capital humain, en ciblant des profils distinctifs afin de combler des besoins spécifiques. L’organisation recherche particulièrement : · Des membres des communautés

culturelles, des autochtones ainsi que des femmes et ce, afin d’être représentatif de la clientèle desservie par la Sûreté du Québec en conformité au programme d’accès à l’égalité à l’emploi. · Des personnes possédant des formations spécialisées afin de s’assurer de maintenir l’expertise nécessaire pour faire face aux défis à venir. · Des personnes dont l’expérience professionnelle et le parcours paraprofessionnel se rapprochent de la fonction policière et dont le cheminement vient ajouter une valeur à l’organisation.

Cet avis s’adresse aux personnes correspondant au profil recherché et qui auraient de l’intérêt pour la carrière policière, afin de poser leur candidature pour un poste de patrouilleur à la Sûreté du Québec. Afin de vérifier leur admissibilité, les candidats intéressés sont invités à faire le Test en ligne – Profil de l’emploi. Afin de connaître les critères d’admissibilité ainsi que le processus de recrutement, nous les invitons à consulter les informations du profil suivant : Candidats sans formation en techniques policières du Québec.

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Prenez note que les candidatures sont reçues tout au long de l’année. Néanmoins, afin de pouvoir être sélectionnés en tant que candidats pour la prochaine formation (AEC en techniques policières) qui débutera en septembre 2018 au Collège de Maisonneuve à Montréal, ils sont invités à poser leur candidature en cliquant sur le bouton Pour postuler ou suivre votre candidature en ligne sur le site Internet de la Sûreté du Québec et ce, avant la séance d’information obligatoire pour ce programme, séance qui se déroulera le samedi 13 janvier 2018 au Grand quartier

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général à Montréal. L’étude des candidatures se fera rapidement et les postulants admissibles et en cours d’admission, seront conviés par courrier électronique à cette séance d’information obligatoire. Pour de plus amples renseignements sur la carrière policière, nous vous invitons à consulter la partie Recrutement du site Internet de la Sûreté du Québec. Vous pouvez aussi poser directement vos questions à l’adresse suivante : recrutement.policier@ surete.qc.ca.


Droits

Les failles du système d’appel montrées du doigt

Assurance-emploi: appel à une réforme du Tribunal de la sécurité sociale Le Tribunal de la sécurité sociale (TSS) a échoué à son examen. Le rapport que la firme KPMG a préparé à la demande du ministre Jean-Yves Duclos (Développement social) pointe de nombreuses failles dans cette structure d’appel du système d’assurance-emploi, et plaide pour un « renouvellement » en profondeur du TSS. Remis au ministre en octobre 2017, le rapport complet devrait être dévoilé dans les prochaines semaines. Mais par différentes sources, Le Devoir a pu consulter des extraits qui dressent le portrait d’une structure « qui ne répond pas aux attentes en matière de délais, d’équité, de transparence, d’accessibilité et d’efficacité ». Chaque dossier transmis au TSS, mis sur pied par les conservateurs en 2013 dans le but avoué d’économiser 25 millions par année, se révèle en réalité plus coûteux que dans l’ancien système des conseils arbitraux : près de 2400 $ actuellement contre 720 $ auparavant. Il faut toutefois noter que des milliers de cas de contestation sont aujourd’hui traités en amont du TSS, par une révision obligatoire des dossiers — effectuée par la Commission de l’assurance-emploi du Canada (CAEC). Ainsi, le coût total du TSS est-il moins élevé que celui des quatre tribunaux qu’il a remplacés… et le comparatif réel est difficile à établir. Dans les premières pages de son rapport, KPMG souligne que le TSS n’a jamais pu prendre un véritable envol : créé sans consultation avec les intervenants du milieu, le tribunal a hérité d’une quantité impressionnante de dossiers en

attente de traitement et a connu un « départ très chancelant » dont il ne s’est jamais relevé. Le système créé se révèle plus « légaliste » que l’ancien, plus « distant et formel », aussi (les audiences se déroulent essentiellement par téléphone, par exemple). En résulte un processus qui échoue à un principe fondamental des programmes sociaux, dit-on : placer le client au centre de son approche. Délais Sans surprise, la question des délais déraisonnables dans le traitement des dossiers est relevée au chapitre des manquements du TSS. Le rapport évoque des délais « cinq fois plus longs » que sous l’ancien régime. Le problème a déjà été reconnu par le ministre Duclos, qui a promis que des changements seront apportés au fonctionnement du TSS. Des données obtenues par Le Devoir en septembre faisaient état

d’un délai moyen de 219 jours pour un appel en assurance-emploi. Depuis la mise en place du tribunal, ce délai n’a cessé de s’allonger : il était de 109 jours au terme de la première année, puis de 183 jours au terme de l’année financière 2016-2017. Mais il y a plus, relève KPMG. Le cabinet de services-conseils conclut que le TSS manque de la flexibilité nécessaire au traitement du type de dossier dont il hérite — ceux de Canadiens en situation de vulnérabilité économique. La firme énonce un certain nombre de recommandations — au moins sept — pour « renouveler » le TSS, ou le « redémarrer ». On parle notamment d’une nécessaire simplification des démarches et des processus, qui sont actuellement difficiles d’approche pour les demandeurs. Mais selon les extraits consultés, on ne parle pas d’abolir le TSS. Or,

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c’est ce que plusieurs groupes avaient réclamé durant les consultations menées par KPMG. Et c’est aussi le sens d’une résolution adoptée par les quatre membres de la Commission de l’assurance-emploi cet automne. La CAEC dressait alors elle aussi un constat d’échec autour du TSS, disant qu’il y a un « solide consensus autour du fait que le système actuel n’offre pas le processus que les contributeurs à l’assuranceemploi méritent ». La Commission recommandait au gouvernement le retour des conseils arbitraux tripartites et des audiences en personne, entre autres. Le rapport sera rendu public alors que le gouvernement cherche un nouveau président pour le TSS. Dans l’affichage de poste, en vigueur jusqu’au 9 janvier, il est écrit que « le président du Tribunal jouera un rôle de premier plan au

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chapitre de la création et de la mise en oeuvre d’une série de changements visant à améliorer la culture et le modèle axés sur le client du Tribunal, tout en instaurant et en appuyant un environnement propice au changement. » Le TSS avait été mis sur pied dans la foulée d’une réforme du système de l’assurance-emploi adoptée par les conservateurs. Le gouvernement Trudeau a aboli les principaux éléments de la réforme, mais sans toucher au système d’appel — du moins jusqu’ici. KPMG a reçu en mars le mandat de « vérifier [si le TSS] remplit toujours son rôle de la manière la plus efficiente possible ». Cet examen avait été recommandé au ministre par le Comité permanent des ressources humaines, du développement des compétences et du développement social.


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Alerte

Une nouvelle arnaque en ville Détenteurs de cartes Visa et Master Card, prenez garde!... Voici une nouvelle version de fraude par carte de crédit. C’est très raffiné puisque les fraudeurs vous donnent toutes les informations, à l’exception d’une supposée «partie manquante». Ainsi la personne qui vous appelle ne vous demande pas votre numéro de carte car elle a déjà ce renseignement en sa possession déjà. Lisez attentivement l’information qui suit, vous comprendrez bien comment fonctionne cette arnaque à la Visa et MC, et vous serez dès lors en mesure de vous protéger. Comment fonctionne l’arnaque L’arnaque fonctionne comme suit : La personne qui appelle dit: ‘Bonjour mon nom est (untel) et j’appelle du département de sécurité de VISA. Mon numéro d’identité est 12460. Votre carte nous est signalée pour un achat inusité (non réalisé) et j’appelle pour vérifier. Il s’agit de votre carte Visa émise par (nom de la banque). Avezvous fait l’achat d’un système Anti-Télémarketing (ou n’importe quoi d’autre) d’un montant de

$497.99 auprès d’une compagnie basée en Arizona (par exemple)? Lorsque vous répondez non, l’interlocuteur continue en disant : ‘Bien, nous allons créditer votre compte. Nous surveillons cette compagnie depuis quelque temps car les achats varient de $297à $497, juste sous la limite de €500 accordée par la majorité des cartes de crédits. Avant votre prochain relevé de compte nous vous enverrons votre crédit à l’adresse suivante (il vous donne VOTRE adresse) est-ce exact? Vous répondez que OUI. Il continue en disant qu’il vont inscrire un rapport de fraude au dossier et si vous avez d’autres questions, appelez le numéro 1-800 inscrit à l’endos de votre carte (1-800VISA ) et demandez la Sécurité. Vous devrez vous référer au numéro de contrat suivant. Il vous donne un numéro de 6 chiffres. Est-ce que vous voulez que je vous redonne le numéro ? Voici la partie LA PLUS IMPORTANTE de cette arnaque.

La personne vous dit: ‘Je dois vérifier que vous êtes bien en possession de votre carte.’ Il vous demandera de retourner votre carte et regarder certains numéros. Il y a 7 numéros ; les 4 premiers font partie de votre numéro de carte, les 3 suivants sont des numéros de sécurité pour vérifier que vous êtes bien en possession de votre carte. Ce sont les numéros que vous employez à l’occasion d’achats, exemple, par Internet pour prouver que vous avez la carte en main. Il vous demandera de lui lire les 3 numéros, et par la suite vous dira, ‘C’est exact, je devais vérifier que la carte n’avait pas été perdue ou volée, et que vous l’aviez toujours. Avez-vous d’autres questions? Si vous répondez NON, il vous remercie et ajoute ‘N’hésitez pas à nous rappeler si vous avez d’autres questions et raccroche. Vous n’avez presque rien dit et jamais il ne vous a donné ou demandé votre numéro de carte. Si vous appelez ensuite le Vrai département de sécurité de VISA,

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soyez surs qu’on va vous répondre que c’était une ARNAQUE et que dans les 15 dernières minutes un achat de $497.99 a été débité sur notre carte. Mais en appelant VISA, si vous êtes tombé dans le panneau, vous aurez la chance de VRAI rapport de fraude et de rétablir la situation. Le but des arnaqueurs est d’obtenir votre numéro d’identification personnel (NIP ou PIN en anglais) à 3 chiffres, inscrit à l’endos de votre carte. Comment vous comporter si vous recevez ce type d’appel Si vous recevez ce type d’appel, NE DONNEZ AUCUNE INFORMATION; dites que vous allez appeler VISA ou MC directe-

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ment pour vérifier et coupez la communication. VISA précise d’ailleurs que ses agents ne demande JAMAIS d’information apparaissant sur la carte car ils les ont déjà puisqu’ils émettent la carte. Si vous vous faites piéger, lorsque vous recevrez votre relevé, vous verrez des frais pour des achats que vous n’avez jamais fait et il sera trop tard ou très difficile de porter plainte. La police pour sa part déclare qu’elle reçoit quotidiennement des plaintes pour des faits de cette nature. Alors soyez prudents et prévenez vos proches et amis


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Santé

La grippe attaque en force

Deux souches virales se répandent simultanément Fait inusité, alors que l’activité grippale est intense au Québec, ce sont autant les virus des souches A que B qui circulent.

Les urgences sont sous pression, notamment en raison de la grippe, dans la majorité des régions du Québec. La situation est particulièrement critique en Montérégie, où quatre des huit urgences ont affiché jeudi un taux d’occupation des civières excédant les 200 %. Vendredi, deux établissements dépassaient toujours du double leurs capacités dans cette région. Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) attribue la situation en partie à la saison de la grippe qui bat son plein, mais aussi à d’autres phénomènes, comme une hausse du nombre de transports ambulanciers sur l’île de Montréal. Fait inusité, alors que l’activité grippale est intense au Québec, ce sont autant les virus des souches A que B qui circulent. Habituellement, l’influenza B cogne à nos portes plus tard en saison. Les urgences débordent partout À Longueuil, la situation était telle que l’hôpital Pierre-Boucher a du interdire aux patients se présentant aux urgences d’être accompagnés, à l’exception des enfants, des personnes atteintes d’un déficit cognitif ou de celles dont la condition est instable ou en phase terminale. De 203 % en fin de semaine, le taux d’occupation y était passé à 183 % un jour plus tard, mais la situation était toujours particulièrement pénible dans cette urgence où l’espace manque. « Cette mesure permettra de limiter la transmission des infections à la clientèle et au personnel et facilitera les interventions des employés et des médecins auprès des patients », a précisé le CISSS de la Montérégie-Est dans un communiqué. « Nous avons besoin de l’espace pour que le personnel puisse

donner les meilleurs soins possible », explique la conseillère en communication du CISSS, Magali Dupont. De nombreux patients se trouvent de plus en isolement pour des symptômes d’allure grippale. L’hôpital Anna-Laberge, à Châteauguay, a même affiché un taux d’occupation de 252 % mercredi : le nombre de cas de grippe chez les patients a justifié l’ouverture d’une première « clinique de grippe » au Québec pour la saison. Cette dernière se trouve au GMF-U le Trait d’Union à Delson, et les patients peuvent s’y présenter ce weekend au besoin. L’hôpital AnnaLaberge demande aux proches des patients hospitalisés de limiter leurs visites. Des hôpitaux au double de leur capacité Selon le rapport du MSSS sur la situation dans les urgences diffusé vendredi, le taux d’occupation sur civière atteignait ou dépassait 200 % à Memphrémagog, au Centre hospitalier Hôtel-Dieu d’Amos, à l’hôpital Pierre-Le

Gardeur, à l’hôpital HonoréMercier et à l’hôpital AnnaLaberge. Sur Facebook, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a qualifié d’« inacceptable » la situation à l’hôpital Pierre-Le Gardeur, qui affichait un taux d’occupation de 219 % des civières vendredi. À Montréal, le taux d’occupation moyen des civières atteignait 126 %, avec un achalandage plus important à l’hôpital Jean-Talon (150 %), à l’Hôpital Général juif (183 %), à l’Hôpital de Verdun (177 %) et à l’Hôpital Général du Lakeshore (168 %). Dans les Laurentides, cinq des six urgences dépassaient largement leurs capacités vendredi. Dans la Capitale-Nationale, les urgences de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus et de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie étaient les plus achalandées vendredi, avec des taux d’occupation sur civière excédant 150 %.

Plusieurs urgences en Mauricie, en Estrie, en Outaouais, en Abitibi, dans ChaudièreAppalaches et à Laval connaissent aussi un fort achalandage. La Grippe B en avance Impossible d’affirmer si le « pic » de grippe est atteint, mais une chose est certaine, « nous sommes dans les grosses semaines », confirme le Dr Gaston De Serres. L’épidémiologiste à l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ) précise que la majorité des cas excédentaires par rapport à l’an dernier à pareille date sont attribuables à l’influenza B. « C’est le joueur inhabituel dans le portrait en ce moment, car il arrive généralement en fin de saison », explique-t-il en entrevue. Ce sont 737 cas d’influenza A et 352 cas d’influenza B qui ont été confirmés en laboratoire pour la semaine se terminant le 30 décembre, ce qui ne représente qu’une petite partie du nombre réel de malades. En ce qui concerne l’influenza

Il y a 20 ans La crise du verglas C’est le pire cataclysme naturel que le Québec ait connu. Du 5 au 9 janvier 1998, une quantité phénoménale de pluie verglaçante s’est abattue sur le sudouest de la province. Les installations d’Hydro-Québec n’ont pas résisté pas au poids de toute la glace accumulée, et plus d’un million de Québécois se sont retrouvés sans électricité pour des semaines entrainant une des plus graves crises que la Province ait connue à travers son histoire

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A, c’est la souche H3N2 qui circule. En Australie, la saison de grippe précède la nôtre et le vaccin y a été peu efficace, selon le Dr De Serres, qui s’en préoccupe. Bonne nouvelle, toutefois, le vaccin est généralement plus efficace contre l’influenza B. De plus, les personnes âgées sont moins susceptibles de contracter cette souche du virus. Avec les deux virus qui circulent en même temps, la saison pourrait être plus intense, mais plus courte. L’an dernier, le taux d’efficacité du vaccin contre la grippe A avait atteint 42 %. C’était déjà bien mieux que la dernière fois que le H3N2 avait circulé, en 2014-2015 : le vaccin avait alors eu une efficacité… nulle. La vaccination reste le meilleur moyen de prévenir les complications sérieuses, parfois mortelles, de la grippe chez les groupes à risque, comme les personnes âgées, les jeunes enfants et les malades chroniques.


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Montréal

Premier budget Plante et première promesse électoral brisée

Des hausses de taxes beaucoup plus importante que l'inflation !

Valérie Plante avait promis en campagne électorale de ne pas augmenter les impôts fonciers au-delà de l'inflation. Mais l'effet combiné de la hausse de la taxe générale, des taxes d'arrondissement et de la taxe de l'eau fera grimper les avis d'imposition municipaux de 3,3 % en moyenne, apprend-on dans le budget 2018 de la Ville de Montréal.

binée de la taxe générale (2,1 %), des taxes d'arrondissement (0,1 %) et de la taxe de l'eau (0,8 %) atteindra 3 %. Plus tôt, lors d'une réunion du comité exécutif, la mairesse Plante a toutefois annoncé avoir mandaté le service des finances de la Ville pour revoir le système de taxation non résidentiel.

Or, selon le Conference Board du Canada, l'inflation atteindra 2,1 % en 2018. C'est beaucoup moins que le total des augmentations de la taxe générale (1,9 %), des taxes d'arrondissement (0,3 %) et de la taxe de l'eau (1,1 %) pour le secteur résidentiel présenté mercredi matin.

L'administration se justifie

Cette augmentation aura un effet direct sur le portefeuille des Montréalais. La valeur moyenne d'une maison unifamiliale ayant été fixée à 427 524 $, l'augmentation de 3,3 % représentera une hausse moyenne de 118 $ pour les propriétaires de résidences. Cette hausse de taxes est en outre deux fois plus importante que celle de l'an dernier, où les avis d'imposition avaient crû de 1,7 %. Comme l'an dernier, c'est dans l'arrondissement de Rosemont– La Petite-Patrie que les taxes résidentielles enfleront le plus (de 5,6 % au total), suivi de l'arrondissement de Villeray– Saint-Michel–Parc-Extension (5,4 %). À l'inverse, c'est à LaSalle qu'elles augmenteront le moins (0,7 %), notamment parce que la mairesse Manon Barbe a réduit la taxe d'arrondissement de 2,2 %. Les commerçants écoperont aussi : pour eux, la hausse com-

Valérie Plante ne considère pas avoir rompu une promesse électorale en imposant une hausse globale des taxes supérieure à l'inflation. « On a toujours été clairs en campagne électorale sur le fait qu'on faisait référence à la hausse de la taxe foncière pour les besoins généraux » et non à l'ensemble des taxes, a-t-elle souligné en conférence de presse. Après vérifications, il est vrai que le programme de Projet Montréal, adopté en mai 2017, prévoyait de « plafonner les hausses de taxes foncières des propriétaires occupants à la seule inflation ». Toutefois, sa plateforme électorale était beaucoup plus vague et stipulait que «Projet Montréal s’engage à réaliser son programme sans hausser les taxes au-delà de l’inflation ». N'eût été la hausse de la taxe de l'eau, l'augmentation des impôts fonciers aurait été conforme à l'inflation prévue, a fait valoir l'administration Plante-Dorais. Mais voilà, « les réseaux d'aqueduc et d'égouts montréalais sont vieillissants [et] il est impératif de poursuivre les investissements dans les infrastructures de l'eau pour assurer leur remise en état et leur dével-

oppement », lit-on dans le communiqué de presse du budget. Hausse des dépenses de 5,2 % C'est un budget de 5,4 milliards de dollars qui a été présenté par l'administration Plante-Dorais. Il s'agit d'une somme record, en hausse de 5,2 % par rapport à l'an dernier. L'administration Coderre avait alors déposé un budget de 5,2 milliards, qui avait lui-même grimpé de 2,8 % par rapport à 2016. Cette hausse des dépenses de 270 millions de dollars s'explique notamment par la fin des mesures transitoires permettant d'étaler le renflouement des régimes de retraite des employés municipaux touchés par la crise financière de 2008 (57 millions), par l'entente « Réflexe Montréal » découlant de la nouvelle Loi sur le statut de métropole (30 millions), par la hausse du service de la dette brute (28,4 millions) et par une hausse des contributions pour le transport en

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commun (27,7 millions).

pas le cas ici », a-t-il ajouté.

Les paiements au comptant des immobilisations augmentent aussi de 40 millions, soit deux fois moins que ce qu’avait prévu l’administration précédente. L’opposition officielle a dénoncé cette décision lors d’un point de presse en début d’après-midi, indiquant que la cote de crédit de la ville pourrait en être affectée.

En ce qui concerne plus spécifiquement les hausses de taxes, l'opposition officielle estime que la mairesse Plante a tout simplement rompu sa promesse.

L'opposition dénonce un «manque de rigueur» Il s'agit selon le chef de l'opposition, Lionel Perez, d'un budget « qui manque de rigueur », préparé par une administration « déconnectée des réalités commerciale, économique et des résidents de la ville de Montréal ». « Nous, lorsqu'on compare le budget d'aujourd'hui avec ceux des quatre dernières années, il y avait une rigueur, le respect de la capacité de payer des contribuables... Ce n'est clairement

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« Il y a une majorité de Montréalais qui n'auraient pas voté pour l'administration actuelle s'ils avaient su qu'elle augmenterait les taxes au-delà de l'inflation », a indiqué son porteparole en matière de finances, Alan DeSousa. Le budget devrait être adopté le mercredi 24 janvier La Société de transport de Montréal (STM) a également déposé mercredi son propre budget de 1,3 milliard de dollars, qui prévoit une hausse des dépenses courantes de 1,9 % en 2018. Pour la première fois, cette somme provient de la nouvelle Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) plutôt que de la Ville.


Montréal

Le budget Plante-Dorais mal accueilli par le monde des affaires Le budget 2018 de la Ville de Montréal, le premier de l'administration Plante-Dorais depuis l'arrivée au pouvoir de Projet Montréal, en novembre, n'emporte pas l'adhésion du milieu des affaires.

La CCMM ne se dit pas opposée à la taxation de l'eau, mais elle croit que « ce virage doit être basé sur le concept d’utilisateur-payeur et accompagné d’une baisse des taxes foncières ».

Même si elle admet que le budget présenté « assure une certaine stabilité », la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) estime que la hausse de taxes moyenne de 3 % dans le secteur non résidentiel « nuit à l’environnement d’affaires et réduit l’attractivité de la métropole pour les entreprises ».

Même son de cloche du côté de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI). « Les PME de Montréal paient toujours en moyenne plus de quatre fois les taxes du résidentiel pour une même valeur d'immeuble et devront à nouveau subir d'importantes augmentations de coûts, elles qui ont pourtant déjà tant donné au cours des dernières années », déplore-telle.

« La communauté d’affaires est préoccupée par le choix de la nouvelle administration d’augmenter les charges fiscales au-dessus du niveau de l’inflation, écrit Michel Leblanc, président et chef de la direction de la CCMM. Cette décision va à l’encontre de la promesse faite par la mairesse en campagne électorale, ce qui envoie un signal inquiétant ». « Les contribuables montréalais sont déjà les plus taxés en Amérique du Nord », rappellet-il.

La Fédération s'inquiète en outre de la hausse des dépenses de 5,2 % par rapport à 2017.« Cette augmentation est bien supérieure à la référence raisonnable, soit l'inflation et la croissance de la population prévues, écrit Simon Gaudreault, directeur des affaires économiques à la FCEI. Nous demandons donc à la Ville de faire un effort supplémentaire afin de mieux contrôler ses coûts et ainsi alléger le fardeau fiscal des con-

tribuables, dont les PME. » Elle se réjouit toutefois de la mise sur pied d'un comité chargé de revoir la taxation non résidentielle à Montréal, confirmée en début de journée par la mairesse Valérie Plante. L'Association des propriétaires du Québec (APQ) se désole pour sa part de la hausse des

taxes résidentielles qui, à 3,3 %, est légèrement supérieure à celle que devront endosser les commerçants. L'APQ rappelle aux propriétaires de logements locatifs que « les avis d'augmentation de loyer envoyés à leurs locataires dans les prochaines semaines devront refléter la hausse subie de leurs comptes de taxes [...]

car tout ce qui n'est pas réclamé lors de l'année en cours est impossible à demander les années suivantes, selon les règles appliquées par la Régie du logement ». Elle prévient que cette augmentation sera fort probablement mal perçue par les locataires.

Autres réactions Caroline Tessier Directrice générale de la Société de développement commercial de la rue SaintDenis « En fait, c'est sûr que c'est un choc au niveau des commerçants. Nous, à la Société de développement commercial, on a mis en place plein de mesures l'an passé, notamment pour compenser les commerçants suite aux travaux. On a fait une demande aussi pour réduire les

taxes et réévaluer la valeur foncière des bâtiments sur la rue. Et en réponse, nous avons une augmentation des taxes en 2018!? Pour nous, une augmentation des taxes, c'est vraiment une mauvaise nouvelle. »

André Boisclair Président-directeur général de l'Institut de développement urbain du Québec « Les PME, avec les commerçants au premier chef, sont les

plus importantes clientes de l’industrie immobilière commerciale et paient des taxes foncières trop élevées. Pour elles, l’augmentation de la valeur foncière d’un immeuble ne signifie en rien une augmentation de leurs revenus. »

Pierre Pagé Porte-parole de Montréal pour tous « Nous, on s'attendait à un répit, d'avoir un petit break cette

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année. Là, ils dépassent le taux d'inflation, alors que nos maisons augmentent. Moi par exemple, je vais être taxé sur 20 000 $ de plus à mon évaluation [...] Nous, on dit que, dans le budget, il y a de bonnes dépenses, comme le transport; il y a aussi moins de dettes parce qu'on emprunte moins. Des bonnes affaires! Mais dans le fond, on n'a pas de répit, et puis c'est encore pire pour les petits commerçants, qui contribuent à 60 % de la somme des taxes. »

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Émile Saine

Propriétaire de restaurant « C'est sûr que c'est plus difficile, mais il faut qu'ils s'ajustent. Les gens doivent s'ajuster! Les commerces, ce n'est pas une affaire facile. C'est un gros défi. Je pense que si un commerce est affecté et qu'il doit fermer parce qu'il paye 1000, 1500 dollars de plus par année, ben là, je pense qu'il devrait changer de métier, parce que ça ne roule pas bien. »


Montréal

Cônes oranges

Sainte-Catherine va y goûter à son tour…

Alors que la rue Sainte-Catherine Ouest sera mise en chantier dans quelques jours, l'administration Plante songe à appliquer rétroactivement les nouvelles mesures fiscales qui seront annoncées pour aider les artères commerciales en chantier. La mairesse Valérie Plante a promis en campagne électorale que les commerçants recevront dorénavant un crédit de taxes lorsque des travaux municipaux sont prévus devant leur établissement. Selon Robert Beaudry, responsable du développement économique et commercial au sein du comité exécutif, le plan sera annoncé cet été. Les élus songent à appliquer le plan à la rue Sainte-Catherine, qui sera en chantier jusqu'en 2019. «Ça pourrait être rétroactif pour Sainte-Catherine. Je ne veux pas trop m'avancer pour l'instant parce qu'on travaille là-dessus», affirme M. Beaudry Forcer une réduction de loyer Par ailleurs, la Ville tente de trouver des moyens pour que cette possible baisse de taxes se traduise en baisse de loyer pour les commerçants locataires plutôt que d'enrichir les propriétaires d'immeubles. «Si c'est une baisse de taxes, il faut s'assurer que ça se rende aux commerçants locataires. C'est pour ça que le plan doit être bien construit», explique M. Beaudry, qui note que l'artère compte déjà une soixantaine de locaux vacants. La plupart des commerces dans la portion concernée par les travaux sont locataires. On y trouve notamment le Centre Eaton et la Place Montréal Trust,

propriétés d'Ivanhoé Cambridge.

Selon Claude Sirois, président des centres commerciaux d'Ivanhoé Cambridge, la société s'implique auprès de la Ville pour réduire l'impact sur ses commerçants. «Nous comprenons les préoccupations des commerçants et des riverains et nous travaillons activement à trouver des pistes de solution pour mitiger l'impact des travaux. À terme, nous savons que nos immeubles au même titre que les commerçants, les riverains et les Montréalais bénéficieront des travaux de revitalisation de la rue Sainte-Catherine», affirme-t-il. Les petits plus affectés que les grands À l'intérieur des centres commerciaux concernés, les commerçants ne semblent pas trop inquiets. Au Musée Grévin, un gérant prénommé Sym estime que les ventes pourraient diminuer de 10 à 15%. «La plupart des gens planifient d'avance leur sortie au musée. On va perdre une partie de la clientèle de passage, mais il n'y en a pas tant que ça», dit-il.

levard Robert-Bourassa. «C'est sûr que ça aura un impact. Ce printemps, ça ne sera pas si grave. On va perdre peut-être 20 ou 30% de ventes. Mais cet été, les gens vont avoir de la difficulté à se rendre sur SainteCatherine. Les gens qui quittent la Place des Festivals, ils ne vont pas passer par ici», affirme Fares Zahed, propriétaire d'une tabagie qui vend des articles touristiques. Même son de cloche au Presse Café situé à l'angle de la rue Saint-Alexandre.

Sym souligne que le Centre Eaton, qui héberge le Musée Grévin, est connecté au Réso souterrain ainsi qu'à la ligne verte du métro. Même son de cloche du côté du Cinéma Banque Scotia, situé tout juste à l'ouest de la zone de travaux.

«On a une clientèle de bureau et une clientèle de passage. En hiver, la clientèle de bureau ne sera pas affectée. Mais cet été, ils ne viendront pas sur notre terrasse quand la rue est pleine de poussière», affirme un gérant prénommé Alain.

Ce sont les commerces dans les plus petits édifices qui connaîtront les impacts les plus importants, notamment à l'est du bou-

Robert Beaudry rappelle que les commerces de la rue SainteCatherine peuvent profiter du PRAM – artères en chantier. Ce

programme permet de financer 40% de travaux de façade et d'éclairage. La Ville assurera aussi une certaine animation pendant les travaux pour que «Sainte-Cath» conserve son dynamisme. Les accès pour les piétons seront maintenus en tout temps. Deux ans de travaux Les travaux préparatoires ont déjà commencé en vue de la mise en chantier prévue la semaine prochaine. Mercredi, des employés de la Ville remplaçaient une vanne d'arrêt d'aqueduc à l'intersection du boulevard Robert-Bourassa. Des panneaux d'affichage ont aussi été installés. Dès lundi, la Ville procédera à des travaux de gainage sur l'égout collecteur entre la rue de Bleury et le boulevard Robert Bourassa. La rue SainteCatherine sera fermée à la circulation automobile sur la majeure partie de ce tronçon jusqu'à la fin

du mois d'avril. Les piétons y auront toutefois accès. Entretemps, la Commission des services électriques procédera à des travaux électriques entre Robert-Bourassa et Mansfield. Les travaux s'étireront jusqu'en juin, mais une voie de circulation pour les automobilistes seront maintenus. Entre les mois de juin et novembre, la situation sera inversée: la Commission des services électriques mènera ses opérations entre de Bleury et RobertBourassa alors que l'égout collecteur sera réhabilité entre Robert-Bourassa et Mansfield. Le réaménagement de l'artère, y compris le Square Philips, aura lieu en 2019. Dans une phase ultérieure, la Ville prolongera les travaux vers l'ouest jusqu'à l'avenue Atwater.

Les commerçants inquiets… «À mon avis, c'est grave. C'est sûr qu'on ne sait pas comment ça va se passer, de quelle manière ils vont accommoder les gens pour passer, accommoder les gens pour se garer», affirme le propriétaire-gérant d’un commerce qui a bâti sa clientèle depuis plus de 30 ans Les commerçants réclament déjà une aide financière pour compenser les perturbations, car tous se souviennent encore des travaux interminables sur le

boulevard Saint-Laurent. Les travaux devraient aussi se faire le plus rapidement possible. «Il devrait y avoir, entre autres, des travaux qui se déroulent sur des heures allongées, c'est-àdire sur deux ou trois quarts de travail, et aussi sept jours par semaine», estime pour sa part le directeur de Destination centreville André Poulin.

La première phase des travaux qui doit débuter incessamment s’étendra sur plus de deux kilomètres. Elle touchera la partie entre les rues De Bleury et Mansfied, et devrait coûter au moins 80 millions $. «Ça va être une cause de perturbations importantes comme on a connu notamment sur la rue Saint-Laurent. Pourquoi ? Parce que ça vient freiner un peu la fluidité. On peut parler d'un

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chantier de quatre à huit ans très facilement», croit Sylvain Lefebvre, professeur en urbanisme à l'UQAM. Celui-ci souhaite même qu'il y ait un tronçon entièrement piétonnier, mais des commerçants se limiteraient à un élargissement de trottoir. «On croit à la circulation des automobiles, c'est très important pour la rue Sainte-Catherine.

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Par contre, pour ce qui est des piétons, c'est leur donner davantage de placepensent-ils. Les travaux doivent être un legs pour le 375e anniversaire de Montréal et permettre à la Sainte-Catherine de concurrencer les nouveaux centres de la banlieue.


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Transports : 300 autobus hybrides supplémentaires pour la STM La Société de transport de Montréal (STM) lance un appel d'offres en vue d'ajouter 300 autobus hybrides à sa flotte à compter de 2020.

Le parc de la STM passera ainsi de 1807 autobus actuellement à 2107 en 2020. Cela entraînera l'embauche de 600 nouveaux chauffeurs et l'augmentation du budget d'opération de la société de quelque 75 millions de dollars. « Il est indéniable que cela aura des effets positifs sur le service, car 300 bus représentent environ 15 % du parc actuel », a indiqué Philippe Schnobb, président du conseil d'administration de la STM. Le gouvernement du Québec financera l'essentiel du projet par le biais de programmes d'aide gouvernementale déjà en vigueur en matière de transport en commun. Des pourparlers sont aussi en cours avec le gouvernement fédéral concernant sa participation éventuelle au montage financier. L'appel d'offres est fait conjointement avec huit autres sociétés de transport en commun, dont celles de Québec, de Saguenay et de

Trois-Rivières.

Dans l'appel d'offres, la commande minimale est de 597 autobus, soit 300 pour la STM et 297 pour les autres sociétés. Il est toutefois mentionné que la commande pourrait atteindre un total de 1525 véhicules au moment où les sociétés prendront leur décision finale. Fidéliser les usagers et lutter contre les changements climatiques L'annonce a été faite au garage Stinson de la STM par André Fortin, ministre des Transports, de la Mobilité durable et de l'Électrification des transports, Martin Coiteux, ministre des Affaires municipales et de l'Occupation du territoire et responsable de la région de Montréal, Valérie Plante, mairesse de Montréal, et Philippe Schnobb. « Cet investissement fera de notre ville un leader en matière de protection de l'environnement et de développement durable », a affirmé André Fortin, qui a souligné que ce type d'autobus permet des économies de carburant de 25 à 30 %, ce qui entraînera une réduction des émissions de gaz à effet de serre.

La mairesse Plante a indiqué qu'il était important de fidéliser les usagers en leur offrant « des services efficaces, performants et confortables ». « Les habitudes de transport se sont transformées au cours des dernières années et vont continuer de se transformer sous l'égide des changements technologiques et démographiques, et de la nécessité de lutter contre les changements climatiques », a-t-elle fait remarquer.

Elle a tenu à souligner que le transport en commun était le mode de déplacement qu'elle privilégiait elle-même. Elle a indiqué que ses agents de sécurité examinaient des solutions pour lui permettre de l'utiliser davantage. La mairesse avait promis l'ajout de ces véhicules hybrides pendant sa campagne électorale. Elle s'est d'ailleurs félicitée des « résultats concrets » obtenus par son administration, en collaboration avec le gouvernement du Québec. Des questions sans réponse

L'opposition officielle réserve un accueil mitigé à cette annonce. Son chef, Lionel Perez, considère qu'il s'agit d'une bonne nouvelle, mais que trop de questions demeurent sans réponse. Ainsi, on manque de détails sur le montage financier de ce projet de 300 autobus qui pourraient coûter 1 million de dollars chacun. Il reste aussi à savoir dans quels locaux pourront être stationnés ces nouveaux véhicules pour lesquels il n'y aurait pas de place actuellement.

La Ville libère les pitbulls! Les pitbulls n'auront plus à porter la muselière ou une courte laisse pour sortir à l'extérieur à partir d'aujourd'hui. L'administration Plante a officiellement édicté une ordonnance retirant les pitbulls de la liste des chiens interdits. Les chiens de type pitbull seront désormais considérés comme des chiens « réguliers ». Ainsi, les gens qui avaient obtenu un permis spécial de garde à la suite de l'introduction du règlement de contrôle animal en octobre 2016 « n'auront pas à respecter de conditions particulières de garde de leur animal », précise l'ordonnance.

Ces conditions prévoyaient que l'animal soit muselé dès qu'il sort à l'extérieur et qu'il soit tenu au moyen d'une laisse de 1,25 mètre, sauf lorsqu'il se trouve dans les aires d'exercice canin. L'ordonnance est immédiatement entrée en vigueur. L'élu responsable du dossier au comité exécutif, Craige Sauvé, a expliqué que ce retrait de toute référence aux pitbulls était en vigueur tant qu'un nouveau règlement ne soit adopté. L'administration Plante prévoit livrer une nouvelle mouture au cours de la première moitié de 2018. « On va consulter les scientifiques et les experts en comportement animalier », a dit

Craig Sauvé. Les dispositions sur les chiens dangereux demeurent. Ainsi, toute bête qui cause la mort d'une personne ou d'un animal ou est jugée à risque par une autorité compétente sera interdite. Bien qu'ils étaient « interdits », les pitbulls déjà présents à Montréal avaient fait l'objet d'un permis spécial. Rappelons que pour obtenir un tel permis, les propriétaires devaient démontrer avoir fait stériliser leur animal et le doter d'une micropuce. Ils devaient aussi démontrer n'avoir aucun casier judiciaire.

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Malgré des statistiques inquiétantes… L'opposition à l'hôtel de ville à de nouveau manifester son inquiétude face à cette décision, estimant qu'elle mettait la sécurité des Montréalais à risque. Mouvement Montréal a souligné que les pitbulls représentent 38% des incidents de morsures survenus à Montréal en 2016 alors que ceux-ci ne représentent que 3% des chiens enregistrés, selon les données de la Ville. En 2016, 263 incidents de morsures ont été rapportés, dont 225 pour lesquels la race du chien a été identifiée. 86 concernaient des animaux de type

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pitbull. En 2017, sur 162 incidents où la race a été identifiée, les pitbulls représentaient une proportion similaire, soit 37% (60 morsures). Le Berger allemand est la deuxième race la plus impliquée dans les morsures, avec 12% des cas. Inquiet, le chef de l'opposition par intérim, Lionel Perez, a invité l'administration Plante à rendre publiques les données sur les morsures. «Basons-nous sur des faits et non simplement sur une idéologie pour régler le problème des chiens dangereux», a dit l'élu.


Justice

Des années de procédures pour rien

Sabrine Djermane et El Mahdi Jamali finalement libérés

Sabrine Djermane et El Mahdi Jamali sont tombés dans les bras l'un de l'autre dans le hall presque désert du palais de justice de Montréal où ils ont été libérés. Il était passé 19h, et leurs familles n'en pouvaient plus d'attendre. Sabrine est sortie la première, accueillie par des cris et des pleurs, suivie quelques minutes plus tard d'El Mahdi. Le jeune homme a soulevé sa copine, en larmes, avant de lui couvrir le visage et les cheveux de baisers.

Puis, entourés de leurs proches, c'est main dans la main que les amoureux sont sortis de l'édifice dans la noirceur de décembre pour se frayer un chemin entre les caméras jusqu'aux voitures qui devaient les ramener chacun chez leurs parents. Ils n'y ont pas mis les pieds depuis leur arrestation, il y a deux ans et demi. « Ils sont très, très contents », a glissé l'avocat du jeune homme, Me Tiago Murias qui, comme son collègue Charles Benmouyal, l'avocat de la jeune femme, avait attendu la libération de son client en compagnie de sa famille pour le serrer dans ses bras. « Je pense qu'ils auront besoin de temps pour réfléchir à tout ça et j'espère qu'ils en sortiront plus forts. Ils s'aiment toujours. Ils ont un avenir ensemble, et c'est sur ça qu'ils vont mettre leurs efforts », a dit Me Charles Benmouyal, avocat de Sabrine Djermane. Un verdict inattendu Quelques heures plus tôt, la présidente du jury avait prononcé le verdict dans une salle bondée et fébrile au terme de plus de trois mois de procès et cinq jours de délibérations.

Les avocats de la défense ont plus tard raconté que les amoureux avaient vécu beaucoup d'émotions une fois qu'ils ont été escortés hors de la salle d'audience jusque dans les cellules du palais de justice - ils n'ont été libérés qu'en fin de journée. « Il y a eu des larmes et peu de mots », a dit Me Benmouyal, ajoutant que pour sa cliente, il s'agit du « plus beau des scénarios ». Sabrine Djermane est acquittée de tous les chefs, soit d'avoir tenté de quitter le Canada en vue de commettre un acte terroriste à l'étranger, d'avoir eu en sa possession une substance explosive dans un dessein dangereux et d'avoir commis un acte au profit ou sous la direction d'un groupe terroriste, soit le groupe armé État islamique. El Mahdi Jamali est blanchi de tous les chefs d'accusation liés au terrorisme. Il est toutefois reconnu coupable d'un chef réduit de possession d'une substance explosive (en l'occurrence des ingrédients pouvant servir à fabriquer une bombe artisanale) sans excuse légitime, une accusation moindre liée au chef plus grave duquel il était accusé. La peine maximale est de cinq ans de pénitencier. Comme l'ex-cégépien a déjà passé plus de deux ans et demi derrière les barreaux, le juge a conclu que la peine était purgée et a ordonné la libération des deux accusés. Selon la preuve entendue, le jury n'a pas pu conclure hors de tout doute raisonnable que le couple voulait se rendre en Syrie pour faire le djihad ou qu'il souhaitait construire une bombe au Canada au profit d'un groupe terroriste.

Les mots « non coupable », prononcés six fois, ont été accueillis dans un silence total. Malgré la surprise, les jeunes accusés ont réussi à garder un visage de marbre. Le juge Marc David avait demandé aux gens présents - des policiers, des journalistes, des avocats, des employés du palais de justice et même des juges, curieux - de ne pas réagir à la décision des jurés.

« C'est du droit nouveau » À leur sortie de la salle, les avocats des jeunes gens paraissaient quelque peu sonnés par le verdict. Les familles, elles, n'ont pas cherché à cacher leur joie. Lorsqu'il a aperçu l'avocat de son fils dans le couloir attenant à la salle d'audience, le père d'El Mahdi, qui a assisté à presque tout le procès, a ouvert grand les bras et l'a enlacé en riant. « On est très satisfaits », a soufflé sa mère.

Sabrine, ses longs cheveux bouclés encadrant son visage, et El Mahdi, le regard sérieux, se sont levés pour entendre leur sort.

« L'heure n'est pas aux bilans », a dit Me Benmouyal, questionné sur le poids jurisprudentiel de la décision. « C'est du droit nouveau. Des gens qui

sont allés en Syrie vont commencer à revenir au Canada. On ne sait pas comment l'État va réagir. » Selon la défense, le fait que la preuve présentée au jury par la Couronne tout au long du procès ait été largement circonstancielle a eu un impact majeur. « Le jury a fait la différence entre la curiosité et le terrorisme », a dit Me Tiago Murias, avocat d'El Mahdi Jamali « Ce n'est pas illégal de consulter des articles sur La Presse ou Radio-Canada », dit-il, faisant référence au fait que plusieurs photos à saveur djihadiste trouvées dans les appareils des jeunes Montréalais provenaient de sites de nouvelles. Des conditions à respecter Bien qu'il sorte presque blanchi, le couple ne recouvre pas une liberté totale. Sabrine Djermane et El Mahdi Jamali ont été arrêtés en avril 2015 en vertu de l'article 810 du Code criminel, qui permet d'amener un individu devant un juge pour lui imposer une série de conditions lorsque les autorités ont des raisons de croire qu'il commettra un crime. Les jeunes ont été accusés de terrorisme quelques jours plus tard et le dossier de l'article 810 n'a jamais été traité à la cour. Cela dit, il existe toujours. Les anciens élèves ont donc été libérés avec une série de conditions en attendant que l'affaire soit débattue sur le fond devant un juge, en janvier. Ils doivent notamment vivre chez leurs parents et se rapporter chaque semaine à un poste de la

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Gendarmerie royale du Canada (GRC). Ils n'ont pas le droit de demander un passeport. Ils ne peuvent pas quitter le Québec, ni utiliser les réseaux sociaux ou consulter du matériel faisant la promotion du terrorisme. On leur interdit d'entrer en contact avec certains individus, parfois des témoins de la Couronne, d'autres fois des personnes d'intérêt pour la police. Ils s'engagent aussi à ne pas fréquenter la mosquée Assahaba, dont Adil Charkaoui est le président. « Si on a demandé ces conditions-là, c'est parce qu'il y a encore des motifs de crainte, la possibilité, mais ce sera à un juge de décider », a expliqué la procureure de la Couronne, Me Lyne Décarie. Visiblement déçue, encadrée de son collègue Richard Roy et de deux enquêteurs de la GRC qui ont participé à l'enquête et assisté à toutes les procédures, cette dernière a indiqué respecter la décision du jury. « C'est un procès qui a été long. C'était une preuve qui était circonstancielle et on respecte leur décision », a dit Me Lyne Décarie, procureure de la Couronne. Comme le jury n'a pas à expliquer sa décision, difficile de savoir ce qui n'a pas fonctionné. La procureure a toutefois mentionné qu'elle avait présenté au procès « la preuve qui était admissible, disponible et fiable ». « Des fois, la preuve change au fil du temps. » Rappelons que la Couronne n'a pas présenté au jury des

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témoignages incriminants de la part de membres de la famille Djermane et d'amis du couple, recueillis avant leur arrestation, parce que ces derniers auraient changé de version. Une soeur cadette de Sabrine a même été accusée d'entrave à la justice. Selon l'acte d'accusation, elle aurait menti aux policiers. Appel possible La Couronne, qui a 30 jours pour se manifester, ne ferme pas la porte à un appel, qui, selon la loi, doit être fondé sur le droit et non sur les faits en cause. « On va étudier les directives [données par le juge aux jurés] et étudier s'il y a la possibilité d'aller en appel », a fait savoir Me Décarie. Un élément a déjà fait l'objet de plusieurs accrochages entre la Couronne et le juge, soit la question des éléments saisis aux domiciles des jeunes et de leurs parents par la police qui constituent, selon la loi, une substance explosive. Plus précisément, est-ce que le jury devait considérer la recette de bombe écrite par M. Jamali et copiée d'un magazine d'AlQaïda comme un élément de la bombe ? Le juge a tranché que non. La recette n'est pas une substance explosive. Elle n'est pas destinée à être utilisée dans la fabrication même de la bombe. La Couronne a prétendu le contraire tout au long des audiences. Le juge David avait lancé à la blague que la question se réglerait « sur la rue Wellington à Ottawa », siège de la Cour suprême du Canada.


Justice

Six ans après la Révolution des Œillets

Belhassen Trabelsi: la famille de l'oligarque en cavale déboutée en Cour fédérale Leur famille est riche à craquer, mais ils ne pourront pas en bénéficier s'ils continuent de chercher refuge à Montréal. La Cour fédérale vient d'avaliser de nouveau le blocage des fonds de la femme et des enfants d'un oligarque en cavale de l'ancienne dictature tunisienne, de peur qu'ils ne blanchissent au Québec l'argent volé au peuple de Tunisie.

La fortune souriait à Belhassen Trabelsi lorsque son beau-frère Zine el-Abidine Ben Ali dirigeait la Tunisie, avant la révolution de 2011. Trabelsi avait amassé une fortune par toutes sortes de trafics sous la dictature grâce à ses liens familiaux.

Sa demande d'asile a été refusée, car les autorités avaient des raisons sérieuses de croire qu'il s'était livré à de vastes fraudes et à du blanchiment d'argent en Tunisie pendant le règne de son beau-frère. « Il n'est pas sans intérêts de mentionner d'emblée que les motifs de la décision [de refuser l'asile] font état de malversations caractérisées par l'utilisation de prête-noms et d'entreprises coquilles permettant au clan Trabelsi/Ben Ali d'empocher de colossales sommes d'argent », rappelle la juge de la Cour fédérale Martine St-Louis, dans une décision sur le blocage des fonds familiaux rendue juste avant Noël.

« Belhassen Trabelsi est considéré comme le membre le plus célèbre et le plus corrompu de la famille. Il représente tout ce que les Tunisiens détestent chez les Trabelsi », avait résumé l'ambassadeur des États-Unis William Hudson, dans un câble diplomatique écrit en 2006 et dévoilé depuis par WikiLeaks.

Pas de compte en banque, pas de transactions

Lorsque le régime a été renversé en 2011, Trabelsi s'est enfui à Montréal avec sa femme et ses quatre enfants.

Mais pour Ottawa, il n'était pas question de les laisser jouir impunément ici des sommes qui avaient été

Trabelsi a disparu dans la nature avant d'être expulsé du Canada et demeure introuvable depuis. Sa femme et ses enfants, de leur côté, ont été accueillis comme réfugiés, car ils risquaient d'être persécutés dans leur pays sur la base de leurs liens familiaux.

détournées par leur famille sous la dictature. Les noms de la dame et de ses enfants ont donc été ajoutés à une liste « d'étrangers politiquement vulnérables » dont les biens sont bloqués. Impossible pour eux de mener des transactions financières ou d'ouvrir un compte en banque. La famille a contesté cette décision, d'abord en s'adressant directement au gouvernement canadien, puis à la Cour fédérale. Sans succès. La famille affirmait avoir du

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mal à subvenir à ses besoins de base et à se trouver un emploi. Elle disait aussi ressentir « une souffrance extrême causée par le stress et de la détresse psychologique ». Elle déplorait finalement « l'humiliation d'être traités de corrompus sans aucun fondement ». Avant de rendre sa décision, le gouvernement canadien a consulté les autorités tunisiennes, qui ont spécifiquement demandé que les avoirs de la

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femme et des enfants de M. Trabelsi demeurent gelés. Tunis affirmait que les liens familiaux entre ceux-ci et l'ancien oligarque n'ont pas été rompus, et que les membres de la famille ont injustement profité de leur relation avec l'ancien dictateur Ben Ali. Selon la preuve déposée en cour, la Tunisie a même averti Ottawa que le déblocage des avoirs de la famille nuirait aux relations bilatérales entre les deux pays.


Actes

Samedi 27 janvier

La Fête d'hiver 2018 du RIFE Comme chaque année l'association Rencontre Interculturelle des Familles de l'Estrie (RIFE) invite les familles de toutes origines à participer à sa célèbre Fête d'Hiver. Que vous soyez un habitué du RIFE, une famille nouvellement arrivée ou que vous ayez fait notre connaissance lors d'une CauseRIFE, vous serez accueillis avec joie lors de cette fête familiale et interculturelle.

munautaire vers 13:00. Le RIFE offre les boissons et le dessert ainsi que des cadeaux pour les enfants de 0 à 16 ans, cadeaux distribués par le Père Noël de retour pour l'occasion. Une animation familiale interculturelle est organisée.

Chaque famille vient avec un met (un plat cuisiné) et on partage lors d'un repas com-

Les familles doivent s'inscrire par internet directement à l'adresse du RIFE par réponse

C'est gratuit et n'hésitez pas à venir accompagnés de familles amies et de nouvelles connaissances.

à ce message.

la programmation.

Pour le passage du père Noël, nous avons besoin: - du nombre de personnes participantes, - du nombre d'enfants, - de leur sexe (garçon ou fille) - et de leur âge entre 0 et 16 ans.

Toutes ces informations doivent parvenir à l'adresse courriel du RIFE : rife2007@ yahoo.fr pour le samedi 20 janvier 2018 à midi au plus tard pour la bonne organisation.

Les enfants ou adultes qui souhaitent présenter une animation musicale, théâtrale, danse, chants, blagues ou autres, il suffit de nous le dire avant, pour vous inclure dans

Donc on compte sur vous tous pour faire circuler l'information le plus largement possible. Les familles et/ou personnes seules, anciennement et nouvellement installées à Sherbrooke sont les bienvenues pour une chal-

eureuse après-midi d'hiver interculturelle. Meilleurs vœux pour une bonne année 2018. La langue n'est pas un obstacle, la rencontre est le plus important. La Fête 2018 aura lieu le samedi 27 janvier à 12:30h Au Centre communautaire et culturel de l'arrondissement de Jacques-Cartier, 2050B Boul. de Portland Sherbrooke (Qc) J1J-1T9

Pour sa contribution à l’ouverture et au dialogue…

Le Collectif pour l’unité reçoit la Médaille de l'Assemblée nationale du Québec Le dimanche 10 décembre, les fondateurs du Collectif pour l’Unité de l’Île-des-Sœurs ont reçu des mains de la ministre de l’Environnement et députée de la circonscription de Verdun, Isabelle Melançon, la médaille de l’Assemblée nationale. La cérémonie protocolaire s’est déroulée au Centre communautaire Elgar situé devant la Place de l’Unité, inaugurée le 4 décembre 2016 par l’arrondissement de Verdun. C’est à la suggestion de Mme Melançon que le Collectif pour l’Unité s’est vu décerner la médaille de l’Assemblée nationale. Dans son discours précédent la remise de la récompense, elle a tenu à souligner que l’inauguration de la Place de l’Unité et du campanile qui se trouve sur un terrain appartenant à l’arrondissement a été «le moment le plus fort» depuis son élection en décembre 2016. Isabelle Melançon a profité de l’occasion pour saluer l’engagement des quatre fondateurs du Collectif pour l’Unité: Samuel Gewruz, promoteur immobilier, Mourad Bendjennet, administrateur du Centre Al-Jazira, Levi Itkin, rabbin du Centre Chabad, et Roger Légaré, administrateur de la paroisse

Sainte-Marguerite-Bourgeoys. «Par votre détermination, vous avez démontré qu’il est possible de s’unir. Vous avez montré la voie à suivre pour le Canada et pour le reste du monde. Vos noms sont désormais intimement liés à l’accueil et à l’amour de son prochain», a déclaré Mme Melançon tout juste avant la remise des médailles. Le maire de l’arrondissement, Jean-François Parenteau, a souligné l’importance de cette cérémonie. «Honorer ces personnes lance un message clair dans le monde tumultueux dans lequel nous vivons actuellement.» Dans leurs discours de remerciements, les quatre récipiendaires ont tenu à souligner le travail remarquable effectué par Dan Hanganu, architecte décédé tout récemment. C’est lui qui a conçu le campanile de la Place de l’Unité. Tous ont également mis l’accent sur l’implication des nombreuses personnes engagées dans le mouvement. «Cette médaille est une victoire pour tous les membres du Collectif, notamment pour les bénévoles de toutes confessions», a mentionné M. Bendjennet.

«Nous avons démontré, a-t-il poursuivi, qu’il est possible de faire un monde meilleur grâce au vivre-ensemble et en se concentrant sur les éléments qui unissent nos trois religions, à savoir l’amour, le partage et la générosité.» Le rabbin Itkin, dans son allocution, n’a pas manqué de souligner que cette cérémonie a lieu au moment où les juifs du monde entier se préparaient à célébrer la Fête de la lumière (Hanoukka) qui dure huit jours. Il a fait allusion au pouvoir que représentent plusieurs chandelles allumées au cœur de l’obscurité. Samuel Gewruz, fondateur de la firme immobilière Proment, a confié avoir été inquiet devant la neige qui tombait quelques heures avant la cérémonie. «Pourquoi tombe-t-elle? Elle aurait pu attendre jusqu’à demain. Il doit y avoir une raison. J’ai alors pensé que la neige est pure, pure comme les cœurs de toutes les personnes avec lesquelles le Collectif a collaboré depuis sa fondation.» Pour sa part Roger Légaré, de la paroisse Sainte-MargueriteBourgeoys, a souligné «que ce que nous avons fait avec le

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Collectif aura beaucoup de conséquences pour le Canada et pour le reste du monde. Cela prouve que nous pouvons vivre ensemble si nous nous en donnons la peine». Bien que protocolaire, la cérémonie s’est déroulée dans une atmosphère festive devant une soixantaine de personnes qui s’étaient déplacées pour l’occasion. C’est ainsi que Mourad Bendjennet a terminé son discours en invitant les convives à chanter quelques couplets de la chanson Quand les hommes vivront d’amour du célèbre chansonnier Raymond Lévesque. Ce qui a

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donné lieu à un moment d’émotion. Le Collectif pour l’Unité a été créé en 2015 par quatre représentants des communautés musulmanes, catholiques et juives dont les lieux de culte partagent le même toit. Depuis, le Collectif pour l’Unité s’est impliqué auprès des réfugiés avec le Centre de collecte pour les réfugiés syriens créé par Dora Douik, conjointe de M. Bendjennet, Selima Driss et Geneviève Cornibert. Aujourd’hui, sa mission s’est élargie à l’ensemble des citoyens dans le besoin.


Cultures

Rétrospective : Les Journées du Maroc a u Canada édition 2017

Un vitrine et un espace de rencontre et de dialogue Même si elles ne sont qu'à leur deuxième édition, "les Journées du Maroc au Canada" de 2017 ont marqué la scène culturelle québécoise et canadienne et ce, en offrant une belle vitrine à l'international pour faire rayonner les multiples facettes du patrimoine historique et de la civilisation séculaire du Royaume, et mettre en avant la diversité de la culture africaine.

Initiée sous le signe "Africains et fiers de l’être!", cette nouvelle édition a connu un grand succès et permis, à travers une programmation très variée et minutieusement concoctée, de célébrer sur le sol canadien l’authenticité de la civilisation marocaine, forte de ses composantes araboislamique, amazighe et saharo-hassanie, et nourrie de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen, et de mettre également en valeur les splendeurs méconnues du patrimoine culturel inestimable du Continent africain. Tout au long de cet événement estival de grande envergure, organisé par le Centre culturel marocain "Dar Al-Maghrib" à Montréal, le public avait rendez-vous, 40 jours durant, avec un programme fait de découvertes, de rencontres, de spectacles et de festivités, dédiés aux cultures et aux arts marocains et africains ainsi qu’à la célébration des liens solides et profonds unissant les pays du Continent et le Royaume, fier de son appartenance et de ses racines africaines, comme l’avait bien décrit feu Sa Majesté Hassan II lorsqu’il avait affirmé que "le Maroc ressemble à un arbre dont les racines nourricières plongent profondément dans la terre d’Afrique et qui respire grâce à son feuillage bruissant aux vents de l’Europe". Fruit d’une collaboration entre "Dar Al-Maghrib" et plusieurs associations et organismes de référence marocaine et d’Afrique sub-

saharienne, l’édition 2017 des "Journées du Maroc au Canada" a gratifié le public qui a répondu présent aussi bien à Montréal, à Laval qu’à Québec, d’une quarantaine de prestations qui ont permis d’instaurer des ponts de dialogue et de favoriser davantage l'échange culturel et civilisationnel entre les deux côtés de l’Atlantique. Ce rendez-vous culturel et artistique annuel, devenu incontournable, a connu une grande affluence de la part des Québécois et des Canadiens ainsi que des membres des communautés marocaine, africaine et ceux issus d’autres nationalités, qui ont eu droit à une panoplie d’événements hauts en couleurs (conférences, expositions, musique, théâtre, danse, cinéma, spectacles, défilés, folklore et gastronomie), qui visaient comme finalité de contribuer à l’ouverture de la société canadienne sur les arts et la culture marocains et de promouvoir la richesse et la

diversité du patrimoine culturel et artistique de l’Afrique auprès du grand public canadien. Pour le directeur de "Dar Al-Maghrib", Jaâfar Debbarh, les "Journées du Maroc au Canada" de 2017 se sont assignées pour objectifs de fêter l’Afrique dans toutes ses dimensions et de célébrer la place du Royaume au sein du Continent africain, une région, a-t-il souligné, érigée en priorité stratégique par Sa Majesté le Roi Mohammed VI qui, grâce à une Vision Royale pragmatique et à un leadership clairvoyant et actif, a insufflé une nouvelle dynamique aux relations maroco-africaines qui ne cessent de s’épanouir et de se raffermir dans les différents domaines, à la faveur des multiples visites effectuées par le Souverain dans plusieurs États du Continent. Cette 2ème édition, a-t-il ajouté, a été aussi l’occasion idoine de rallier la commu-

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nauté africaine résidant au Canada et de faire découvrir davantage sa culture et son savoir-faire en terre canadienne, tout en créant des ponts de dialogue et d’échange interculturel pour mieux se connaître et ainsi battre en brèches les amalgames existants et favoriser un mieux vivre-ensemble dans ce pays nord-américain. Il a, dans ce sens, indiqué que ces 40 jours de fête et de célébration ont été marqués par une programmation culturelle très riche et diversifiée, avec à l’affiche des manifestations artistiques, des conférences et une multitude d’activités et d’événements qui connotent le foisonnement culturel marocain et africain, exportable partout à travers le monde. Et M. Debbarh de soutenir que cette manifestation grandiose a réussi à réaffirmer, si besoin est, la volonté inébranlable du

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Royaume du Maroc, sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, de contribuer au rapprochement et au dialogue des cultures et des civilisations et de conforter cette diversité et cette richesse culturelle marocoafricaine au sein de la société québécoise et canadienne. En somme, les "Journées du Maroc au Canada" de 2017 ont permis, à travers les multiples activités qui étaient programmées, de vivre d’agréables moments de partage et d’échange où les cultures marocaine et africaine étaient en vedette outre-Atlantique pour témoigner, sans ambages, des liens solides et indéfectibles unissant le Royaume et le Continent depuis des lustres et qui continuent de connaître un dynamisme sans précédent. Source : Maghreb Arabe Presse


Sports

Football – Soccer : Voici pourquoi le Maroc pourrait organiser le Mondial 2026

Dans le combat de David contre Goliath opposant le Maroc au trio USA-Canada-Mexique, beaucoup donnent les Nordaméricains gagnants. Mais pour le Chicago Tribune, rien n'est joué.

Le 13 juin 2018, l’on connaîtra le ou les pays organisateur du Mondial 2026. Avec les pays européens et asiatiques inéligibles, ainsi que l’Amérique du Sud qui attend 2030, les candidatures opposent principalement d’un côté, le Maroc, et de l’autre, le trio nord-américain composé des Etats-Unis, du Canada et du Mexique. Dans ce combat de David contre Goliath, nombreux sont ceux qui pensent que les Nordaméricains l’emporteront. Et ces personnes n’auraient pas totalement tort, quand on voit l’arsenal infrastructurel combiné à l’expérience des trois pays dans l’organisation d’événement de grande envergure: Coupe du monde, JO, etc. En face, le Maroc, qui a déjà déposé 4 candidatures (1994, 1998, 2006 et 2010), a abrité une Coupe d’Afrique des nations (CAN 1988) et deux Coupes du monde des clubs en 2013 et 2014. Mais le match n’est pas joué d’avance pour autant. Et c’est un géant médiatique du pays de l’Oncle Sam qui le dit. En effet, pour le Chicago Tribune, la candidature de l’Amérique du Nord pourrait pâtir de la popularité déclinante des Etats-Unis dans le monde. «En coulisses, les personnes proches du dossier trinational craignent que plus-

ieurs pays membres de la Fifa – et par extension, les blocs d’électeurs continentaux – penchent vers le Maroc», écrit le journal. «Les raisons de cette crainte, continue le Chicago Tribune, sont liées au déclin rapide de la popularité des Etats-unis à travers le monde et, dans une moindre mesure, au fait que le système judiciaire américain avait pris les devants dans les affaires des scandales de la Fifa». Même si ces dénonciations ont permis de laver l’honneur de l’instance dirigeante du football mondial, le rôle agressif du gouvernement américain ne semble pas faire l’unanimité.

De son côté, le président de la tion des candidatures est le 16 des réformes, le vote est désorfédération américaine de footmais ouvert à tous les pays mars prochain. Si aucune n’est ball Sunil Gulati promet de candidatures aux pays de tous retenue, les 37 membres du membres de l’organisation. «monter un dossier très solide». La date limite pour la finalisaConseil de la Fifa rouvriront les les continents «Ce ne sera pas un programme informatique qui va désigner la meilleure candidature. Alors nous devons faire La Présidence du Comité de campagne», ont manifesté leurs souhaits Candidature du Maroc à l'organisation Il agira comme interlocuteur du goua-t-il ajouté, d’organiser le Mondial. de la coupe du monde de football 2026 vernement vis-à-vis de la FIFA, et sera cité par le L'annonce du pays hôte de la Coupe a été attribuée par le Roi Mohammed à ce titre en charge de coordonner Chicago du monde 2026 se fera le 13 juin proVI, à l’actuel ministre du Commerce, l’action des différents départements Tribune. Par chain, à la veille du coup d'envoi de la de l’industrie et de l’économie numériconcernés. le passé, les que, Moulay Hafid Elalamy. Après 4 tentatives d’accueillir ce grand phase finale du mondial 2018 prévue 24 membres grand rendez-vous planétaire du ballon en Russie. Pour l'édition 2026, le mode du Comité de scrutin a changé. Les 211 membres L’action de Moulay Hafid Elalamy rond (1994, 1998, 2006 et 2010, ndlr), exécutif de la de la FIFA seront appelés à départager consistera notamment à apporter tout le Maroc a officiellement déposé sa Fifa désigentre les deux dossiers de candidature. le soutien nécessaire à la fédération candidature pour l’organisation de naient Auparavant, il fallait passer par le royale marocaine de football (FRMF) l’édition 2026, la première qui l’organisateur comité exécutif, dont les membres et à la division spécifique créée au sein opposera 48 équipes. de la Coupe dépendaient du président qui avait un de la FRMF, conformément aux direcdu monde, poids important dans la décision finale. tives de la FIFA et à son cahier des Seuls le Maroc et le trio États-Unismais après charges. Canada-Mexique (dossier conjoint),

Moulay Hafid Elalamy présidera le Comité de candidature marocaine

Brunch des champions 2017 L’ACMPT honore ses bénévoles Dans le cadre de ses activités annuelles, l’Association Canado marocaine de promotion de Taekwondo (ACMPT) a organisé le dimanche 17 décembre dernier le Brunch des champions au Centre Culturel Marocain Dar al Maghrib. Cette année, l’association a fait hommage et reconnaissance à ses bénévoles en remettant des trophées aux bénévoles engagés en 2016-2017, par la même occasion le président de l’ACMPT a souligné que ces dernières années, nos athlètes ont performé

grâce à plusieurs acteurs qui travaillent dans l’ombre (parents, entraineurs, assistants coach, psychologue sportif, physiothérapeute et des bénévole…). Cette reconnaissance vise à saluer la contribution de parents et athlètes bénévoles qui se sont illustrés de façon exceptionnelle par des réalisations dont les bienfaits rejaillissent sur l’ensemble de de nos activités sportives et surtout sur nos athlétes, l’honorent et en assurent son rayonnement. L’Association a également remis-

des trophées de reconnaissance à M. Jaâfar DEBBAGH, directeur du centre Culturel Marocain comme coorganisateur de la 3ème édition Québec-Maroc pour le séjour culturel et sportif dans les provinces du sud du Maroc au profit de 18 jeunes athlètes marocains et canadiens de taekwondo, pour une durée de 15 jours allant du 22 décembre 2017 au 5 janvier 2018., À cette occasion, l’ACMPT a également honoré M. Abdelaziz Rzik, le président du centre communautaire Montréal Nord.

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Liste des bénévoles honorés Jrindou Abdelghani (Centre Communautaire Annour) Hida Tahar (école des champions Salberry) Mounssif Omary (Centre Communautaire Annour) Mina Jami (École des champions Rosemont) Issam Rzik (École des champions Rosemont) Rogers Sotto Manel (École des champions Salaberry) Mafa Soumaré (Centre Communautaire Annour) Driss Brini (École des champions

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Rosemont) Abdelhaq Lahmimssi (Centre communautaire Annour) Miloud Bentoumi (Centre communautaire Annour) Ahmed Mhemessi (Centre communautaire Annour) Nassim Haddaji (École des champions Salaberry) Mohammed Lamine (École des champions Salaberry) Abdelouahed Ammar (Maison du Maroc)


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