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Saga de l’Exposition « Sur les pas d’Amelin : Deux siècles d’évolution des paysages du Lez »

Suivons les pas de J-M.Amelin le long des rives du Lez et alentours…


Saga de l’Exposition « Sur les pas d’Amelin : Deux siècles d’évolution des paysages du Lez » Préambule - Petite histoire d’un beau projet Lors des années 2007- 2011, j’allais peindre des aquarelles le long du Lez, de sa source à son entrée dans Montpellier, à hauteur du pont de Castelnau. Quand j’ai découvert, par hasard, des dessins, lavis et aquarelles de Jean-Marie Amelin, grâce à François Martin qui cherchait des renseignements sur l’histoire de Baillarguet aux archives de Montpellier. J’eus la surprise de constater que plusieurs vues d’Amelin exécutées dans les années 1820 à 1850, représentaient les mêmes sites que j’avais peints. Coïncidence ? ou plutôt convergences résultant de l’œil du paysagiste ? Cela m’incita à mieux connaître l’œuvre d’Amelin. Entre 2011 et 2013, j’entrepris une démarche systématique de recherche des sites pittoresques représentés par Amelin. J’en fis plus de 70 aquarelles et j’invitais des peintres et photographes contemporains à travailler à la représentation de ces vues, telles que l’on pouvait les voir aujourd’hui. La confrontation de celles-ci à deux siècles d’intervalle devait permettre de lire l’évolution des paysages. Ayant sensibilisé les élus en charge des affaires culturelles des villages riverains du Lez, de Prades, Montferrier, Clapiers et Castelnau j’ai préparé des expositions collectives dans ces communes , suite à leur accueil enthousiaste. Le projet d’exposition « Sur les pas d’Amelin : deux siècles d’évolution des paysages du Lez » était né. Plusieurs rencontres m’ont permis d’enrichir ces expositions. Notamment avec les œuvres peintes environ un siècle après celles d’Amelin par Maurice Camau, et George Dezeuze, grâce respectivement à Catherine Allamand ainsi qu’à Vincent, François et Guilhem Dezeuze. J’ai eu également le soutien et les conseils de Gilles Gudin de Valerin, conservateur général et Directeur des Madiathèques de l’Agglomération de Montpellier et de sa collaboratrice Claire Aeberhardt ainsi que de Jérôme Farigoule conservateur des arts graphiques du Musée Fabre, de Françoise Pellicer, Professeur d’Histoire de l’Art à l’Université Paul Valéry, de Laura Pêcheur Galleriste et surtout de Vincent Bioulès qui m’a encouragé, conseillé et permis de nouer ces relations. Parallèlement j’écrivais des textes explicatifs destinés au grand public, permettant aux visiteurs de mieux apprécier les changements des paysages du Lez. Je définissais 3 thèmes : la fermeture des paysages, l’urbanisation et son impact sur les paysages, les moulins témoins séculaires du passé industriel du Lez. Ces Textes ont été rédigés avec Olivier de Labrusse, Agrégé d’histoire, et Vincent Perret en charge des activités pédagogiques de la réserve Darwin (Parc du Lunaret) ils ont aussi bénéficié des discussions avec les amis de la Chapelle de Baillarguet, impliqués, au départ du projet. Au fil des mois, le projet s’est affiné et malgré divers obstacles, les expositions ont accueilli près de mille visiteurs au cours des journées du patrimoine en septembre 2013.


Qui était Jean-Marie Amelin ? Jean-Marie Amelin (1785-1858), peintre paysagiste Après un séjour en Italie et dans les Alpes selon la tradition des peintres de cette époque, il consacrera sa vie à l’élaboration d’une œuvre importante qui témoigne des paysages de l’Hérault voici bientôt deux siècles. Né à Versailles, il fut professeur de dessin à l’Ecole régimentaire du génie de Montpellier, durant trente -cinq ans de 1816 à 1851. Observateur passionné il a dessiné et peint des aquarelles en plein air, 2500 oeuvres et recueilli des renseignements qui nous éclairent sur le mode de vie de notre région au XIX ème siècle. Tous ses dessins sont conservés à la Médiathèque Centrale Emile Zola de Montpellier et environ 200 concernent les villages et la vallée du Lez de sa résurgence jusqu’à Castelnau, sujet de l’exposition présentée.

Le pic Saint Loup

La vallée du Lez vue de Lavalette

Outre ses dessins, il tenait des carnets de note sur la géologie, la botanique, la démographie, les activités économiques, la qualité de l’accueil et le caractère des personnes rencontrées. Tout semblait l’intéresser. Peut-être faut- il voir là une déformation professionnelle du militaire en quête de renseignements ou l’attrait d’une démarche ethnographique. Il a publié un premier recueil de ses observations en 1827 : « Le guide du voyageur dans le département de l’Hérault » et il existe un manuscrit plus détaillé qu’il a tenu jusqu’en 1843. La totalité des dessins, publications et manuscrits a été numérisée et est disponible sur le site de la médiathèque d’Agglomération de Montpellier 1.

Cet ensemble est d’une grande richesse artistique, historique et documentaire 1

(www. http://my.yoolib.com/bmmontpellier/collection).


Alors que la photographie n’existe pas, ce travail attire notre attention sur toutes les ressources naturelles dans la société industrielle naissante et nous révèle les sites remarquables de l’Hérault pittoresque de l’époque.

Clapiers

Castelnau

Eléments d’explication pour une meilleure visite

Le propos de l’exposition est de montrer au travers du regard des peintres et photographes, comment les paysages emblématiques de la Vallée du Lez ont évolué au cours des 2 siècles passés. Trois orientations s’en dégagent en observant les sites peints par Jean Marie Amelin et ses successeurs. Les sites Amelin sont aisément identifiables. Leur accès est parfois délicat car au sein de propriétés privées. Les paysages depuis le XIXème siècle se sont fermés, l’urbanisation essentiellement résidentielle a gagné de nouveaux espaces à la périphérie des cœurs de villages anciens et sur les bords de la vallée, les moulins qui jalonnent encore le lez sont parfois en ruines et leur exploitation a cessé. Malgré tout la vallée reste encore, pour l’essentiel, agricole et naturelle.


Comprendre les paysages Les collines et plateaux bordant la vallée du Lez créent des lignes de crêtes et dessinent des paysages remarquables. Souvent attrayants, ils offrent des espaces recherchés par l’urbanisation ancrée à la périphérie des villages et villes historiques. Ces points de vue agréables peuvent fournir de bonnes orientations au soleil, à l’abri des vents et hors zones inondables.

J-M.Amelin-Montferrier (1831)

Ces paysages ont connu, depuis la préhistoire, une longue histoire alternant les phases de mises en valeur et d’abandons. Ces phases ont laissé de nombreux témoignages patrimoniaux des activités agricoles, pastorales, de l’habitat, etc. Depuis une cinquantaine d’années la forêt occupe les anciens espaces agricoles et pastoraux abandonnés. Parallèlement l’urbanisation progresse. Ces évolutions récentes doivent être prises en compte pour préserver les qualités paysagères. (éviter le mitage, consommation inopportune d’espace, « pollutions visuelles ») De nombreux habitants sont venus s'installer récemment sur le territoire. Ils souhaitent le maintien de la qualité de ces espaces mais ignorent souvent leur histoire et leur fragilité. Cette exposition permet de visualiser l’évolution des paysages de la Vallée du Lez peints par J.M. Amelin entre 1820 et 1850 et de mettre en évidence ce qui a changé depuis cette époque jusqu’à aujourd’hui.


Fermeture des paysages et couverture boisée

Jusqu’au XVIIIeme siècle, les moyens limités de transport des marchandises obligeaient la population à tout produire sur place pour subvenir à ses besoins. Un équilibre s’établissait entre productions agricoles vivrières, élevage et forêts. Ces productions s’échangeaient dans les foires et marchés locaux. Un changement radical s’opère au XIXeme siècle, avec la révolution industrielle et le chemin de fer qui vont bouleverser l’ « ordre éternel des champs ». Le vignoble s’accroît à partir de 1850 et devient une source de revenus et d’exportation hors de la région. Sur les collines, la garrigue résulte des déboisements de la forêt, du pâturage et des incendies fréquents . Du fait du surpâturage, dénudées il y a encore 100 ans, les hauteurs des garrigues et les causses en plateaux sont aujourd’hui boisés de résineux (pin d’Alep, pin pignon) ou de feuillus (chêne vert). Dans les petits vallons les cultures se maintiennent. Les immenses étendues viticoles recouvrent les plaines. Ces paysages sont hérités des évolutions entamées au XIXeme siècle. Elles sont lisibles au cours de la visite de cette exposition en confrontant aux dessins et aquarelles de J.M.Amelin qui datent de 2 siècles, les peintures des artistes du début du XXème siècle ( M.Camau et G. Dezeuze) et les œuvres réalisées aujourd’hui.

Exemple de Montferrier vu de Lavalette 1821- 2011


Anthropisation des paysages

La plaine languedocienne depuis l’antiquité avec les voies romaines Héracléenne et Domitienne a favorisé les échanges entre vallée du Rhône et Garonne, plus largement, entre l’Italie et l’Espagne et favorisé le développement des infrastructures autour de Montpellier de tous temps. Au nord de l’Hérault, quelques « villes-portes » se nichent au pied des montagnes, héritières d’une période où le Haut-Languedoc était très peuplé. Du temps d’Amelin, de nombreuses voies reliaient les basses plaines aux hauts cantons, maintenant peu ou prou un certain équilibre dans l’occupation de l’espace. C’étaient les chemins du sel, du poisson, les chemins muletiers (camin ferrats), les chemins de Saint-Jacques (camin roumieu), les drailles. Encore au XIXème siècle, les villes principales étaient situées dans la plaine avec un chapelet de villes moyennes sur tout le territoire. Depuis les années 1960 tout a changé progressivement. La croissance actuelle de l’agglomération montpelliéraine, exceptionnelle dans le contexte français, s’opère à une dizaine de kilomètres seulement du littoral. L’urbanisation « digère » progressivement les espaces qui la séparent du bord de mer, s’allonge dans la plaine à la faveur des grandes voies de communication, gagne les reliefs mouvementés des garrigues au nord. Ce dynamisme bouleverse certains sites remarquables peints par Amelin, bien que, l’observateur attentif peut aujourd’hui encore retrouver ces lieux le long du Lez comme en témoigne cette exposition.

L’exemple de Ste Julie – Montferrier 1822 - 2012


Les Moulins témoins de l’histoire des paysages du Lez

Témoins majeurs de l’histoire du Lez, du XIème siècle à nos jours, les moulins ont été dessinés par Amelin qui s’intéressait aux activités humaines de son époque. De la résurgence du fleuve à son entrée dans Montpellier dix moulins fonctionnaient encore au début du XIXème siècle. Les moulins permettaient de réguler le débit du fleuve lors des crues, « les lézades », grâce aux dérivations et écluses. Ils servaient à irriguer les rives cultivées en saisons sèches. « Les pescières » (barrages) servaient de viviers pour le poisson. Mais c’est l’énergie apportée par le Lez qui a permis de développer toute une industrie aujourd’hui disparue. Il fallait pouvoir moudre le grain et produire la farine nécessaire pour le pain, dès le moyen âge. C’était le rôle des moulins bladiers jusqu’à nos jours où seul reste en activité le moulin de Sauret. Le Lez a permis de produire environ 15 % des besoins en farine de l’Hérault. Grâce à l’énergie du fleuve de nombreux moulins « industriels » se sont installés le long du Lez : moulins drapiers, moulins à huile, tanneries dont celle de Monferrier qui est restée en activité jusqu’en 1950, papeteries comme « l’usine » de Sijas à Montferrier, des moulins à martinet qui façonnaient des plaques de cuivre et produisaient le verdet, des scieries à bards (scieries de blocs de marbre et de pierres utiles au dallage des maisons). Ces activités qui pouvaient coexister dans certains moulins employaient au XIXème siècle 4000 ouvriers !

Moulin des trépassés puis tannerie de Montferrier 1822 -2012


A propos des Moulins du Lez d’après les notes de Jean Marie AMELIN dans son « Guide du Voyageur dans le Département de l’Hérault »(1827) « … Redescendant au bord de la rivière, près de belles roches, on parvient à un endroit boisé délicieux. Assis à l’ombre, on peut contempler les nuances variées d’une chute d’eau…La papèterie du Martinet nous offre sa masse imposante et une réflexion magique dans le cristal d’une onde pure dont le cours est orné de nymphéas aux larges feuilles et aux fleurs grandes et belles, ...Plus loin, … nous arrivons à la Valette qui semble la reine de ces cantons délicieux. Le naturaliste, le peintre, le philosophe, le poète, peuvent s’y plaire également. La Valette nous offre des détails curieux, soit comme industrie, soit comme pittoresque : nous traversons le Lez, une belle chaussée, deux belles roues à auge, du maisonnage, des plantations, nous offrent leur ensemble agréable et nous revenons à Castelnau, en suivant autant que possible les bords de l’eau, et nous arrêtant , chemin faisant , au moulin de Naviteau, qui nous offre un site, des détails, des arbres d’une grande beauté. Un ancien moulin couvert de lierre, et dans un bosquet une eau qui murmure en triomphant des obstacles que la main de l’homme lui avait opposés, nous invitent au repos en ces lieux… Près la chaussée des Guilhems ; nous parcourons les rives fleuries jusqu’au moulin du même nom ; où le lieu et l’ombrage d’un énorme bouleau nous invitent à nous arrêter un moment pour admirer le site agréable et la vue pittoresque du village de Castelnau. Nous ne le quittons pas sans avoir visité ses scieries de marbre, d’un mécanisme simple et commode, et nous promettons d’y revenir souvent. Nous suivrons la rive gauche du Lez assez boisée ... Nous pouvons nous rafraîchir à la font pompiniane, naïade modeste, mais dont l’onde est fraîche et pure. A droite, sur l’autre rive, se développe la belle fabrique de M Leenhardt ; elle était pittoresque autrefois, elle l’est encore beaucoup. Elle intéresse sous un autre point de vue, c’est une filature qui s’étend tous les jours. Passons le Lez sur la chaussée, suivons – en la rive droite, elle est agréable et boisée, la fabrique s’y développe toujours bien… »



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