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ET SI ON CAUSAIT DE LA FLICAILLE Il y a plus de 36 manières de désigner un policier. De l’ancien français au verlan en passant par les emprunts aux langues étrangères, l’argot policier ne cesse de s’enrichir. Très imagé, le vocabulaire policier est l’un des plus fournis devant celui des cafetiers, des musiciens et des sportifs. Morceaux choisis.

bédis, bleu, bourre, boudille, cogue, cogne, colbock, colboco, coy, dékis, kisdé, dular, emballeur, fouine, nefoui, 22 v’la les flics ! j’artps, pic vert, raille, rousParmi les délicieusement désuets, on peut sin,schmitt, serciter, le marchand de lacets (à cause des menottes), le pied plat, le piéton, got, tige… l’escargot de trottoir (à l’époque où le Flic, keuf, poulet, il existe une quantité de mots pour désigner un policier. Du vieux français à la tchache des banlieues, l’argot policier n’a cessé de s’enrichir. A ses origines, l’argot était le langage codé des voleurs crapuleux. Pas étonnant qu’il existe plus de quarante mots répertoriés dans les différents dictionnaires argotiques et populaires de référence. Aujourd’hui, il ne s’agit plus de classes dangereuses ni d’expressions populaires un peu voyoutes mais de langage populaire spontané dans lequel se reconnaît une population donnée.

Le chiffre 22 est le résultat de l’addition du rang alphabétique des 4 lettres composant le mot chef. (C=3 + H=8 + E=5 + F= 6) = 22

policier arpentait les rues avec son sifflet), le collégien, l’habillé, le mannequin, le pingouin, le pèlerin ou encore le képi (en

référence à son uniforme). Et c’est justement à cause de son habit que le policier deviendra le poulet, ou encore le royco, le poulardin, le poulminche, la volaille ou la poulaga. Les policiers des années 19301950 portaient des pèlerines qui soulevées par le vent les faisaient ressembler à des poulets. Pour la même raison, on appelait hirondelles ceux qui allaient à bicyclette. Mais l’époque actuelle est foisonnante pour sa création verbale, notamment grâce aux emprunts des langues étrangères et au retour chanmé du verlan dans les années 1980. Parmi les mots d’origine étrangère, le flic et ses variantes flicaille, flicard dérivent du mot allemand fliege (mouche, le poulet outre-Rhin), le chtar du tsigane, l’arhrnouch de l’arabe marocain qui signifie le serpent. Le hamaloulou, en vogue à Marseille est emprunté à l’argot algérois. Quant au keuf, c’est le verlan approximatif de flic. La télévision et les séries policières apportent elles aussi leur lot de mots nouveaux. On comprend tous l’origine du cow boy, du Navarro ou du Starsky. Et le grand revival du moment, le condé est une résurgence de l’ancien français, il désignait le maire et le grand condé, le préfet de police.

J’lui ai mis un coup de bite à Jean-Pierre à ce crépu !!! Mais les policiers entre eux ne sont pas en reste. Ce métier utilise l’un des vocabulaires argotiques les plus fournis avec les cafetiers, les musiciens et les sportifs. Très imagé et d’une grande trivialité, l’argot des policiers manie dans tous les sens la dérision parfois ponctuée de racisme. Parmi les plus extrêmes, le grattoir ou le crépu pour désigner un individu de type africain, la bite à Jean-Pierre pour la matraque. Traduisez : J’lui ai mis un coup de bite à Jean-Pierre à ce crépu !!! Que de finesse, que de délicatesse. Pour autant, ils revêtent leur flanelle à chaque mission dangereuse, ne mouchent pas devant l’Adidas (les trois galons sur l’épaule de leur supérieur hiérarchique rappellent le logo de la marque), parlent du Club Med pour évoquer Fleury Mérogis, la prison la plus moderne d’Europe et vous font jouer du piano pour relever vos empreintes digitales. Quand on leur demande pourquoi l’IGS (l’Inspection Générale des Services, la police des police) est surnommée le bœuf-carottes, ils répondent : «C’est parce qu’ils vous laissent mijoter longtemps avant de vous tomber dessus.» Par Sabrina REZKI


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