__MAIN_TEXT__
feature-image

Page 1

El Cabanyal Valencia Stéphanie Querio & Florian Bonino


Merci à Anaïs et Iñaki, pour leur relecture et leurs corrections, mais aussi pour avoir été les instigateurs de ce voyage à Valence.


Une semaine dans le quartier Pendant une semaine, nous avons habité le quartier d’El Cabanyal, à Valence, en Espagne. Les photos, schémas et réflexions qui suivent sont issus de ce séjour dans ce quartier en pleine mutation.

- p. 1 -


Jardines del Turia

- p. 2 -

Valencia


El Cabanyal

- p. 3 -


Histoire

C’est l’histoire d’un quartier de Valence à côté de la mer. Cabanyal tire son nom des cabanes de pêcheurs en bois qui le constituaient à sa création, au XIIIe siècle. Au XVIIIe siècle, un incendie rase le quartier. Il est alors décidé de le reconstruire selon la trame urbaine qui le caractérise aujourd’hui. Le Plan d’Urbanisme (PGOU) établi en 1988 et actuellement en vigueur, reconnaît une « valeur historique incontestable » pour le quartier et le désigne comme un « site historique protégé ». Il se fixe également pour objectif « la régénération et la revitalisation du quartier ». Ce plan explique en quoi certaines des solutions proposées durant les décennies précédentes sont incompatibles avec la protection du quartier. Il conseille de reporter le projet de revitalisation de Cabanyal-Canyamelar à une étude ultérieure. En 1997, une bataille politico-juridique s’engage. La municipalité élabore un projet urbain visant la démolition de 1651 maisons dans le quartier. Pendant près de 20 ans, les associations citoyennes vont bloquer la mise en œuvre de ce projet. Durant cette période, le quartier est laissé à l’abandon. La municipalité laisse pourrir la situation et vise l’essoufflement des actions citoyennes. Elles tiendront bon. En 2015, une nouvelle municipalité est élue. Elle prône désormais la sauvegarde et la restauration de ce quartier emblématique.

- p. 4 -


Carrer de la R Carrer del D eina r. Lluch

Carrer de Lluis Peixo

s Ta

Carrer de Paiva

radora

Carrer de Ser

Av. del rong e rs

Carrer del Medite rrani

1,35 km2

- p. 5 -


En 5 points, voici pourquoi ce morceau de ville nous a marqués.

- p. 6 -

1/ Contours articulés

2/ Horizon recherché

3/ Maille apaisée

4/ Ilôts denses

5/ Façades décorées


- p. 7 -


Le quartier est délimité par des rues structurantes, qui constituent des axes viaires majeurs à l’échelle de la ville. Le réseau de tramway circule sur une partie de ces rues principales, connectant le quartier au reste de la ville.

- p. 8 -


1/ Contours Articulés

- p. 9 -


Difficile de croire pour des paysagistes urbanistes qu’un plan urbain ait pu envisager la destruction d’une partie du quartier de Cabanyal, il y a si peu de temps. Même si les joyaux architecturaux de ce quartier sortent de la bataille, pour certains condamnés à la destruction par manque d’entretien, les îlots restaurés démontrent le potentiel de ce quartier et de sa forme urbaine si particulière. À deux pas de la mer, les maisons individuelles forment des blocs dont chaque angle abrite un commerce. Ce quartier, populaire et vivant, est aux portes d’une renaissance.

- p. 10 -


- p. 11 -


Cabanyal se dirige maintenant vers un processus de gentrification de plus en plus intense. Il est déjà à l’œuvre sur ses contours, le long des axes structurants et côté mer. Ce phénomène est inhérent à l’évolution des métropoles. Il paraît difficile de le contraindre ou l’empêcher. Néanmoins, ce mécanisme de production urbain peut-être extrêmement violent pour les populations précaires (expulsions) et pour le tissu même de la ville (destruction). Il s’agit, pour le pouvoir public, non de s’opposer à ce processus, mais de l’accompagner et le surveiller afin de garantir l’assistance aux habitants actuels, ainsi que le respect et la sauvegarde de son patrimoine architectural. La gentrification peut-elle être un outil d’évolution urbaine et sociale, garantissant l’amélioration des conditions de vie de chacun au sein d’une ville construite avec intelligence ?

- p. 12 -


- p. 13 -


La mutation rapide aux franges du quartier offre un autre regard et d’autres usages sur ces espaces en transition. Les lieux vacants se remplissent d’usages alternatifs et inventifs. Difficile de savoir qui est à l’initiative de la reconversion de cet ancien parking en terrain de VTT. Les palmiers percent le bitume, et témoignent du statu quo qui fige les lieux depuis longtemps : cette partie du quartier a été rasée en 2001. Au contact du port, des grands axes, des promenades aménagées, des hôtels et restaurants du bord de mer, de nouveaux bâtiments auraient dû rapidement voir le jour. Aujourd’hui, l’évolution de la politique d’aménagement vise la reconnexion du quartier et de ses contours au reste de la ville. L’afflux nouveau d’intérêt, de personnes et de capitaux va rapidement venir le transformer.

- p. 14 -


- p. 15 -


Le quartier est bordé sur sa frange Est par une grande promenade plantée et une large plage de sable. Cet axe piéton est un des hauts lieux de la vie de Valence. Toute l’année, il est aussi bien fréquenté par les habitants que par les touristes.

- p. 16 -


2/ Horizon recherché

- p. 17 -


- p. 18 -


La promenade du bord de mer, en plein mois de janvier.

- p. 19 -


Le quartier est longé par la Carrer de Paiva. Au droit du quartier, l’axe offre un espace public de plus de 80 mètres, occupé par de nombreuses liaisons douces et plantations arborées. Elle accompagne le front de mer depuis le port industriel au Sud jusqu’à la fin de la ville, 4 km plus au Nord. Sur toute sa longueur, cet aménagement d’une épaisseur rare, est un lieu de vie privilégié pour les touristes et les habitants de Valence. Le quartier de Cabanyal longe sur plus d’un kilomètre le front de mer. Le premier rang de construction est le seul à avoir été restauré dans son intégralité.

- p. 20 -


- p. 21 -


Voici les 80m d’espaces publics, depuis le front bâti jusqu’aux premiers grains de sable. À cela s’ajoute la largeur de la plage : jusqu’à 200m au sud du quartier (réduite sur ce schéma). Un espace public de cette épaisseur, aménagé et ouvert, est rare. Il l’est de surcroît en pleine ville, sur le littoral méditerranéen.

- p. 22 -


m ètr es 80

- p. 23 -


Au contact du front de mer, les anciennes maisons de maître, les entrepôts ou fabriques liés à l’activité portuaire et maritime ont depuis longtemps périclités. Leurs mutations d’usages s’opèrent progressivement : les bâtiments accueillent aujourd’hui des restaurants, bars ou autres activités liées à l’économie du tourisme balnéaire.

- p. 24 -


- p. 25 -


Le maillage de rues et ruelles internes du quartier est relativement apaisé. Cela est sans doute dû à ses accès limités par le biais de la mise en place de sens uniques. Une hiérarchie est présente dans le fonctionnement viaire du quartier : Si les rues NordSud sont circulées, une très grande partie des rues Est-Ouest est rendue piétonne. Elle privilégie ainsi des accès apaisés et sécurisés en direction de la mer, ainsi que l’installation des terrasses de cafés et de restaurants, animant les rez-de-chaussée.

- p. 26 -


3/ Maille apaisée

- p. 27 -


Après plus de 20 ans d’abandon et de désinvestissement de la part du pouvoir public, les espaces publics au coeur du quartier sont aujourd’hui en pleine mutation. Malgré la trame orthogonale qui structure le quartier, la largeur des rues n’est pas identique d’une voie à l’autre. De plus, la réfection en cours des espaces publics du quartier accentue encore cette hétérogénéité par des traitements différents. C’est une occasion rare qui s’offre à nous : en passant d’une rue à l’autre, la situation nous permet de ressentir un « avant/après ». Nous observons les variantes de traitement en fonction de l’état de réhabilitation des espaces publics, de leur largeur, du rapport entre espaces dédiés aux piétons et à la voiture.

- p. 28 -


- p. 29 -


- p. 30 -

Carrer de la Reina


- p. 31 -


- p. 32 -

Calle d’Escalente


- p. 33 -


- p. 34 -

Calle Progreso


- p. 35 -


- p. 36 -

Calle Baraca


- p. 37 -


- p. 38 -

Calle Baraca


- p. 39 -


- p. 40 -

Calle Pescadors


- p. 41 -


- p. 42 -

Carrer d’Espadà


- p. 43 -


- p. 44 -

Calle Carlos Ros


- p. 45 -


Malgré la faible hauteur générale du bâti et une grande majorité de maisons individuelles, la trame du quartier lui confère une densité très élevée, largement supérieure à la moyenne de Valencia.

- p. 46 -


4/ Ilôts denses

- p. 47 -


Les constructions issues de la période 19501980 sont très reconnaissables. Elles s’insèrent dans le parcellaire existant, mais sont sorties du modèle traditionnel sur 1 ou 2 étages, à la façade ornementée. Des immeubles de 5 à 10 étages, issus d’opérations de promotions immobilières, maximisent la rentabilité du mètre carré disponible, mais au prix d’une perte d’identité architecturale indéniable. Ces dernières années, de nombreux investisseurs particuliers étrangers sont venus du nord de l’Europe. Il y a peu, un appartement à El Cabanyal coûtait 30 000  euros et une maison traditionnelle prête à être restaurée, 100 000  euros. Le quartier n’est qu’à cinq minutes des plages merveilleuses, dans une ville chargée d’histoire et de culture, baignée de soleil, débordante de vie et de caractère... Que demander de plus ? Ceci témoigne de l’intérêt de deux types d’investisseurs, promoteurs et particuliers, dont les méthodes sont très différentes. En tant qu’entreprise, l’investissement d’un promoteur vise la marge économique maximale de l’opération, tandis que celui d’un particulier s’attache avant tout à la meilleure valorisation possible d’un patrimoine architectural existant. Au final, les deux réalisent un bénéfice, mais d’une manière diamétralement opposée.

- p. 48 -


- p. 49 -


Une grande part des habitants du quartier sont issus des couches les plus précaires de la société.

Plus de 21000 personnes habitent ce quartier sur les 800 000 qui peuplent Valencia

Sa densité est de 15 000 hab. /km2. C’est beaucoup ! Quasiment 3 fois supérieure à celle de Valence et ses 5800 hab. /km2. À titre de comparaison, la plupart des villes majeures françaises ont une densité comprise entre 3000 et 5000 hab. /km2. Seule Paris, avec ses 21 000 hab. /km2 a une densité bien supérieure. - p. 50 -


Calle Am p

aro Guille

Carrer de la Reina

m

83 m

Calle de la Barraca

Calle del Pare Lluis Navarro

Calle del Progrés

46 m

Calle de Josep

24 m Calle de Cura Pla nelles

Calle dels Pescadors

- p. 51 -

Benlliure


Le quartier est en ruine. Depuis 1997, la stratégie politique a été de laisser s’installer une situation problématique, afin d’obtenir l’approbation de l’opinion publique pour le régler par la démolition devenue inévitable. Malgré cela, le quartier est resté vivant, animé par de nombreux commerces.

Cabanyal a de quoi créer des tensions : son potentiel est énorme. À moins de 5 minutes de la plage et ses grandes promenades aménagées, le quartier est desservi par le métro et le tram. À condition de raser les maisons protégées, la marge au m2 serait stratosphérique pour les promoteurs.

En plus de sa position parfaite, le quartier jouit d’un patrimoine architectural remarquable. Construit au cours du XIXe siècle, la plupart des habitations du quartier forme un tout cohérent, dont chaque façade est néanmoins unique. L’attrait touristique n’est pas négligeable. - p. 52 -


- p. 53 -


Le patrimoine architectural du quartier est absolument remarquable : plus de 550 bâtiments sont protégés ou classés. El Cabanyal figure sur la liste du patrimoine en péril de la World Monuments Fund.

- p. 54 -


5/ Façades décorées

- p. 55 -


L’architecture est un mélange de maisons traditionnelles : les « barraques ». Ces petites maisons d’un étage ont été construites dans les années  1840, remplaçant les barraques plus anciennes en bois et aux toits de chaume, ayant été détruites dans l’incendie du quartier. D’autres styles, Art nouveau, Art déco ou Moderniste, ont été introduits entre 1880 et 1940 et présentent plusieurs étages. Les façades jouent un rôle fondamental dans la particularité de ce quartier. En plus des façades ornées et colorées, on peut observer près de 200 motifs de carreaux en céramique différents. Ces proches cousins des azulejos portugais transforment la grille urbaine simple et homogène en un quartier d’œuvre d’art, où la diversité des formes et des couleurs forme un tout cohérent.

- p. 56 -


- p. 57 -


D’un point de vue architectural

1/ Déjà démoli Certains bâtiments ont été démolis durant la période 1997-2015. Ces parcelles ouvertes forment aujourd’hui des ouvertures dans la trame du quartier.

2/ Insalubre et muré

Au cœur du quartier, des bâtiments ont été murés pour éviter le squat et le deal. Pour certains d’entre eux, les dégâts trop importants obligent à la destruction.

- p. 58 -


3/ Insalubre et habité Ils constituent la majorité des bâtiments du quartier. En plus ou moins mauvais état, la plupart sont néanmoins habités. Certains sont en cours de réhabilitation.

4/ Réhabilité et habité

Les bâtiments restaurés sont pour la plupart situés en première ou deuxième lignes face à la mer. Mais une partie d’entre eux est au cœur du quartier.

- p. 59 -


- p. 60 -


- p. 61 -


- p. 62 -


- p. 63 -


- p. 64 -


- p. 65 -


- p. 66 -


- p. 67 -


- p. 68 -


- p. 69 -


- p. 70 -


- p. 71 -


- p. 72 -


- p. 73 -


- p. 74 -


- p. 75 -


A propos des auteurs


L’atelier CLAP, Creative LAndscape Process est un atelier d’urbanisme et de paysage fondé en 2017 par Stéphanie Querio et Florian Bonino, Paysagistes DPLG (Diplomés Par Le Gouvernement), issues de l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles. L’atelier intervient tout au long du processus de projet, conseille et accompagne les entités publiques dans leurs stratégies et démarches, depuis la préprogrammation, jusqu’aux phases maîtrise d’œuvre. Nous croyons qu’un projet remarquable ne peut être porté que par des valeurs positives. Ainsi, le rêve, le jeu et l’engagement sont les fondements de notre philosophie. Nous avouons volontiers aimer notre métier et tenons en haute estime la notion de plaisir dans le cadre professionnel. Celle-ci devient d’ailleurs un élément clé lorsqu’il s’agit de co-concevoir, avec nos partenaires ou d’autres acteurs. Visitez notre site : www.clap.land Contactez-nous : atelier@clap.land

- p. 78 -


Le laboratoire CLEAR, Creative Landscape Engineering and Architecture Research, est l’espace d’expérimentation et de recherche de notre atelier. Cette publication fait partie de son territoire de travail. Nous pensons qu’un concepteur épanoui doit conserver une partie de son temps à l’exploration de nouvelles pistes, où il peut prendre le temps d’observer, comprendre et bien sûr, se tromper : en somme, prendre le temps d’apprendre. C’est le rôle de ce laboratoire. CLAP fournit les sujets et le support concret de recherche, tandis que CLEAR apporte la matière pour produire plus intelligemment et efficacement, en récoltant de nouveaux savoirs, en expérimentant les idées et en développant de nouvelles méthodologies de travail.

- p. 79 -


- p. 80 -


- p. 81 -


La ville se construit et évolue à une échelle de temps difficile à percevoir au jour le jour. Pourtant, imperceptiblement, les choses avancent, dans un sens ou dans un autre, poussées par d’impalpables dynamiques. Dans cet ouvrage synthétique, nous vous proposons de faire le tour de Cabanyal, d’en découvrir les lignes de force, afin de comprendre d’où vient et vers où va l’urbanisme ce fabuleux quartier.

CLEAR Lab éditions De belles & intéressantes recherches sur le paysage, l’urbanisme et l’architecture Imprimé juste pour vous en Mai 2019

Profile for AtelierClap

EL CABANYAL_FR  

Pendant une semaine, nous avons habité le quartier d’El Cabanyal, à Valence, en Espagne. Les photos, schémas et réflexions qui suivent sont...

EL CABANYAL_FR  

Pendant une semaine, nous avons habité le quartier d’El Cabanyal, à Valence, en Espagne. Les photos, schémas et réflexions qui suivent sont...

Advertisement

Recommendations could not be loaded

Recommendations could not be loaded

Recommendations could not be loaded

Recommendations could not be loaded