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numéro un - deux mille onze

revue astronef

dessin poésie histoires photographie

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matières

obliques


numĂŠro un - HUIT - 2011


merci aux auteurs pour leur confiance permettant Ă cet objet cette forme.

numĂŠro un - HUIT - 2011


tu es en vie c’est fragile c’est maintenant

édito


numĂŠro un - HUIT - 2011


retouche au silence

dans ses moments de vérité c’est le retour à l’origine avant le creux berceau des lèvres au premier baiser chaste et lent du vent et de la mer on entend naître un battement de tempe

Daniel Boulanger

Fenêtre mon navire - Grasset 2008


numĂŠro un - HUIT - 2011


Fabien Granet

sans titre (.) crayon noir gris sur papier 56x76 sĂŠrie sans titre (ou presque)


Fabien Granet

derrière crayon noir sur papier - 56x76 - 2011 sÊrie sans titre (ou presque)


Fabien Granet

Ă suivre crayon noir sur papier - 56x76 - 2011 sĂŠrie sans titre (ou presque)


numĂŠro un - HUIT - 2011


Fabien Granet

2 crayon noir sur papier - 56x76 cm (2010)

serie bonhommes


numĂŠro un - HUIT - 2011


ZZK1

escrime - 2001


numĂŠro un - HUIT - 2011


Trois Portraits

Jacques Ancet 2011


numĂŠro un - HUIT - 2011


On dit que c'est le jour et c'est la nuit. On tombe dans les couleurs, on marche avec la terre. Les chemins n'ont aucun visage. Ils sont le mouvement du corps. A chaque instant le paysage change: pierre ou feuillage, olive ou craie, montagnes pour faire l’espace. Quelqu'un se cherche. Une main traverse une encre mauve, touche dans l'épaisseur un silence plus épais encore. On s’arrête. Au fond, c'est comme une rumeur — des eaux, des voix obscures. Parfois, on croit en reconnaître une. Elle dit: dans cette nuit de joie... Elle dit: le feu qui brûle et ne fait point de peine... Puis elle s'efface. Ne laisse qu’un écho muet. On écoute. Crissement, craquement. On n’entend plus. On ne voit plus les couleurs. On ne voit rien. L’air est profond comme l’oubli. On croit que c'est la nuit, et c'est le jour.

Portrait dans la couleur


Il n’a pas de visage : il les a tous. On ne le reconnaît pas. On ne l’a jamais vu. On dit c’est le temps, mais on n’entend qu’un mot. On répète : le temps, les paupières se ferment et c’est le noir. Ou elles s’ouvrent et c’est le clair. Entre, on ne voit que ce qu’on ne voit pas. L’imperceptible durée d’une nuit ou d’un jour. Une absence vivante. Ombres qui dansent, feuilles qui bougent — nuages, étincelles. On entre dans ce qui se retire. On fixe l’heure comme pour la retenir. Elle est faite de menus objets, de rires, de cris. On la place devant soi. On redit : ne bougeons plus. Mais ce qu’on voit sortir, ce n’est plus le petit oiseau : c’est elle.

Portrait de l’heure


On ferme les volets sur la beauté. On la voit mieux. Les couleurs sont une buée d’enfance. Un vert pâle, une brume jaune et l’étincellement des yeux de partout et le jour en équilibre sur le fil du ciel. On ne saisit pas la beauté, elle vous saisit et vous abandonne. Elle vous blesse, vous laisse sans voix au bord du vide qu’elle vient d’ouvrir en vous. Ou de ce plein impossible à contenir, on ne sait pas. On entre dans un espace qu’on a déjà quitté. Les choses ressemblent à leur souvenir. On voit vibrer les graminées, une lumière soufflée par une bouche absente. On voit passer l’air, sa caresse sur le visage. Ce qu’on entend ressemble à un cœur. On dit c’est la beauté. On n’y est pas.

Portrait de la beauté


numĂŠro un - HUIT - 2011


Nadia Schoeni

le camarade de jeu photographie numĂŠrique, extrait de la sĂŠrie le diable murmure


Nadia Schoeni

l’âme soeur photographie numérique, extrait de la série le diable murmure


Nadia Schoeni

le compagnon d’infortune photographie numérique, extrait de la série le diable murmure


numĂŠro un - HUIT - 2011


Au saule pleureur Au poumon et à l’os A l’huître laiteuse Aux pieds tendres A la cuisine qui dégouline Au pin dans le vent Au chien hurlant le soir venant Aux paraboles urbaines A la rascasse flottante Aux rayons de soleil parmi les feuilles A la canette broyée Aux jeux d’échecs Aux empreintes digitales A la vieille chaussette Aux tentes igloo de marque A mon pied gauche A la piscine en plein air Au soleil cou coupé A la route dans le désert A la méduse envolée A quelques notes de musique Aux pieds des bébés à 4 pattes Aux loups qui se dominent A la voie lactée Aux barres d’immeubles A la laitance des poissons Au drap noir tout noir Au saule pleureur

Gaëlle Dubois

MARABOUT

2009


numĂŠro un - HUIT - 2011


Elles vont pas faire de vieux os, ces béquilles, c’est vraiment de la merde. Tremble, carcasse... Nous, animaux, jeunes et brutaux, fiers de nos gueules où manquent les mots. Ecouter Distraitement Un coq débile Vers 17 heures En regardant La rivière Passer. Et se dire Au feu vert, Les yeux fatigués, Les récits ajournés, Au feu vert, Les yeux, les récits Peuvent traverser. Exemples : T’as la belle tronche d’un coquillage. Et la vie qui s’écoule en secret. Une chaussette trouée n’existe que pour elle-même et pas pour les autres. C’était un jour de tempête. Nu, c’est tout. Vif, le vent, vifs dans le vent, vive. Je t’entends encore si souvent rire tout doucement.

Gaëlle Dubois

MALAXE ET REMIXE

2011


numĂŠro un - HUIT - 2011


Océane Moussé

pisseuse d'aout - 2010


Océane Moussé

pisseuse d’octobre - 2010


OcĂŠane MoussĂŠ

pisseuse de novembre - 2010


K.MARCO

aveuglé - 2010


K.MARCO

soupir - 2010


numĂŠro un - HUIT - 2011


K.MARCO

fossile - 2011


J’ai froid Ça blesse les pieds Ça ôte le sable De marcher Par ce froid J’ai passé l’ange Il a plusieurs kilomètres En regardant par la fenêtre Je crois Que j’ai Attrapé Froid

Céline Bousquet

2010


Aujourd’hui, si nous lui demandons, il dit que c’était impossible de savoir quelque chose. Elle était, allait, parlait, faisant ce que toute personne est sensée faire au cours d’une vie sans heurts. D’ailleurs, il lui faut chaque fois forcer son souvenir car cette période ne garde finalement pas beaucoup de consistance. Il aimait aussi, à cette époque, faire l’amour avec elle et elle semblait s’y abandonner. Il n’a donc rien vu d’elle qui se métamorphosait en simple exécutante d’une petite partition simple. Rien, il n’en sut rien. Aucun regard ni-ou sourire trop porté ne l’avisa. Ses mains serrées sur ses épaules ne la faisait-elle pas tressaillir ? Il dit qu’il ne sait pas, qu’il n’a jamais su et qu’on arrête avec « ça ». Ça a donc commencé ainsi. Elle est partie, sans doute libre d’une vie irrespirable et quelconque. Toutes les heures que nous vécûmes dès lors prirent leur inspiration dans cette volonté forte et énigmatique.

Céline Bousquet

2011


numĂŠro un - HUIT - 2011


numĂŠro un - HUIT - 2011


SARAH Freynet

funambule - 2006


numĂŠro un - HUIT - 2011


K.MARCO

rituel - 2010


Jérémy Villy


en deux - 2011


Jérémy Villy


en deux - 2011


Jérémy Villy


en deux - 2011


Jérémy Villy


en deux - 2011


Jérémy Villy


en deux - 2011


Mommie Dearest

(Frank Perry EU 1981)

The title is taken from the exposé written by Christina (Tina), who was the first of four children to be adopted by Joan Crawford. Go see this film if you like your Hollywood gossip scary and grotesquely funny at the same time and for the joy of watching Faye Dunaway incarnate as Joan Crawford, Mommie Dearest. Time does not blunt its capacity to unsettle you the second time around. Crawford's wrath when she discovers her daughter's 400$ dress on a wire-hanger and the mayhem that follows, remains perturbing. A cult movie has been born. I personally find the hanger-beating scene less disturbing than when she hacks Tina's hair off, weilding a very big scissors. Remember, it's just around midnight. Dunaway is in a full-train dressing-gown, white headband to keep her hair off her face which is blanched by a thick layer of cold cream and badly smudged lipstick; and she is very, horribly drunk. Nevertheless, after a couple of scenes like this you are somewhat inured, so that later on when she tries to choke Tina (by now a teenager) and she's wearing a simple day dress with light make-up, you won't be at all frightened. And the axe scene is simply a joy. In a frenzy one night because the nanny has rejected her advances (that's another story) Crawford starts wrecking the rose-garden (yes, it can be done). This is when she utters

« Tina, bring me the axe! »

the deathless line… Now I wouldn't have fetched the axe. And you can feel everyone in the cinema thinking as one …Nooo Tina, don't … but children are so trusting.

Le titre est issu des écrits de Christina, première des quatre enfants adoptés par Joan Crawford. Allez voir ce film si vous aimez les cancans hollywoodiens mêlant angoisse et humour grotesque, et pour le plaisir de voir Joan Crawford, la “très chère Maman” incarnée par Faye Dunaway. Le temps n’a aucunement altéré le pouvoir dérangeant du film. La rage de Crawford découvrant, sur un cintre métallique, la robe à 400$ de sa fille, et la folie destructrice qui s’ensuit demeurent troublantes pour le spectateur : un film culte est né. Personnellement, j’ai trouvé cette scène du cintre moins perturbante que celle où elle taillade la chevelure de Tina avec une énorme paire de ciseaux. Souvenez-vous : il est environ minuit, Dunaway porte un déshabillé à longue traîne et un bandeau blanc dans les cheveux, dégageant son visage blanchi par un épais masque de beauté, sa bouche débordant de rouge à lèvres. Et puis, elle est vraiment, terriblement, ivre. Vous serez, en quelque sorte, si bien aguerri par quelques scènes de ce genre que, la voir – habillée d’une simple robe et légèrement maquillée – essayer d’étrangler une Tina adolescente, ne vous effrayera plus du tout. La scène de la hache ? Une partie de plaisir ! Lors d’une nuit agitée, alors que la nounou repousse ses avances (une autre histoire), Crawford commence à détruire la roseraie (si, c’est possible). C’est là qu’elle prononce la réplique cultissime :

« Tina,

apporte moi la hache ! »

Vous auriez apporté la hache, vous ? Et on peut sentir tout le monde dans la salle penser à l’unisson : « Nooon Tina ! Ne fais pas ça ! » Mais… les enfants sont vraiment plein de gentillesse.

Ruth Adam

2011


Les Arnaqueurs Scénario Donald Westalke d'après le roman Jim Thompson / Un film de Stephen Frears Nous faisons d’abord connaissance avec les trois personnages. Roy (John Cusack) a un côté « adulescent » mal dégrossi. Quelque âme attendrie lui donnerait volontiers le bon dieu sans confession : une bonne présentation, poli, charmant, un sourire dont on peut très bien ne pas déceler le trouble et l’ambivalence. Roy vit d’arnaques à la petite semaine. Malheureusement l’une d’elles tourne mal et il se retrouve à l’hôpital. Deux femmes viennent lui rendre visite. Sa petite amie Myra et sa mère Lilly. Myra est une petite pépée sexy, vive, redoutablement intelligente et très ambitieuse. Elle est vulgaire sans l’être vraiment puisqu’elle est jouée par Annette Benning. Lilly (Angelica Huston) est un sphinx, allume des cigarettes comme seules le font les femmes fatales ou les stars de cinéma, roule des hanches quand elle marche, calme et énigmatique, prête à tout. Pour ces trois-là l’appât du gain est devenu une obsession, le but de leur vie. Il ne pourrait être partagé. Désormais chacun d’eux est prêt

« le gros coup »

. à provoquer le destin et à accueillir La dimension tragique du film tient autant à la nature des rapports entre les personnages qu’à la mise en scène. Stephen Frears parvient à créer une véritable empathie avec le spectateur car il sait traduire sur l’écran l’idée que ces trois personnes auraient pu se ranger, choisir un autre chemin. Plus le récit avance, plus on sent que l’étau se resserre. Ils sont des éclopés de la vie, monstrueux et attachants. Aucun ne sait aimer, sinon l’argent. Et lorsque Lilly à la fin du film s’enfuit après avoir commis un acte irrémédiable, on repense à ses paroles, adressées à son fils :

n’es pas assez fort ! ».

« Tu

Des paroles qui prennent tout

leur sens lors du dénouement.

musique d’Elmer Bernstein

N’oublions pas de mentionner la qui contribue à renforcer le climat délétère et dangereux des Arnaqueurs et qui, comme la dégaine de Lilly, est mémorable.

Cédric Detheux

2011


20

relier les points

d’après : potatoe machine 1969

Sigmar Polke


couverture publication & rédaction Karine Marco

ont participé à ce numéro : Jacques Ancet Daniel Boulanger Céline Bousquet Gaëlle Dubois

textes Sarah Freynet Nadia Schoeni zzk1

photographies Fabien Granet Karine Marco Océane Moussé Jérémy Villy

dessins Ruth Adam Cédric Detheux

pour les singulières chroniques ciné

est une revue astronef palace 8 rue de l’étoile 31000

TOULOUSE

IPNS/CDS Toulouse - 2011


Ruth ADAM

(Dublin 1946) Vit et traduit à Toulouse ruthadam7@gmail.com

Jacques Ancet

(Lyon 1942) vit et travaille près d’Annecy. Il est l’auteur d’une quarantaine de livres (poèmes, romans, essais) tout récemment :

Puisqu’il est ce silence,

Chronique d’un égarement (Lettres Vives, 2010 et 2011) et

Portrait d’une ombre

(Po&psy, Erès, 2011). Traducteur de quelques unes parmi les plus grandes voix de la littérature espagnole il vient de publier deux anthologies : l’une de Jorge Luis Borges, La Proximité de la mer (Gallimard, 2010) et l’autre de Francisco de Quevedo, Les Furies et les Peines (Poésie/Gallimard, 2011) Prix Nelly Sachs 1992, Rhône-Alpes du Livre, 1994 et la Bourse de traduction du Prix Européen de Littérature Nathan Katz 2006.

" La vie est d'abord imaginaire"

Daniel Boulanger (Compiègne 1922)

Poète, écrivain et scénariste français Membre de l'Académie Goncourt à partir de 1983, il en démissionne en 2008. En 1998, Daniel Boulanger quitte son éditeur Gallimard pour les Editions Grasset. Il se consacre désormais exclusivement à la littérature, partageant son temps entre sa maison de Senlis et sa maison au bord de la mer à St Valéry-sur-Somme.

Céline Bousquet (1973 vit

et

travaille

à

figeac) tarbes

Cédric Detheux

(toulouse 1976) cinéphile, nourri sa mémoire de théatre et de films tout en allant de vide greniers en tables gourmandes.

Gaëlle Dubois artiste. (Issy-les-Moulineaux 1973) Vit et travaille à Toulouse. gaelle.dubois4@yahoo.fr et sur le site www.artcontemporain-mp.net

Sarah Freynet

(Grenoble 1973) écrivain, photographe, metteur en scène, vient de monter

“Notes de l’oreiller” > En Compagnie des Barbares, prochainement (6 au 17 décembre TPN > Toulouse. 2011) au Aime être en bateau sur l’ocèan déchaîné en écoutant Purcel. vit et travaille à toulouse

numéro un - HUIT - 2011

les auteurs


Fabien Granet (Angoulême 1970) artiste vit et travaille entre Angoulême et Paris parution dans la revue

Syncope #1

2011

http://www.fabiengranet.com

Océane Moussé

artiste plasticienne, vit et travaille entre Toulouse et Berlin.

Karine Marco (Bagneux 1972) - dessinatrice vit et travaille à toulouse

mais aussi modeleuse de pâtes en tout genre, bricoleuse pour amoureux de jardins, accessoiriste pour compagnie de théatre, intervenante urbaine en papiers illustrés. POLAroidophile. collectionneuse de fragments. Propose une nouvelle interprétation des tarots /

Tarot des Fétiches : 22 lames dessins km & 22 textes d’ana tot - ipns 2011

Suite à une exposition personnelle, Galerie GHP, à Toulouse, elle sort son premier livre

TOUT FLUX (80p.

Edition populaire)

2011.

oceanemousse.blogspot.com

Nadia Schoeni (colmar 1979) photographe, directrice artistique de la

Galerie Lemniscate. Toulouse

Vit et travaille à http://k.marco.free.fr

http://www.nadia-schoeni.com/

Jérémy Villy

(Rouen 1976) vit et travaille à Toulouse.

Définitivement passionné par le graphisme, la communication visuelle, la photographie et l'ecriture. très fortement inspiré par les voyages et les rencontres (Brésil, états unis, canada, Guadeloupe, Algérie, Afrique du sud, Islande, Europe(...), Sri Lanka, Indonésie...). continuellement enthousiasmé par la transmission de connaissances et le partage entre les cultures.

www.jeremyvilly.com

ZZk1

1971, travaille à motor presse france, issy les moulineaux. retrouvez son travail sur flickr.com et sur polaroid-passion.com

numéro un - HUIT - 2011


numĂŠro un - HUIT - 2011


numĂŠro un - HUIT - 2011


n° UN / DEUX MILLE ONZE - poetry, picture & matières obliques.

HUIT  

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