Issuu on Google+

L e

m a g a z i n e

d ’ O m a r

L e - C h é r i

Nº20 septembre 2013 • Liban

Liban

e n o h p o c n L'école fra s p m a c s e l s n da s n e i n i t s e l pa


Édito / Sommaire

3 Le Liban, pays du plurilinguisme 4 Les écoles francophones dans les camps : quitte ou double ? 6 Deux adolescents réfugiés palestiniens traversent la Méditerranée... 8 « Kafa ! » (stop !) à la violence contre les enfants à Chatila 9 Doubles réfugiés : les écoliers palestiniens de Syrie 11 L’intégration au quotidien des élèves palestiniens réfugiés de Syrie 12 La santé se joue aussi dans les écoles 13 L'équipement technologique, nerf de la guerre des écoles au Liban 14 Les réseaux sociaux s'immiscent entre les professeurs et leurs élèves 16 Les enfants s'amusent aussi dans les camps ! 18 Entre devoirs et loisirs, l'après-midi chaotique des ados palestiniens

Il n’y a pas d’âge pour apprendre ! Le bureau de l’ambassade de France auprès de l’UNRWA – l’Office de Secours et de Travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine –, a organisé, en collaboration avec l’association Omar Le-Chéri, un programme de formation au journalisme adressé aux professeurs francophones de l’UNRWA. Dix-sept enseignants travaillant dans les camps de réfugiés palestiniens au Liban ont pu suivre des ateliers d’écriture animés par des journalistes français ; tous étaient rassemblés au siège de l’agence onusienne, à Beyrouth, du 2 au 6 septembre 2013. Je suis heureux de pouvoir vous présenter le fruit de leur travail : c’est grâce au dévouement et à la persévérance de nos professeurs que ce « Tand’M » est publié aujourd’hui. Dans ce numéro spécial consacré aux écoles de l’UNRWA, les enseignants partagent leurs connaissances, leurs opinions, mais aussi leurs préoccupations. Les enquêtes et les investigations dévoilées dans ce magazine sont le résultat d’un travail de longue haleine. Nous sommes fiers de pouvoir vous présenter, chers lecteurs, de précieuses analyses sur l’avenir du français dans les camps palestiniens, le plurilinguisme qui s’y développe, et sur la question des réfugiés palestiniens affluant de Syrie. Je tiens à remercier Antony Drugeon et Gwen-Haël Denigot, venus de loin pour partager leurs talents de journalistes. Je dédie ce numéro à tous nos professeurs ainsi qu’à leurs élèves ; enfin, à l’enthousiasme et à l’investissement de tous : un bel exemple de collaboration heureuse et fructueuse ! Bonne lecture ! Aurélien Lechevallier, Conseiller de Coopération et d’Action Culturelle et directeur de l’Institut français du Liban.

Directeur de la publication : Paul Balta. Coordinateurs de l’atelier : Gwen-Haël Denigot et Antony Drugeon. Conception graphique : Hicham Abou Raad (www.image-h.fr). Rédaction : Amina Alabdallah, Rana Ali, Rida Annan, Mirna Chaabo, Rana Dakwar, Fatima Elmosleh, Khaled El-Naanaa, Nader Ghoneim, Abderrahim Halloumi, Hana Himmo, Mirna Khalil, Hana Mayassi, Amena Safadya, Nadine Said, Basel Sokkarieh, Mohamed Youssef, Nahida Zaabout. Coordinateur du projet : Raid Abu Zaideh, attaché de l’ambassade de France auprès de l’UNRWA. Photo de couverture : Omar Mosleh. Tand'M n°20 est un magazine réalisé à partir des articles rédigés par 17 professeurs francophones palestiniens de l’UNRWA, enseignant en français dans les camps de réfugiés palestiniens au Liban. Réalisé à Beyrouth à l'occasion d'un atelier de formation de formateurs, animé par deux formateurs de l'association Omar Le-Chéri, du 2 au 6 septembre 2013. Conçu et soutenu par l’Ambassade de France au Liban en partenariat avec l'UNRWA au Liban. Tand'M n°20 a été imprimé à 1000 exemplaires. www.omarlecheri.net infos@olc-fm.org

2


La francophonie chez les Palestiniens du Liban

Le Liban, pays du plurilinguisme «

M

erci Ktir. » (merci beaucoup), « Hi, Kifik? » (Ça va ?)... des formules courantes dans le paysage linguistique libanais. Et encore le contexte libanais ne peut-il être réduit aux trois langues officiellement enseignées à l’école : l’arabe « classique », le français et l’anglais, car le paysage social au Liban est en perpétuel changement : Libanais Arméniens, réfugiés palestiniens, irakiens et syriens, Soudanais, Egyptiens, Sri Lankais, Philippins... En 1920 après la chute de l’empire Ottoman, le Liban est soumis au mandat français. L’enseignement bilingue se renforce et le français est déclaré langue officielle avec l’arabe. A l’indépendance, en 1943, la constitution replace l’arabe comme langue officielle unique. Cependant, la politique éducative de l’époque donne le droit aux différentes communautés religieuses du pays de fonder leurs propres écoles. Cette liberté a permis d’introduire dans les écoles plusieurs langues : l’italien, l’arménien, l’anglais... Le nombre de francophones ne diminue pas pour autant car ces francophones sont devenus trilingues voir plurilingues.

Le français : quelle réalité ? D’après des enquêtes menées par l’Agence francophone pour l'enseignement supérieur et la recherche et les Fiches du Monde Arabe de l’Université Saint-Joseph, 52,2% des adultes libanais (>15 ans) résidant au Liban parlent français dont 19,8% qui sont parfaitement francophones. La communauté chrétienne maronite est majoritaire et revendique sa francophonie grâce à son lien avec la France. Est-ce à dire que le français est la prérogative de la communauté chrétienne libanaise ? Rien n’est moins sûr, car musulmans sunnites et chrétiens grecs orthodoxes sont aussi francophones bien qu’il s’agisse moins pour

eux d’un critère de distinction sociale. Par ailleurs, le Sud du Liban, qui préfèrait choisir l’anglais comme langue de scolarisation, voit aujourd’hui la présence de nombreux établissements francophones pour répondre aux besoins des familles musulmanes chiites qui retournent au pays après des années d’exil passées en Afrique de l’Ouest et dont les enfants ne parlent pas l’arabe. La réalité francophone libanaise est donc liée à une appartenance confessionnelle, mais surtout a une tradition éducative. Le français, s’il est une « langue étrangère » pour certains groupes communautaires, comme les Palestiniens, est aussi une langue seconde dans le pays. Il joue un rôle social important dans le système éducatif et dans la production culturelle, sans être reconnu officiellement. « Les francophones libanais ont défini les critères d’une langue seconde dont l’acquisition passe par l’école et dont l’apprentissage est précoce. Elle vient en second lieu après la langue maternelle et elle est utilisée plus tard dans un environnement autre que l’environnement scolaire », explique la journaliste Patricia Khoder dans L’Orient - Le Jour. J.P. Cuq et I. Gruca, professeurs à l'université Stendhal de Grenoble, renchérissent : « Dans un pays comme le Liban, on peut trouver dans une classe des cas de figure différents et divers de cette lan-

gue tellement la situation est complexe et évolutive : un français langue "presque" maternelle, un français langue seconde, un français langue de scolarisation, ou encore langue étrangère… » Qu’en est-il dans les camps palestiniens ? Dans une communauté où l’anglais reste très majoritaire, certainement dû au fait que la Palestine a été pendant longtemps sous mandat britannique (de 1920 à 1948) et que l’UNRWA, organisme issu des Nations Unies, tend à avoir une politique plutôt anglophone car l’anglais est la langue politique actuelle, celle de la communauté internationale, les écoles francophones s’efforcent ainsi de développer un intérêt pour la langue française et la culture francophone, mais aussi d’offrir aux réfugiés de Palestine les moyens de s’intégrer au Liban par le biais de la langue française.

Nadine Said 3


Les écoles francophones dans les camps : quitte ou double ? En 2001, il y avait 1271 élèves inscrits dans les écoles francophones de l’UNRWA au Liban. En 2013, ils n’étaient plus que 744 : une chute de 42%. «

J

e suis quand même optimiste ». Raïd Abu Zaideh, attaché de l’ambassade de France auprès de l’UNRWA et responsable du Bureau français (voir p. 19), nous accueille avec un sourire confiant au siège de l’UNRWA à Beyrouth. Pourtant, Abou Khaled, père d’un premier enfant ex-élève francophone dans une école de l’UNRWA, veut maintenant mettre son second enfant dans une école anglophone : « Au moins, c’est facile de trouver des personnes dans le camp pour l’aider à faire ses leçons ». Abdel Rahman Yassin, ancien directeur d’une école francophone, tire la sonnette d’alarme : « si le Bureau français à

En classe d’EB1 (CP en France), les élèves commencent à apprendre le français comme première langue étrangère. A partir d’EB5 (CM1), les maths et les sciences sont enseignées en français. A partir de la classe d’EB7 (5e), les élèves apprennent l’anglais comme deuxième langue étrangère.

l’UNRWA continue sa politique d’austérité, les écoles francophones disparaîtront bientôt ». En effet, les bourses diminuent et les élèves affrontent des

difficultés à poursuivre leurs études secondaires et universitaires. Cette politique d’austérité vient de la crise économique qui touche l’Europe et notamment la France. R. Abu Zaideh l’admet ; mais il ajoute : « le Bureau, malgré tout, continue à promouvoir la langue française et présente ainsi un ensemble de prestations auprès des élèves (créer un univers francophone en proposant des colonies de vacances, en donnant des bourses pour les lycéens et les étudiants

L’avis des professeurs DNL* à l’école Majdal

La chute d’effectifs des élèves dans les écoles francophones est due à : • L’absence des centres d’aide francophones ce qui empêche nos élèves de recevoir le soutien hors de l’école. • L’absence d’échange avec les élèves du camp à cause de l’entourage anglophone dominant. Nos élèves sont presque marginalisés. • Le bas niveau des élèves en français nous oblige à utiliser la langue arabe comme langue d’appui pendant les cours. • L’inexistence d’un lycée francophone gène les parents qui trouvent beaucoup de difficultés à suivre les études de leurs enfants. *Disciplines non linguistiques (sciences, etc.).

4


Écoles anglophones en 2013 : 64 Écoles francophones en 2013 : 4 Élèves anglophones en 2013 : 31469 Élèves francophones en 2013: 744 Source :www.unrwa.org

universitaires...) comme auprès des enseignants (continuer à les former surtout les enseignants des D.N.L « disciplines non linguistiques »). Et auprès de l’établissement, en autonomisant les directeurs. » De leur côté, A. Yassin comme Abu Khaled, trouvent que le Bureau français ne fait pas assez pour soutenir les enfants palestiniens. Surtout que les défis augmentent, avec la domination de l’anglais. Les centres d’aide aux devoirs anglophones sont largement implantés dans les camps, tandis qu’il n’y en pas pour le français. « Je ne parle pas français, ni ma femme, nous avons eu beaucoup de mal à assurer une aide au devoir à notre enfant », indique A. Khaled. Le problème ne s’arrête pas à l’aide aux devoirs. « Nos élèves

ne travaillent pas avec leurs camarades anglophones, ils se sentent isolés et marginalisés dans le camp », souligne l’ancien directeur. L’attaché linguistique s’accroche à son optimisme en se basant sur les projets du bureau et l’effectif qui, pense-t-il, va augmenter cette année. La question de l’effectif agace Souhad, étudiante qui vient d’obtenir son brevet en 2013. Elle refuse que nous la voyions comme un chiffre : « je suis pessimiste et je me pose des questions sur l’avenir, je

veux faire ma classe secondaire dans le camp comme les élèves anglophones, mais malheureusement il n’y a aucun lycée francophone au camp. Mon père veut que je m’oriente vers l’anglais, car c’est plus facile de trouver un lycée ainsi qu’une université et plus tard un travail », soupire Souhad. Pour poursuivre sa scolarité en lycée francophone, la seule solution est l’inscription dans le système libanais, payant. Des frais que compense en partie l’ambassade de France, faute de mieux.

Abderrahim Halloumi, Nader Ghoneim et Mohamed Youssef 5


Deux adolescents réfugiés palestiniens traversent la Méditerranée… Nour et Ali, deux adolescents réfugiés palestiniens du Liban, voyagent en Europe pour la première fois de leur vie, pour participer aux rencontres méditerranéennes de la jeunesse à Marseille. Leur accompagnateur, Khaled El-Naanaa, directeur de l’école Ras El-Aïn de Beyrouth où les deux jeunes sont scolarisés en classe de EB8 (4e), assiste émerveillé à leur métamorphose, et raconte.

L

’aventure commence le 21 août quand Nour (14 ans), m’appelle et me demande si on a obtenu le visa. Dans sa voix inquiète, il y a toute l’incertitude sur la réalisation de ce rêve : il ne reste que quelques heures avant le départ mais on est toujours sans visa… A 17h, on obtient le visa mais Hassan Saleh, un troisième élève, n’a pas eu cette chance, que la plupart des Palestiniens attendent en vain. A 2h du matin, Nour et Ali (14 ans) sont à l’aéroport, prêts à embarquer pour un autre monde, une autre vie... L’avion arrive à Rome pour une escale de 6 heures ; l'ambiance est incertaine : Nour est encore stressée parce qu’elle a failli ne pas partir en raison d’une erreur de nom sur son billet d’avion. Ali, de son coté, est un peu inquiet, c’est la première fois de sa vie qu’il s’éloigne de sa famille. Plutôt que de se morfondre à l’aéroport, nous décidons d’exploiter la journée pour une petite visite... Là, la découverte commence !

Escale à Rome

des sept merveilles du monde. A mes yeux, ces deux jeunes enthousiasmés par ce qu’ils découvrent pourraient bien être la huitième merveille... Le Forum, la fontaine de Trevi, les rues tortueuses, tout les ravit, mais l’expérience à Saint-Pierre est inoubliable. Je leur explique ce qui se passe sur la place et je leur montre où se trouve le Pape quand il donne la bénédiction dominicale. Soudain, Nour me passe son portable et me dit avec naïveté : « Monsieur, je vais monter au balcon et vous, restez là pour me prendre en photo ! » Après avoir bien ri, retour à l’aéroport où nous avons encore le temps de goûter à la brioche italienne en guise de petit déjeuner, avant d’embarquer pour Marseille.

Un taxi, et hop, direction le centre-ville de Rome ! Première étape, le Colisée. Ali sort immédiatement son appareil photo et commence à mitrailler tout ce qui l’entoure, tandis que Nour me demande de la prendre en photo avec son portable, devant l’une

15h, enfin à l’hôtel. Première surprise pour nos jeunes aventuriers : les chambres individuelles. Pour la première fois de leur vie, ils vont dormir seuls, à plus de 4000 km de

6

Vers l’indépendance

leurs parents. C’est le moment d’être autonome. Je leur propose de sortir mais ils sont vraiment fatigués et préfèrent dormir. Jour 2. Dès le matin, on se regroupe dans le hall de l’hôtel : Turcs, Français, Algériens, Marocains, Tunisiens, Libanais et Palestiniens, nous nous rendons en groupe à la Villa Méditerranée (le « centre international pour le dialogue et les échanges en Méditerranée » inauguré en avril 2013 à l’occasion de Marseille capitale européenne de la culture 2013). Nous découvrons avec surprise et un peu d’inquiétude que Nour et Ali sont les plus jeunes de toute la bande. La plupart des jeunes sont lycéens, certain même étudiants à l’université ! Le travail se déroule pendant une semaine dans le but de créer des projets qui unissent les jeunes de la Méditerranée. Une palette d’ateliers est offerte, du plus ludique au plus conceptuel, tous pour permettre la rencontre et les échanges entre les jeunes. Ali et Nour choisissent l’atelier « Echanges et


Les Rencontres méditerranéennes de la jeunesse se sont tenues du 22 août au 1er septembre 2013 à la Villa Méditerranée. Une trentaine de jeunes - Libanais, réfugiés palestiniens du Liban, Turcs, Marocains, Tunisiens, Algériens et Français - se sont réunis autour de quatre thématiques (économie et environnement, politiques alternatives, patrimoines et cultures, échanges et opportunités) pour réfléchir ensemble à leur avenir. La semaine d’activités artistiques et créatives et d’ateliers de discussion a été couronnée par un Sommet mettant en lumière le travail effectué et les recommandations proposées par les jeunes pour des actions concrètes dans les pays méditerranéens.

opportunités » le matin et l’atelier « StreetArt » l’après-midi. J’assiste quant à moi à la table ronde « Culture et patrimoine », au cours duquel je prends conscience de la dichotomie entre ces deux termes pour nous réfugiés palestiniens au Liban...

Parler français chaque jour Les premiers jours étaient très durs pour tous les deux. Tout est en français, ils affrontent non seulement un obstacle linguistique, mais encore culturel et social : des moyens de transport inconnus (avion, train, métro et tramway), une ville et une circulation organisée et respectée par la population. Les vêtements, la nourriture… tout est différent, tout est intéressant mais fait aussi un peu peur. Les voyages forment la jeunesse, dit-on, et là nous sommes en formation accélérée ! Ces obstacles mettent Ali et Nour dans une

situation de choc ; ils ne comprennent pas assez le français et ne veulent pas faire l’effort nécessaire ou essayer de communiquer. « C’est difficile ! » se plaint Nour. Mais, quelques jours après, elle se trouve dans l’atelier « Street art » en binôme avec Ezgeh, une jeune Turque qui ne parle pas arabe, et, ô miracle, elles se parlent en... français ! Quand on a envie de communiquer avec l’autre, on trouve toujours un moyen. Et de fait, Ali et Nour se débrouillent bien avec le groupe, la langue de communication étant le français. Mais dès que je suis dans les parages, ils tentent de profiter de moi pour la traduction ! Je décide alors de leur parler systématiquement en français parce que je sais qu’ils sont capables de comprendre. A la fin du séjour, et pendant le Sommet, Ali et Nour se présentent devant le public et expliquent en français ce qu’ils ont fait dans

l’atelier « Street Art ». Ils sont assez convaincants pour que leur idée de créer un centre, qui aide les jeunes Palestiniens dans le camp à se regrouper et monter des projets culturels et éducatifs, soit reprise par les représentants de l'atelier et appréciée par le public. Cette immersion dans la langue française été extrêmement bénéfique, tout comme la découverte des échanges interculturels. Aujourd’hui, il se rendent compte non seulement de l’intérêt d’apprendre le français comme langue de communication avec d’autres jeunes mais ils ont acquis une assurance nouvelle dans le maniement de la langue : un vrai séjour linguistique ! Le soir, avant d’embarquer dans l’avion du retour, Ali, joyeux, me demande si on va revenir une autre fois... Le virus du voyage et de la rencontre avec d’autres cultures a été instillé. Que répondre ? « Inchallah… » !

Khaled El-Naanaa 7


La vie des enfants palestiniens dans les camps

Selon une étude conjointe du ministère des Affaires sociales du Liban et de l’association Kafa (Stop) (association humanitaire qui aide les enfants victimes de violences) plus de 10.000 enfants libanais sont victimes de maltraitances et d’abus sexuels. Qu’en est-il de la situation dans les camps de réfugiés palestiniens du Liban ? Reportage au quartier palestinien de Chatila, à Beyrouth. INSULTES ET VULGARITÉ

C’est une fin de matinée ensoleillée, la rue principale du camp est surpeuplée, bourrée de piétons, de fumeurs de narguilé qui sont aussi des chômeurs. Les enfants jouent dans la rue, c’est la fin des vacances d’été. Fadi (11 ans), explique que pour lui la violence existe dans les écoles, dans la rue, au sein de la famille et entre amis… Il connaît un ami battu par ses parents, qui parfois s’absente de son école parce qu’il a des marques de coups. Fadi ajoute : « Personne ne se sent suffisamment concerné pour défendre ces enfants ». Omar, 9 ans, raconte que sa mère le couvre d’insultes et de mots vulgaires quand elle se fâche contre lui. VICTIMES DE LA PAUVRETÉ

Jamila Chahade, directrice de l’ONG palestinienne Atfal Al-Soumoud (les enfants de la résistance), basée dans le camp, est formelle : « Les enfants sont battus par leurs parents ». Mais ils pensent souvent que « c’est normal » et que « c’est une punition ». Les

8

enfants n’osent pas dire non plus s’ils ont été agressés sexuellement par la famille. J. Chahade explique : « Il y a des violences et on peut le remarquer, mais malheureusement les enfants ont peur de parler. On remarque des traces de violences physiques et mentales. Les parents ne tra-

« Chaque homme est responsable de l’humanité... » GANDHI vaillent pas… De plus, la plupart dans le camp vivent en dessous du seuil de pauvreté, cette pauvreté prive malheureusement de nombreux enfants de leurs droits et les obligent à travailler avant l’âge légal ». Pour cela, Atfal Al-Soumoud a construit des systèmes de protection de l’enfance dans le camp comme le Centre de conseil familial, et travaille avec les enfants violés… Des activités animées par des psycho-

Mariam Mosleh

« Kafa ! » (stop !) à la violence contre les enfants à Chatila logues spécialisés pour communiquer avec les enfants. La violence contre les enfants est l’un des problèmes cruciaux et urgents dans les camps les enfants sont des victimes, vivant dans un milieu social plus que catastrophique, un camp de réfugiés où les conditions de vie et de travail, voire d’habitation, ne peuvent que favoriser la violence et l’absence totale d’intimité dans les foyers. L’environnement quotidien est également extrêmement violent : hommes en armes partout, imagerie guerrière, barbelés... Comme souvent, ce sont les êtres les plus exposés à la supériorité des adultes qui en payent le prix, êtres fragiles qui encaissent les coups (ou la bêtise) des adultes. Et comme dirait François Truffaut, cinéaste français qui avait adopté la cause des enfants dans plusieurs de ses films, les enfants ont la « peau dure », ils sont forts à surmonter l’insurmontable, mais un jour, cette violence pourrait exploser en pleine figure de la société des adultes !

Rida Annan


Doubles réfugiés : les écoliers palestiniens de Syrie La crise politique en Syrie a affecté les Syriens mais également les réfugiés palestiniens en Syrie, obligés de quitter leurs camps et de fuir à nouveau, cette fois vers les camps palestiniens au Liban. L’UNRWA au Liban doit dès lors intégrer leurs enfants dans ses écoles.

A

u commencement de la crise en Syrie et après l’arrivée des réfugiés palestiniens de Syrie dans les camps du Liban, et vue l’augmentation rapide de leur nombre, l’UNRWA s’est inquiétée de la situation psychologique et éducative des enfants palestiniens de Syrie. Chaque enfant a en effet le droit à une éducation scolaire ;

elle a donc pris l’initiative d’intégrer ces enfants dans des programmes éducatifs spécialisés. Ce projet a été mis en place avec l'aide de l'ONG Right to play et de l'Unicef.

A chacun son école Pour réfléchir à l’intégration de ces enfants dans les écoles de l’UNRWA au

Au Nord, en septembre 2013 il y a 860 élèves palestiniens de Syrie inscrits dans 2 écoles, dont 374 à Manara (camp de Nahr El-Bared), et 483 à AlMazar (camp de Al-Baddawi). 37 professeurs ont été recrutés, 16 dans la première et 21 dans la seconde.

9


Liban, l’organisation a fait venir en septembre 2012 le responsable du programme scolaire de l’UNRWA en Syrie, avec une équipe d’experts des programmes syriens, explique Abed AlKarim Zeid, directeur de l’éducation de l’UNRWA au nord du Liban. Principale difficulté : en Syrie, la langue d’apprentissage est uniquement l’arabe, tandis qu’au Liban s’y ajoute l’anglais ou le français. « C’est donc avec l’aide d’une seconde équipe d’experts de l’UNRWA au Liban que nous avons décidé de créer un programme mixte, contenant 70 % des programmes syriens et 30 % du programme libanais », explique A.

« L’UNRWA veille à ce que chaque enfant venant de Syrie soit dans une école où il peut poursuivre ses études. »

Abed Al Karim Zeid, directeur de l’éducation de l’UNRWA au nord du Liban.

au cursus libanais. Si les deux parents sont de Syrie, les élèves sont inscrits dans des écoles au cursus mixte. Les élèves qui devaient passer le brevet et le bac en juin 2013 ont étudié le cursus libanais mais avec des professeurs spécialisés pour aider, simplifier et traduire les matières. Pour accomplir cette tâche, l’UNRWA a recruté 37 employés pour le seul nord du Liban.

née et validée par les examens ordinaires. La bonne réussite des élèves tend à prouver une bonne adaptation de leur part, selon A. Zeid. Mais quelques obstacles demeurent, en particulier l’absence de papiers d’identité et d’attestations scolaires, le faible niveau en langue étrangère et l’état psychologique de quelques enfants. Des efforts ont donc été fournis par l'UNRWA pour faire respecter le droit des enfants à la scolarisation et faciliter leur adaptation aux camps libanais ; mais l'agence pourra-t-elle faire face à un éventuel nouvel afflux de réfugiés en cas de bombardements américains ? L’organisation onusienne se dit prête à ouvrir de nouvelles écoles, affirme A. Zeid. Espérons que les pays donateurs répondront alors à l’appel.

La guerre, et après ? Zeid. Une proportion amenée à se rééquilibrer progressivement au fil des ans. Trois stratégies d’insertion sont prévues, en fonction des enfants. Si l’un des parents de l’enfant est du Liban, alors l’élève pourra être inscrit dans une école

L’année scolaire 2012-2013 a démarré dans les écoles au cursus mixte par 6 semaines d’activités extra-scolaires et ludiques pour aider les enfants à se défouler, à oublier les scènes et expériences violentes de la guerre. Le tout avec une assistance psychologique. Une période récupérée en fin d’an-

Rana Ali & Mirna Khalil

La santé des enfants réfugiés de Syrie

Mohamed Nasser, médecin responsable du département de la santé au nord.

10

Le département de la santé à l’UNRWA a également pris en charge ces élèves. Dr. Mohamed Nasser (médecin responsable du département de la santé au nord) déclare que les professionnels de la santé dans les cliniques de l’UNRWA ont réalisé des diagnostics psychologiques et médicaux pour évaluer la capacité de chaque enfant à entrer en classe. Tous les vaccins ont été mis à jour. Selon Dr. Nasser, dans les écoles, il n’existe pas de maladies contagieuses issues de la guerre mais à cause de la surpopulation dans les logements et des conditions de vie difficiles, les enfants malades ne guérissent pas rapidement. C’est pourquoi des campagnes de vaccination et de prévention sont mises en place dans les écoles. Ces enfants reçoivent les mêmes soins médicaux que les enfants palestiniens des camps du Liban, mais le docteur Nasser met en garde contre un risque de surpopulation : si le nombre de réfugiés de Syrie augmente, le département de la santé aura besoin de recruter des employés pour pouvoir suivre tous les enfants équitablement.


L’intégration au quotidien des élèves palestiniens réfugiés de Syrie Repères

Malgré les difficultés psychologiques et pédagogiques, la plupart des enfants s’adaptent à leur école. Reportage à Saïda.

L

’augmentation est impressionnante : de septembre 2012 à septembre 2013, le nombre d’élèves palestiniens de Syrie est passé de 100 à 600 dans le seul collège pour filles Naplouse, l’une des écoles de l’UNRWA à Saida (Sud du Liban) qui les scolarise, soit une hausse de 500%. L’agence onusienne organise l’enseignement (voir article précédent) mais aussi des activités extra-scolaires avec des associations sociales, comme Right to play et Association Nabeh. Les élèves sont répartis dans les classes selon leur âge, ils ont leurs livres, leur matériel scolaire, leurs costumes... Les élèves commencent par participer aux activités extrascolaires organisées par l’association Nabeh, pour améliorer leur état psychologique », explique l’assistant de la directrice, M. Issam Houssein Bons résultats malgré les diffcultés Malgré le manque de professeurs formés au programme syrien, ils arrivent à réaliser leurs objectifs. Nour Attalah, enseignante d’anglais, raconte : « J’ai une bonne expérience avec les élèves syriens, et j’étais très contente de tra-

vailler avec eux, bien que j’avais des difficultés à enseigner leur programme. En plus, les classes trop nombreuses rendaient la communication avec eux difficile. Mais cela n’empêche pas d’avoir un bon résultat scolaire ». Le dernier mois, les élèves syriens suivent les cours du programme libanais, ce qui leur permettra d’intégrer ce système scolaire, et donc à terme d’en passer les examens officiels. Wajdi, élève de 14 ans, réfugié au Liban depuis un an avec sa famille (6 personnes), est satisfait : « Au début j'avais peur de ne pas passer le brevet. Grâce à l’initiative de la directrice de l’école Naplouse, Rola Ayoub, et avec la collaboration de l’association chrétienne Mojamae Al-Kanaes (“Rassemblement d’églises“), nous avons pu assister à des formations intensives pour préparer le brevet. Je l’ai finalement eu ! », se félicite-t-il Wajdi. Le flux des élèves réfugiés au Liban se poursuit, exerçant une pression croissante sur les capacités d'accueil de l’UNRWA. Jusqu'à quand ?

Le Liban et la Syrie sont des pays d’accueil pour les réfugiés palestiniens depuis 1948, ils se regroupent dans des camps fondés pour eux par l’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le ProcheOrient). Cette organisation est responsable d’assurer les besoins essentiels des réfugiés palestiniens en matière de santé, d'éducation, d'aide humanitaire et de services sociaux. Selon le Haut-Commissariat au réfugiés, il y a officiellement 720 000 réfugiés syriens au Liban en septembre 2013. Officieusement, on avance le chiffre de 2 millions. Selon l’UNRWA, en septembre 2013, il y a environ 56 000 réfugiés palestiniens de Syrie au Liban, et ce nombre pourrait presque doubler d’ici décembre 2013. 14% d’entre eux se trouvent au Nord, 32 % à Saida (Sud), 21% à Beyrouth, 14 % à Tyr (Sud) et 19% dans la Beqaa (Est). En Syrie, 45 000 élèves voient leur rentrée 2013 perturbée, seules 49 des 118 écoles de l'UNRWA en Syrie ouvrant leurs portes. Au Liban, 3624 élèves ont été scolarisés par l’UNRWA pour l’année scolaire 2012-2013 dans 57 écoles anglophones, puisque qu'aucun enfant palestinien vivant en Syrie ne parlait français.

Amena Safadieh, Hana Mayassi et Nahida Zaabout 11


La santé se joue aussi dans les écoles L

’UNRWA assure aux réfugiés palestiniens des services de santé préventive et curative dans 28 centres de soins et hôpitaux. En pratique, tous les enfants de réfugiés sont vaccinés. L’UNRWA fournit également des services de santé environnementale (services d’approvisionnement en eau potable, assainissement, etc.) dans 12 camps. Dans cette entreprise d’éducation à la santé et de prévention, les écoles jouent un rôle crucial. Comment cela se passe-t-il concrètement ? Sana Al-Jawhari, enseignante de sciences à l’école Sakhra, est également responsable de la santé dans cet établissement. Elle dresse un état des lieux de la santé dans les écoles de Saida. Quel est l’objectif principal de la santé scolaire ? Promouvoir la santé pour tous, inculquer aux enfants et aux parents une attitude positive vis-à-vis des questions de santé, d’enseigner les bonnes pratiques en matière d’hygiène, et de faire de la prévention. Quel est l'âge des élèves dans votre école? Entre 6 et 14 ans. Quand organisez-vous les activités de santé scolaire ? Chaque année, il y a un grand projet lié à une journée de la santé mondiale de l’OMS, et plusieurs activités de santé dans les écoles. Nous nous calons sur les journées mondiales thématiques de l’OMS, comme les campagnes de sensibilisation sur l'hygiène personnelle, ou l’alimentation saine et équilibrée. Nous réalisons également des campagnes de vaccination et des campagnes d’information auprès des parents et des élèves en cas d’épidémie (H1N1, poux, etc.) et une sensibilisation aux mesures

12

Sana Al-Jawhari est enseignante et responsable de la santé à l’école Sakhra.

d’hygiène et assurons une visite médicale à chaque rentrée scolaire (yeux, oreilles, dents, etc.). Comment soutenez-vous ces activités ? Nous faisons participer des infirmières et des médecins des cliniques de l'UNRWA, qui se rendent dans les écoles pour sensibiliser les élèves et les parents. Quel était le projet de santé scolaire l’année dernière ? L'année dernière, nous avons relevé plusieurs cas de diabète et d'hypertension chez les élèves et il est apparu plusieurs cas, qui sont actuellement traités.

et mal ventilées - et du manque d'attention de certains parents. Et que se passe-t-il si un élève est blessé dans un accident à l'école ? Nous lui donnons les premiers soins sur place car dans toutes les écoles il y a au moins une personne qui a suivi une formation de premiers secours à la Croix-Rouge. Si nécessaire, cet élève sera transféré dans une clinique de l’UNRWA ou directement dans un hôpital extérieur si le cas est grave.

Quelles sont les maladies les plus courantes chez les élèves ? L’asthme, les allergies et les infections respiratoires. Comment expliquez-vous cela ? En raison de l'environnement - beaucoup d'enfants vivent dans des maisons humides

Rana Dakwar


L'équipement technologique, nerf de la guerre des écoles au Liban

Hana Himmo

La technologie s'invite dans les écoles

Des établissements privés aux écoles de l’UNRWA, la technologie s’installe de manière inégale dans l’éducation. Les avantages pédagogiques sont pourtant avérés.

A

u Liban, l’évolution des nouvelles technologies a été très rapide au cours des années 2000. Le monde éducatif s’en est naturellement emparé pour améliorer la qualité de l'apprentissage. L’intégration de ces nouvelles ressources pédagogiques a permis de rendre les cours plus animés, ce qui permet une meilleure mémorisation du cours par les élèves. Autres avantages : apprendre à communiquer et à collaborer avec les autres et à rechercher des informations sur Internet, même parfois dans une ambiance extra-scolaire.

lent… ce qui fait disparaître la monotonie des cours ». Enfin, Aya insiste sur l’importance de ces supports en disant : « je n’imagine pas un cours de maths sans tableau numérique interactif, un cours de science sans laboratoire, ni bien sûr ne pas utiliser Internet pour les recherches ». Mais toutes les écoles libanaises ne sont pas toutes aussi bien équipées : « J’ai eu la chance d’étudier dans plusieurs écoles privées assez riches pour acquérir tous ces équipements dont manquent les écoles publiques », reconnaît Aya.

Tableau numérique et compagnie Les outils technologiques utilisés en classe sont de plus en plus nombreux : Aya Kibbe (17 ans), lycéenne dans une école de Makassed (école privée libanaise musulmane), mentionne par exemple « le tableau numérique interactif, l’ordinateur (et la connexion Internet), le microphone, le rétroprojecteur, la télévision… ». Ces technologies sont utilisées dans pratiquement toutes les matières, et surtout les mathématiques, les sciences, la géographie… Elle retient en particulier que « les élèves sont toujours actifs, ils utilisent les autres sens en plus de l’audition, ils cherchent, ils découvrent, ils manipu-

Besoins de formation Où se situent les écoles de l’UNRWA dans ce panorama ? Elles sont assez bien dotées en matériel (ordinateurs…), mais, selon Rola Himmo, enseignante de français à l’école Ras El-Ein, les professeurs se heurtent souvent à des problèmes techniques (coupure du courant électrique, défaut de maintenance, etc.). Elle soulève également le problème du défaut de formation : dommage d’avoir du bon matériel dont on ne sait pas se servir suffisamment ! Heureusement, les professeurs qui ont suivi une formation constituent une équipe pour aider et soutenir les autres profs. « Notre établissement suit

toujours l'évolution et le progrès scientifique et on a sans aucun doute besoin de renouveler régulièrement nos matériels », conclut Rola, qui met cependant en garde contre une certaine dérive dans leur utilisation par les élèves, notamment avec Internet. « Il se peut que nos apprenants soient attirés par des réseaux sociaux inutiles pour l’apprentissage, aussi tous ces matériels sont strictement contrôlés », par crainte que l’usage d’Internet ne conduise à délaisser les livres et donc que les élèves soient faibles en lecture, et surtout qu’ils n’acquièrent pas le réflexe de chercher des informations dans les livres. Il s’agit donc de trouver une utilisation raisonnée des nouvelles technologies, aujourd’hui indispensables à l’apprentissage, tout en conservant les méthodes traditionnelles dans le rapport au livre.

Hana Himmo

13


Les réseaux sociaux s'immiscent entre les professeurs et leurs élèves Aux Etats-Unis, pays natals de Facebook, Twitter et autres réseaux sociaux, mais aussi en France ou au Canada, on s'intéresse à l’intégration de ces technologies dans le système scolaire. Comment en tirer profit ? Et quelle est la situation au Liban ?

A

u Liban, on a dépensé 230 060 années sur les médias sociaux pour le seul mois de juillet 2012, soit en moyenne 6 heures et demie par mois et par personne. Le rapport des plus jeunes au texte s'en trouve bouleversé : pour vous en convaincre, allez voir cette vidéo sur YouTube d'un jeune enfant de quatre ans, déjà habitué à la tablette, et à qui on remet un magazine... et qui essaye de faire un zoom sur une page avec ses doigts ! L'enseignement ne pouvait rester en marge de ces bouleversements apportés par Twitter, Pinterest, Facebook ou encore sur le réseau professionnel LinkedIn. Parce que ces réseaux sociaux tentent de rendre l'apprentissage plus facile et intéressant, les professeurs

commencent à les intégrer dans leur pédagogie : certains professeurs de langues étrangères publient des

D'après Socialbakers.com, Facebook compte 1 594 040 utilisateurs au Liban, soit 38,64 % de la population. Ce nombre est en augmentation constante, avec +129 880 utilisateurs sur les six derniers mois. 55% de ces utilisateurs sont des hommes, dont la plupart utilisent la langue anglaise. La majorité ont entre 18 et 24 ans (478 527 utilisateurs), puis entre 25 et 34 ans, soit l’âge des étudiants. Leila Khauli, professeur de marketing à l’université américaine de Beyrouth et Maria Frangieh professeur de social media à l’université Saint-Esprit de Kaslik (nord de Beyrouth), sont ainsi représentatives de ces enseignants qui ont choisi d’utiliser les réseaux sociaux directement en classe pendant le cours.

14

vidéos éducatives sur leur compte Pinterest, en demandant aux élèves de les suivre. D'autres peuvent demander à leurs élèves de se documenter via Instagram ou Twitter. Ce sont d’excellents outils pédagogiques pour la majorité des disciplines et notamment pour les études de journalisme, communication, science politique, etc. En France, Florence Canet, enseignante documentaliste à l'université de Toulouse, expérimente le


partage de signets en ligne (social bookmarking) pour la création d’une bibliothèque virtuelle dans ses pratiques personnelles et professionnelles depuis maintenant plus de 4 ans. Une expérience menée avec succès auprès d’élèves de BTS dans le cadre des Travaux Personnels Encadrés. En effet, organiser de façon structurée des ressources sélectionnées sur le Web est une compétence essentielle pour appréhender les flux informationnels. Un nouveau rapport prof-élève Le rapport professeur / élève se transforme et fait la part belle à la participation, l'interactivité et la connectivité. François Guité, expert consultant pédagogique pour l’école 2.0 auprès du ministère de l’éducation québécois, ne cesse de rappeler que les « jeunes sont maillés, ils vivent en réseaux. Les connaissances sont vite acquises. Les enseignants ne sont pas sur le même tempo ». Comment utiliser ces connaissances et cette rapidité ? Au-delà de la pédagogie elle-même, c'est la découverte du « réseautage » pour les élèves. Être connecté avec un professeur sur LinkedIn ou le suivre sur Twitter permet de rester en contact. Un lien qui peut s'avérer précieux au moment de solliciter des conseils de carrière ou une mise en relation. Mais gare aux interférences avec la vie privée. Via leur écran, les professeurs deviennent les témoins des fêtes des élèves, les suivent à la salle de gym, sont à leurs côtés même pendant les vacances scolaires... Les professeurs eux-mêmes s'inquiètent de cette exposition de la vie privée sur les réseaux sociaux, en particulier à l'heure de la recherche d'emploi.

ves timides ou ceux qui ont des difficultés à mieux s'engager dans les activités. En plus, les réseaux sociaux ce sont des lieux où les élèves peuvent s'entraider, s'exprimer librement et échanger des commentaires. Quelles sont les difficultés auxquelles vous avez été confrontées ?

Il faut toujours faire attention à ce que l'utilisation des étudiants soit efficace, surveillée et contrôlée. C'est pour cela qu’il faut mettre des règles à respecter pour tous. Farah Hamdan enseignante libanoaméricaine de sciences depuis 11 ans.

Quelles sont les contraintes dans le milieu ?

Farah Hamdan, enseignante libano-américaine de sciences depuis 11 ans dans un établissement privé anglophone, utilise les réseaux sociaux en classe et note une réelle amélioration des performances de ses élèves.

La connexion au Liban est médiocre, sans parler des coupures d'électricité bien sûr.... En fait comme toute nouvelle méthodologie, les étudiants et les parents ne sont pas tous prêts à l'utiliser. Ils n'ont pas confiance dans sa crédibilité...

Depuis quand tenez-vous un blog ?

Quelle est votre opinion finale ?

Depuis 2009, avec mon site www.missfarah.com surlequel je traite de l’éducation puis j'ai commencé à diffuser mes fiches sur ma page Facebook et j'ai remarqué que beaucoup d'élèves s'y sont intéressés alors j'ai décidé de l'utiliser en classe.

Il y a de nombreuses études, notamment au Canada, qui ont assuré que cet enseignement est plus efficace, qu’il favorise la structuration de la pensée, de l’identité et permet de développer de nouvelles compétences.

Quels sont les avantages d’intégration des réseaux sociaux au projet éducatif ?

Tous les jeunes d'aujourd'hui utilisent ces réseaux donc afin de les motiver et de les atteindre, il faut adapter les méthodes d'enseignement traditionnelles. Il est certain qu'ils agrémentent la communication de façon originale entre les étudiants. De même, ils encouragent les élè-

Fatima El Mosleh 15


Récréation...

Les clowns tentent d'égayer les enfants.

Les enfants s’amusent aussi dans les camps ! Même dans les camps palestiniens au Liban, il existe des activités extrascolaires (sport, danse, dessin, travaux manuels, théâtre, comptines...) qui développent les qualités d’expression des élèves, leur confiance en eux, tout en jouant et en apprenant. Photos : Mirna Chaabo

16


3 2 1

4

6

5

1. Chacun laisse sa trace dans une grande œuvre collective. 2. La maquette de la Palestine sur laquelle a travaillé le jeune Ahmad. 3. Quand on a le droit de peindre sur les murs, autant en profiter ! 4. Combien de glaces a-t-il fallu manger pour réaliser l'enclôt de cette maquette de hutte ? 5. L'activité céramique permet d'éveiller le sens du travail manuel. 6. La nostalgie de la Palestine n'est jamais bien loin, comme ici lors de l'activité peinture murale, où les enfants peignent une carte palestinienne à côté de la mention « Haqna », « notre droit ».

S

amir Charari, le responsable de l’association des activités extrascolaires Nabeh, au camp de Rashidieh (sud du Liban) est fier de son bilan : « Cette année, on a bien réussi à dessiner un sourire sur le visage des enfants, grâce à une formation pour 450 d’entre eux, âgés de 6 à 12 ans du 25 juin au 6 juillet pour les EB1, EB2, EB3 (CP, CE1, CE2) et du 9 au 19 juillet pour les EB4, EB5, EB6 (CM1, CM2 et 6e). » Briser la routine Durant cette formation, tous les participants avaient la chance de s’amu-

ser et de pratiquer différentes activités extrascolaires. A la fin, deux festivals ont eu lieu afin de présenter leurs travaux et leurs réalisations. Pour Sara, 10 ans, l’une des participantes, cela a été une belle occasion de s’exprimer : « c'était une très belle expérience pour moi et mes copains, je suis arrivée à m’exprimer, à danser, à dessiner… je remercie les responsables de cette formation ». De son coté Ali, 12 ans, s’est découvert une fibre artistique : « J’ai participé à l’atelier de dessin et j’ai dessiné sur les murs. C’était très amusant, j’ai bien aimé cette

activité. ». Quant à Ahmad, 11 ans, il a préféré l’atelier des travaux manuels : « On a réalisé beaucoup de maquettes ; j’ai surtout aimé la carte géographique de mon pays. »

Amina El-Abdallah et Mirna Chaabo 17


Entre devoirs et loisirs, l'après-midi chaotique des ados palestiniens Etudier ou s’amuser ? Au Liban, les collégiens ne savent pas toujours voir les priorités pour occuper leur après-midi.

D

ans le quartier palestinien de Sabra, à Beyrouth, un rapide sondage des jeunes donne une idée de la situation. Omar El-Naanaa (12 ans) Il fait ses devoirs et ses recherches, il passe un peu de temps sur le web pour s’amuser, puis il fait du football, avant de se coucher, à minuit. Rayane Zantout (13 ans) Elle prend son déjeuner, un peu de repos puis elle fait ses devoirs avant de faire une ou deux visites familiales. Elle utilise Internet pour la recherche ainsi que pour se distraire. Elle fait du sport et dort à 21h. Fadwa Kayyal (17 ans) Elle prend son déjeuner puis elle fait le ménage avant de faire ses devoirs. Elle passe son temps de loisir sur le net et à regarder la télévision, voire à fumer le nargileh, ou à 18

faire un peu de sport avant de dormir à minuit. Chirine Mohammad (15 ans) Elle fait ses devoirs avant de passer directement à sa récréation sur Internet, puis elle dort un peu avant de se réveiller pour un nargileh. Rayane Hawache (14 ans) Elle fait ses devoirs, dort un peu avant de partir s'amuser sur le web.

Alaa Arak Sousi (13 ans) Elle passe ce temps de manière différente : elle fait ses devoirs et ses recherches sur Internet sous la surveillance de sa mère, elle dort tôt pour se réveiller de bonne heure et en forme. A trop utiliser Internet pour s'amuser, le rendement scolaire des élèves s'en ressent Zeina Ossman, assistante sociale à l'école Ras El-Aïn (Beyrouth), dresse un sombre tableau : “On a vraiment un problème dans les

notes et les résultats de ces élèves ; ils doivent changer un peu leur comportement durant le temps libre à la maison pour s’améliorer”. Selon elle, une saine organisation du temps quotidien aide à améliorer les notes et le rendement des élèves. L'assistante sociale donne ses conseils : • un peu de repos après le déjeuner ; • les devoirs et les recherches avec plus de concentration ; • un temps suffisant pour les loisirs et le sport ; • l’utilisation d'Internet sous la surveillance des parents et prioritairement pour les devoirs plus que pour s’amuser ; • un peu de temps de la part des parents pour écouter les problèmes de l’adolescent ; • l'interdiction du nargileh ; • dormir tôt et se réveiller de bonne heure.

Basel Sukkarieh


Qui sommes-nous ?

La France mène auprès de la communauté palestinienne du Liban une politique linguistique, éducative et culturelle grâce à la présence d’un Bureau français de coopération au sein de l’UNRWA (l’Office de Secours et de Travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine) depuis 1963. Cela constitue une action unique dans la coopération institutionnelle française auprès des Palestiniens. Les actions mises en place par ce bureau s’inscrivent dans le cadre d’une coopération avec l’agence et viennent renforcer les opérations menées en faveur des réfugiés palestiniens dans le domaine éducatif, notamment, auprès de quatre écoles francophones gérées par l’Agence. Le Bureau français est la seule représentation francophone dans cette agence onusienne et donc l’unique promoteur de la francophonie dans un univers globalement anglophone. Il est chargé de la coordination et du suivi de toutes les questions relatives à l’enseignement du français auprès des Palestiniens. Il a pour ambition première de promouvoir l'éducation francophone grâce au financement de quatre écoles maternelles gratuites, et à l’attribution de bourses pour les élèves et les étudiants palestiniens. Le Bureau français a également le souci de renforcer le réseau des écoles maternelles en améliorant leur programme d’enseignement, et donc leur attractivité. Il soutient l’équipe enseignante dans les quatre écoles francophones sous administration UNRWA (écoles primaires et collèges) et développe la coopération avec les 41 établissements anglophones de l’agence où le français est enseigné comme langue étrangère (FLE). Il consolide, par un programme d’aide financière à la scolarisation, la continuité des cursus français afin d’assurer une scolarité francophone complète aux jeunes Palestiniens concernés.

Réseau des écoles maternelles francophones

Ce projet est unique, mis en place en 1995. Il regroupe quatre écoles maternelles gratuites : Le Rocher à Saïda, Ras El-Aïn à Beyrouth, Ein Karem au camp de Naher Al-Bared et Al-Majdal au camp d’Al-Baddawi. Ces écoles forment un réseau francophone important, qui suit un programme éducatif mis en place par le Bureau de l’ambassade de France à l‘UNRWA. L’objectif de ce programme est d’instruire les enfants palestiniens désireux de continuer leur scolarité dans les écoles francophones de l’UNRWA. Le programme de ces quatre écoles maternelles permet aux enfants palestiniens de se préparer au cycle primaire, en leur offrant en même temps une initiation au monde scolaire. Ce réseau doté des institutrices diplômées et formées « à la française » accompagne les enfants palestiniens dans leur scolarité de la petite section jusqu’en primaire. Définition

Contrairement aux « écoles françaises » où tout le cursus est donné en français, les « écoles francophones » offrent certains cours dans la langue du pays et d’autres en langue française. Dans les écoles francophones de l’UNRWA, ce sont les cours de mathématique, sciences, et bien sûr langue française comme première langue étrangère, qui sont donnés en français. Les autres matières (histoire-géographie, éducation et science sociale) sont enseignées en arabe. Les « écoles anglophones » suivent le même modèle.


Association Omar Le-Chéri Dialogue des cultures et nouvelles technologies

Omar Le-Chéri en chiffres

52

adhérents et sympathisants

10 membres élus au Conseil d’administration

434 pages sur le site web

87 articles encyclopédiques 25 éditions du webzine rédigé Omar Le-Chéri à l'honneur pour les journées du patrimoine à Marseille dans le cadre d'une opération "Des bulles et des fouilles, la BD s'invite au Musée".

O

mar Le-Chéri (OLC), association à but non lucratif membre du réseau français de la fondation européenne Anna Lindh pour le dialogue des cultures euro-méditerranéennes, œuvre depuis 1997 à dynamiser chez les jeunes le goût pour l’écriture en jouant au « petit reporter », dans la lignée de son personnage éponyme... le journaliste Omar Le-Chéri. Ce héros de BD, dans les années 1990, a redoré le blason de la langue française Paul Balta auprès des écoliers égyptiens qui découvraient ses aventures Président de l’association dans le journal Le Progrès Egyptien et participaient à des concours d'écriture journalistique aussi ludiques qu'éducatifs.* Ce flambeau, l'association OLC le reprend avec les nouvelles technologies. Une équipe de journalistes, enseignants, graphistes et webmasters animent des ateliers de formation au journalisme de presse magazine et numérique au collège, au lycée, ou avec des associations de quartiers et des centres sociaux. Après une initiation théorique, les jeunes partent en reportage sur le terrain. Ils rédigent leurs propres articles, avant de les publier sur un blog et de bénéficier des corrections et de la visibilité du site web d'Omar Le-Chéri. Voire de réaliser un numéro de Tand'M, un véritable magazine papier dédié à leur atelier d'écriture. Un réseau d’internautes-reporters se tisse ainsi entre le Nord et le Sud de la Méditerranée, vers laquelle Omar Le-Chéri reste résolument tourné, ouvrant la voie à un dialogue des cultures rafraîchissant et vrai. OLC, qui organise également des formations de formateurs, a été agréée par le ministère français de l’Éducation nationale (2001) et a reçu l’appui de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), de l'Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNRWA), de l'Agence nationale pour la cohésion sociale et l'égalité des chances (ACSE), du ministère français des Affaires étrangères, des ministères de l’Éducation nationale marocain, égyptien, etc., et de villes comme Saint-Denis ou Marseille. * Vient de paraître : la bande dessinée Le tombeau perdu d'Alexandre le Grand. Cette enquête archéologique permet de se replonger aux sources de l'histoire d'Omar Le-Chéri.

par les jeunes avec plus de articles

230 38 pages de feuilleton façon BD 13 fiches pédagogiques faciles d’utilisation

9 sessions de formation de formateurs

20

ateliers « tandem » (écriture+web)

30 ateliers d’écriture d’une semaine en France

2 missions en Turquie 10 missions au Maroc 2 missions en Egypte 1 mission au Liban 5 émissions de la radio RFI sur Omar Le-Chéri

30 articles de journaux français et marocains sur OLC

13

participations à des conférences ou des salons internationaux sur l’innovation pédagogique et l’enseignement du français

Association Omar Le-Chéri 14 cité Champagne 75020 Paris 33 (0)6 84 22 85 00 Courriel: infos@olc-fm.org www.omarlecheri.net


Tand'm n°20 - Liban : l'école francophone dans les camps palestiniens