Architecture Traditionnelle Libanaise

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Architecture Traditionnelle Libanaise


Réalisation : CORPUS Levant CORPUS Levant est un consortium entre : Ecole d’Avignon Ministère de la Culture / Direction Générale des Antiquités - Liban Directiorate General of Antiquities and Museums of Syria Col·legi d’Aparelladors i Arquitectes Tècnics de Barcelona Avec le soutien de : Commission Européenne MEDA - EUROMED HERITAGE

Equipe Liban : Direction : Frédéric Husseini Coordination : Yasmine Makaroun Bouassaf, Anne-Marie Maïla Afeiche, Khaled Rifai Collaborateurs : May Davie, Michel Daoud, Antoine Fischfisch, Oussama Kallab Equipe France : Direction : Gilles Nourissier Coordination : Christophe Graz Collaborateurs : Jean-Jacques Algros, Amparo Aliena, Jean-Yves Ginel, Kinda Labat, Laurent Labat, Nathalie Lyotard, Patrice Morot-Sir Equipe Espagne : Direction : Xavier Casanovas Coordination : Ramon Graus, Joan Casanovas Collaborateurs : Montse Villaverde

Photographies et illustrations : Equipe CORPUS Levant Aquarelles : Michel Daoud Dessin Graphique : LM,DG : Lluís Mestres / Stella Moreno Impression : LEOGRAVURE, Beyrouth

Site web : www.meda-corpus.net © 2004, Ecole d’Avignon par l’Equipe CORPUS Levant 6, rue Grivolas – 84000 Avignon, France ISBN : Les auteurs vous encouragent à la reproduction de cet ouvrage et à la diffusion de son contenu, en citant son origine. Ce projet est financé par le programme MEDA de l’Union européenne. Les opinions exprimées dans le présent document ne reflètent pas nécessairement la position de l’Union européenne ou de ses Etats membres. Remerciements : A chaque une des familles libanaises qui, avec sa générosité, a permis de rendre cet hommage à l’architecture traditionnelle du Liban.

Photo couverture : Deir el Qamar


Commission Européenne MEDA - EUROMED HERITAGE

CORPUS Levant

Architecture Traditionnelle Libanaise

QÉKBÓd áeÉ©dG ájôjóŸG

Ministère de la Culture / Direction Générale des Antiquités - Liban

Direction Générale des Antiquités

Ecole d’Avignon

Col·legi d’Aparelladors i Arquitectes Tècnics de Barcelona

Nous remercions pour leur généreuse contribution : Le Ministère Français de la Culture et de la Communication La région Provence Alpes Côte d’Azur (PACA) L’Association Française des Volontaires du Progrès (AFVP) L’Institut Français du Proche-Orient (IFPO) et pour leur précieuse coopération : Le Centre de Restauration et de Conservation des Monuments et des Sites de l’Université Libanaise à Tripoli (CRC) L’Association de Protection et de Sauvegarde des Anciennes Demeures (APSAD) L’Académie Libanaise des Beaux-Arts (ALBA) La Lebanese American University (LAU)



Le programme Corpus Levant achève avec cet ouvrage le tour du bassin méditerranéen. Liban et Syrie, « l’autre rive » originelle et variée, contribue à donner à l’Espace Méditerranéen, tel qu’il se révèle au fil des jours, une véritable identité et une existence physique visibles à travers l’architecture traditionnelle de chacun des pays riverains. Des traverses, ponts et liens, sont aujourd’hui à conforter dans un monde en proie aux mouvements de replis identitaires et communautaires. L’architecture vernaculaire en fait partie. Elle est le témoin de l’histoire économique, sociale, culturelle du bassin commun. Elle est en même temps, pour chacun des pays actuels qui le composent, le patrimoine hérité, la conscience matérielle ; pas si éloignée et encore plus vivante, plus douloureuse sera sa perte. La protection de ce patrimoine là est des plus difficiles. Souvent vidé de ses fonctions originelles à cause des transformations des modes de vie, il se prête mal au « recyclage » ou même à la muséification. Ces architectures qualifiées de « mineures » ne bénéficient pas souvent des égards dus à leurs grandes sœurs spectaculaires et monumentales. Il s’agissait avant tout de connaître, et faire (re)connaître l’architecture traditionnelle, de découvrir l’éventail existant réparti dans le paysage profond, mais aussi et surtout de diffuser les moyens techniques de sa rénovation grâce à une collecte des arts de bâtir traditionnels sans lesquels elle ne peut perdurer.

Frédéric Husseini Directeur Général des Antiquités


Introduction Cet ouvrage est le fruit du réseau CORPUS LEVANT, qui s’inscrit dans le programme Euromed Heritage (1), au sein de l’espace MEDA (2). Il complète et prolonge pour le Liban et la Syrie le travail déjà réalisé avec 13 pays méditerranéens dans CORPUS (3), qui avait produit une base de données sur le bâti ancien, disponible sur Internet, www.meda-corpus.net, et un livre, « Architecture traditionnelle méditerranéenne ».

Complète, car l’étude à l’échelle du bassin présente désormais un front continu sur sa rive orientale. Prolonge, puisque la langue arabe fait son apparition dans l’ensemble des documents, mais surtout en introduisant, en continuité du travail de recherche, des outils plus opérationnels : deux expositions de sensibilisation pour le grand public destinées à circuler à travers les territoires libanais et syrien ; un manuel pour l’entretien et la réhabilitation de l’architecture traditionnelle, destiné à guider les habitants candidats aux travaux, les hommes de métiers et les architectes.

Depuis une quarantaine d’années, le parc bâti ancien connaît un processus accéléré d’homogénéisation dont l’effet est la disparition progressive de tous les particularismes qui ont présidé à son édification. C’est pourquoi la maison dans le village ou dans la ville, ses racines, sa permanence et ses formes actuelles : l’art d’habiter en Méditerranée est à nouveau notre sujet. Avec ses caractéristiques fortes : architecture traditionnelle courante, domestique, préindustrielle par sa stratégie constructive, presque toujours produite par des hommes de métier et non par des architectes; constituée de pratiques locales, tant pour les matériaux que pour les compétences ; aux formes et technologies ancestrales.

CORPUS LEVANT ajoute par conséquent, pour ses deux pays à la base existante la description des typologies architecturales, de sites représentatifs et des arts de bâtir. Et, pour sortir de la stricte connaissance consignée et organisée dans le CD-rom et le site Internet, ce nouveau projet se tourne vers l’opérationnel en proposant un manuel de réhabilitation. Un manuel qui nourrit ce livret de présentation et de sensibilisation avec une soixantaine de fiches techniques, réponses simples et illustrées à des problèmes concrets, qui aident le praticien à mieux entretenir ce « patrimoine sans papiers ». Notre objectif : une réhabilitation positive, qui préserve, adapte et améliore, sans dénaturer ni détruire.

Gilles Nourissier

Coordinateur du réseau CORPUS Levant

(1) EUROMED HERITAGE est le premier programme culturel du partenariat euro-méditerranéen, avec pour ambition d’explorer les champs couverts par une notion extensive du patrimoine. Le patrimoine est pris en compte à travers ses aspects identitaires comme à travers son poids économique en tant que secteur d’activité et de richesses en croissance.

(2) MEDA est un espace, les pays riverains de la Méditerranée et ceux de l’Union Européenne, qui génère un bouquet de programmes opérationnels. MEDA est l’instrument d’une initiative ambitieuse visant à créer des liens durables et solidaires entre les riverains du nord, du sud et de l’est de la Méditerranée.

(3) CORPUS est un sigle qui signifie : COnstruction - Réhabilitation - Patrimoine - USage. Derrière cette formule on rappelle qu’on traite des arts de bâtir, de l’architecture existante et dégradée, de sa valeur culturelle et d’ancienneté, de son caractère utile et habité. C’est aussi un acronyme et un nom commun qui désigne en particulier (dictionnaire Larousse) : « ensemble de textes, de documents fournis par une tradition ou rassemblés pour une étude ».


Architecture Traditionnelle Libanaise Préface Introduction Sommaire

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Le territoire et l’habitat Le relief et le climat La population La formation du territoire La morphologie urbaine La renouveau urbanistique Le syncrétisme méditerranéen Une maison, un symbole

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Typologie des demeures traditionnelles au Liban L’histoire Les modèles fondamentaux : classification et morphologie La maison élémentaire La maison à iwan La maison à riwaq La maison à cour L’abri de berger L’habitat troglodytique La tente du nomade La maison aux trois arcs Les processus de transformation

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Les arts de bâtir, les techniques et les hommes La structure verticale, les murs Les murs de pierre Les murs de terre crue Les murs à ossature bois Les baies et les arcs Le revêtement des murs : enduits et badigeons Les enduits Les badigeons La structure horizontale de franchissement Les planchers Les voûtes Les coupoles Les charpentes La couverture Les toitures plates Les toitures en pente Les processus de transformation

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Le cadre législatif Le domaine de la protection Les procédures de protection L’inscription à l’inventaire La procédure du classement Les aides financières Cas de constructions traditionnelles (historiques) non protégées par inscription ou par classement Les procédures d’interventions L’autorisation d’intervention sur un bâti non protégé L’autorisation d’intervention sur un bâti protégé Les aides financières L’indemnisation L’évolution de la législation Les procédures de protection L’indemnisation Exemples d’opérations de réhabilitation Un exemple d’opération de réhabilitation : le quartier el-Qalaa à Baalbeck Un exemple de restauration : le Souk de Batroun

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Le diagnostic comme étape préalable à toute intervention de réhabilitation ou d’entretien Le prédiagnostic Les études pluridisciplinaires L’étude historique et documentaire L’étude socio-économique Le relevé graphique - Le relevé architectural - Le relevé des désordres - Le relevé des matériaux utilisés et les techniques de leur mise en œuvre - Le relevé des différentes installations - Le relevé des abords de la maison L’inspection des désordres dans le bâtiment L’analyse constructive et structurelle - Essais in situ - Essais en laboratoire - Les outils d’inspection Le diagnostic

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L’entretien périodique, la seule garantie pour la maison traditionnelle La nécessité de l’entretien L’entretien aujourd’hui Le rôle du propriétaire Le guide de maintenance L’entretien préventif Les différents niveaux d’entretien Le bon usage La maintenance La réparation La rénovation

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Bibliographie sélective

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Ehden

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Le territoire et l’habitat

Des vestiges archéologiques et des monuments historiques parsèment le territoire du Liban. Ils sont d’une valeur exceptionnelle du point de vue de l’histoire, de l‘art et de la science, témoignant des civilisations qui se sont succédées sur son sol depuis l’Âge du Bronze, du temps des Cananéens, jusqu’à l’aube du XXe siècle, sous les Ottomans. L’habitat traditionnel, sans être spectaculaire, est une autre expression de la culture. Utilisé en l’état ou réadapté, il est toujours fonctionnel et a valeur d’usage, jouant un rôle vivant dans les cadres urbains et ruraux contemporains. Il est aussi porteur de témoignages sur les pratiques sociales comme sur les savoir-faire anciens, et sert de source d’inspiration à la formation des professions et des artisanats et à l’invention de nouvelles formes spatiales. Aborder ce patrimoine vivant, c’est trouver un équilibre entre le désir de le protéger et sa nécessaire transformation au rythme du temps qui passe. Le pari est de maintenir les pratiques sociales et de conforter sa valeur d’usage, tout en l’intégrant aux schémas d’aménagement. Le Liban conserve un parc important de demeures patrimoniales, allant des plus classiques aux plus vernaculaires et des plus somptueuses aux plus modestes. Si certaines remontent au XVIIe siècle, d’autres, les plus nombreuses, datent du XIXe. Elles témoignent toutes du mode et du rythme de vie des hommes qui ont vécu sur son sol, tant dans les villes du littoral que dans le Mont Liban et dans la plaine intérieure de la Békaa.

Le relief et le climat Le territoire libanais s'étend sur quelque 120 km le long de la côte orientale de la Méditerranée. Il est formé de deux chaînes de montagnes parallèles, le Mont Liban et l’Anti Liban séparés par la plaine de la Békaa, et d'une plaine littorale très peu large, sauf dans le Akkar, au nord du pays. Le point culminant dépasse 3.000 m dans le Mont Liban, tandis que la

Régions géographiques du Liban

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Le territoire et l’habitat

Békaa culmine à 1.000 m. Ce territoire a connu des établissements humains successifs depuis le Paléolithique. Le Liban bénéficie partout d'un climat méditerranéen, avec des variantes plus froides et humides en montagne à partir de 1.000 m, et steppiques dans la partie nord de la Békaa. Sa végétation naturelle est donc typiquement méditerranéenne, constituée principalement de pins, de cèdres et de chênes kermès. On y cultive l’olivier, l’amandier, le figuier, le pommier, le caroubier, le mûrier et toutes sortes d’agrumes. Le pays est majoritairement constitué de séries calcaires, marno-calcaires ou marneuses. Quelques épandages de basalte couvrent le Akkar. Du grès dunaire complète cette variété géologique. Tripoli

La population Une diversité humaine caractérise ce pays qui a vécu, depuis l’Antiquité, au sein des grands Empires qui ont gouverné le bassin oriental de la Méditerranée. Ses villes, par définition cosmopolites, jalonnaient les routes commerciales et militaires qui reliaient l’Asie à l’Europe et à l’Afrique. Elles ont vu se succéder toutes les puissances en mouvement, peuples vainqueurs et vaincus (Égyptiens, Assyriens, Grecs, Romains, Byzantins, Arabes, Latins, Mamelouks et Ottomans), armées, caravaniers, pèlerins, négociants et artisans en tout genre et de religions et de cultures différentes. Matn

Sud Liban

Tripoli

Békaa

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Des groupes ethniques variés ont donc habité le pays, et l'habitent aujourd'hui encore. Certains sont d'origine arabe ou ont été arabisés par le poids de l'histoire. D'autres sont d'intégration récente et gardent toujours les traits spécifiques de leur provenance : Kurdes, Arméniens, Grecs, Maltais, Italiens, Français, Russes, etc. Mouvements, brassages et échanges caractérisent donc l’identité de la population du Liban, qui compte aujourd'hui plus de 3 millions d'habitants. Mais ce pays d’accueil est aussi un pays d’émigration et sa diaspora se compte aujourd’hui en millions.


La formation du territoire Pour comprendre la formation historique du territoire national, la logique de son peuplement et la physionomie actuelle de ses établissements humains, il faut remonter à l'aube du XVIIIe siècle. À cette date, l'Empire ottoman s’ouvre au capitalisme européen, entraînant le transfert des flux marchands majeurs organisés autour des villes intérieures d’Alep et de Damas vers la côte méditerranéenne. Cette littoralisation entraîne la croissance démographique et le développement économique des vieilles Échelles du Levant, Tripoli, Saïda et Akkar en l'occurrence. Ces villes portuaires deviennent d’importants centres d'échanges, des relais des capitales continentales pour le commerce transméditerranéen. Au XIXe siècle, nommée capitale de province ottomane, Beyrouth s'empare à son tour de ce rôle. Troisième site portuaire de la Méditerranée orientale après Alexandrie et Izmir, elle s’ouvre au monde de la Méditerranée et devient le port et la porte de Jérusalem et surtout de Damas avec laquelle elle est maintenant reliée par une route carrossable.

Pendant ce temps, le Mont Liban est à son tour érigé en province autonome, avec le bourg de Baabda comme capitale. Il en résulte une redéfinition du rôle politique et économique et de la hiérarchie des chefs-lieux de ses circonscriptions. En 1920, sous le Mandat français, à ce territoire sont annexés le Akkar, la Békaa et l'Anti Liban, de même que le Sud Liban et les villes côtières de Tripoli, de Saïda et de Beyrouth, le tout constituant l'assise territoriale de la République libanaise. Une population aux origines variées et formant une société métissée, entremêlée et bien levantine donne ainsi à ce pays son identité dominante.

Le territoire et l’habitat

Le patrimoine architectural témoigne de ces courants variés qui se sont croisés sur ce qui constitue aujourd'hui le territoire libanais. Il participe d'un syncrétisme d'influences artistiques et culturelles diverses, tant orientales que d'outreMéditerranée, image des cultures urbaines du XIXe siècle qui ont éclos dans les grandes villes côtières de la Méditerranée orientale : Thessalonique, Istanbul, Izmir, Alexandrie...

La morphologie urbaine Jusqu'en 1870 environ, les cités et les bourgs côtiers entre Halba au nord et Tyr au sud avaient l'aspect de ce qu'il est convenu d'appeler une « ville arabo-ottomane »: un ensemble organique et pittoresque d'habitations aux terrasses plates, traversé par un réseau de ruelles et d'impasses sinueuses, et comprenant des édifices caractéristiques, tels que sérail, mosquées et lieux de culte des minorités. Quelques voies principales composaient l'armature de ce système. Elles reliaient les bâtiments importants entre eux et, grâce aux portes, s'ouvraient aux routes du monde extérieur. Les villes importantes étaient en outre remparées et flanquées de tours de garde et de casernes. La citadelle où résidait le gouverneur ottoman jouait le rôle d'une place

Beyrouth (Le Monde illustré, 1860)

Une restructuration des pouvoirs s'ensuit, de même qu'un autre maillage administratif du territoire. Une hiérarchie urbaine différente de l'ancienne prend place, organisée autour de cette métropole émergente. Carrefour de marchandises et de capitaux, mais aussi de personnes et d’idées, Beyrouth se transforme encore en un centre culturel à rayonnement régional, un des principaux foyers de la Nahda, la Renaissance arabe. Il faut cependant attendre les années 1880 pour observer dans le paysage les conséquences matérielles de ce décollage. Au plan strictement urbanistique, son emprise va s’étendre entre Mersine et Haïfa.

forte et celui de siège de l’administration urbaine. Sur les entours de ces villes, des hameaux et des habitations isolées de métayers occupaient la campagne agricole. Dans le Mont Liban et dans le Hermon, les quelques bourgs remarquables étaient des sièges du pouvoir féodal ou des carrefours routiers et de foire : Kobeyat, Kousba, Salima, Deir el Qamar ou Hasbaya par exemple. Leur morphologie n'était pas fondamentalement différente de celle des villes de la côte. Accrochés aux flancs de la montagne, ces bourgs conservaient cependant une physionomie particulière, le mode d'établissement devant de

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Le territoire et l’habitat

manière générale s'adapter au relief et aussi à un climat et à des matériaux de construction différents. Contrairement aux villes côtières, ces bourgs n'étaient pas remparés. Les seigneurs des lieux résidaient dans des citadelles-palais aux dimensions surproportionnées et organisées autour de cours. Les villages de moindre importance ne comprenaient pas ce genre de dispositifs et l'occupation était généralement plus aérée. Souvent nichés dans des forêts de pins parasols ou entourés par des terrasses de culture, ces bourgs et ces villages aux maisons de pierre se fondaient dans leur milieu vivant au rythme de la nature et de l’époque. Dans ces ensembles ruraux, un riche patrimoine architectural et culturel survit jusqu’à nos jours. Dans la Békaa, à la même époque, on ne note pas de villes de taille ou de rayonnement régional importants. Hormis quelques bourgs d'un intérêt secondaire et des oasis (Qaa, Baalbeck, Ras Baalbeck, Zahleh), la plaine était essentiellement affectée aux parcours de pâturage de nomades.

Le renouveau urbanistique

Plan de Beyrouth vers 1912 et photo aérienne actuelle

Durant le dernier quart du XIXe siècle, les villes du littoral commencent à se transformer, par suite d'une accélération des flux marchands et des échanges culturels avec l'Europe, de l'arrivée de nouvelles et très diverses populations, et de l'adoption d'un mode de vie différent. À ces contacts directs avec l’Europe, s’ajoute une politique d’occidentalisation induite par la capitale de l’Empire, Istanbul. Dans le même temps, un programme de réformes politiques est édicté par la Sublime Porte. Un des résultats est la promulgation de règlements urbanistiques et d'une loi sur le bâti, et l'adoption de schémas d'aménagement. La planification naît à ce moment et prend la relève des modes anciens et spontanés de peuplement. Et les villes changent de rythme et de mode d’extension. À l’origine serrées ou fermées, elles mutent rapidement en des agglomérations ouvertes sur la campagne environnante. Dès lors, deux morphologies différentes se présentent : au tissu imbriqué des cœurs des cités traditionnelles s'opposent les extensions récentes aérées, au tracé régulier et à l'architecture innovante. Transformées en centre ville des nouvelles agglomérations, les noyaux urbains anciens se sont densifiés par un mouvement de construction des surfaces libres (cours et jardins), d’élévation en hauteur ou de simples rénovations. Le résultat fut une imbrication à l’extrême des bâtiments et la transformation graduelle des édifices résidentiels en lieux de travail. Les zones extérieures furent, elles, sujettes à une dynamique de peuplement différente, donnant naissance à des faubourgsjardins et à un mitage progressif de la campagne agricole. À côté des constructions rurales anciennes et des maisons à cour construites dans cette zone, une architecture domestique d'un genre différent prit corps, qui intégra des configurations préexistantes à des traits de création récente.

Le syncrétisme méditerranéen

Vue aérienne de Saïda vers la fin du XIXe siècle et projet d’aménagement de la ligne côtière

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L’archétype de cet habitat récent est une structure à hall central, portant une baie frontale en arcs et un toit de


Le territoire et l’habitat

tuiles de Marseille. Une convergence d'influences semble en avoir favorisé l'élaboration. Reprenant, tout en les réinterprétant, des éléments caractéristiques des deux rives de la Méditerranée, elle apparaît comme un pur produit du métissage méditerranéen qui a caractérisé le Levant à cette époque. C'est à Beyrouth, capitale cosmopolite, que s'est forgé ce renouveau de l’art du construire et de l’habiter. Par la fréquence des spécimens construits et conservés à ce jour et par le nombre des variantes observées, ce modèle singularise en effet et tout d’abord cette ville. Par effet de mode, il allait ensuite conquérir les villes voisines et se répandre largement dans les bourgs de la montagne. Intimement lié à l’émergence de cette ville comme métropole, ce modèle s’y est lentement élaboré, pour s'imposer au paysage urbain et constituer un archétype. Il y est significatif d’un nouveau type de société. La reformulation de l’architecture s’explique en effet par l’émergence d’une classe importante de bourgeois, influencée par les normes et les valeurs de l’Europe. Le toit de tuiles de Marseille était sans doute le moyen d’exprimer, à sa manière, cet engouement. C’est sans compter un effet de mimétisme : exhiber des arcades, autrefois l’apanage des riches et des féodaux, c’était mettre en scène une appartenance à une classe sociale différente. Dans le Mont Liban comme dans la Békaa et sur le Hermon, les bourgs récemment élevés à un rang administratif et ceux situés sur des voies stratégiques se sont développés. Des souks y furent en outre construits, à Beino, Douma, Broummana, Zahleh, Baalbeck, Rachaya et Marjeyoun, par exemple. Édifiée ex nihilo ou en adaptant une ancienne construction, la maison au toit de tuiles rouges exprimait dans ces bourgs le rang de la bourgeoisie montante. Dans les villages de moindre importance, on note aussi quelques transformations, en raison essentiellement des retours d'émigrés qui se saisissent du même modèle pour se démarquer du reste de la population.

Douma

Zahlé

Une maison, un symbole S’étant répandue partout, à Beyrouth et jusqu'aux marges de sa sphère d'influence, la maison à hall central, aux trois arcs et au toit de tuiles rouges s’ajouta aux signes urbains militaires et religieux antérieurs, tels que tours, minarets et clochers. Elle se présenta comme un nouveau trait d’union entre les différentes régions du Levant. Il reste que le symbole premier de cette habitation est le triple arc de sa façade, un schéma décoratif qui a différencié ce modèle spécifique au littoral des autres maisons à hall central qui apparurent dans l’ensemble de la région du temps de l'Empire ottoman. Par sa taille, sa couleur et sa forme particulière, cette maison marque fortement, aujourd'hui encore, les paysages au Liban. Elle n'a certes pas complètement éliminé les constructions plus anciennes, dont beaucoup survivent de nos jours. Mais elle fut la première à être honorée de l'appellation « maison libanaise » et à acquérir une valeur patrimoniale, et ce dans les années 1960.

Beyrouth

Beyrouth

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Deir el Qamar (Le Monde illustrĂŠ, 1860)

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Typologie des demeures traditionnelles au Liban

Deux grandes « familles » d'habitations caractérisent les paysages urbains et ruraux du Liban. Elles participent de deux logiques résidentielles différentes. - Les unités à habitation qui intègrent des espaces extérieurs (cour, enclos, terrasse, surface dégagée) avec lesquels elles fonctionnent en totale symbiose en termes d’utilisation domestiques, de circulation et d’usages sociaux. Elles sont constituées d'un ou de plusieurs corps de logis associés à des espaces à ciel ouvert. L’habitat le plus caractéristique de cette famille est la maison à cour. Mais on peut mentionner encore la maison élémentaire et la maison à iwan ou à riwaq par exemple, toutes installées sur une terrasse ou dans un champs où se pratique une grande partie de la vie domestique. - Les unités résidentielles « compactes », des maisonsblocs où l'espace habité est entièrement construit, l'activité domestique s'effectuant à l'intérieur. Les espaces ouverts (balcon, jardin, arrière-cour...) qui peuvent y être associés ne jouent pas des rôles fondamentaux. L’archétype de cette famille d’habitations est la maison à hall central. Dans les paysages urbains et ruraux du Liban, les deux cas d'espèces se lisent, ainsi qu'une gamme de formules intermédiaires et de nombreuses variantes. Toutefois, peu de maisons traditionnelles survivent dans leur état originel, encore que la plupart d’entre elles fut modifiée plus d'une fois.

maison ottomane moderne ayant intégré des structures préexistantes. C’est en effet l’habitat centré qui a essentiellement guidé les choix, quelle que soit la période. C'est pourquoi des modèles composites se rencontrent en abondance. Ils combinent des éléments des deux genres, intégrés, réinterprétés ou superposés, et sont aujourd'hui, dans la majorité des cas, eux-mêmes modifiés de fond en comble. Ces modèles composites participent néanmoins de la deuxième logique résidentielle. La grande révolution qui est intervenue dans l'organisation de l'espace domestique au Liban, c'est lorsqu'on introduisit, après la Seconde Guerre mondiale, des plans avec une nette séparation entre jour et nuit. Le plan centré de la maison traditionnelle a quand même perduré dans de nombreuses habitations et même dans des immeubles au style international des années 1960. Ce qui a sonné le glas des anciens types de constructions fut la disparition des arcs, conséquence de l'introduction du béton. Ce qui a permis l'élaboration d'autres types d’ouvertures dans les façades.

Les modèles fondamentaux : classification et morphologie Huit types principaux caractérisent les unités résidentielles qui intègrent des espaces extérieurs dans leur fonctionnement.

L’histoire Jusqu'à la moitié du XIXe siècle environ, les habitations de la première famille étaient les plus fréquentes, mais les spécimens qui ont survécu en l'état sont rares. La plupart a été détruite, sinon transformée de fond en comble, par remplissage des espaces ouverts, ajout d'étages et obturations de toutes sortes. Les origines de certaines de ces maisons sont très lointaines : des spécimens de la maison à cour remontant au IIe millénaire sont attestés en Mésopotamie, en Syrie et en Palestine ; des spécimens de la maison élémentaire à poteaux, datés de l’Âge du Bronze, ont été trouvés à Jbeil (Byblos). Le second genre d’habitations prit corps durant la deuxième moitié du XIXe siècle. Il est représentatif de la modernité ottomane. Durant le mandat français, plus précisément dans les années 1940, il a passé de mode. Comme dans le cas précédent, la plus grande partie des exemplaires de ce genre d'habitation a été transformée par une restructuration intérieure et extérieure, et souvent par des ajouts d'étages. Le schéma centré sur une salle est lui aussi très ancien. De toute apparence, il remonte au IIe millénaire. Mais la filiation entre ces maisons et l’archétype ottoman qui est apparu au XIXe siècle n’est pas claire, et il serait plus judicieux de parler de réintroduction. Ces deux logiques constructives fondamentales ne traduisent cependant pas des phénomènes culturels radicalement différents. Une continuité de la répartition et de l’utilisation des espaces domestiques a été notée, la

Choueir

- La maison élémentaire Cette typologie est appelée bayt en arabe. Elle existe au Liban sous deux variantes : La maison monocellulaire qui se présente comme un bloc parallélépipède bas, constitué d’une grande pièce d’habitation fermée sur l’extérieur et construite d’un seul tenant. Selon sa dimension et le lieu de son implantation, cette maison au plan rectangulaire comporte des poteaux comme à Boueida par exemple, des piliers comme dans les pays de Jbeil et de Batroun, des arcades entrevues à Qaouzah. Dans certains cas, elle comprend aussi des voûtes. La maison monocellulaire est une structure constituée. Elle ne peut s’agrandir en l’état. Elle appartient au monde rural. On la rencontre habituellement en spécimen individuel sur la côte, comme en montagne et dans la Békaa. C’est l’habitation des gens humbles.

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Typologie des demeures traditionnelles au Liban

Elle comporte généralement une petite porte unique donnant sur l’espace extérieur, généralement une terrasse ou un enclos. Ses fenêtres sont de dimension réduite. Des objets mobiles (armoires, rideaux) dressés entre les piliers ou les poteaux subdivisent son espace intérieur et en déterminent les usages (se réchauffer, s’abriter, abriter les animaux domestiques...). La maison pluricellulaire est composée d’une ou de plusieurs pièces d’habitation généralement cubiques, et alignées ou superposées et quelques fois décalées. Ces pièces s’ouvrent chacune sur l’extérieur. Elles communiquent rarement entre elles. Cette construction peut se développer à volonté, en surface comme en hauteur : c’est un système ouvert et spontané. Elle appartient surtout au monde rural, mais on la trouve encore dans les agglomérations, groupée à d’autres typologies. C’est la maison des pauvres et des humbles. Sa fonction est triple : logis, atelier et abri pour les bêtes. Sa morphologie varie selon les milieux et les matériaux. D’où les formes suivantes : la maison basse et en terre de la Békaa ; la maison linéaire et en pierre de la montagne et des faubourgs urbains ; la maison-tour en pierre du métayer dans les banlieues agricoles des villes, comme à Sin el Fil et à Hazmieh ; l’immeuble collectif divisé en chambres de louage dans le cœur historique des agglomérations urbaines. - La maison à iwan La maison à iwan est désignée aussi par bayt. C’est une structure tripartite, composée de deux pièces d’habitation qui flanquent une pièce centrale ouverte sur l’extérieur par une grande arcade appelée iwan. Un vestibule remplace quelquefois la pièce centrale. Les pièces latérales s’ouvrent sur ce iwan qui sert d’espace de distribution. La maison à iwan est typique du monde rural où elle est habituellement disposée en spécimen individuel sur une terrasse ou dans un champs. C’est une maison polyvalente, servant à la fois de logis, de local artisanal et de stockage. Elle peut aussi servir d’abri pour les animaux domestiques, grâce à la présence du iwan. - La maison à riwaq Elle est constituée de plusieurs pièces alignées ou décalées et associées à un riwaq ou galerie d’arcades. Le riwaq occupe toute la façade. Sinon, il est installé sur un angle. Dans certains cas, il flanque la pièce centrale.

La maison à riwaq est observée partout au Liban, dans la montagne comme sur le littoral. Elle est soit implantée en spécimen individuel soit groupée à d’autres typologies. Cette habitation est monofonctionnelle. Elle sert principalement de logis, le riwaq traduisant une certaine aisance au plan matériel de la famille qui l’occupe. - La maison à cour Cette maison est constituée de pièces adjacentes bordant les côtés d’une cour aménagée comprenant souvent un bassin. Cette habitation comprend un corps de logis principal, comportant habituellement un iwan, comme à Saïda et à Tripoli, ou un riwaq, comme à Sour. Le iwan (ou le riwaq) donne sur la cour. Il est flanqué d’une pièce arrière et de deux pièces symétriques latérales, appelées mourabbat. D’autres corps de logis peuvent occuper les autres côtés de la cour. L’étage, peut comporter des pièces supplémentaires. Ce schéma est localement dit Tarz chami , ou modèle syrien, en référence à la Grande Syrie géographique où a historiquement prédominé la maison à cour. Cette maison à cour est appelée dar. C’est la maison patricienne par excellence des villes côtières et des bourgs de la montagne. Elle porte toujours le patronyme d’un lignage. Certains spécimens associent iwan et riwaq. Dans les riches demeures, la maison est dotée d’une salle de réception, en forme de T renversé et décorée à la manière de Damas. Cette salle est appelée qaat. Certains spécimens comprennent deux cours. Ce type d’habitat est apte à s’agrandir. C’est un système ouvert. Il se développe par exemple en harat ou en hawch. Ceux-ci sont formés de plusieurs corps de logis entourant la cour et habités par des familles parentes ou de même origine géographique. Ce type d’habitat est donc en I, en L, en U ou en O selon le nombre de côtés occupés de la cour. De manière générale, la maison à cour est implantée dans un zouqaq, une impasse privative. Mais on les trouve encore installée à même le souk, sur ou derrière les boutiques. - L’abri du berger C’est un habitat saisonnier, composé de pièces de forme ronde, recouvertes de branchages et d’épineux. Ces pièces accolées ou espacées forment un ensemble associé à un enclos, comprenant une bergerie. Cet habitat se trouve surtout en haute montagne dans les zones de pâturage, principalement au Hermel, au nord de la Békaa. - L’habitat troglodytique Il ne s’agit pas d’une habitation à proprement parler, mais d’un refuge, d’un abri ou d’un ermitage construit à l’intérieur des cavernes de la montagne libanaise. - La tente du nomade Une tente en poils de chèvre, de grande dimension constitue l’élément de base d’un campement de nomades. Ces derniers appartiennent à un lignage patriarcal et nomadisent dans la plaine de la Békaa ou pratiquent la transhumance dans les hauteurs du Mont Liban et de l’Anti Liban.

Beyrouth (Le tour du monde, 1882)

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- La maison aux trois arcs C’est une habitation de forme généralement cubique, à un ou deux étages et portant un toit de tuiles de Marseille.


Beyrouth

L’archétype est habituellement installé dans un jardin privatif. Il est composé de plusieurs pièces agencées symétriquement sur trois côtés d’une grande salle centrale portant une triple arcade vitrée donnant sur un étroit balcon. C’est le salon, appelé dar. La maison aux trois arcs est un modèle constitué. Il ne peut se développer en l’état, ni en surface ni en hauteur. À l’arrière de la salle centrale se trouve une pièce caractéristique : le liwan. Celui-ci est généralement construit en saillie, pour avantager l’aération et la lumière. L’originalité de cette habitation par rapport aux modèles qui l’ont précédée est l’intégration d’une salle de bain, le hammam. La maison aux trois arcs est l’habitat type des familles bourgeoises des villes et des bourgs de la montagne de la fin du XIXe et du début du XXe siècles ottomans. Elle est appelée bayt, un terme généralement associé au nom d’un lignage urbain. Les versions monumentales sont des qasr, ou palais. La nouvelle loi ottomane du bâti a régularisé les gabarits de ce modèle qui a été adopté dans une version concise par la petite bourgeoisie, et dans des versions plus complexes par la moyenne et la haute bourgeoisie, avec murs et plafonds décorés de peintures, et boiserie, fer forgé et vitrerie aux modules standardisés grâce à l’industrialisation des métiers. Mais l’aristocratie urbaine l’a surchargée de décorations intérieures en stuc, de colonnes, de galeries, et d'autres décors extérieurs excentriques d’inspiration baroque, gothique ou mauresque : loggias, kiosques, tours d’angle... Les spécimens à quatre étages sont appelé harat, et ceux qui comprennent deux appartements par étage, wikalat. Certains spécimens ont par ailleurs un plan en T ou en croix : ils gardent une organisation symétrique et une distribution axiale.

Les processus de transformation Les spécimens de ces typologies qui nous sont parvenus en l’état sont excessivement rares. Ils ont tous été transformés lentement, naturellement et d’une manière ou d’une autre, selon les besoins ponctuels des habitants. On peut toutefois identifier deux grands moments de changement essentiels : la deuxième moitié du XIXe siècle, le temps des réformes ottomanes ou tanzimat ; et les décennies 1950-60, au moment de l’introduction du Mouvement moderne au Liban.

Typologie des demeures traditionnelles au Liban

Durant la première période, les maisons traditionnelles ont commencé à se transformer de l’intérieur comme de l’extérieur, pour s’adapter au nouveau mode de vie et de l’habiter : utilisation de meubles de type européen, intégration de salles à manger et de salles de bains, éclairage électrique, cellule familiale et non plus lignage patriarcal... Dans les villes, les maisons devaient encore se plier aux nouveaux règlements de l’urbanisme ottoman et s’adapter aux percées effectuées par les municipalités, elles mêmes de création récente. La maison à hall central s’est alors lentement élaborée; elle devint le modèle à la mode. Dans les cœurs historiques des agglomérations, les maisons à cour furent invariablement surélevées d’un étage au moins, et les cours souvent recouvertes pour former un salon. Ce modèle fit également son apparition dans les villages, où les types anciens furent appelés à muter tout en l’imitant. Des maisons à iwan ou de simples maisons champêtres se sont alors agrandies en surface de manière à former un hall central classique, en T ou en croix. Mais le schéma centré des habitations a perduré, répondant sans doute à des contraintes sociales encore lourdes. Dans les années 1950, l’introduction du Mouvement moderne au Liban inaugure la deuxième grande période de changement. Avec ses principes de tabula rasa historique, son style international, ses nouveaux matériaux de construction et ses modes de transport, il fut nocif tant au plan de l’esthétique architecturale et urbaine qu’à celui de l’organisation de la maisonnée.

Baakline

Tous les types de demeures patrimoniales en subirent les conséquences et spécialement l’élégante maison à hall central, qui avait entre-temps évolué en la maison du mandat, son héritière aux décors Style nouveau et Art déco et aux couleurs chatoyantes. Obturation des ouvertures, ajouts d’étages sans style et divisions intérieures sans respect du cadre ancien, adjonction de garages et construction d’annexes de toutes sortes en parpaings de béton dans les espaces libres des maisons, construction d’immeubles modernes dans les jardins : autant d’opérations qui ont fini par briser l’harmonie volumétrique des agglomérations et le paysage naturel de la montagne au Liban. L'absence de politique patrimoniale publique et de réglementation de sauvegarde de l’architecture domestique fit le reste. La menace de disparition du riche patrimoine architectural du Liban est toujours d'actualité.

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Typologie des demeures traditionnelles au Liban

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L’abri du berger

Troglodyte

La tente du nomade

La maison élémentaire


Typologie des demeures traditionnelles au Liban

La maison à iwan

La maison à riwaq

La maison à cour

La maison aux trois arcs

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El - Qaouzah

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Les arts de bâtir, les techniques et les hommes

Pays de la pierre par excellence, le Liban n’a que peu exploité dans son architecture l’utilisation de la terre et du bois pourtant abondant sur son territoire. Les arts de la taille de pierre sont développés : les diversités locales exploitent largement les possibilités des matériaux à disposition, tant sur le plan technique que sur le plan esthétique ou même artistique… Le noir du basalte, le gris, l’ocre, le jaune ou le blanc du calcaire, l’ocre jaunâtre du grès : autant de couleurs qui ajoutent au parement de pierre sa touche de variété d’appartenance géographique et de vibration visuelle. Les techniques de la pierre, restent très bien assimilées par les artisans, dénotent d’un savoir faire solidement ancré dans l’histoire du bâti traditionnel local, qui apparaît à différents niveau : angles, linteaux et encadrements ouvragés, arcades, corniches, etc. Les techniques de la pierre taillée au Liban ont toujours été transmises de père en fils et la coupure imposée par la guerre n’a pas vraiment affecté les tailleurs de pierre. On ne peut malheureusement pas en dire autant des autres matériaux disponibles comme la terre ou le bois, les techniques d’enduits et celles des planchers en terre ou en pierres : elles ont quasiment disparu du savoir-faire local. La notion du local ne se limite pas aux matériaux : elle englobe également les techniques et les savoirs - faire dans un ensemble indissociable d’une certaine idée du patrimoine, marqué par des facteurs culturels ou économiques. Homme de l’art, l’homme de métier cherche traditionnellement à magnifier les ressources disponibles, à développer les capacités constructives, à sublimer les performances dans la contrainte. Les arts de bâtir, héritiers de techniques ancestrales, ne sont pas neutres : ils sont la pierre d’angle dans la compréhension et la réalisation de constructions, qui procèdent elles-mêmes d’un système d’adaptation entre matériaux locaux, techniques et savoir - faire communautaires de référence. Aujourd’hui, la disparition de ces ressources et de ces effectifs est, avec le manque d’entretien, un des facteurs majeurs de la désintégration du bâti traditionnel, notamment au niveau de ses enveloppes et de ses structures.

La structure verticale, les murs - Les murs de pierre La variété d’aspect est considérable selon les types de murs, les matériaux et le type de finition. Les murs en pierres taillées sont généralement réalisés par un tailleur de pierre alors que pour les murs en pierres équarries ou brutes, le travail est réalisé par un maçon. Les murs en pierres taillées et dressées soigneusement ne sont pas l’apanage des édifices de commande ou de prestige : ils sont présents sur l’ensemble du territoire. La pierre calcaire est prédominante, la proximité et l’abondance des carrières rendant son coût accessible. L’aspect de finition recherché est celui d’une texturation fine résultant de l’emploi d’outils comme la chahouta (et

plus tardivement l’emploi de la boucharde avec la chahouta). La pierre de calcaire blanche reste la préférée des tailleurs de pierre en terme de couleur, ce qui n’exclut pas des inclusions de pierres calcaires de dureté et couleur différentes pour des effets de polychromie, notamment dans les angles et dans les baies. La pierre taillée et simplement équarrie est également présente dans l’intégralité du pays. Elle est moins régulière et souvent la hauteur du bloc est donnée par son lit de carrière et seules quatre faces sont retouchées. Cette technique donne un appareil assisé, parfois réglé. On la retrouve sous forme d’un matériau plus dur, calcaire en général, mais aussi en grès dunaire sur les côtes et en basalte au Nord du Pays dans les régions du Akkar.

Baakline

La pierre brute hourdée est présente sous une grande variété d’aspects et de dimensions dictés par la diversité de sa nature et de sa provenance : basalte du Nord, grès dunaire sur les côtes et de nombreux calcaires très différents. La pierre reçoit très peu d’interventions de taille et ses maçonneries nécessitent beaucoup de mortier et d’éléments de côtes de petites dimensions. Le réglage des assises est souvent dû à la régularité du matériau brut. Certaines maçonneries qu’on retrouve dans les maisons de la plaine de la Békaa reprennent une technique de construction en épi, qui perdure depuis l’âge du bronze. La pierre sèche est utilisée pour de petits édifices et généralement dans la moyenne montagne libanaise. Cette technique, bien qu’assez frustre, exige un savoir - faire assez évolué pour assurer la stabilité de la maçonnerie. En effet, l’absence de mortier nécessite une bonne organisation interne des blocs d’où l’importance d’un calage rigoureux, et une attention particulière à l’écoulement des eaux hors de la maçonnerie. L’aspect brut du matériau est souvent gardé en finition surtout dans le cas des pierres calcaires de bonne facture. Un jointoiement en creux, (beaucoup plus tardivement en relief et avec une autre couleur) vient compléter l’effet recherché. Quand l’appareil n’est pas assez régulier un badigeon ou un enduit de chaux est appliqué directement sur la pierre pour unifier l’aspect du mur. Ce dernier n’est pas seulement

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Les arts de bâtir, les techniques et les hommes

appliqué pour des raisons esthétiques mais aussi améliorer l’étanchéité de la maçonnerie, ainsi que pour des raisons d’assainissement dans les parties habitées. La chaux, bien que présente sur l’ensemble du territoire, n’est pas toujours à portée de bourse du constructeur. Son souci va être d’économiser, soit en amaigrissant son mortier en utilisant un maximum d’agrégats (sable, tuileau, graviers, déchets de pierre) avec une composition granulométrique bien réglée, soit en utilisant un maximum de liant terre, beaucoup plus disponible, notamment dans la Békaa.

Douma

Les constructions en pierre s’appuient directement sur la roche quand elle affleure ; sinon la recherche du bon sol s’impose au moyens de rigoles creusées n’atteignant pas 1 m de profondeur. Le mur de pierre s’échelonne entre 45 à 120 cm d’épaisseur ; il est formé de deux parements liaisonnés ou non par des boutisses, avec un remplissage intérieur constitué de cailloux, terre et mortier de terre ou de chaux. On soigne davantage aux angles le contact entre les pierres : on y met de plus gros modules, parfois faits d’une autre pierre plus régulière et mieux taillée, on les harpe afin de liaisonner cet ouvrage, qui est un chaînage entre deux plans, avec le courant du mur. Bien montées et bien dimensionnées, toutes ces variantes de mur de pierre sont très solides. Leurs seuls ennemis sont les mouvements tectoniques, les poussées mal maîtrisées et l’eau. Par capillarité, l’eau du sol remonte dans les bas de mur, solubilise lentement les liants (terre et chaux) en rongeant mortiers et joints; des vides se créent ainsi et les éléments de maçonnerie basculent, se désorganisent jusqu’à l’instabilité, voire la ruine. Au plan sismique, le risque principal est le cisaillement brutal. Pour y faire face, on retrouve dans les régions de la Békaa jusqu’au Akkar, des systèmes très astucieux et efficaces de chaînages horizontaux en bois, qui interrompent l’appareil du mur et peuvent encaisser les violentes sollicitations des secousses. De manière générale, la négligence dans l’entretien des toitures reste la cause principale des désordres observés au Liban dans les murs. Enfin, l’outillage de base est extrêmement simple et commun à tous : parfois la main seule, puis les fils à plomb, niveau et cordeau pour la géométrie, truelle pour les mortiers, outil de percussion pour retoucher les moellons. Une grande gamme d’outils spécialisés tels

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dabboura, chaqouf, chahouta, pic, tartabic et autres sont utilisés pour refendre les blocs des pierres taillées et finir leur parements. - Les murs de terre crue Au Liban, les gisements de terre argileuse se retrouvent dans les bassins limoneux à proximité des fleuves et plus précisément dans la plaine de la Békaa. L’abondance de la terre crue, sa gratuité, sa facilité de mise en œuvre expliquent son emploi intensif dans les habitations rurales de cette région. En effet, les tâches de préparation du matériau, le moulage des modules dans des cadres en bois peuvent être assurés par l’habitant, si bien que la construction en briques de terre crue requiert une faible expertise qui la rend à la portée de tous. La durabilité d’une telle construction est tributaire de sa protection contre les eaux pluviales et les remontées capillaires, d’où la nécessité d’une fondation en pierre, d’un enduit sur les parements (enduit de chaux ou de terre généralement badigeonné à la chaux) et d’une bonne passée de toiture à la crête du mur. Si les propriétés du sous-sol sont insuffisantes à réaliser l’ouvrage envisagé, le constructeur corrige, incorpore d’autres matériaux dont la panoplie est grande : sables, graviers, cendres, paille hachée, chaux. Les fibres lui servent à obtenir la résistance à la flexion et à la traction ; les charges lui apportent les bonnes performances de compression.

Rayak

Pour le reste, les murs de briques forment des murs épais de 60 à 80 cm ; ils ont les qualités de la géométrie du module, généralement deux fois plus long que large. Les modules sont posés suivant un assemblage alterné d’une longueur et d’une largeur, de deux longueurs, de deux longueurs et d’une largeur, etc. Les petits modules des briques n’autorisent pas la construction de piliers, mais permettent la création d’arcs et de niches. L’appareil de la construction en briques de terre crue est parfaitement assisé et réglé, les joints sont croisés et les angles traités comme le courant du mur. On retrouve des chaînages en bois incorporés aux angles et des éléments en pierre servant d’encadrements dans les façades. Cette introduction d’éléments en pierre taillée dénote la recherche d’une certaine esthétique, qui se démarque de l’aspect rural.


- Les baies et les arcs Deux situations différentes se présentent : le cas où la baie dans le mur est une simple perforation dans sa continuité, jouant le seul rôle d’une ouverture, fenêtre ou porte ; le cas où un ouvrage de structure –c’est le plus souvent un arc dans la tradition constructive– se substitue au mur, où il est un support. De dimensions parfois très analogues, les deux situations peuvent montrer les mêmes types d’arc, c’est donc par leur fonction qu’il convient de les distinguer. - Les baies Le vide des baies constitué par le percement du mur est une fragilité. Cette contrainte que le maçon n’ignore pas le conduit naturellement à mieux soigner les jambages que les parties courantes du mur. Dans presque tous les cas, le piédroit est exécuté avec un degré de qualité supérieur qui peut prendre plusieurs formes parfois combinées : fait en pierre de plus gros calibre, en calcaire de meilleure dureté, avec plus d’ajustement des faces pour un meilleur contact entre les pierres, avec un harpage soigné avec le reste de la maçonnerie, avec une saillie qui augmente la section de cet ouvrage de support… L’organe de franchissement, linteau ou arc, premier à supporter les charges verticales, fait l’objet d’un souci particulier de résistance. Soit il est par lui-même bien dimensionné et s’oppose efficacement aux contraintes, sans déformation ou rupture, soit il est soulagé par un arc de décharge qui autorise à ce qu’il soit moins résistant à la flexion. Dans les murs épais de maçonnerie, le linteau de la fenêtre est toujours plus rigide que le parement de

façade, l’arrière linteau étant moins élaboré et réalisé dans l’épaisseur du mur au moyen de blocs de moindre épaisseur espacés ou de pièces de bois ou de branchages d’essences locales (mûrier, etc.). Au Liban, les grandes baies et portiques (2 m en largeur et 3 m en hauteur) restent quand même l’apanage de la maçonnerie en pierre. A l’inverse, il convient de mentionner la petite fenêtre, destinée à la ventilation et la protection thermique contre le vent, le froid ou le soleil, qu’elle soit rectangulaire et petite dans les habitations rurales ou de forme ronde ou elliptique (Qammarat ou Moubawaqat) dans des habitats plus bourgeois. On ne peut clore cette description technique sans mentionner l’importance de la porte comme enjeu de représentation et de protection à la fois : elle est monumentalisée par ses dimensions, son encadrement (même dans les habitations rurales, l’encadrement de la porte est badigeonné en blanc) et souvent son couronnement en matériaux plus nobles ou plus architecturés (moulures, sculptures), sa huisserie et ses ferrures ouvragées. De même, la baie dépasse sa fonction d’éclairage pour devenir un poste d’observation, un mirador social derrière les vitres de couleurs la salle de séjour. Les trois baies à arcades et balcon caractérisant les maisons à hall central signalent aussi l’appartenance à une certaine catégorie sociale.

Les arts de bâtir, les techniques et les hommes

- Les murs à ossature bois Les murs à ossature bois sont composites : les éléments de bois supportent et transmettent les charges en s’appuyant sur une base continue de maçonnerie, les espaces entre les bois sont remplis avec des matériaux minéraux (terre, cailloux et mortier). L’ossature n’est jamais laissée apparente, elle est enduite de chaux ou recouverte de planches de bois. Cette technique de murs porteurs en bois est réservée aux galeries d’arcades extérieures dans les parties nobles des étages, le plus souvent en saillie sur le reste du bâtiment. Elle n’est pas à confondre avec celle des Kecheks (volumes en saillie entièrement en bois) associés aux murs de pierres taillés des demeures palatiales. Dans d’autres cas, l’ossature formée d’un cloisonnement étrésillonné ou non est recouverte de part et d’autre par de petites lattes enduites de chaux (technique connue sous le nom de Bagdadi). Cette technique, est visible sous la forme de galeries extérieures en arcades dans certains villages de la montagne libanaise situés sur d’anciens axes commerciaux (Choueir, Douma, Chtoura, Deir el Qamar) et sous une forme plus simple dans des villages de la côte. Elle semble représenter une adaptation locale modeste des modèles d’ossatures en bois utilisés en Turquie. Pour les pièces structurales, le charpentier-menuisier utilise selon les disponibilités le sapin, le pin ou le qotrani. Les sections des bois règlent les épaisseurs des murs entre 7,5 à 14 cm : avec ces minceurs de murs, on ne dépasse pas un niveau. Pour le lattis du Bagdadi, le bois généralement utilisé est le sapin Chouh .

- Les arcs Le grand arc lorsqu’il est support avec sa pile ou colonne (Chamaa) et son chapiteau (Taj) est un organe soigneusement tracé et ajusté, performant dans son rôle de libérer l’espace en remplaçant efficacement le mur ou la poutre. Destiné à subir des efforts importants, il est réalisé en matériaux durs et réguliers : pierres taillées. Cet arc est très présent dans l’architecture de l’habitat traditionnel, moins dimensionné que celui des édifices monumentaux et ouvrages d’art certes, mais tout aussi bien exécuté et présentant un certain degré de maîtrise technique.

Moukhtara

Les deux modèles d’arcs en pierre qu’on retrouve le plus fréquemment dans l’habitat au Liban sont l’arc à plein cintre et l’arc brisé. Les rares arcs en briques de terre crues observés sont des arcs surbaissés destinés à la réalisation des niches (Youk) dans les murs intérieurs des maisons rurales.

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Les arts de bâtir, les techniques et les hommes

Contrairement aux idées reçues, les arcs ne sont pas une exclusivité des maisons bourgeoises, et on a souvent recours à l’arc en plein cintre à l’intérieur des maisons rurales rectangulaires en pierres pour augmenter la portée des planchers en terre. Galeries d’arcades, arcs ouvragés, baies aux trois arcades et arcs pour iwan : le modèle de l'arc brisé en tiers point reste pourtant le favori des constructeurs et celui dont ils maîtrisent le mieux la technique. Sur tout le territoire libanais, les porches, les portails, les souks, les galeries, etc. donnent lieu à la mise en œuvre d’arcs. Leur profil est conditionné par la hauteur disponible et leur confère leur élégance ; ils sont montés sur coffrage et autorisent des portées jusqu’à 4 m. En fin de vie, lorsque l’immeuble est en train de se ruiner, c’est l’arc qui reste en place, prouvant sa solidité et rappelant la maîtrise technique qu’il a fallu pour l’édifier.

l’épaisseur, du grain et de la couleur des agrégats, et des outils d'application et de finition employés. Le maçon envoie à la truelle, couvre toute la surface et égalise, enlève le surplus avec le tranchant de la truelle. Travail rapide, en une seule passe, qui assure la protection du support. Système plutôt rural et rustique, peu présent en ville où plus d'urbanité est recherché. Plus élaborés sont les enduits lissés souvent remplacés par leurs héritiers nés avec le ciment, les enduits talochés. Ils peuvent être appliqués sur l'enduit décrit précédemment qui sert alors de dressage ; voici donc une version à deux couches. Le

Le revêtement des murs : enduits et badigeons - Les enduits Si le mur reçoit un enduit, c'est en premier lieu pour une raison fonctionnelle de protection. Par la suite, cette couche que l'on peut poser et finir de tant de manières peut devenir le support d'une expression spécifiquement décorative. La nécessité d'enduire est proportionnelle à la résistance des matériaux du mur support. Les maçonneries les plus sensibles à l'eau sont les systèmes utilisant la terre crue, elles sont le plus souvent enduites. Viennent ensuite les maçonneries de moellons bruts ; du fait des formes irrégulières de leurs modules, une bonne partie du mortier de hourdage, dont la porosité à l'eau est grande, est exposée en parement : encore une raison d'enduire. De plus, les calcaires tendres largement dominants dans la région et les pierres de grès dunaire (Ramleh) étant également poreux et donc fragiles à l'eau, leur protection est pertinente.

Bint Jbeil

Les enduits de chaux sont très présents dans le bâti ancien sur tout le territoire libanais. De la simple version qui commence au simple joint garni, à l’enduit épais, la chaux reste un élément primordial et recherché. L’abondance des fours à chaux a permis le recours à ce matériau, utilisé par le plus humble bâtisseur pour s’offrir un langage architectural noble et élaboré. L'aspect final résulte de

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Baakline

lissé est le geste évident du maçon depuis l'Antiquité : il est posé à la truelle, outil qui lui permet de serrer, d'égaliser et d'obtenir ce fini inimitable d'un faux plat qui chante avec la lumière rasante, délicatement animé comme la surface de l'eau et du sable. Il donne cette touche ferme de l'outil tout en ayant l'adouci du mortier plastique à la pose, il révèle le grain coloré sans l'empâter, il a l'élégance d'un geste travaillé et naturel. Aujourd’hui, avec le liant ciment qui tire plus vite, les maçons ont perdu ce geste ancestral propre à la chaux ancienne. Pour égaliser et finir, on lui a substitué la taloche qui, par sa surface, par sa position parallèle au mur, donne un aspect plus raide, un geste circulaire frotté qui promène le grain. Beaucoup d’enduits à la terre sont aussi utilisés pour protéger les maçonneries montées au mortier de terre comme celles en terre crue. L’enduit est appliqué soit en une seule couche grossière, soit en deux ou trois, avec des agrégats plus fins à la dernière. Son épaisseur est variable, le souci de planéité très relatif, l’outil utilisé la main ou la truelle. Les enduits au Liban privilégient, en façade extérieure, la sobriété d’une expression unique au langage décoratif. Les enduits décoratifs modelés, ciselés, extrêmement élaborés et fins sont gardés pour l'espace intérieur privé. Alors que les premiers, fonctionnels, sont réalisés par les hommes, les derniers assez personnalisés (généralement en terre), sont l’ouvrage des femmes. Ils sont associés aux bandeaux, plinthes et panneautages pour les rythmes verticaux (tels les réserves de céréales Tawabit dans les maisons des régions de la Békaa et le Chouf. Les gisements de gypse étant inexistants sur l’ensemble du territoire, les rares enduits de plâtre (décoratifs) observés sont le résultat d’une influence européenne assez tardive. Ils n’ont pas supplanté les enduits intérieurs décoratifs de chaux


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mince, avec solives et planches, où le matériau visible en sous-face est également celui qui est utilisé en surface ; il est toujours à l’intérieur, son ajustement est très soigné . Le modèle épais, avec un dispositif qui superpose le couvrement entre solives, un complexe lourd maçonné, un surfaçage ou un revêtement rapporté ; bon isolant, on le trouve à l’intérieur et en toiture-terrasse. Ce dernier modèle est le plus courant. Pour le constructeur, il s’agit de lancer une surface horizontale entre murs, suffisamment stable et résistante pour supporter des charges d’exploitation liées à l’habitat ou au stockage, suffisamment massive pour qu’elle soit plus qu’une membrane et qu’elle sépare et isole efficacement. Douma

réalisés d’une manière élaborée et très fine (usage de roulette pour impression en relief, peinture…). Le décapage intensif des enduits réalisé sur les monuments historiques ces 30 dernières années à généré une mode qui a affecté les enduits de chaux et de terre présents sur le bâti ancien et l’habitat traditionnel, négligeant complètement le rôle important de protection des maçonneries assuré par ces enduits (surtout dans le cas des maçonneries en pierre Ramleh). La restitution de l’enduit, quand elle a lieu, se fait à l’aide d’un mortier comportant un liant au ciment qui présente de sérieuses incompatibilités avec le support traditionnel en pierre ou en terre. L’emploi de la chaux est surtout réservé aux travaux de restauration. A ce problème s’ajoute une perte des techniques de la chaux et une absence d’artisans spécialisés. - Les badigeons Le badigeonnage à la chaux est une pratique courante sur tout le territoire libanais. Son renouvellement se fait de manière pratique continue, souvent domestique et non professionnelle et est considéré comme une pratique d’hygiène régulière au cycle saisonnier. Le liant, l’eau, une brosse ou un balai de soies animales ou de fibres végétales , sont nécessaires à cette opération. La répétition cyclique du blanchiment engobe les fonds de couches multiples assurant ainsi une protection aux maçonneries. Le badigeon donne sa touche finale à la construction ; de barrière il devient décor et les encadrements de portes et de fenêtres ou les façades d’entrée acquièrent une importance prédominante. Beaucoup de blanc et très peu de badigeons teintés ; les gisements de terres colorées étant inexistants, les rares couleurs traditionnelles observées dans les badigeons décoratifs sont d'origine végétale (bleu-indigo…) ou organique. Les couleurs observés en milieu urbain, généralement à l’intérieur des maisons, sont le résultat d’une mode européenne plus tardive.

La structure horizontale de franchissement - Les planchers Quand ils ne sont pas sur voûte, les planchers traditionnels au Liban font toujours intervenir une ossature en bois. Deux grands types sont à distinguer : le modèle

Sourat

Pour la structure primaire, portée et section des bois sont évidemment proportionnelles : Il est rare que l’on dépasse 20 cm de section pour les dimensions les plus courantes (4,50 m à 5,50 m). Bois équarris ou bruts, en pin, peuplier, cèdre et autres essences locales (Qotrani, Aafs, Delb, Sindiane, Haour, Zinzlacht, etc.), les entraxes de la structure bois sont espacés ou serrés selon la nature du matériau de couvrement entre solives et tournent généralement autour de 60 cm. C’est toujours un système d’encastrement qui fait la liaison entre le mur porteur et le plancher : une logique de maçon prédomine. La couche centrale, l’ouvrage lourd compacté avoisine le plus souvent les 25 à 30 cm d’épaisseur. Contrairement aux dalles modernes de béton dimensionnées au plus juste et par conséquent minces, le constructeur traditionnel ne lésine pas sur l’épaisseur. Cette dernière lui assure ainsi un meilleur confort (vibrations, isolation thermique et acoustique). Même moins courant, les planchers traditionnels savent aussi franchir de grandes portées, de 7 m jusqu’à 12 m. La solution la plus simple est d’installer des points d’appui intermédiaires par poteaux ou colonnes. Si l’on veut libérer le sol, on ajoute un rang horizontal supplémentaire : une poutre maîtresse de bonne section qui reprend deux travées de solives de portée courte. Mais on peut aussi avoir recours à un arc pour doubler la portée d’un module de longueur de solive. Plusieurs autres solutions encore

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Les arts de bâtir, les techniques et les hommes

pour compenser les charges et lutter contre la flèche : on multiplie les éléments de solivage, ou bien on augmente leur section, ou enfin on connecte deux à deux les solives. Les bois et les fibres végétales sont sujets aux attaques organiques des insectes et des champignons, et à des risques de pourrissement (encastrements mal ventilés, défauts d’étanchéité). En réponse, on rencontre beaucoup de badigeonnage à la chaux des ossatures qui minimisent ces pathologies alors que dans les milieux ruraux, les paysans considèrent que la fumée qui se dégage des cheminées (sans conduit extérieurs ) dépose une couche noire protectrice sur le bois. Par conséquent, l’aspect brut, enduit ou peint (voire décoré) n’est pas nécessairement le résultat d’un souci plus ou moins noble dans le traitement, mais répond à un besoin sanitaire de mettre hors poussière et d’encapsuler des ouvrages qui vibrent et souffrent des apports humides. - Les voûtes Pour franchir l’espace entre deux appuis et couvrir une surface, l’alternative à l’ossature bois est la voûte. Cette voûte peut elle-même constituer le support d’une surface de circulation, plancher ou terrasse, ou être couvrement sommital en lieu et place du complexe toiture - couverture, avec étanchéité intégrée.

Jbeil

Le système de voûtement est employé partout au Liban. Qu’il soit rural ou urbain, chaque milieu l’a intégré et adapté à ses propres matériaux. On trouve ces ouvrages réalisés en pierre taillée, moellons grossiers ou plats, souvent de calcaire. Hormis pour la pierre taillée où les contacts entre claveaux sont excellents et les joints quasiment secs, les voûtements sont maçonnés avec les mêmes diversités de mortiers que pour les murs : terre, chaux sans trop d’éléments de calage. La voûte est un ouvrage solide, solidaire de la structure lourde du bâtiment, le plus souvent mise en œuvre en partie inférieure de la construction : sous-sol (citerne), rezde-chaussée, où elle porte les planchers. Ce paysage des grands arcs en pied de la maison est extrêmement courant dans tout le Liban. Lorsqu’elle est en superstructure, elle est soit soigneusement extradossée et protégée par un dispositif d’étanchéité (mortier serré), soit garnie à ses reins

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pour constituer un toit-terrasse (staiha). Ce système constructif est bien adapté aux ouvrages linéaires et, en le multipliant, au couvrement de grands espaces publics sur piliers. Mosquées, caravansérails, hammams, souks, églises et monuments sont couramment voûtées. Au Liban, dans l’architecture ordinaire, la typologie technique la plus courante est la voûte en berceau, avec sa variante déjà plus sophistiquée pour le constructeur qu’est la voûte d’arête, c’est-à-dire la pénétration de deux berceaux. Le berceau est généralement plein cintre, simplement parce que c’est le profil en demi-cercle qui transmet le mieux les charges verticalement aux murs supports. Avec le berceau, sauf quand deux ouvrages parallèles annulent leurs poussées latérales en permettant d’amincir le mur support, nous sommes dans des systèmes épais où les murs sont très peu percés. La voûte d’arête fonctionne différemment : les charges étant transmises sur des piliers puissants et non plus sur des murs, elles permettent d’évider complètement les quatre panneaux verticaux, et donc d’éclairer et d’exploiter sur toute la hauteur les accès au volume. Berceau et voûte d’arête sont deux types réguliers, symétriques et au tracé rigoureux. Leurs dimensionnements sont connus empiriquement et les rapports entre profil, portée et épaisseurs, bien avant que les ingénieurs ne les valident par le calcul, sont acquis et transmis efficacement. Si les portées des voûtes s’échelonnent de 1 à 7 m, c’est autour de 4 m que l’on construit le plus souvent, avec rarement moins de 30 cm d'épaisseur à la clef (sauf pour les ajustages de pierre taillée qui peuvent permettre d’amincir l'épaisseur). D’expérience, le maçon sait que l’ouvrage ne devra sa stabilité qu’à une parfaite cohésion de ses éléments. Lorsqu’il travaille avec des éléments non taillés qui ne s’ajustent pas naturellement selon le profil recherché, la juxtaposition intime, le blocage serré et le croisement des modules, l’excellent bourrage du mortier de hourdage sont les conditions indispensables de la mise en œuvre. Bien montée, une voûte s’apparente à une maçonnerie concrète, quasi monolithique, que les éventuels mouvements qui affectent le bâtiment ne doivent pas compromettre aisément. Enfin, que la voûte soit en pierres de taille ou en moellons irréguliers, son montage a généralement lieu au moyen d’un coffrage. Un couchis de planches constitue le fond de coffrage, plancher rayonnant dont la régularité conditionne la face vue, l’intrados de la voûte. - Les coupoles Les coupoles et toutes formes de dômes sont des couvrements dont les profils en plein cintre, surbaissés ou surhaussés sont adaptés pour couvrir un espace de plan carré. L’ouvrage étant conçu selon un axe vertical de révolution au centre du volume, le problème technique posé au constructeur est donc d’effectuer la transition entre le plan carré et le plan circulaire : le principe consiste à couper les angles du carré à la naissance de l’arc pour passer à un plan octogonal régulier, dont la géométrie est proche du cercle. Comme pour les voûtes rayonnantes, tous les matériaux et mortiers sont utilisés. Au Liban, on retrouve les coupoles de différentes dimensions dans l’architecture religieuse (mosquées et églises), et dans les monuments historiques


- Les charpentes Les systèmes à toit plats sont décrits dans les planchers et dans les couvertures plates. Ici, nous nous intéressons aux charpentes ou ossatures qui portent les couvertures en pente. La situation de très loin la plus courante en Méditerranée est celle d’une tradition de charpentes empilées, et le Liban ne déroge pas à cette règle. La charpente empilée apparaît comme un ouvrage de conception relativement archaïque fonctionnant à la

jour le jour par des ajouts improvisés et une forêt de poteaux qui soutiennent pannes ou arbalétriers. L’ensemble requiert ainsi une quantité de bois très importante, dont certaines pièces de fortes sections et de grandes longueurs ; les essences locales telles que, Chouh, Qotrani sont utilisées. Par contraste, les charpentes savantes et légères développées par l’art des ingénieurs du XIXe siècle en Europe du Nord n’ont que très peu touché le Liban. Le cadre rigide et indéformable de la ferme triangulée, où les assemblages sont ajustés, où l’équilibre des forces est calculé avec précision entre pièces comprimées et pièces tendues, où il n’y a plus de pièce en flexion, n’interviendra que tardivement sur de nouveaux bâtiments très spécialisés. L’emploi de cette technique, notablement plus savante et qui procède du calcul, oblige en outre le recours à un véritable charpentier, formé comme tel et possédant une expertise dont le maçon généraliste ne dispose pas. D’ailleurs, les toits au Liban ne comportent quasiment pas de complications de percements de type fenêtres ou lucarnes, dont l’ossature et l’étanchéité posent des problèmes de raccord complexes à un non-spécialiste.

Les arts de bâtir, les techniques et les hommes

de grandes tailles (khans, hammams, madrassas etc.). Sur l’habitat, elles sont presque inexistantes sauf dans les demeures palatiales et dans de rares habitations bourgeoises sous formes de petites coupoles en briques et à cul de bouteilles couvrant les petits hammams.

La couverture

Baakline

compression, c'est-à-dire que les charges sont transmises et transférées verticalement. Selon le même principe de descente des charges, des systèmes très sommaires coexistent sur le territoire avec des charpentes hautes et apparemment complexes dans leur assemblage. Dans le cas des systèmes sommaires, une poutre principale est généralement placée dans le sens longitudinal de la construction, plus haute que les murs et reçoit les poutres transversales. Sinon, on constate exceptionnellement un empilage de troncs d’arbres ayant une extrémité s’appuyant sur les murs périphériques , l’autre extrémité étant assemblée par emboîtement avec d’autres troncs au plus haut niveau de la toiture. Ces troncs comblés par une couche de branchages reçoivent une couverture de plantes épineuses (huttes de Ouadi Faara). Dans le cas des charpentes hautes, la transfert des charges de la toiture vers les murs passe par un empilement de poutrelles, chevrons, poinçons, poteaux vers des poutres et des poteaux plus importants puis vers des poutres majeures ou sablières, l’ensemble étant assemblé plus ou moins simplement avec des clous, des fils ou par le biais d'encoches (embrèvements). Quelquefois, des fermes assemblées en triangles (l’étymologie de ferme est « fermé ») donnent l’apparence d’une charpente triangulée, mais elles n’en ont ni la conception ni les performances d’équilibre et dénotent une profonde incompréhension du système. La visite de ces charpentes en montre d’ailleurs toutes les limites : beaucoup de pièces cassées du fait de mauvais dimensionnements, de fléchissements palliés au

- Les toitures plates Elles sont visibles sur l’ensemble du pays, de la côte à la montagne en passant par la plaine de la Békaa. Elles ont en commun la même simplicité structurelle d’un complexe épais formant l’étanchéité, leurs très faibles pentes, inférieures à 5 % pour évacuer les eaux et la nécessité d’un entretien permanent, qui est aussi la raison de leur transformation. Les matériaux employés dans ces couvertures étant solubles, une révision permanente pour resserrer les fissures est indispensable. Un damage au moyen d’une Mahdalé (pierre cylindrique de 60 cm de long et de 28 cm de diamètre environ) est réalisé avant la pluie et une autre technique palliative est adoptée pour le colmatage des fissures et qui consiste à couvrir le toit de terre argileuse avant la pluie et à profiter de l’action de l’eau pour l’introduire dans les interstices de la dalle. Désormais, on rencontre parfois l’interposition d’un film plastique ou d’un matériau bitumineux sur la dalle afin d’espacer les obligations d’entretien.

Rayak

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Les arts de bâtir, les techniques et les hommes

Terre ou chaux, il a fallu la mise au point de savoir-faire très élaborés pour obtenir une étanchéité à partir de matériaux poreux et de formes horizontales : on atteint là un des sommets de l’art de bâtir traditionnel. Cette maîtrise qui mobilise l’entretien permanent disparaît avec les bétons, considérés comme mis en place une fois pour toutes. Dans les toitures plates, on rencontre deux détails de raccordement entre le mur et la terrasse. Le plus courant est l’encuvement de la couverture entre des acrotères, des rehausses des murs. Les relevés d’étanchéité, les sommets de murs font l’objet d’enduits très soignés et entretenus. La collecte des eaux pluviale se fait par l’intermédiaire de la pente vers une gargouille. L’autre type de raccord se fait en casquette, avec un très large débord (60 cm) de la couverture afin de rejeter les eaux pluviales le plus loin possible du mur et d’éviter tout ruissellement. - Les toitures en pente Version plate et mécanique de la tuile romaine et issues de la fabrication industrielle qui utilise les mêmes modules et dimensions de tuiles (longueur autour de 40 cm, largeur 25 et hauteur 2,5), les tuiles plates mécaniques constituent avec leur couleur rouge une des marques de fabrique du paysage construit du Liban. Les tuiles sont clouées ou attachées sur des charpentes en bois dont le profil de pente varie de 30 % à 45 %. Ces toitures ne comportent généralement pas de percements et offrent une variété de formes suivant la complexité des volumes couverts. Les toitures sont toujours prolongées au-delà de l’aplomb du mur afin de ne pas mouiller celui-ci. Le

Douma

surplomb est fait par un débord des chevrons et voliges, par une corniche de pierre ou de bois et soutiennent des gouttières fabriquées en tôle. Chevrons chantournés, corniches en pierre ouvragées, lambrequins en bois ou tôle, contribuent non seulement à créer un langage architectural de qualité mais aussi des spécificités propres aux différentes régions du Liban. Les rives, faîtages et égouts font l’objet d’un soin particulier; les noues, elles, sont montées sur une feuille de zinc ou de tôle, l’étanchéité étant le souci primordial de l’artisan. En effet, c’est l’une des causes principales de la dégradation de ces toitures, les révisions de couverture n’étant pas réalisées périodiquement ou après les intempéries.

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Bien que ce matériau soit un produit importé (de Marseille précisément) il est considéré, après six générations de constructeurs qui les ont employées, comme étant une composante de l’architecture traditionnelle locale. La permanence de sa pose est la preuve de son ancrage dans les pratiques architecturales du pays.

Les processus de transformation Un simple tour d’horizon dans les arts de bâtir au Liban reflète la richesse d’un patrimoine et d’un savoir - faire malheureusement très sous-estimés et négligés, voire même méprisés. En effet, les changements profonds et rapides ayant affecté la société libanaise et le paysage urbain et rural durant la guerre ont laissé leurs empreintes sur la continuité dans la transmission –généralement familiale– des techniques et savoir - faire du bâti ancien. Il en a résulté de profondes lacunes au niveau des compétences, qui se sont aggravées en l’absence de formation spécialisée. L’introduction de nouvelles techniques et de nouveaux matériaux nés avec l’industrialisation (béton, poutres métalliques…) a déclenché un processus rapide de transformation, perceptible tant au niveau du bâti luimême ou sur le plan de sa mise en œuvre (variant du simple remplacement d’éléments à la substitution totale de la structure), qu’au niveau des mentalités : un changement qui s’exprime par un rejet sauvage de tout ce qui est ancien et local. Cette vague de transformations s’est accrue avec la guerre, dictée par un besoin urgent de reconstruction, que les nouveaux matériaux facilitent par leur mise en œuvre rapide et leur faible coût. Actuellement, un regain d’intérêt pour la restauration et la réhabilitation est observé sur l’ensemble du territoire, un intérêt qui, si bénéfique qu’il soit, risque de porter en soi un coup fatal à l’authenticité et aux spécificités de l’architecture traditionnelle libanaise et plus particulièrement celle considérée comme rurale et pauvre. Les travaux entrepris dénoncent un profond manque de confiance dans les techniques traditionnelles (surtout en ce qui concerne l’emploi de la chaux) et une incompréhension des systèmes constructifs (maçonneries et charpentes). Il s’y ajoute un apport de nouveaux matériaux et de nouvelles techniques issues de modes importées, qui parodient et dénaturent les techniques d’origine : des modes importées qui contribuent à créer une uniformisation du paysage du bâti ancien en faisant abstraction de toutes les petites différences et particularités qui font l’intérêt et la richesse des techniques. Une action de sauvetage des techniques anciennes et de ses hommes doit être entreprise. Elle sera rendue possible par la création de pôles de formation spécialisée et continue, par une orientation du marché vers l’intégration des compétences des hommes de métier, par l’établissement d’un code de référence fixant le degré de qualité à atteindre et surtout par une sensibilisation plus large de la population : sans ces mesures, c’est un patrimoine irremplaçable qui est condamné à court terme.


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Le cadre législatif

La loi qui régit la protection des monuments historiques ou les antiquités au Liban est l'arrêté n°166/L.R du 7 Novembre 1933, portant tout règlement sur les « Antiquités ». Héritée du mandat francais cette loi a subi quelques réformes. Un projet de loi pour la protection et la mise en valeur des sites et monuments historiques, civils ou villageois, à caractère historique, architectural ou culturel particulier, est en cours de débat et d'étude au Parlement Libanais. Il complétera l'arrêté 166/L.R.

Le domaine de la protection L'article 1 de l'arrêté n°166/L.R définit la notion « d'Antiquité » (à protéger) comme « tous les produits de l'activité humaine, à quelque civilisation qu'ils appartiennent, antérieurs à l'année 1700 ». La loi assimile également aux antiquités les objets immobiliers postérieurs à l'année 1700 dont la conservation présente du point de vue de l'histoire ou de l'art, un intérêt public. Ces objets immobiliers sont protégés par différentes dispositions législatives ou juridiques qui seront développées par la suite. Sont considérées donc comme des antiquités immobilières : 1) Tout apport de l'industrie humaine recouvrant le sol de formation géologique. 2) Tout ouvrage ou édifice ancien, restes ou vestiges d'édifices anciens avec ou sans structure visible audessus du sol. 3) Tout objet mobilier attaché au fond ou à l'immeuble à perpétuelle demeure. 4) Tout site naturel utilisé ou approprié par l'industrie humaine tel que abri sous roche, grottes, roches portant des peintures, sculptures, moulures ou inscriptions. L'arrêté n°166 possède donc un domaine très étendu, et repose sur deux critères alternatifs : le premier est objectif , l'antériorité à 1700 ; le second est subjectif , postérieur à 1700 (l'immeuble peut être protégé s'il présente, du point de vue de l'histoire ou de l'art, un intérêt public). Les procédures de la protection Deux procédures distinctes sont utilisées pour la protection des bâtiments d'intérêt historique, architectural, urbain, ... Ces deux procédures sont l'inscription à l'inventaire et le classement. - L'inscription à l'inventaire

Tyr

L'inscription se fait sur proposition du Directeur des Antiquités, auprès du Ministère de la Culture qui peut porter des bâtiments d'intérêt historique, architectural ou autre à un registre destiné à l'inventaire général des monuments historiques.

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Le cadre législatif

Cette inscription est notifiée par voie administrative aux propriétaires intéressés et mentionnée au registre foncier sur le feuillet du bâtiment concerné. Les effets de l'inscription à l'inventaire sont peu contraignants pour le propriétaire : elle entraîne à la charge de celui-ci l'obligation d'aviser la Direction Générale des Antiquités de toute modification à apporter à l'immeuble, deux mois avant d'y procéder, en indiquant les modifications et travaux qu'il se propose d'effectuer (article 23). L'obligation est également assortie d'une sanction financière et civile. Ainsi notifiée, la Direction Générale des Antiquités examine tout projet de modification et tente, en cas de désaccord sur un projet, de trouver une solution à l'amiable. Si la discussion à l'amiable n'aboutit pas, la Direction Générale des Antiquités, ne peut s'opposer aux travaux projetés par le propriétaire qu'en engageant la procédure de classement.

prend à sa charge que les dépenses correspondant aux travaux exécutés, en plus de ce qu'imposerait la conservation en état du bâtiment. Dans ce cas les municipalités participent également à ces dépenses suivant une proposition à déterminer dans chaque cas. En cas d'urgence ou de péril (reconnu par les services techniques municipaux ou les services des antiquités) un expert sera chargé par le tribunal de première instance (saisi par la municipalité ou la Direction Générale des Antiquités) d'examiner l'état du bâtiment. Une obligation pour effectuer les travaux ou les financer par le propriétaire peut être prononcée par le tribunal dans le cas de résistance du propriétaire. L'autorité municipale sera substituée au propriétaire pour effectuer les travaux et sera remboursée par le propriétaire selon les lois et les règles de comptabilités publiques et d'impôts et de l'argent public. L'arrêté n°166/L.R étend également la procédure de classement aux abords des « monuments historiques ». Ainsi la loi prévoit que des immeubles, qui sans présenter eux même un intérêt historique ou artistique, pourront faire l'objet d'un classement dès lors que celui-ci est nécessaire pour « isoler ou dégager un immeuble classé » (article 27). - Cas de constructions traditionnelles (historiques) non protégées par inscription ou par classement Les bâtiments ou les constructions d'architecture traditionnelles ne présentant pas de caractère « historiques ou artistiques » particuliers ne sont pas soumis aux règlements de l'arrêté n°166/L.R. Cependant d'autres lois ou articles encadrent la protection de ces bâtiments surtout quand il s'agit d'ensembles architecturaux et urbains.

Deir el Qamar

- La procédure du classement Elle est réalisée par un décret de classement pris par le Chef de l'Etat sur proposition du Directeur Général des Antiquités (article 26). Les effets du classement s'appliquent à partir du moment où la proposition du classement est notifiée au propriétaire. Les effets du classement cessent si la décision de classement n'intervient pas dans les six mois de la notification au propriétaire. Ainsi, sous peine de sanctions civiles et pénales, l'immeuble classé ne peut être ni restauré, ni modifié, ni réparé, ni à plus forte raison détruit ou « déplacé », même en partie, sans le consentement de la Direction Générale des Antiquités (article 30). Contrairement à l'inscription à l'inventaire général, la procédure de classement autorise le propriétaire au droit d'être indemnisé du préjudice qu'il aurait subi du fait du classement (articles 37 et suite). - Les aides financières Les frais résultant des travaux de consolidation ou réparation des immeubles inscrits à l'inventaire général classés monuments historiques sont supportés par propriétaires de ces immeubles. Si l'état n'est pas propriétaire d'un tel immeuble, il

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de ou les ne

L'arrêté n°69 du 9/9/1983 de la loi d'urbanisme (4ème article) stipule que des plans d'urbanisme détaillés, sont obligatoires pour les zones archéologiques ; dans l'article 8 il affirme que ces plans d'urbanisme détaillés déterminent les règles et les conditions pour les protections des zones à caractère historique. La loi de la construction, dans son article 13 de l'arrêté n°148 du 16/9/83, signale que certains bâtiments à caractère seront soumis à des règles particulières relatives à l'importance du bâtiment. C'est sur ces deux articles des deux lois d'urbanisme et de construction que l'on s'appuie pour établir et proposer des règles de protection et construction dans les zones à caractère architectural historique (ou traditionnel). Les procédures d'interventions Pour toute intervention sur le bâti traditionnel, une personne qualifiée devra être en charge pour établir un projet. Cette personne est soit un architecte restaurateur soit un archéologue conservateur. - L'autorisation d'intervention sur un bâti non protégé - Tous les travaux intérieurs qui ne touchent pas la structure du bâtiment ne sont pas soumis à une autorisation ou un permis préalable. - Tous les travaux extérieurs ne touchant pas la structure du bâtiment tels que les travaux d'enduit, peinture extérieure, étanchéité, menuiserie, restauration des


- L'autorisation d'intervention sur un bâti protégé - Etablissement d'un projet par un architecte ou un ingénieur (restaurateurs de préférence). - Dépôt de dossier auprès de la municipalité ou du service technique de la Direction Générale de l'Urbanisme de la région. - Le dossier sera transmis à la Direction Générale des Antiquités pour avis, et sera traité par un architecte de la Direction Générale des Antiquités pour approbation. - Retour du dossier à la municipalité ou au service technique de la Direction Générale de l'Urbanisme où il sera traité par l'architecte ou bien l'ingénieur du service des bâtiments où le permis final sera délivré. - Les aides financières - Les frais résultant des travaux de consolidation ou de réparation des immeubles non protégés sont à la charge des propriétaires de ces immeubles. Cependant l'état , non propriétaire d'un immeuble inscrit ou classé, peut prendre à sa charge « les dépenses correspondant aux travaux exécutés, en plus de ce qu'imposerait la conservation en état du bâtiment. Dans ce cas les municipalités participent également à ces dépenses « suivant une proposition à déterminer dans chaque cas ». - En cas d'urgence, les services techniques municipaux ou la Direction Générale des Antiquités peuvent, après une mise en demeure du propriétaire, faire exécuter les travaux de réparation ou d'entretien qui sont jugés indispensables à la conservation des monuments classés ou inventoriés n'appartenant pas à l'état. Une procédure assez complexe est nécessaire, les frais ou les dépenses des travaux exécutés devront être remboursés avec une majoration de 25% à l'administration qui s'est chargée des frais.

- Les procédures de protection 1- La décision de protection primaire 2- La décision temporaire 3- Le décret de la disposition de protection finale 1- La décision de protection : Elle est prise par le Ministre de la Culture suite à une proposition du Directeur Général des Antiquités, en réponse à une demande de protection d'une institution publique intéressée par la protection du patrimoine, d'une municipalité concernée, des propriétaires, ou des ordres des ingénieurs. Cette décision est notifiée par voie administrative aux propriétaires et aux registres fonciers où elle sera mentionnée. La validité de cette décision est de six mois à partir de la date de la notification. 2- La décision temporaire : Après consultation d'une équipe scientifique et après

Le cadre législatif

-

balcons, ... sont soumis à des autorisations préalables auprès de la municipalité de la région. Tous les travaux touchant la structure du bâti doivent être soumis à un permis préalable obtenu après présentation d'un projet, établi par un architecte ou un ingénieur, aux services techniques de la Direction Générale de l'Urbanisme. Le permis final est délivré par la municipalité de la région.

Tyr

accord du Haut Conseil de l'Urbanisme, le Ministre de la Culture émet une décision temporaire dans laquelle seront précisés les limites géographiques de la zone à protéger ainsi que toutes les règles d'architecture et d'urbanisme nécessaires à cette protection. La durée de cette décision est de deux ans, renouvelable une seule fois. 3- Décret de la disposition de protection finale : Le Ministère des Travaux Publics (Direction Générale de l'Urbanisme) établit un projet pour la disposition finale des

- L'indemnisation En ce qui concerne les dommages éventuels résultant des classements pour les propriétaires des immeubles classés, l'état n'indemnisera que les particuliers ou les personnes morales de droit privé. Il n'indemnisera pas les communautés pour le classement des monuments dont elles sont propriétaires, si ces monuments sont affectés à un service public ou à un culte.

parcelles à protéger après les études de terrain et d'analyse nécessaires à cette protection, réalisées en coordination avec le Ministère de la Culture (Direction Générale des Antiquités). La disposition finale de ces parcelles sera adoptée après un décret en Conseil des Ministres, après proposition des Ministres de la Culture et des Travaux Publics et après notification aux registres fonciers et administrations et personnes concernées.

L'évolution de la législation Un projet de loi pour « la protection des bâtiments et des sites patrimoniaux » concerne la protection et la mise en valeur des monuments ou sites ou constructions isolées qui constituent entre elles un tissu urbain ou villageois et qui, de part leur style architectural, contiennent une valeur historique ou artistique ou scientifique ou patrimoniale particulière. Ainsi, tout bâtiment à caractère patrimonial sera soumis aux termes de cette loi.

Deux listes au Ministère de la Culture seront établies pour contrôler la protection des parcelles concernées : 1- Liste de parcelles soumises à la décision temporaire. 2- Liste de parcelles soumises à l'Etat de la disposition de protection finale. Le décret de la disposition de protection finale sera accompagné d'une étude, ou « cahier des charges » où seront

détaillées

toutes

les

dispositions

urbaines,

architecturales et conditions nécessaires aux travaux de

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Le cadre législatif

restaurations, de destructions, ... et pour toute intervention sur les bâtiments protégés (matériaux à utiliser dans les travaux, couleurs ...). Le décret permet aussi la modification de toute disposition urbaine ou architecturale à laquelle la parcelle ou le bâtiment est soumis (Coefficient d'Occupation des sols, hauteur du bâtiment, style architectural, nombre d'étages, ...) - L'indemnisation La nouvelle loi ne prévoit aucune indemnisation pour les parcelles soumises à la disposition de protection finale, sauf dans le cas de la destruction d'un bâti existant ou dans le cas de la réduction du coefficient d'occupation général de la parcelle. Dans le cas de la destruction, une indemnisation financière est prévue, mais dans le cas de la réduction du coefficient, un transfert de 75% de la surface perdue par la réduction, est possible à d'autres parcelles indiquées dans d'autres zones (par un décret du Conseil des Ministres). D'autres aides financières pour les propriétaires de ces parcelles sont prévues pour les travaux de restauration ou construction ou modification de l'existant. Ces aides sont possibles sous plusieurs formes : réduction d'impôts, réduction de charges foncières, dons et participations financières de la caisse indépendante de l'archéologie et des biens culturels et patrimoniaux et enfin permission d'augmentation de 15% sur la valeur des contrats de location en faveur du propriétaire du bâtiment concerné par les travaux. Les travaux de consolidation ou de réparation nécessaires aux bâtiments protégés peuvent être demandés par le Ministre de la Culture auprès des propriétaires. Les frais de ces travaux doivent être supportés par eux. Dans le cas de refus de ces propriétaires, les travaux peuvent être exécutés par le Ministère de la Culture ou la municipalité concernée, les dépenses et les frais des travaux exécutés devant être remboursées à l'administration selon les normes et lois fiscales et de la gestion des dépenses publiques. Sanctions: toute infraction à cette loi est passible d'emprisonnement pour une durée d'un mois à un an, et d'une amende qui varie entre un et cent millions de livres libanaises. On constate donc l'importance de ce projet de loi, qui concerne la protection et la mise en valeur des ensembles de bâtiments ou constructions à caractère historique, architectural ou patrimonial. En effet, la loi actuelle de l'archéologie ne prend pas en considération ces éléments, « puisqu'ils ne possèdent pas des caractères ou des éléments architecturaux ou artistiques très particuliers », et que la loi de l'archéologie ne permet pas non plus de protéger directement des tissus ou ensembles urbains comme unité patrimoniale.

Exemples d’opérations de réhabilitation - Un exemple d’opération de Réhabilitation : le quartier el-Qalaa à Baalbeck Le quartier el-Qalaa ou de « la citadelle » est situé aux limites Est et Sud de la zone des temples Romains de

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Baalbeck. Il est constitué d’un ensemble de maisons patrimoniales du XIXe et du début du XXe siècle de type « maisons à cour à deux étages » qui forment un tissu urbain traditionnel reflétant l’art de vivre de la société baalbeckiote. Au sein de la ville, ce quartier a subi au fil du temps et surtout durant la guerre civile libanaise , diverses modifications qui ont porté atteinte à son intégrité et à son authenticité. En effet, plusieurs cellules patrimoniales ont été remplacées par de nouvelles constructions, tandis que d’autres, faute de maintenance adéquate souffrent aujourd’hui de graves problèmes de conservation. En conséquence, ce patrimoine bâti serait perdu et supplanté à son tour par des bâtiments ne correspondant pas à la même typologie architecturale. L’importance de cet ensemble patrimonial ne réside pas uniquement dans sa typologie architecturale et urbaine traditionnelle, mais aussi et surtout de part son emplacement géographique à proximité de la zone archéologique de la ville (lieu de prédilection des touristes). Les opérations d’expropriation programmées ainsi que les divers plans d’urbanisme établis de par le passé visant à détruire ce quartier afin de le remplacer par une zone fonctionnelle de stationnement et de jardins, constituent un danger certain. Dans ce sens, la Direction Générale des Antiquités, soucieuse de protéger ce patrimoine bâti, s’est opposée à ces propositions d’aménagement en présentant un contre-projet prévoyant la restauration des constructions anciennes et a intégré la conservation du quartier dans un programme plus vaste financé par la Banque Mondiale intitulé « Conservation et Mise en valeur des sites archéologiques et du Patrimoine Culturel de Baalbeck ». Un nouveau plan directeur général

Baalbeck

d’urbanisme, prenant en compte les impératifs de la Direction Générale des Antiquités est en cours de préparation. Des études détaillées pour la conservation et la restauration du quartier de el-Qalaa sont prises en charge par le bureau technique de la Banque Mondiale en collaboration avec les services de la Direction Générale des Antiquités. Les principaux points à traiter prévus dans cette étude consisteraient en : - un relevé détaillé de l’état actuel de cette zone - une recherche historique exhaustive sur son


- Un exemple de restauration : le Souk de Batroun Batroun est une ville côtière située à environ 50 km au nord de la capitale, Beyrouth. Ville dont la présence humaine est attestée depuis les périodes préhistoriques, elle se caractérise par sa forme quasi arrondie et par la présence de son port. Batroun, vieille de plus de 4.000 ans connut au fil du temps, prospérité et décadence. Les vestiges des différentes périodes phénicienne, romaine, byzantine, croisée et moderne (moutassarrifiya) en témoignent. C’est durant cette dernière période soit à partir de 1861, que la ville de Batroun jouit d’une période de prospérité économique qui se reflète par un important développement culturel, artistique et architectural. Les constructions diverses, monuments religieux décorés, luxueuses villas (haras), souk de grande dimension sont autant de preuves de la richesse de sa population. Batroun n’a pas subi de sérieux dommages durant la guerre libanaise qui débute en 1975 et ses vestiges tant historiques qu’archéologiques ont été relativement bien conservés. Le Souk de Batroun Daté du début du XIXe siècle, le souk qui constitue une unité architecturale et urbaine, souffre depuis la fin

Batroun

de la guerre du manque d’activités commerciales. En conséquence, divers problèmes ont surgit : - du point de vue social, l’abandon des maisons et des

magasins par la population isole le souk de la nouvelle ville; du point de vue urbain : le manque de stationnement ainsi que la mauvaise infrastructure des services rendent la zone du souk difficilement accessible; - les constructions récentes en béton et les rajouts aux bâtiments en pierre ont dénaturé l’authenticité architecturale du souk; - des problèmes de structure nécessitent des interventions d’urgence à court et à long terme : les principales lacunes structurales qui apparaissent dans les magasins et les maisons sont essentiellement , les fissurations , les problèmes de tassement du sol causé par des problèmes de drainage des eaux et enfin la surcharge des constructions originales due au rajout de structures. A cela se greffent d’une part les phénomènes de dégradations de la pierre ou d’autres matériaux, conséquence de l’humidité et d’autre part l’absence de travaux de restauration ou de conservation. Enfin, les interventions arbitraires opérées par la population ont largement altéré les structures d’origine. -

Le cadre législatif

développement urbain, architectural, et socioéconomique - une analyse minutieuse de la morphologie et de la typologie architecturale et urbaine des différentes composantes - une étude structurelle et technique des différentes composantes - une proposition pour la conservation, la restauration et la mise en valeur du quartier résultant des analyses établies. Le chantier de réhabilitation du quartier de el-Qalaa est prévu pour le printemps 2004. Il serait un exemple d’intégration d’un tissu urbain de grande valeur patrimonial au sein d’un projet d’aménagement visant à la promotion touristique de la ville de Baalbeck. Conserver tout en offrant des infrastructures modernes adéquates, telle serait l’enjeu réussi d’une mise en valeur d’une zone patrimoniale dans un site urbain.

La restauration du Souk de Batroun A l’initiative de la municipalité de Batroun, un projet de restauration du souk a été enclenché. Les relevés architecturaux détaillés précédemment établis par l’APSAD (Association de la Protection des Sites et Anciennes Demeures) ont servi de point de départ au projet de restauration . Ce dossier fut par la suite soumis pour accord à la Direction Générale des Antiquités ainsi que le prévoit la loi de 1933 sur les Antiquités puisque la ville de Batroun est classée « ville historique ». Ce dossier de restauration qui a subit quelques modifications concernant certains détails comportait : - l’historique de la ville et des Souks et leur évolution urbaine - une analyse architecturale et sociale du bâti existant - une analyse de la typologie architecturale des bâtiments - une analyse structurelle du bâti - une proposition de restauration Débuté en 2003, le travail de réhabilitation du souk de Batroun s’est concentré en premier lieu sur les diverses infrastructures, notamment celles du passage des gaines électriques et des canalisations d’eaux ainsi que du dallage en pierre basaltique. Ces travaux ont permis de pallier au grand désordre qui sévissait dans les rues par le passage apparent des câbles électriques et qui de fait entravait la beauté de cette zone historique. Certains travaux de consolidation ont également été effectués en superstructure sur des bâtiments en proie à de sérieuses détériorations. Le concept de restauration des maisons et des bâtiments est le respect de l’authenticité du souk et de ses composantes architecturales, notamment par l’utilisation des matériaux adéquats présents dans les constructions traditionnelles tels la chaux, le bois, la pierre Ramleh et la ferronnerie. Cette opération de réhabilitation du souk de Batroun, qui est toujours en cours, va permettre la revitalisation de cette partie de la ville en encourageant les propriétaires à réutiliser leurs locaux à des fins commerciales. A l’heure où Batroun tente de se repositionner dans le domaine touristique, un projet de la sorte ne peut que privilégier la ville au sein de la région.

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Le diagnostic comme étape préalable à toute intervention de réhabilitation ou d’entretien

Traditionnellement les matériaux de construction étaient recherchés dans la nature, à proximité du lieu de la construction, notamment la pierre, le sable, la terre et le bois. La pierre calcaire est la plus utilisée dans la construction. C’est un matériau dur, résistant bien aux efforts de compression, mais sensible aux efforts dynamiques produits par l’usage, les surcharges imprévues et les tremblements de terre. Le bois est aussi un matériau excellent et nécessaire, car il permet de reprendre les efforts de flexion et de traction. Tous ces matériaux sont sensibles à

travaux préalables qui permettent d’avoir une bonne connaissance du bâtiment et de ses éléments constructifs. Cette méthodologie ou diagnostic nécessite une démarche logique, allant de la simple observation visuelle des désordres jusqu’au diagnostic détaillé qui permet d’élaborer le concept de réhabilitation ou d’entretien et leur suivi pendant et après l’exécution. Les étapes à suivre pour tout processus de diagnostic sont : - Le pré-diagnostic, qui consiste à faire une première évaluation de l’état du bâtiment et de définir, lors de la première visite, les aspects du travail pour des études pluridisciplinaires - Les études pluridisciplinaires, qui récoltent toutes les informations des tests et analyses des désordres dans le bâtiment. Elles serviront de guide pour une future intervention. - Le diagnostic, qui consiste à analyser les informations des études pluridisciplinaires et déterminer les besoins d’intervention en réhabilitation ou entretien. Ce programme définit les travaux de réparation et de consolidation des structures existantes et d’amélioration de tous les éléments dégradés.

La réalisation du travail par des équipes pluridisciplinaires est toujours nécessaire Les murs ont une longue histoire

l’action de l’eau et des autres facteurs climatiques. Durant toute l’histoire de la construction on assiste à des travaux de réhabilitation et d’entretien des constructions, effectués par les propriétaires ou leurs représentants (architecte, maître maçon, charpentier,…) afin d’adapter le bâti aux conditions de vie du moment. Avec l’apparition de nouveaux matériaux au début du XXème siècle et avec les interventions agressives de construction ou de reconstruction, le bâtiment peut perdre ses caractéristiques d’origine, porteuses de toutes ses valeurs historiques, architecturales et culturelles. Une bonne intervention doit maintenir en bon état l’ouvrage architectural tout en en conservant sa valeur existante. Elle s’effectue suivant un programme établit après plusieurs opérations de diagnostic général des désordres. Une vision d’ensemble est toutefois indispensable pour réaliser des travaux cohérents et conformes aux objectifs fixés. Tout projet de réhabilitation ou d’entretien exige des

Le prédiagnostic Lors de la première visite du bâtiment et d’après des observations visuelles des désordres, de leur emplacement, de leur nature et de leur dimension, on peut estimer l’état de conservation de l’édifice. Cette estimation est l’étape de prédiagnostic qui permet de classer le bâtiment selon son état de dégradation. En effet, un édifice qui a perdu sa stabilité structurelle ne peut être habitable qu’après une intervention de reconstruction complète. Cependant, la maison qui est toujours habitée et qui souffre de quelques désordres fera seulement l’objet de travaux d’entretien, pour contribuer à améliorer la qualité de vie et le confort à ces habitants. Pour cela, des études pluridisciplinaires de l’état de ces structures permettent d’élaborer un diagnostic qui identifie l’origine de l’affectation de la maison traditionnelle et précise les urgences relatives d’intervention.

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Le diagnostic comme étape préalable à toute intervention de réhabilitation ou d’entretien

Les études pluridisciplinaires Une bonne conaissance du bâti permet de réussir son entretien ou sa réhabilitation. Comprendre permet de livrer des hypothèses sur la nature des désordres et d’enrichir la recherche historique afin de choisir le concept convenable d’entretien ou de réhabilitation et d’offrir non seulement la solution économique et technique mais aussi conservatrice du patrimoine bâti. Les études pluridisciplinaires consistent à fournir tous les résultats des études et des différentes analyses qui nous permettent de récolter toutes les informations

Avant de décider de toute intervention, il s’agit d’identifier l’origine des désordres

nécessaires qui constituent le diagnostic. Elles comprennent l’étude historique et documentaire, l’étude socio-économique, le relevé architectural, l’inspection détaillée du bâtiment, l’analyse constructive et structurelle, les essais in situ et en laboratoire. - L’étude historique et documentaire Le processus du diagnostic commence par l’établissement de l’étude historique du bâtiment concerné. Il s’agit de collecter :

Pour l’analyse de l’humidité, il convient d’utiliser différentes sortes d’hygromètres

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Les textes et les récits qui décrivent l’architecture de la maison, sa composition en plan, son usage, le nombre d’étages, ses matériaux constitutifs, la description de son environnement, etc.... - Les documents graphiques anciens (plans, coupes, élévations, plan cadastral, etc...), ils sont disponibles à la municipalité ou au service foncier. Les photos anciennes de l’intérieur ou de l’extérieur de la maison, qui nous permettent de vérifier l’état de la maison à cette date. Les dessins (croquis, aquarelle, au crayon, etc...), les anciennes vues aériennes des villes et des villages où pourra apparaître la maison sur les photos de la région. Cette recherche pourra aboutir à l’identification de l’originalité de la maison, sa transformation et son évolution, facteurs qui composent aujourd’hui son espace architectural. En effet, la maison dans son profil actuel est le résultat d’un changement continuel des habitants, de leur espace résidentiel qui présente aujourd’hui les traces des différentes interventions où l'état d’origine est parfois présent. - L’étude socio-économique Souvent les habitants des maisons traditionnelles ont quitté leur demeure au début du XXe siècle pour s’installer dans des immeubles de la banlieue où se trouve le luxe et le confort de la vie contemporaine. Ses anciennes maisons sont alors habitées par des personnes n'ayant pas les moyens économiques , ou le niveau technique suffisant pour l’entretenir. Il est fréquent de trouver des maisons traditionnelles toujours habitées par la même famille, celle-ci ayant fait des travaux d’amélioration au fur et à mesure que ses revenus le lui ont permis. Ainsi, la maison traditionnelle subit des désordres dus au manque d’entretien et aux rajouts de constructions ou installations contemporaines inadaptées avec l’ensemble original. - Le relevé graphique Le relevé n’est pas uniquement une opération de mesurage correct d’un bâtiment accompagnée de sa représentation graphique, mais aussi une opération qui doit représenter toute la problématique du bâti pour mieux la comprendre et l’analyser. On distingue plusieurs types de relevé : le relevé architectural, le relevé des désordres, le relevé technique qui décrit les matériaux utilisés et leurs techniques de mise en œuvre, les différentes installations et les abords de l’édifice. Le relevé architectural Il consiste à représenter par des dessins l’œuvre architecturale existante afin de comprendre sa composition, ses dimensions, ses proportions et son tracé géométrique, son mode de construction, son développement historique et sa valeur esthétique et fonctionnelle. C’est une opération scientifique qui exige une série d’enquêtes allant de la lecture du concept original de sa construction en passant par toutes les interventions d’entretien ou de réhabilitation jusqu’à l’interprétation de son actuel aspect formel et spatial. Le dessin de ce relevé doit être capable de transmettre les informations avec le plus de clarté, de précision, de


Le relevé graphique est indispensable à un bon diagnostic

légende, d’explication et de notes possibles. A minima ce relevé doit produire des plans, en coupes, en élévations et si possible en trois dimensions par des vues en perspective ou en axonométrie. Le relevé des désordres Il consiste à présenter les déformations et les dégradations. Les murs et les planchers sont le support de ces désordres, ils portent le schéma qui indique par simple observation la nature et l’ampleur des fissures. Celles-ci permettant de mieux comprendre les origines des déformations et les causes de la dégradation. Ce relevé permet d’obtenir un ensemble complet de données précisant les lésions, les fissures, l’aplomb ou le gonflement des murs, les traces d’humidité et des

Le diagnostic comme étape préalable à toute intervention de réhabilitation ou d’entretien

dégradation (climat, pollution, mouvement de structure, etc....). Ce relevé indique aussi les matériaux utilisés dans les différentes étapes d’intervention. Leurs techniques de mise en œuvre reflètent les compétences du savoir-faire à chaque étape d’entretien ou de réhabilitation et l’influence des matériaux nouveaux sur la construction originale. L’utilisation du béton a montré après un siècle, le danger qu’apporte ce matériau à la structure ancienne en pierre.

La disparition des revêtements de protection est souvent à l’origine des problèmes structurels

On observe parfois l’affectation de celle-ci par les matériaux d’entretien qui n’ont pas les mêmes propriétés physiques ou mécaniques. Le relevé des différentes installations Depuis la construction de sa maison l’habitant ne cesse de modifier le programme de cette maison et de l’adapter à ses besoins de confort. Ce relevé consiste à discerner les constructions et les installations parasites à la construction originale. L’analyse de ce relevé conduit à présenter l’influence physique et esthétique des rajouts à la maison traditionnelle. Le relevé des abords de la maison Il consiste à relever la situation de la maison par rapport à son environnement et permet de préciser l’effet de ce dernier sur l’état de conservation du bâti. Il présente la proximité éventuelle des industries et de leurs conséquences (fumée, pollution de l’air, pluies acides, etc...), de la mer (degré d’humidité, concentration de sels, etc...), et des réseaux routiers, chemin de fer, aéroport (vibrations, pollution, bruit, etc...).

Des témoins installés sur un placage en marbre

salissures, etc...., indiquant leur emplacement, leur sens et leur dimension. Ces données quantitatives et qualitatives permettent de vérifier l’état de stabilité et de dégradation de la construction à la date de son relevé. Le relevé des matériaux utilisés et les techniques de leur mise en œuvre Il consiste à relever les matériaux constructifs du bâtiment : leur nature, leurs dimensions, leurs propriétés physiques et mécaniques, leur état de conservation après son vieillissement et son exposition aux facteurs de

- L’inspection des désordres dans le bâtiment La plupart des désordres sont inspectés par observation visuelle. En effet, un œil formé pourra détecter l’origine des désordres d’après la forme, la nature des déformations et leurs évolutions. Une démarche systématique contribue à faciliter l’inspection en allant de l’observation générale à celle la plus détaillée, en utilisant des appareils de mesure très précis. Cette démarche commence par l’inspection : - Des façades qui permettent de connaître les caractéristiques constructives des différentes étapes de construction et leurs influences sur la conservation et la stabilité de la structure ancienne.

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Le diagnostic comme étape préalable à toute intervention de réhabilitation ou d’entretien

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Des propriétés des matériaux constitutifs (pierre, terre, bois, mortier de chaux ou de terre, structure en bois, etc...), de leur dimensionnement (mur à double parement, simple, épaisseur et hauteur des murs, etc.) et de leur mise en œuvre (pierres posées sur un lit de mortier de chaux, maçonnerie de pierre hourdée d’un liant de chaux, pierre en boutisse, mur de terre avec armature en bois, enduit de chaux ou de terre, etc....). De l’état de la couverture et de son système constructif (voûte, plancher en bois, charpente en bois, etc....), ainsi que l’inspection de l’état des canalisations d’évacuation des eaux pluviales et des eaux usées. Cette inspection comprendra la vérification de leurs capacités de leur inclinaison et de leur raccordement au réseau public. Des nouvelles installations et leur influence sur le support ancien (réseau électrique et sanitaire, antennes et paraboles, nouveaux matériaux de constructions). Des conditions de confort à l’intérieur de la maison, hygrométrie (humidité relative de l’air, teneur en eau, niveau de la nappe phréatique, etc....) et acoustique (proximité de routes, chemin de fer, usines, etc....).

stabilité générale du bâtiment et l’état de conservation de ses matériaux constitutifs.

Essais in situ La méthode d’inspection visuelle, pourra être complétée par un monitoring continu à l’aide de plusieurs instruments de mesures non destructifs in situ . Les différentes contraintes qui agissent sur la structure ancienne seront évaluées par calcul des descentes des charges et par la détermination des efforts dynamiques qui expliquent la localisation, le sens et la grandeur des déformations. Essais en laboratoire En laboratoire les propriétés physiques et mécaniques des matériaux de construction pourront être analysées sur des échantillons prélevés par micro-carottages. Cette méthode permet de définir la résistance à la compression et à la flexion, la porosité du matériau, la profondeur des altérations et la mesure de la perméabilité (hygrométrie,

- L’analyse constructive et structurelle Dans l’objectif d’identifier les désordres structurels dans le bâtiment ancien, une série d’inspections doivent être réalisées. La plupart des anomalies sont inspectées par simple observation visuelle ce qui permet lors de la première visite du bâtiment de voir les déformations portées sur les murs de façades, sur les murs intérieurs,

Un bon équipement de travail est indispensable pour l’expert en charge du diagnostic

teneur en eau, condensation). D’autres examens pourront être faits au laboratoire pour identifier les salissures et la nature des altérations.

Le langage des fissures permet aux experts de comprendre l’origine des désordres structurels

ainsi que sur la terrasse. Quand on a un doute sur un problème structurel actif, il faut appliquer des instruments de mesure afin de vérifier les déformations à chaque saison et détecter les mouvements pour pouvoir en déduire l’origine et suivre leur évolution après réparation des désordres. L’analyse systématique ou le diagnostic des altérations nécessite une démarche au cours de laquelle on évalue la

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Les outils d’inspection Dans le cas des mesures simples effectuées par un architecte avec l’aide d’un maître maçon, les principaux outils à utiliser seront : 1- pour les représentations de l’information : - Une tablette de dessin, papier calque indéformable, papier millimétré, crayon, gomme, stylo de plusieurs couleurs, etc.... - Fiches d’inspection, support graphique de plans, coupes et élévations pour marquer les différents désordres et les minutes prises sur chantier. - Un appareil photographique (numérique de préférence). 2- pour le relevé architectural: - Un fleximètre de 5 m, un décamètre de 50 m en ruban de tissu invariable, un mètre télescopique, un mètre laser. - Un niveau à eau, un niveau manuel, un niveau optique ou laser, un fil à plomb. 3- pour faciliter l’observation: - Une lampe protégée et alimentée par une rallonge de fil électrique. - Une loupe.


Le diagnostic L’analyse de toutes les informations récoltées contribue à élaborer un bon diagnostic qui permet de déterminer toutes les causes des désordres et définir les remèdes appropriés. Selon la valeur de la dégradation détectée lors des études pluridisciplinaires, il sera décidé de la nature de l’intervention : réhabilitation ou d’entretien, des délais d’exécution et des intervenants (propriétaire, architecte, expert, etc.). Plusieurs outils sont à notre disposition pour améliorer la connaissance du bâti

- Un escabeau, une échelle, une lancelle ou technique d’escalade. 4- pour la prise d’échantillons: - Un marteau, un stylet en acier, un scléromètre, ciseau, etc. - Des sachets en plastique pour les échantillons et des étiquettes adhésives pour les référencer. 5- pour la détection des fissures et de l’humidité: - Une jauge pour mesurer et faire le suivi des mouvements des fissures. - Un hygromètre pour mesurer la teneur en eau dans la maçonnerie. - Un termo-hygromètre pour mesurer la température et l’humidité relative de l’air. - Des réactifs qui déterminent la nature des sels se trouvant cristallisés à la surface des pierres ou de l’enduit de chaux lors d’une réaction chimique.

Le diagnostic comme étape préalable à toute intervention de réhabilitation ou d’entretien

matériaux. Dans ce sens l’observation visuelle, le savoirfaire et l’expérience dans le domaine de la construction, peuvent réduire largement les tests et les analyses fastidieuses. Cependant, il est nécessaire, en cas de doute, de procéder à des essais plus développés.

Cette fiche à pour objectif de réaliser une estimation et une appréciation rapide sur l'état d'entretien d'un édifice. Il s'agit d'identifier les principaux éléments constructifs, de les décrire puis de vérifier qu'ils remplissent correctement leur fonction. Les données sont recueillies lors d'une inspection visuelle générale de l'édifice. Les fiches jouent le rôle d'un guide de référence, d'un canevas de travail. Le check-list suivant est proposé à titre indicatif :

Le contrôle du mouvement des fissures est toujours recommandé

Les matériaux constitutifs de la maison traditionnelle peuvent être soumis à de nombreux essais qui contribuent à préciser la nature des altérations et leur origine. Dans un bâtiment classé, de grande valeur historique, il est plus économique ( à long terme ) et techniquement plus scientifique de soumettre l’ensemble bâti à un système de mesure, de tests et d’analyses continuelles et précises qui permettent d’évaluer les mouvements minimes de la structure à n’importe quel moment. Mais dans des maisons traditionnelles on doit chercher le procédé le plus simple pour faire le diagnostic nécessaire à l’identification des altérations de ses

1 - La Structure Verticale : Evaluer les fondations, les aplombs, les fissures, ou les autres lésions, autant des poteaux / piliers que des murs et parements porteurs. Identifier les types de matériaux et leurs pathologies apparentes. Horizontale : Evaluer la flexion des poutres et des planchers, la solidité des arcs et des voûtes, la présence de fissures, de pourrissement, d'insectes, d'effritement dans le bois, la brique ou la céramique. 2 - La Couverture Vérifier si elle remplit convenablement ses fonctions d'imperméabilisation et de protection, sans égouttement, infiltration ou pont thermique. Vérifier également la surface extérieure, les décollements ou porosités éventuelles, ainsi que le mal fonctionnement éventuel du système d'évacuation des eaux (gouttières et conduits engorgés, encrôttés, rouillés…) 3 - La Façade Evaluer les différents éléments de la façade, tout d'abord pour l'ensemble sur un plan structurel et sécuritaire: il s'agit alors de déterminer les risques de décollement, puis de chutes sur la voie publique. Ensuite, détailler l'état et évaluer la condition des éléments séparés : structure, balcons et volumes, corniches et passées de toiture, garde corps et appuis de fenêtres (vérifier les fixations et le degré de détérioration), revêtements et décors (mauvaise fixation, décollement, porosité, usure, moisissure, pollution…), menuiseries (fixation et état, insectes...). 4 - Intérieurs Evaluer le degré de détérioration et les conditions de confort : acoustique, thermique et sur le plan de l'humidité (infiltrations, condensation et remontées capillaires). 5 - Installations Vérifier l'état des éléments de protection des différentes installations : eau, gaz, électricité et évacuation des eaux usées.

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Rayak

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L’entretien périodique, la seule garantie pour la maison traditionnelle

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Les bâtiments sont soumis à un processus permanent de dégradation physique à cause de leur usage et sous l’action de l’environnement extérieur. Les bâtiments, malgré leur aspect vraiment solide, et leurs différents composants sont très sensibles à l’action des facteurs climatiques (du soleil, de la pluie, du froid ou la chaleur) et de toutes les autres actions naturelles. L’action des usagers est aussi l’une des causes de la détérioration progressive des différents éléments.

La nécessité de l’entretien Les besoins et les activités pour lesquels notre architecture traditionnelle est conçue sont en constante évolution et il est normal que de temps en temps elle soit soumise à des travaux de réhabilitation et d’entretien afin de répondre et de s’adapter aux exigences de chaque moment découlant des mentalités, des habitudes, des modes ou des exigences techniques ou légales, que ce soit sur les aspects de production, d’usage ou de confort. Quand nous parlons d’entretien ou de maintenance, nous parlons de l’action la plus importante pour la conservation et la mise à jour de notre architecture traditionnelle. Il s’agit de l’ensemble des interventions périodiques et fréquentes qui assurent au fil du temps la protection et l’adéquation de la maison aux activités abritées. Nous devons distinguer deux choses: les travaux d’entretien courant, dont le but est la sauvegarde de la capacité fonctionnelle minimale, et les travaux de modernisation qui cherchent à adapter la maison aux exigences de l’usage et du confort moderne qui sont en évolution constante.

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d’être obligés de procéder à de lourds travaux au bout de quelques années. Maintenir le bon fonctionnement des différentes installations afin d’assurer la sécurité et l’hygiène des habitants. L’attachement du propriétaire à sa maison et à sa valeur patrimoniale et sa responsabilité de la protéger contre les facteurs climatiques qui endommagent les éléments de sa structure. Le manque des moyens financiers pour construire une nouvelle maison et l’augmentation du coût des constructions neuves.

Le rôle du propriétaire Le propriétaire est la première personne qui est censée détecter les anomalies dans sa construction. Vu ses faibles moyens pour des travaux importants d’entretien, il peut éventuellement participer à l’élaboration d’un bon diagnostic qui précise le type d’intervention et la qualité de la main d’œuvre qui doit réaliser les travaux. Des travaux de maintenance courants pourront être réalisés par le propriétaire lui-même comme les travaux de nettoyage, de petite réparation de menuiserie ou de ferronnerie, de réfection de l’enduit et le damage des terrasses en terre, les badigeon de chaux ou de terre, le remplacement de quelques pierres altérées, etc... Dans des travaux plus importants, le propriétaire doit faire intervenir un expert pour résoudre un problème spécifique ou pour une évaluation globale de l’état de conservation des structures. Par contre, la gestion des maisons traditionnelles exige des connaissances et des méthodes d’entretien spécifiques. En effet, il ne s’agit pas uniquement des travaux de réparation ponctuelle mais d’opération complète de gestion tout en profitant au maximum de leur fonction et en préservant toujours leur valeur historique et culturelle.

L’entretien aujourd’hui Depuis sa construction, la maison traditionnelle a toujours été l’objet des travaux d’entretien effectués par les propriétaires eux-mêmes ou par leurs représentants, le maître maçon et les autres artisans de la construction. Déjà au XVe siècle, le sculpteur et architecte italien Il Filarete dans son « Traité d’architecture » disait : « Toi tu pourrais me dire: le bâtiment ne devient pas malade et mort comme l’homme. Et moi je te dis oui : il devient malade quant il ne mange pas, c’est à dire il n’est pas entretenu, et il se dégrade à fur et mesure de la même façon que l’homme quant il n’a rien à manger et il tombe mort. » Durant ces dernières années l’importance que les propriétaires accordent à l’entretien de leurs anciennes maisons est en perpétuelle évolution. Ceci est dû à plusieurs raisons : - La prise de conscience des propriétaires sur la nécessité d’entretenir quotidiennement leurs maisons au lieu

Les travaux ordinaires d’entretien sont toujours nécessaires

Le guide de maintenance Pour un diagnostic efficace, il est nécessaire de regrouper toutes les informations qui contribuent à mieux connaître le bâtiment afin de créer un cahier technique et une banque de données qui permettront de définir un

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L’entretien périodique la seule garantie pour la maison traditionnelle

programme de maintenance. Ce programme, ou guide de maintenance, permettra à la fois de constater les risques et les défauts de la construction et de planifier les travaux d’entretien préventif ou correctif. Ce programme sera un guide de maintenance régulier à consulter avant toute intervention sur le bâtiment. L’objectif de ce guide est de : - Assurer la maintenance d’un bâtiment afin de prévenir sa dégradation. - Faciliter l’opération d’un futur diagnostic. - Mieux connaître les matériaux constructifs et leur durée de vie, le système structurel et les techniques anciennes de mise en œuvre. - Faciliter le suivi d’une ou des opérations quotidiennes de maintenance. Le guide de maintenance sera l’outil de travail et le document qui porte toutes les informations techniques et historiques de l’usage, des dégradations détectées à partir d’une observation visuelle des désordres et des interventions de maintenance effectuées sur le bâtiment et l’identification de l’intervenant (propriétaire, expert, ouvrier, etc...). Ce dossier permet de vérifier l’état des structures, d’organiser un calendrier des travaux de maintenance périodique et de planifier les travaux de conservation préventive.

Les différents niveaux d’entretien - Le bon usage Le bon usage constitue le premier moyen de réduire l’entretien prévu et de prolonger la durée de vie de la construction. Il s’agit uniquement de bien la connaître et de l’utiliser intelligemment. Des conseils simples pourront nous aider dans ce sens : Ne pas claquer les portes, bien ventiler tous les matins, fermer les fenêtres avant l’orage, utiliser des produits convenables de nettoyage, etc.... - La maintenance Les différents éléments constitutifs d’une maison vieillissent différemment et chacun d’eux à des caractéristiques et des cycles de vie qui lui sont propres : l’acier peut rouiller ou le bois peut pourrir. Cependant, leurs protections doivent être entretenues, réparés et renouvelés à certaines échéances. La maintenance de certains équipements doit être confiée à des professionnels, tel est le cas des chaudières, du ramonage des cheminées, du nettoyage des couvertures, etc...

L’entretien préventif Connaissant la nature et la durée de vie des matériaux constituant la construction, on peut réaliser des interventions régulières de maintenance permettant de réduire les dégradations et de maintenir autant que possible le patrimoine bâti en bon état. Les visites périodiques d’inspection permettent la détection des désordres pathologiques ou structuraux dans la construction avant qu’ils ne s’aggravent. Ainsi, la maintenance préventive limite les dégâts et les grandes dépenses des interventions lourdes de réhabilitation ou d’entretien. Après les travaux de réhabilitation, un programme d’entretien sera établi indiquant un calendrier pour ces inspections périodiques, le nettoyage des matériaux constructifs et le contrôle des structures. En conservation préventive, ce plan note pour les usagers des renseignements pour bien connaître leur maison et ses éléments constitutifs et de prendre précautions dans des situations particulières, aux structures fragiles qui pourront être endommagées lors d’une mauvaise utilisation. Une vision d’ensemble est toutefois indispensable pour réaliser des travaux cohérents et conformes aux objectifs fixés. Il n’est pas facile de déterminer à priori qui doit exécuter telle ou telle opération d’entretien, il est nécessaire de sélectionner la main d’œuvre la plus qualifiée dans les arts de bâtir traditionnels pour entamer certains travaux de maintenance qui demandent une expertise spécialisée. L’objectif de ce programme est d’intervenir dans un édifice ancien tout en respectant sa valeur historique et architecturale. Un bon entretien doit maintenir en bon état le bâtiment tout en conservant sa valeur architecturale et patrimoniale.

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Souvent les protections d’urgence ne sont qu’une solution temporaire

- La réparation Quelle que soit la qualité de l’usage et celle de la maintenance, une panne est toujours possible. Le dépannage peut être simple, comme le remplacement d’un fusible ou nécessiter l’intervention d’un spécialiste. La réparation consiste à remettre l’ouvrage en état : soit d’un équipement, soit de la corrosion d’un métal, soit de tuile cassée ou de siphon bouché. - La rénovation En dépit d’une maintenance consciencieuse et malgré des réparations effectuées en temps utile, il arrive un moment où l’usure et le temps exigent la rénovation. Il faut alors procéder au remplacement de certains éléments ou de certains ouvrages.


Bibliographie sélective ABOUSSOUAN CAMILLE, 1985, « L’architecture libanaise du XVe au XIXe siècle, le bonheur de vivre », Dijon, Imprimerie Darantière. Bilan rapide et romancé de l’architecture au Liban depuis les origines. CHEVALLIER DOMINIQUE, 1998, « La société du Mont Liban, à l’époque de la Révolution industrielle en Europe », Paris, P. Geuthner. Une histoire rurale du Mont Liban (fiscalité, société, pouvoir) au XIXe siècle. COLLECTIF, (BACHY ERIC), 1997, « La forme urbaine de la médina, perceptions et analyses (XIXeme et XXeme siècles) », Médina n°3, Paris. Approche analytique et morphologique du tissu urbain de la vieille médina de Saida. COLLECTIF, « Espaces et formes de l’Orient arabe », Aix-enProvence. Présentation des quelques types architecturaux de l’Orient arabe. COLLECTIF, « Espace centré », Aix-en-Provence. Ouvrage consacré aux habitations centrées du pourtour de la Méditerranée et du Monde arabe plus précisément. COLLECTIF, RÉSEAU CORPUS, 2002, « Architecture traditionnelle méditerranéenne », Avignon. Inventaire et analyse des composants de l’architecture vernaculaire autour du bassin méditerranéen avec synthèse.

HALLAK MONIQUE, MANSOUR B., 2000, « Akkar, al-kounouz al-mansiyyat », Beyrouth, Dar-AnNahar. Présentation, avec courtes notices historiques, des monuments et des habitations typiques du Akkar. KASSATLY HOUDA, 2000, « Terres de Békaa, L’aménagement de l’habitat rural sur le haut plateau libanais », Beyrouth, P. Geuthner. Recueil d’excellentes photos sur des habitations et des détails architecturaux de la Békaa. KFOURY SEMAAN, 1999, « Maisons Libanaises », Beyrouth, ALBA. Bilan critique des théories de l’évolution architecturale au Liban et de la genèse de la “maison Libanaise”. LIGER-BELAIR JACQUES, 1999-2000, « L’habitation au Liban, the dwelling in Lebanon », Paris, P. Geuthner. Propose une théorie de l’évolution de l’architecture au Liban depuis l’âge du Fer. PAGET CLAIRE, 1998, « Murs et plafonds peints, Liban XIXe siècle », Beyrouth, Terre du Liban. Etude documentée des décors du maisons du XIXe siècle et biographies des artistes. RAGETTE FRIEDRICH, 1980, « Architecture in Lebanon, the Lebanese House during the 18th and 19th Centuries », New York, Caravan books. Cet ouvrage est le premier à présenter une théorie du développement et une typologie de la maison libanaise à partir d’une enquête (non exhaustive).

DAVIE MAY, 2003, « La maison aux trois arcs de Beyrouth : Genèse d’une demeure patrimoniale », Beyrouth, Alba. Cet article traite de la naissance d’un archétype et du style beyrouthin à la fin du XIX° siècle (le modèle à hall central, à trois arcs et au toit de tuiles de Marseille). DAVIE MAY, NORDIGUIAN LEVON, 1987, « L’habitat de Bayrut al-qadimat », Berytus XXXV, Beyrouth. Etude de la maison à cour à partir des archives du waqf grec-orthodoxe et du relevé d’une survivance dans le quartier des Jésuites à Beyrouth. DAVIE MAY, 2001, « Beyrouth 1825-1975, un siècle et demi d’urbanisme », Beyrouth, Ordre des Ingénieurs et Architectes de Beyrouth. Cet ouvrage présente les 4 phases urbanistiques que la ville de Beyrouth a traversées entre 1825 et 1975, et leurs sources d’inspiration égyptiennes, des Tanzimat, coloniales et modernes.

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