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Poèmes, proses et contes écrits par Steeve LECHASSEUR


LE FIL par Steeve LECHASSEUR

© Copyright Steeve Lechasseur, 2007 Cet ouvrage est protégé par le droit d’auteur. Nul ne peut en faire l’impression, la réimpression, la publication, la diffusion à grande échelle, la copie partielle ou intégrale, la distribution, la traduction, l’adaptation, la commercialisation sans l’accord écrit de son auteur. La diffusion de ce recueil sur Internet n’a pas d’autres buts que la consultation en ligne et la lecture à usage privé.


Le fil – Steeve Lechasseur

Né à la mauvaise époque De l’autre côté de la rivière Là où l’espoir est absent À la frontière de la folie Personne ne sait ce qu’il sait Personne ne voit ce qu’il voit Mais un jour, les couleurs apparaîtront Et les poissons nageront dans la rivière Qui mène à l’océan, Alors il se réjouira Alors il sera... libre.

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C’est vendredi. Il est 19h27. Assis à mon pupitre de travail, le crayon dans la bouche, j’essaie, comme bien souvent, de réinventer le monde. Réfléchir, sans vraiment réfléchir, à rien de particulier. Soudain une idée, et hop ! Ça défile, ça se bouscule, pas le temps de penser, à peine le temps d’écrire… Sans penser ? Si ce n’est pas moi, qui est-ce qui pense ? Et pourtant ça vient vite, ça se précipite, comme une source d’eau vive coulant sur le papier, que je n’ai pas vraiment cherché mais que j’ai accueilli en laissant seulement les mots courir sous le crayon. Vérité illusoire ou illumination ? Seule ton approbation peut me le révéler, car même si je croyais savoir tous les secrets du monde, comment pourrais-je me croire, moi, qui sans cesse apprends ? Mais si tu les écoutes, analyses, réfléchis, ces mots venant de moi ou d’une autre demeure, je sais que l’on saura si je suis dans l’erreur, victime de moi-même ou d’un étrange malheur. Mais surtout, sois prudent, pour juger, prends ton temps, pour ne pas que le temps fasse de moi un brigand. La vérité du moment est la plus belle chose au monde, mais si elle le reste trop longtemps, elle devient vite un mensonge.

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Naissance du bien

Au commencement, il y avait le mal. C’était le mal parce que la nature était vierge, inexplorée, incomprise. Personne ne connaissait le bien, la vérité du bien. On voulait se nourrir, mais on se nourrissait mal. On voulait cultiver, mais on cultivait mal. On voulait aimer, mais on aimait mal. Heureusement cependant, la nature était forte ; aujourd’hui, elle veut nous faire connaître la vérité, la vérité du bien. Elle nous emprisonne et nous fait souffrir. Elle nous oblige à trouver le meilleur moyen de se nourrir, le meilleur moyen de cultiver, la meilleure façon d’aimer. Ainsi, de par l’action bienfaitrice de la nature, on s’est mis à mieux se nourrir, à mieux cultiver, à mieux aimer. On s’est mis à découvrir la nature, à chercher la vérité et à promouvoir le bien. C’est par l’action bienfaitrice de la nature, par la souffrance de vivre et par notre besoin les uns des autres que le bien est né et a grandi.

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Sans la souffrance de vivre, l’être humain aurait été qu’un animal autosuffisant faisant le mal inconsciemment. Sans cette vie, le bien n’aurait jamais pris naissance, l’amour ne serait resté qu’une utopie et la vérité qu’un éternel mensonge. Heureusement cependant, la nature est là et le mensonge tend à disparaître. La vérité s’est dévoilée lentement, le bien a triomphé un peu plus et l’homme est devenu de plus en plus divin. Gloire à la vie qui nous enseignât le bien.

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SI Si tu me donnais tes mots, Je pourrais te parler Et alors tu saurais Que nous sommes tous des frères. Mes mots sont tellement pauvres. Ils ne sont que les miens. Et quand je te les donne, Ils n’ont rien à te dire. Si tu me donnais ton cœur, Je pourrais enfin t’aimer. Et alors tu comprendrais La joie de n’être qu’un. Mon cœur est si fatigué, Il n’en peut plus de chercher. Et il perd toutes ses forces A tous vents, de tous côtés. Si tu me donnais tes silences, Je pourrais t’écouter. Et alors s’estomperait L’espace entre nous. Il y a tant de mensonges, Tellement de paroles creuses, Que mes oreilles assoiffées Ne savent plus entendre.

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LE PORC Jadis, il y a de cela fort longtemps, vivait dans un village un homme appelé Nathan. Nathan n’était pas un homme comme les autres. En effet, il possédait un don très particulier qui lui permettait de communiquer avec les animaux. Pour y arriver, il lui suffisait simplement de regarder l’animal droit dans les yeux. Or, par un beau jour de juillet, un jour chaud et ensoleillé, Nathan marcha le long d’un sentier menant à une marre de boue. Arrivé à la marre de boue, il fut surpris d’y trouver un porc, un gros cochon enfoncé dans la vase jusqu’au menton. Il semblait s’amuser follement à se rouler dans la boue. Nathan s’arrêta à quelques pas et se plaça droit devant lui pour établir la conversation. Après quelques instants, leurs regards se croisèrent. Salut à toi, homme ! Dit le porc. Salut porc, il fait chaud aujourd’hui ! Salua Nathan. Oh oui ! Heureusement que la marre ne s’est pas desséchée comme l’été dernier. J’ai dû me rendre à un ruisseau près d’ici, et on n’y trouve pas un once de boue. Vous vous rendez compte !? Juste de l’eau limpide, Hierk ! Tu n’aimes pas l’eau claire ? Demanda Nathan. Non ! Répondit le porc. N’as-tu donc jamais été propre ? Être propre ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Être propre, c’est lorsque notre corps est débarrassé de toutes les saletés, comme la boue, par exemple ! Quoi !? Non, je n’ai jamais été propre et ça ne m’intéresse pas de le devenir ! Être propre, sans boue, quelle drôle d’idée ! Je suis bien ici, dans cette marre !

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Pourtant, je crois sincèrement que tu serais heureux d’être propre ! Insista Nathan. Jamais de la vie ! Mon père, mon grand-père et mon arrière grand-père étaient tous très heureux dans la boue et il n’est pas question que je me lave ! Nathan salua le porc et reprit le chemin du retour tout en se disant « Après tout, s’il est heureux de se vautrer dans la boue, s’il refuse de connaître le bonheur d’être propre, pourquoi insister ? » Quelques semaines plus tard, Nathan se promena à nouveau sur le sentier menant à la marre de boue. Ça faisait déjà deux mois que le soleil chauffait à blanc le village, sans que la moindre goutte de pluie ne tombe du ciel. Arrivé à la marre de boue, il constata avec stupeur que le porc était toujours là, complètement prisonnier d’une épaisse couche de boue durcie le rendant incapable d’effectuer le moindre mouvement. Nathan s’installa en face du pauvre cochon afin de pouvoir communiquer avec lui. Le regard du porc s’illumina instantanément à la vue du sage qui le regardait avec compassion. Ah, salut à toi, homme. Comme je suis heureux de voir enfin quelqu’un. Je suis prisonnier de cette boue depuis ce matin. La marre s’est complètement asséchée pendant la nuit. Je me suis réveillé ce matin avec le désespoir de ne plus pouvoir bouger. Aidemoi, je t’en supplie ! Sois sans crainte, mon ami. Je vais te délivrer de ce manteau récalcitrant ! Nathan empoigna le porc, le hissa sur ses épaules et le porta jusqu’au ruisseau situé un peu plus bas. Arrivé au ruisseau, il localisa une fosse assez profonde et y déposa le porc. Il le frotta 7


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énergiquement en l’aspergeant généreusement d’eau, jusqu’à ce que toute la boue séchée se dissolve dans le ruisseau. Le porc se retrouva ainsi propre comme un sou neuf et libre de retourner vivre dans la boue comme avant. Le porc sortit de l’eau, heureux d’être enfin libre et se mit à rire joyeusement comme jamais il n’avait ri auparavant. Il regarda ensuite Nathan dans les yeux et lui dit : Comme je me sens bien. C’est cela être propre ? Comme c’est bon d’être propre, comme je suis heureux. Mes parents auraient aimé cette sensation. J’ai l’impression que l’air qui m’entoure pénètre par tous les pores de ma peau. Comme j’étais sot de ne pas t’avoir écouté. Nathan, avec un regard plein de tendresse, se mit à rire, lui aussi, et aussitôt… Aussitôt le tonnerre éclata et la pluie se mit à tomber. La sécheresse prit fin. Le porc engendra de nombreux petits cochons et ils furent heureux d’être propres jusqu’à la fin de leurs jours.

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Clin d’œil C’est l’espace infini. C’est la planète Terre. C’est l’Amérique, le Canada, le Québec. C’est la Gaspésie. C’est une forêt, un lac, un pêcheur. C’est moi. Ayoye! C’est une piqûre de moustique. Je l’observe. Son abdomen se gonfle et devient rouge. Ivre de mon sang, le moustique s’envole maladroitement dans les airs et s’éloigne De moi, Du pêcheur, Du bateau, Du lac, De la Gaspésie, Du Québec, De l’Amérique, De la planète Terre Et il s’enfonce dans l’espace infini…

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Froideur Temps modernes, Temps cruels, Temps de pierre. Tempête de briques, Tempête de peur, Tempête de froid, Froideur. Froideur dans vos yeux, Froideur dans vos coeurs, Froideur comme l’argent. L’argent... trahison. Trahison entre frères, Trahison entre toi, Entre toi et ton père, Entre ta mère et toi Et moi ? Moi et puis quoi ? Comment pourrais-je sourire, Oublier tout ce froid, Quand je vois toutes ces pierres, Et toi... caché derrière.

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Sans amour Point de beautés sans amour Point de désirs Point de rêves Point de futur sans amour Point de croissance Point de vie Pourtant J’ai l’amour de l’amour Et l’amour c’est la vie Pourtant J’ai l’amour de l’amour Et l’amour c’est toi Point d’amour sans ami Point d’amour sans toi Point d’amour Point de vie Point au bout de la vie…

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Mon île

Quand je regarde la mer Et vois cette immensité Oui, j’avoue j’ai un peu peur Qu’au loin se trouve mon île. Mes yeux sont si petits Mes limites sont tellement vraies Que la tristesse m’envahit Et la mort me touche de près. Une larme glisse sur ma joue De ma joue jusqu'à la mer qui partage ma douleur Et me rappelle au bonheur. Alors je sens ma misère d’homme Comme une chose qu’on peut changer Une magie au fond de cœur Me rappelle de rêver. De rêver à mon île Qui attend si patiemment Qu’enfin quelqu’un se décide À briser la solitude.

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Quand je regarde la terre Et que je vois ce que l’homme a créé, Oui, j’avoue, j’ai un peu peur D’être le seul à rêver.

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Fleurs des champs Temps modernes, temps cruels, Vous m’avez presque trompé En dissimulant effrontément Les magnifiques fleurs des champs Avec votre obsession De tout maîtriser, tout construire, Vous les avez tuées Comme on efface l’insignifiance A coup de machines infernales, De tonnes et de tonnes de béton, Vous avez transformé leur territoire En un misérable champs de bataille. Une victoire honteuse, Qui fait rougir l’évolution Et quelle maigre récompense : Des kilomètres de béton ! Mais tout n’est pas perdu, Il en reste des insoumises, D’irréductible gauloises, De ravissantes fleurs des champs.

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Je le sais ! Je les ai vues Derrière chez moi Dans l’inconnu. De partout elles surgissaient, M’aveuglant de leur beauté. De l’inconnu elles naissaient, Chassant dans l’oubli le béton et l’asphalte. Une beauté de survivante, Une beauté de guerrière, Une beauté qui refuse la mort, Une beauté qui crie la vérité. Oh, elles savent que plus loin, Chez leur ennemi des temps modernes, Leurs cousines sont des esclaves, Prisonnières du béton et des machines de guerre. Gloire à vous, fleurs des champs, Qui avez su survivre Et qui avez su séduire Un homme des temps cruels.

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Comme ça fait du bien ! Comme ça fait du bien ! J’allume une cigarette, j’ouvre la télévision et je m’écrase sur le divan. Je relaxe enfin. Comme ça fait du bien de ne plus avoir mon boss sur le dos, de ne plus avoir mes factures sous les yeux, de ne plus être sur la route dans mon « bazou » avec toujours cette maudite peur de me faire arrêter parce que mon « muffleur » est fini. Comme ça fait du bien de ne plus faire partie de la vie, ici, affalé sur le divan devant la télé. Ouais, j’ai hâte aux prochaines vacances. Je vais probablement aller passer les deux semaines de la construction à la plage d’Old Orchard. Y paraît que c’est super le fun par-là. Mon chum, Denis, y est allé l’été passé. Il a eu ben du fun. La seule chose qu’il a trouvé dure, c’est que les vacances ont passé ben vite. Sa paye de vacances aussi, a passé vite en baptême. Mais c’est pas grave, ça valait la peine. Ouais, j’ai hâte aux prochaines vacances. Bon ben, j’vais me prendre une bonne bière « frette ». J’la mérite ben, j’ai eu une journée de fou aujourd’hui. J’ai pas arrêté une minute. 16


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Après l’ouvrage, je suis allé à l’épicerie, au centre d’achat pis au poste de police pour payer le « ticket » qui a quasiment doublé de prix, parce que je n’avais pas payé les quarantehuit heures, que je n’avais pas fait signer, parce je n’avais pas d’argent pour changer mon « muffleur ». Ah oui, mon « muffleur », y faudrait ben que le change avant de pogner un autre « ticket ». Ouais, cette semaine, je ne peux pas, y m’en reste juste assez pour finir ma semaine d’ouvrage. La semaine prochaine, il faut que je paye mon loyer. Celle d’après, c’est le tour des assurances, pis des plaques du char. Ensuite, c’est le tour du compte d’électricité, pis du téléphone. La semaine d’après, c’t’encore le loyer, pis peut-être un autre ticket d’la police qui ne me lâche pas d’un pouce. Pis la semaine d’après…Tabernacle ! Hostie de calice ! La semaine d’après c’est les vacances d’la construction. J’pourrai pas aller à Old Orchard c’t’été. J’vas y aller pareil, Ciboire. Le « muffleur », qu’y mange de la « marde », pis la police aussi ! Pis Old Orchard aussi tant qu’à y être ! Hostie de vie plate. Ouais, j’pense que j’vais m’prendre une autre bière…

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J’aimerais te dire J’aimerais te dire que le ciel est beau J’aimerais te dire que la mer est belle J’aimerais te dire que je me trouve beau J’aimerais te dire que ma vie est belle Mais tout cela serait mensonge Tout cela serait faux Et si je te le disais Je te mentirais Quand je regarde le ciel C’est à la foudre que je songe Quand je regarde la mer Je prie pour qu’elle m’inonde Quand j’observe mon miroir C’est la tristesse qu’il me montre Et quand je marche dans le noir Je suis heureux de ne rien voir Quand je vois cette fumée noire La peur vient me prendre Quand je vois cette marée noire C’est mon rêve qui s’effondre

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Quand je vois mon image d’homme À la honte je m’abandonne Et quand je me couche le soir J’ai peur de ne plus te revoir Mais que pourrais-je te dire ? Que veux-tu entendre ? Que pourrais-je te dire Pour te faire plaisir ? Mais que pourrais-je te dire D’autre qu’un long soupir ? Que pourrais-je te dire Sinon pardonne-moi !

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Morte nuit La nuit m’enveloppe De son épais manteau. En moi, elle entre Par tous les pores de ma peau. Sur son âme, elle laisse Son empreinte de néant, Et dans ma bouche, Le goût amer de la mort. La nuit m’enveloppe De son épais manteau. Un torrent de frissons Me montent dans le dos. Personne ne peut me voir. Il n’y a pas de témoin. Enveloppé par le noir, Pour vous, je ne suis rien. Rien d’autre que le soir Qui ne fait aucun bruit. Rien d’autre que le noir Qui fait mentir la vie.

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Au secours

Au secours, il fait noir Je suis seul Et j’ai peur. Au secours, je suis pauvre, Je suis nu Et j’ai froid. Au secours, je suis las, Je suis vide Et j’ai soif. Au secours, je suis là Et je n’attends Que toi…

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Donne-moi Donne-moi un sourire, Même si je ne suis pas drôle Car mon cœur se meurt De voir tant de visages froids.

Donne-moi ta tristesse Laisse-la m’envahir Et peut-être qu’ensemble Nous saurons la détruire. Donne-moi la vérité, La vérité de ton cœur, C’est la seule chose qui importe; Le reste n’est que froideur. Donne-moi surtout ta présence, C’est de toi dont j’ai besoin, Seul, je ne suis rien, Sans personne à aimer. Donne-moi un instant, Un instant de ta vie Et je saurai t’écouter, Si tes mots sont sincères.

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Donne-moi cet instant, Je t’offrirai le mien Et peut-être qu’ensemble Nous serons l’infini…

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Tristesse Cher lecteur du présent, La tristesse est une amie. Elle est là juste pour toi, Pour t’aider à grandir. Mais c’est une drôle de compagne Car si tu la refuses, Elle augmente sa présence. Elle reste, elle veut t’aider. Le meilleur moyen De s’en débarrasser, C’est de la laisser doucement, Tout doucement faire son œuvre. Son travail n’est pas mauvais. Il t’oblige au repos. Un repos, une réflexion, Un arrêt pour mieux continuer. Et le lecteur du futur N’en sera que plus heureux. Car son amie, la tristesse, L’aura rendu plus fort.

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Persévérance J’ai marché sur la route, J’ai couru sur l’autoroute, J’ai marché, J’ai couru Et je suis tombé. J’ai marché sur la route, J’ai couru sur l’autoroute, J’ai marché, J’ai couru Et je me suis blessé. Je marche sur la route, Je cours sur l’autoroute, Oui, Je marche Oui, Je cours Jamais, je n’arrêterai. Je marche sur la route, Je cours sur l’autoroute, Oui, je marche Oui, je cours. Demain, je m’envolerai…

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Nuit de méditation Le jour chasse les fantômes de la nuit, Mon âme connaît un répit, Sans pourtant être vainqueur Ni vaincu. Plus le combat s’intensifie, Plus je m’éloigne de lui, L’illusion perd sa force, Surpris, j’existe encore. Je ne suis pas le meilleur Ni le pire. Je suis une poussière qui contemple l’infini, Un ego brisé par sa souffrance et par sa soif. Je surveille mes pensées, Certaines me plaisent, D’autres me hantent. Elles me déchirent le cœur. Je cherche l’action juste, Je suis déchiré entre mes désirs et mes peurs. Mon désir de bien faire Et ma peur de faire erreur.

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L’œil du serpent Depuis toujours, Tim voulait devenir charmeur de serpents. Cependant, sa mère, qui l’aimait beaucoup, lui interdisait de faire ce métier parce que c’était trop dangereux. Il risquait de se faire mordre par un serpent et d’en mourir. Elle lui répétait cela souvent et avec insistance pour être certaine qu’il renonce à son rêve. Pourtant, Tim ne se décourageait pas. À l’insu de sa mère, il allait souvent en ville pour observer les charmeurs de serpents. Un jour, un charmeur de serpents qui avait remarqué sa présence lui fit signe d’approcher. Tu viens souvent ici ? lui demanda-t-il. Oui. Moi aussi, je deviendrai un jour charmeur de serpents ! Prends garde, c’est un métier dangereux. C’est un peu comme jouer avec la mort ! Je n’ai pas peur, répondit Tim. Je peux t’enseigner à charmer les serpents, si tu le désires vraiment, dit le charmeur. Oh oui ! S’exclama Tim, tout joyeux. C’est ainsi que Tim débuta ses leçons pour devenir charmeur de serpents, malgré les recommandations de sa mère.

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Tim était doué et il apprenait vite, si bien qu’arriva le jour où l’occasion se présenta à lui de charmer son premier serpent. Tim se tenait debout, devant un panier d’osier contenant un serpent. Il tenait une flûte dans sa main. Pour seul spectateur, un peu à l’écart, se trouvait le maître charmeur qui observait attentivement la scène. Tim se sentait calme et bien disposé. Il retira le couvercle du panier, s’accroupit sur le sol et commença à jouer une mélodie merveilleuse. Tout allait bien. Le serpent se déroulait lentement. Tim se remémorait mentalement les consignes de son professeur : rester calme, rester maître de soi-même, garder le contrôle, plaire au serpent, ne pas avoir peur... La tête du serpent commença à émerger du panier tout en se balançant de gauche à droite. Sa langue sortait régulièrement de sa bouche pour goûter l’air environnant. Tout allait bien quand soudain… Soudain, Tim remarqua les yeux du serpent. Il n’arrivait pas à se détacher de ce regard froid et envoûtant qui semblait le fouiller jusqu’au plus profond de son âme. Tim se mit à penser à sa mère. Des gouttes de sueurs perlèrent sur son front. Il pensa à sa désobéissance, au danger, à la mort. Tout à coup, réduit à l’impuissance, Tim cessa net de jouer et laissa tomber sa flûte sur le sol.

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Alors, impitoyablement, le serpent se déroula d’un seul coup et vint mordre Tim à la joue tout en injectant son poison mortel. Tim s’écroula sur le sol. C’est alors qu’un ange survint. Il prit Tim par la main et tous deux s’envolèrent dans le ciel. -

Suis-je mort ? Demanda Tim à l’ange .

L’ange sourit, mais ne répondit pas. Ils continuèrent à s’enfoncer dans le ciel. -

Est-ce un rêve ? Insista Tim.

En guise de réponse, l’ange pointa le ciel du doigt. Au loin, se trouvait une petite étincelle de lumière bleue. À mesure qu’ils s’approchaient, la lumière grandissait et grandissait. Ce qui n’était qu’une étincelle paraissait maintenant être un gigantesque soleil. Ils pénétrèrent dans le soleil. Il y avait la mer. Elle était d’une pureté cristalline où les couleurs de l’arc-en-ciel s’embrassaient dans une danse magique au rythme des vagues qui venaient s’échouer sur la plage. Dans la mer se trouvaient des sirènes splendides. Elles faisaient entendre de leurs voix divines des mélodies sublimes que Tim n’avait jamais entendues. Le sable de la plage brillait de mille feux, comme s’il était composé d’une myriade de pierres précieuses. 29


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Une douce brise caressait le visage du garçon et de magnifiques oiseaux parcouraient le ciel. Au-delà de la plage se trouvait une forêt luxuriante avec des ruisseaux, des rivières, des poissons et des animaux de toutes sortes. Tim n’en croyait pas ses yeux. -

Je sais ! Je suis au Paradis ! S’écria-t-il.

Il se retourna, mais l’ange avait disparu. Tim devint tout triste. Je ne veux pas être seul, pensa-t-il. Alors, il aperçut au loin une silhouette familière qui s’approchait. Lorsqu’elle fut plus près, Tim la reconnue. -

Mais c’est papa ! S’écria-t-il.

Fou de joie, il se mit à courir vers lui. Arrivé à sa hauteur, il lui sauta au cou et le serra dans ses bras. Papa, comme je suis heureux de te revoir. Je n’en crois pas mes yeux. Maman m’avait dit que je ne te reverrais plus, que tu étais mort ! Tu sais fiston, dit le père, les gens savent ce qu’ils savent et ignorent ce qu’ils ignorent. Toi, mon garçon, il y a une chose que tu dois savoir. Le remède à tous les maux se nomme l’Espoir. Ceux qui savent espérer savent vivre et ceux qui savent vivre ne conçoivent pas la mort. Si tu dois choisir entre deux vérités, choisis la plus belle. Tout ce qui

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est beau et noble est éternel. Au revoir mon garçon, je t’aime. On se reverra. Le visage de Tim était tout en sueur. Des gens s’affairaient autour de lui. Il reconnut sa mère. Elle était tout énervée. Elle s’approcha de lui et le regarda. Tim lui sourit. -

Dieu du ciel, merci, il est revenu à lui ! S’écria-t-elle.

Tout en se penchant sur lui, elle lui dit : Pourquoi m’as-tu désobéi ? Je t’avais dit pourtant de ne pas jouer avec les serpents. C’est dangereux. J’ai eu terriblement peur. Tu as failli mourir, tu sais. Ton père est mort depuis longtemps; sans toi, je me serais retrouvée toute seule. Je t’aime Tim et je ne veux pas te perdre ! Elle lui prit la main et ajouta : Pendant ton sommeil, tu parlais d’un ange, du Paradis, tout semblait beau. Tu as même parlé de ton père. Tu as dû faire un très beau rêve ! Ce n’était pas un rêve ! Fit Tim d’une voix rêveuse.

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Stabilis Jadis, il y a de cela fort longtemps, à dix mille annéelumière de la Terre, existait une petite planète appelée Stabilis. La paix, la sécurité et l’ordre régnaient sur Stabilis grâce au roi qui avait établi des lois pour absolument tout, jusqu’au moindre geste de la vie quotidienne. Il était très rare que quelqu’un transgresse la loi car les gens la considéraient comme étant bonne et juste. Un jour, il y eut un homme qui connaissait beaucoup de choses, pleines de sagesse et d’intelligence. Il aimait parler aux gens et on l’écoutait discourir avec attention. Sa renommée s’étendait comme une poignée de paille au vent et tous accouraient pour entendre ses enseignements et assouvir leur soif de savoir. Ainsi, le sage homme faisait grandir les habitants de Stabilis en leurs cœurs, il faisait évoluer leur façon de penser. Malheureusement, en ces temps-là, il y avait de grands malheurs. De plus en plus de gens étaient malades. Il y avait de plus en plus de cancers et de maladies de toutes sortes. C’était le désespoir, personne ne comprenait ce qui arrivait. Un jour, un homme qui discutait avec d’autres s’écria: « Je comprends ce qui arrive. C’est depuis que ce maudit sage prêche dans nos rues que nous tombons malade. Allons le 32


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voir ! » La foule s’enflamma et ils partirent à sa recherche. Ils le trouvèrent alors qu’il était assis, seul, adossé à un arbre dans les bois. La foule s’approcha de lui et quelquesuns l’attrapèrent en lui disant : « Tu nous as jeté un mauvais sort. Avoue sorcier avant de mourir ! » Alors le sage homme leur dit: « Mes frères, c’est vrai que je suis la cause de vos malheurs. C’est à cause de moi et de mes paroles que vous avez changé votre façon de percevoir la vie. J’ai brisé l’harmonie entre vos pensées et vos actes. Votre vie quotidienne n’est plus en accord avec votre nouveau niveau de conscience. Cependant, frères, doit-on refuser de grandir en esprit par peur de devoir changer nos actes ? Doit-on refuser d’évoluer pour éviter de changer les lois ? » Alors un homme en colère sortit de la foule et s’écria : « Vous entendez, tous, c’est lui la cause de nos malheurs, tuonsle ! » Un autre s’avança avec la même attitude et dit : « Non, vous ne comprenez pas, c’est à cause du roi et de ses lois que nous sommes malades. Tuons le roi et abolissons les lois. » Enfin un troisième homme prit la parole et dit d’une voix pleine de chaleur et de compréhension : « Voyons amis, ne vous emportez pas ainsi. Allons ensemble voir le roi et changeons les lois ensemble pour qu’à nouveau règne la paix sur Stabilis. » La foule alla voir le roi qui accepta de changer les lois et la paix revint sur cette petite planète noyée dans les profondeurs de l’espace. 33


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L’écueil Une fleur dans les cheveux, Le cœur gonflé d’espoir, J’ai marché, heureux, De l’autre côté du miroir. Le miroir se brise, L’image vole en éclats. Je ne sais plus, qui suis-je ? Celui qui vivra verra. Dans l’ombre de la tristesse, Réfugié dans le noir, Des démons qui proclament. Des larmes, des larmes pour boire. J’ entends le rire moqueur De ma folie, de mes peurs Qui entraînent ma raison Dans des tourments sans fin. Ô Seigneur de l’univers ! Éloigne de moi ces tourments, Pose ta main sur ma tête, Apaise mon cœur indigent.

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Que me faut-il endurer encore Pour que toute justice s’accomplisse ? Jusqu’à quand le sacrifice De ma vie éternelle ?

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Temps de fou Tant pis Temps de fous Tant pis pour vous Tant pis pour moi Pour moi surtout Qui suis ici Parmi ces fous Ces temps de fous. Être fou est normal Folie sociale Des animaux Pour que je suis Un pauvre fou Qu’on pointe des yeux Sourcils foncés Regards voilés Regards chargés de préjugés. Je suis la différence Le faux pas de la danse La danse des moutons Qui sans cesse tourne en rond Autour de leur nombril En s’accordant raison.

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Normal je ne suis pas Non plus je ne veux l’être Ce que je veux c’est moi Simplement me connaître Et faire vibrer la voix Enfouie au fond de moi. Et tant pis Tant pis si cette voix Criant sa différence N’attire que le mépris Ou pire l’indifférence. Tant pis pour eux aussi Qui du normal nourris Ne savent qu’étouffer Le souffle en eux qui vit.

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L’échec Il n’y a d’échec Que pour celui Qui choisit d’échouer Qui choisit d’arrêter Arrêter de peiner De chercher à grandir Arrêter de souffrir D’avoir à travailler Travailler c’est trop dur On décide de mentir On se fabrique un mur On décide de mourir On couche avec la mort On s’endort sur la vie On accepte de dormir Et de mourir d’ennui…

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Résurrection Il est mort le poète, L’illuminé, le créateur, Mais tout comme le phénix, Il renaîtra de ses cendres Tout comme Jésus, Il ressuscitera. Il est mort le poète, Le marginal, le rêveur, Mais tout comme la chenille, Il deviendra un papillon. Il faut savoir mourir Pour renaître à la vie. C’est le prix de la vie éternelle; Mourir à son ancienne vie, À ses anciens rêves; Mourir à ses anciennes joies, À ses anciens plaisirs. Ne pleurez pas la mort de la chenille. Réjouissez-vous de la naissance du papillon. Ne pleurez pas la mort du poète, Il est encore dans son cocon; Il est tout endormi.

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Son corps est enroulé de bandelettes. Il faut attendre que ses blessures guérissent. Ne dites pas : Regardez, le poète est mort, celui qui vénérait le souffle créateur, celui-là est mort, Dieu s’est retiré de lui, le laissant seul avec sa folie. Le poète est mort, mais une seule vie l’attend; une vie plus belle, plus enrichissante, plus vraie, plus utile, plus vivante... Il est comme le papillon qui se tient sur la branche et qui se prépare à s’envoler pour la première fois. Il doit s’abandonner et sauter, mais il n’a pas peur parce qu’il est déjà mort quand il était une chenille.

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Ça suffit Arrêtez, arrêtez ! Cessez de vouloir mon bien Et de croire que mon bien Est le même que le vôtre. Arrêtez, arrêtez ! Cessez de me protéger du mal, De ce qui est mal pour vous Et que vous croyez mal pour moi. Je ne suis pas vous Et vous n’êtes pas moi. Mais je suis avec vous Et vous êtes avec moi. Il n’y a pas de beauté Dans la multiplication du pareil. Un, c’est parfait. Deux pareils, c’est un de trop. Je ne suis pas toi, Mais je suis avec toi Comme deux notes de musique Sur la portée de la vie, Comme deux instants qui courent Sur la ligne du temps. 41


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Rien ne nous sépare. Tout nous unit. Mais je ne suis pas toi. Accepte-le... et accepte-moi.

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Naissance de la conscience Au début, l’homme primitif ne se rasait pas; sa barbe poussait donc ainsi sans que nul ne s’en soucie. Malheureusement, de temps en temps, un pauvre inconscient trébuchait dans sa barbe trop longue en voulant échapper à une bête féroce. Il périssait alors sous les crocs de son agresseur. Ainsi, au hasard du quotidien, de temps à temps, un pauvre homme primitif périssait à cause de sa barbe maudite. Un jour, un barbare fut témoin d’une scène effroyable : un homme, voulant échapper à un lion affamé trébucha dans sa barbe et se fit dévorer. Pour la première fois de sa vie, le barbare témoin de la scène frissonna de peur. Il fut le premier homme à ressentir de la peur, car il fut le premier à s’identifier à quelqu’un d’autre. Il venait de réaliser que cela pouvait lui arriver, à lui aussi. Moment crucial pour l’histoire de l’humanité : il venait de prendre conscience de sa propre existence séparée de celle de ses semblables. Alors, suite à cette peur rédemptrice, il eut une idée de génie. Il se dit : « Ahiou baba gu rah ! » Ce qui veut dire : « Moi détruire poils mauvais ! » Il fut aussi le premier à inventer un mot pour se désigner lui-même: Le mot « moi ».

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Malheureusement sa conscience fut courte. Le pauvre, guidé par la peur, prit une branche enflammée et il l’approcha de sa barbe. Ce fut la catastrophe ! Le groupe entier fut témoin de la scène : Le pauvre barbu en feu, les cris, la conscience, la peur… Tous prirent conscience de leur propre existence, chacun se rendit compte de la folie du pauvre diable et le mot « suicide » fut inventé. Tous sauf un ! Eh oui, par hasard, l’un d’eux avait été témoin de la première et de la seconde scène : Le lion et le faux suicide. Il avait vu le lion dévorer sauvagement le barbu maladroit, mais à cette époque, il n’était pas conscient que cela pouvait lui arriver également. Mais cette fois, après avoir vu le pauvre homme en feu, il comprit. Il prit conscience de sa propre existence et de ce qu’il ne fallait pas faire pour survivre. Alors, il se mit à réfléchir quelques instants pour chercher un bon moyen pour se défaire de sa maudite barbe. Il étala sa barbe sur une grosse pierre, en ramassa une petite et se mit à frapper sur cette source de malheur. Peu après, ses compagnons, le voyant sans barbe, le percevant différent d’eux, s’élevèrent contre lui et le bannirent de leur clan à jamais. Le pauvre génie quitta son clan d’origine pour s’exiler dans une très lointaine contrée appelée aujourd’hui Amérique. Il fut très bien accueilli dans ce monde libre. Il se 44


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maria, engendra de nombreux enfants moins primitifs qui grandirent à leur tour et engendrèrent de nombreux enfants, de moins en moins primitifs, de plus en plus conscients, jusqu’au plus célèbre descendant primitif possédant la volonté d’enlever les poils mauvais. Il aima tellement l’une de ces inventions qu’il acheta la compagnie. « Il rase d’aussi près qu’une lame ou vous serez remboursés ! » (en référence à une publicité télévisée d’une marque connue (prendre l’accent anglais) de rasoirs)

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Clin d’œil Soleil rouge Boule de feu Vapeur bleue Mirage Visage Yeux bleus Lèvres rouges Bouche de feu Désir rouge Cœur en feu Peur bleue Présage Mirage Vapeur bleue Boule de feu Soleil rouge…

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La belle Loin de moi le sommeil. Je pense à elle. Elle, la belle. Incapable de dormir, Je revois son sourire. Je devine ses soupirs, Sous mes doigts, sur sa peau. Une peau blanche comme le lait, La douceur du satin. Une bouche rouge comme le vin Et des lèvres qui m’appellent. Elle m’appelle, la belle Dans la fraîcheur de la nuit. Loin de moi le sommeil, Loin de moi mon esprit. Je me vois avec elle. Sous mes yeux, elle sourit. Je me sens avec elle, Dans mes bras, elle frémit.

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Oui, je l’aime la belle, Je l’adore en esprit. Loin de moi le sommeil, Couché là dans mon lit.

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La belle et le conquérant J’étais devant chez elle. Les yeux brillants et le cœur plein d’espoir, je frappai... Toc! Toc! Toc! -

Qui ose ainsi frapper à la porte de mon cœur ? C’est moi, le conquérant ! Je ne te connais pas, que veux-tu ? T’apprivoiser, répondis-je simplement.

Un sourire moqueur aux lèvres, sans doute amusée par mon impertinence, elle ajouta sèchement: Ah oui !? Tu n’as qu’à prendre un numéro et attendre ton tour comme les autres ! Surpris, je constatai qu’il y avait une roulette à numéros près de la porte de son cœur. Elle ressemblait étrangement à celles que l’on retrouve souvent dans les édifices gouvernementaux. J’arrachai machinalement un numéro pour ensuite me diriger vers la salle d’attente. La salle d’attente était très grande, bondée à craquer. Une quantité incroyable d’hommes de tous âges attendaient, eux aussi, leur numéro à la main. Adossées à un mur, trois machines distributrices d’aliments impérissables montaient fièrement la garde. Un peu plus loin, on pouvait apercevoir une grande table encombrée d’une montagne de photoromans disposés pêle-mêle. 49


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L’atmosphère était saturée de parfums masculins de toutes sortes et, pour harmoniser le tout, un bourdonnement de chuchotements ininterrompus emplissait la pièce. Tout en m’enfonçant dans cette ambiance démente, j’entendis des bribes de conversations : …est plutôt inaccessible, son cœur est bien gardé…! …ah ! Je ferais tout pour qu’elle m’aime…! …Je ne dors plus, je ne mange plus, je ne me reconnais plus…! Je choisis finalement de m’asseoir près de la table à revues dans l’un des rares coins de la salle où il n’y avait personne. Tout en attendant patiemment mon tour, je constatai qu’un étrange manège se déroulait sous mes yeux. Régulièrement, une voix métallique annonçait un numéro. Un homme sortait alors du cœur de la belle avec un air abattu, le regard vide. Au même instant, un autre se levait de sa chaise pour se diriger vers elle. Celui-là affichait l’air d’un damné se dirigeant vers son sauveur. Comme un écho mécanique, le même scénario se reproduisait : une voix froide… un homme désespéré… un autre gonflé d’espoir… C’était la marche incessante des séducteurs robotisés, la ronde délirante du manque d’amour. Petit à petit, affecté par l’ambiance hypnotique de la salle, je sentis monter en moi une vague sournoise d’inquiétude. Encore intrigué par le spectacle, je décidai de rester encore un peu. De petites perles de sueurs commencèrent à me caresser le front. 50


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J’envisageai mon départ de plus en plus sérieusement. Un mal de ventre se mit à me tenailler l’intérieur. Mon corps se rebellait, c’était assez ! Je me levai brusquement et me mis à marcher rapidement vers la sortie. Saisissant fermement la poignée d’une main, je laissai tomber de l’autre mon numéro de papier. Le numéro de papier virevolta dans les airs, au ralenti, semblant vouloir s’accrocher à l’atmosphère lourdement chargé d’odeurs de toutes sortes. Il tournoyait, décrivant de larges boucles, comme s’il refusait de s’abattre, comme s’il voulait à tout prix terminer sa mission. Je ressentis alors un élan de compassion envers ce petit oiseau fragile abandonné à lui-même. Tout était terminé. J’allai tourner la poignée et partir quand soudain… Soudain, comme un coup de tonnerre, mon numéro éclata dans la salle ! Confus, encore sous l’effet ensorceleur des lieux, je ne savais plus si je désirais toujours voir la belle. Je devais choisir, prendre une décision tout de suite. Toujours accroché à la poignée, baissant légèrement la tête, je fermai les yeux un instant cherchant en moi la réponse. Avec peine, je réussis tout de même à trouver un peu de paix intérieure et à m’y accrocher. C’est alors qu’un mélange de joie et de peine s’insinua en moi, me livrant du même coup la clef du cœur de la belle.

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Le sourire aux lèvres, enfin redevenu moi-même, je relevai la tête avec détermination. Je lâchai la poignée et ramassai délicatement mon numéro de papier qui gisait sur le sol. Je tournai ensuite les talons pour me diriger calmement vers le cœur de la belle. J’étais à nouveau devant chez elle. Les yeux brillants et le cœur plein d’amour, je frappai. Toc! Toc! Toc! Qui ose ainsi frapper à la porte de mon cœur ? C’est moi, le conquérant ! Possèdes-tu le bon numéro ? Demanda-t-elle, malicieuse. Bien sûr! Répondis-je simplement. Entre ! Ordonna-t-elle. J’entrai. Elle me regarda d’un air amusé, inébranlable. Je la regardai aussi, calme, confiant. Elle sortit alors de son pupitre un petit livre format de poche et me le lança en disant: Tout ce que tu veux savoir sur moi se trouve là-dedans. Tu n’as qu’à le lire et prendre un nouveau numéro ! Je repoussai le livre du revers de la main. Elle me dévisagea, étonnée, incrédule. Je lui souris toujours, heureux de me respecter, d’être moi-même jusqu’au bout. Je m’avançai alors plus près d’elle, lui pris la main et, tout en la regardant droit dans les yeux et je lui chuchotai doucement :

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-

Je veux t’épouser !

Du coup, comme transpercée par la flèche de Cupidon, je vis toutes ses résistances s’effondrer comme par enchantement. Un soupçon de gêne lui colora les joues et un merveilleux sourire se dessina sur ses lèvres. Le sort était jeté, mais cette fois nous en étions tous les deux les victimes. Un épais silence s’installa dans le cœur de la belle. Assis l’un en face de l’autre, sans dire un mot, nous buvions ensemble cet instant merveilleux. Nous étions comme suspendus dans l’espace intemporel, sans passé ni futur, nous étions heureux. Soudain, fracassant impitoyablement le charme magique de cet instant sublime, on entendit frapper à la porte. La belle me regarda tristement. Elle prenait soudainement conscience de la ronde infernale des désespérés d’amour. Elle se dirigea vers la porte et l’ouvrit. Un homme dans la trentaine était planté là, les bras chargés d’un immense bouquet de fleurs. L’expression gênée de son visage inspirait davantage la pitié que l’amour. Elle s’approcha lentement de lui et lui dit : -

Tu n’as pas besoin de moi, vas et sois toi-même !

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Ensuite, elle me prit par la main et m’entraîna vers la salle d’attente. Arrivée dans la salle, elle s’écria : -

Il n’y aura plus de numéro !

Pour la première fois, un lourd silence s’installa dans la pièce. Un homme demanda : -

Jusqu’à quand?

Et la belle de répondre : -

Pour toujours !

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Le voile Si je pouvais la connaître, Oui, je pourrais l’aimer. Si elle m’ouvrait son cœur, Le mien pourrait l’embrasser. Mais elle est craintive la belle, Comme l’est un chat échaudé Et un mince voile nous sépare, Nous oblige à l’amitié. Ô mystérieuse compagne ! Que pourrais-je te voler ? Pourrais-je te faire du mal Une fois le voile tombé ? Désires-tu ma rencontre ? Me donnes-tu ta beauté? Me laisseras-tu doucement, Tout doucement te goûter ? Les vibrations de ton cœur Traverseront le mien Quand le voile entre nous Sera là, à nos pieds.

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Me diras-tu doux mystère Si tu veux cet abandon ? Si tu désires sans contrainte Que je devienne ta nudité ? L’amour a ses exigences : Connaître l’autre en est une, Mais ton cœur est caché Et mes yeux sont gênés. Je ne suis pas un voleur Et je préfère frapper, Tout doucement à ta porte, Avec ces pauvres mots. Peut-être ai-je tort. Cela toi seule le sait. Peut-être qu’il n’y a aucun voile, Que ce n’est que moi qui suis aveugle. Aveuglé par l’égoïsme Ou par une autre stupidité, Aveuglé par mon besoin De t’aimer, te chérir.

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Serait-ce donc impossible ? Une bataille perdue d’avance ? Serions-nous trop éloignés L’un de l’autre pour nous voir ? Peut-être suis-je un peu sot Et plutôt naïf pour y croire, Peut-être suis-je trop pressé Et toi, fragile, tu as peur… Si tu voulais me répondre, Une réponse de vérité, Si je pouvais découvrir, La réponse à l’énigme. L’énigme de l’amour, Ses exigences s’il y en a Et si ma volonté de t’aimer Suffit pour t’apprivoiser. L’amour a ses exigences, Du moins c’est ce qu’on dit Et un voile gêne mes yeux M’aideras-tu à l’enlever ?

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Un miracle, un ami

C’est mercredi. Il est six heures vingt-six minutes du soir. Assis à mon pupitre de travail, le crayon dans la bouche, je... Je souris tout simplement. Je souris à la vie, Car un miracle s’est produit : Un miracle, un ami ! Je croyais l’avoir perdu. Déjà, il s’éloignait de moi. Déjà, tout était perdu. L’ennui était revenu ! Déjà, j’étais résigné : Être seul encore une fois, Sans personne à qui parler, Sans personne autre que moi. Passé pourtant parsemé d’amis, Par ici, un ami, et un ami, par là. Mais aucun ne rêvait Aux même rêves que moi !

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Tôt ou tard il fallait Que je quitte mes amis, Car la vie m’appelait Vers de nouveaux défis. Par ici, plus d’amis, Et plus d’amis, par là ! Solitude, ennui Et tristesse pour ennemi. Mais, ce soir, je souris. Je souris à la vie Car un miracle s’est produit : Un miracle, mon ami ! Il n’était pas trop tard. J’étais sot, trop meurtri; Ce n’était qu’un cauchemar, Une routine de vie. C’est pour cela que ce soir, Je souris à la vie Car un miracle s’est produit : Un miracle, mon ami !

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Amour de l’amour Mes élans créatifs les plus purs, les plus forts, les plus obsédants sont nés de mon amour pour les femmes, sans lesquelles je ne serais que le reflet d’un reflet, l’ombre d’une ombre, loin de l’amour concret qui nous brise, nous blesse et nous libère en même temps. Un amour des femmes qui, l’espace infini d’un instant, venait me bouleverser l’intérieur avec force m’emplissant d’une énergie trop grande pour moi. Une énergie d’amour si grande, si puissante, que si je ne l’avais exprimée, m’aurait consumé l’intérieur. On ne peut posséder l’amour, le garder pour soi. On ne peut qu’être possédé d’amour et l’exprimer sans contrainte. Viens amour, va. Va-et-vient. Et moi, je t’aimerai à travers moi.

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Le bon et le mauvais élève Il y eut un professeur qui enseigna à deux élèves. Le premier était bon et désirait progresser, alors que le second était mauvais et ne voulait rien savoir. Durant toute l’année, le professeur fut très sévère avec le bon élève. Il lui donna beaucoup de travail et il le gronda lorsqu’il n’était pas à son affaire. Cependant, il laissa le mauvais élève tranquille. Le bon élève pensa en lui-même : « C’est injuste, moi je veux apprendre et le professeur est dur envers moi alors que l’autre ne fait pas d’effort et le professeur le laisse tranquille ». La fin de l’année arriva. Le professeur alla voir le bon élève et lui dit : « Félicitations, tu as très bien réussis. Tu pourras continuer tes études dans une classe supérieure dans laquelle tu seras plus heureux ». Ensuite, il alla voir le mauvais élève et lui dit: « Tu n’as fait aucun progrès. Si tu veux graduer, tu devras revenir l’année prochaine dans la même classe et recommencer jusqu’à ce que tu réussisses ».

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Tranches de nuit C’est la nuit. Elle est claire, accueillante. Dehors, couché sur le dos, j’effleure le ciel du regard. Comme elles sont belles ces étoiles ! Comme elles sont fascinantes, accrochées dans le noir, parsemant l’espace infini ! Comme j’aimerais pouvoir embrasser des yeux la totalité de ce tableau étoilé. Malheureusement, je ne peux que le balayer, cherchant des yeux l’étoile la plus précieuse. Je ne peux voir que des sections de ciel sans savoir si c’est dans cette partie que se trouvera la plus belle. De temps en temps, je fixe une étoile particulière. Elle se démarque nettement de ses consoeurs par le volume et l’intensité de son éclat. C’est la vedette de ce coin du ciel, le soleil de cette tranche de nuit. Contrairement au ciel immense, cette vedette étincelante ne m’échappe pas ; je l’embrasse entièrement du regard, de gauche à droite et de haut en bas. Seul son dos reste à ma vue un mystère. Alors, je ferme les yeux et j’imagine ce dos réservé à d’autres mondes. Je l’imagine parfait, en harmonie avec le devant. Soudain naît le doute dans mon esprit. Peut-être que c’est dans un autre coin du ciel que se trouve la plus belle étoile, peut-être que je n’observe pas la bonne tranche de nuit. C’est 62


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difficile de le savoir car, dès que je tourne la tête pour en voir une autre, mon étoile vedette disparaît, elle se perd dans l’oubli. Bof, après tout, à quoi bon chercher une hiérarchie ! Et surtout qui suis-je pour savoir sur quelle base les juger ? Belles, elles le sont toutes, voilà tout ce qui importe ! Alors, une fois de plus, je recommence à balayer le ciel du regard pour ne rien manquer de ce mystérieux spectacle. Ce faisant, je combats mes limites d’homme qui ne me permettent de voir que des parties de cette immensité. J’observe successivement chaque tranche de nuit, laissant à mon esprit la tâche de recoller ce que mes limites séparent. Et le doute s’estompe lentement, laissant la place à l’imagination. Je ferme les yeux et j’imagine la nuit. Je ne suis plus un homme, je suis une étincelle lumineuse éclairant de tous côtés. Je suis un œil magique balayant l’obscurité. Il n’y a ni gauche, ni droite, ni haut, ni bas. La nuit est une bulle m’englobant entièrement. Il n’y a plus de tranches de nuit. Il n’y a plus de doute, il n’y a plus d’oubli et le mystère n’est plus. Soudain, la bulle éclate et mes yeux s’ouvrent au même instant. Le doute est revenu. Je me rends brusquement compte qu’encore une fois mon rêve n’est qu’une partie d’un tout, une partie du ciel, une tranche de nuit. Mon rêve n’est

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qu’une mince bulle caressant la profondeur de la nuit. Ce n’est qu’un mince voile que mon esprit dévoile. Alors, je ferme les yeux à nouveau et replonge dans le rêve. Comme tout à l’heure, je suis un œil illimité. Il n’y a ni gauche, ni droite, ni haut, ni bas, mais cette fois il n’y a plus de devant, ni de derrière. Plus rien n’est près ni éloigné. La nuit est une sphère infinie composée d’étoiles et d’obscurité. Il n’y a plus de doute ni de tranches de nuit. Il n’y a que l’éternité…

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Prière Ô Dieu de mes espoirs Comme tu es généreux ! Moi qui ne suis qu’un pauvre homme Tu me combles de cadeaux Réservés à tout homme Qui dit oui à ton appel. J’accepte ce que je suis Maintenant Et le royaume de Dieu Est établi maintenant. Nul besoin de chercher Au-dehors ta présence. Nul besoin de courir D’écoles en écoles. Il suffit de dire oui À ta divine parole Que tes anges nous murmurent Doucement à l’oreille.

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Sans toi Je ne suis rien ! Je ne suis qu’un témoin De ton amour fou Pour tes brebis égarées. Je t’ai cherché longtemps : Toi si proche, Moi si loin Mais ta patience et ton amour M’ont vaincu. J’ai accepté de perdre Ce que je ne possédais même pas Et dans la paix de l’abandon Tu m’as accueilli avec tendresse. Qui peut me nuire maintenant ? Maintenant que je suis là, Baignant dans ton amour Le cœur rempli de joie. Tout ce que je veux maintenant, Maintenant que le fruit est mûr : C’est être aimé de toi, Sans qu’il n’y ait aucun mur.

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Ma vie est une prière ! Je me lève avec toi, Je te laisse mes affaires, Elles sont trop lourdes pour moi. Puisses-tu aimer ma mère, Les gens autour de moi, Moi, je te laisse faire Et je me fonds en toi !

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Prémisse de méditation Sois tranquille ! Accueille le don de vie dans le silence et la gratitude Harmonise-toi avec le moment présent dans la confiance Laisse-toi combler de l’amour de Dieu Tu n’as rien à faire Arrête le temps Arrête-toi et écoute Sois attentif à la présence Ton cœur est comblé Maintenant

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Poèmes, proses et contes - LE FIL  

LE FIL - poèmes, proses et contes écrits par Steeve Lechasseur

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