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M U S I Q U E / / / A RT V I VA N T / / / E X P O S I T I O N S P H O T O S / / / A RT C O N T E M P O R A I N

MALAVAL, LA ROCK ALTITUDE suPPlÉmenT CulTuRel Des PeTiTes AFFiChes Des AlPes mARiTimes


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Chaos d’Automne Art Côte d’Azur Supplément culturel des Petites Affiches des Alpes Maritimes Numéro 3460 du 9 au 15 octobre 2009 Bimestriel ISSN 1962- 3569 Place du Palais 17 rue Alexandre Mari 06300 NICE   Ont collaboré à ce supplément culturel : Rédacteurs Faustine Sappa Olivier Marro Alain Amiel Direction Artistique François-Xavier Ciais Création Graphique Maïa Beyrouti Photographe Jean-Charles Dusanter Photo de Couverture Robert Malaval, Portrait © Dominique Tarlé Contacter la Rédaction : Sidonie Bois Tél  : 04 92 47 21 81 Fax : 04 93 80 73 00 sidonie@artcotedazur.fr www.artcotedazur.fr   Publicité : Vanessa Krause Tél : 04 92 47 21 81 Mob : 06 28 35 56 97 vkrause@petitesaffiches.fr Abonnement : Téléchargez le bulletin d'abonnement sur : www.ArtCotedAzur.fr ou par tél : 04 93 80 72 72 Art Côte d’Azur Art Côte d’Azur est imprimé par les Ets Ciais Imprimeurs/Créateurs « ImprimeurVert », sur un papier répondant aux normes FSC, PEFC et 100% recyclé. La rédaction décline toute responsabilité quant aux opinions formulées dans les articles, cellesci n’engagent que leur auteur. Tous droits de reproduction et de traductions réservés pour tous supports et tous pays.

L’été est mort hier sans frémir, Au fond d’un caniveau. Fauché sans un sursaut Il n’a rien entendu venir. La collision était inévitable. Lancé à une allure déraisonnable Sur la Promenade des Rosbifs, L’automne qui vous griffe, À déboulé comme une masse déjantée ; Broyant des grappes de touristes livides Cramponnés à la plage dévastée. Dans un fracas de galets arrachés Des ongles et des doigts saignent. Sur les peaux encore humides, D’un amas de corps fumants. Le soleil k.o debout se baigne, Dans un parfum de vanille Et s’écroule comme une quille. L’été surpris A porté Une main gantée De gris Avant de claquer Étranglé puis asphyxié Par un crachat comac Sur le tarmac Au pied des putes Sans jupes Qui en ont leur claque Des maques Peu dupes. Quelques rescapés Des piétons attardés Gluant de sueur Piétinent dans la peur. J’avise les miches d’une rousse  Trop flasques et trop moches Le premier qui tousse Je le bute D’un uppercut Du gauche. Arnaud Duterque

photos ©J-Ch Dusanter


En Ville 6

©Alain Amiel

HORS LES MuRS

Biennale de Venise

10 HORS LES MuRS 14 MOugINS Expo Pinault

Musée de la Photographie “entre les lignes"

© Thierry gazzera

16 NICE

Septembre de la Photo Marie-France Bouhours

20 CARROS

Espace Carros Art Vivant © georges Rousse

© J-Ch Dusanter


La Vie des Arts 23 design sonore 28 art contemporain

©Adagp

Malaval

BOTOX[s]

30 portraits

Les Tourneurs sur la Côte d’Azur

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© Christian Ferroni

Les Cimaises « Faites maison » La Maison Galerie Singulière La Villa Cameline

galeries

38 Bande dessinée

Saga BD Jean-Marc Eusébi

45 littérature

La Côte d’Azur vu du Sexe

© Lina Henten et Gaëlle Hyppolite


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Biennale

Venise 2009 Cette année, les arts contemporains sont quasiment présents dans tous les quartiers de venise. Tous les pays veulent maintenant en être (cette année, 70 pavillons, dont Monaco).

Cette page : Ci-dessus  table et assiettes coupées en deux, pavillon danois Ci-dessus de gauche à droite  cadres de vélos attachés à des poteaux En bas à gauche  Thomas Saraceno

Déjà comblée par les arts, les architectures, la peinture, la musique, la cité des doges n'avait pas de vocation particulière à représenter l'art de son temps. Et pourtant, la Biennale existe depuis 1895, et s'il y a encore quelques années, elle se cantonnait dans les Giardini, puis dans le magnifique Arsenale, elle ne cesse d'année en année de s'installer dans tous les lieux : Palais, anciens entrepôts, greniers à sel, places...

Page en face : En haut à droite  livreur de pain à vélo, pavillon égyptien En haut à gauche  Claude Lévêque Photos ©A. Amiel

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haque Biennale dégage une tendance. Progressivement, la peinture, la sculpture, le dessin ont laissé place aux projections de films, de vidéos, aux écrans d'ordinateur… et surtout aux installations qui se sont taillés la plus grande part cette année (les lieux s'y prêtent parfaitement). En revanche, très peu de sculptures. La peinture y est toujours présente, elle constitue heureusement la trame de base et la maîtresse de tous les arts… Donc, Installations (avec un grand I) partout. Occupation maximum des espaces jusqu'à saturation... Comme cette gigantesque toile d'araignée en cordons de chaussures avec planètes intérieures et filins dans tous les sens qui interdisent l'entrée dans la salle. Les Installations du pavillon russe sont souvent les plus intéressantes. On y a découvert là il y a des années l'œuvre de Kabakov, présent depuis presque à chaque Biennale, mais pas cette année. Mais on ne perd pas au change. Kabakov a fait des émules. Une installation à sa manière mais plus chargée encore de cette déréliction qui caractérise souvent les artistes russes. L'installation de Kalyma est faite de bric et de broque, de bois surtout grossièrement taillé et encore plus lourdement assemblé. Construction précaire mais faite pour durer, éclairée de toutes petites loupiotes jaunes, les vieilles, les très vieilles ampoules de 10 ou 20 watts, très jaunes, éclairant si peu mais déclinant des


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ombres inquiétantes ou illuminant des pantins de bois qui dessinent et des mains émergeant de vieux pardessus pendus à un clou qui font bouger les quelques tableaux-chromos d'une Russie dépassée. Toujours dans le pavillon russe et dans aussi peu de lumière, une superbe installation de boules de verres suspendues par des filins au plafond (Anatoly Shuravlev). Chaque boule contenant d'autres plus petites boules qui jouent avec la lumière et d'encore plus petites où un portait arrondi tournoie d'une personnalité célèbre : John Lennon, Guevara, Kennedy, etc., (son panthéon personnel ?) Le titre de l'expo de cette année est " Victoire sur l'avenir "... Dans le pavillon allemand, Liam Gillick nous propose un délire de rangement, - ça sent le pin fraîchement raboté et tout l'espace du pavillon est occupé par ces simples étagères. Au pavillon français, Claude Lévêque, qui s'est imposé au fil des années et de ses installations, comme un des meilleurs installateurs. Il s'adresse directement à notre sensibilité, à notre émotion en créant des tensions dérangeantes en même temps qu'esthétiques. " Le Grand soir ", c'est le nom de cette installation qui nous fait pénétrer dans un univers carcéral fait de hautes grilles sans portes. Les murs métallisés mais joliment irisés rajoutent à cette impression d'univers froid où aux quatre coins sont enfermés (ou est-ce nous qui sommes enfermés ?) des drapeaux noirs (flottant

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sous le souffle de ventilateurs invisibles). L'espace est beau et malgré tout, pas triste. Installation suisse dessin au mur au scotch noir d'éléments de mobilier ? Sa représentation suffirait-elle ? Autre belle installation au pavillon coréen, un assemblage de stores multicolores découpant la lumière comme autant de traits ou de croisillons colorés. Tout au long des allées, on retrouve un signe habituel des rues de nos villes, la carcasse de vélo encore attaché à un poteau. Twombly très bien exposé chez Pinault semble avoir fait des émules : on retrouve ses formes simples, enfantines chez l'Israélien Raffi Lavie. " For sale "*, au pavillon danois annonce un appartement témoin très bizarre : une bibliothèque inaccessible (les premières marches de l'escalier ont été démolies), une salle à manger coupée en deux tables et assiettes comprises, des tableaux aux murs - en fait des écriteaux rachetés à des mendiants et mis dans des cadres dorées et une cuisine à la vaisselle envahissante… Au pavillon espagnol, pas d'installation (quoique), de la vraie peinture et au-delà. Barcelo, qui aime la peinture-matière comme personne, la projette sur des toiles avec un canon à peinture de sa *

inspiré des « A Vendre » de Jean Mas ?

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De gauche à droite et haut en bas :  For Sale, au pavillon danois  Tony Conrad  Cadre sur un des murs de la maison For Sale, pavillon danois  Le restaurant décoré par Tobias Rehberger  Miquelo Barcelo  Pavillon Egyptien Photos © A. Amiel

création. Ecailles, filets, coulures, stalactites sont impressionnantes et dégagent parfois des formes insolites comme celle d'un gorille ou des paysages, des animaux marins, etc. Quelques céramiques viennent compléter ce goût de la terre manipulée et colorée. Roman Ondák au pavillon tchécoslovaque rend l'intérieur du pavillon à la nature qui l'entoure, niant ainsi la distinction entre l'intérieur et l'extérieur. Un très beau travail en peinture, basique à l'extrême. Sur de grandes feuilles, un rectangle peint d'un épais pinceau noir, avec une couleur vaguement jaune-beige à l'intérieur, et c'est tout… Mais c'est assez pour voir ce que Tony Conrad veut nous dire de la présence de plus en plus envahissante des écrans... même s'il n'y a rien dedans, l'artiste nous propose simplement d'y projeter ce qu'on veut. Au pavillon égyptien, on est accueilli par des géants de palme tressée : vieux fumant le narguilé, femmes en prières, amoureux,

livreur de pain à vélo, et, le tout de la même matière qui sent bon les vieux couffins de notre enfance. Pavillon vénitien : un délire de verre. Murano se reconvertit dans les formes et des textures renouvelées à l'infini. Une expo " Glasstress ", est aussi consacrée au verre dans le superbe Palais de l'Académie des Sciences et des Arts sur le Grand Canal. Avant de quitter les Giardini, il faut aller boire un capuccino (mais ne pas manger) au restaurant à la décoration folle de Tobias Rehberger. Une très grande Biennale par la taille et le nombre d’artistes représentés, probablement la plus grande depuis sa création. A ne pas manquer.

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F on d at i on P i n a u lt

“Mapping the Studio” Le lieu est superbe. Cette pointe de la Dogana était interdite depuis des lustres. De se retrouver là, au cœur de Venise, à son entrée, sa douane, est magique. Depuis 1676, les grands bateaux déchargeaient là leur livraison qui était comptée, pesée, taxée. Puis, de ces anciens entrepôts de douane, des barques emportaient les marchandises dans tous les sestieres (quartiers) de Venise.

C’

est dans ce lieu, plus qu’extraordinaire que l’Art Contemporain est présenté. Pas tout l’art de notre début de XXIe siècle, mais celui collectionné par le milliardaire Pinault, homme de goût et de culture qui a su avec l’architecte Tadao Kondo magnifier le lieu, s’il en était besoin. L’architecte a fait simple : nettoyer les briques rouges, celles-là mêmes qui ont fait Venise, supprimer les cloisons, et mis au jour les charpentes. Du béton lissé, légèrement brillant pour les parties rajoutées et pour l’autel carré - sa signature -, installée au cœur du bâtiment. Présent partout, le « Ma », interstice de quelques millimètres pour séparer l’ancien du nouveau (qui

ne doivent pas se toucher), caractéristique aussi de l’architecture de Kondo. On pourrait s’arrêter là. Ne donner à voir que ça suffirait pour ravir nos yeux et notre appétit de beaux espaces bien dessinés, bien pensés. Mais des œuvres très choisies et surtout des installations viennent s’inscrire entre ces briques au rouge indéfinissable et chatoyant. un rideau de perles rouges et blanches (métaphore de nos globules) franchi, nous sommes déjà ailleurs. Au dessus de nous, à quelques mètres, un cheval dont la tête disparaît dans le mur (Maurizio Cattelan), et au sol (Rachel Witheread), bien rangées comme pour un concert ou une conférence, les

ombres matérialisées (en résine aux couleurs transparentes) de cent chaises. La présence de ces formes signant leur absence. On est déjà dépaysé… Des œuvres majeures, marquantes, définitives comme celle des frères Chapman : une svastica de vitrines présentant l’horreur nazie revisitée. Les milliers de petits personnages, comme des soldats de plomb (probablement en résine), dans un enfer plus impressionnant que celui de Dante. Des petites mises en scène de l’effroi se succèdent, pire que le pire des cauchemars avec des amoncellements de cadavres décharnés, crânes empilés ou plantés sur des pics, mares débordant de corps mutilés... Il faudrait plusieurs heures et un


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De cette pointe, tout Venise est à notre portée : le Lido en face, la giudecca à gauche, et devant nous, la voie royale, le grand Canal et les Palais qui le bordent. En face, la place San Marco et le Palais des Doges.

  photo page de gauche : Richard Prince © Palazzo grassi SpA. Photo: ORCH, orsenigo_chemollo

 Jack and Dinos Chapman © Palazzo grassi SpA. Photo: ORCH, orsenigo_chemollo

 sigmar Polke

© Palazzo grassi SpA. Photo: ORCH, orsenigo_chemollo

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Ci-dessus : Felix Gonzalez-Torres, Rachel Whiteread, maurizio Cattelan, luc Tuymans, Richard Prince © Palazzo grassi SpA. Photo: ORCH, orsenigo_chemollo

sang froid de métal pour observer tous les détails, pour comprendre le spectacle insoutenable que les frères Chapman nous donnent (nous force ?) à voir. Quelques touches d’humour qui parcourent cette œuvre, nous aident à poursuivre cette visite, mais vite, l’insupportable nous oblige à nous enfuir. Les salles suivantes sont forcément plus fades… Pourtant, un très intéressant travail photographique de Cindy Shermann : des autoportraits en femme du monde, en pute, en chanteuse, en fille déglinguée, etc., autant de masques pour une femme d’âge mûr qui se pose des questions sur son apparence.

La salle Cy Twombly rend hommage à Sesostris, dieu solaire. Toiles carrées blanches couvertes de signes, de textes et de dessins proches de la toute petite enfance, évoquant les premiers signes tracés sur une feuille. Les grandes photos noir et blanc de Sujimoto, présentent des mannequins transformés en sculptures stylisées. une œuvre très politique, celle de Mac Carty : L’auto-sodomie de Bush par plusieurs lui-même, dérangeante, laide, en résine laiteuse dégoulinante symbolisant toute l’horreur et l’absurdité de la période Bush. La dernière salle, un terrain de foot sur lequel des femmes en

burqas s’opposent aux gI’s, le tout supporté par un astéroïde d’où des chauves-souris pendent laisse perplexe. A part la faute de goût de l’extrême pointe de la Dogana, où une sculpture de Charles Ray - un enfant nu tenant un grenouille dans sa main pour symboliser l’émerveillement, manque d’intérêt et de présence dans un lieu aussi éblouissant, les salles et les œuvres originales se succèdent dialoguant sans cesse avec les grandes fenêtres ouvertes sur Venise.

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 huang Yong Ping

© Palazzo grassi SpA. Photo: ORCH, orsenigo_chemollo

Les salles et les œuvres originales se succèdent dialoguant sans cesse avec les grandes fenêtres ouvertes sur Venise.

 Paul mcCarty

© Palazzo grassi SpA. Photo: ORCH, orsenigo_chemollo

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MoUGInS

Franck Follet et Peter Larsen l’essentiel est Entre les lignes

© J-Ch Dusanter

Le Musée de la Photographie André Villers de Mougins accueille, jusqu’au 1er novembre, Entre les lignes, l’exposition conjointe du photographe Franck Follet et de l’artiste contemporain Peter Larsen. Des univers parallèles qui se rencontrent et se croisent, et dont la réalité se trouve souvent là où on ne la voit pas.

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’un côté, des photographies en noir et blanc, de l’autre des barres colorées en trois dimensions. D’un côté, les lignes courbes ou tendues et la pureté des formes d’une architecture révélée, de l‘autre la droiture des lignes verticales, invariablement parallèles. L’un a choisi de n’apposer aucune indication à ses photographies afin d’aider le spectateur à voir dans les œuvres sa propre réalité. « Je laisse ainsi l’imagination des visiteurs aller là où bon lui semble, explique Franck Follet. Il pourra ainsi penser qu’une photo d’escalier a été prise dans un bâtiment New-Yorkais, ville dont j’aime particulièrement photographier l’architecture, alors qu’il s’agit en fait d’un hall d’immeuble du quartier de l’Ariane, à Nice. » Dans l’œuvre de Franck Follet liée à l’architecture, tout est question de contrastes et de mise en valeur des volumes, par l’intervention du regard du photographe. « « Je passe ma vie à photographier la ville, mais pas forcément ce que tout le monde regarde, souligne Frank Follet. Il m’est arrivé de prendre en photo un passage piétons et d’entendre les passants dire « mais que fait-il ? Il n’y a rien à voir ! » » Or, à y regarder de plus près, le photographe s’intéressait à une empreinte de pas, incrustée dans le bitume. Entre les lignes de ce passage clouté, une autre histoire s’était écrite.

« Une image est la réalité tronquée » L’autre, à l’inverse, a choisi l’abondance de textes pour aider le visiteur à déjouer les pièges d’une réalité qui n’est parfois pas là où l’on croit la voir. « On différencie la réalité de l’image parce que la réalité est complète, il n’y manque rien tandis qu’il manque toujours quelque chose dans une image. Dans l’image d’un gâteau, il manque son parfum, son goût, sa texture. Une image est la réalité tronquée, comme le parfum ou la musique sont des images où il manque les contours, la forme des choses. » (Extrait de Chapitre 2, texte accompagnant l’œuvre de Peter Larsen S. Pellegrino). Les « barreOmètres » de Peter Larsen sont des barres en carton recou-

vertes de bandes de papier en couleur, collées symétriquement à partir du milieu. L’artiste travaille de manière mathématique afin de représenter un lieu ou un objet dont l’émotion qu’il suscite est synthétisée. « La suite des bandes et des couleurs est en partie aléatoire d'après des nombres fournis par Mads Haahr du Trinity College à Dublin, indique Peter Larsen. La répartition des largeurs des bandes est une suite mathématique de Leonardo Fibonacci. Le choix des couleurs est subjectif, c'est un choix esthétique, une envie du moment. » En outre, la barreOmètre est une ligne droite conçue en analogie à la gastronomie. Le but de la forme et de ses couleurs est de plaire à l'œil, d'être appétissante. « Plaire à l'œil, c’est donner envie de goûter à une culture de l'image différente et de nourrir l'intellect avec une cuisine où les ingrédients se nomment couleur, mathématique, science et conscience. »

Un équilibre qui fonctionne à merveille Les deux artistes sont amis et avaient depuis longtemps l’envie de faire se rencontrer leurs œuvres. Le Musée de la Photographie André Villers de Mougins leur en donne enfin l’opportunité. Souvent, leurs œuvres ont été inspirées par leur vision de Sophia-Antipolis. Certaines d’entre elles sont exposées : l’occasion, pour le Musée, de célébrer artistiquement le quarantième anniversaire de la technopole. Les travaux des deux artistes se croisent et se répondent en créant un équilibre dont la convergence est bien sûr à chercher du côté de la ligne. Et surtout, dans ce qu’il y a à voir entre les lignes. « Mon chat fuit l’aspirateur comme il fuit Mozart. Aimer ou ne pas aimer Mozart n’a rien de naturel ou d’intuitif, c’est de la culture, une éducation qui s’apprend, se perfectionne, comme savoir lire et comme interpréter une image. » (Extrait de Chapitre 7, texte accompagnant l’œuvre de Peter Larsen BGP 001). FS En savoir plus www.franckfollet.com / www.peterlarsen.fr


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© J-Ch Dusanter

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© J-Ch Dusanter

Page de gauche : Franck Follet (portrait) Page de droite :  ci-dessus : Peter Larsen (portrait)  ci-dessus à gauche : Vernissage de l'exposition  ci-dessus à droite : Peter Larsen et l'une de ses œuvres "BarreOmètres"  ci-dessous : Franck Follet

Parcours d’artistes Franck Follet est né en 1964 et a fait ses premières photos en 1985. Il a reçu le 1er prix du concours Réponses photos en 1992, 1994, 1995, 1996. Il a également été finaliste au concours de la Fondation CCF pour la photographie en 2002 et a décroché une Mention Exceptionnelle Noir et Blanc au concours Dotation Photo Service Agfa 2004. Son travail est une invitation à voir la beauté en toute chose : l’architecture, les nus, la nature… Peter Larsen est diplômé de l'école des arts graphiques de Copenhague. En 1986, il crée à Nice un atelier pour travailler le papier. En 1990, il lance une société qui édite et diffuse des objets de son design. Il utilise la technique de la reliure comme support à sa création, mais sans jamais relier un livre : ce qu'il relie se trouve dans l'image de la réalité. Plus précisément la partie culturelle ou mathématique de l'image qui est propre à notre regard.


© André Kertész

Marie-France Bouhours « Le TPI doit être plus largement reconnu » Il fêtera ses dix ans en décembre en même temps que sa nouvelle programmation concoctée par Marie France Bouhours, le Théâtre de la Photo et de l’Image Charles Nègre (TPI) entrera-t-il dans une ère nouvelle en 2010 ? Vous avez pris la direction artistique du TPI au printemps, que révèle l’état des lieux ? MF Bouhours : Il faut rappeler qu’il n’y a dans notre département que deux espaces dédiés au 8ème Art, le TPI créé à Nice sur les fondations d’un théâtre de mémoire « l’Artistique » et le Musée de la Photo André Villers à Mougins. C’est dire l’importance que peut avoir ce bel outil mis à notre disposition par la Ville et l’effort qu’il faut accorder à son rayonnement.

 André Kertész  Alexei Titarenko St Pétersbourg, 1998  Georges Rousse Liberty, 2006

Quels sont ses points forts ? Outre les expositions temporaires, quatre ou cinq rendez-vous annuels, nous disposons d’une belle collection de plus de 1500 œuvres, d’une centaine d’auteurs, couvrant les débuts de la photo à nos jours. Un patrimoine qui sera dévoilé en partie lors du 10ème anniversaire du TPI en décembre. L’occasion de revenir sur une collection méconnue avec l’important Fond Charles Nègre comprenant 40 tirages originaux réalisés à Nice entre 1863 et 1865, celui de Jean Gilletta ainsi que sur des acteurs plus contemporains : Gabriele Basilico, Ralph Gibson, Michael Kenna, Dieter Appelt, Bernard Plossu, Raymond Dityvon ou Bob Willoughby. Parallèlement nous sommes investis d’une mission pédagogique. Notre médiatrice reçoit régulièrement des visites scolaires et organise des animations vers un public plus large. Dans le cadre d'un partenariat entre la Ville et le Rectorat de Nice nous

soutenons également des parcours éducatifs et culturels qui débouchent sur un accrochage annuel des travaux réalisés. Enfin pour ceux qui souhaitent faire des recherches, nous mettons à leur disposition un grand choix d’ouvrages et de postes informatiques. Ses points faibles ? Son implantation stratégique ne suffit pas à drainer un large public. La jauge de fréquentation est alimentée par un public d’amateurs fidèles mais aussi par des visiteurs étrangers. Je pense que nous avons une marge de progression et qu’il faut inciter les niçois et notamment les plus jeunes à franchir les portes de cet ancien théâtre, rendre le lieu plus visible localement et plus lisible sur le plan national. L’espace de monstration est-il perfectible ? L’espace est approprié pour des photos historiques et de petits formats, il s’avère moins adapté aux grands formats de la photo plasticienne. C’est pourquoi j’aimerais obtenir des relais avec d’autres lieux. J’ai constaté depuis mon arrivée une réelle volonté de la plupart des acteurs institutionnels et privés d’œuvrer en synergie sur des événements ponctuels, ce qui me paraît vital. J’étudie également une scénographie spécifique pour la salle de l’artistique qui reçoit d’autres manifestations culturelles car l’éclairage est mal adapté pour la photographie.


nice

© J-Ch Dusanter

 J-Ch Dusanter Une des salles du théâtre de la photo et de l'image

 Georges Rousse Clichy

 Georges Rousse Vitry, 2007

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Qu’en est- il du Septembre de la photo ? Après avoir vécu son âge d’or le festival s’est délité. J’ai rencontré les responsables du « off » et il faut réfléchir à un autre événement fédérateur ou, en ce qui concerne le TPI, l’arrêter. Cette année, dans le cadre de la Hongrie nous montrons en collaboration avec le Jeu de Paume une rétrospective André Kertész dont le travail influença toute une génération dont Man Ray, Brassaï, Cartier-Bresson. D’autres objectifs pour 2010 ? Relancer les commandes est une priorité. Il est vital de confier à des auteurs des missions autour du patrimoine humain, urbain et historique de la ville. Nous avons déjà commencé avec une artiste locale et travaillons avec Georges Rousse sur une commande sur la Station Lebon qui sera montrée lors de l’exposition qui lui est dédiée en février. Pour 2010, j’ai également un projet autour du photogramme, un procédé sans appareil lié à la genèse de la photographie et trop peu montré.

A gauche

A droite

 Gérardpierre Nice 1985

 Jacques Godard La plaine du Var 1997

 charles nègre Les Ponchettes, Nice 1865

 Brigitte Bauer l'Odyssée Chant XII Vers 234236, 1998

Il semble que votre nouvelle mission ne soit pas si éloignée du travail entamé dans votre galerie Monégasque ? Tout mon parcours m’a préparé à ce nouveau défi. Il est vrai qu’en ouvrant « In Camera » en 2006 j’avais envie de lier la photo historique et celle d’aujourd’hui. Ce que j’ai fait en exposant aussi bien l’œuvre de Lartigue en Riviera qu’un travail présenté à la FIAC en 2006 de Stéphane Couturier explorant l’esthétique numérique au travers des usines Toyota. Ici, le cahier des charges est différent mais je souhaite inviter des artistes de tous horizons afin d’offrir au TPI une lisibilité internationale et ouvrir ses cimaises à la photo plasticienne. Mes contacts et la confiance que j’ai établie avec ce réseau devraient être un atout. Le TPI a besoin d’une reconnaissance extra-muros. Et cette reconquête passe par un repositionnement du lieu qui, tout en respectant son projet lui permette d’être mieux reconnu. oM

MF Bouhours entame son parcours dès 1974. Après un passage au Palais de Tokyo elle intègre l’équipe qui lança le Centre Pompidou. Aux côtés du Conservateur Alain Sayag elle participera dès 1977 à la création de la collection du Cabinet de la photographie du Musée National d’Art Moderne et aux premières expositions photographiques. Après presque 30 ans passés à Beaubourg, elle décide en 2003 de quitter Paris. Elle commence à prendre des contacts dans la région et organise pour les Ballets de Monte-Carlo une exposition sur le travail d’Helmut Newton autour des Ballets. Puis organise au Parc Phoenix une exposition de photogrammes réalisés par Simon Couvin autour de l’univers végétal du parc. Deux autres expositions seront montrées à la salle du quai Antoine 1er « Beautés insensées » et « la Trajectoire du Regard » en 2006 à partir d’une collection remarquable couvrant un siècle de photographies. Parallèlement, elle travaille avec Gabriele Basilico pour une commande sur Monaco, rencontre à cette occasion un collectionneur italien passionné par la photographie, Marco Bianco, ouvre la galerie « In Camera » la seule dédiée sur le rocher au 8ème Art, et puis initie le « Point Art », fin 2006.

© J-Ch Dusanter

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Forum Jacques Prévert faire du théâtre un acte citoyen

Kamikaz Flex ©Thierry Gazzera

Les trois points de suspension © Fabrice Combe

La compagnie Onstap ©Thierry Gazzera

Présent depuis plus de vingt ans à Carros, le Forum Jacques Prévert propose la pratique en amateur du spectacle vivant et programme en moyenne 25 spectacles dans sa saison, entre septembre et juin, dans la salle Juliette Gréco. Du loisir, oui, mais surtout un propos qui s’inscrit dans une démarche sociale et citoyenne.

A

vec 1 200 adhérents pour une ville qui compte 10 000 habitants, le Forum Jacques Prévert peut se targuer d’être l’association la plus importante de la commune de Carros. 500 d’entre eux pratiquent la danse en amateurs. Tout au long de la saison à venir, les compagnies Ouragance et Voix Public vont animer des stages et ateliers, avec les familles et des professionnels de la petite enfance. Car l’un des axes sur lesquels le Forum a décidé de mettre l’accent cette année, c’est l’enfance et le théâtre. « Le spectacle vivant sert à la construction des individus, estime Sylvie Guigo Lecomte, directrice du Forum, et cela commence dans l’enfance. Nous proposons donc beaucoup de spectacles tous publics. » Cette dernière estime que l’on peut parler de tout aux enfants, mais pas n’importe comment. «  Pas de niaiserie, chez nous  ! Un spectacle peut bien sûr être interactif et festif, mais on ne doit jamais prendre les enfants pour des idiots. Quand on discute avec eux, on se rend vite compte qu’ils sont capables de comprendre et de ressentir le même théâtre que les adultes qui, comme les contes, peut comporter plusieurs entrées de lecture. Il suffit donc de le mettre à leur portée. » Une démarche qui se poursuit à l’âge adulte, avec l’Ecole du Spectateur : par le biais de stages et d’ateliers, on y apprend le vocabulaire spécifique du théâtre, la façon dont on met en place les lumières, les sons… tout pour faire comprendre aux gens ce qu’est une vraie démarche artistique, et le travail qu’elle induit.  «  Notre objectif principal est d’offrir à des publics non initiés un accès facile à la culture », précise Sylvie Guigo Lecomte. Dans ce même cadre,

© J-Ch Dusanter

Sylvie Guigo Lecomte, directrice du Forum

le Forum mettra cette année l’accent sur la création, via Le Laboratoire, en mars prochain. Le chorégraphe Hamid Skif, en plus de son spectacle La géographie du danger, sera une semaine en résidence au Forum et accueillera, chaque jour, des artistes locaux afin de travailler avec eux sur des improvisations. Ces répétitions seront ouvertes au public et, chaque soir, la restitution du travail sera présentée. L’occasion d’une rencontre interdisciplinaire…

...Entre amateurs et professionnels Le Forum Jacques Prévert était à l’origine une MJC offrant la possibilité de pratiquer en amateur le théâtre, la danse, la musique… Mais il programme aussi des spectacles professionnels, à raison de trois dates par mois en moyenne sur la saison. « Il y a sept ans, au moment de la construction de la salle Juliette Gréco, d’une capacité de 300 places, nous nous sommes demandé s’il ne serait pas judicieux de scinder les deux activités, indique Sylvie Guigo Lecomte. Ce sont en effet deux métiers différents.  » La salle du Forum a donc été transformée en studio de danse, « le plus beau du département ! »


Carr o s

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Cie Onstap ©Thierry Gazzera

La programmation de spectacles au Forum avait, à l’époque, commencé en chanson, avec des artistes comme Léo Ferré ou Mouloudji, ce qui en avait fait sa notoriété. « Oui, il y a une vie culturelle à Carros !, s’exclame Sylvie Guigo Lecomte. Et une vraie volonté politique de l’entretenir et la développer. » Si le répertoire est aujourd’hui principalement contemporain, Sylvie Guigo Lecomte veille à ce que la programmation soit toujours accessible. D’autant qu’elle doit naviguer entre son propre projet associatif et les directives des collectivités qui subventionnent le Forum. En outre, elle met en avant le rôle social du spectacle vivant, notamment en travaillant avec l’association Cultures du Cœur, issue des Restos du Cœur. « Pourquoi les personnes défavorisées n’auraient-elles pas elles aussi le droit d’aller au théâtre ? Cela peut en plus être un déclic pour eux, pour rebondir vers autre chose et retrouver l’envie, estime-t-elle. Au théâtre, on peut se forger un point de vue, un jugement. C’est un espace qui se veut citoyen. Nous souhaitons que chacun se sente bien au théâtre, en pressente la nécessité. » La programmation du Forum intègre donc cette idée. «  Le théâtre, c’est du loisir, oui, mais il doit aussi apporter de la réflexion, de la surprise et des émotions diverses. » Des têtes d’affiche, mais pas seulement Une envie parfois difficile à mettre en œuvre, quand on prend le parti de ne pas programmer uniquement des têtes d’affiche. « Ces dernières peuvent attirer le public local une fois, mais ce n’est pas cela qui fidélise les spectateurs. » La directrice estime également qu’une programmation, même si une équipe entière y travaille (en l’occurrence, sept permanents), doit être au final décidée par une seule personne. « Elle doit avoir une âme et, pour cela, correspondre à la sensibilité d’un seul être, dans laquelle le public se retrouve. Sans ce fil conducteur, il ne peut pas y avoir de progression linéaire. » Cette

professionnelle du spectacle, ancienne administratrice de compagnies de danse et de théâtre, a également travaillé longtemps dans le milieu de la brocante. Elle se sert de cette expérience pour « faire son marché » sur les festivals. « Il peut m’arriver de programmer des choses qui ne me plaisent pas mais dont je reconnais la dimension professionnelle et artistique, souligne-t-elle. Je me dis alors « ça, ça va marcher à Carros ! ». Chaque année depuis 14 ans, un festival de théâtre de rue conclut la saison des spectacles : les Siacreries. Une manifestation née au moment où l’association n’avait pas de locaux, entre travaux et construction de la salle Juliette Gréco. « Nous avons donc naïvement investi la rue, alors qu’il s’agit de façons de travailler très différentes, précise Sylvie Guigo Lecomte. Dans la rue, le public n’est pas captif et on peut rencontrer de nombreux imprévus. » Toutefois, une fois le pli pris, le festival s’est maintenu. Il programme aujourd’hui 20 compagnies et attire 3 000 spectateurs chaque année. « Le public de Carros n’étant pas habitué à aller au spectacle, est facile à surprendre, constate la directrice. Et, surtout, il joue très bien le jeu. » Elle se souvient ainsi de la compagnie Délices Dada qui avait organisé une « revisite » de la ville pour ses habitants, en inventant une nouvelle histoire pour chaque lieu. « Douze ans après, on m’en parle encore… » FS Quelques dates à venir - Salle Juliette Gréco 18 novembre - Compagne Ouragane, Mains dans les poches 25 novembre - Compagnie Arketal, L’œil du loup, d’après Daniel Pennac, spectacles de marionnettes / théâtre 5 décembre - Ibrahim Maalouf en concert 11 décembre - Warren Zavatta, petit-fils du célèbre clown Achille Zavatta livre sa vision satirique du monde du cirque, où il a grandi 26 février - Richard Bohringer, dans son spectacle Traîne pas trop sous la pluie

En savoir plus : www.forumcarros.com

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Frôler des pylônes /Des canyons/ Frôler l’éphémère / Si tu touches/ Si tu te crashes /Tu rentres dans le légendaire. Alain Bashung « Volontaire » 1982

Robert Malaval Le Voyageur

imprudent Ch. Villeneuve © Galerie Chave en dépôt au Mamac, Nice

Robert Malaval, né le 29 juillet 1937 à Nice, mis fin à ses jours le 9 août 1980 dans son atelier bunker Parisien. Artiste peintre, dessinateur, sculpteur, et écrivain qualifié de conceptuel, trash, glam rock, son œuvre que l'on présente comme une version française du Pop Art, colle plus à sa peau qu’à aucune école. Retour sur un dandy kamikaze, une espèce rare non protégée atteinte d’un étrange virus blanc.

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©Adagp

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Ci-dessus  Portraits de Malaval, par Dominique Tarlé  Robert Malaval, Période paillettes, 1974. Acrylique et paillettes sur toile, 100 x 81 cm

Robert Malaval a marqué si profondément et post punk, trois mois après le suicide de Ian traversé de manière si fulgurante, telle une Curtis. Comme le chanteur de Joy Division super nova, son époque qu’il semble que celet d’autres avant lui, du Comte de Lautréale-ci n’ait pas eu vraiment le temps de l’apmont à Antonin Artaud, Robert Malaval, précier à sa juste valeur. « Même pas mort ! » s’inscrit dans cette veine de créateurs qui titrait en 2005 « Beaux Art Magazine » suite inventèrent un langage, se vouèrent corps et à la double exposition revival que lui consaâmes à la quête de l’absolu et finirent dans craient le Palais de Tokyo et la Biennale de la toile qu’ils avaient eux-mêmes tissée. Et Lyon. Il semble en effet que, comme un strige rien n’évoque mieux une toile d’araignée Malaval qui a vampirisé son siècle et « contaque « l’aliment blanc ». Un piège immaculé, miné » par la bande de la contre culture tant tentaculaire digne des hallucinations pandéd’artistes, revienne hanter la scène contemmique d’un Cronenberg au cinéma, qu’il insporaine. Quatre ans après l’exposition « Katalla avant de visiter d’autres univers paralmikaze » qui témoignait du caractère insolite lèles. Un voyage qui emmena l’artiste de la et avant-gardiste de l'œuvre Pop torturée de croûte terrestre pour finir par une embardée cet homme tout entier tourné vers l'art, c’est sous la voûte où les étoiles jouent en boucle le Musée des Beaux arts d’Angers qui a mis leur petite musique de nuit. ses cimaises au tempo de Robert Malaval du Un aliment pour vos nerfs Malaval Aliment Blanc (pendule) 1960 13 juin au 25 octobre. A Vence où vit sa fille, Robert Car dans l’œuvre de ce plasticien pluridisci© Galerie Chave, Vence 2009 la Fondation Emile Hugues dans le cadre d’un plinaire la musique a toujours tenu une place « tir croisé » avec la collection Chave présente, elle quelques œu- prépondérante confirme Mathilde, sa fille « Il était fasciné par le vres clés de l’artiste niçois. Lorsque que l’on se penche sur le cas son, il enregistrait tout dans la maison et dans la nature avec un Malaval, on découvre au-delà d’une œuvre hybride, insondable, Revox. Vincent Epplay a compilé toutes ces bandes pour l’expo une trajectoire qui fait fi de tous codes. Malaval n’a pas brouillé du Palais de Tokyo. Il voulait faire des peintures comme sonne les pistes, il n’en a suivi aucune ! Une trajectoire singulière qu’il a un riff de guitare. En fait, il n’a jamais vraiment aimé la peinture. choisi d’interrompre d’une balle dans la bouche en pleine période Il préférait ses amis musiciens, il aurait aimé être une rock star,


Ci-dessus (haut à gauche)  Julia Lamboley, Adjoint du Patrimoine, Commissaire d'expositions Ci-dessus (bas à gauche)  Projet de Char de carnaval à Nice (détail) Ci-dessus (haut à droite)  Ch. Villeneuve © Galerie Chave, en dépôt au MAMAC.

il en avait le charisme mais il était né avec les odeurs de l’atelier de peintre de son grand-père dans la demeure familiale de Saint Sylvestre » Ainsi à l'âge de 16 ans, Malaval découvre Gene Vincent et Van Gogh, en même temps que les lambretta et les surréalistes. Il commence à peindre. Après un séjour « initiatique » à Paris en 1956, il décide de revenir à la terre et s'installe dans les Basses Alpes avec son épouse où ils élèvent des vers à soie. Est-ce sous l’influence de cette magnanerie ou de celle des Carnavaliers niçois (pour lesquels il dessinera quelques chars), mais dès 1961 Malaval s’attaque à des motifs en relief faits à base de papier mâché accouchant d’une série d’œuvres fantasmatiques, d’un alien avant l’heure, qu’un enfant qualifiera un jour « d’Aliment blanc » « C’est après ma naissance et celle de mon frère qu’il s’est mis à développer ce projet envahissant au sens propre comme au figuré. Il ne faisait pas de la récup, tous les objets qu’il métamorphosait, infectait, avaient une valeur personnelle  : le violoncelle de ma mère, le fauteuil de la tante, le cadre de l’oncle. Faire proliférer cette mycose blanchâtre et fongicide sur des objets familiers, sur lui aussi, c’était aussi sa façon d’exorciser sa peur de l’enfermement. Farouchement indépendant, il refusait les étiquettes. Et s’il fréquentait Ben ou Arman il n’aimait pas le label Ecole de Nice ni l’attitude de certains envers le marché de l’art » Sauvage et « Collector » Malaval était intransigeant avec lui-même comme avec ses congénères plasticiens mais encore plus avec les galeristes, excepté Alexandre de la Salle, Antonio Sapone (dont le beau-père tailleur

L a vie des arts

©Adagp

©AGalerie Chave

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Germination d'un fauteuil Louis XV, 1963 Sculpture-objet 90 x 63 x 68 cm Fonds national d'art contemporain, en dépôt au Mamac, Nice

lui offrit son premier costume d’artiste) et qui avec la Galerie Chave soutinrent son travail « Il était entier, direct. Plus d’une fois il a failli en venir aux mains avec des marchands qui auraient préféré pour leur business que mon père ne change pas aussi souvent d’univers créatif. Les seules personnes qui trouvaient grâce à ses yeux étaient les rockers. Avec les Rolling Stones, il redevenait comme un enfant » Un fan qui séjournera en 1971 dans la villégiature azuréenne où le band sulfureux enregistrera l’album mythique «  Exile on the main street ». De la villa Nelcote à Villefranche sur mer, il reviendra avec six lithographies réalisées à partir des clichés de Dominique Tarlé, un ami photographe à qui l’on doit les très rares images le montrant vivant au quotidien dans ce jardin d’Eden avec les quatre « sympathisants du diable ». Malaval s’attèlera aussi à un livre sur les Stones. Un livre volé et récemment récupéré par sa fille « l’œuvre de mon père a été dispersée, essaimée entre collectionneurs. Aucun catalogue raisonné n’existe à ce jour. C’est toute une aventure quand on veut regrouper son travail. Des fois je me dis que cela n’est pas plus mal comme ça ! ça lui ressemble  » Malaval est collector comme les vinyles avec lesquels il se baladait. Il est d’ailleurs un des rares plasticiens à avoir intégré la culture rock dans son œuvre comme dans sa vie. Et à l’instar de Keith Richard, l’artiste avide de découvertes mettra dans les seventies son corps à l’épreuve des paradis artificiels. Comme Camping Gaz Flash, fut un clin d'œil à Jumping Jack Flash « Ziggy Stardust » ou « Aladdin Sane » de David Bowie  influenceront ces dernières investigations. Ainsi, après avoir dessiné à

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l’encre de chine d’étranges paysages lunaires et organiques puis des « pastels vortex » qui renvoient à son autre passion, Philippe K Dick, Lovecraft et la SF, Robert Malaval prendra la direction des étoiles. En 1973, il s’entiche d’un nouveau matériau, les paillettes. De simples pigments, ils deviennent sujets de toiles sur fond de néant, de trous noirs, de sa fascination pour les arcanes du temps et le cosmos. Sa série « Poussière d’étoiles » comme un oracle clame alors l’éphémère. Ultime posture d’un Dandy qui vivait sa vie en nuit américaine ? « Mon père avait un physique d’acteur, on le voit dans un film sur l’école de Nice ou sur les portraits de Dominique Tarlé. Il aimait le cinéma, 2001 l’Odyssée de l’Espace, Soleil vert mais, ne pouvait pas tenir en place dans une salle obscure. En fait sa propre vie était un film ». À partir de 1977, Robert Malaval dont l’humeur s’obscurcit lorsqu’il n’invente pas

des formes nouvelles, d’antidotes à l’ennui pour apaiser sa soif, s’intéresse à l’inconnu, trop, comme à son habitude. Installé à Carrières sur Seine avec des amis musiciens, à 43 ans, il réalise une œuvre en forme de testament « Carte postale du fantôme » et une dernière performance choc à Créteil "Peintures-Express" qui fait couler autant de peinture que d’encre. A ce stade comme dit des Esseintes, le héros huysmanien de « A rebours » « il ne lui restait plus que les pieds de la croix ou la bouche froide du canon ». Le 9 août 1980 alors que la scène punk épingle le « no future », quand l’étoile des Clash, brille sur le tee-shirt maculé de sueur de Joe Strummer, celle poudrée d’escarmouches scintillantes, a déjà emmené Malaval à mille lieues de là, le temps d’un riff, d’un éclat, le temps d’une comète…! Robert Malaval, Projecteur 3D, Expérience tactile de l'image 1965

« Que l’homme comprenne la liberté de s’en aller, là où il veut » Olderlin oM

« Il y avait de la giclure blanche partout ! »

Antonio Sapone et Robert Malaval, 1974 Nice - Galerie Sapone

A la galerie Sapone, 1974

c’était un être volcanique, un visionnaire… Les années qu’il a vécues, Malaval les a vécues de façon brûlante, atypique. C’était un écorché vif, un volcan d’idée et d’invention, un artiste aux mille facettes qui s’intéressait à beaucoup de choses et fut en avance de 30 ans sur ses contemporains. César, Arman l’estimaient beaucoup. Il vivait à cent à l’heure, travaillait jour et nuit sans règle de vie comme les autres, dans un petit local, fuyant les mondanités. Très ordonné pour son travail, il ne l’était pas pour le reste.

On était très amis et dans ses moments difficiles il m’appelait, même parfois la nuit. On restait au téléphone longtemps. Quand il s’est suicidé, j’étais en Italie. Pendant longtemps j’ai pensé que j’aurais pu faire quelque chose. L’annonce de sa mort fut un choc, j’en ai souffert. Aujourd’hui encore Malaval me manque. A la galerie on avait présenté en 1974 sa période paillette. Je me souviens lorsqu’il est revenu à Nice avec cette toile qui s’appelait « Je suis une étincelle ».

C’était très audacieux, à contre courant. Quand il est mort beaucoup sont venus pour acheter ses toiles mais je ne voulais pas les montrer. On aurait compris de son vivant le génie qu’il était, peut-être que les choses auraient pris un autre tour. Malaval avait une stature internationale, il aurait dû être au devant de la scène, son œuvre est plus que jamais d’actualité. Antonio Sapone (galeriste, Collectionneur)

La première fois que j’ai vu Robert Malaval, c’était, en 1964, il arrivait à Vence avec sa femme et ses deux enfants dans un attelage tiré par un âne. Une vision incongrue, surréaliste. Il venait s’installer dans un appartement prêté par « le père Chave ». Très rapidement j’ai exposé ses dessins et quelques pièces de ce qui demeure pour moi sa grande œuvre : l’Aliment blanc. Il m’avait raconté l’origine de ce projet artistique. Juste avant de revenir sur la Côte, il élevait dans les Basses Alpes des vers à soie qu’il gavait de feuilles de murier. Un jour ouvrant l’une des claies, il avait découvert que les vers avaient littéralement explosés, « il y avait de la giclure blanche partout ! ». Cet incident l’avait profondément marqué. Robert Malaval était un garçon sensible, agréable, très intelligent, doué d’un humour caustique. Il n’était pas du tout piégé par le système. Nous avons eu une relation infiniment cordiale. Lorsque

je l’ai revu plus tard à Paris malgré son état physique qui s ‘était dégradé à cause de tous ses excès, il avait conservé cette lucidité. Parfois il venait chez moi à Pont du loup. Il me parlait de sa passion pour la BD et la Science Fiction, de l’écrivain Jean Ray et de « Malpertuis » qu’il venait de lire. Je n’ai jamais aimé les armes mais ma sœur m’avait offert un superbe 22 long rifle en bois doré. Malaval en était tombé amoureux et me suppliait de le lui vendre. Un jour, il a posé sur la table une de ses gouaches et je n’ai pas pu faire autrement que de céder. Lorsque j’ai appris son suicide avec ce type d’arme j’ai été bouleversé mais aussi très troublé. S’il ne fallait ne retenir que 3 ou 4 artistes de l’école de Nice il en ferait partie. Mais il était le seul qui brûla sa vie avec autant de passion à la manière des «Montparnassiens». Alexandre de la Salle (Galeriste, collectionneur)


laissez-vous

conter

Grasse son centre historique et ses hameaux

Grasse vous ouvre ses portes, pour des visites découvertes animées par des guides conférenciers agréés par le ministère de la Culture. Programme sur www.ville-grasse.fr rubrique « sortir à Grasse » Tél. 04 97 05 58 36


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La vie des arts

art contemporain

Oui, il se passe des choses à Nice ! Et BOTOX[S] veut les rendre visibles

Des collectionneurs qui trouvent plus valorisant d’acheter de l’art à paris ou Berlin, des galeristes qui s’expatrient, des artistes qui manquent d’ateliers… il n’est pas facile de vendre de l’art ou de vivre de ses créations à nice.

Le réseau de promotion d’art contemporain BOtOX[s] est né en 2007 de la volonté de 10 lieux d’exposition de défendre les intérêts des différents acteurs de la création actuelle à Nice. aujourd’hui au nombre de 12, les membres de BOtOX[s] entendent intensifier leur action, notamment en trouvant des moyens pour produire des artistes émergents.

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ourtant, entre la ville et l’art, c’est une longue et belle histoire d’amour. Parfois semée d’embûches, mais qui se poursuit aujourd’hui, plus que jamais. « Nous souhaitons que BOtOX[s] serve à éveiller les consciences sur les problématiques de l’art à Nice pour faire perdurer cette belle histoire, indique Florence Forterre, la présidente de BOtOX[s]. si nous ne faisons rien, les lieux dédiés à la création contemporaine fermeront. » Un constat amer qui a donné à quelques-uns de ces lieux la volonté de donner naissance, en 2007, à un réseau dé-

philosophie est commune : « imaginer ensemble ce que nous pouvons apporter à Nice et aux artistes ». Chaque lieu demeure indépendant, garde son identité et sa programmation. Les intérêts de chacun se retrouvent dans une communication conjointe et l’organisation d’événements, en veillant toujours à ne pas créer de concurrence entre les vernissages et à proposer une offre complémentaire. autre ciment du réseau : les membres se doivent de respecter une charte par laquelle ils expriment leur engagement personnel et sincère auprès du groupement. « afin de mener à bien les objectifs de BOtOX[s], il est nécessaire que les différents lieux adoptent une politique de diffusion, d’édition, Si nous ne faisons rien, les d’ouverture aux publics lieux dédiés à la création et de soutien aux artiscontemporaine fermeront. tes, avec production si possible. » Ce dernier point fait d’ailleurs partie des développements prévus dès cet automne. terminé à représenter de façon objective et profes- il est bien connu que les arts plastiques sont les pasionnelle le monde de l’art contemporain. Une union rents pauvres des pouvoirs publics… alors BOtOX[s] scellée par une première participation commune au compte bien mettre tout en œuvre pour trouver les Printemps des Poètes, en mars 2007, en organisant moyens de financer et promouvoir les artistes. des conférences, lectures, performances sonores et expositions. BOtOX[s] est unique en son genre, De la nécessaire professionnalisation des puisqu’il réunit à la fois des associations, un centre métiers de l’art d’art, des musées nationaux et des galeries privées. L’association se réunit tous les mois pour faire le « Chacun des membres a des objectifs différents, point sur ses actions et ses projets et, une fois sur souligne Florence Forterre. il a donc fallu trouver des deux, elle invite une personnalité du monde politipoints d’entente pour les mettre tous en avant. » La que ou économique afin de discuter de la meilleure

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art contemporain

façon de travailler ensemble. « L’art fait partie inté- pouvoir nous engager sur un projet ambitieux et grante de l’activité économique de la Côte d’Azur, réaliste, comme une publication pour rendre compte estime Florence Forterre. Sa professionnalisation est des choses, se félicite Florence Forterre, qui s’ocnécessaire car il s’agit d’un métier très nouveau, pas cupe aussi de Del’art, newsletter trimestrielle recenforcément bien structuré. Mais, ici comme ailleurs, sant les expositions de 40 lieux de la Côte. L’édition il existe un certain tabou français d’un catalogue de BOTOX[S] d’une qui crée une rupture entre l’art et année d’art sur la Côte d’Azur Mais, ici comme le reste du monde. Il n’y a donc pas n’est pas à exclure. » ailleurs, il existe de réponse au niveau national. » Et Le fil conducteur des actions de un certain tabou de prendre le contre-exemple de BOTOX[S] est de faire sortir l’art l’Allemagne, de l’Angleterre ou des structures du réseau afin de français qui crée de l’Italie, où il existe une vraie une rupture entre le rendre plus visible encore. Le conscience politique du rôle de réseau s’est fortement impliqué l’art et le reste du dans des manifestations coml’art et où les entreprises s’impliquent dans le financement d’artisme Indisciplines, festival d’art monde. tes et d’événements. «  Ouvrir au contemporain hors les murs initié public les structures artistiques, muséales ou autres, par le Dojo, dont la 3ème édition s’est déroulée du c’est très bien, poursuit la présidente de BOTOX[S]. 15 mai au 15 juin dernier dans toute la ville. Les VisiMais cela ne suffit pas si l’on ne donne pas à la créa- teurs du soir ont également rencontré un vif succès : tion les moyens de travailler. » une trentaine de lieux, appartements privés, ateliers, restaurants, ont ouvert leurs portes au public pour Des actions d’envergure et ouvertes un parcours de nuit à la découverte d’artistes et de Mais preuve qu’une prise de conscience collective leurs créations. Des opérations qui devraient être reest peut-être en train de s’opérer  : l’association a conduites en 2010, preuve que l’action de BOTOX[S] reçu, pour la première fois cette année, des aides du n’est pas près de se figer… Conseil Régional et de la Ville de Nice. « Nous allons FS Feu de hune, œuvre de Lina Henten et Gaëlle Hyppolite produite par les galeries d’art contemporain de la Ville de Nice dans le cadre d’Indisciplines 2009. «Présentation de trois points de vue qui confrontent l’observateur à un monde réduit, énigmatique et offrent aux promeneurs du bord de mer une vision miniature et animée du paysage urbain.»

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Douze membres, des lieux 1] L’atelier Soardi 2] Le Dojo / Del’art 3] Espace à vendre 4] La Maison, galerie singulière 5] Les musées nationaux des Alpes-Maritimes 6] La Sous-station 7] Galerie Sandrine Mons 8] Galeries municipales (galerie a. et galerie de la Marine) 9] Galerie Norbert Pastor 10] La Station 11] La Villa Arson 12] La Villa Cameline / Maison abandonnée

En savoir plus www.botoxs.fr

Soirée projection cinéma dans les jardins du Parc Chambrun, une proposition de l'Eclat et de la Villa Arson, dans le cadre d’Indisciplines.


La vie des arts

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Tourneurs

Musiques actuelles Ils nous font tourner la tête vendre le spectacle d’un artiste, c’est la vocation du tourneur. Mais ce métier englobe aussi bien d’autres activités et se heurte à certaines difficultés spécifiques à la Côte d’azur. rencontre avec quelques acteurs incontournables des scènes émergentes de la Côte : Michel sajn (image Publique), Mickaël Carsenti (MC5), Benoît Géli (Panda 06 Production) et Yan degorce-dumas (Fonétiq).

De gauche à droite : Yan degorce-dumas (Fonétiq), Benoît Géli (Panda 06 Production) et Mickaël Carsenti (MC5).

© J-Ch dusanter

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si nous misons sur des groupes émergents, c’est parce que nous souhaitons que les musiques actuelles se développent, mais aussi parce que nous avons envie de voir sur scène des artistes qui n’auraient jamais été programmés dans la région sans nous ! © J-Ch dusanter

Ci dessus : Michel sajn et sa femme

Gilles Peterson, dJ internationalement reconnu, en concert au Casino de Beaulieu-sur-Mer le 22 mai dernier, un soirée organisée par Panda 06 Production.

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i au métier de tourneur ne correspond aucun profil type, c’est tout simplement parce que chacun a sa façon d’exercer sa profession, dans toute la diversité qu’elle représente. avoir un bon réseau, entretenir une relation de confiance avec les artistes et avoir du nez, ou plutôt de l’oreille, pour miser sur le bon cheval… autant de qualités toutefois indispensables pour faire la différence sur un marché très concurrentiel. Ce qui unit aussi tous les tourneurs, c’est leur passion indéfectible pour la musique, quelle qu’elle soit. « et notre obstination ! », s’amuse Benoît Géli de Panda 06 Production, association créée en 2004. Car, comme toute activité professionnelle, celle de tourneur se doit d’être rentable. « si nous avons fait le choix de monter une structure associative, c’est pour travailler en bonne intelligence avec nos membres et partenaires, mais aussi pour recevoir des fonds publics afin de nous aider dans le développement des musiques actuelles », poursuit Benoît Géli. et ce n’est pas toujours aisé, même si, selon lui, les musiques actuelles coûtent moins cher que d’autres styles, comme le classique ou l’opéra, voire les musiques traditionnelles. simplement, l’enjeu électoral est peut-être moins important… « C’est très difficile de vendre de la culture, ren-

la Côte, on peut d’ailleurs miser sur du populaire glamour, en jouant sur l’image de Cannes ou de Monaco. » Car les musiques actuelles ont un peu de mal à trouver leur place dans notre région. La promotion de la musique traditionnelle y est plutôt bien encouragée, accompagnée de son folklore. Or, pour Michel sajn, « le folklore tue la tradition ». et, surtout, la lutte entre les différentes chapelles qui coexistent est parfois absurde. « Ce qui éclaire nos choix, c’est la révélation de ce qu’est notre région. Or, on peut très bien manger des raviolis en écoutant du jazz ! », sourit-il. c’est quoi, en fait, un tourneur ?

© Marc Huguenin - www.funk-fu.com

chérit Michel sajn, cogérant d’image Publique. Outre les contraintes économiques, nous sommes soumis à des pressions d’ordre sécuritaire : nous devons veiller à ce que tout se déroule bien pendant les événements que nous organisons. » autre difficulté : Michel sajn estime que la vraie crise est culturelle. « C’est la culture qui fait sens et entretient le lien entre les personnes, et elle n’est pas qu’artistique. Le vrai créneau à prendre, c’est le populaire. sur

Promoteurs locaux, sous-traitants de producteurs, diffuseurs, organisateurs de concerts, managers… difficile de savoir vraiment qui fait quoi. « Le rôle du tourneur est de commercialiser le travail des musiciens, explique Mickaël Carsenti, directeur de MC5. L’autre façon de le faire est via un support, et ça, c’est le rôle des maisons de disques. » Le tourneur vend donc le spectacle d’un artiste, en lien direct avec les programmateurs de salles, dans le but de monter un maximum de dates dans la tournée. Le plus souvent, il est rémunéré en pourcentage

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très peu de stations de radio locales sont par exemple capables de diffuser tous les styles de musique. difficile alors pour le public de découvrir de nouvelles choses.

Face au succès grandissant du festival Les plages électroniques, à Cannes, une nouvelle structure a dû être créée pour gérer son organisation : Les Plages. La philosophie des Plages electroniques, festival organisé depuis 5 ans par Panda 06 Production et Fonétiq, est de démocratiser les musiques électroniques avec un tarif maintenu à 5 €, un acte symbolique pour le grand public, plus que jamais confronté à une inflation des prix d’entrée des manifestations estivales.

© Olivier simon - Photo Géovar

© Christian Ferroni - Les Plages electroniques

sur la vente du produit fini au promoteur local. il négocie les contrats avec les salles, avec les directions des affaires culturelles des villes, les responsables de festivals, gère les plannings, la logistique, recrute les équipes techniques… il peut travailler de différentes façons : en coréalisation, en coproduction, en achat direct ou en promotion locale. toutefois, le métier de tourneur n’est pas reconnu en tant que tel, alors que celui de producteur ou d’agent bénéficient d’un cadre juridique bien défini.

Outre son flair, il se fie à ses coups de cœur pour choisir ses artistes. « si nous misons sur des groupes émergents, c’est parce que nous souhaitons que les musiques actuelles se développent, mais aussi parce que nous avons envie de voir sur scène des artistes qui n’auraient jamais été programmés dans la région sans nous !, admet Benoît Géli. Ce serait terriblement frustrant de ne pas aimer ce que joue l’artiste que nous avons mis sur scène. » Le tourneur connaît bien ses artistes. il sait

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ce qu’ils peuvent accepter ou non en terme de salle ou de rythme de tournée. « Notre vraie valeur ajoutée, c’est d’avoir de bonnes idées pour vendre les artistes, les présenter au mieux, au bon moment, indique Mickaël Carsenti, et de pouvoir les associer à d’autres artistes. »

manque de structures et isolement Pour autant, ce dernier estime que la Côte d’azur n’est pas une région où il est facile d’organiser des tournées. « Le plus sou-


iques

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Brian auger en concert au restaurant Chez simon, à Nice, dans le cadre du festival Cross Over, en juillet dernier.

vent, si nous voulons monter des dates pour nos artistes, il faut qu’ils soient déjà connus. » et de citer Brian auger et B-real de Cypress Hill, deux artistes dont il s’occupe et qui ont joué l’été dernier à Nice. « en revanche, nous faisons le plus souvent en sorte que la première partie soit assurée par un artiste local », ajoute Benoît Géli. « Nous souffrons d’une certaine uniformisation des médias, estime pour sa part Yan degorcedumas. très peu de stations de radio locales sont par exemple capables de diffuser tous les styles de musique. difficile alors pour le public de découvrir de nouvelles choses. » d’autant que les azuréens n’ont pas forcément l’habitude d’aller au concert. en cause ? Le manque de salles, notamment à Nice. Pour assurer un meilleur maillage dans la ville et amener la culture dans les quartiers, et pas seulement en périphérie, des projets sont en cours. « Les collectivités doivent prendre conscience que les organisateurs de spectacle sont de vrais moteurs économiques et peuvent être fers de lance dans le développement de l’urbanisme commercial », affirme Michel sajn. Pour lui, les salles de spectacle ont en outre un rôle important de socialisation. « ici, nous nous heurtons souvent à une forme de répression nous interdisant de faire du « bruit ». il faut pourtant éviter de faire un lien entre bruit et violence. Celle-ci vient de la frustration liée

au manque de créativité de l’offre musicale. C’est simple : il n’y a jamais de problèmes à la sortie des lieux où la programmation est de qualité, quelle que soit la population qui les fréquente. » « La musique adoucit les mœurs » ne serait donc pas qu’une simple formule !

travailler de concert dernière contrainte qui rend difficile l’organisation de tournées à Nice : historiquement isolée en regard du national, bien que cela ait tendance à évoluer, la ville l’est également géographiquement. « Nous sommes situés dans un coin !, déplore Mickaël Carsenti. Pour qu’un artiste international y soit programmé, il faut qu’il soit très bien payé ou que Nice soit une étape avant de se rendre en italie ! » afin de contourner ces difficultés, ces acteurs de la scène azuréenne ont choisi de travailler ensemble, en mettant en commun leurs savoir-faire et compétences propres. autour d’événements ponctuels, chacun endosse tour à tour le rôle de producteur, de directeur artistique, de promoteur… Le festival Cross Over, qui s’est déroulé en juillet dernier, en partenariat avec la ville de Nice, en est un parfait exemple. des artistes comme 2manydjs, Miss Kittin and the Hacker, Washing Majazzz, Brian auger, dj Food, Nicolas Masseyeff, Ludovic vendi, atomart ou

Le festival Cross Over s’est déroulé du 28 au 30 juillet dernier à Nice et a réuni, dans sa mise en place, différents acteurs de la scène musicale local, en partenariat avec la ville de Nice.

No stress People se sont produits dans différents lieux de la ville. « La programmation était dédiée au métissage des publics, des professionnels, mais également des champs artistiques : musiques émergentes, arts plastiques, vidéonumériques… », indique Yan degorce-dumas. Preuve qu’en local, le collectif profite à tous. FS

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galeries

Des cimaises faites maison !

Les galeries ferment, les maisons rouvrent ! « Singulières » ou « abandonnées », appartements ou villas, l’art contemporain a pris à Nice ses quartiers chez des particuliers, qui, s’ils ne sont que semi-professionnels ne sont pas qu’à moitié passionnés. Utopie, épiphénomène, en attendant, ça marche !

Et si l’art plastique manifestait lui aussi le besoin de sortir de son ornière mercantile ou du moule muséal, de s’offrir des chemins de traverses. Exposer dans des lieux non adaptés, s’exprimer en terrain neutre voire accidenté, le concept n’est pas nouveau. De tous temps des galeristes ont reçu chez eux des collectionneurs pour présenter leurs coups de cœur et de façon moins confidentielle, Lola Gassin à Nice. Certes on a vu des squats ou des friches de Londres à Berlin drainer plus de monde que certaines galeries avec pignon sur rue, mais avec la Maison abandonnée et la Maison galerie singulière, deux « foyers des arts » à l’aise dans leurs cimaises improvisées, c’est encore un autre profil d’accueil qui s’est imposé à Nice, « une sorte de retour au communautaire sans le pathos » tient à préciser Jeremy Strauch, adepte d’un art contemporain qui n’hésite pas à briser sa coquille pour mieux se montrer Maison abandonnée Hélène Fincker © J-Ch. Dusanter

La maison abandonnée : Des expositions dans le jus « Papa est en haut, il fait des travaux, maman est en bas elle fait des expos ! » pourraient fredonner les 4 enfants (Louise, Thomas, Bénédicte, Sophie) de François et Hélène Fincker, heureux propriétaires de la Villa Caméline. Une villa rebaptisée paradoxalement depuis qu’elle est revenue à la vie  : « la Maison abandonnée » ! Née en 1920 au flanc de Cimiez sur son versant ouest, à deux pas de l’église Jeanne D’Arc, la demeure de maître est sortie de 15 ans de sommeil en 2001 lorsque ce couple originaire d’Alsace décide de l’acquérir « Nous habitions juste à coté de cette maison mystérieuse livrée aux squatters, pendant six ans elle nous a fait les yeux doux. On a fini par craquer ». Depuis, Hélène, attachée de presse des Musées Nationaux de la Côte d’Azur et son époux, spécialiste en médecine nucléaire, restaure l’ancienne demeure de maître avenue Montplaisir par petites touches en prenant soin de ne pas gâter son jus « Elle a été dessinée à la Belle Epoque pour un pâtissier niçois par l’architecte Adrien Reiss, qui a édifié éga-

lement la Chambre de Commerce de Menton et l’Ecole Normale. C’est le lieu où je me fais plaisir, ce qui permet à cette maison de revivre autour d’événements artistiques de qualité. Nous y passons le plus clair de notre temps, mais nous n’y habiterons jamais ! Pour nous, elle restera toujours un rêve d’enfant, la cabane au fond du jardin !( rires) » Une annexe de luxe avec ses 300 m2 sur trois niveaux, ses moulures « meringuées » son envolée de marches à la française, son jardin sauvageon piqué d’orangers et sa vaste terrasse à l’italienne. Et si ses propriétaires continuent de vivre dans leur ancien domicile sur le terrain mitoyen, la Maison abandonnée ne l’est plus pour tous ! Fort des 3 ou 4 expositions qu’Hélène organise annuellement, elle est devenue un lieu d’art et de culture incontournable qui brasse la création locale, des artistes étrangers comme le gotha des acteurs de l’art en région «  Nous avons pendu la crémaillère avec la Station et reçu depuis des artistes locaux comme Marc Chevalier ou Stéphane Steiner, d’autres venus d’Alsace : Christophe Meyer, François Nussbaumer, le peintre Pascal


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Maison abandonnée Hélène Fincker © J-Ch. Dusanter

Poirot, invité quelques semaines plus tard au Musée d’Art Moderne de Strasbourg, la suissesse Agnès Dallenbach, le vidéaste plasticien belge « Messieurs Delmotte » en partenariat avec la galerie Sandrine Mons » Des rendez vous collectifs sont même nés ici avec l’association le Labo sur le thème du cabinet (érotique, névrotique, démocratique) présentant chaque année les œuvres d’une trentaine d’artistes pour la plupart issus de la Villa Arson. Au printemps dernier, c’est le collectif « Und 5 » composé lui de plasticiens autrichiens, allemands et hollandais qui venaient courtiser la belle cendrillon. Tous sans distinctions d’origine ou de pratique se sont nourris de l’imaginaire de cette maison dont la façade kitsch n’aurait pas dépareillé dans une opérette viennoise. Tous ont su composer avec ses murs vintage et tagués (séquelles des années de squat), sa hauteur de plafond, l’éclairage de vieux lustres en perles de verre, afin de créer une scénographie sur mesure, de s’approprier le lieu. Une règle du jeu à laquelle Catherine Macchi, commissaire d’exposition qui œuvra à la Villa Arson puis chez Soardi s’est pliée aussi signant plusieurs expositions dont

au printemps encore celle du peintre Joao Villhena. Même succès lors de lectures ou happening organisés avec le poétesse Cécile Mainardi (ex de la Villa Médicis), Gérard Malanga (ex partenaire d’Andy Warhol), Joseph Mouton, l’écrivaine Maryline Desbiolles ou Sophie Taam ou encore lors de soirées privées relayant des événements locaux et nationaux. La dernière en date étant le concours de design organisé chaque année par la Maison Malongo. « Je souhaite faire partager mes goûts, mes passions tout en ouvrant ce lieu à la création sans frontières  » explique Hélène qui entre son travail d’attachée de presse, l’organisation de ses expos, son engagement avec l’association BOTOX et sa petite famille trouve encore le temps d’arroser son potager. Car la passion qui l’anime semble le meilleur des carburants. Ainsi l’année 2010 verra dès les beaux jours se succéder aux murs de la Maison abandonnée les photographies sur Berlin d’Anne Favret et Patrick Manez (South Art) puis les œuvres de Michou Strauch. Une artiste qui n’est autre que la maman de Jérémie Strauch, à l’origine d’une autre maison pas vraiment close non plus…!

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Jeremie Strauch

La Maison/galerie singulière : ça déménage ! « J’ai tenté d’échapper à l’art, il a fini par me rattraper » commente avec un brin d’ironie Jérémie. Enfant de la balle, né d’une mère artiste proche de Fluxus, d’un père qui professa à la Villa Arson et avec un beau-père directeur de l’école de Photographie d’Arles, il aurait pu emprunter l’itinéraire d’un enfant gâté. Mais avant d’ouvrir en 2007 La Maison/galerie singulière qui n’est autre que son propre appartement au 1er étage d’un vieil immeuble niçois, Jérémie a passé son BAFA et suivi un parcours d’éducateur social qui l’emmena de Nantes à Marseille puis à Nice. De retour au bercail, il a 30 ans « La maison singulière est née spontanément, en 2006. Je cohabitais avec une amie qui exerçait le métier de masseuse. Afin d’animer le couloir qui servait de salle d’attente, j’ai demandé à des copains dessinateurs ou peintres d’en décorer les murs. Quelques semaines plus tard, on lançait une programmation. Sans le savoir, j’étais déjà victime de l’effet boomerang ». En effet, le concept prend forme lorsqu’il est rejoint par Diane Pigeau, alors assistante à la galerie Pastor et Charlotte Pavanello qui exerce, elle à l’atelier Soardi. « De mon coté j’avais pris la direction artistique du Museaav, mais le désir de voler de nos propres ailes fut plus fort. En 2007, réunissant nos compétences nous avons décidé de donner carte blanche à des plasticiens afin d’investir les 80 m2 de la rue Offenbach. Deux options au choix : le couloir et

Maison singulière

le salon double vidé de son contenu offrant une sorte de white cube alors que dans la salle de bain et la cuisine, l’accrochage s’effectue en incluant le mobilier et la fonction de lieu de vie ». Une formule à la carte qui séduit. Les expositions se succèdent à un rythme qui ne sacrifie pas au diktat du calendrier mais sont rythmées par les rencontres avec les artistes. En moins de deux ans, la Maison accueille plusieurs expositions monographiques (Jean-Baptiste Ganne, Benjamin Hugard, Frédéric Nakach etc). Des premières, parfois, mais toujours de savoureux moutons à cinq pattes qui attirent de fins connaisseurs. Des galeristes comme Bertrand Baraudou (Espace à Vendre), ou d’éminents responsables de lieux d’art tels Cédric Teisseire (La Station) Eric Mangion (directeur du Centre d’art de la Villa Arson) ou JM Avrila (ex directeur de l’Espace de l’Art concret) deviennent rapidement des fidèles de cet espace à géométrie variable. « L’un des atouts de ce terrain de jeu est de permettre aux artistes de pouvoir tester leurs travaux ou de tenter des choses qu’ils ne pourraient pas faire sous pression en galerie » explique Diane. Aux cotés de cette nouvelle génération, la grande famille des arts plastiques y compris celle proche de Jérémie est aussi invitée. Deux expositions collectives : « le 6 rue Fodéré » et celle dédiée cet été à Jean Dupuy et ses amis lui permettent de payer son tribut familial « Pendant plus de 20 ans du côté du port, le 6 rue Fodéré fut un lieu de vie mais aussi de création intense.


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F. Nakach

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Diane et Charlotte

J’y habitais avec ma mère, j’avais huit ans et côtoyais Caminiti, Dolla, Baudoin. Quant à Jean Dupuy, c’était aussi un proche, enfant j’allais souvent à Pierrefeu dans l’arrière-pays niçois, où il vit et travaille toujours » Enfin celle organisée en décembre 2008 fut une dédicace aux artistes qui ont d’emblé soutenu le projet. En ajoutant leur complémentarité (Diane suit un cursus de commissaire d’exposition), le trio épaulé par Jean-Charles Michelet a fait de l’appartement un carrefour endémique de l’art contemporain où tous se sentent chez eux, qu’ils soient conviés à y exposer ou visiteurs. «  Contrairement au dispositif de la galerie classique, les gens viennent ici, entre amis, se lient facilement avec d’autres. Ce n’est pas qu’un lieu de monstration, c’est aussi un lieu de partage où l’on aime s’attarder. Aussi afin d’éviter les embouteillages dans le couloir nous faisons aujourd’hui deux vernissages au lieu d’un » ajoute Jérémie. Ce lieu interactif n’a pas fini de fédérer car après l’exposition automnale concoctée avec l’artiste Alexandra Guillot «  La maison, galerie singulière  » devrait encore élargir son cercle. Un nouvel enjeu pour Diane  : «  Nous avons exposé des artistes parisiens comme Eric Pougeau et tissé des liens avec des réseaux à l’étranger. Pour éviter la monotonie, nous devons encore ouvrir des fenêtres. Dès cet automne nous partons prospecter en Italie, Slovénie et Arménie. Nous envisageons des échanges avec d’autres lieux qui fonctionnent comme le nôtre là-bas. C’est une

sorte de Time Share : Nous leurs donnerons carte blanche pour investir la Maison à Nice, de notre côté nous irons chez eux pour installer nos projets » 300 m2 dans une maison d’architecte ou 80 m2 dans un appartement niçois du cœur de ville, malgré leur différence de taille ces deux lieux alternatifs (membres de l’association BOTOX aux côtés de géants comme le Musée Chagall ou la Villa Arson) participent au rayonnement culturel de Nice tout en obéissant à un régime particulier. Tout en reposant sur le bénévolat - aucun de ces deux lieux régis en association n’a demandé de subventions - la notion de plaisir entre artistes et occupants, s’impose comme la seule et unique motivation. Les projets sont montés dans le partage des idées, des frais comme des efforts. Jérémie comme Hélène avoue d’ailleurs tirer de cet élan collectif, l’énergie nécessaire pour poursuivre l’aventure. Enfin qu’il s’agisse de la Maison abandonnée ou de la Galerie singulière, l’axe créatif est proche d’un travail en résidence temporaire avec une contrainte supplémentaire pour l’artiste : faire vivre un espace dans une dimension autre que celle pour laquelle il est destiné. C’est pour toutes ces raisons que ces habitations ouvertes à la « re-création » ont sûrement tant de succès, plus une, bien sûr sémantique car «  Comment pourrait-on songer une seule seconde, à s’ennuyer rue Offenbach ou dans une avenue baptisée Montplaisir ? » OM

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benvegut a eusebilanD (Made in Eusébi)

Jean-Marc Eusébi nous a quittés voici trois ans, mais il est resté dans le cœur de tous ceux qui l’ont aimé dans « la Baie des Paradoxes ». Afin de rendre hommage à cet attachant et prolixe dessinateur, auteur de pièces, créateur de presse et de chars de carnaval, le groupement des CEDAC de Nice accueille du 12 octobre au 27 novembre le meilleur et le pire de l’extravagant Monsieur Eusébi. JM eusébi

c

et automne les CEDAC de Nice ont décidé de faire revivre l’un de leur plus fidèle complice Jean-Marc Eusébi. Alexandra Masson, présidente du groupement s’en explique « JeanMarc Eusébi a réalisé dès 1988 les catalogues du CEDAC, graphismes, campagnes et affiches. De notre côté nous avons soutenu bon nombre de ses aventures sur le papier de la Baie des Paradoxes à Emma ratatouille. Nous avons eu avec lui un vrai parcours, une complicité active et chaleureuse. Chaque fois que Jean-Marc eusébi se fait les CedAC alors dès le 12 octobre tous les CedaC de avait un projet, il venait nous voir. On Nice se mettront à la page d’eusébi. Un uniessayait d’offrir une lisibilité à son vers fantasmagorique, truculent, irrévérentravail talentueux qui avait le don de cieux qui investira Nice en ses quatre points fédérer les niçois de 7 à 77 ans sans cardinaux. les grand thèmes ont été dégadistinction aucune » gés en accord avec sa famille. a Cimiez, nous accueillerons une rétrospective de l’ensemble de son œuvre ! au CedaC terra amata, « eusébi et Nice » à saint-antoine « eusébi et le carnaval ». a la Costière « eusébi et le théâtre » sera ponctué de représentations pour les enfants. enfin à l’ariane nous déploierons l’univers de la Carna-crèche concoctée avec le CedaC afin de mélanger deux grandes traditions « Noël et le Carnaval ». de mon coté

j’ai continué à faire vivre la Carna crèche au CedaC et au CUM dont je suis aussi la présidente. Chaque année dans le cadre d’ateliers de nouveaux sujets sont créés, si bien que nous avons aujourd’hui à django reinhardt une grande Carna crèche avec une dizaine de santons, dont la nativité réalisée par eusébi. il y aura aussi des affiches, des céramiques et des planches du journal « Barre à mine » ou de son premier album « Caresses d’écorcheur » Cet événement sera l’occasion de lancer officiellement, l’association placée sous l’égide de son fils raphaël « les amis de Jean-Marc eusébi » présidée par alexandra Masson et Olivier Bettati. Bref l’affaire eusébi n’est pas prête d’être classée, une bonne nouvelle par ces temps de grise mine !


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© J-Ch. dusanter

La caresse de l’écorché il aurait su trouver les mots et le coup de crayon pour nous parler de la crise, de la grippe a ou de la mort de Michael Jackson. JeanMarc eusébi restera à jamais cet elfe sur-vitaminé dont le regard bleu perçant était aussi imprévisible que le ressac de Coco Beach, un lieu où il aimait se ressourcer entre amis. Né à Nice le 15 février 1962, ce fils d’agriculteur de la vésubie a troqué très tôt la pioche pour le crayon gras et le pinceau. dessinateur de Bd, auteur dramatique, éditorialiste, graphiste de publicité, enseignant en art et communication, imagier du Carnaval de Nice, quand on demandait au « touche à tout inspiré » son activité principale, il déclarait sans ambages « la schizophrénie ! ». il aimait Matisse et reiser, « la déconnante » pas vraiment light, la provocation et la tendresse (dans cet ordre), était capable de faire les 400 cents coups avec les enfants qu’il rencontrait lors d’interventions en milieu scolaire comme avec les vieilles dames (indignes). Concepteur de chars et de 56 grosses têtes, s’il regrettait parfois que les plus impertinents de ces projets ne soient pas retenus, son attachement au pays demeurait : « Certains chars partent au Japon, ce qui n’est pas pour me déplaire car si je défends

l’identité niçoise c’est pour qu’elle sorte de ses gongs et passe la frontière de la xénophobie ». Mais les racines, ne lui suffisaient pas. il voulait aussi les feuilles, des feuilles blanches pour en faire voir de toutes les couleurs à ses contemporains. Un travail, une mission qu’il partagea avec quelques complices du cru : louis Pastorelli (le Cd + Bd Coucou Cougourdon) et Nux vomica (le Carnaval de Cougourdon) Michel sajn (scène d’azur) Max denfer ("la Guerre des étals" Bd en édition bilingues français-niçois), richard Cairaschi, Boccarossa et tant d’autres….et à toutes fins utiles, l’artiste mettait les bouchées doubles. en 2003, il signe le char du "roy de la com média" avec "arleKing", l'un des plus grands mannequins articulés du monde culminant à 15 m., adapte pour la scène deux de ses Bd. en 2000 « Hôtel Beau Potage » avec la Cie du théâtre Chou. trois ans après "Carnavalloween" avec la Cie Miranda. Mais freiné par la maladie, l’auteur ne pourra achever le scenario tiré d’une pièce en chantier « dillan Mahmoud, un beurre in the mood ». eusébi voyait tout en grand ou plutôt dans les grandes largeurs de l’esprit. l’un de ces premiers avatars de papier « Membror » en témoigna de façon si cru et si efficace, que cela valut au journal « Barre à Mines » de comparaitre devant le tribunal de Nice. Mais

emma la tomate

le brulot « bimestriel de contre-information » monté avec Jack lalli, fidèle lieutenant, défraya si bien la chronique en 15 numéros qu’il s’attira également les louanges de la presse nationale et comparut cette fois très cathodiquement à Canal +. au-delà de l’attachement qu’il suscitait auprès des femmes comme des hommes (surtout des femmes !), eusébi était indéniablement de la même trempe sanguine et jubilatoire que les reiser ou vuillemin. Que grâce lui en soit rendue encore pour très longtemps !

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Des discussions autour d'un verre, espérer un autre monde, parler d'affiches, de spectacles, de l’un, de l'autre, reboire un coup, raconter l'histoire,

la dessiner pour mieux la faire vivre, parler de Nice, de son manger et de son boire, de son histoire qui est aussi la nôtre, de l'avenir. Cet "à venir" qui est venu trop vite, et ce vide qui s'est créé et qui dure. Ton travail d'artiste nous reste, mais tu manques, Jean-Marc, tu me manques, Eusébi. Richard Cairaschi Auteur, metteur en scène, acteur et humoriste

Ben, Alexandra Masson et JM Eusébi

EUSEBI c’est comme ça qu’on l’aime Jean Marc Eusébi c'est l'urgence d'être et de vivre avec passion ses passions. Il est toujours là pour moi, donc je parle au présent. Un hyper actif qui aime la Bd, le rock, le ciné, le bon vin et les femmes. Nos points communs d'une rencontre choc au (feu) cinéma Le Balzac à Nice pour une soirée « ciné rock dédicace » pour laquelle il conçut l’affiche... Dans la Bd, il aime Reiser, Vuillemin, et bien sur le journal Hara Kiri et Prof' Choron, tous incontournables ! De bonnes influences pour Jean Marc qui avec ses dessins et bulles t'emportent loin, dans ses délires, de la vie quotidienne. Ses premières Bd « Cons d'hommes » (1986) et « Caresses d'écorcheur » (1988) sont un must de bon mauvais goût. Et oui, il a un esprit fin, c’est un créatif infatigable, un génie ! Dans sa vision de situations rocambolesques, il dérape vite, pardon il surfe à l'aise pour te faire plier en

4 !... De là à notre aventure avec « Barre à Mine » il n'y a qu'un pas... 25 ans d'amitié, d'échanges d'idées et de création de journaux, d’organisations de concerts et d’événements (Soirées Rock et Strip-tease, Convention du disque et de la Bd…). Mais c’est aussi et surtout plein de « fourres de rire ». Je n’ai jamais autant ris, et encore aujourd’hui en relisant ses planches... Sa nissartitude et son ancrage au païs nissart il en fait des prouesses artistiques pour le Carnaval de Nice, des chars et grosses têtes qui ne sont pas aux antipodes de son travail initial bien « destroy » mais une simple continuité et évolution ! Un homme de goût, quoi… ! Jack Lalli Journaliste La Strada


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JM Eusébi et Metcuc

La dernière fois que j’ai croisé ton regard, éternellement bleu et chaleureux, tes yeux trahissaient le combat inégal que tu menais contre cette saloperie de cancer. Deux années de souffrances. Jean-Marc, le temps ne doit pas effacer ton calvaire : l’oublier, ce serait te faire mourir une deuxième fois. Pourtant, tous ceux qui t’aiment, et ils sont légions, conservent d’abord tendrement ancré au cœur de leur mémoire ton sourire décapant et l’image de ta silhouette impertinente. Ecorchée vive, railleuse et inventive. Parfois, elle semble se profiler parmi les hauts lieux du Comté de Nice au fil desquels tu déambulais, sans doute en quête du bonheur. Ces fiefs de la Nissartitude dont tu déclinais la diversité de manière si loufoque. Jean-Marc, grâce à ton crayon, tes créations sont là à portée de mains et de nos souvenirs. Elles nous procurent la sensation qu’une part essentielle de ton être est encore parmi nous. Là, au coin de la rue. Paul Barelli Journaliste, Le Monde, le Petit Niçois

Max Denfer, Richard Cairaschi et JM Eusébi

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Jean Marc c’était un regard, un écorché amoureux de la Vie, le passionné avec tout ce qu’il y a de dérapages,

plus ou moins contrôlés à la recherche du bonheur suprême. Il s’en est allé, comme il est terrible de manquer de temps, de ne pas profiter des moments les plus longs avec les êtres vivants, et s’apercevoir que le manque est crucial quand ils ne sont plus là. Jean Marc ne pouvait pas laisser indifférent, comme tous les Artistes de ce monde il avait ce plus, cette flamme tout au fond des yeux, cette liberté inventive, cette création intempestive, cette verve acide. Que la nature est dure avec ceux qu’elle honore, et comme une force vengeresse, il fallait que le créateur s’en prenne tout d’abord à son corps, avant de nous l’ôter totalement..Ahhhh c’est un fait certain, ils doivent bien se fendre là haut avec toi Jean Marc. Bravo l’Artiste, tes créations seront donc eternelles, le roi est mort, vive Arleking, l’Ecorcheur, Emma, Al capote et tant d’autres.. F.Xavier Ciais Directeur de la publication Art Côte d’Azur.

 A gauche : JM Eusébi en Février 2005 © O. Marro

De Jean Marc Eusébi, je garde le souvenir ému (et craintif) d’une première et tonitruante rencontre la nuit tombée dans les locaux de l’Etendard, hebdo mal pensant qui se faisait un devoir d’accueillir en ses murs le saignant Barre à Mine : des Christ à poil, des chats gays, des convictions aussi… Voilà qui –après l’effet de surprise - délaya nos plumes pendant quelques mois, réarmées par un esprit vengeur tombé tout droit d’un incontrôlable astéroïde pétaradant. La seule fois où JeanMarc s’est tu (sur ordre), c’était devant la Cour, au tribunal de Nice, jugé pour ses crayonnés méfaits par de noirs corbeaux en compagnie du pote Lalli : magnifique et inoubliable plaidoirie en leur faveur de Me Borghini, happé par l’ambiance, qui ne tarda pas à s’égarer sciemment dans des références bibliques aux tendances zoophiles… Sans doute un peu trop près de Jean-Marc, le divin baveux, et l’ignominie bon enfant fut contagieuse, à notre grand plaisir, avec ce fond de réflexion et de sagesse qui rendait toute parole glauque imparable. Aux marches du Palais, tout juste le temps de fustiger quelques braves gens (qui n’aiment pas que…) et nous voilà tous repartis derrière Eusébi pour l’une de ces aléatoires bringues qui nous menaient souvent dans d’inconnus logis, où le verbe volait haut pour s’abattre en piqué sur l’hôte et ses invités, plus ou moins bienveillants devant nos facéties les plus grasses. Rien que du bonheur, partagé par un improbable gang d’artistes survolté par son gourou. Ca manque un peu d’épices, ces temps-ci… Isabelle Auzias Rédactrice en chef de la Tribune Côte d’Azur


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Et toi ! Tu crois que l’on peut vivre 80 ans à 300 à l’heure ? Et vas-y, des bandes dessinées, du théâtre, du journalisme, le carnaval, et quel roi Messire ! De la musique et même des crèches !!! Nom de D… Tout, il faut que tu touches à tout et avec talent, en prime une imagination qui déborde comme une bière pression, tiens à propos c’est le moment de piquer une tête au « Plongeoir » ! Jamais eu peur de te jeter à l’eau, franchement tu en fais un peu trop, dit, la « Baie des Paradoxes » cela ne serait pas autobiographique, par hasard ? Paradoxe, tu as écrit paradoxe, le provocateur timide, le survolté Zen, le foisonnement au cordeau, le décontracté besogneux, Avec ton regard bleu laser, qui dissèque, scanne, contrôle, redoublé d’une écoute qui guette, qui traque chaque murmure en suspens, et à ce moment, ton analyse suraiguë va délivrer son verdict ; ça claque sec comme un coup de fouet, d’un dessin craché, d’une phrase reçue comme un uppercut, tout est là, une synthèse ciselée au scalpel : bravo Maestro !!! Un vrai travail d’écorcheur ! Mais surtout quel pote, quel père, quel ami, quel amant !(cela s’est dit). En trois mots, mon très cher Jean-Marc, « Tu es EUSEBIEN », et c’est parfait, puisque c’est comme cela que l’on t’aime. Allez salut l’Artiste ! Jean-Charles Dusanter qui a goutté à « La caresse de l’Ecorcheur » 

 Au centre : JM Eusébi et J.C. Dusanter  Ci dessus : Jean-Marc Eusebi  A gauche : Alexandra Masson, JM Eusébi, Max Denfer et Dominique Estrosi

©Tous crédits photos J-Ch. Dusanter sauf photos p.42

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Cet obscur objet… de la Côte d’Azur Encore un baptême pour Gilletta/Nice-Matin ! Après avoir publié cet été « Carnet de Voiles Latines », leur premier ouvrage sur la mer, voilà que les éditions lancent un ouvrage inédit « la Côte d’Azur vue du sexe ». Et si les niçois qui n’ont pas le pied marin, avaient l’esprit beaucoup plus leste ?

Culture sexe « Nous avons opté pour une forme ludique, un abécédaire en 26 lettres, chacune étant illustrée par Patrick Moya, pour 26 mots choisis de A comme Amour à Z comme zygomatiques, parce que c’est bien connu le sexe ça fait rire ! » poursuit, l’œil qui frise cet archéologue et historien habitué à d’autres fouilles mais qui n’a pas froid aux yeux (il a signé un ouvrage sur la Production du feu) «  On s’est aperçu qu’en progressant dans les lettres, cela devenait de plus en plus hard. On commence avec

©Jean-Pierre Amet

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ea » c’est fait, « sex », ça vient, à quand le soleil ? Les Editions Gilletta égraineraient-elles leur parution au rythme du refrain de Gainsbourg « Sea, sex and Sun  ». Non, plus sérieusement inscrire le sexe au menu de la Côte, l’idée émoustille d’autant que « cela n’a jamais été fait », confirme les auteurs, Bertrand Roussel et Faustine Sappa qui ont répondu au SOS lancé par Gilbert Grisoni « Il aura fallu exactement 9 mois pour accoucher du bébé ! » explique Faustine. On veut bien le croire car ce pavé de 176 pages est une véritable encyclopédie qui ne se lit pas d’une seule main. « La Côte d’Azur vue du sexe  » c’est tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Eros au soleil sans jamais oser le demander et tout en s’amusant «  Nous avons essayé d’aborder sous cet angle universel une région qui a la réputation d’être sulfureuse. Méritée ou pas ? Ce n’est pas l’objet de ce livre qui se veut une sorte d’inventaire à la Prévert, débridé et à 360 ° pour évoquer tout ce qui touche de près ou de loin sous ce climat tempéré aux choses brûlantes du sexe et de l’amour » Alors comment va-t-on la déguster, Bertrand cette salade niçoise…bien relevée ? 

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la vie des arts

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l i t t ĂŠ ra t u r e

Amour, Contraception, DĂŠsir et on finit par Sodomie, Turlutte et Urophilie .   Nous avons voulu aborder le sexe en frontal, mais sans vulgaritĂŠ sur une note d’humour, dĂŠcomplexĂŠe, dĂŠcalĂŠe.  rajoute Faustine qui de son cĂ´tĂŠ a sĂŠvit dans la presse et tenu une rubrique dans la revue   Union  Âť avant de signer le ‘bricolage pour les Filles’. MalgrĂŠ leurs parcours divergents, nos deux aspirants ès  sex on the beach  ont un point commun  : Ils se sont connus enfants en Arles, leur ville natale et filent aujourd’hui le parfait amour Ă  Nice. Un regard complice masculin/fĂŠminin qui permet d’ouvrir bien des portes dĂŠrobĂŠes. A commencer par les coulisses du patrimoine nissart:  Sucette  une grande figure de la prostitution de Papa qui Ĺ“uvra jadis dans le quartier de Notre dame, l’enseigne  Interna Meliora  Âť (A l  ‘intĂŠrieur, c’est le meilleur) que l’on peut encore lire au fronton d’une maison place Vieille qui fut l’une des maisons closes les plus prisĂŠes du ComtĂŠ. Sans oublier bien sĂťr Le Morou Di Carras, c’est-Ă -dire  Le Maure de Carras  (Va-t’en voir un peu le Morou di Carras ) rĂŠputĂŠ pour la monstruositĂŠ de son appendice auquel on pouvait, si l’on en croit la rumeur, arrimer plusieurs pointus. Et ne vous demandez plus pourquoi, ni oĂš ni comment un beau jour le bel Apollon de la place MassĂŠna s’envola, la rĂŠponse est dedans. Mais on y trouve aussi en rayon des articles plus neufs comme cet ĂŠtonnant godemichĂŠ en or crĂŠĂŠ par un bijoutier ĂŠrotique Ă  Saint Laurent du Var d’une valeur de 45 000 euros (faut l’amortir !) Ă  remplir d’eau pour se rĂŠchauffer ou se rafraĂŽchir selon la saison, ainsi que des myriades d’artistes avec bizarreries : Une culotte Ă  poils, les investigations de Metcuc, une artiste performer qui ŠPatrick Moya

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 Ci-dessus : Seins ŠValÊrie Arboireau

a prouvÊ, jusqu’ au cœur de la galerie Ferrero qu’elle n’avait rien à cacher, les photos nus de culturistes prises par Mr Ferrero himself,   V.drey  qui, avec son complice musicien Schulz animent des soirÊes SM   Êlectro-bondange   les Dums Dum boys, fameux rockers alternatif niçois qui s’illustrèrent dans un film X   Porno Vista  dont ils signèrent la BO, plus de 70 ans après que fut tournÊ à la Victorine,  la Sultane de l’amour , l’un de ces premiers films  olÊ olÊ  qui dÊfraya la chronique.

Live chauds et bons tuyaux Mais l’autre attrait de cette encyclopÊdie friponne et exhaustive est d’avoir donnÊ la parole à des azurÊens, connus ou anonymes. Près d’une centaine en live chaud   Certains ont refusÊ, d’autres ont acceptÊ de nous parler librement comme Patrick Mottard ou Gaston Franco. Souhaitant brasser aussi large que le sujet, nous avons invitÊ aussi bien la prÊsidente de   Ni putes ni soumises   à l’Ariane que la dame du NÊgresco, Jeanne Augier qui a tenu a dÊnoncer les dÊrives de la zoophilie  Au fil de ces pages rythmÊe par les lettrines espiègles de Moya on y dÊcouvrira aussi le procureur Eric de Montgolfier Êvoquer le racolage actif et passif, Eve Ruggieri louant tous ces artistes qui confondirent Beaux Arts et sex appeal, Frère Benoit, le point de vue de l’ecclÊsiaste, Eric Zemmour, journaliste et chroniqueur à la TÊlÊ donnant lui sa version du vacancier en goguette. Mais aussi des Êtudiants, des Quidams, tous âges confondus.   Comme on a tous un sexe dès que l’on parle de cul, forcÊment ça fÊdère  ! Nous nous adressons sans distinction à tous. Ceux qui vivent la Côte comme à ceux qui la visitent et avons inclus un recueil de bonnes adresses testÊes, pour la plupart . Une riche idÊe pour redonner une seconde virginitÊ à cette destination phare  Une rÊgion classÊe deuxième spot pour l’Êchangisme après Paris, et oÚ Le club 54 fait figure de pionnier.  Mais au fait, savez-vous qu’il y des fresques kamasoutra dans la vallÊes des merveilles et que l’avortement est encore interdit à Monaco ?  Vous croyez connaÎtre la Côte d’Azur de A à Z  ? En parcourant ce bestiaire vous vous rendrez compte que malgrÊ vos heures de vols vous n’êtes encore qu’un novice.  La Côte d’Azur vue du sexe  à dÊcouvrir au Salon du livre de Mouans-Sartoux et au Salon de l’Erotisme à Nice. OM


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Samedis 3, 10, 17 et 24 octobre 2009 à 14h30 au Palais de l’Europe

Samedi 3 octobre Rencontres sur les Origines

Samedi 10 octobre Science & Conscience

LA BIOÉTHIQUE : L’HOMME EST-IL L’ABOUTISSEMENT ENJEUX ET DE L’ÉVOLUTION ? PERSPECTIVES Jean-Claude Ameisen Henry de Lumley Marie-Christine Maurel Michel Vervoort

Philippe Bas Xavier Lacroix Jean Leonetti Jacques Testart

Samedi 17 octobre

Samedi 24 octobre

La CitĂŠ des Hommes

Quelle Philosophie pour notre Temps ?

QUEL MONDE APRĂˆS LA CRISE ?

LE BONHEUR OU LA QUĂŠTE DE SOI

Jean-Paul Betbeze Pascal Boniface Bernard Guetta

Pascal Bruckner Robert Misrahi Jean Salem

ConfĂŠrences-dĂŠbats - EntrĂŠe libre 0 4 9 2 4 1 7 6 7 6 - w w w. m e n t o n . f r / c o l l o q u e s


ARTCOTEDAZUR N°8  

Artcotedazur Arts and Culture on the French Riviera. Theaters, Gallery, Exposition, entertainment.. The most beautiful aspect of the "Cote d...

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