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Le voilà le mois de Juin, le mois où l’on fait généralement ses petits projets de voyage pour ceux qui ont (la chance) d’avoir des vacances. Il est beaucoup question de voyages dans ce numéro : voyage au sens propre avec une forte actualité autour de Jack Kerouac et son roman phare Sur la Route, mais aussi voyage musical avec le concert de M83 à Lyon et pourquoi pas voyage visuel avec ce portfolio de jeunes qui prennent à leur façon la route. S’il ne faut retenir qu’une seule chose de ce numéro : partez, voyagez, dépassezvous. Rendez-vous dans un mois pour notre cinquième numéro qui couvrira les deux mois des vacances d’été.


Société (p 4) : Pourquoi faut-il (re)lire Kerouac ? Portfolio Game Of Thrones

Cinéma (p 16) : Moonrise Kingdom Prometheus

Musique (p 22) : M83 au Transbordeur Curren$y Patrick Watson La playlist


auteur qui est devenu l’icône de la contreculture américaine et qui a laissé de nombreux héritages dans le paysage artistique, mais aussi dans les modes et les coutumes de notre société qui, à première vue, semble si lointaine de ce temps où il suffisait de par Laura Cuissard En France, il semble que l’auteur américain est longtemps resté inconnu par une majorité, alors que la France est son pays d’origine ! Le père de Kerouac était breton, et le petit Jack parla uniquement français jusqu’à son adolescence. Avec une exposition qui lui est consacrée, une adaptation prestigieuse au cinéma, et la découverte de manuscrits inédits, 2012 sera surement l’année de la réhabilitation de cet auteur longtemps boudé par les français et les générations qui n’ont pas connues

quelques dollars et d’un peu de folie pour parcourir les Etats Unis … Lire Kerouac pour sa culture littéraire Sur la route annonce une nouvelle forme de littérature que les générations suivantes creuseront. C’est la « spontaneous prose », la prose spontanée : il écrivait avec ses tripes, sans réfléchir et se fiant à l’instinct, aux sensations pour trouver le mot juste. A la sortie de Sur la route en 1957, l’écriture de l’écrivain fut fortement critiquée, notamment par Truman Capote qui lui fit remarquer que ses textes étaient « tapés et non écrits ». Avec le recul, nous pouvons dire que Kerouac a entamé une petite révolution dans le monde littéraire, poursuivant le travail effectué par Céline (dont il admirait le travail «Il me semble qu’en fait Céline a été en son temps l’écrivain français le plus doué de compassion » a-t-il écrit dans une de ses lettres). Il

les années 60, découvrant ainsi cet

assume les ratures, transcrit l’argot, les


insultes, la poussière et la sueur.

Lire Kerouac car il nous renseigne sur

L’écriture de Kerouac n’est pas

un temps passé mais qui continue à

parfaite et il le sait, mais c’est en cela

nous fasciner

qu’elle est forte : elle est en complète

le manifeste d’une époque, d’un

osmose avec la vie décousue de ses

mouvement qui fait le portrait d’une

personnages. Il voulait écrire aussi vite

l’Amérique au bord de la rupture.

qu’un morceau de jazz, les touches

Cette œuvre permet de comprendre

de sa vieille machine à écrire

un mouvement culture essentiel, celui

remplaçant les notes et les

de la beat generation. Vous aurez

respirations, aussi vite que la route qui

beau lire toutes les thèses, interviews

défile sous les roues d’une vieille

et enquêtes sur l’Amérique des

mustang : il mit moins de trois

années 60 et sa contre-culture, rien

semaines pour rédiger le plus gros de

ne remplacera la lecture des mots de

son œuvre, alignant les mots sur un

ceux qui l’ont vécu. C’est un épisode

rouleau de trente mètres de long,

fascinant dans l’histoire de l’Amérique

comme s’il voulait ne pas à avoir

: le mythe de l’American Dream

tourner la page et perdre ainsi une

tangue avec

Sur la route est

précieuse seconde. Malgré la dimension autobiographique de l’œuvre, les figures sont éminemment littéraires (si bien que son personnage principal, Dean Moriarty, est devenu une icône), les aventures sont romanesques et il puise son inspiration chez des auteurs comme Thoreau, Rimbaud, Prévert, Dostoïevski, Balzac, Nietzsche et même Proust, auteur adulé par Kerouac, qui aimait comparer sa démarche à celle de l’auteur, ayant adapté les techniques proustiennes (trouver la sensation par la réminiscence) pour s’approcher d’une esthétique de l’instant.

des films qui précèdent de quelques années la sortie du roman, comme l’Equipée Sauvage (The Wild One, 1953) avec Marlon Brando qui sillonne les routes sur sa moto, ou encore La fureur de vivre (Rebel without a cause, 1955) avec James Dean : l’idéal craque, se fissure et l’Amérique longtemps silencieuse, celle issue de l’underground (littéralement « sous le sol ») prend la parole. La beat génération reste très attachée à l’Amérique, terre de l’espace infini et des possibles, mais ils la mettent en face de ses contradictions. Sur le


route théorise avec poésie ce rejet du monde matériel, alors que la société de consommation fait de plus en plus de victimes, un refus du monde militaire et politique (« je ne suis qu’un ex-marin, je ne fais pas de politique, je ne vote pas » dixit Kerouac) et des interdictions sociales et sexuelles. Horreur ! L’Amérique se dévergonde, et elle le fait non pas de manière silencieuse, mais elle le cri à la face du monde avec des mots crus sur

courrier et utilise des cabines

l’homosexualité par exemple, et le

téléphoniques qui grésillent, où l’on

pire pour les conservateur fut que cet

pouvait voler des voitures avec une

ouvrage eut un immense

épingle à cheveux, les cigarettes ne coutaient pas chères, l’alcool non

succès dès sa sortie ! Cette gloire

plus. La nostalgie nous gagnerait

traduit bien le fait que de nouvelles

presque.

mœurs sont en place, annonçant ainsi le mouvement hippy des années 70. Nous, lecteur du XXIème siècle accro aux réseaux sociaux, sommes

Pour pallier au manque de

dépayser par le portrait que Kerouac

l’adaptation de Salles

fait d’une jeunesse qui peut vivre avec quelques dollars, qui écrit du

Le roman flirtait depuis un petit moment avec le cinéma : à peine le livre sorti, Kerouac avait déjà proposé à Marlon Brando de jouer Dean. En 1968, Francis Ford Coppola achetait les droits d’adaptation et des réalisateurs comme Jean-Luc Godard et Gus Van Sant avait été pressentis pour le diriger. Bref, il était évident


que le roman allait être adapté, ce

d’une nuit mexicaine, alors que le

n’était qu’une question de temps. Au

narrateur, Sal Paradise, a la sensation

final, c’est Walter Salles, jeune

de ne faire plus qu’un avec la jungle

réalisateur brésilien, qui a relevé le

grouillante. Cette adaptation très

défi de s’attaquer à l’adaptation

médiatisée aura au moins permis de

d’un des chefs d’œuvre de la

permettre aux nouvelles générations

littérature américaine. Les attentes

de découvrir un livre dont ils n’auraient peut-être jamais entendu parler autrement. Le film donne une nouvelle actualité à l’œuvre et le sort des bibliothèques poussiéreuses pour lui donner une seconde heure de gloire.

étaient nombreuses. L’annonce de la sélection en compétition officielle à Cannes semblait gage de qualité.

Enfin, car l’œuvre de Kerouac continue à faire écho dans notre époque.

Malheureusement, malgré de bons acteurs, une bande originale séduisante, et un souci de retransmettre le rythme

Malgré le fait qu’il soit un manifeste cristallisant une époque, Sur la Route reste un livre que nous

caractéristique du roman, les critiques relèvent toutes que le film de Salles ne colle pas parfaitement à la philosophie de Sur la route, résumée à un enchaînement de scène reposant sur le sexe, la drogue et l’alcool. On regrette qu’il ait simplifié le message et évincé certaines idées clés du mouvement beatnik, et certaines scènes importantes du roman comme la révélation mystique dans la chaleur

pouvons relire et qui éclaire ce que nous voyons aujourd’hui. La sortie du livre a d’abord ébranlé le monde artistique et a participé au renouveau culturel des années 70 : Sur la route inspira des génies comme Bob Dylan (« it changed my life like it changed everyon else’s »), Joan Baez puis dans les années 90, Kurt Cobain. Au cinéma, le livre a permis le genre du


« cinéma de l’errance », que l’on

mystique qui se traduit par le succès

qualifie plus généralement de road

du bouddhisme (les beats ayant

movie, le plus récent étant Into the

participé à la diffusion du

wild (2007) de Sean Penn qui présente

bouddhisme en occident, Kerouac

de nombreux liens avec Kerouac : il

étant un véritable adepte de cette

est question d’une quête du « it »par

nouvelle spiritualité dont il fait l’éloge

le voyage, d’une fuite de la société et

dans Les clochards célestes 1958). Sur

de ses conventions qui semblent aussi

la route a des thèmes classiques qui

rigides que dans le début des années

restent intemporels comme l’amitié,

60 ; l’immense succès du film auprès

l’amour, l’image du rebelle mais

des jeunes générations montre

explore également des thèmes plus

l’actualité du message de Kerouac.

subtils comme celui du temps. Dean

L’impact du roman se retrouve

Moriarty conduit à folle allure, mène

également dans notre société ; ainsi

sa vie comme il fait rouler sa mustang,

le mouvement « hipster », dont le mot

c’est-à-dire en la brûlant : nous

apparaît dans le roman de Kerouac

sommes vivant, alors profitons-en,

(mais avec une autre signification : il

cherchons l’intense dans l’urgence.

qualifiait les jeunes blancs amateurs

Ce rapport au temps est actuel, nous

de jazz prônant une liberté de

qui sommes dans une société de

mœurs), s’inspire, inconsciemment ou

l’instantanéité, le Carpe Diem

non, de Kerouac. Fascinés par la

« Cueille le jour présent sans te soucier

nature (la mode du cerf par exemple)

du lendemain » est devenue culte.

et l’espace (la mode de l’imprimé

Nous twittons, googlisons,

galaxie), les hipsters veulent

facebookons, instagramons notre

appartenir à une forme de contre-

existence défile à la même vitesse

culture, refusant le mainstream. Ils ne

que Dean conduisait, c’est à dire

sont pas les seuls à prouver l’actualité

comme une comète.

du roman 50 ans après son écriture, la société occidentale du XXI en entier appuie ce constat : notre époque est marquée par un regain d’intérêt pour la nature avec l’écologie, un souci nouveau autour du religieux et du


Crédits photo :

3- photo du film de Salles par Gregory Smit

1- Nicolas Grubica

4- photo de Théo Gosselin

2- Neal Cassady à gauche (qui a inspiré

5- photo de Paul Demougeot

Dean, fiure du mouvement beatnik et psychédélique) et Jack Kerouac


(depuis le 5 juin sur les chaînes Orange pour les retardataires respectueux des lois) m’avait rendue addicte. L’ombre d’un banal plagiat du Seigneur des Anneaux planait sur mon jugement, la présence de Sean Bean (Boromir chez Tolkien) en par Julie Perez HBO a encore frappé. Après nous avoir donné des séries aussi subversives et prenantes que Rome ou Oz, la chaîne a parié, depuis 2011, sur le genre médiéval fantastique. Avec succès puisque, inspiré du livre de George R. R. Martin, Le trône de fer (A Song of Ice and Fire en version originale pour les livres, transformé, bien sûr, en Game of Thrones pour la série) enflamme les critiques, raflant notamment l’Emmy Award du meilleur pilote de série en 2011. N’ayant pas lu les livres, je ne peux que faire confiance aux nombreux fans, dithyrambiques sur la qualité de l’adaptation. Sans pouvoir, donc, juger ce point, je peux modestement m’attarder sur la saison 2 dont les américains et les utilisateurs de streaming (de façon totalement légale bien entendu) ont récemment vu le final. Autant l’avouer, la saison 1

personnage principal accentuant le préjugé. Mais si Seigneur des Anneaux il y a, alors Frodon s’est transformé en nain rusé et amateur de prostituées et l’esprit de camaraderie et de bon sentiments en prédilection pour le vice, le complot et la violence. Aux premiers abords, Game of Thrones frappe en effet par son réalisme cru. Sexe et sang sont au rendez-vous mais jamais de façon gratuite. Car GOT est tout sauf une série B de bourrins, tentant de séduire nos amis masculins à grand renfort de combats sanglants et de jeunes jouvencelles aux mœurs légères. Partant d’un but simple, le combat de différentes familles pour le pouvoir, une trame complexe se développe rapidement, mêlant stratégie, diplomatie, manipulation et rebondissements qui nous mettent dans un suspens et une tension permanente. Après un final de saison 1 laissant béat de stupéfaction et d'excitation, la saison 2 était attendue par les fans tel le messie


télévisuel de ce printemps 2012. Et ils

qui continue donc à illustrer

n’ont pas dû être déçus. Dès le

parfaitement le souffle épique de la

premier épisode, les scénaristes nous

série. Et heureusement car, de

replacent dans l’histoire telle que

l’épique, il va y en avoir à foison. Il

nous l’avions laissée: la hiérarchie

faut dire que le contexte de guerre

seigneuriale est complètement

permet d’accentuer cette

bouleversée ce qui va concrétiser les

caractéristique dont l’apogée se situe

conflits sous-jacents de la saison 1

durant l’avant dernier épisode,

(Stark contre Lannister pour ne citer

presque entièrement consacré à une

que le principal), et permettre

bataille. Cette scène a quelque de

l’incursion de nouvelles «maisons»

chose de grandiose, d’une part dans

dans la course au pouvoir. Un

sa réalisation et sa qualité, une scène

renouvellement de situation est ainsi

de cette ampleur étant rare dans une

assuré, poursuivant le fil du récit mais

série télévisée, et d’autre part grâce

évitant une certaine lassitude. On

à la force des émotions présentes: le

peut ainsi aussi découvrir de

courage et l’honneur des plus faibles,

nouveaux lieux dont les décors,

la peur de ceux qu’on croyait

toujours aussi bien réalisés (d’ailleurs

indestructibles ou encore les

eux aussi objets de nominations aux

confessions de cette reine froide et

Emmy Awards), nous plongent dans

cruelle qui ne cherche en réalité qu’à

une atmosphère particulière, qu’elle

protéger ceux qui comptent pour

soit sinistre comme pour le domaine

elle. Et c’est, au fond, le cas de tous

d’Harrenhal, ou fastueuse pour la ville

les personnages de la série: tous

de Qarth. Petite parenthèse, car

cherchent à préserver leurs intérêts.

comment parler des lieux sans parler

Oublions la dichotomie

du générique ? Déjà, un premier

manichéenne: ici pas de méchant,

soulagement, il n’est pas raccourci et

pas de gentil, seulement des gens se

inclut même maintenant les nouvelles

battant pour le pouvoir, l’honneur, la

cités, ce qui nous permet une

vengeance, sans qu’on ne puisse

nouvelle fois de nous extasier devant

vraiment en trouver un sans défauts.

ces graphiques époustouflants.

C’est pour cela que la psychologie

Deuxième soulagement : pas de

des personnages a une place

changement du son du générique,

importante dans la série. On finit par


penser connaître leurs caractères

d’une ambivalence , entre

complexes mais une part obscure

connivence et suspicion, permis par

reste présente, rendant toujours le

la finesse des acteurs. Et ce ne sont

personnage flou, ambigu. Mais,

pas les seuls. Tout le casting est

plus qu’au scénario, c’est aussi au

choisi à la perfection, les acteurs

jeu d’acteur que l’on doit cet effet

participant à créer l’âme de la

créant des personnages

série. Le jeu de Peter Dinklage,

imprévisibles et non conventionnels.

jouant Tyrion Lannister (le fils de

Les acteurs manient avec talent ce

Tywin) a d’ailleurs été récompensé

difficile jeu de l’ambiguïté, suscitant

par un Emmy Award en 2011 et,

à la fois haine et affection, et ne se

plus récemment ces derniers mois,

dévoilant que rarement pour

par un Golden Globe. S’il est le roi

continuer d’amener

des manipulations et de la ruse, sa

questionnement et surprise. Ainsi on

grande humanité, ses peurs et ses

peut prendre l’exemple de la

faiblesses font aussi de Tyrion un

relation entre Tywin Lannister et la

personnage complexe et central

petite Stark, pleine d’une tension et

de GOT. Les complots ne sont en


effet pas laissés de côté pour cette

encore tout est à sa place,

saison, la très bonne mise en scène

s’intégrant parfaitement au

de la série laissant place à un fort

déroulement de l’histoire,

suspens tout en nous amenant

surprenant mais ne choquant pas,

progressivement à deviner la vérité

si ce n’est par la qualité des effets

d’une manière subtile. Ce sera

spéciaux (aussi utilisés d’ailleurs

d’ailleurs aussi le cas de l’autre

dans la scène de batailles ou dans

côté de la mer avec les Dothrakis,

la création des décors, notamment

le peuple nomade que nous avions

pour Qarth). Effrayant ou

laissé certes affaibli, mais avec trois

impressionnant, le développement

petits lézards crachant du feu et,

du fantastique est donc la cerise

oh comme c’est étrange, une

sur le gâteau. Les dragons de la

envie de conquête du Trône de fer.

Khaleesi ou les marcheurs blancs

En dire plus serait spoiler. Rajoutons

deviennent des éléments centraux

néanmoins une dernière, mais non

du scénario, même s’ils restent

superflue, remarque portant sur la

souvent en filigrane, parfois même

justification grandissante du mot

trop. La saison 2 connait en effet

fantastique dans la caractérisation

quelques temps morts mais nous

de la série. On avait déjà remarqué

pouvons rester indulgents, ou

avec le pilote de la saison 1 et

subjectifs, en soulignant que cela

l’apparition des marcheurs blancs

permet aussi d’accentuer encore

que la série n’était pas uniquement

la force des retournements de

ancrée dans le réel. Mais les

situations et des moments épiques.

épisodes fantastiques s’étaient

Dans l’ensemble cette saison est

ensuite raréfiés. Dans la saison 2 en

donc une réussite, résolvant

revanche, ils reviennent en force

certains points mais créant surtout

mais attention, toujours de façon

de nouveaux conflits et de

bien dosée. Inclure magie et

nouveaux questionnements: tandis

monstres d’un seul coup dans la

que les complexes jeux de pouvoirs

série aurait rendu la chose ridicule,

continuent au sein de Westeros, on

tout comme si leur présence était

voit se rapprocher peu à peu les

devenue régulière. Non, une fois

Dothrakis et ce qui se trame au-


delà du mur prend de plus en plus d’ampleur. Le final, encore une fois surprenant, grandiose, haletant, époustouflant, bref génial-nous laisse imaginer que la saison 3 sera le point de rencontre entre ces trois différentes composantes et ne peut que nous faire languir en attendant avril prochain.


originalité et complexité son monde par l’image. par Adrien Bonneau Pendant l'été 1965, sur une île de Nouvelle-Angleterre, un jeune garçon, Sam, et une jeune fille, Suzy, fuguent pour vivre leur histoire d'amour à l'écart du monde. Trouvant leur disparition inquiétante, les adultes de l'île se mobilisent et partent à la recherche des deux adolescents. Ils mettent alors la ville sans dessusdessous. Ce qui n'est peut-être pas une mauvaise chose. Seulement, au même moment, une violente tempête menace le littoral de l'île. Un évènement qui va venir bouleverser encore un peu plus le quotidien de cette petite communauté sans histoire.

Avec Moonrise Kingdom et notamment avec un scénario cosigné Roman Coppola il nous donne un scénario complet et réfléchi, en effet ce film qui pourrait passer pour un film d’enfant énonce de façon simple des problèmes délicats. Dès les premiers temps on perce l’écran et on se retrouve directement dans le film, la technique de cadrage des premières scènes dans la maison des Bishop (les travellings latéraux) montre la patte du maître, originalité et qualité. L’orientation tragicomique du film nous permet de nous retrouver dans beaucoup de situation forte et d’être dans le danger constamment, c’est l’aventure à chaque scène.

Bienvenue dans le monde de Wes Anderson, cinéaste indépendant méconnu du grand public avec des réalisations comme Rushmore ou bien La Famille Tenenbaum, le réalisateur est clairement doté d’un talent, celui de représenter avec

On note par ailleurs l’aspect documentaire du film, avec le vieux scientifique, Wes Anderson crée de plus une société complète à travers les différents personnages, il nous fait alors observateur d’une communauté séparé entre deux mondes et qui a pour territoire


cette île reclus du monde avec

prendre de risques. Ce

lequel elle communique parfois

phénomène fréquent dans ses films,

(souvent pour de mauvaises

ce besoin de recrée une société,

nouvelles). On a alors d’un côté,

nous rappel la capacité du

celui des adolescents à travers

cinéaste à dire les mêmes choses

deux jeunes tourtereaux guidés par

en variant les plaisirs. Le choix des

des sentiments purs et un amour

acteurs lui-même et passionnant,

indéfectible, qui savent ce qu'ils

avec Jason Schwartzman et Bill

veulent, plaident pour l'aventure et

Murray déjà présent dans

ne veulent pas vivre avec des

Rushmore, mais surtout l’arrivée

regrets. De l'autre, celui des

inattendu de Bruce Willis et Edward

adultes, englués dans la médiocrité

Norton, tous les deux aux antipodes

de leur routine qui refusent de

de leur rôle de prédilection et qui

considérer l'échec de leur vie

se débrouillent plus que bien, on

sentimentale et ne souhaitent plus

comprend alors le rôle de


marionnettiste d’Anderson qui sait jouer à la perfection avec ses acteurs en n’en tirant que leurs bons côtés. Sinon pourquoi ne pas finir avec la bande musicale du film, on retrouve ce côté retro tant recherché par le cinéaste qui s’accorde parfaitement avec les styles et les effets du film, encore une fois des thèmes originaux qui dans ce film nous rappellent cette époque où l’on recherchait le bonheur absolu, avec d’un côté les codes strictes de la société et ce besoin de liberté immense sans fin. Moonrise Kingdom (2012), de Wes Anderson, avec Bill Murray, Bruce Willis


apporter des réponses au commencement de l’humanité. par Paul Demougeot

Il y a 32 ans, Ridley Scott tétanisait la planète cinéma avec son ovni Alien, le huitième passager. Le film a autant apeuré les spectateurs que fasciné de par son esthétique et toute la mythologie qu’il engendrait. Le fameux monstre devenant l’objet de nombreux fantasmes, on souhaitait en connaitre plus sur ses origines. Prometheus, qui devait être le prequel d’Alien, a évolué vers un projet indépendant mais qui selon Scott apporterait quand même quelques réponses aux épisodes passés. Le film commence sur ce qui semble être le commencement de la race humaine lorsqu’un être se sacrifie en haut d’une falaise, déversant ainsi son ADN dans une rivière. L’histoire reprend en 2089 lorsque deux archéologues joués par une des révélations de l’année Noomi Rapace et le sosie de Tom Hardy, Logan Marshall-Green découvrent des peintures préhistoriques en Ecosse qui semblent indiquer une destination précise dans l’univers. La fameuse organisation Weyland se charge de l’expédition et un équipage complet part pour un voyage de deux ans vers cette planète inconnue qui pourrait

A partir de là, le film s’embrouille un peu et n’arrive pas vraiment à faire ressortir la psychologie des personnages, seul le robot humanoïde fan de Laurence d’Arabie campé par Michael Fassbender sort du lot et intrigue par les sentiments qu’il essaye d’avoir. Quelques scènes sont marquantes comme celle où l’on assiste à un avortement de toute dernière minute qui permet d’éviter la naissance d’un bébé alien. Sinon, le film est construit comme un blockbuster agréable, surtout pour l’univers dans lequel nous emmène Scott. Les « Ingénieurs » qui sont censés être les créateurs de l’Homme sont assez imposants de même que leurs vaisseaux. Nous avons en prime l’acte de naissance du tout premier xénomorphe mais qui n’arrive pas à enlever le goût d’inaccompli final tant le film n’apporte que peu de choses à son œuvre originelle. Les dernières images du film laissent entrevoir une suite qui, espérons-le, saura nous en dire plus sur les origines de l’imagination de Ridley Scott.

Prometheus (2012), de Ridley Scott avec Noomi Rapace, Michael Fassbender


Urnes funĂŠraires ou pochettes surprises ?


En effet, les gallois de Man Without Country nous ont plongé dans une ambiance sombre, entre le shoegaze et le voyage intergalactique. Leurs visages restent dans l’ombre, ils balancent quelques mots entre les chansons, par exemple pour annoncer leur brillante reprise de All is full of love, par Yohanna Andriamanisa

de Bjork. On est en Islande, on est loin, très loin de la pluie lyonnaise, on est sur une autre planète, il fait

Ce mois-ci, Archibald vous fait

nuit mais les aurores boréales nous

voyager à travers l’Amérique avec

éblouissent. Voilà l’impression que

Kerouac, mais pas seulement.

m’a laissé le set de Man Without

Parce que si tu veux partir très loin

Country, parfaite préparation à

sans risquer de chopper la

l’ambiance de M83, et de fait, un

dysenterie, préfère un concert de

des gallois fut le producteur du

M83.

brillant Saturdays = Youth sorti en 2008. Ce fut une belle découverte,

La petite salle du Transbordeur est

entre My Bloody Valentine et Emilie

bien loin d’être pleine en ce lundi

Simon, pour le déformeur de voix

soir humide, du coup je commence

du chanteur accroché à son micro.

à m’inquiéter sérieusement pour les

Quand les lumières se rallument on

gouts du public Lyonnais. Mais la

se sent un peu comme des aliens,

première partie inattendue (en vrai

alors on va boire des bières dans les

on croyait l’avoir ratée) fut une telle

gobelets vert fluo du Transbordeur.

bonne surprise qu’elle a pu faire

Quelle surprise en sortant fumer : on

ouvrir les yeux de quelques

est encore à Lyon, il fait encore

membres du public sous la

jour.

trentaine (c’est à dire : pas beaucoup).


Le set de M83 débute par la

c’est véritablement de l’art :

montée sur scène d’un espèce de

losanges clignotants de toutes les

Maximonstre repoussant, celui qui

couleurs sur fond d’étoiles

figure sur la pochette du dernier

planantes. Le voyage nous fait

album Hurry up, We’re dreaming

parcourir l’espace, vers une toute

(on vous en parlait déjà dans

autre galaxie, à toute vitesse sur

Archibald #3, p.22). Puis Anthony

des titres entrainants comme

Gonzales et ses copains arrivent,

Reunion ou Steve Mc Queen où le

entament le brillant Intro on est

public reprend en chœur les

déjà partis très loin. La sono assez

refrains composés de « ohohoh » ou

fantastique du Transbordeur

de « ouhouhou » (du coup c’est

catapulte la musique très fort dans

pas trop dur à chanter). Tout le

nos oreilles, quand à l’éclairage,

monde tape dans les mains, on est


contents. Les trentenaires venus

Avant de sortir de scène, les

pour se concentrer sur la musique

antibois jouent My Tears Are

ne dansent toujours pas, mais

Becoming A Sea, le voyage ne

honnêtement, je n’en ai plus rien à

peut pas se terminer ainsi, on est

faire. D’autres morceaux plus

beaucoup trop loin de la Terre, tout

calmes plongent la salle dans une

est beaucoup trop beau. Le rappel

ambiance mélancolicosmique (sic)

ne se fait pas trop attendre : A

qui nous envoutent, mettent la

guitar and a heart (Single de

soucoupe volante au point mort.

l’album Before the Dawn Heals Us,

Par exemple Wait m’a joliment

2005) et pour finir deux morceaux

donné envie de verser une

du sublime Saturdays = Youth : Skin

larmiche vu comme c’était beau,

of the Night et Couleurs. Ce dernier

L’ambiance toute jolie est parfois

morceau est un long instrumental

perturbée par les envolées lyriques

qui dure sur l’album 8 minutes mais

de la choriste toute de vinyle

m’a semblé durer à la fois une

décolleté 80’s vêtue, seulement tu

éternité et un instant en live : le

n’es pas à Las Vegas, meuf. Au

temps était figé entre rayons de

bout de (seulement) une petite

lumières, beat minimal à la Agoria

heure ça sent la fin quand l’intro de

et la guitare trépidante. Je pense

Midnight City résonne à toute

que le talent technique de M83 est

blinde : réveil des trentenaires qui

à saluer : oui, c’est de la musique

veulent indiquer qu’ils sont djeuns

électronique, mais il y a plein

et connaissent ce morceau : du

d’instruments sur scènes (guitare,

coup tout le monde se dandine

basse, batterie et multiples

sous les néons roses, on est tous

percussions, synthés et bien sur le

ridicules à chanter « tudulututu » et

saxophone) et tous sont

on s’en fout. A la fin du morceau le

impeccablement maitrisés. Mon

saxo débarque sur scène et

seul regret se porte sur l’absence

balance le solo, on sait plus trop si

de certains titres de plus anciens

on est dans un club de jazz ou une

albums comme Kim and Jessie, à

soucoupe volante ou si on a tout

part durant le rappel, les morceaux

simplement pris trop de MDMA.

joués viennent presque tous


uniquement du dernier album :

beau voyage, merci les gars,

même si c’est celui qui les a lancés

rentrez bien dans votre galaxie

en Europe, on aimerait que M83

mais revenez vite.

n’oublient pas leurs 5 albums précédents. De plus que le set d’à peine une heure et demie aurait pu être rallongé de quelques morceaux plus vieux, afin de voyager dans le temps comme on a voyagé dans l’espace. Néanmoins un beau concert, un


toujours d’aussi bonne facture, les instrus taillées sur mesure, et son flow si particulier toujours présent. Avec des titres comme What it par Paul Demougeot

Look Like ou Chasin’s Papers on se verrait bien en Chevrolet El Camino

L’hyper productif Curren$y revient ce mois-ci avec un 7e album studio en à peine plus de trois ans. S’il balade son flow doux à travers les Etats-Unis depuis une douzaine d’années, « Spitta » n’obtient

sur les routes de Californie. Sur Armoire, ses deux potes Young Roddy et Trademark the Skydiver présents continuent la tradition des chansons estampées Jet Life bien identifiables.

qu’une certaine reconaissance en

Cet album regorge de pépites

fondant son label Jet Life

comme Fast Cars Faster Womenqui

Recordings et collabore avec des

pourraient bien apporter au natif

pointures du milieu comme Rick

de la Nouvelle-Orléans une

Ross ou Wiz Khalifa (plusieurs

renommée internationale.

mixtapes communes). Ce qui est appréciable et apprécié chez Curren$y, c’est qu’il ne suit pas cette course effrénée à la hype comme peuvent le faire A$AP Rocky ou les Odd Future mais qu’il

Mais tout compte fait, je préfère qu’il reste encore un peu méconnu quand on voit les ravages du commercial et du mainstream sur des gens comme Wiz Khalifa (avec Maroon 5 sérieux ? )

continue avec une régularité étonnante à produire des titres de qualité. Il convie sur cet opus entre autres Pharell, Estelle ou Wiz Khalifa. Les habitués de Curren$y ne risquent pas d’être déçus, les titres sont

Curren$y, The Stoned Immaculate (Warner Bros Recordings, 2012)


de création, et quatre jolis album à leur actif. Un peu plus intimiste que les précédents albums, Adventures in Your Own Backyard présente par Alexia Armand

toutes les caractéristiques d'une nouvelle réussite pour le groupe.

Si Patrick Watson and the Wooden

Les mélodies associent des sons

Arms sont plutôt du genre nomade,

organiques et des effets d'échos :

leur dernier album Adventure in Our

le piano tout comme la guitare et

Own Backyard, sorti en Avril dernier,

les violons dessinent le petit monde

change d'orientation et ramène

de Watson. On entend

ces artistes dans leur chez eux

ponctuellement des instruments

canadien pour composer et

comme des trompettes, des sortes

enregistrer ce nouvel opus. Connus

de flûtes, des percussions

pour le morceau The great Escape

métalliques. Ce qui marque cet bel

ou bien pour avoir participé au

ensemble et lui donne une

projet musical britannique du

véritable authenticité, c'est à la fois

Cinematic Orchestra, ces quatre

le jeu des guitares, un peu twingy,

québécois sont des barodeurs de

semblable au vieux films d'Enio

grande expérience s'inspirant de

Moricone ; et c'est aussi la voix de

leurs voyages pour composer et

Patrick Watson, signature de

écrire une musique bien à eux.

l'artiste, toujours aussi caressante et

Comme l'Américain Sufjan Stevens ,

brisée. Cet album est extrêmement

l'atmosphère ressemble à une sorte

bien élaboré puisqu'il parvient à

d'Eden, de balade aérienne très

reconstruire l'environnement dans

expressive et chargée d'originalité.

lequel nous avons tous plus ou

Cette année, ce retour aux sources

moins grandi. Chaque chanson a le

ne manque pas de toucher les

don de nous rappeler un moment

oreilles attentives, après déjà 12 ans

particulier ; le premier pas instrumental, Swimming Pools, nous


fait fouler le jardin de la vieille

parviennent à idéaliser l'enfance ;

maison familiale, le portillon à demi

la touche Madeleine de Proust

ouverte sur la mémoire et les

totalement assumée. On peut

vieilleries poussiéreuses. The things

d'ailleurs le constater grâce à leur

we do se distingue des autres titres

site web sur lequel se trouve un

par le caractère bluesy et le swing

petit reportage sur le home sweet

amenée par l'association

home de Watson, avec la

saxo/voix ; Morning Sheets fait

participation touchante de son

sonner de la même manière un

grand père. À vos super 8 et vieux

côté gamin terrible. Plus tard dans

albums photos : ce n'est pas du

l'album, The things we do se

spleen, c'est de la nostalgie

transforme en un paisible The things

chaleureuse.

you do. Light House suit le même chemin : c'est avec des doigts

Patrick Watson and the wooden

délicats sur son piano que Patrick

arms, Adventures in our own

Watson nous renvoie dans nos

backyard, Avril 2012 chez Secret

sandales taille 26, dans le jardin des

City

grands parents. Strange Crooked Road est directement liée à des histoires personnelles ; c'est un peu la séquence émotion des 54 minutes dans le jardin, animée par des variations, une véritable impression d'élévation et d'éclats de voix. Par différents degrés musicaux, les couches sonores constituent petit à petit un lieu sorti des méandres de la mémoire. Inspirés par leur propres expériences et par les gens qui les entourent, les quatre musiciens



numéro 4 Juin 2012