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Integrated design bangalore

india

avril-juin 2010

*Volet 1

L

ĂŠcole Nationale supĂŠrieure de la Nature et du Paysage de Blois

antonin amiot 3a


introduction L’Inde,

vous porte et vous berce à travers ses couleurs de pigments, de fruits exotiques, ses odeurs d’épices, d’hommes, de promiscuité, ses sons à vous rendrent ivre de folie à la limite de la transe. L’Inde est belle, c’est une source jamais tarie, chaque partie de territoires, de paysages traversés nous plongent dans un univers unique. On dit d’ailleurs que c’est un continent à elle seule. Cette richesse flirte en permanence avec le paradoxe. Un pays peuplé par plus d’un milliard d’individus constitue un véritable laboratoire humain à échelle planétaire. Les marques, les codes changent en permanence, il faut adopter de nouveaux repères face à cette culture qui vous engloutit progressivement, ce qui oblige à prendre du recul tant dans l’approche professionnelle que dans l’expérience personnelle. Ici les jours ne sont plus les mêmes, la projection à court terme n’existe pas dans la pensée hindoue, «demain est un autre jour». Le sentiment que l’Inde est en pleine mutation, tant dans ses formes urbaines que dans l’économie générée se traduit par des villes extrêmement denses, au flux perpétuel de véhicules qui s’écoulent des artères routières étriquées, au nouveau décor planté de tours plus hautes les unes que les autres constituant les nouvelles résidences de luxe de la classe aisée. Bangalore, telles Delhi ou Bombay a initié cette transformation depuis un certain temps déjà, bientôt le métro aérien désengorgera les rues grouillantes de rickshaw1. La ville malgré ses différentes métamorphoses a su préserver son histoire, ses temples et ses arbres qui lui confèrent cette renommée de «cité-jardin».

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Rapport de stage Integrated design 2010

L’agence d’Integrated Design est très investie dans l’urbanisme et les projets strucutrants de l’Inde. Les réflexions menées sur chaque projet prennent en compte les questions sociales, de biodiversités, d’architecture, d’urbanisme et de paysage. Notre travail au sein de l’agence nous a permis d’aborder des projets extrêmement différents tant dans la problématique que leur mise en forme.

•1

Un rickshaw est un véhicule tricycle à propulsion humaine ou mécanique (autorickshaw), destiné au transport de personnes et de marchandises.


deux hommes dans les rues de3Mysore avril 2010


sommaire

1.L’’Inde, continent de l’’illusion et L’ nde en quelques chiffres le climat & les reliefs la question du paysage indien? «promenade avec les dieux de l’ nde»

I * * * *

de la fertilité

i

2.Bangalore, « cité jardin » Morphologie urbaine une ville construite sur son histoire Les arbres, architecture végétale

* * *

4

3.L’’agence : Integrated Design le personnel, la structure, l’organisation secteurs abordés une démarche de projet

* * *


4.Les projets Projet Himayat : Plan masse et visuels Hampi : étude d’un paysage habité Projet Infosys : plan masse et définition des espaces plantés Sardinia : habiter une ferme écologique en Sardaigne 5. Conclusion &

bibliographie

5


‘Inde continent de l ‘il lusion et de la fertilité

1.L

I *

L’ nde en quelques chiffres

Occupé par le Pakistan

Occupé par la Chine

L’Inde, tel un Kaléidoscope aux combinaisons infinies donne naissance à une multitude de cultures, de coutumes, de pratique, de paysages, d’habitats, particuliers aux différents Etats indiens. Cette diversité est palpable, elle habite les rues des grandes agglomérations, elle anime les plus petits villages de campagne. Par sa démesure géographique, la profusion des cultures, une population de plus d’un milliard d’individus, l’Inde nous apparaît comme un continent à elle seule où les Etats seraient des pays.

Diu Daman

Panjim Goa

Lakshaweep Thiruvananthapuram

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Rapport de stage Integrated design 2010

Les quelques chiffres qui suivent ne sont qu’un bref état des lieux permettant d’appréhender la dimension quantitative très relative de ce qu’est la culture indienne. En effet le pays est sans cesse en mouvement, la population indienne devrait dépasser la Chine d’ici 2015.


superficie : population : densité de population : population urbaine : espérence de vie : taux d’alphabétisation : Monnaie : Langues :

3 287 590 Km2 = 6X la France 1,103 milliards d’habitants ; 31% - 15 ans. 324 hab./Km2

28%

64 ans

56,5%

la Roupie (1E équivaut à 55 Rps)

l’anglais et 15 langues officielles dont l’hindi (langue nationale), le kannada, le tamoul, le tegulu, l’ourdou... et plus de 4000 dialectes non reconnus

Nature de l’état : Régime : Revenu moyen :

République fédérale

démocratie parlementaire

environ 1100 Rps (soit 20 Euros) par mois et par habitant. Plus de 25% de la population vit en dessous du seuil critique de pauvreté.

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8

Rapport de stage Integrated design 2010

Monta gnard humid e-subtr opical tropica l-hum ide tropica l-hum ide et s ec semi-a ride aride

L e climat et les reliefs * Le climat indien, bien différent des saisons européennes, rythme l’année d’une toute autre façon et partitionne le pays en plusieurs régions climatiques. Le sud se caractérise par un climat tropical à tempéré, le nord jouxtant les contreforts de l’Himalaya se définit par un climat montagnard. La diversité de milieux, de reliefs, induit une multitude de climats, on peut cependant considérer 4 saisons en Inde : l’hiver de janvier à février, l’été de mars à mai, la mousson de juin à septembre et la période post-mousson d’octobre à décembre. L’Himalaya et le désert du Thar au nord et nord-est jouent le rôle de thermostat climatique. Les villes ont adopté des formes urbaines dictées par la saison des moussons. En ville l’eau ruisselle, très vite les rues sont inondées, par conséquent les trottoirs, les bâtiments sont tous légèrement réhaussés. Le volume des précipitations varie énormément selon les années : une année de sécheresse peut succéder à une période de tempête tropicale, toutes deux catastrophiques pour l’agriculture. Par ailleurs de trop fortes pluies favorisent le développement des moustiques et la prolifération du paludisme.

srinagar shimla chandigarh dehradun

climats :

new delhi jaipur

mumbai

gangto shillong

lucknow patna

gandhinagar diu

gangto

bhopal

ranchi raipur

silvasaa

agartala

panaji Bangalore Kavara thiruvananthapuran

chennai pondicherry

kohima imphal aizwal

kolkata

bhubaneshwar hyderabad

itanagar

en cm

- de 20 20-40 40-50 60-100 100-150 150-290 + de 290

nicobar island

précipitations annuelles


L’inde,

façonnée par son histoire géologique et par les «caprices des dieux hindous» expose une multitude de facettes géomorphologiques. La majeure partie du territoire indien est constituée de moyennes montagnes, de plateaux ou de plaines. Le pays peut être divisé en quatre grands ensembles géographiques : l’Himalaya, les plaines alluviales du nord, le Dekkan et les Ghats orientaux et occidentaux. L’Himalaya, née de la collision entre la plaque tibétaine et la plaque indienne, est formée de roches cristallines et de sédiments. Son point culminant en territoire indien est le Kangchenjunga (8 598 m). Large de 160 à 320 km, l’Himalaya s’étire sur plus de 2 400 km entre l’Inde et le Tibet, depuis le Jammu et le Cachemire, à l’ouest, jusqu’à l’Assam, à l’est. À l’ouest, l’Himalaya se prolonge par la chaîne du Karakorum, dans le Cachemire, puis par celle de l’Hindu Kush, en Afghanistan.

Au pied de l’Himalaya s’étend une vaste plaine, d’ouest en est (du Pakistan au Bangladesh). Trois grands fleuves, qui prennent leur source au Tibet ou dans ses confins, traversent cette région : l’Indus (2 897 km), le Gange (2 510 km) et, à l’extrême est, le Brahmapoutre (2 897 km). Ils sont alimentés par la mousson et la fonte des neiges himalayennes. À l’est de la péninsule, deux fleuves conduisent à des deltas qui progressent sur la mer : le Gange et le Brahmapoutre, dont les bassins versants cumulés totalisent 3 millions de km² et qui arrosent le BengaleOccidental, la plaine de l’Assam et le Bangladesh. L’Assam présente des types de sols extrêmement contrastés : des sols médiocres, lessivés, sur les surfaces hautes, dans la partie ouest de la plaine du Gange et dans le piémont du Pendjab ; des sols inondables, plus favorables à l’agriculture dans les régions basses.

Au sud des plaines se découpe le vaste plateau triangulaire du Dekkan, qui occupe l’essentiel de la péninsule indienne avec des hauts plateaux du côté de la mer d’Oman et des plateaux plus bas du côté du golfe du Bengale. La structure de la région est celle d’un bouclier précambrien, formé de roches de natures très différentes.

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*

la question du paysage indien?

Le paysage en Inde se révèle être un véritable laboratoire où les indiens construisent, démolissent, cultivent, polluent, tel une maquette que l’on ferrait évoluer au gré de notre pensée. Ses mutations permanentes modèlent un nouveau paysage, à l’horizon se dessine le progès technique, l’urbanisation galopante, des villes qui se distordent sous la pression des flux grossissants des nouveaux conquérants urbains. L’Inde se spécialise, tant dans les domaines des nano-technologies que dans l’agriculture. On voit ainsi surgir à Bangalore, Mumbai,..., de nouvelles petites cités de l’industrie, construites de toutes pièces, autonomes, des villes dans la ville. On pense au géant indien de la technologie, Infosys, qui développe des campus à l’image d’une Inde entreprenante, sous la forme d’étincelants édifices en verre et en acier s’élevant sur des pelouses vallonées.

Qu’en est-il de l’environnement? Il passe souvent au second plan voire négligé. Les nouveaux aménagements s’inscrivent brutalement sur une scène déjà bien encombrée. Dans les villes se côtoient l’ancien et le nouveau, les indiens les transformant continuellement. Cependant les projets urbains récents abordent plus en détail la dimension écologique et l’impact sur l’environnement. Cela est d’autant plus prégnant lorsqu’il s’agit de sites historiques menacés comme celui d’Hampi dans le nord du Karnataka. Mais l’Inde se construit à un rythme éffréné, dans sa course au développement, à la consommation de masse, à la mondialisation, elle dissimule petit à petit sa culture de la terre et de la nature. 10

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Depuis plusieurs dizaines d’années, l’Inde est un pays qui attire de plus en plus de touristes, introduisant de nouvelles activités, prenant parfois le dessus sur les pratiques locales. Cette nouvelle économie génère alors la création de complexes hôteliers, parfois «clandestins», de «guest house», dans des réserves naturelles... en soi cette nouvelle économie est positive mais elle est dévastatrice de par son impact sur l’environnement cependant ce secteur est en rapide extension.


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i

«promenade avec les dieux de l’ nde»

Les dieux rythment la vie quotidienne des Indiens et manifestent leur présence sous une multitude de formes urbaines. Les temples ponctuent les rues par leurs nuances de couleurs, leurs lignes strictes et les façades abondant de détails. Les seuils des maisons sont marqués de décorations symboliques (kolam), les portes ornées de guirlandes de piments, de citrons ou de feuilles de manguier séchées. A l’intérieur des maisons, on trouve les divinités sous forme de silhouettes, statuettes ou affiches ; dans certaines maisons une pièce entière est dédiée à la prière et aux offrandes. Les dieux imprègnent dès l’enfance, l’esprit des jeunes Indiens. Démocratie laïque, l’Union indienne repose sur la tolérance, chacun a le droit de pratiquer la religion de son choix et le devoir de respecter les autres. Mais le «sécularisme» indien, à la différence de la laïcité française admet que dès l’école, les signes religieux soient visibles. Les conflits entre les différentes communautés religieuses sont responsables de nombreux épisodes sanglants de l’hisoire indienne. Les communautés hindoues et musulmanes restent toujours sous tension, sutout dans le nord du pays, dans la région du Pakistan. 300 millions de dieux en Inde! Nulle part on n’en trouvera autant. L’Inde se partage en 7 grandes religions : L’Hindouisme, très largement majoritaire (plus de 900 millions de fidèles) ; l’Islam (environ 150 millions), majoritairement au Cachemire ; le Christianisme

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(24 millions) ; le Sikhisme (19 millions), né au Penjab ; le Jaînisme (3 à 4 millions) et le Bouddhisme, très minoritaire; le Zoratrisme, religion des parsis (70 000) et le Judaïsme (5000). Aux grandes religions historiques s’ajoutent de nombreux peuples autochtones de l’Inde, les «tribals» qui semblent difficile à recenser. Les dieux hindous imprègnent l’Inde toute entière, ils visitent les autres religions quelquefois jusqu’à les parasiter. Les dieux se perdent dans un fouillis complexe, des emmêlements de bras multiples, des visages tous semblables, grands yeux vides et sourire élargi. On ne voit pas les corps des dieux, couverts de guirlandes de fleurs ou de découpages en carton scintillant comme des arbres de Noël. On les confond tous. On se perd dans leur part animale. Les posters représentant les dieux en font des stars de Bollywood, peau rose, joues rouges, lèvres carmin, corps enrobé, mais dans les temples, souvent, leurs statues noires d’huile sont figées, sans grâce et sans mouvement. Entre leur allure kitsch et leur style empesé, on s’y perd un peu! D’abord vient Brahma, il ne joue un rôle actif que dans la création de l’univers. Le reste du temps, il médite. Son épouse est Saraswati, déesse du Savoir et sa monture est un cygne. On le montre parfois assis sur un lotus sortant du nombril de Vishnu, ce qui symbolise l’interdépendance des dieux. Brahma a généralement quatre têtes (barbues et couronnées), chacune tournée vers un point cardinal. Ensuite on trouve Vishnu, c’est le

protecteur, il est associé à «l’action juste». Il protège et conserve tout ce qui est bon. On le figure généralement avec quatre bras tenant chacun un objet symbolique : un lotus, une conque (symbole des vibrations cosmiques créatrices), un disque et une massue. Son épouse est Lakshmi, déesse de la Fortune et sa monture est Garuda, créature mi-oiseau, mi-bête. La croyance veut que le Gange soit né des pieds de Vishnu. Shiva est le destructeur, mais sans qui la création ne pourrait exister. Le rôle créateur de Shiva est symbolisé par un phallus stylisé, le lingam. Outre ses 1008 noms, Shiva peut avoir de nombreuses formes, comme Pashupati, le maître des troupeaux et Bhaivra, le terrible. Parfois Shiva porte des serpents autour du cou et tient un trident (représentant la Trimurti) en chevauchant Nandi, son taureau. Nandi symbolise le pouvoir et la puissance, la justice et l’ordre moral. L’épouse de Shiva, Parvati, peut prendre de multiples formes. Lakshmi, épouse de Vishnu, est la déesse de la prospérité. Dans le Tamil Nadu, les kolam qui ornent les seuils des habitations et des temples visent à inviter Lakshmi à entrer dans les maisons afin d’apporter la richesse à leurs occupants. Le jovial Ganesh, à la tête d’éléphant, est le dieu du savoir et de l’intelligence. Il supprime les obstacles et c’est le patron des scribes (la défense brisée qu’il tient fut utilisée pour écrire des parties du Mahabharata, évoque les conflits entre les dieux et les démons...). 13


L’origine de la tête d’éléphant de Ganesh a des explications variées. Une légende raconte que Ganesh naquit de Parvati en l’absence de son père Shiva. Il grandit donc sans connaître son père. Un jour, alors que Ganesh montait la garde pendant que sa mère se baignait, Shiva revint et demanda à voir Parvati. Gannesh, sans reconnaître Shiva, refusa. Fou de rage, Shiva trancha prestement la tête de Ganesh avant de découvrir, horrifié, qu’il avait tué son propre fils! Il jura de remplacer la tête de Ganesh par celle de la première créature qu’il rencontrerait et ce fut un éléphant.

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Les animaux, en particulier les serpents et les vaches, sont depuis longtemps sacrĂŠs en Inde. Pour les Hindous, la vache est synonyme de fertilitĂŠ et de nourriture. 15


2.Bangalore, « Cité

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jardin

»


*

Morphologie urbaine

*Etat du Karnataka

Connue sous les noms de pensionners city, de garden city, de model city et d’industrial city, Bangalore, capitale du Karnataka (Inde du sud), vit depuis une quinzaine d’années un nouveau rêve, où elle prend le nom de IT city ou Indian Silicon Valley. Entrant de plain-pied dans le XXIe siècle, Bangalore affiche clairement son ambition de devenir l’un des pôles mondiaux des NTI, les nouvelles technologies de l’information. Cela la conduit à envisager une véritable refondation urbaine. Elle a atteint une place éminente sur le marché international des NTI et c’est une destination appréciée des entreprises qui se délocalisent. La structure dense et radio-concentrique de la ville, confrontée à une urbanisation galopante, risque de se bloquer et d’aboutir à une situation ingérable. Bangalore doit faire face, dans un temps court, à des contraintes et des défis démographiques, financiers et environnementaux d’une autre nature que ceux du passé. Dans les pays émergents, le début des années 90 marque une rupture dans l’histoire urbaine que l’on vérifie bien à Bangalore, et qui se matérialise dans les dynamiques spatiales et les systèmes de transport. OKm

1,5Km

3Km

N

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Le secteur des technologies de l’information est devenu un moteur essentiel de la prospérité urbaine, mais il n’a pas pour autant bouleversé la répartition des emplois de la ville, ni amélioré les conditions de vie de l’ensemble de la population. La dynamique TI a sans doute fait mûrir la société urbaine, mais elle a participé aussi bien à l’explosion démographique qu’au creusement des inégalités. En l’absence de contraintes naturelles, Bangalore s’étire aujourd’hui dans toutes les directions, notamment au long des routes majeures. Ces axes drainent les industries et les activités marchandes, la fonction résidentielle se développant en arrière de ce décor. La demande d’espace dans une ville qui s’apprête à passer de 6 à 10 millions d’habitants, nécessite une vision globale de son avenir. Bangalore doit aussi sa renommée nationale du fait de sa qualité paysagère et de ses températures estivales plutôt douces. Située à une altitude de 1000 mètres sur le plateau du Dekkan, la ville confère une qualité de vie urbaine agréable, où le tissu végétal très dense procure ombre et fraîcheur dans la plus part des rues. La géographie de Bangalore fait qu’à l’origine la ville dispose d’un système naturel, efficace d’évacuation des eaux de pluies : un réseau de mille et un lacs, constellation de retenues d’eaux semi artificielles qui communiquent toutes entre elles par des écluses et des drains. Ces réservoirs servaient à stocker les eaux de pluies, à irriguer l’agriculture et à recharger la nappe phréatique, selon un modèle autonome 18

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et durable de gestion des ressources naturelles. Malheureusement l’accroissement frénétique de Bangalore néglige la gestion du bassin versant de la Cauvery (rivière principale en périphérie de Bangalore). L’urbanisation rapide de la ville a provoqué la disparition de la moitié des lacs en l’espace de 10 ans. Les drains, eux, se sont transformés en large égouts à ciel ouvert qui sillonnent les quartiers jusqu’aux lacs qui polluent à leur tour les eaux souterraines. De plus, il n’existe pas de réel système d’élimination des déchets. Seulement 60% des déchets disparaissent, brûlés en général, le reste finit dans les drains lors des pluies torrentielles. A ceci s’ajoutent le nombre important de déchets des matériaux de construction qui restent souvent entreposés sur des terrains vagues. La pollution des drains d’évacuation des eaux de pluie de Bangalore est une véritable menace pour l’environnement. Bangalore, sur le modèle national, jongle en permanence avec le paradoxe social, environnemental. Dans un futur proche, la ville devra surmonter son développement excessif en préservant ses potentiels paysagers et environnementaux.


19


*

une ville construite sur son histoire

La période coloniale a laissé son empreinte ici comme ailleurs. La structure urbaine est tournée autour de la différenciation entre la ville coloniale (le Cantonment) et la ville indigène (le Pete). Ces deux parties principales de la ville sont séparées par une petite frontière verte de parc dont le principal est le Cubbon Park (dans la tradition des parcs anglais). Cependant l’architecture dans cette ville reste marquée par la thématique locale.

Le Vidhana Soudha (1956), siège de l’assemblée législative du Karnataka, a comme particularité ses piliers dravidiens et le lion, symbole indien, qui trône au dessus du dôme central. L’Athara Kutchery, siège de la Haute Court de justice du Karnataka, malgré la couleur rouge de ses façades, possède une architecture plus néo-antique. D’autres édifices aussi monumentaux les uns que les autres parsèment la ville, tels que la cathédrale Saint-Marc et son style roman ou le bureau de poste principal victorien. Le palais d’été du Sultan Tipu (1789) est caractéristique de l’influence musulmane dans cette partie de l’Inde. Une autre trace de l’influence britannique plus discrète mais plus présente est la scénographie liée au bungalow et à son environnement arboré. Comme les maisons créoles, ces habitations sont adaptées au climat local avec véranda et modes d’aération naturelle. Mais malheureusement ces morceaux du patrimoine tendent à disparaître soit par la réduction des espaces verts (jardins, parcs privés) sous la pression immobilière ou par la dénaturation de bâti (divisions, agrandissements anar20

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chiques, etc.). Les nouveaux quartiers fermés bourgeois de la périphérie, liés à l’expansion des activités de pointes attirant une nouvelle élite intellectuelle, font de l’ombre aux quartiers bourgeois locaux avec leurs grands jardins et leurs maisons basses à l’architecture recherchée. Néanmoins ce sont les logements bas et individuels qui dominent à Bangalore, comme dans une grande partie de l’Inde du sud.


21


*

Les arbres, architecture végétale

Bangalore se définie aussi par ses arbres centenaires. Le tissu végétal innonde les rues, la canopée étend son ombre dans la plupart des quartiers historiques, Jayanagar, J.P. Nagar, M.G. Road... Les différents aménagements qui ont eu lieu au cours de l’histoire de la ville ont su préserver ses arbres, qui aujourd’hui confèrent à la ville sa qualité paysagère et la douceur du climat estivale. De plus les arbres procurent habitat et nourriture pour une faune urbaine riche et diversifiée. Malheuresement la construction du métro implique l’abattage d’un certain nombre de sujets, mais à quel prix! Ces arbres se sont adaptés aux formes évolutives de la ville. L’arbre est un facteur social urbain, il est sacré, il est respecté. Sous leur large houppier, les hommes se retrouvent, conversent, dégustent un «chai», (thé au lait et au ginger) fument une cigarette. Un nombre incalculable de commerces spontannés s’organisent autour de ses gigantesques masses végétales. Ils sont de véritables points de répères. Chaque espèce à sa place, en alignement on trouve des «albizia ou cassia», dans les noeuds urbains, à certains carrefours clé, on rencontre plutôt le fameux «banyan tree». Dans les jardins particuliers les «jack fruit», les manguiers et les «coconut» produisent des fruits vendus ensuite par les marchands ambulants. Les fruits, les feuilles, les fleurs génèrent un micro-commerce urbain, permettant à certains de subsister. Les abeilles sauvages qui nichent dans les grands «bombax» sont chassées pour leur miel exotique aux saveurs multiples. 22

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Les indiens respectent d’autant plus les arbres car ces derniers les utilisent en medecine douce. L’ayurdeva est une science ancienne des herbes médicinales et des soins holistiques ; elle utilise des traitements naturels à base de plantes, le massage et de nombreuses autres formes thérapeutiques.

Notre premier travail à l’agence a été de s’approprier ses nouvelles espèces, de comprendre leur environnement, leurs besoins. L’objectif était de constituer une banque de données rapidement utilisable comprenant l’espèce et ses caractéristiques écologiques. Nous avons parcouru la ville, arpenté ses rues, décortiqué ses parcs et ses jardins. Notre approche a été à la fois sensible et technique. Capter les atouts esthétiques de l’espèce et assimiler dans un deuxième temps leurs besoins écologiques.


A défaut d’être plantés dans des fosses de plantations et couverts de grilles de protection, la majorité des arbres à Bangalore ont pris racine en pleine terre. Cependant, cela peut s’avérer dangereux, certaines pluies sont tellement violentes qu’elles lessivent litéralement le sol, dégagent dangereusement les racines structurantes de l’arbre, provoquant la chute du sujet au moindre coup de vent. Les arbres, architecture végétale fragile, abondent en couleur et en matière. Aucun détail ne laisse indifférent, son allure, sa peau, ses feuilles, ses fruits. Toutes ces nouvelles formes nous interpellent, elles ouvrent une nouvelle palette de composition. Le bref inventaire réalisé n’est qu’un rapide coup d’oeil sur l’ensemble des espèces répertoriées pour le compte de l’agence. Ce sont des espèces qui ont marqué par leur architecture, la forme de leurs fruits ou des graines. Il faut noter que les mois d’avril-mai, sont une période de maturation des arbres à fruit sec.

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Lecythidaceae Couroupita guianensis C’est un arbre originaire du nord d’Amérique du Sud, d’Amérique tropicale et du sud des Caraïbes. Très planté dans les temples en Inde, cet arbre est appelé l’arbre ‘nagalingam’ en tamoul. Il est considéré comme sacré par les hindous puisque sa fleur ressemble à un nagam, un serpent sacré sur le shiva lingam. Comme les cocotiers, ces arbres ne devraient pas être plantés à proximité des chemins ou des zones de circulation, car ses lourdes noix sont connues pour tomber soudainement.

BOMBACACEAE Bombax ceiba Le Bombax ceiba est un grand arbre tropical pouvant atteindre une hauteur de 25-30 m. Le tronc porte à la base des épines de forme coniques, caractéristiques et il fleuri lorsqu’il n’a plus de feuille, de février à mars. Ces feuilles sont vertes claires et palmées avec 5 ou 7 folioles tandis que ces fleurs charnues sont à pétale rouge-orangé. Son bois est léger, similaire au balsa et il est utilisé pour faire des allumettes. Les fibres cotonneuses enrobant la graine peuvent servir à la production de kapok, comme beaucoup d’arbre de la famille des Bombacaceae Cette plante est utilisée pour son pouvoir antiangiogénique dans la médecine traditionnelle viêt.


MORACEAE Ficus benghalensis Banian de l’Inde Il doit son nom à la caste brahmanique des marchands, les banians. La graphie anglaise banyan est souvent utilisée. C’est une espèce voisine du figuier qui peut se développer en arbres géants pouvant couvrir plusieurs hectares. Il peut avoir jusqu’à 350 gros troncs et 3000 petits. Il est originaire de l’Inde, du Pakistan et du Sri Lanka, mais a été aussi importé dans d’autres régions du monde. Le banian commence comme épiphyte d’un autre arbre, où un oiseau mangeur de figue dépose la graine. Il émet des racines aériennes depuis les branches, qui se développent en pleines tiges une fois qu’elles touchent terre, ce qui permet à l’arbre de se répandre dans un grand secteur.

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3.L’’agence Integrated Design


* le personnel, la structure, l’organisation Integrated Design (INDé) est un atelier indien d’urbanisme, d’architecture et de paysage. L’agence développe une approche environnementale et écologique dans la conception et la mise en oeuvre des projets. C’est un point fort qui les démarque à l’échelle nationale et sur la scène internationale. L’atelier est actuellement dirigé par Mohan S. Rao, à l’origine d’Integrated Design. Il a sous sa tutelle une dizaine de personnes aux profils professionnels contrastés. Urbanistes, architectes et paysagistes mêlent leur savoir-faire pour enrichir personnellement les projets urbains et ceux du grand paysage. Il n’existe pas de cursus spécifique au paysage en Inde. La plupart des étudiants en paysage ont d’abord obtenu leur diplôme en architecture avant de continuer en master paysage. Cependant la taille de l’équipe peut varier selon l’importance des projets. INDé fait parfois appel à des intervenants extérieurs qui intègrent temporairement l’atelier. Par exemple, sur le projet Infosys, l’agence a fait appel à un infographiste pour la modelisation du projet en 3D, le contrat est généralement de quelques jours. Il arrive fréquemment que l’agence travaille en collaboration avec d’autres agences d’architectures et de paysages, sur des projets à gros budget, où aux problématiques multiples. Mohan collabore facilement avec des organismes suceptibles d’enrichir les réflexions de projet (ONG, professionnels et étudiants étrangers,...).

conseil dans les champs du design environnemental, de la planification régionale, de l’architecture, du paysage et de la gestion des eaux. L’agence s’évertue à développer une certaine polyvalence en matière de projet de paysage tant dans les champs d’actions que dans les niveaux d’intervention. Les revenus majeurs de l’agence se concentrent sur les projets privés. Mais les projets les plus prenants sont ceux qui traitent des questions de préservation de l’environnement, de restitution de sites historiques, de gestion en agronomie. Aussi, il arrive souvent que de grandes institutions soient impliquées dans ces projets ( ASI: Archeological Survey of India, CART: Centre for Appropriate Rural Technologies, UDRI: Urban Design Research Institute...). L’origine de ses clients et de leurs besoins sont tout aussi variés, du privé au public, du dessin de jardin à la création d’une ville nouvelle.

INDé propose depuis 1993 des services professionnels de design et de 29


* secteurs abordés

INDé est une agence polyvalente qui aborde une large palette de projets très différents dans leurs dimensions et dans leur conception. Par ailleurs si l’agence est basée à Bangalore, les sites d’études n’en sont pas pour autant cantonnés à la ville, il s’étendent à tous les états du pays, Andra Pradesh, Tamil Nadu, Kerala, ... et plus rarement à l’étranger. Au cours de notre stage, Mohan nous a offert l’opportunité de travailler sur un certain nombre de projets aux problématiques contrastées. Nous avons aussi abordé ces projets à différents stade de leur avancement. Cette année, l’exposition universelle de Shangai héberge les pavillons de plusieurs dizaines de pays à travers le monde. L’inde est représentée en association avec d’autres agences par INDé. C’est une bonne opportunité pour des pays émergents comme l’Inde, d’exposer des démarches de projets en relation avec le développement spontané du pays. L’agence à le mérite de travailler sur des projets non rémunérés (ou très peu). En effet, par principe et par conviction pour son pays, Mohan engage bénévolement son équipe lorsque le patrimoine historique et environnemental est menacé. Quand en Inde, la conservation de l’héritage cuturel et l’exploitation raisonnée des ressources naturelles ne sont pas encore une priorité et qu’aucune autorité ne se prête à les financer, on comprend l’importance et le bien-fondé du travail d’Integrated Design. Si en Europe ces projets semblent entrer dans les moeurs, en 30

Rapport de stage Integrated design 2010

Inde, ils sont plus que précurseurs et plein d’espoir pour le développement du pays.

*

une démarche de projet

L’agence aborde une démarche similaire à celle développée à l’école du paysage de Blois, au moins pour ce qui est de la réflexion du projet et sa conception. Cependant le temps passé pour chaque étape est partagé différemment. Cela varie en fonction de la nature du projet et de ses problématiques. Par exemple certain projet demande une recherche documentaire spécifique. Sur le projet d’Hampi, INDé a initié une enquête socio-économique, nécessaire au développement des projets futurs. Les rendus intermédiaires sont très fréquents et font appel à une rapidité d’exécution nouvelle pour des étudiants novices. Lorsqu’on aborde un nouveau projet, Mohan propose une réunion regroupant tous les différents acteurs d’INDé qui vont être impliqués dans le projet. La réunion comprend une brève présentation du site, la transmision des documents de base et l’explication des différentes problématiques à développer.


31


4.Les

32

Rapport de stage Integrated design 2010

projets


Les projets abordés au cours de notre stage au sein de l’agence ont couvert un large éventail de domaines. En effet Mohan tenait à nous faire découvrir la pluridsciplinarité de l’agence et ses rayons d’interventions. Nous avons été impliqué de différentes façons, certains projets ont fait appel à nos compétences d’infographiste, d’autres à notre démarche de réflexion de projet. Chaque cas étant différent, nous avons pu expérimenter de nouvelles méthodes engageant des temps de travail inattendus. Nous avons eu l’opportunité de travailler sur des projets indiens et étrangers. Mais dans aucun des cas nous sommes allés sur le terrain. Cette approche différentes de celle développée à l’Ensnp peut paraître frustrante. Nous avons su nous adapter en utlisant de nouveaux outils comme les logiciels de SIG (Système d’Information Géoréférencé) ainsi que Google earth. Chaque projet a fait office de discussions et de concertations avec Mohan et les autres membres de l’agence. Les critiques majeures étaient généralement liées à des détails de mise en forme. Les projets suivants ont été développé personnellement ou en binôme avec Marion Godiard. Pour les projets réalisés à deux, les tâches ont été réparties de façon à aborder personnellement une méthode de travail.

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Projet Himayat sagar : Plan masse et visuels Himayat Sagar est un lac artificiel situé à une vingtaine de kilomètres à l’ouest d’Hyderabad, dans l’état de l’Andhra Pradesh. Le réservoir a été construit dans les années 30 pour stocker des réserves d’eau alimentant la ville d’Hyderabad et permettant par la même occasion de contenir les crues qui submergent occasionnellement la ville. Le paysage environnant est composé de zones naturelles arides, où la végétation de petit et moyen développement offre des panoramas ouverts sur le lac et ses rives. Le projet Himayat Sagar s’inscrit sur la partie est des rives du lac. L’ébauche de projet consiste en l’implantation d’un complexe immobilier comprenant différents modules architecturaux, dont des bâtiments de bureaux R+6, des logements R+1 et des tentes semi-rigides de style traditionnel. La plupart des bâtiments sont assis sur une enfilade de terrasses tournées vers le lac. Les espaces jouxtant les logements et les bureaux sont partagés entre un golf et des espaces naturels paysagers. La portion enclavée sur les rives du lac est transformée en zone agricole. La commande du projet a été initiée par une

34

Rapport de stage Integrated design 2010

société hôtelière souhaitant implanter un complexe résidentiel proposant des activités autour du site. Le projet a été développé en collaboraration avec un cabinet d’architectes de Delhi. Le projet couvre une surface d’une vingtaine d’hectares. Lorsque nous avons commencé à travailler sur le projet Himayat Sagar, le plan d’urbanisme était déjà tracé et validé. L’objectif à atteindre était celui de développer des vues de projet sensibles tournées vers le paysage et le lac et valoriser l’espace construit. Nous avons aussi été chargé de la mise en forme du «master plan», par texturage et composition des espaces intermédiaires aux logements et bureaux. Pour ce projet ce sont nos compétences d’infographiste qui ont été mises à profit et notre rapidité d’exécution. Le projet n’a mis qu’une journée à être réalisé, étant donnée que le rendu était intermédiaire.

Hyderabad


1 Logements R+1 2 Bureaux R+3 ; R+6 3 Tente semi-rigide 4 Lac artificiel 5 Zone de golf 6 Zone paysagère 7 Terrasses bois 8 Végatation de haut développement 9 Végétation raze 10 Route principale 11 Forêt de feuillus 12 Zone agricole 13Rives sauvages du lac

5

9

12

8

10

3

2

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1

4

7

N Om 5

10

20

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Hampi : étude d’un paysage habité Hampi

Photos extraites de la base de données d’INDé


Le Ramayana (textes sacrés de la religion hindoue) parle de Hampi et de son paysage environnant comme le royaume des dieux singes. Pour se protéger de l’invasion musulmane qui, au XIVe siècle, progressait du nord comme du sud, les souverains locaux s’unirent pour construire un royaume imprenable. Ils choisirent de l’établir autour des fortifications naturelles des montagnes, la ville se développant en arcs de cercle autour de la rive sud de la rivière Tungabhadra (de nombreux anneaux de fortifications concentriques ont été construit au cours des siècles, bien qu’il n’y est pas vraiment de centralité). Ce site fut aussi choisi par les rois pour sa richesse minière (or et diamants notamment), encore fructueuse aujourd’hui (très nombreuses carrières, usine d’acier et mines). Trois dynasties assurèrent sa gloire : les Sangama, les Sâluva et les Tuluva. Le roi Bukka Ier, qui régna dès 1350, est à l’origine de la fondation de l’empire du Karnataka. A sa mort, son frère, Harihara, développa la capitale royale et la baptisa Vijayanagar, «ville de la victoire». Les souverains suivants s’attachèrent à la hisser au rang de cité des arts et des sciences, l’ouvrant à toutes les religions de l’Inde, l’islam compris. Au XVIe siècle, cette métropole prospère comptait 500 000 habitants. Ses bazars animés, débordant de pierres précieuses et où convergeaient des marchands venus de terres lointaines, étaient le cadre d’un important négoce international. Une composition harmonieuse de monuments civils, princiers ou publics se

pressaient à l’intérieur de fortifications massives qui cependant ne résistèrent pas à l’assaut des cinq sultans du Deccan en 1565. Trahi par ses propres soldats musulmans, le dernier souverain d’Hampi, Sadâshivarâya, assista de loin au pillage et à l’incendie de son royaume, qui disparut des cartes jusqu’au XIXe siècle. Une végétation exubérante s’enroula autour des ruines en des enlacements meurtriers. Et les bananiers firent une concurrence déloyale aux colonnes de grès qu’ils enserrèrent. Aujourd’hui Hampi se retrouve parmi les 21 sites indiens classés au patrimoine mondial de l’UNESCO. Cette inscription en 1984, à certes a permis de le révéler au grand public, mais a entraîné un nouveau type de fréquentation qui est celle du tourisme de masse et les infrastructures qu’il génère. Longtemps ignorée des chercheurs occidentaux, Hampi fut cependant à l’origine de l’un des premiers département de conservation au monde, qui travaille à la préservation de ce site depuis presque cent ans. Le site de Hampi est malheureusement classé parmi le patrimoine mondial en danger. Les autorités locales, ainsi que de nombreuses organisations dont INDé luttent quotidiennement pour préserver ce site voué à la dégradation progressive. Le paysage de Hampi est un territoire complexe de vallées entourées de collines aux amas chaotiques, les «bolders», des blocs granito-gneissiques monumentaux que l’on croieraient jetés de la main d’un dieu. L’agriculture occupe une large portion du territoire. La végétation spontanée

se fait plus éparse, située principalement sur les hauteurs, autour des «hills» et sur les rives de la Tungabhadra. Depuis la chute du royaume, les lieux ont connu de sérieuses mutations dans le temps. Sur les mètres de poussière qui ont recouvert la cité se sont installés des hommes dans les villages, l’agriculture et les nouveaux réseaux de communications constituent des obstacles à la lecture et la compréhension de l’ancienne structure urbaine. La superposition des différentes étapes de l’histoire a en effet créé un ensemble très complexe à lire mais surtout à appréhender. L’interprétation du site est d’autant plus difficile que la structure de la cité répondait à des critères stratégiques et socio-religieux (distinction entre le pouvoir royal, les soldats, les commerçants et paysans ; hauteur et disposition des bâtiments pour exposer les hommes de pouvoir au peuple). Le village de Hampi Bazzar et celui de Kamalapuram, au sud, sont les principaux points d’accès aux ruines. Les ruines se divisent en deux parties : la Ville sacrée, autour de Hampi Bazaar et la Ville royale, au sud, vers Kamalapuram. Le village d’Anegundi se situe au nord-est, de l’autre côté de la Tungabhadra. Hampi est aujourd’hui qualifié de «living area», c’est à dire de zone habitée, cultivée, qui recèle des monuments historiques et un patrimoine d’une très grande valeur paysagère et historique. INDé est investie sur le projet de Hampi depuis une dizaine d’années. Mohan avait déjà abordé certaines probléma37


tiques au cours de ses études d’architecte-paysagiste. Le rôle de l’agence en étroite colaboration avec les organisations locales de protection tentent progressivement de développer une nouvelle façon d’occuper et d’exploiter ce territoire fragile, aux problématiques multiples. La problématique majeure est celle qui concilie un territoire habité et cultivé avec la volonté de préserver et révéler le paysage historique sans pour autant muséifier le site. Le travail d’INDé s’est étalé sur de nombreuses années. Une grande quantité de travaux documentés ont déjà été réalisés, mais rarement dans une vision globale du site, le «master plan» local (PLU indien) en témoigne par luimême. La situation assez isolée maintient pour l’instant Hampi hors de portée des hordes touristiques que l’on rencontre fréquemment dans les villes du nord. De plus, le site dans son ensemble a su préserver son caractère rural. En effet, hôtels et autres infrastructures touristiques à caractère urbain ont peu envahis le site. Les premières infrastructures se situent derrière la limite des derniers remparts de l’ancien empire (la ville d’Hospet à 20 km du site conservé, où l’on trouve la gare la plus proche). Il est primordial de veiller à ce que cela reste ainsi si l’on veut préserver l’identité de ce site. Par ailleurs, si les nouvelles routes ne respectent pas la structure de l’ancienne ville, les chemins empruntés par les touristes n’ont font pas moins. INDé a déjà émis un certain nombre de propositions concernant la restitution des liens historiques et une lecture plus juste du territoire. Le travail réalisé par 38

Rapport de stage Integrated design 2010

Rahul Paul pour le concours ISOLA (Indian Society of Landscape Architects) cette année, leur a valu le premier prix. Ce type de compétition, certes, représente l’agence sur la scène internationale mais permet par la même occasion d’alerter les professionnels du paysage sur la question de la préservasion du site. Nous avons eu l’occasion de travailler avec Berengere Mercier, qui s’est investie dans les problématiques de Hampi depuis plus d’un an. Son travail en tant qu’urbaniste aborde différents secteurs. La dimension historique qui permet d’offrir une nouvelle lecture du site et de révéler les liens ancestraux. Ensuite vient la dimension sociale, primordiale dans ce type de problématique. Comment concevoir la protection d’un patrimoine en danger sur un site habité, où le développement du tourisme génère de nouvelles activités et des emplois pour les habitants locaux. Au mois de mai 2010, une enquête socio-économique a été initiée par INDé sur tout le site de Hampi. Cette enquête apporte de nouvelles informations concernant la qualité de vie dans les villages jouxtant les monuments, elle permet de connaître le type d’activités développées par les habitants (agriculture, artisanat, acitivités liées au tourisme). L’ensemble des actions déployées par INDé devrait aboutir à la réalisation d’un plan de gestion qui puisse rétablir une cohérence lisible entre les différents monuments du site, tout en prévenant les impacts du développement touristique futur. Le tourisme ne doit pas être une fatalité pour le conservateur, l’objectif étant

de créer une charte qui sache les concilier en un projet respectueux du patrimoine et conscient de l’importance du tourisme pour l’économie locale. Notre travail sur Hampi s’est réparti en deux échelles différentes d’analyse. Marion Godiard a travaillé à une échelle rapprochée, sur le site de la «Royal Enclosure», au sud de la Tungabhadra. Son travail a consisté a révéler les liens historiques perdu par l’implantation des nouvelles infrastructures touristiques (route, parking...). Chaque élément a été représenté sous forme de cartes synthétiques. Pour ma part, il m’a été demandé de travailler à l’échelle du grand paysage. C’est-à-dire sur la totalité du site, ce qui représente enciron 236 km2 de territoire. L’objectif était de développer des cartes thématiques couvrant l’ensemble du territoire. Dans un premier temps il m’a semblé important de localiser les différents monuments et leurs enceintes au sein de cet immense territoire. Dans un deuxième temps, je me suis intéressé aux contraintes naturelles, il s’agit du réseau hydrographique naturel et artificiel, du réseau routier, de la topographie, de la végétation (agriculture et végétation spontanée). Ces cartes ont ensuite été utlisées pour révéler les liens historiques brouillés par l’implantations de nouvelles infrastructures, ainsi que pour réaliser une base utile à la constitution du futur «master plan». Chaque carte a pu être élaboré avec précision grâce à l’utilisation d’un logiciel SIG plutôt performant (ARC GIS).


Photos extraites de la base de données d’INDé

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Photo aérienne + «lpa zone»

O km

40

Rapport de stage Integrated design 2010

0,75

1,50


Monuments et principaux villages Plusieurs zones de protection des monuments ont été définies. La «LPA» et la «Core zone» qui définissent un niveau de protection plus ou moins élevé selon le périmètre concerné. La «LPA zone» est la zone de protection définie par l’UNESCO et la «Core zone» est une zone de protection rapprochée definie par les autorités locales. Le site est ponctué de petits villages dont le plus gros compte 21 000 habitants.

LPA zone

ra

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g

n Tu

Anegundi

Virupapur Gaddi

Temple de Vittala

Core zone

Hampi Bazaar (centre sacré)

Cité Royale

Kamalapuram

Fortifications Monuments Villages principaux Villages secondaires Villages isolés Zone de production hydro-électrique Campus universitaire

O km

0,75

1,50


Le réseau viaire

L’ensemble du secteur est traversé par un réseau dense de voies de communication. Certaines de ces voies datent de l’époque de création de la cité. D’autres sont venues tardivement avec les nouveaux besoins de l’automobile et la création de nouveaux canaux autour du site. Le problème est que ces nouveaux axes s’incrivent dans certains cas en travers de liens historiques joignant deux monuments. Le travail de l’agence est de révéler ces liens historiques afin d’éviter de reproduire de nouvelles erreurs dans un futur proche.

ra

ad

h ab

g

n Tu

Route majeure de district Route secondaire Route longeant le canal Route locale Chemin de village

O km

0,75

1,50


Le réseau hydrographique et la topographie Le réseau hydrographique est complexe et extrêment étendu. Hampi se défini par sa topographie, en effet le territoire est morcelé par une multitude de petites collines et de gigantesques blocs granitiques. Chaque colline implique des pentes différentes et donc un écoulement des eaux particulier. Depuis les origines de la cité, l’eau est maîtrisée par un réseau de canaux et de réservoirs. Le développement d’infrastructures nouvelles a brouillé l’empreinte des éléments de l’histoire. Mon travail a été de retrouver les canaux historiques et les différencier des contemporains. Les canaux représentent des liens physiques utiles au déchiffrage de l’ancienne cité. La topographie et l’eau ont dicté l’implantation des villages et des monuments. Chaque vallée avait son autonomie et communiquait avec les vallées environnantes.

ga

n Tu

Colline

Réservoir historique

Carrière

Réservoir contemporain

a

dr

a bh

Rivière Canal historique Canal historique secondaire Canal contemporain Canal contemporain secondaire

O km

0,75

1,50


Un territoire cultivé

L’agriculture à Hampi occupe plus de 33% soit 7769 Ha du territoire étudié. Les partiques agricoles ont façonné le paysage. Depuis la création de la cité, les hommes cultivent la terre. Ils ont su développer un réseau d’irrigation performant dont on tente de préserver les vestiges aujourd’hui. L’agriculture irriguée recouvre la majeure partie du site. On trouve cependant une part d’agriculture arborée (bananiers, palmiers...) ainsi que des zones de jachères. Les espaces agricoles font aussi obstacle à la lecture de l’ancienne cité, elle est foisonnante et brouille facilement le regard. Les végétaux de haut développement peuvent dans certain cas obstruer des points de vue stratégiques.

g

n Tu

O km

Agriculture irriguée

Agriculture arborée

ra

ad

h ab

Jachères agricoles

0,75

1,50


La végétation spontanée

La végétation spontanée occupe une part mineure sur site d’Hampi. De plus elle est extrêment localisée. On trouve une bonne part de cette végétation sur les rives de la Tungabhadra. Une zone de forêt gérée par «l’ONF locale» borde la partie sud du site.

ra

ad

g

h ab

n Tu

forêt de moyen développement friches prairies

O km

0,75

1,50


Projet Infosys : plan masse et définition des espaces plantés Comparable a un décor de film futuriste, les campus modernes conçus par le géant indien de la technologie, Infosys, construisent un paysage nouveau où l’horizon dessine une Inde développée à la pointe des technologies modernes. Pionnière de l’industrie florissante des logiciels en Inde, cette société est à l’origine de la révolution technologique indienne. C’est également grâce à elle que la réputation de Bangalore en tant que «Silicon Valley» indienne s’est ancrée en 2005, lorsque Thomas L. Friedman, lauréat du prix Pulitzer, a eu l’idée de son roman La terre est plate après avoir visité le campus d’Infosys, inspiré par les principes progressistes de l’entreprise. Fondée en 1981 par sept ingénieurs en informatique, Infosys compte aujourd’hui plus de 100 000 employés et son chiffre d’affaires atteint 4 milliards$ - sa liste de clients comprenant une centaine d’entreprises parmi les 500 plus importantes des états-Unis. Son campus (fermé au public) incarne une autre Inde, une Inde entreprenante, sous la forme d’étincelants édifices en verre et en acier s’élevant sur des pelouses vallonnées. Les employés, dont la moyenne d’âge est de 26 ans, utilisent des vélos ou des voiturettes électriques pour se déplacer au sein du complexe, qui comprend des restaurants servant 14 types de cuisine, des banques, un supermarché, un terrain de basket, un green, des salles de gymnastique dernier cri et même un hôtel. Infosys peut aujourd’hui rivaliser à armes égales avec le monde occidental. Ce nouveau projet de développement 46

Rapport de stage Integrated design 2010

de campus en périphérie d’Hyderabad s’inscrit dans un paysage naturel aride et chaotique. Les ingénieurs d’Infosys se sont adressés directement à Integrated Design pour l’élaboration du plan d’urbanisme. Ce plan organise l’implantation des bâtiments et l’installation des infrastructures principales (route, chemin d’accès...). La partie conception des bâtiments sera ensuite développée par des architectes. Le projet couvre la surface gigantesque de 1 800 837 m2. INDé a développé des principes de constructions durable où l’impact sur l’environnement est minimisé. Ces nouvelles petites cités de l’industrie électronique peuvent jouer un rôle de modèle de développement de par leur rayonnement économique et commercial. Le projet prend en compte la récupération des eaux pluviales par stockage dans des réservoir artificiels. Les bâtiments sont tous équipés de panneaux solaires, permettant ainsi une autosuffisance énergétique rentable. Les espaces jouxtant les zones résidentielles et de bureaux sont plantés et qualifiés de zone naturelle. En périphérie des zones d’activités, le paysage est façonné par l’agriculture locale. Notre contribution au projet d’Infosys a permis d’élaborer le «master plan» ainsi que des vues du projet. Le plan masse a été réalisé a partir du plan d’urbanisme autocad réalisé par Rahul et Mohan. Un infographiste a modélisé le projet en 3D, permettant ainsi d’extraire des fond de vues, support appréciable pour la réalisation des visuels. Ce projet a de nouveau fait appel à nos compétences en infographie et notre savoir faire avec l’outil Adobe Photoshop.

Hyderabad

Bureaux

1

Logements

2

Zone cultivée

3

Boisements

4

Cour jardinée

5

Parking

6

Réservoir

7

Prairie

8

Chemin carrossable

9

Route principale

10

Zone de roche affleurante

11

Chemin enpierré

12

Route secondaire

13

Terrain de sport

14


1

14

2 5

1

10 2

9

6

13

3

4

4

12

8

7

3

11

O m 25 50 75 100

47


Vue 1

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Rapport de stage Integrated design 2010


Vue 2

49


Vue 3

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Rapport de stage Integrated design 2010


Vue 4

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Sardinia : habiter une ferme écologique en Sardaigne

Camping à la ferme Lovra Ruja Lei Godrà!

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Rapport de stage Integrated design 2010


france Béziers

Marseille

Toulon

Palau

Corsica

italia

Perpignan

Castelsardo Porto Torres

Ajaccio

espana Barcelona

Santa Teresa Gallura

Croatie

Roma

*

Olbia Monti

Sassari

Montenegro

Oschiri Alghero

Ozieri

Sardegna Sassari

Lovra Ruja

Tempio Pausania

Napoli

Nuoro

Bosa

albania

Fonni

Abbasanta

Lanusei

Cagliari

Orosei Dorgali

Macomer

Arbatax

Oristano Nurallao Barumini

Mediterranea sea

Mandas

Palermo

Guspini Monastir

Iglesias Siliqua

tunisia Alger

algeria

Portoscuso

Tunis

La Sardaigne est une île méditerranéenne située entre la Corse et le nord de la Tunisie. L’île couvre un territoire de 24 000 km2, plaçant la Sardaigne au 2eme rang des plus grandes îles méditerranéennes. La Sardaigne se définit par ses vallées et sa topographie marquée, organisant l’implantation des villages et la création de réservoirs de stockage d’eau. L’eau des lacs artificiels (réservoirs) est d’une part utilisée pour l’irrigation de l’agriculture et d’autre part pour alimenter les villages. L’île est traversée par deux rivières majeures, la Flumendosa et le Tirso. L’île se caractérise par son climat méditerranéen, humide l’hiver (120 mm) et très sec l’été (40°C et seulement 47mm de précipitations). Une problématique à ne pas négliger dans les projets d’aménagements futurs. La partie nord de l’île est ancrée sur un socle granitique rendant les sols acides. L’homme depuis des siècles façonne le paysage en perpétuant les activités

O km 25

50

pastorales. L’agriculture et l’exploitation du bois ont su trouver leur place et génèrent des pratiques ancestrales encore présentent aujourd’hui, cependant en légère perte de vitesse. L’agriculture et les pâtures occupent les plateaux et les fonds de vallées. Le bocage n’est pas une pratique locale, les agriculteurs délimitent et protègent les cultures par des murets de pierres sèches, permettant par la même occasion de contenir les brebis dans des espaces bien définis. Les zones forestières occupent principalement la région montagneuse, à l’est de l’île. On trouve généralement une végétation spontannée (de bas et moyen développement) autour des zones humides, des cours d’eau et en altitude. L’île présente une végétation méditerranéenne que l’on retrouve dans d’autres régions (maquis, arbustes et buissons persistant tels la myrthe et le laurier) avec seulement 10% d’espèces endémiques. La végétation de grand développement comprend différentes espèces de chênes comme le Quercus suber (chêne liège), utilisé dans la fabrication

Sant’Antioco

Muravera

cagliari Villasimus

Giba Pula

O km 25

des bouchons de liège. On trouve par ailleurs des forêts mixtes de chênes et de pins. Des forêts de Castanea sativa bordent généralement les villages et produisent des châtaignes utilsées dans la cuisine locale.

Exploitation de Quercus suber en Sardaigne

53

50


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héritage et architecture locale La Sardaigne est ponctuée de monuments et de ruines implantés par les différentes civilisations qui se sont succédées. L’île compte de nombreux megalithes et autres assemblages en pierres similaires à ceux de la région Bretonne. La civilasation majeure des anciens Sardes nous a laissé une quantité surprenante de constructions côniques appelées les nuraghi. Généralement implantées sur les hauteurs, les nuraghi étaient visibles de loin et facilement identifiables par leur forme pyramidale. On dénombre plus de 4000 nuraghi en Sardaigne. La plupart de ces structures étaient destinées à l’habitat et avaient une fonction religieuse. Les nuraghi étaient le plus souvent implantées dans les régions basaltiques et les zones fertiles, proches de points d’eau et éloignées des steppes arides. «Nuraghi» en Phoenicien signifie simplement «maison circulaire». Ces édifices ont été érigés au cours de l’âge de pierre alors que les hommes quittaient les cavernes pour une nouvelle forme d’habitat. Ces monuments font appel à un véritable savoir-faire technique de la construction en pierre sèche, les pierres étaient assemblées les unes après les autres sans l’utilisation de mortier. Cet habitat pouvait 54

Rapport de stage Integrated design 2010

accueillir une quinzaine de personnes. La profusion de pierre et de minerai a été rendu possible par l’exploitation de nombreuses carrières aujourd’hui improductives. La prise en compte de ces monuments est primordiale dans l’élaboration du projet de Lovra Ruja. En effet il peut être intéressant de développer de nouveaux parcours depuis la propriété vers ces monuments, permettant par la même occasion la découverte du territoire environant. «Lo Stazzo» est le terme employé pour désigner les maisons rurales sardes. Les maisons sont construites en plusieurs étapes, une nouvelle pièce est ajoutée quand cela est nécessaire. On distingue 3 catégories de maisons rurales sardes : «Lineare», est le type architectural le plus populaire. Les maisons sont construites en un bloc et se composent d’une à deux pièces. Chaque extension est réalisée dans le prolongement des murs principaux. «A Palazzo» est une version élaborée de «lo Stazzo», ce type architectural correspond à un modèle de maison bourgeoise urbaine. «Mista» est une maison hybride de

«Lineare et «Lo Stazzo». L’architecture spontanée constituée des lollas du Campidano aux stazzi de la Gallura, jusqu’aux cuiles et pinnettos, servent de refuges aux bergers et animaux des vastes hauts-plateaux. Comprendre l’architecture sarde est nécessaire au bon déroulement du projet. Pour le cas de Lovra Ruja, nous avons été confronté à la construction de nouveaux bâtiments, il était nécessaire de connaître les bases de l’architecture sarde.


Luogosanto Arzachena Porto rotondo

Lago di Liscia

Golfo Aranci

SS125 SP73

Spiaggia Bianca Lovra Ruja

SS133

Sant’Antonio di Gallura

Museo etnografico Galluras

SP16

SP82

Luras

Olbia Calangianus SS127 SS127

Forêt de persistants

Olbia Costa Smeralda

Village

Le projet de Lovra Ruja consiste en la création d’un camping à la ferme fondé sur des principes écologiques et pédagogiques. La propriété est localisée dans la région de la Gallura, région historique et géographique du nord-est de la Sardaigne, organisée autour des villes d’Olbia et de Tempio Pausania, dont la spécificité culturelle date de l’immigration Corse du xvie siècle. La propriété est située à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de la ville d’Olbia et seulement 10 km du village de Sant Antonio di Gallura. Le site domine depuis la colline le lac de Liscia, au nord. Le lac sert de réservoir artificiel permettant d’alimenter les villages alentours en eau et produisant de l’énergie hydroélectrique. Le paysage environant est constitué de forêts éparses de Quercus suber, Quercus pubescens, Quercus ilex et Castanea sativa. Chaque espèce joue un rôle

Voie ferrée spécifique dans l’agriculture locale. Les affleurements granitiques rappellent l’histoire géologique de l’île et donnent cette nature acide au sol. La propriété occupe un territoire d’une douzaine d’hectares, composée de plusieurs parcelles déterminées par une alternance d’espaces de boisements denses et de zones de pâtures ouvertes. La voie ferrée historique borde la limite est de la propriété. Cet ancien chemin de fer connectait les différentes exploitations minières de l’île. Aujourd’hui il est utilisé pour le transport de marchandises et de personnes. Il est important de noter l’alternance de fenêtres paysagères qui offrent des points de vue sur la propriété depuis la voie ferrée. Seulement deux fermes ont été construites sur le site et elles sont aujourd’hui dans un état d’abandon. La propriété n’a pas été entretenue depuis de nombreuses années et la végéta-

0 km

6 km

12 km

Route principale ; Route secondaire ; Route locale tion de petit et moyen développement commence à envahir le site. La problématique majeure est d’implanter une ferme écologique où les exploitants développent les pratiques agricoles et pastorales ancestrales. L’impact des infrastructures sur l’environnement doit être minimisé et un véritable plan de gestion annuel doit être élaboré. En plus des espaces cultivés et pâturés, le projet comprend l’implantation de structures habitables dédiées au tourisme vert. La ferme n’est pas une simple exploitation agricole mais un véritable laboratoire agronomique et pédagogique. Les touristes seront impliqués dans le travail quotidien de la ferme et participeront aux récoltes et productions alimentaires. Les produits de la ferme doivent permettre une certaine autonomie et ainsi minimiser l’importation de denrées venues du continent. 55


Lovra Ruja et son paysage environnant lago di Liscia la

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12

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St.zo Lovra Ruja

8 9

11

St.zo Fiuredda

10

F. ta Riu Piatu 5

Museo etnografico Galluras

7 6

3 St.zo Magiuchena M. Giu Santo

1 SP 136

Voie ferrée Route communale et voie secondaire Chemin agricole et privé 0m

50m

100m

Fermes et villages Cours d’eau

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Rapport de stage Integrated design 2010

LA TELEFERICA 2

4 St.zo Culiri

ad

a


•1

•2 river side

•3 railway bridge

•5 view in direction of “F. ta Riu Piatu”

•6 view in direction of “St.zo Fiuredda”

•7

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•4 view of the valley “la Teleferica”

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•21


Diagnostic & programmation

Nous avons développé une démarche similaire à celle qui est abordée en atelier de projet à l’Ensnp pour répondre aux problématiques soulevées. Disposant seulement d’une semaine pour concevoir le projet, nous nous sommes répartis équitablement les tâches et les secteurs à couvrir. Après quelques jours d’analyse de site nous avons commencé à formaliser le projet et à développer les concepts agronomiques. étant novice dans certains domaines, nous nous sommes attachés à prendre du temps pour les phases de recherche et de documentation. Le projet Lovra Ruja nous a permis d’exploiter notre démarche dans sa totalité pour ainsi développer un projet cohérent et complet.

• Limites naturelles du site

• définition des espaces

Espace jouxtant la ferme principale Espace séparé de la ferme principale

12

21 20

19 13 18

16 14

15 17 8 9

10

• les liens au paysage Ferme principale bordée d’une végétation dense Partie nord connectée au lac par des points de vue ouverts Zone centrale élevée, en relation avec la ferme principale et le paysage environnant Zone offrant des points de vue sur le sud de la vallée Zone à proximité du cours d’eau Zone ouverte sur la vallée

• qualification des espaces Ferme principale, centre d’accueil des touristes Jardin potager clos, exposé sud Verger protégé des vents du nord, exposition sud Zone d’habitat léger ouverte sur le paysage Coteau exposé sud dédié à la vigne Pâture principale

• les accès


Lago di Liscia

des parcours itinérants autour de lovra ruja Sant’ Antonio di Gallura

Propriété Lovra Ruja

Museo etnografico Galluras Villages et fermes

N 0

Route principale ; route secondaire

Notre approche du site ne s’est bien entendu pas arrêtée aux limites de propriété. Le territoire de Lovra Ruja est défini par des éléments naturels tels les boisements denses de Quercus et d’Oleaceae, la rivière Badu Pitrosu constitue une barrière naturelle qui isole la propriété et lui donne ce caractère insulaire. Les espaces ouverts, qui étaient autrefois occupés par le pâturage constituent les zones à aménager et à cultiver. On observe deux caté-

100 200m

Chemin carrossable

gories d’espaces : ceux en périphérie de la ferme principale et ceux qui la jouxtent. Les zones périphériques sont destinées à être cultivées ou pâturées alors que les espaces situés à proximité des bâtiments sont dédiés à l’habitat et au maraîchage. Le site est localisé sur les hauteurs, offrant ainsi des points de vue sur le lac et la vallée, une qualité paysagère à considérer lors de l’implantation des structures habitables. Les accès à la ferme principale ont été

modifiés afin de favoriser des déplacements cohérents au sein de la propriété. Lovra Ruja constitue un lieu stratégique pour développer des parcours autour du lac et à la découverte des monuments présents à proximité du village de Sant’Antonio di Gallura.

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Lovra Ruja, un camping à la ferme productif • plan masse et définition des espaces cultivés

Ferme principale (réception et auberge)

Jardin potager

Zone de marché et magasin

Chèvrerie

Pâturage Zone d’implantation des structures géodésiques Verger

Vignes

Boisements

Chais et cellier

* Om

60

Plan masse réalisé par Marion Godiard

50

100

Rapport de stage Integrated design 2010


La ferme principale et le jardin potager

Les ressources en eau sont limitées. Il est donc préférable d’utiliser des légumes nécessitant peu d’eau. Les espèces suivantes peuvent ainsi être cultivées au potager de Lovra Ruja, mais la liste n’est pas exhaustive:

2 3

4

Artichaut Fève Betterave Topinambour

1

Ail Oignon Carotte Pomme de terre Les espèces suivantes ont besoin de plus d’eau mais apprécient d’être placées en plein soleil :

5

Tomate Melon Courge Herbes aromatiques

(thym, estragon, basilic, persil, verveine, menthe)

0

La ferme principale est l’espace d’accueil dédié aux visiteurs. Un restaurantauberge offre la possibilité de savourer les produits locaux cultivés dans la propriété. L’espace central situé entre le magasin et la ferme permet l’implantation d’un marché éphémère regroupant les différents producteurs de la région. Pour minimiser l’impact visuel et sonore du parking, les emplacements sont organisés en terrasses de 3 niveaux.

*

10

20m

Plan masse et concepts agronomiques définis par Marion Godiard

1. Ferme principale et auberge, accueil des visiteurs et vente des produits de la ferme 2. Magasin et zone de stockage

La rotation des cultures prévient les maladies et permet de diversifier le type de légumes. Les végétaux cultivés sont vendus, consommés ou stockés par les exploitants.

Organisation du potager et rotation : • surface exploitée : 1300 m2

3. Parking paysager 4. Espace dédié au marché 5. Jardin potager

61


la chèvrerie et la rotation des pâtures • Zone de pâture principale

• Le troupeau est constitué d’une trentaine de chèvres au maximun ; 20 chèvres/Ha évite le surpâturage.

• rotation du pâturage

Belvédère sur le lac

• Superficie de la zone de pâture : 1,5 Ha

Chemin menant au lac

• Espèce sarde = chèvre rustique adaptée au climat local

Riu Badu Pitrosu

• Production de lait (‘casu axedu’), fromage et viande des jeunes chevreaux. • Chèvrerie adaptée pour la visite et le grand public.

Principes de rotation

Chemin d’accès à la ferme principale

• 9 mois de pâturage

N

• En basse saison touristique les chèvres pâturent l’ensemble de la propriété.

N

Chèvrerie

Pâture principale

Parking visiteurs

Autres zones de pâtures

Zone de pâture Boisements Zone rocheuse Chemin carrossable Voie ferrée 62

Rapport de stage Integrated design 2010

Plan possible de bergerie (40 bêtes maximum)

• Taille de l’herbe avant pâturage : 9 à 12 cm • Taille de l’herbe après pâture : 6 à 7 cm • Temps de pâturage (pour une parcelle): 6 à 24 jours • Temps de mise en repos de la parcelle: 10 à 60 jours


le vignoble de Lovra ruja

A proximité de la ferme on trouve le vignoble de Lovra Ruja. La parcelle est délimitée et protégée par un mur de pierres sèches. Les vignes installées sur le coteau sont orientées plein sud et sont à l’abri des vents du nord. La terre est labourée courant JanvierFévrier. Les sillons tracés font 80 cm de large et sont séparés d’environ 1,5 m. Les vignes sont suspendues et maintenus par des armatures métalliques. Les mois d’avril-mai correspondent à la période de taille. On utlise généralement des outils locaux comme le «roncola», «putaiola» ou «palettatura». Le mois de mai est la période où le vigneron élague les jeunes rejets. Les mois de septembre-octobre voient les vendanges arrivés à grand pas. C’est une période de travail intense est très importante pour la production future du vin. Les vendanges sont une période de recrutement de la main d’oeuvre saisonnière. «Lu calcicatógghju» est la terminologie sarde désignant le pressoir. Le moût est ensuite laissé fermenté quelques temps avant d’être placé en décantation dans les fûts. Différents cépages locaux peuvent être cultivés, produisant ainsi une gamme plus large de vins de table.

• superficie du vignoble : 1,05 Ha • Production de 2500 bouteilles par an

Le Vermentino di Gallura La Vernaccia La Malvasia 63


le verger

Avant de constituer un verger il est important de considérer la taille et la forme des arbres. Toutes les espèces n’ont pas la même morphologie. Les pommiers et les cerisiers ont plutôt un port étalé, dense et irrégulier alors que le poirier à un houppier pyramidal. Les pommiers n’atteignent pas plus de 12 m alors que les pommiers et les cerisiers peuvent pousser jusqu’à 15 m. On observe différentes forme de houppier chez les fruitiers : les arbres de plein vent les arbres de port libre Il faut noter que les arbres de plein vent n’ont pas besoin de support. Les fruitiers sont classés selon la taille de l’arbre. Les arbres de port libre ont besoin d’être taillé tous les 3-5 ans. Les arbres taillés ont besoin d’un suivi régulier pour maintenir un houppier convenable. Les arbres palissés, contrairement aux arbres de plein vent nécessitent un support rigide pour leur développement (mur, tuteur...). On trouve une grande variété d’arbres palissés : les arbres palmés comprenant la forme simple en U, le chandelier, le double U, le port horizontal, le port oblique et le double port oblique. les arbres cordés comprenant la forme horizontale simple, la forme horizontale double.

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Rapport de stage Integrated design 2010

Un vaste choix de plantations est préférable, cela permet de prévenir les maladies dévastatrices et ainsi préserver la totalité des sujets. On préfèrera les espèces suivantes pour le verger de Lovra Ruja : • Citronnier • Amandier • Noyer • Abricotier • Prunier • Olivier • Pommier • Poirier • Cerisier La meilleure période de plantation se situe juste avant l’hiver. Certaines distances sont à respecter entre chaque sujet : 6 à 8 m pour les pommiers 6 à 8 m pour les poiriers 6 à 8 m pour les cerisiers 12 à 15 m pour les noyers Le verger a besoin d’être implanté sur le coteau exposé sud, à l’abri des vents froids du nord. Il doit être installé dans un espace ouvert et bien aéré. Les zones humides et ombragées ne sont pas recommandées. Il est préférable de constituer un système de haies bocagères en périphérie du verger. La haie protège les arbres fruitiers des aléas climatiques et accroît la biodiversité locale. Ainsi on héberge des prédateurs naturels qui préviennent les attaques d’insectes et les virus dévastateurs.


habitat plume à lovra ruja

Les structures habitables géodésiques sont installées sur les zones ouvertes offrant des points de vue intéressants sur le paysage environnant la propriété. L’intérêt de l’utilisation de cet habitat plume, comme le nom l’indique, consiste à minimiser son impact sur l’environnement. En effet la structure géodésique ne nécessite pas de fondations particulières, uniquement d’un terrain plat et stable. Un système de toilettes sèches est implanté à l’extérieur des habitations. Le résultat des toilettes sèches est réutilisé en compost biologique après deux ans de décomposition organique. Cet habitat plume est d’autant plus avantageux car il n’implique pas de dépenses exorbitantes et est facilement démontable. La structure est constituée d’une triangulation de bois, pouvant être du châtaignier, espèce locale en Sardaigne.

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5. Bibliographie & sitographie • Clément Catherine : Promenade avec les dieux de l’Inde ; éd. du Panama, Collection Point_Sagesse • Krishen Pradip : Trees of Delhi ; A field guide ; éd. DK : 2006 • Filliozat Vasundhara : Hampi Vijayanagar, Histoire et légendes ; éd. Âgamât ; novembre 2004 • de Meudler Bruno : Water Urbanisms/ ufo1_ Urbanism Fascicles OSA ; SUN édition ; 2008 • Settar S. : Hampi, a medieval metropolis ; Kala Yatra éd. • Singh Sarina : Inde du Sud ; éd. Lonely planet ; 2009 • Vedel Helge : Trees and shrubs of the mediterranean ; Penguin nature guides ; 1978 • Bangalore : Bangalore, la ville paradoxe, ANOORADHA IYER / SIDDIQI, Urbanisme ISSN 1240-0874 • mapsofindia.com • www.inde-en-ligne.com • http://metropoles.revues.org/document442.

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Rapport de stage Integrated design 2010


Ces trois mois passés à Bangolre au

Remerciements : Mohan et toute l’équipe d’INDé pour nous avoir offert cette expérience professionnelle très formatrice. Marion pour sa joie de vivre en tant qu’excellent binôme de travail. Jitesh et Shiva pour leur hospitalité et leurs conseils de guide urbain.

sein de l’agence d’Integrated Design sont bien plus qu’une expérience professionelle. L’immersion indienne nous a plongés dans une jungle dense et d’une extrême richesse. Nos sens en alerte permanente ont goûté une vie nouvelle, où la culture indienne vous berce au quotidien. INDé nous a offert l’opportunité de travailler sur des projets de paysages aux problématiques multiples. Cette pluridisciplinarité aura été plus que formatrice, elle a ouvert de nouvelles pistes d’intérêt dans notre parcours professionnel. L’Inde ne m’aura pas rendu indifférent et ses habitants laissent une empreinte indélébile dans ma mémoire. 67


Rapport de stage INDé