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≈ Sommaire ≈ Édito « transmettre une idée de l'agriculture » ≈ « Je n’aurais pas pu céder ma ferme à une autre personne », Gildas guiavarch, maraîcher dans le finistère ≈ « Ce qui est vraiment important, c’est d’installer des jeunes », Philippe Colleu, Producteur de porc en Ille-et-Vilaine ≈ « On n’a pas le droit de vendre du vide », Monique et Gérard Colléaux, Producteurs de lait dans le morbihan ≈ « Un savant mélange de tolérance et d’exigence », René Kermagoret, Maraîcher dans le morbihan ≈ « Je fais en sorte que Grégory ait une reprise sécurisante », Alain Kervellec, légumier dans les Côtes-d'Armor ≈ « Il ne faut pas chercher à faire une bonne affaire sur le dos du repreneur », Michel Jack, Éleveur laitier dans les Côtes-d'Armor ≈ « Installer des jeunes en bio, c’était ce qu’il y avait de mieux pour nous », Evelyne et Joël Hoguet, Éleveurs laitiers et de volailles de chair en Ille-et-Vilaine ≈ « Il m’a fallu évacuer l’idée de l’échec », Jean-Yves Saffray, Polyculture - Élevage en Ille-et-Vilaine ≈ « Quand un jeune arrive sur une ferme, c’est un cerveau qui arrive », Annie et Jean-Yves Guillou, Polyculture - Élevage dans le Finistère ≈ « Michel refusait que son installation passe par un agrandissement », Josée Le Bars, Polyculture - Élevage dans le Finistère ≈ Quels outils pour transmettre ma ferme ? ≈ Gérer le foncier ≈ Comment estimer sa ferme et construire son prix ? ≈ Une transmission réussie de A à Z

Une publication du réseau GAB - FRAB : Imprimé par Gueutier - Cesson Sévigné [35] - sur papier recyclé N° ISBN : 978-2-915631-33-3 Création / conception : Agrobio 35 Rédaction : FRAB ( Antoine Besnard ) Crédits photos : Agrobio 35 ( Matthieu Chanel ) Achevé d’imprimé en décembre 2013 Toute reproduction totale ou partielle est interdite sans l’accord exprès de la FRAB Pour commander ce document, contactez : Fédération Régionale des Agrobiologistes de Bretagne ZI Sud-Est - 17, rue du bas village - CS 37725 35577 Cesson Sévigné Cedex T 02 99 77 32 34 www.agrobio-bretagne.org Itinéraires de transmission | Page 2


édito Transmettre une idée de l’agriculture ! la transmission j' y pense … et puis j' oublie ! En effet ce n'est pas le sujet auquel on pense spontanément ni au moment de l'installation ni durant sa vie active. Ce n'est souvent qu'en dernière minute (dans les 2 – 3 années avant la retraite) qu'on l'envisage. Pourtant, anticiper sa transmission c'est se préparer mentalement à une nouvelle vie, c'est réfléchir au devenir de sa ferme et forcément c'est un tas de questions qui se posent alors : Qui est concerné par la transmission de ma ferme ? Mon conjoint ? Mes enfants ? Ma famille ? Mes voisins ? Mes propriétaires ? Mon repreneur, que je l’ai trouvé ou non ? Transmettre c’est les associer à sa décision, déminer parfois le terrain devant ses voisins qui rêvent d'agrandissement ; cheminer ensemble et prendre le temps de le faire, de poser les choses à plat. Transmettre, c’est trouver une alchimie délicate et fragile. Il faut préparer le terrain, accompagner sans étouffer, et céder la place en restant disponible au moment venu. Ce n’est pas facile, mais c’est faisable. C’est ce que nous démontrent les dix témoignages de ce guide. On estime qu’environ 20% des fermes bio seront à transmettre dans les 5 ans. Les cédants doivent y penser dès maintenant. Y penser pour faire que chaque ferme bio transmise demeure une ferme bio, en parler pour que demain des fermes conventionnelles transmises deviennent des fermes bio. En effet certains paysans estiment que leur ferme est non transmissible car trop petite, pas aux normes, pas rentable... Pourtant, les porteurs de projet et les nouveaux installés nous prouvent au quotidien que l'on peut imaginer sa ferme autrement. Nous, paysans en activité, nous avons un véritable rôle de sentinelle à jouer pour créer du lien entre porteur de projet et cédant et éviter ainsi que les fermes ne partent à l'agrandissement. Ce guide est là pour montrer que chaque transmission est unique et que n’importe quelle ferme peut devenir une ou plusieurs fermes bio. Tout cela implique de ne pas bâtir de plan sur la comète, de ne pas avoir trop d’idées préconçues. La transmission implique d’autres personnes et ce recueil souligne à quel point la relation humaine est la clé d’une transmission réussie. Tout comme l’acceptation qu’un jour, notre ferme ne nous appartiendra plus. Pour apporter des réponses aux questions soulevées par la transmission, le réseau GAB-FRAB est là pour vous accompagner, trouver des solutions adaptées et innovantes. Avec une philosophie simple livrée par François Berrou, animateur à l’AFOCG : « Le plus important dans l'accompagnement est de donner confiance aux futurs transmetteurs que le chemin va se faire en avançant. Certains voudraient que tout soit clair avant de se lancer. Alors qu'en fait, il faut commencer à marcher pour que le chemin s’éclaircisse. Pour chaque étape, le cheminement prend du temps. » Jean-paul Gabillard Président de la FRAB *Association de formation collective à la gestion

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∏ Quand avez-vous envisagé de céder votre ferme et pourquoi ?

Transmettre à sa Salariée

La maraîchage, c’est un boulot de fou. J’en avais marre de courir partout, de ne pas prendre de vacances et de faire des semaines de 70 heures. J’aurais pu rester comme ça avec des salariés. J’ai beaucoup aimé ça, j’ai bien gagné ma vie, mais c’est un métier très physique et arrivé à un certain âge, on est plus lent, et le temps dans ce métier, c’est de l’argent. Mes meilleures années sont derrière moi et il n’y a pas que le maraîchage dans la vie, donc j’ai décidé de céder il y a deux ans et demi. Sans plan particulier. J’ai toujours fonctionné comme ça. Je ne peux pas quitter un boulot pour un autre donc je me suis dit, j’arrête et après je verrai.

GILDAS Guiavarch " Je n’aurais pas pu céder ma ferme à une autre personne "

∏ Donc ça n’était pas calculé de reprendre une activité salariée une fois la transmission effective ?

La campagne à la ville. C’est là, à Concarneau, que Gildas Guiavarch s’est installé en 2000. Il a cédé sa ferme maraîchère au 1er janvier 2013 pensant souffler un peu. Le travail a pourtant rattrapé ce bosseur acharné et jovial, qui est devenu encadrant dans un jardin de Cocagne à Quimper en septembre 2012.

Je pensais prendre des vacances. Mais j’ai été sollicité pour monter un jardin de Cocagne à Quimper. J’ai dit oui parce qu’il y avait tout à faire et j’ai commencé en septembre 2012. Donc j’ai gardé un rythme de fou. Là je suis très occupé, car on est en train de lancer le projet. Mais l’activité va diminuer très vite pour prendre un rythme de croisière. Déjà, le fait de travailler 4 jours par semaine m’a fait me poser des questions sur mon rapport au temps. J’ai tourné en rond, j’ai agrandi ma maison. Je me sens un peu perdu et je vais devoir réapprendre à avoir du temps pour moi. C’est pourtant ce que je voulais avoir du temps pour moi. Je m’y étais préparé en prenant tous mes weekends depuis trois ans, mais ça fait bizarre. C’est aussi compliqué de travailler beaucoup que de ne pas travailler beaucoup. Il n’y a pas un côté plus facile que l’autre. Je n’ai pas peur, je n’ai peur de rien. Si ça ne me plaît pas je changerai. En septembre prochain, ce sera le creux total. On m’avait prévenu, on m’avait demandé si je n’avais pas peur de m’ennuyer. Je dois apprendre, apprendre sur moi.

Concarneau | Finistère Age : 48 ans Installation : 2000 Cession : 1er janvier 2013

SAU : 2 ha.

2500 m2 de tunnels

Commercialisation : en vente directe [ marché,paniers et magasin spécialisé ]

2,5 UTH

∏ Vous découvrez des nouvelles facettes de votre personnalité en redevenant salarié ?

Chiffre d’affaire : 65 000 €

Ici, je « gueulais » quand ça n’allait pas parce que c’était mon business. Dans mon nouveau boulot, je ne peux pas faire ça. On n’est pas dans une logique de rentabilité. On est deux encadrants pour bientôt 18 personnes sur une parcelle aussi grande que sur la ferme. Ce sont des gens en difficulté, au RSA, qui sont en attente, qui ont envie d’apprendre et d’être formés à un métier. Mais ça permet aussi de mettre la bio en avant, d’avoir cette action de promotion que je n’avais pas forcément le temps de faire sur la ferme. Là-bas aussi, j’apprends tous les jours.

EBE : 24 000 €

≈ Ferme après cession : même système ≈ Repreneuse : Gwénaëlle Le Sant

2000

HISTORIQUE Installation de Gildas Itinéraires de transmission | Page 4


Coût de la Transmission Vente du matériel

50 000 €

2 tracteurs, semoir et outils pour le maraîchage + remorque pour les marchés et tunnels.

location des terres

1 400 €/ an

pour les terres et le hangar

3 500 € Camionnette

∏ Pour revenir à la transmission, comment ça s’est déroulé à partir de votre prise de décision ? Gwénaëlle était ma salariée depuis 2008. C’est ma petite sœur de cœur. Elle a vraiment beaucoup bossé ici et c’est normal que ce soit la première à être servie. Je ne pense pas que j’aurais pu vendre à quelqu’un d’autre. Dans une transmission, tout va très vite. Il y a beaucoup d’argent en jeu. Mais c’est très compliqué, car ma ferme c’est mon petit bébé. ∏ Vous avez un fils, il ne voulait pas reprendre la ferme ? Au moment de la reprise, mon fils était également salarié sur la ferme et il a beaucoup discuté avec Gwénaëlle sur l’opportunité de monter un GAEC avec elle. Il était vraiment bon, il avait une grosse niaque mais à 20 ans, il était jeune et il avait envie de profiter avant de s’impliquer dans un projet comme celui-ci. Je ne l’ai pas poussé. Au final, le compagnon de Gwénaëlle, qui a été licencié de son entreprise, pourrait se greffer sur le projet. Ils ont l’air heureux. ∏ Et le jour J, ça a été particulier ? Non, il y a eu une vraie continuité. J’ai pris mon nouveau poste à Quimper en septembre 2012, soit 4 mois avant la transmission définitive. J’avais tout fait et mis en place au niveau des cultures pour que l’automne et le début de l’hiver se passent bien pour Gwénaëlle. Ça lui a libéré l’esprit et puis comme ça elle pouvait préparer son installation sereinement. Elle était complètement autonome tout en ayant le confort matériel du salarié.

∏ Vous êtes resté habiter sur place, ce n’est pas trop dur à vivre au quotidien ? J’ai hâte que ma haie pousse pour ne plus voir les tunnels (rires). Je le vis bien. J’ai agrandi mon jardin pour avoir plus d’espace car la ferme est juste derrière la haie. Désormais, ce qui se passe derrière la haie ne me regarde pas du tout, ce n’est plus chez moi. Avec Gwénaëlle, on se voit quand elle me le demande pour faire des ajustements à tout niveau. J’ai toujours eu une gestion transparente des choses, les salariés étaient au courant de tout, y compris des comptes, du 1er au dernier mois de l’année. Je vais faire un petit tour au champ de temps en temps et si je vois un truc qui cloche, je vais le dire. Après, ils font ce qu’ils veulent, c’est tellement évident. Et en termes de coût, si j’avais vendu la maison avec la ferme, ça aurait été hors de prix et j’aurais eu du mal à trouver un repreneur. ∏ Quels écueils avez-vous rencontré au cours de la transmission ? Aucun. Pourtant, autour de moi, je ne connais pas une transmission qui se soit bien déroulée. Gwénaëlle connaissait bien la ferme et la clientèle. Il y a eu une frayeur sur la place de marché. Il fallait qu’elle soit salariée depuis 2 ans pour en bénéficier en tant que repreneuse, sauf que le stage et le PIDIL n’étaient pas pris en compte ni le congé maternité, donc ça a été un peu juste, mais elle a gardé la place, qui est une super place. Pour les clients, c’était une reprise normale. Certains lui demandent encore où je suis. Si je devais le refaire, je ne changerais absolument rien. Maintenant, c’est fait, c’est fait.

ZOOM " Au final, c’est mieux que mon idée de départ " Gwénaëlle Le Sant, 34 ans : « Tout s’est vraiment très bien passé. Comme Gildas n’était plus présent dès le mois de septembre, j’ai pu me préparer au fur et à mesure. J’avais un super emplacement de marché et aucune énergie à dépenser dans la recherche de débouchés, ce qui est un vrai plus. Je me suis posée des questions par rapport à la charge de travail car je voulais aussi avoir une vie de famille et avoir du temps avec ma fille. Finalement on a trouvé une organisation et j’arrive à avoir mes week-ends. Ce premier printemps est compliqué et stressant au niveau de la météo. Mais je sais que si j’ai un souci, Gildas est à côté. Quand j’ai un doute c’est rassurant. Je n'en abuse pas mais quand on est dans le rush on ne peut pas tout voir et on peut voir tout en noir. On a la chance de s’entendre à merveille. Déjà, quand on travaillait ensemble, on mangeait ensemble le midi. C’est rassurant pour la suite. J’ai embauché un salarié pour la saison et je vais intégrer Sébastien, mon compagnon, dans le projet, ce qui est une autre aventure. Le système va rester tel quel pour l’instant, mais à long terme, j’aimerais avoir un salarié à l’année pour pouvoir prendre des vacances en famille. Au final, c’est mieux que mon idée de départ. »

∏ Vous n'avez jamais eu de doute ? J’avais une entière confiance en Gwénaëlle. Ici, tout le monde a toujours fait de tout. J’ai toujours voulu que les salariés sachent accomplir toutes les tâches, ça permet d’avoir des travailleurs compétents et ça les valorisent. En cas de souci, ils sont aptes à prendre les décisions qu’il faut. Ça prend plus de temps à expliquer, mais une fois que c’est acquis, ça roule. Je le vois aussi dans mon nouveau boulot. Au final, les gens bossent mieux. ∏ Si vous aviez un conseil à donner à un cédant, que lui direriezvous ? Il faut qu’il soit prêt et qu’il trouve la bonne personne. Et surtout qu’il ne mette pas son nez dans les affaires de la ferme, sinon, ce n’est pas la peine.

2008

2009

2012

2013

Arrivée de Gwénaëlle

PIDIL au mois de septembre

Gildas reprend un emploi salarié à Quimper

Transmission définitive

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Permettre plusieurs installations en bio sur une ferme conventionnelle

Philippe COLLEU " Ce qui est vraiment important, c’est d’installer des jeunes " Producteur de porcs en conventionnel à Chavagne, Philippe Colleu aurait pu céder sa ferme à ses voisins désireux de s’agrandir. Il a pris le contre-pied et décidé de favoriser l’installation progressive d’agriculteurs biologiques sur différents systèmes, avant de partir définitivement à la retraite en décembre 2014. Président de CUMA pendant 20 ans, il est également un pourfendeur de la course au suréquipement individuel.

chavagne | ille-et-vilaine Age : 63 ans Installation : Avril 1975 Cession : début 2011, transmission définitive le 31 décembre 2014

SAU : 80 ha.

1 UTH

Commercialisation : coopérative

Chiffre d’affaire :

≈ Évolution du système en

≈ Chiffre d’affaire :

2007 : engraissement et

37 000 € en porcs et 70 000

post sevrage pour le CFPPA

à 90 000 € en céréales en

du Rheu.

fonction des cours.

500 000 € jusqu'en 2007

≈ Ferme après cession : maraîchage

≈ Ferme après cession : céréales

≈ Repreneurs : Jean-martial morel et julien rondouin

≈ Repreneur : Guillaume aveline

SAU : 4 Ha

débouchés : AMAP

CA : 122 000 €

CA : 60 000 €

Revenu net : 1 200€ chacun

EBE : 45 000 €

∏ Quel a été votre itinéraire de transmission ?

∏ Pourquoi avoir décidé de transmettre à des agriculteurs bio ?

En 2007-2008, j’ai mis 2 hectares à disposition d’un maraîcher, Jean-Martial Morel, qui était responsable de formation au CFPPA du Rheu. Il voulait s’installer et je le connaissais bien. Ça lui a permis de commencer à mettre son système en place tout en continuant à travailler à mi-temps. En 2011, il a été rejoint par un second maraîcher Julien Rondouin. Jean-Martial est en train d’installer son fils pour monter une troisième AMAP. Parallèlement, Guillaume Aveline s’est installé sur le cœur de la ferme en 2010 : 46 hectares en grandes cultures. Son père, qui avait une ferme voisine, en bio depuis les années 50, est décédé il y a quelques années. Après des études de dentiste, il a finalement décidé de reprendre la ferme familiale de 34 ha, contre toute attente, et je lui ai proposé de reprendre les terres qui me restaient. Je vais arrêter complètement mon activité d’ici fin 2014, mais je veux continuer ma démarche, notamment en accompagnant un nouveau projet d’installation de 300 à 400 chèvres bio sur la ferme. Une partie de mon atelier porc était sur paille, ce qui laisse un espace disponible de 1000 m2 sur la ferme, ainsi qu’une fumière couverte de 600 m2 et un silo pour maïs humide. Un dossier a été déposé auprès d’une laiterie pour faire 300 à 400 000 litres de lait par an.

Si je ne transmettais pas en bio, ma ferme partait à l’agrandissement des voisins. La vendre aux voisins, c’était la solution la plus simple et il y avait pléthore de candidats. J’aurais pu la vendre à un très bon prix, mais j’ai une situation confortable et ma volonté était d’installer un jeune avant tout. Je sais que je n’ai pas été un modèle, mais je défends plusieurs agricultures et pas une seule. Je suis également sensible à la préservation de l’environnement, que j’ai souvent défendue au sein de la CUMA. Chacun a le droit de développer l’agriculture qui lui correspond. Je suis un perfectionniste et ce qui m’intéresse, c’est que les systèmes soient performants. Je remarque que les meilleurs rendements économiques ne sont pas forcément

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1975

HISTORIQUE ∏ Installation en cadre familial, sur une ferme en polyculture élevage pour faire du porc en conventionnel


Coût de la Transmission Vente du matériel

70 000 €

Tracteur et système d’irrigation

location des terres

140 €/ an /HA

chez ceux qui produisent le plus. Je savais aussi qu’en transmettant à Jean-Martial, Julien et Guillaume, les systèmes seraient performants écologiquement et économiquement. D’ailleurs, si j’avais été éleveur laitier, je pense que je me serais converti en bio. ∏ Vous avez assuré la conduite des cultures lors de la première année de conversion de Guillaume, comment ça s’est passé ? La femme de Guillaume travaillait en Allemagne et attendait un enfant. Il voulait logiquement être auprès d’elle, donc je lui ai proposé de faire sa première année de conversion bio, car ça lui faisait gagner du temps. J’ai galéré, car c’est extrêmement dur de faire des céréales en bio. Ici, les terres sont très hétérogènes et très sableuses et c’est déjà dur de faire des céréales en conventionnel. En bio, il faut être très précis sur les itinéraires techniques, être rigoureux et passer le bon outil le jour J. Je m’en suis bien sorti sur le blé car le printemps a été très sec, ça a été plus compliqué sur le maïs. ∏ Ça a pesé sur votre relation ensuite ? Avec Guillaume, on a une bonne relation, mais elle a été bancale au début car nous étions dans une organisation expérimentale. Ça a été un peu délicat, car c’était moi qui avait conduit les cultures et que le chiffre d’affaire était pour lui, avec les risques que ça comportait étant donné que c’était lui qui supportait les charges de la ferme. Sans compter qu’on est un peu à cran quand on débute. En plus, je n’avais pas compté une annuité de 10 000 ¤ dans les charges, ce qui a un peu perturbé les choses. On a discuté assez fort dans le bureau du comptable et après c’était réglé, on est passé à autre chose. On a tous les deux un fort tempérament, on dit ce qui doit être dit, quitte à s’engueuler, et puis on passe à autre chose.

1985 ∏ Rachat des bâtiments au propriétaire

2007

∏ Comment se passe la cohabitation des systèmes sur place ? Ça se passe bien. Guillaume est très carré. Un peu comme moi. Les maraîchers sont très bons techniquement mais je trouve qu’ils ont un peu tendance à rester en situation de dépendance. Par exemple, ils tirent l’eau de mon puits pour leur système d’arrosage. Je les ai prévenus qu’en cas d’année sèche, ils n’auraient pas d’eau. Ils ont eu de la chance d’avoir vécu uniquement des étés humides jusqu’ici, mais j’ai dû me fâcher pour qu’ils fassent une réserve. Ils l’ont faite, mais je ne sais pas si 300 000 litres c’est suffisant, et ils comptent sur Guillaume pour la remplir. De même, comme j’irriguais mon maïs, ils en profitaient car je mettais un petit coup sur leurs légumes plein champs, ce qui leur a permis d’avoir des superbes récoltes. Maintenant c’est Guillaume le chef, donc il va falloir qu’ils s’arrangent entre eux. Et s’il y a un atelier chèvre qui se monte, ils vont devoir se réorganiser car le matériel de maraîchage est rangé dans l’espace dédié à ce futur atelier. Donc il va falloir que chacun s’adapte aux autres. ∏ Vous habitez sur place, vous verriez vous vivre ailleurs ? Je suis né ici. J’ai du mal à lâcher, c’est ma passion. Après, il faut bien partir un jour. Mon père a arrêté à 55 ans, certes pour des raisons de santé, mais il est parti habiter ailleurs, donc ça prouve que c’est faisable. En partant à la retraite progressivement, je me prépare. Je suis passé de 70 à 80 heures par semaine en 2006, à 35 h en 2009, et 10 h par semaine aujourd’hui. Avec Guillaume, on travaille quasiment ensemble et les discussions sont riches avec tous les installés. ∏ Quel conseil donneriez-vous à un agriculteur qui souhaite céder sa ferme ? Ce n’est pas facile de donner des conseils, il y a tellement de paramètres dans la tête des agriculteurs. Dans mon esprit, ce qui est vraiment important, c’est d’installer des jeunes. Et comme j’ai été président de CUMA pendant 20 ans, j’ai une marotte, qui est celle d’empêcher les agriculteurs, bio comme conventionnels, de s’équiper individuellement, car en procédant de la sorte on s’endette et on s’isole. Avant, il y avait la messe, le syndicat, aujourd’hui, il y a très peu d’endroits de discussion. Ma réflexion est donc qu’en partageant le matériel, plus on bosse, plus on se voit. Et mieux vaut une CUMA suréquipée qu’une ferme suréquipée, car une ferme suréquipée est impossible à transmettre.

2010

∏ Évolution du système : ∏ Mise à disposition de terres pour ∏ Installation de Guillaume Aveline engraissement et post sevrage Jean-Martial Morel en vue d’une installation sur 46 ha en grandes cultures pour le lycée du Rheu progressive en maraîchage bio.

ZOOM " Je ne sais pas si beaucoup de conventionnels auraient fait ce qu’a fait Philippe " Guillaume Aveline, 27 ans, grandes cultures bio : « Mon projet initial était de m’installer à Laillé au sein d’un GAEC laitier et j’ai d’abord fait la fine bouche en disant à Philippe que je n’étais pas intéressé par ses terres. Le projet est tombé à l’eau et je suis retourné voir Philippe. Mais ça n’était pas simple, car je voulais faire du lait bio et ça nécessitait de revoir sérieusement le projet et d’en parler. Tout mon projet était à revoir et j’ai finalement décidé de faire des céréales. Philippe m’a proposé d’assurer la conversion des terres en bio et je suivais les choses à distance, en rentrant aussi souvent que je pouvais. Je ne sais pas si beaucoup de conventionnels auraient fait ça et accepté de prendre un gadin comme l’a fait Philippe. Si c’était moi qui l’avais fait, les rendements auraient été meilleurs parce que j’avais plus de connaissances. Mais ce n’est que ma deuxième année et je suis encore en apprentissage. Je suis formé pour faire du lait, pas de la culture. J’essaye de rattraper mon retard en faisant un maximum de formations, car la céréale, c’est ingrat, tu peux tout planter sur une saison. Donc je m’appuie beaucoup sur Philippe pour ce qui concerne la qualité des sols. Je sais qu’il va aussi m’apporter son expérience quand j’aurai besoin d’utiliser le matériel d’irrigation. En deuxième année, je valorise mieux ma production et je commence à avoir des contacts en ce sens. Il faut encore travailler pour améliorer le système. Et en ça, l’installation d’un atelier chèvre serait un plus pour moi, pour gagner en autonomie et être moins tributaire des aides. Je réfléchis beaucoup car sur 80 hectares, on devrait être capable de travailler à deux. » Jean-Martial Morel, maraîcher : « La transmission s’est faite avec un bon parrainage de Philippe. Il nous a beaucoup aidés en nous donnant de l’électricité en nous prêtant son hangar, son tracteur, une serre... L’atelier chèvre va nous obliger à faire autrement, ça nous met un petit coup de pression. On va construire un petit atelier. Avec Guillaume, on se croise, mais on n’est pas sur les mêmes tailles d’exploitations, donc on ne court pas dans le même sens. Mais il est présent quand on a des choses à lui demander. »

2011

2013

∏ Installation de Julien Rondouin sur 2 ha en maraîchage

∏ Projet d’atelier ∏ Contrat parrainage-installation de 300 à 400 chèvres en cours du fils de Jean-Martial en maraîchage diversifié

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Transmettre à son fils pour qu'il s'associe

Monique et Gérard Colléaux " On n’a pas le droit de vendre du vide " Gérard et Monique Colléaux ont repris la ferme familiale en 1974 et l’ont transmise à leur tour à leur fils au 1er janvier 2011. Avant ça, ils avaient entamé la conversion de la ferme en 2009, ce qui a permis à Benoit de s’associer et de mettre en place un atelier de transformation à la ferme et la vente directe.

guer | morbihan Age : 66 et 63 ans Installation : 1976 et 1974 Cession : 1 janvier 2011

SAU : 42 ha. 35 VL Commercialisation : circuit long

2 UTH 290 000 L

Chiffre d’affaire : 142 000 € EBE : 60 000 €

≈ Ferme après cession : MÊME SYSTème avec 210 000 l de quota ≈ Repreneurs : Benoît Colléaux (33 ans, fils) et Maxime Quesnel (26 ans, associé) ≈ Changements : Mise en place du GAEC "Les écotones" Création d’un atelier de transformation : riz au lait, yaourts, fromage blanc, crème fraîche. ≈ Commercialisation : circuit long, lait entier et écrémé chez Biolait Vente en circuits courts :Vente à la ferme, marché, amap, épiceries, biocoop, Restauration collective (Crèche, Lycée, maison de retraite, ...), restaurants, boulangerie

de gauche à droite : benoît, monique, gérard et maxime

∏ Comment avez-vous abordé la transmission ? Gérard. On ne s’est jamais trop posé la question. J’arrivais à 60 ans et ma femme était déjà à la retraite. Je n’étais pas à un an près, car je savais que j’allais arrêter à un moment ou un autre, et nous savions que Benoit voulait s’installer. Il travaillait en Normandie, on lui a demandé s’il voulait revenir ou pas, car sinon il fallait qu’on entreprenne d’autres démarches. ∏ A partir du moment où il vous a donné sa réponse, qu’avez-vous fait ? Gérard. Il nous avait dit qu’il voulait passer en bio. On était déjà dans un système herbager, très proche du cahier des charges bio, avec peu de maïs dans la ration des vaches, du désherbage mécanique, du compost... La marche n’était pas très haute, donc j’ai décidé de commencer la conversion pour lui faire gagner du temps. On était partie prenante, donc autant commencer tout de suite. Monique. Nos seules craintes concernaient le traitement des vaches, car on avait déjà eu des problèmes sanitaires et on se posait des questions sur les traitements en bio. Finalement, l’année de conversion Itinéraires de transmission | Page 8

a été celle durant laquelle on a eu le moins de problème. On n’a perdu aucun veau, et ça a incité des voisins à se convertir en bio. ∏ Pour vous, c’était logique que ce soit Benoît qui reprenne la ferme ? Gérard. La vente à quelqu’un d’autre, ça n’aurait pas été la même chose. On aurait réagi différemment. Par exemple, on aurait eu du mal à accepter de vendre à un jeune, puis que six mois plus tard les bêtes partent ailleurs et que les bâtiments ne servent plus à rien. Comme on habite en face de la ferme, on voulait que la maison garde de la valeur, c’est pourquoi on a demandé à ce que ce soit Benoit le propriétaire du corps de ferme. C’est également lui qui loue les terres et les mets à disposition du GAEC. Pour ce qui est de l’estimation de

2008

HISTORIQUE ∏ Benoit fait un Certificat de spécialisation Bio au lycée du Rheu, où il rencontre Maxime, qui propose de s’associer.


∏ Quel a été votre rôle au cours de cette transmission ? Quelle position avez-vous prise ?

Coût de la Transmission Vente totale

location des terres

160 000 €

100 €/Ha/an

Stabulation + garage + fosse + silo : 38 000 € Cheptel : 50 000 € Tracteur : 50 000 €

27 hectares appartiennent à Monique et Gérard, et 15 hectares à une tante. Benoit loue les terres et les met à disposition du GAEC

Matériel divers : 10 000 €

ZOOM

Gérard. Les gens qui ne connaissent pas cette exploitation auraient du mal. Les sols sont très hétérogènes : une partie est humide, l’autre sèche, ils ne se cultivent pas du tout de la même façon en fonction des saisons. J’estimais que j’avais un rôle de conseil, mais que je ne devais pas prendre part aux décisions. C’était plus un partage de connaissances et de formation, notamment auprès de Maxime, qui ne connaissait pas la ferme. La première année est décisive. Les gens qui prennent une douche la première année ne se relèvent pas. ∏ Maintenant que la transmission est effective, vous impliquez-vous dans la vie de la ferme étant donné que vous habitez juste en face ?

Stocks : 12 000 €

la ferme, nous n’avons pas fait appel à un organisme de gestion. On partait du principe que les bâtiments n’avaient pas une grande valeur et on n’avait pas le droit de vendre du vide, c’est à dire des quotas ou des DPU. On a estimé que, en dehors des bâtiments, le cheptel représentait 50% de la valeur de la ferme. Et puis il y avait le tracteur qui était neuf. Monique. La valeur, c’est nous qui l’avons fixée, car ça ne regardait que nous. C’est vrai que la valeur n’est pas du tout la même quand on transmet en cadre familial. Cela aurait pu être compliqué quand Maxime est arrivé. Tout était en place et Maxime n’apportait rien, donc Benoit lui a proposé de racheter le tracteur pour l’apporter au GAEC. ∏ Justement, comment s’est passée l’arrivée et l’intégration de Maxime ? Gérard. On savait que Benoit devait prendre un associé compte tenu de son projet de transformation et de vente directe. Maxime a fait un contrat parrainage-installation avec moi. Ça s’est très bien passé. ∏ Comment avez-vous réagi au projet de développement de Benoit et Maxime ? Monique. C’est leur projet. On a aussi vécu une installation avec les parents quand on s’est installé. Le grand-père était plus malade que les génisses quand elles avaient un problème. Ils appartenaient à une génération qui avait du mal à passer les rênes. Personnellement, je ne me verrais pas aller à la traite maintenant que je suis à la retraite. Et on passe rarement le seuil du laboratoire de transformation.

Gérard. Je donne des coups de main, après ça dépend comment on considère le coup de main. Légalement, je n’ai pas le droit de faire plus de 10 heures par semaine. Et en tant que propriétaire des terres, j’ai choisi d’entretenir les haies. Il y a une aide indirecte aussi, car je prends soin de mon cadre de vie. Je ne supporte pas qu’il y ait des ronces devant la maison. Tout le village fait un effort pour entretenir le cadre de vie. Ça profite aussi à la vente directe quand les gens viennent à la ferme. Et puis, on habite ici, mais si j’habitais à 3 kilomètres, ça ne me ferait rien et ça ne m’empêcherait pas de venir faire un tour de temps en temps. Il y a des associations, on trouve toujours à s’occuper. J’ai été responsable de CUMA toute ma carrière. Ils sont revenus frapper à la porte, si bien qu ‘aujourd’hui, je gère la campagne de semis de maïs et de binage. Ça m’occupe pas mal au printemps. Monique. Indirectement, on fait aussi de la publicité pour la vente directe dans Guer. Mais s’il y avait un problème, je serais assez franche pour le leur dire. ∏ Quel conseil donneriez vous à un agriculteur qui souhaite transmettre sa ferme ? Monique. Il ne faut pas être trop gourmand sur les finances. Ça ne sert à rien de vendre trop de vent, DPU et quota. Ça fait mal au cœur de voir des gens faire des bénéfices sur le dos de jeunes qui s’installent.

" On est meilleur à plusieurs " Benoit : « Dès mon installation j’ai cherché un associé car je considère qu’on est meilleur à plusieurs. Mais cela demande beaucoup de dialogue. Il y avait tout sur place. Je n’avais pas grand chose à proposer à Maxime sur un plan matériel donc mon idée était de lui offrir de s’associer au projet dès le début pour créer un socle solide. Comme l’installation de Maxime s’est faite en différé de 4 mois, je lui ai proposé de racheter le tracteur. Nous avons été accompagnés par un juriste et une médiatrice de la chambre d’agriculture pour gérer au mieux le montage statutaire et la gestion des baux. Nous avons beaucoup discuté et rédigé un règlement intérieur qui répond aux objectifs de chacun. « Comme le contexte est favorable à la vente directe, en 2012, on s’est mis à la recherche d’un troisième associé. On a eu quelqu’un pendant huit mois sur la ferme, mais ça n’a pas abouti. Ce n’est pas évident de trouver quelqu’un qui souhaite s’installer sur ce genre de projet. De notre côté, ça nous demande aussi de casser le socle construit à deux pour en refaire un à trois. Avec le recul, il aurait fallu partir à trois dès le début. »

" Une transmission sécurisée " Maxime : « Lors de la formation au Rheu, j’ai travaillé sur un projet fictif de reprise. Mon projet portait sur une ferme identique à celle de Benoit, et c’était le type de projet que je cherchais. Dans tous les cas, l’association avec Benoit me coûtait moins chère que si je m’étais installé seul. C’était une bonne opportunité pour moi. Gérard m’a très bien accompagné et tous les conseils qu’il nous a donnés nous ont aussi évité de faire des erreurs. Ça a permis une transmission sécurisée. Sur le volet transformation, on a eu la chance de gagner lors d’un concours la mise à disposition d’un atelier pendant un an, qu’on a ensuite loué. »

Gérard. On commence d’ailleurs à le voir avec des artisans qui vendent des fonds de commerce à des prix exorbitants. Il faut aussi laisser le jeune faire son affaire.

2009

été 2010

janvier 2011

mai 2011

2012-2013

∏ Conversion de la ferme en bio. Benoît travaille en tant que bénévole sur la ferme pour préparer son installation.

∏ Stage parrainage-installation de Maxime

∏ Transmission définitive et installation de Benoît

∏ Installation de Maxime comme associé.

∏ Recherche d’un troisième associé

Itinéraires de transmission | Page 9


Transmettre à ses salariés

René Kermagoret " Un savant mélange de tolérance et d’exigence " René Kermagoret s’est installé en 1988 comme maraîcher bio à Merlevenez, puis en 1995 sur la ferme du Hingair, à Kervignac (Morbihan). Travailleur acharné, rigoureux et exigent, il a transmis sa ferme à deux associés le 1er janvier 2013 : Renan Lopin, son salarié depuis 10 ans, et Germain Mahéo, avec qui Renan a décidé de s’associer. Aucun des deux n’avait les moyens de reprendre la maison d’habitation et René est resté habiter sur place. Alors que tout semblait parti sur de bons rails, les relations se sont crispées une fois la transmission effective. Même si chacun souhaitent que celle-ci se fasse dans les meilleures conditions, certaines tensions ont été très vives.

Kervignac | morbihan Age : 63 ans Installation : 1988 Cession : 1er janvier 2013 de gauche à droite : René, Renan et Germain

SAU : 4 ha.

2.5 UTH

2.2 ha de légumes et fruits, 1.8 Ha de prairies pour compost et 1000 m2 de tunnels

Commercialisation : vente à la ferme (15%), Marché à Ploemeur (15%) Biocoop et restaurants (70%)

Chiffre d’affaire : 69 000 € EBE : 14 500€

≈ Ferme après cession : MÊME SYSTème ≈ Repreneurs : Renan Lopin & Germain Mahéo ≈ Changements : achat de plants, d’une herse étrille et d’un cover crop (déchaumeuse), et installation d’un hangar de 200 m2.

≈ Objectif : développement de la vente par internet.

∏ A partir de quel moment avez-vous pensé à transmettre votre ferme et comment cela s’est déroulé ? Cela a été évoqué il y a 4 à 5 ans avec Renan, qui était mon salarié depuis 2003. Ça c’est passé de manière très simple. A l’époque, j’avais deux salariés, Renan à temps plein, et un autre à mi-temps. Renan était partant et il a commencé à se renseigner sur les démarches et les modalités de la transmission. Il était sur place et connaissait déjà le système. Puis, au cours des deux dernières années, il a fait pas mal d’heures supplémentaires et pris en charge la comptabilité afin de s’immerger complètement dans le quotidien de la ferme. Il a fait un inventaire du matériel et on en a fait l’évaluation commune. Cela lui a permis d’évaluer ses besoins et d’apprendre à voler de ses propres ailes. ∏ Comment Germain a intégré le projet de reprise ? Au départ, j’avais dit à Renan qu’il avait intérêt à s’associer, car pour lui, il n’était pas question de travailler 70 heures par semaine comme je l’avais fait à mes débuts. Je me suis dit qu’il fallait que je trouve un Itinéraires de transmission | Page 10

stagiaire, ou une personne en formation pour qu’il ait l’opportunité de choisir quelqu’un. Je voulais être impliqué dans le choix de l’associé, au moins lui montrer ma façon de voir les choses. Début 2010, Germain est passé me voir. Il avait un projet d’installation et faisait le tour des fermes du coin pour trouver du travail. A l’époque, je n’avais rien à lui proposer. En juin, le salarié qui travaillait à mi-temps sur la ferme a eu des ennuis de santé. J’ai proposé un CDD à Germain, qui avait un peu d’expérience, mais beaucoup à apprendre. J’ai laissé les choses se faire. Le courant est bien passé avec Renan, qui lui a rapidement proposé de s’associer avec lui. Il m’a parlé de son choix après avoir fait la proposition à Germain. Je

1988

HISTORIQUE ∏ Installation de René en maraîchage diversifié à Merlevenez


une « cérémonie » de transmission pour les clients. C’est peut-être là que j’ai fauté. J’ai pris toute l’organisation à mon compte. Je dirigeais et j’étais toujours présent, que ce soit pour la préparation de la fête, pour transmettre un document, ou pour la compta car il fallait clôturer les comptes de l’année 2012. Comme il m’avait supporté pendant 10 ans, Renan a un peu « pété les plombs  ». Il m’a dit que ça suffisait, qu’il en avait marre des reproches et qu’il voulait s’organiser à sa façon désormais. La fête a été annulée 2 jours avant sa tenue. Elle a finalement eu lieu début avril, mais il a été question que Renan n’y participe pas.

Coût de la Transmission Vente totale

location des terres

21 800 €

700 €/ Ha / an

Serres : 3 000 € Système d’irrigation : 4 000 € 2 Tracteurs : 3 000 € Outils : 6 300 € Fourgon : 5 500 €

investissement repreneur

∏ Vous êtes resté habiter sur place, cela a-t-il joué un rôle dans la tension des relations dont vous parlez ?

hangar, herse étrille, cover crop, tunnel, irrigation.

l’ai pris comme une demande de validation implicite, même si j’ai trouvé son choix un peu trop rapide. Germain en resté en CDD de juin 2010 à octobre 2011, puis il a ensuite fait la démarche pour un parrainage d’un an, du 1er janvier au 31 décembre 2012. ∏ Comment ont évolué vos relations au cours de la transmission ? Les relations ont été bonnes, sachant qu’avec Renan on a des caractères différents. Je suis très direct, je fais souvent des remarques et j’ai du mal à valoriser les gens. Renan est plutôt réservé et je le voyais évoluer vers un aspect technico-économique de la bio, alors que je voyais plus la bio comme une démarche globale, ce qui incluait, entre autres, que je faisais moi-même la plupart de mes plants, chose qu’il a décidé de ne plus faire par la suite avec Germain. Concernant Germain, je trouvais qu’il avait des lacunes techniques et des problèmes de concentration. Je reconnais que j’ai été dur avec lui. Je suis très exigent sur la qualité visuelle, l’aspect, le calibre. Il faut que ça soit vendeur et bon. Je voulais donc transmettre à deux professionnels avec une éthique forte. ∏ Comment s’est passée la relation à trois ? Ça n’a pas été très carré. Nous n’avons jamais fait de réunion à trois, sauf une fois pour faire le point sur le projet qu’ils allaient présenter aux financeurs. La gestion s’est faite au fur et à mesure à travers des discussions 2 par 2. Je n’avais pas envie de rentrer dans leur fonctionnement interne. ∏ C’est à partir de la transmission effective, au 1er janvier 2013, que les relations se sont tendues ? Je voulais faire une fête pour les clients pour mon départ. J’ai dit à Renan et Germain ce que je voulais faire sachant que c’était un peu

Pour moi, la maison fait partie de la ferme, donc je leur ai proposé de la racheter, mais ils n’en avaient pas les moyens. Donc oui, ça joue. J’essaye de m’impliquer le moins possible. Il y a eu un moment où Renan ne pouvait plus me voir. Mais en même temps, je ne veux pas me terrer chez moi. La tradition agricole veut que l’ancien qui reste sur place donne un coup de main régulièrement. On était parti sur ce principe seulement pour les coups de bourre. Mais quand je donne un coup de main, je fais des remarques. Et donc ça coince ! D’autre part, j’étais parti sur un système de pratiques sans labour depuis 3-4 ans pour améliorer la structure du sol et j’avais peur qu’ils n’aient pas le même souci. Mais le fait qu’ils se soient équipés me rassure. Même si je n’ai imposé aucune clause particulière dans le bail, je n’ai pas envie qu’on fasse « n’importe quoi » sur la ferme. ∏ Si c’était à refaire, que changeriez-vous ? Je ne m’attendais pas à ça, à ce que les relations se gâchent ainsi. Aujourd’hui, c’est encore tendu malgré quelques rencontres en tête à tête, mais je pense que ça va se tasser. Je sais que j’ai mes torts. Ceci dit, d’autres explications seront sans doute nécessaires. C’est un peu facile d’imaginer ce qu’on aurait pu changer après coup. J’essayerais d’imaginer l’attitude de chacun dans cette nouvelle relation, compte tenu de nos personnalités. D’autre part, je me vois mal rentrer dans les détails de leur projet en amont car j’ai tendance à faire confiance les yeux fermés. En même temps, je n’ai pas su faire totalement confiance le jour J, ça a été sûrement un tort. Mais je ne regrette rien dans la mesure où mon premier souci était qu’ils réussissent tout en préservant une certaine éthique de la bio. La transmission, doit pour nous aussi inclure toutes les dimensions de notre métier (écologique, paysagère, solidaire, sociale, sociétale...) pour rester exemplaires et crédibles et ainsi progresser sur la dimension économique. Ce n’est pas le plus facile.

1995

2003

2008

∏ Réinstallation à Kervignac sur 4 ha en maraîchage diversifié

∏ Arrivée de Renan en tant que stagiaire, puis salarié

∏ René propose à Renan de reprendre la ferme. Il accepte et se charge des formalités administratives.

2010

∏ Quel conseil donneriez-vous à un autre agriculteur pour réussir sa transmission ? Pour amortir le choc de la transmission, il est important de programmer quelques rencontres avant et après la date « fatidique », pour définir la place et le rôle de chacun, surtout si le cédant reste habiter sur les lieux. Mais il est illusoire de croire qu’instaurer des frontières infranchissables est la solution : ce serait plutôt un constat d’échec ! Ces rencontres seraient l’occasion d’affiner ensemble le projet, et tout simplement de causer pour apprendre à se dire les choses comme on les ressent. L’avantage d’une transmission-installation n’est pas forcément le coup de main, avec le risque de conservation du pouvoir du cédant, mais le conseil de l’ancien. Cette relation a de plus l’avantage d’éviter le goût amer de la retraite à celui ou celle qui aspire à un repos bien mérité ! Quoiqu’il en soit, il faut un savant mélange réciproque de tolérance et d’exigence... et de patience sans doute.

ZOOM " La transmission s’est faite naturellement " Renan Lopin, 35 ans : « La transmission s’est faite naturellement. Il y a 2 ans de ça, j’ai eu des doutes, notamment sur la masse de travail. C’est pour ça que j’ai cherché un associé. Pour René, sa ferme était parfaite, donc c’était difficile de parler de son évolution. Au 1er janvier, on a fait des modifications sans qu’il soit au courant (grillage autour du bassin, rotation, assolement...). On voulait avoir du temps libre et on a aménagé la ferme pour ça, notamment en faisant la choix d’acheter nos plants et d’informatiser la ferme. On savait que des choses n’allaient pas lui plaire. Comme il était beaucoup dans la critique, on avait peur d’aborder certains sujets. On aurait dû mieux expliquer nos objectifs et vraiment en parler, car il y a aussi un choc des générations. La proximité quotidienne joue aussi. Même si on a de l’estime pour une personne, sa présence peut devenir pesante. A un moment où c’était difficile, j’ai pris contact avec un conciliateur. Il n’y a pas eu de suite car les choses se sont arrangées, mais j’ai vu qu’il y avait des cas similaires, et c’était rassurant. Malgré les tensions, tout le monde veut que ça se passe bien »

2012

2013

∏ Arrivée de Germain en CDD. ∏ Germain fait un contrat parrainage-installation ∏ Transmission définitive. Renan lui propose de s’associer. d’un an avant son installation définitive.

Itinéraires de transmission | Page 11


S'associer pour une transmission progressive

∏ Quand avez-vous envisagé de transmettre votre ferme et pourquoi ? L’idée essentielle était de transmettre l’exploitation à un jeune agriculteur pour éviter le démembrement de la ferme à l’âge de la retraite. Il faut y réfléchir et anticiper. Grégory a été mon salarié de 2004 à 2006. En 2006, estimant qu’il avait les capacités requises, je lui ai proposé de s’installer avec moi. Mais, à l’époque, il avait plutôt envie de découvrir le maraîchage et la vente en circuits courts. Il est allé vivre d’autres expériences. Il m’a recontacté au printemps 2011. Je l’ai embauché comme salarié à l’automne de la même année et nous avons élaboré un projet d’association.

Alain Kervellec " Je fais en sorte que Grégory ait une reprise sécurisante "

∏ Quel était le projet envisagé avec Grégory après ses diverses expériences ?

Légumier dans les Côtes d’Armor, Alain Kervellec réfléchit depuis plusieurs années à la transmission de sa ferme avec deux grandes préoccupations : il souhaite que sa ferme reste en agriculture biologique et que le repreneur s’installe dans les meilleures conditions économiques possibles. Pour cela, il insiste sur l’importance d’une transmission progressive, qui va permettre au cédant de se désengager petit à petit tout en laissant le repreneur se former et s’approprier l’outil dans les meilleures conditions.

On a fait une étude pour construire une serre multi-chapelle de 5 000 m2. L’étude économique a montré que le projet n’était pas viable en circuit long. Nous avons décidé de rester sur des cultures légumières de plein champ en diversifiant les productions et d’agrandir l’exploitation quand l’occasion se présenterait, le plus tôt possible. ∏ Comment avez-vous mis en place le projet de la ferme ? En collaboration avec deux conseillers de la Chambre d’Agriculture, nous avons choisi de nous associer en GAEC à parts égales plutôt qu’en EARL. C’était plus avantageux en termes de ré-amortissement du matériel. Dans notre cas, le GAEC est plus avantageux fiscalement.

plouguiel | côtes d’armor Age : 57 ans

Quand le repreneur n’est pas du milieu agricole, il peut avoir des difficultés à obtenir des financements auprès des banques. L’installation en GAEC sécurise à la fois le repreneur et la banque.

Installation : 1978 conversion : 1998

A son installation, Grégory a racheté des parts (matériel, hangar, terres avoisinantes de l’exploitation). Il a déjà commencé à rembourser ses emprunts. Il rachètera le reste à mon départ en retraite. Il aura alors acquis suffisamment d’expérience et de professionnalisme pour voler de ses propres ailes.

Cession : en cours

SAU : 33.5 ha.

2.5 UTH

et 5 HA de prairie Commercialisation : Chiffre d’affaire : 200 000 € Circuit long en coopérative

Un peu de vente directe

∏ Dans ce cas il est important de ne pas bousculer le système en place ? Avant notre association, l’exploitation dégageait un revenu satisfaisant. Mais, maintenant, il s’agit de dégager deux revenus. Par conséquent, il faut optimiser la production en introduisant deux à trois autres cultures à plus forte marge (pommes de terre, échalotes) et en diminuant les céréales tant qu’il n’y a pas d’agrandissement de surface.

EBE : 80 000€

1978

HISTORIQUE ∏ Installation d’Alain

≈ Ferme après cession : MÊME Système ≈ Repreneur : Grégory Blanchard, 30 ans Itinéraires de transmission | Page 12


n’avons pas de crainte. Là où j’ai plus d’interrogation, c’est sur l’écoulement de la production. Cette dernière peut aller plus vite que la consommation et il arrive que nos produits soient vendus moins chers qu’en conventionnel. Il faut essayer d’adapter sa production, de se diversifier, aller vers des productions à plus forte valeur ajoutée. Il faut aussi réduire les coûts en allant vers de l’équipement collectif : CUMA, OP (organisation de producteurs), coopérative…

Coût de la Transmission (Partiel) Vente du matériel

68 000 €

Tracteur et matériel

Terres

36 000 €

∏ Qu’est-il important de faire passer comme message lors de la transmission ?

pour les terres (2.8ha) et le hangar

Nous avons fait le choix de rester uniquement dans la culture légumière. Nous n’avons pas souhaité développer un élevage par exemple car nous n’étions pas formés, cela aurait pu être un risque trop important. Il faut continuer à faire ce qu’on sait faire.

Je conseille à l’éventuel repreneur de travailler comme salarié un ou deux ans sur l’exploitation puis de continuer à se former et à innover: techniques culturales, gestion, matériel.

Je me suis converti en 1999 et mon envie est avant tout que ma ferme reste en bio. Je n’ai pas fait tout ce chemin pour que la transmission mette en danger le résultat de plusieurs années de travail, ce qui n’empêchera pas Grégory d’aller de l’avant plus tard en développant d’autres projets.

Il faut faire preuve de curiosité en visitant d’autres exploitations, en France ou à l’étranger dans le cadre de voyages professionnels. Il faut être ouvert d’esprit tout en gardant un sens critique, être à l’écoute du consommateur. Il faut bien analyser la situation avant de prendre une décision, mesurer les risques avant de changer d’orientation. Il est également important de prendre des responsabilités professionnelles.

∏ Comment se passe la relation avec Grégory ?

∏ Si vous aviez un conseil pour un futur cédant, que lui diriez-vous ?

Quand Grégory a repris contact avec moi et m’a annoncé son désir de s’installer, j’ai été très content. J’ai senti qu’il était prêt à s’impliquer et à prendre des responsabilités. Je connaissais ses qualités, son désir d’apprendre et de progresser. Nous avons suivi ensemble une formation à la Chambre d’Agriculture : « Construire les bases d’une bonne association » qui permet de réfléchir sur la « compatibilité » des futurs associés à travailler ensemble (discussions, jeux de rôle). A la suite de cette formation, nous étions confortés dans notre capacité à le faire. Nous le vérifions tous les jours. Je suis rassuré pour la transmission à l’heure de la retraite.

Il faut anticiper sa transmission, trouver un repreneur qui adopte sa philosophie et ce n’est pas le plus facile. Il faut construire à deux le projet, avoir les agréments, démarcher les banques : cela demande 2 à 3 ans. Il faut donc se montrer patient. Si l’on transmet par association ce qui est mon cas, l’idéal est d’être associé 3 à 4 ans avant la passation. Cela permet au jeune agriculteur de cerner véritablement l’ensemble de ses futures tâches. La reprise se fait en douceur ; il prend peu à peu des responsabilités jusqu’à l’autonomie complète. Je recommande également de suivre la formation de la Chambre d’Agriculture citée plus haut.

ZOOM "Je pense que je serai opérationnel dans 3 ans" Grégory Blanchard, 30 ans : « La première fois qu’Alain m’a proposé de m’associer, j’ai refusé car je voulais découvrir le maraîchage diversifié et la vente directe. Je me suis rendu compte que ce que j’avais vu chez Alain me correspondait mieux. En circuits courts, on passe énormément de temps sur la vente et quand on travaille sur 45 légumes différents je trouve qu’on se disperse. En circuits longs, on consacre plus de temps à nos cultures et la vente est organisée par l’Organisation de Producteurs (OP). En outre, l’association avec Alain va me permettre de me former et d’être opérationnel lors de son départ en retraite. Donc c’est aussi important pour moi que ça se fasse progressivement. En tant que salarié, j’assurais les livraisons, je connaissais donc le fonctionnement de la coopérative. Aujourd’hui, j’essaye de m’impliquer en tant que producteur. Je participe à différentes réunions dans différentes commissions (commission bio, artichaut...). La coopérative aide à l’installation des jeunes installés : avance DJA, accompagnement technique, analyse de sol... Cela m’a permis de visualiser l’organisation du groupement et d’être plus serein lors de mon installation »

∏ Quelles sont vos craintes ? Le fait que le projet de serre n’ait pas abouti, cela a un peu retardé l’installation de Grégory mais n’a pas eu de conséquence. L’idéal serait d’avoir 5 à 10 hectares supplémentaires. Cela faciliterait les rotations de cultures (céréales, légumes) et nous aurions des productions et des ventes toute l’année. Le prix des terres est aussi une difficulté : actuellement l’hectare de terre se négocie à 12 000 euros (hors frais). Les conditions d’installation d’un jeune agriculteur sont par conséquent difficiles quand il faut acheter le foncier. Au niveau technique, nous

1988

2004 - 2006

2011

2013

∏ Conversion de la ferme en bio

∏ Grégory est salarié sur la ferme qu’il quitte pour engranger de l’expérience.

∏ Grégory revient en tant que salarié et monte avec Alain un projet de serre multi-chapelle de 5000 m2 finalement abandonné.

∏ Installation de Grégory en GAEC avec Alain pour mettre en place une transmission progressive.

Itinéraires de transmission | Page 13


Transmettre à un prix raisonnable

Michel Jacq " Il ne faut pas chercher à faire une bonne affaire sur le dos du repreneur " Éleveur laitier dans les Côtes d’Armor, Michel Jacq a transmis sa ferme en quelques mois. Alors qu’il ne pensait pas encore partir à la retraite, il a vendu très rapidement sa ferme à David Le Graet, employé au service de remplacement. Fortement impliqué dans le réseau Solidarité Paysan, il avait une obsession : ne pas surévaluer sa ferme et pénaliser son repreneur.

Calanhel | côtes d’armor Age : 62 ans Installation : 1982 conversion : 1998 Cession : 15 décembre 2012

SAU : 49 ha. 36 VL Commercialisation : Circuit long

1 UTH 207 000 L

Chiffre d’affaire : 100 000 € EBE : 70 000€

≈ Ferme après cession : MÊME SYSTème ≈ Repreneur : david Le Graet, 40 ans ≈ Quota : lait, 267 000 L. ≈ Cheptel : 49 Vaches laitières ≈ chiffre d’affaire prévisionnel : 130 000 €

∏ Comment s’est déroulée votre transmission ?

∏ Le prix n’a pas été discuté ?

Le 23 février 2011, je me suis cassé le bras. David travaillait au Sdaec (service de remplacement) et il est venu me remplacer durant deux mois sur la ferme. Même s’il avait déjà fait des remplacements chez moi, je ne le connaissais pas beaucoup. Nous avons fait connaissance, il m’a dit qu’il cherchait à s’installer et qu’il serait intéressé pour reprendre ma ferme, pour laquelle il avait eu un coup de cœur. On a d’abord abordé le sujet sur le ton de la plaisanterie, mais c’est devenu sérieux ensuite. Il m’a de nouveau remplacé en septembre 2011, et quand je suis revenu de vacances, il m’a clairement dit qu’il était acheteur. En janvier 2012, j’ai fait évaluer ma ferme par un conseiller de gestion et demandé une étude de faisabilité d’installation par la Chambre d’agriculture. David est allé voir le responsable installation de son côté. Quand j’ai eu les retours des études, je lui ai fait une offre et il l’a acceptée sans négocier. David devait s’installer avant ses 40 ans pour avoir la DJA, ce qui a précipité les choses. Il a repris officiellement la ferme trois jours avant son anniversaire, le 15 décembre 2012.

J’avais une appréhension, qui était de surévaluer la ferme. Je suis engagé depuis 15 ans dans le réseau Solidarité Paysan et je vois trop de cas où des paysans qui veulent toujours plus font peser des charges extrêmement lourdes sur les nouveaux installés. C’est aussi pour ça que je me suis calé sur l’étude du centre de gestion pour fixer le prix. Comme ça, je sais que si ça se passe mal, ce n’est pas parce que j’ai chipoté sur le prix. Je sais qu’il retombera sur ses pattes. Ce n’est pas pour rien qu’il avait le choix entre deux banques pour emprunter. Je lui ai vendu des vaches pleines, à mille euros par tête, sachant qu’un veau est vendu entre 500 et 600 euros et qu’un peu

Itinéraires de transmission | Page 14

1982

HISTORIQUE ∏ Installation de Michel dans un cadre familial, en lait conventionnel


∏ Quels écueils avez-vous rencontrés ?

Coût de la Transmission Vente totale

160 000 € Batîment, maison d’habitation, et salle de traite : 80 000 € Cheptel : 40 000 €

David a travaillé pendant 15 ans au Sdaec, à 40 h par semaine. Ça a des avantages mais aussi des inconvénients, car il n’avait pas appréhendé la masse de travail administratif d’une ferme et jamais été confronté à la prise de décision d’un chef d’entreprise. C’était une découverte pour lui. Il avait sûrement imaginé que ce serait pareil pour lui d’être chef d’exploitation que salarié. Mais il lui a fallu un temps d’adaptation. Sans compter qu’il n’était pas spécialement formé à un système en bio. Il a fallu qu’il encaisse un peu au moment où il s’est retrouvé patron. Je ne sais pas si on peut parler d’écueil, mais une fois que je me suis rendu compte que David tenait à son installation, mon rôle n’était plus de le freiner.

vente des terres

196 000 € en GFA

Tracteur neuf : 30 000 € Matériel divers : 10 000 €

plus tôt j’avais vendu des vaches de réforme 1200 ¤ par tête. La terre est prisée ici, donc s’il doit revendre, il le fera à un bon prix, je n’ai pas de souci à ce niveau. C’est sûrement aussi pour ça que c’est allé si vite et qu’il n’a pas discuté le prix.

∏ Depuis votre place de cédant, quel regard portez-vous sur l’installation de David ?

Si David n’était pas venu me voir, je serais encore exploitant. Il me manque un an de cotisation et officiellement je serai à la retraite le 1er mars 2014. David avait l’obligation de s’installer rapidement, mais je n’avais pas d’appréhension à transmettre si promptement. Physiquement, ça commençait à peser, et j’avais déjà prévu de prendre un salarié afin de me décharger de la traite du soir. Je ne pouvais pas espérer mieux, puisque je n’ai eu aucune démarche à entreprendre pour transmettre ma ferme.

Je ne porte pas de regard sur ce qu’il fait. Je suis là et à tout moment il peut m’appeler. J’ai mon regard et je le garde pour moi. Pour l’instant, David me demande plus d’avis que de coups de main. Je suis à côté de la ferme, c’est logique. Notre relation est très bonne, presque banale je dirais. A partir du moment où je suis parti de la ferme, ça ne m’appartenait plus, donc c’était à lui de venir vers moi. C’est pour ça que je dis qu’il peut m’appeler à tout moment. Je peux rester 15 jours sans aller sur la ferme, et si j’y vais, c’est que j’ai une bonne raison. Je continue à aller prendre du lait et j’ai mon bois de chauffage qui est là-bas. Le rôle d’un cédant, c’est du cas par cas. C’est être là sans être là, c’est une situation psychologiquement difficile. Le cédant tourne une page tandis que le repreneur s’engage pour 25 ans.

∏ Comment s’est passée la transmission de l’outil en tant que telle ?

∏ Vous avez des peurs vis à vis de cette transmission ?

J’avais plusieurs priorités : installer un jeune, que ma ferme reste en bio, et la vendre en intégralité car je jugeais que c’était économiquement intéressant. Si David n’était pas venu, j’aurais attendu, mais ce n’est pas sûr que j’aurais trouvé un repreneur. Nous avons beaucoup discuté, je l’ai mis en garde par rapport au temps de travail et aux nouvelles tâches administratives qu’il aurait à assumer. Je voulais aussi m’assurer qu’il ait envie de s’installer ici, de vivre ici, dans un endroit très rural. Ça ne lui posait pas de problème étant donné que ses parents vivent à une dizaine de kilomètres d’ici, où ils dirigent une entreprise de travaux agricoles et exploitent une ferme en conventionnel.

J’ai peur que David n’y arrive pas, bien sûr. David est très proche de ses parents, qui dirigent une entreprise de travaux agricoles, et qui n’ont aucune approche de la bio. Donc je lui donne des conseils, mais ce n’est pas moi qui décide. Il fait ce qu’il veut. J’avais un système tout à l’herbe, et je cassais une prairie tous les ans pour faire du triticale. David a refait du maïs. Peut-être par réflexe et parce qu’il a encore à apprendre sur la bio. Une chose est sûre, il faut qu’il soit réactif s’il veut réussir en bio. Il va falloir qu’il apprenne vite. Par exemple, on est en juillet, mais il va falloir qu’il anticipe déjà pour prévoir le stock de fourrage dont il va avoir besoin pour l’hiver.

∏ C’est allé très vite, vous n'aviez pas anticipé votre transmission ?

∏ Si vous aviez un conseil à donner à un futur cédant, que lui direriez-vous ? Il faut faire évaluer sa ferme par un professionnel et s’en tenir à ça. Il ne faut pas chercher à faire une bonne affaire sur le dos du repreneur. On croit qu’on a toujours mieux que les autres, que le tracteur qui a 15 000 heures de travail n’en a que 5 000. Il faut rester juste, si c’est vouloir plus pour payer ensuite des impôts et des plus-values tout en pénalisant le repreneur, ça n’a pas d’intérêt. Il y a du travail à faire à ce niveau-là.

ZOOM "J’ai perdu 8 kilos les premiers mois" David Le Graet, 40 ans : « La transmission s’est bien passée. J’avais déjà monté deux projets pour lesquels j’avais servi d’appât afin de faire monter les enchères. C’est rageant de servir de faire-valoir à la spéculation alors que c’est déjà dur de s’installer. Il faut vraiment trouver la bonne personne, ce que je pense avoir trouvé. Mais c’est vrai que quand je suis devenu chef d’exploitation à J+1, je me suis dit que ça allait être dur et je me suis senti seul. L’hiver a été long et pluvieux et ça a été assez dur moralement. J’ai perdu 8 kilos les premiers mois. Il m’a fallu le temps de prendre le rythme et de mettre les choses à plat parce que les questions viennent souvent après la reprise, même si on a pas mal réfléchi au projet avant. J'ai été séduit par les performances économiques de la ferme, mais je pense que je n’étais pas assez préparé, notamment au volet administratif, qui prend beaucoup de temps. J’aurais aimé être plus au point, notamment sur le volet réglementation et cahier des charges. Je me sens soutenu par le GAB mais j’ai l’impression de ne pas avoir le temps de me former car j’ai tout le temps quelque chose à faire. Au final, je suis content de mon installation. L’herbe pousse bien. J’ai tenté de faire du maïs, mais je vais arrêter. Le GFA me permettra d’acquérir des terres à mon rythme. Mais comme j’ai augmenté le cheptel, j’aimerais avoir un peu plus de surface, et éventuellement, des génisses de renouvellement. »

1998

février 2011

septembre 2011

janvier 2012

décembre 2012

∏ Conversion de la ferme en Bio

∏ Remplacement de David chez Michel

∏ David propose à Michel de reprendre sa ferme

∏ Michel fait évaluer sa ferme et fait une offre à David

∏ Transmission définitive.

Itinéraires de transmission | Page 15


Transmettre une petite exploitation

evelyne et joël Hoguet " Installer des jeunes en bio, c’était ce qu’il y avait de mieux pour nous. " Évelyne et Joël Hoguet pensaient que la seule destinée de leur ferme était de partir à l’agrandissement des voisins. Trop petite, pas extensible, enchâssée dans un village où la terre est rare et chère. Jusqu’au moment où ils ont découvert que des porteurs de « petits projets » s’intéressaient à ce genre de ferme. Ils ont réussi à installer un couple d’éleveurs sur 49 ha de terre. Et en bio, ce qui n’est vraiment pas pour leur déplaire.

messac | ille-et-vilaine de gauche à droite : Vanessa, Sébastien, evelyne et joël

Age : 59 et 61 ans Installation : 1976 et 1990

∏ Comment avez-vous abordé la transmission ?

cession partielle : 1er novembre 2012

Nous avons essayé de l’anticiper car notre volonté première, c’était d’installer un jeune. Mais on a longtemps été dans le doute, car on pensait que notre ferme n’était pas transmissible en l’état. Elle est imbriquée dans le village, il n’y avait pas de possibilité d’agrandissement de la stabulation, qui était conçue pour une quarantaine de vaches laitières maximum. Donc, si quelqu’un voulait développer l’outil, il fallait avoir un autre site ailleurs. Ici, les exploitations sont grosses et la terre est prisée, donc on ne voyait pas d’autre issue pour notre ferme que de partir à l’agrandissement des voisins. C’est une amie de la Confédération Paysanne qui m’a parlée des projets de petites structures. Le problème, c’est qu’on ne savait pas comment pouvaient réagir à un tel projet les propriétaires de terres qu’on louait, et on ne savait pas trop quoi transmettre. Joël voulait arrêter la production laitière car il était fatigué, mais il a maintenu l’activité au cas où quelqu’un aurait souhaité la reprendre.

SAU : 75 ha. 15 000

poulets / an

Commercialisation : circuit long

35 VL

2 UTH 210 000 L

Chiffre d’affaire : 200 000 €

≈ Ferme après cession : 49 Ha en Bovins viande et caprins ≈ Repreneurs : Sébastien Vétil & Vanessa André ≈ Cheptel : 20 vaches armoricaines et 70 chèvres angoras pour laine mohair ≈ Commercialisation : vente directe à la ferme et magasins de producteurs (Brin d'herbe). Laine : marché, artisans, boutique à la ferme

∏ Vous vous êtes tournés vers une structure pour vous accompagner dans votre transmission ? La FD Civam a beaucoup œuvré. On n’avait pas trop envie d’aller vers l’Adaséa, qui a tendance à privilégier les gros projets. La philosophie du Civam nous plaisait bien. En 2009, nous avions rencontré un stagiaire qui faisait une étude sur les transmetteurs potentiels dans le département. A la suite de ça, la FD Civam nous a recontactés. On Itinéraires de transmission | Page 16

a fait un état des lieux de la ferme, puis on a publié une annonce par leur intermédiaire. Ça nous a permis de rencontrer une dizaine de personnes. On n’était pas pressés et très ouverts, donc on a vraiment pris le temps de discuter avec les gens et d’évaluer leur projet. Ça a été très riche comme expérience, mais c’est un vrai investissement. ∏ A quel moment avez-vous rencontré Sébastien et Vanessa ? La première rencontre a eu lieu en décembre 2010. C’était important pour nous d’installer un jeune couple pour la dynamique locale, car ça fait vivre un village, les enfants vont à l’école, etc. On n’avait pas d’attente particulière en terme de système, mais le fait qu’ils soient en bio, c’était la cerise sur le gâteau. Joël avait repris la ferme de ses parents, qui n’étaient pas dans cette mouvance. Lorsque je me suis installée, ça nous aurait bien plu de convertir la ferme, mais Joël a eu des problèmes de santé et il n’avait plus envie de faire cette démarche ensuite. De mon côté, je ne voulais pas faire de poulet standard. Je voulais produire un produit que je mange. Donc, installer des jeunes en bio, c’était ce qu’il y avait de mieux pour nous.

1976

HISTORIQUE ∏ Installation de Joël en cadre familial, en lait conventionnel


Coût de la Transmission portage foncier

location des terres

1 poulailler + 1,5 ha

110 €/ Ha / an

∏ Quels écueils avez-vous rencontré ? Dans l’ensemble, tout s’est bien passé. Mais il y a eu des mois d’incertitudes sur la surface totale de terres que Sébastien et Vanessa allaient pouvoir reprendre. Nous avions assuré la reprise d’une trentaine d’hectares. Nous nous sommes faits discrets sur la transmission pour préserver la reprise et assurer des terres à Sébastien et Vanessa. J’ai fait le tour des propriétaires à qui nous louions des terres avec eux. Nous avons conservé 3 ha en propriété et proches du siège d’exploitation, nous louons également 13 ha de terres qui sont en indivision dans ma famille et nous nous sommes arrangés pour continuer à louer 10 hectares que deux propriétaires ne voulaient pas louer à Sébastien. Au final, nous avons conservé 26 hectares, car j’ai conservé une activité poulet avant de partir à la retraite, en 2015. ∏ Compte tenu de la pression foncière, vous avez tout de même réussi à transmettre 49 hectares, ce n’est pas rien. On voyait beaucoup de gens passer pour savoir s’il y avait des terres à récupérer. Il y avait un jeune qui voulait s’installer qui faisait le tour des fermes du coin, notamment. Un de nos propriétaires a préféré lui louer ses terres plutôt qu’à nos repreneurs, refusant même de les rencontrer. Finalement, le dossier du jeune n’est pas passé en CDOA. Cela a évité le démembrement de notre exploitation, et Sébastien et Vanessa ont pu récupérer ces terres. Vanessa et Sébastien ont donc pu s’installer sur 49 ha.

∏ Un portage foncier a également été mis en place, comment cela s’est passé ? Nous avons effectivement mis en place un système de portage sur un poulailler et 1,5 hectare de terres. Nous n’étions pas vendeur de terrain, sauf d’un poulailler autour duquel il y avait 1,5 ha de terres et il aurait été bête de vendre l’un sans l’autre. Nous n’avions pas besoin d’argent et nous ne voulions pas plomber des jeunes avec de l’achat de foncier. Sébastien nous a parlé du système de portage et a contacté la Safer et le Conseil Général, qui gèrent le dispositif. J’ai organisé une rencontre à la maison pour qu’ils nous présentent le portage foncier et qu’on entame les démarches. La Safer a acheté les terres et les a mises à disposition du Conseil Général, qui les a stockées pour Sébastien et Vanessa, le temps qu’ils finalisent leur projet d’installation. Le conseil Général a tout de même fait un appel à projet dans le cadre de la procédure. Même si Sébastien et Vanessa étaient quasiment assurés d’être retenus à l’issue de l’appel à projets, là encore, nous sommes restés très discrets afin de leur laisser toutes leurs chances de récupérer les terres. Ils avaient déjà les autorisations d’exploiter mais un autre projet aurait pu remporter l’appel à projet et compromettre leur installation. C’est un super dispositif, qui permet de se constituer de la trésorerie et de favoriser une installation progressive, car Sébastien et Vanessa ne commenceront à rembourser l'acaht des terresque deux ans après leur date d’installation. ∏ Le fait d’avoir transmis seulement de manière partielle votre ferme vous donne-t-il des clés pour la future transmission du reste de l’outil ? Notre choix n’était pas déterminé par les finances. Nous n’avons plus grand chose en propriété et il faudra voir ce que donnera le partage des terres en indivision. On ne sait pas encore ce qu’on fera, soit on le reportera sur Vanessa et Sébastien ou alors on permettra une nouvelle installation.

ZOOM "On pensait que la structure de la ferme n’était pas faite pour nous" Sébastien Vétil : " En fait, il s’agit d’une réinstallation pour nous. Ma femme avait une ferme de 20 hectares dans les Monts d'Arée (Finistère) et j’essayais de m’installer depuis 2006 après avoir travaillé au GAB 29 pendant 6 ans. Dans le Finistère, il y avait des blocages fonciers, et les chèvres avaient du mal à s’adapter. La ferme était trop petite pour nous et nous voulions nous rapprocher de chez nous. Nous cherchions plutôt au nord de l’Ille et Vilaine, et c’est en nous rendant à un mariage que nous sommes passés à proximité de Bain-de-Bretagne. On s’est rendu compte que c’était proche de Rennes et on s’est dit pourquoi ne pas chercher aussi dans cette zone géographique. On a trouvé l’annonce d’Évelyne et Joël sur le site de la paysans creactiv. On pensait que la structure de la ferme n’était pas faite pour nous, mais on a quand même essayé. On a transformé un des poulaillers en bergerie. On a ramené ici nos animaux qui étaient en bio et on a entamé la conversion des terres. Il y a eu une période d’incertitude liée à l’obtention de certaines terres, car nous voulions plus de surface qu’auparavant. Le fait qu’Évelyne nous accompagne chez les propriétaires nous a permis de bien nous intégrer. Ce n’était pas tout le temps facile de gérer l’installation à 300 kilomètres d‘ici, non plus. Au final, tout s’est très bien passé, notre activité a bien pris. "

∏ Si vous aviez un conseil à donner à un futur cédant, que lui diriezvous ? Il faut anticiper et ne pas s’y prendre au dernier moment. Il faut rencontrer des gens, être attentif à leur projet. Le rôle du cédant, c’est d’accompagner le repreneur à un certain niveau de conseil, comme sur la structure des sols d’une exploitation, lui faire rencontrer des gens et l’aider à s’insérer dans le territoire pour qu’il s’intègre plus rapidement dans la vie du village. Il ne faut pas aller plus loin. Il faut leur donner l’outil et après c’est à eux de se défendre avec.

1990

2009

décembre 2010

novembre 2011

novembre 2012

2015

∏ Installation d’Évelyne en poulets Label rouge

∏ Premiers contacts avec la FD Civam 35 et diffusion d‘une annonce

∏ Premiers contacts avec Sébastien et Vanessa

∏ Mise en place du portage foncier

∏ Transmission définitive et départ à la retraite de Joël le 1er Mai 2013.

∏ Départ à la retraite d’Évelyne

Itinéraires de transmission | Page 17


Transmettre pour se reconvertir

Jean-Yves Saffray " Il m’a fallu évacuer l’idée de l’échec " Jean-Yves Saffray a vécu une vie de paysan mouvementée : redressement judiciaire, soucis financiers, conflit entre Biolait et Lactalis, rupture de GAEC. Si bien qu’à 45 ans, il a décidé de transmettre sa ferme et de tourner la page. Un choix qu’il ne regrette pas et qui a même été salutaire. Aujourd’hui, il savoure sa vie de salarié à l’écomusée du Pays de Rennes, où il avoue avoir redécouvert son métier.

brécé | ille-et-vilaine Age : 55 ans Installation : 1984 (à la ferme de l’olivet) et 1995 (à Brécé) ∏ Avant d’aborder la transmission, pouvez vous nous raconter votre histoire de paysan ?

SAU : 24 ha. Commercialisation : circuit long

1 UTH

Chiffre d’affaire : 50 000 € EBE : 20 000 €

≈ Ferme après cession : Brebis Viande et céréales ≈ Repreneurs : clarisse Prod’homme ≈ Cheptel : 120 brebis ≈ Céréales : 15 ha (colza, triticale, blé, orge, luzerne)

Je me suis installé en 1984 en production laitière conventionnelle à Servon-sur-Vilaine, au GAEC d’Olivet. Nous étions deux, puis en 1989, mon frère qui reprenait la ferme familiale à Piré-sur-Seiche a rejoint le GAEC, mais plutôt pour pouvoir se lancer car avec un quota de 100 000 litres, personne ne voulait collecter son lait. Après trois années de sécheresse et un refus de prêt de la banque, nous avons déposé le bilan et été placés en redressement judiciaire en 1991. Nous avons pu continuer l’activité et nous avons converti les terres en bio en 1992, puis le troupeau en 1995. La bio, c’était pour nous une plus-value qui allait nous permettre de rembourser nos dettes et d’avoir un système de production en phase avec nos convictions, car nous étions déjà en système herbager. En 2000, le redressement judiciaire a pris fin mais nous avons dû mettre la ferme aux normes et réemprunter de l’argent. Entre temps, comme je vivais mal le fait d’habiter en lotissement, j’ai

repris en 1995 une ferme de 24 ha à Brécé, sur laquelle j’ai acheté un hangar et construit une maison en 2001 grâce à un CTE (contrat territorial d’exploitation). La ferme de Servon était petite et j’élevais les génisses à Brécé. J’y avais développé de l’accueil d'adolescents en court séjour, avec ma femme. ∏ Qu’est ce qui vous a amené à transmettre votre ferme à 45 ans ? En 2000, nous avons quitté Lactalis pour rejoindre Biolait, et c’est là que nous avons fait une erreur, car il y a eu un bras de fer entre les deux laiteries et nous en avons pâti. Parallèlement, pendant un an et demi, j’ai cherché le bon système sur ma ferme, mais ça ne tenait pas la route, car je n’avais pas d’apport organique et les rendements en céréales étaient faibles. Je ne voyais pas le bout et j’ai décidé d’arrêter en 2002. J’ai cassé le GAEC début 2003, et j’ai transmis mon exploitation au 1er janvier 2006 à Clarisse. En 2005, j’ai été embauché à l’Écomusée du pays de Rennes et la seule activité que nous avons conservée sur place, c’est l’accueil.

≈ Commercialisation : Vente directe en caissettes et restaurateur

≈ Chiffre d’affaire : 34 000 €, en sortie de GAEC

SAU : 30 ha.

1 UTH

1984

1989

1991

1992

∏ Installation de Jean-Yves en GAEC à Servon-sur-Vilaine

∏ Le frère de Jean-Yves rejoint le GAEC (Ferme à Piré-sur-Seiche)

∏ Dépôt de bilan puis redressement judiciaire

∏ Conversion des terres, en 1995

HISTORIQUE

Itinéraires de transmission | Page 18


Coût de la Transmission Vente totale

location des terres

7 500 €

180 €/ Ha / an

Hangar et tracteur

exemple été admissible au concours d’éducateur spécialisé. Ça m’a reboosté. Au final, il m’a fallu 3 ans pour assumer cette situation. Trois ans pour être bien et repartir dans une nouvelle dynamique. Mais il ne faut pas rester sans rien, il faut un boulot. Et savoir appeler à l’aide. Je ne regrette pas du tout mon choix. Avec le recul je remarque aussi que même sur un système en bio on peut avoir des œillères. ∏ Vous avez vécu votre transmission comme un soulagement en quelque sorte ?

investissement repreneuse

Bergerie ∏ Comment s’est déroulée la transmission avec Clarisse ? Quand j’ai quitté le GAEC, mon ancien associé a décidé de continuer seul. Il a embauché Clarisse à mi-temps, qui a cherché à s’installer au bout d’un ou deux ans. Il lui a dit que je souhaitais transmettre ma ferme et elle est venue me voir. Je n’étais pas trop exigent, je voulais juste que ma ferme reste en bio. Avec Clarisse, le contact a été bon et tout s’est passé très simplement et rapidement. ∏ Êtes-vous resté en bon terme avec votre ancien associé ? Nous sommes restés en bon terme et nous nous voyons de temps en temps sans souci. Quand j’ai su que Clarisse se mettait en GAEC avec lui, j’en ai parlé un peu avec chacun mais en ne rentrant dans aucun détail, qu’il soit technique ou financier. J’ai vraiment suivi ça de loin car ça ne me regardait plus. Mais il est arrivé ce que je redoutais. Le GAEC a cassé au bout de cinq ans, et Clarisse s’est réinvestie à fond sur sa ferme. Elle m’a sollicité pour quelques conseils à ce moment là, et encore de temps en temps car je suis sur place. Nos relations sont excellentes. ∏ Avec le recul, quel regard portez-vous sur la transmission de votre ferme ? Pour moi, il était grand temps de transmettre. Ensuite, il a fallu évacuer l’idée de l’échec professionnel auquel je n’avais pas été préparé. Quand tu es dans une période d’échec, tu ne sais plus où te situer socialement. J’ai fait un bilan de compétences et je me suis rendu compte que je me sous-évaluais. J’ai passé des concours et je me suis appuyé sur l’expérience sociale que j’avais développée grâce à l’accueil et à mon investissement dans les réseaux syndicaux. J’ai par

Oui. J’ai commencé à faire des vacations à l’écomusée en 2003 et j’ai été titularisé en 2005. Ça me faisait plus de garanties de salaire et moins de soucis. On n'a jamais été aussi « riche » qu’après la transmission. Mais je me suis quand même investi dans la transmission. J’avais six propriétaires différents et je suis allé voir chacun d’eux avec Clarisse, car j’estimais que c’était mon rôle. Ça l’a rassurée, et la plupart d’entre eux étaient contents de cette transmission car ça signifiait que les terres n’allaient pas rester en friches.

∏ Un conseil pour un futur cédant ? Il est fondamental de ne jamais avoir l’esprit de propriétaire terrien. La terre est là le temps qu’on est là, elle ne nous appartient pas, c’est un bien commun. Bien sûr, celui qui cède doit se prémunir, assurer sa retraite, mais il y a des moyens sains de le faire. S’il a du capital à céder, il peut par exemple le céder sous forme de prêt au jeune installé. C’est également fondamental qu’il y ait un tiers dans la négociation. Ça va donner un cadre, clarifier les choses et faciliter la relation humaine. Par exemple, j’ai toujours tenu Solidarité Paysan au courant des étapes de ma transmission. Il est essentiel de garder l’esprit paysan et le potentiel de paysan.

∏ Votre parcours n’a pas été de tout repos, vous vous êtes fait aider ? Solidarité paysan m’a beaucoup soutenu. Ça a été une vraie soupape de sécurité au niveau psychologique. C’est d’ailleurs grâce à Solidarité paysan que j’ai commencé à travailler à l’écomusée. A l’Écomusée, je prends soin de 18 races de chèvres, porcs, vaches..., je m’occupe des cultures et du verger conservatoire. Ce travail m’a permis de redécouvrir complètement mon métier. J’ai toujours été engagé dans des syndicats de lutte, et avec l’écomusée je découvre d’autres formes de lutte, notamment la préservation de la biodiversité et des races. ∏ Quel regard portez-vous sur l’installation de Clarisse ? La nouvelle génération n’a pas du tout la même philosophie d’installation et elle a bien raison. Quand je me suis installé, en 1984, c’était pour la vie. Si bien que la décision d’arrêter a été très difficile à prendre, il y a le poids familial, et chaque aléa te secoue pas mal, car tu joues ta vie à chaque fois. Clarisse était très motivée, son projet n’était pas démesuré avec un investissement de départ minimum. Aujourd’hui, on voit des jeunes qui se lancent et se disent que si dans 10 ans, ça ne marche pas, ce n’est pas grave et ça n’a pas le même impact financier sur leur vie. C’est plus sain.

ZOOM "J’ai pris du temps pour faire revivre ce lieu " Clarisse Prod’homme, 34 ans : « Quand j’ai eu l’occasion de reprendre la ferme de Jean-Yves, j’ai sauté sur l’occasion. Au départ, j’avais un projet en chèvres laitières avec transformation, un projet que je voulais pour deux personnes. Les choses sont allées très vite et mon projet n’était pas vraiment abouti. Le GAEC s’est du coup monté très vite, deux mois après mon installation le 1er janvier 2006, car je n’avais pas de moyens de production, pas de DJA. Ça m’a permis une installation progressive et d’avoir un temps de réflexion. J’ai finalement commencé une production de moutons, Landes de Bretagne, en plein air. J’ai commencé avec 25 brebis et j’ai gardé des agnelles tous les ans. J’ai cassé le GAEC au bout de cinq ans pour incompatibilité d’humeur. J’ai tout remis à plat et repensé le système pour pouvoir tout faire seule, ce que me permet notamment la race des Landes de Bretagne qui est un mouton de petit gabarit. J’ai vraiment vécu une deuxième installation. J’ai travaillé à l’extérieur au début pour pouvoir assurer financièrement. J’ai fait un prêt pour monter une bergerie et augmenter le troupeau. J’ai vraiment repris du temps pour faire revivre ce lieu qui ne vivait pas. »

1995

1995

2000

2003

2005

2006

2011

∏ Conversion du troupeau

∏ Jean-Yves reprend une ferme de 24 hectares à Brécé

∏ Fin du redressement judiciaire. Jean-Yves construit une maison sur sa ferme à Brécé.

∏ Rupture du GAEC, réinstallation à Brécé début de remplacement à l’écomusée.

∏ Jean-Yves est embauché à l’Écomusée

∏ Transmission de la ferme de Brécé à Clarisse, qui monte un GAEC avec la ferme d’Olivet

∏ Clarisse rompt le GAEC

Itinéraires de transmission | Page 19


Transmettre à ses fils

Annie et Jean-Yves Guillou " Quand un jeune arrive sur une ferme, c’est un cerveau qui arrive " En 30 ans, Annie et Jean-Yves Guillou sont passés d’un système intensif avec un atelier hors-sol à une ferme bio. « Un sacré chemin », disent-ils, qui va être prolongé par leurs deux fils : François, 25 ans, installé avec ses parents sur la partie élevage laitier, et Julien, 30 ans qui va créer un atelier maraîchage sur la ferme. Avec un maître mot : l’autonomie.

saint-evarzec | Finistère Age : 51 et 54 ans Installation : 1982 cession : transmission en cours

SAU : 95 ha. 80 VL Commercialisation : Circuit long

3 UTH

+0.5 salarié

400 000 L

(quota 530 000 l)

Chiffre d’affaire : 200 000 € EBE : 145 000 €

≈ Ferme après cession : • sYSTéME LAITIER IDENTIQUE • CRéATION D’un atelier de maraîchage diversifié (1 ha & 700 m2 de tunnels) ≈ Repreneurs (fils) : François Guillou (25 ans) et Julien Guillou (30 ans) ≈ Commercialisation : LAit en circuit long, vente directe et paniers pour les légumes

∏ Pouvez-vous nous présenter votre histoire et celle de votre ferme ? Jean-Yves : Nous avons commencé à travailler sur la ferme à la suite de mes parents. Lorsque nous nous sommes installés, nous étions 6 associés : mes parents, mon frère et sa femme et nous, avec un élevage laitier intensif, des vaches à 9 000 litres de lait par an, un atelier de volailles hors sol et un atelier de vaches allaitantes. En 2002, mes parents sont partis à la retraite. La ferme, qui comportait deux sites, a été partagée entre mon frère et moi. On s’est installés pour de vrai à ce moment-là, sans nos parents derrière. Nous avons pris un virage et commencé à désintensifier la ferme. Nous avons supprimé l’atelier volailles et sommes passés en système herbager. De 9 000 litres de lait par vache on est passé à 6 000 litres. ∏ Comment avez-vous abordé la transmission à partir de votre propre expérience ? Jean-Yves. La ferme se transmet ici depuis 5 générations. On n’a jamais abordé la transmission de façon formelle, mais dans mon esprit, je n’ai jamais imaginé que ça ne continue pas. Pour autant, on n’a jamais eu l’intention de forcer nos fils à prendre la suite. Il y a une généalogie forte, et on a toujours su que François, notre plus jeune fils, prendrait la suite. Depuis qu’il était tout petit il voulait faire ce métier. Il s’est installé en 2010 sur la ferme. Il voulait faire du bio. Nous avions déjà beaucoup travaillé à désintensifier la ferme, donc on Itinéraires de transmission | Page 20

l’a laissé entreprendre cette démarche tout en l’accompagnant. Julien, c’était moins sûr, c’est venu plus tard. ∏ Ce n’est pas rien de déléguer une conversion à un jeune installé. Comment cela s’est passé ? Annie. C’était son projet. Nous avions préparé le terrain. On avait déjà fait beaucoup d’efforts à tous les niveaux pour changer de système, il fallait du sang neuf pour passer cette nouvelle étape. François a mené le projet de conversion de A à Z. Jean-Yves. En 2010, il y avait des tensions sur les conversions laitières et la capacité d’absorption des volumes par les laiteries. On est allé plus vite que prévu et on a anticipé la conversion de 2 ans. On voyait le changement de système sur deux ou trois ans de plus. La conversion a coïncidé avec une année très sèche. On avait supprimé le maïs et implanté beaucoup de pâtures de printemps, qui ont pâti de ces conditions. Derrière, on a manqué de fourrage. François a tout pris sur ses épaules. Cet épisode nous a confirmé que la ferme avait

1982

HISTORIQUE ∏ Installation en cadre familial avec les parents et le frère de Jean-Yves (6 associés)


une réelle capacité à résister aux aléas. ∏ Avez-vous appris de votre fils à ce moment-là ? Annie : François avait un gros avantage, c’est qu’il ne doutait pas. Il n’a pas été atteint comme nous on aurait pu être atteint. On n’aurait pas passé cette épreuve comme ça s’il n’avait pas été là. Jean-Yves : Quand un jeune arrive sur une ferme, on a tendance à penser que ce sont des bras en plus. Je pense que quand un jeune arrive, c’est un cerveau qui arrive. Donc on les laisse faire des bêtises, quitte à ce que ça ait des petites répercussions économiques, mais on les dimensionne. Ça les responsabilise. Par exemple, semer des cultures dans des mauvaises conditions, François ne l’a fait qu’une fois. ∏ Sur un plan juridique, quelle forme cela a pris ? Jean-Yves. On était en EARL. On n’a pas discuté de la forme, mais la suite logique était de passer en GAEC. D’abord à 50-50 avec François : 50 pour lui et 50 pour nous. Au 1er janvier 2014, ce sera un GAEC à quatre : un tiers pour nous deux, un tiers pour François et un tiers pour Julien. Ça simplifie tout que nos deux enfants prennent la suite, car on ne se pose pas la question du partage. C’est une exploitation qu’on a reçue et qu’on transmet. On demande juste d’y rester et d’y travailler tant qu’on en a envie et de se désengager petit à petit des processus de décision jusqu’à ce que François et Julien soient autonomes. Annie : Quand François s’est installé, on s’est posé la question de devenir salariés de la ferme. On y a renoncé de peur que ça ne coûte plus cher à la structure. Ça mettait du flou dans les relations, car ça n’avait pas la même implication d’être salarié que d’être associé. Surtout d’être salarié de ses enfants. Là, on est tous sur un pied d’égalité. ∏ Il n’y a jamais eu de doute sur la capacité économique de la ferme à tous vous faire vivre ? Annie : Bien sûr qu’on a eu des doutes. A deux, c’était très bien. Mais ça nous a poussés à nous poser de nouvelles questions. On ne pouvait pas construire de projet si ce n’était pas économiquement stable. Jean-Yves : Une chose est sûre, on ne s’est jamais senti limités par la surface. Quand on juge que la surface n’est pas suffisante pour l’installation de son enfant, je trouve que ça dénote un malaise. Si on raisonne comme ça, on aboutit à se dire qu’il y a un humain en trop sur la ferme. Il faut réussir à créer plus de valeur ajoutée sur une même surface avec un concept fort qui est celui de l’autonomie. Ça permet d’éliminer le superflu et d’acquérir de nouvelles compétences.

ZOOM

Coût de la Transmission

" La diversité des productions Cession

sécurise le système "

Estimation

Donnation Aux enfants

aucune

Quand tu assimiles ce concept, tu ne le lâches plus jamais. Annie : Ce n’est pas un projet uniquement économique. On va tous dans le même sens. On travaille sur la botanique, on a planté des arbres, refait des talus, on travaille sur les zones humides, les enfants connaissent le nom de chaque champ en breton. C’est un projet de vie, et si on est tous d’accord là-dessus c’est solide. Avant, les gens qu’on voyait venir à la ferme, c’étaient des commerciaux, des gens qui venaient nous vendre quelque chose. Aujourd’hui, ce sont d’autres personnes, qui n’ont rien à vendre, c’est plus riche. ∏ Comment voyez-vous l’arrivée d’une nouvelle production sur la ferme ? Jean-Yves : On ne voulait pas toucher au système laitier. Le maraîchage c’est un vrai plus. Ça ne nécessitait pas un gros investissement, ça fait venir du monde sur la ferme de par la commercialisation en circuit court, et d’un point de vue technique, le maraîchage marche très bien après des vieilles pâtures. Julien était en stage à mi-temps chez un maraîcher. On lui a dégagé 3000 m2 de terrain pour qu’il puisse tester son système. Il va commencer avec déjà une saison derrière lui, et un début de clientèle. Ce qui est déjà un avantage pour lui, cela lui donne un capital confiance.

Julien Guillou, 30 ans : « J’ai eu un bac littéraire et j’ai poursuivi par des études d’histoire. J’étais intéressé par l’histoire en général et aussi par ma propre histoire et celle de ma famille. J’ai passé trois fois le concours pour devenir prof. Au bout de la deuxième fois j’en avais déjà marre. Je ne l’ai pas eu et j’ai passé un BTS horticole. J’avais besoin de me défouler et puis j’étais attaché à la ferme. Je me dis que quelque part c’était logique que je m’y installe. Il fallait trouver comment. C’est toujours difficile d’arriver dans une structure où il y a déjà des habitudes. Il faut se faire une place tout en ne prenant pas celle d’un autre. Le maraîchage, ça me permet d’avoir une partie plus à moi et comme ça les rôles sont bien répartis puisque mes parents s’occupent du troupeau et mon frère des cultures. Il n’y a pas de chef et c’est plus sain comme ça. Le maraîchage amène également une diversité qui permet de sécuriser le système dans le sens où si à un moment une activité va moins bien, elle peut être soutenue par l’autre. Mon frère s’est installé sans augmenter la surface de la ferme. De la même façon, je me dis qu’en intensifiant une petite surface avec une autre production on va dégager plus de revenus. Ça correspond bien à l’idée qu’on se fait de l’agriculture. »

∏ Quand envisagez-vous de partir à la retraite ? Jean-Yves. On ne rêve pas de la retraite. Il n’y a pas d’échéance. On prévoit de construire une maison un peu plus loin. Quand on quittera le logement, ce sera un peu comme un symbole. On va rester associés et on cèdera nos parts quand on n’aura plus de poids dans les décisions. On prélèvera ce dont on a besoin pour vivre sur le résultat de la ferme. On fonctionne comme une petite communauté, je n’attends rien d’en haut. Je préfère m’appuyer sur une ferme qui marche que sur l’Etat. C’est sûr que sans nos fils, on ne pourrait pas fonctionner comme ça. Mais l’autonomie est aussi une curieuse alchimie où chacun peut s’épanouir dans la proximité de l’autre.

2002

2010

2013

∏ Départ des parents à la retraite. Séparation du GAEC en 2 fermes. Jean-Yves et Annie entame la désintensification de la ferme et passe en système herbager

∏ Installation de François et conversion à l’agriculture biologique.

∏ Jean-Yves et Annie libèrent de la terre pour que Julien teste un atelier de maraîchage.

Itinéraires de transmission | Page 21

2014 ∏ Installation de Julien sur un hectare et 700 m2 d’abri en maraîchage biologique.


Transmettre à son fils

josée Le BARs " Michel refusait que son installation passe par un agrandissement " En 1984, Josée Le Bars s’est vue confiée la ferme laitière familiale. Là, elle a développé en parallèle un atelier légumes avec l’aide ponctuelle de son mari, Jean, puis l’embauche d’un salarié. Elle a également converti la ferme en deux temps. Elle y a élevé ses deux enfants, et a proposé à Michel de reprendre à son tour la ferme en 2005, sous la forme d’une donation. Il s’est installé en 2007 et a pris seul les commandes le 1er janvier 2013.

plouider | Finistère Age : 62 ans Installation : 1984 cession : 1er janvier 2013

Légumes : maraîchage diversifié et demi-gros

SAU : 32 ha.*

2 000 m2 de tunnels

30 VL

Commercialisation : laiterie, vente directe et grossiste pour les légumes

2 UTH 207 000 L (quota )

Chiffre d’affaire : 110 000 € EBE : 53 000 €

≈ Ferme après cession : même système ≈ Repreneur : michel Le bars (34 ans)

*SAU : dont

6 hectares de prairies naturelles et 6 ha sur une zone de captage (uniquement prairies de fauche sans fertilisation organique)

∏ Josée, lors de votre installation, vous avi ez vous-même repris la ferme familiale, comment cela s’était passé à l’époque ? J’ai pris la suite de mes parents en 1984. J’étais enfant unique, donc ça simplifiait les choses. A l’époque, la ferme s’étendait sur 15 hectares, se composait de 25 vaches laitières et d’un atelier de 200 porcs, qu’on avait arrêté avant la cession. Mon père a gardé les vaches et j’ai monté un petit atelier légumes de 1000 m2 quand je me suis installée. J’avais fait des études de sciences économiques, mais avec un intérêt pour l’agriculture, surtout pour les légumes. Je n’ai jamais traité mes légumes et j’ai entamé la démarche pour passer cet atelier en bio en 1987. En 1991, j’avais 2000 m2 de tunnels et j’ai pris un salarié à mi-temps, qui s’occupait plutôt des vaches. En 1999, j’ai décidé de convertir le lait en bio. On m’a déconseillé de le faire à l’époque, car j’étais sur une petite surface et qu’il n’existait aucune référence. J’ai franchi le pas, en 2001 je faisais du lait bio, et en 2002 j’ai pu récupérer des terres sur le périmètre de captage, puis 5 hectares d’un voisin pour atteindre une surface globale de 30 hectares. Ça a été dur, et il fallait être motivé pour passer en bio, car c’était petit et on est ici dans un milieu très traditionnaliste. Je voulais le faire avant de partir à la retraite. C’était passionnant, il y avait tout à créer. On s’est sevré de tout ce qui nous entourait : des techniciens, des commerciaux… Je me suis beaucoup intéressée à l’homéopathie. On a créé des références qui n’existaient pas et on les a partagées ensuite. Itinéraires de transmission | Page 22

∏ Votre mari ne s’est pas installé avec vous ? Non. Il travaillait comme formateur dans un institut rural, mais sur des matières générales. Quand je me suis installée, c’était inhabituel qu’une femme reprenne seule la suite de ses parents. Il y a eu des moqueries, sur le fait que je m’occupais d’un potager par exemple. ∏ Comment s’est décidé le fait de transmettre à votre tour à votre fils ? Personnellement, je voulais qu’il reprenne, car ça simplifiait les choses, ça évitait d’avoir des démarches à entreprendre pour trouver un repreneur et ça permettait que la ferme reste en bio. On lui a posé la question en 2004. A l’époque il était salarié dans un établissement d’enseignement agricole et il nous a dit qu’il voulait y réfléchir.

1984

HISTORIQUE ∏ Installation de Josée à la suite de ses parents et mise en place de 1000 m2 de tunnels


∏ Comment avez-vous fait pour aller au-delà de cette peur ?

Coût de la Transmission Cession

Donation parents / fils 18 hectares, Bâtiments, maison d’habitation

location des terres

250 €/ an / HA

pour les terres et le hangar

480 €/ an

pour 6 ha sur le captage

Estimation :

130 000 €

Ça nous a poussés à travailler sur l’autonomie et à optimiser. Michel refusait le postulat qui voulait que son installation passe automatiquement par un agrandissement de la ferme. On s’est dit : « Regarde ce que tu peux faire chez toi avant d’aller bouffer le voisin. » Dans les tunnels, j’ai retravaillé mes rotations, je suis allée au bout de chaque culture. On a stocké du foin et de la paille dans les tunnels plutôt que de construire un autre bâtiment. On a réparé du vieux matériel plutôt que d’en racheter du neuf, on a réagencé la stabulation. Surtout, la confiance était mon moteur principal. Je suis restée positive et ça m’a beaucoup aidée. Michel avait déjà de l’expérience, donc je l’ai laissé faire, j’avais confiance en lui. ∏ Comment avez-vous évalué votre ferme et comment l’avez-vous transmise à votre fils ?

∏ Vous ne vouliez pas pour autant lui forcer la main ? Non. Je ne voulais pas qu’il vienne à cause de la pression familiale. Même si on ne l’exprime pas elle peut se ressentir, donc mon discours était de lui dire que je serais très contente qu’il reprenne la ferme mais qu’il fallait que ce soit son choix. Je lui ai aussi fait savoir qu’il fallait que je prenne mes dispositions car je pensais qu’on n’avait pas assez de surface et que s’il voulait s’installer, je devais trouver des terres. C’était une décision qu’il ne fallait pas prendre à la légère. S’installer, cela nécessitait beaucoup de présence à la ferme, avec peu de moments libres. Il fallait qu’il en ait bien conscience. Il n’y avait rien d’urgent donc on lui a laissé le temps de réfléchir puisqu’il nous avait demandé un temps de réflexion. ∏ Une fois Michel installé, comment vous êtes-vous organisés au niveau du travail ? On a monté un GAEC à 50-50 dès que Michel s’est installé. Michel a récupéré la partie administrative. Ca l’intéressait et ça lui permettait dès le début d’avoir toutes les cartes en main pour gérer la ferme. Après c’était relativement facile, comme il y avait deux ateliers, j’ai gardé les légumes et Michel a pris en charge l’atelier lait. On a trouvé notre équilibre comme ça. ∏ Comment cela s’est passé sur le plan relationnel ?

On a fait évaluer la ferme par un notaire. C’est intéressant, car les notaires sont extérieurs au monde agricole et n’ont pas d’intérêts particuliers à défendre dans une transmission. Ils ont fait une estimation raisonnable. Par exemple ils ont estimé l’hectare à 6 000 euros, alors qu’on voit souvent des prix à 10 000 euros l’hectare par ici, c’est complètement déraisonnable. Pour la transmission, on a fait une donation de la ferme à Michel. Comme nous avions également un appartement, nous en avons fait la donation à notre fille pour que la répartition soit égalitaire. Cela n’a pas posé de souci étant donné que nos enfants s’entendent bien. Mes parents m’avaient également donné la ferme, donc c’était logique d’en faire de même. La terre ne m’appartient pas. ∏ Quel conseil donneriez-vous à un cédant ? Josée. Il vaut mieux régler la transmission tant qu’on est en bonne santé, comme ça c’est fait et on n’en parle plus. Il n’y aura pas de discussion après notre mort. Aujourd’hui tout est clair, il nous reste juste à solutionner le rachat de mes parts de GAEC par Michel.

ZOOM " Le côté sentimental a largement contribué à ma décision " Michel Le Bars : « Quand mes parents m’ont proposé de reprendre la ferme, j’arrivais au bout de ce que je faisais. A un moment, il faut avancer. Soit je me lançais, soit je renonçais définitivement pour qu’ils prennent leurs dispositions. J’ai réfléchi moins d’un an. Au bout du compte, qu’on le veuille ou non il y a un attachement à la terre. C’est dur à exprimer et c’est dur de rester rationnel quand on sait qu’on risque de devoir partir ailleurs. Donc le côté sentimental a largement contribué à ma décision. Dans ma tête, je devais au moins essayer. Une fois ma décision prise, j’ai avancé droit sans trop me retourner. Mon parcours d’installation était fléché, et donc assez facile car je prenais l’outil tel quel, sans projet de diversification ou d’extension. Par rapport à d’autres, j’acceptais la taille dite petite de la ferme. Je savais qu’on n’allait pas rouler sur l’or mais que la situation était assise et sans grosse prise de risque. C’était réconfortant. Je me suis fait un peu déborder en récupérant deux ateliers d’un coup. L’année de transition est un peu difficile et je ne l’ai pas assez anticipée même si j’avais quand même diminué le nombre de légumes. Dans ma tête, ça s’est télescopé avec des petites difficultés sur les animaux. Il y eu un petit moment de panique, mais j’ai accepté que je ne pouvais pas supporter une telle charge de travail et que ça ne durerait qu’un temps. Même si mes parents me remplacent de temps en temps ce n’est pas une situation durable, donc je commence à étudier l’idée d’une association, peut-être avec une autre ferme. Ça sera plus facile à deux. »

Jean. C’est important de se connaître. Connais-toi toi-même avant d’entreprendre. Être conscient de son esprit d’entreprise est pour moi bien plus important que d’avoir un tracteur de 200 chevaux.

Ça s’est bien passé, il n’y a pas eu de gros clash. Ma peur concernait plutôt sur la capacité économique de la ferme. Nous n’avons pas pu nous agrandir quand Michel s’est installé. Nous n’étions pas gourmand en salaire, autour de 1200 ¤ net chacun, mais je n’ai pas exprimé ça.

1987

1999

2004

2007

1er janvier 2013

∏ Conversion des légumes en bio

∏ Conversion des vaches en bio.

∏ Proposition de reprise à Michel.

∏ Installation de Michel.

∏ Cession définitive par donation de la ferme.

Itinéraires de transmission | Page 23


Quels outils pour transmettre ma ferme ? ≈ Le GAB... à l'écoute des cédants Chaque GAB travaille sur les questions de la transmission avec un réseau de partenaires : Civam, Terres de liens, Chambre d’agriculture, AFOCG, Adéar, Afip... Dans chaque GAB, un technicien peut vous accompagner dans votre projet de transmission. Dès que vous songez à transmettre votre ferme, prenez contact avec lui. Il vous aidera dans les démarches à suivre, sur les points sensibles et sur la mise en place d’un calendrier. Les GAB et leurs partenaires proposent des formations pour appréhender la transmission et ses diverses composantes : retraite, estimation de la ferme, foncier, etc.

≈ Le Répertoire départ-installation Outil gratuit, le Répertoire départ-installation, géré par l'Odaséa, a été créé dans le but de favoriser les transmissions en mettant en relation des cédants avec des porteurs de projets. Cédants et candidats à l’installation peuvent être reçus par un conseiller et ainsi bénéficier des conseils et d’un accompagnement personnalisés à destination des cédants comme des repreneurs. Chaque année ce sont environ 500 (547 en 2012) nouveaux porteurs de projets qui s’inscrivent au RDI, alors que seulement 200 nouvelles offres sont proposées (206 en 2012). En 2012, le RDI recensait ainsi 2 602 candidats à l’installation pour 389 offres de fermes. Un décalage récurrent qui rebute 20% des candidats à l’installation, sachant qu’il faut en moyenne un dizaine de mises en relation pour voir un projet aboutir. Sources : Chiffres clés installation - transmission - Chambre d'agriculture de Bretagne - Mai 2013

≈ Pour avoir un boîte à outils complète. De nombreux outils sont à la disposition des cédants : Aides PIDIL, Contrat de pré-installation, Diagnostic de reprenabilité, Guide transmission, Visites transmission, Formations...Pour connaître l'ensemble de ces dispositifs vous pouvez vous tourner vers les acteurs de l'installation-transmission : réseau GAB-FRAB, CIVAM, Chambre d'agriculture, etc.

Gérer le foncier ≈ GFA ou SCI? Les GFA et SCI sont des sociétés civiles permettant d’acquérir et de gérer de manière collective des biens fonciers et immobiliers (uniquement agricoles pour le GFA). Le capital social de la société est composé des parts apportées par les associés : personnes physiques (et morales dans les SCI). Ce capital permet d’acheter le foncier que la société loue à un agriculteur par bail rural.

≈ La foncière terre de liens Pour permettre à des citoyens et des paysans de se mobiliser et d’agir sur le terrain, le mouvement Terre de Liens a inventé de nouveaux outils pour la préservation de terres agricoles et ainsi faciliter leur transmission sur le long terme à des générations successives de paysans. La Foncière Terre de Liens est une société d’investissement solidaire ouverte aux citoyens, à qui elle permet de placer leur épargne dans un projet à haute valeur sociale et écologique. Le capital accumulé sert à acheter des fermes pour y implanter des activités agri-rurales diversifiées. La Foncière loue ces fermes à des paysans dans le cadre de baux ruraux assortis de clauses environnementales négociées entre elle et le futur fermier.

La terre, outil de travail du paysan, est donc acquise et gérée par la société civile

Plus d’info sur : www.terredeliens.org

L’agriculteur, sous le statut du fermage, est locataire de la société.

≈ Fondation Terres de Liens

La gestion de la société se définit dans les statuts, qui doivent donc être adaptés au projet souhaité. Une ou plusieurs personnes sont choisies par décision collective pour administrer la société : le ou les gérants de la société.

La Fondation Terre de Liens a été reconnue d'Utiilité Publique en 2013. Elle permet de recevoir des dons, mais aussi des legs de terres et de fermes.

En outre, ces sociétés peuvent s'avérer intéressantes pour réfléchir à la transmission de biens familiaux et éviter des situations d'indivisions souvent complexes. Terre de Liens Bretagne peut vous aider à définir la forme juridique correspondant à votre projet et vous accompagner dans les étapes de création et dans la mise en relation de sociétés déjà présentes sur la région Bretagne.

≈ Le portage foncier Ce dispositif, permet de mettre en réserve un bien agricole (bâti ou non) durant une durée définie afin de le rétrocéder ensuite aux porteurs de projet une fois l’installation effective. Ce dispositif, destiné aux porteurs de projets agri-ruraux innovants (circuits courts, bio, forte intégration sur le territoire…) hors cadre familial, est piloté par le conseil régional ; le Conseil général d’Ille et Vilaine a également mis en place ce dispositif à l’échelle du département. Il peut être activé soit par la SAFER, qui va proposer à la collectivité de stocker le bien puis de trouver un candidat via un appel à projet ; soit par un porteur de projet qui va repérer un bien et proposer à la collectivité d’activer le dispositif. Une fois le dispositif activé, la collectivité va prendre en charge les frais inhérents au stockage. Les porteurs de projet peuvent ainsi monter et finaliser leur projet sereinement et cette action permet d’éviter le démantèlement des exploitations tout en inscrivant les projets dans une dynamique de territoire. Plus d’infos : www.ille-et-vilaine.fr et www.bretagne.fr Itinéraires de transmission | Page 24

≈ Les nids d’activité Le nid d’activité est une forme d’installation consistant pour un agriculteur à mettre à disposition de la terre ou des bâtiments pour qu’un porteur de projet puisse se tester et créer une nouvelle activité. Cette mise à dispositions peut s'accompagner d'un prêt de matériel, d'un échange de savoir-faire ou d'une insertion territoriale. Pour un cédant, le nid d’activité peut avoir plusieurs avantages : • CRÉER une nouvelle activité ou compléter une activité déjà existante • VALORISER des bâtiments non utilisés ou des terres disponibles • CRÉER une nouvelle dynamique humaine, voire s’assurer une transmission plus sereine Les Nids d’Activité est un projet du collectif d'associations La Marmite, Entraide Rurale en Pays de Vilaine, la FDCIVAM35 et Terre de Liens Bretagne.

Les adresses utiles www.agrobio-bretagne.org

www.fnab.org

www.paysans-creactiv-bzh.org

www.conversion.org

www.repertoireinstallation.com www.jemelanceenagriculture.com www.terredeliens.org/bretagne


Comment estimer sa ferme et construire son prix? La valeur d’une ferme est une notion complexe car elle touche aux représentations de chacun sur ce qu’on transmet : bâtiments, terres, cheptels, matériel, voire DPU, clientèle... Il existe différentes manière d’estimer le prix d’une ferme : les deux principales sont la valeur patrimoniale et la valeur de reprenabilté. Si les cédants ont d’abord tendance à se tourner vers la valeur patrimoniale, ils doivent prendre en compte la valeur de réprenabilité, notamment sur des petites structures. En effet, une fois chiffrées, il y a souvent un écart important entre ces deux valeurs. Cette base sert souvent de base de négociation, et le prix définitif se situe entre ces deux valeurs, entre les besoins futurs du cédant et la capacité financière du repreneur.

≈ Construire son prix en 4 étapes 1. Evaluer ses besoins en se basant sur ses relevés de compte et la comptabilité de la ferme 2. Lister ce qu’on a, ce qu’on veut transmettre et à quel prix 3. Calculer avec le porteur de projet la valeur de reprenabilité de la ferme 4. A partir de cette valeur et de la proposition du cédant, le repreneur

Définition

Valeur patrimoniale

Estimation par des experts de l’ensemble des actifs nécessaires au fonctionnement de l’entreprise

peut étudier les pistes de financement et faire une proposition

≈ L’œil des spécialistes François Berrou, animateur AFOC 53 « La démarche classique consiste pour les agriculteurs à remettre leur vie entre les mains d’un expert, qui va dire ça vaut tant. Or c’est aussi aux gens de réfléchir à la manière dont ils vont déterminer la valeur de leur ferme en fonction du projet qu’ils ont derrière. Il y a des facteurs qui vont influencer la valeur : le marché, veut-on louer ou vendre ? Il y a aussi des déterminants idéologiques qui vont entrer en ligne de compte. Il y a les optimistes qui se disent : « On s’en est toujours tiré jusqu’ici, je ne vois pas pourquoi on ne s’en tirerait à présent. » ; et il y a les pessimistes qui se disent qu’ils vont avoir du mal à vivre avec ce qui va leur rester. La valeur de la transmission, c’est l’argent, bien sûr, mais c’est aussi le projet de vie qu’il y a derrière. « L’autre facteur, c’est que les prix s’ajustent en fonction du repreneur. L’affectif joue, mais si un cédant voit un gars qui a les moyens, il va forcément vendre au prix fort ; si en face, c’est un gars qui a un super projet mais qui est un peu juste, le prix va s’ajuster à la baisse. Il ne faut pas être naïf. Il faut être conscient que quand on cède sa ferme, on n’a plus aucun droit dessus. Les gens veulent que ça continue comme avant, mais rien ne va le garantir. Il faut accepter, qu’on le veuille ou non. La transmission est réussie quand on ne transmet rien et qu’on laisse à quelqu’un la possibilité de construire un projet. » Marie-Isabelle Le Bars, chargée de mission Odasea Bretagne « Une exploitation agricole n’est pas seulement un patrimoine, c’est aussi un ensemble économique avec un potentiel de rentabilité. Avant de la céder, il faut définir sa valeur. Céder son exploitation s’anticipe 2 à 3 ans minimum avant la date de départ. .

Principe Bâtiments et matériel : évaluation de la valeur à neuf ou d’achat réactualisée avec des indices (coût construction...) diminuée d’un coefficient de vétusté

Avantages

inconvénients

Valeurs concrètes, points de repère présents dans la comptabilité

Certains biens n’ont de valeur que dans la mesure où ils forment un tout

Valeur économique de l’exploitation.

Sensible à l’hypothèse retenue de rémunération du travail. Base de la négociation sur la capacité du repreneur

Cheptel : en fonction du niveau génétique, de l’état sanitaire, de l’âge moyen

Valeur de reprenabilité

Analyse du revenu dégagé par l’exploitation et de la capacité de remboursement générée

À partir des résultats moyens de l’exploitation et d’une rémunération du travail fixée, on évalue le montant des annuités qu’il est possible de rembourser chaque année.

Repères concrets de gestion pour le repreneur.

Source : AFOCG31

Itinéraires de transmission | Page 25

"Beaucoup de vendeurs ont naturellement tendance à surévaluer leurs biens. L’évaluation patrimoniale a ses limites : Comment évaluer les biens incorporels qui participent à la réalisation du revenu ? Quelle valeur donner au droit à produire, aux primes, à une clientèle ? Comment intégrer dans la valeur d’un bien les règles environnementales ? C’est là qu’intervient la méthode de la valeur économique de l’entreprise. "La valeur de l’exploitation est liée au revenu qu’elle peut dégager. L’indicateur clé de la capacité économique d’une entreprise est l’Excédent Brut d’Exploitation. L’EBE susceptible d’être atteint par l’exploitation sera appréhendé par une étude prévisionnelle. L’EBE, diminué des annuités liées aux investissements obligatoires (mises aux normes), de la rémunération du travail des exploitants, détermine la capacité de remboursement de l’entreprise. D’autres valeurs économiques, comme la valeur de rendement ou la méthode d’actualisation des flux économiques futurs, pourront aussi être approchées. "Pour parfaire l’évaluation économique, l’appréciation des risques encourus par l’entreprise est utile. L’évaluation a pour but de déterminer un espace de négociation entre le vendeur et l’acheteur afin d’aboutir à un accord. Dans les autres secteurs d’activités, la valeur économique est la base essentielle de la négociation. La valeur de reprenabilité dépendra de la capacité financière de l’acquéreur, notamment à rembourser les fonds empruntés. "La transmission de son exploitation doit s’anticiper longtemps à l’avance, voire faire partie des éléments de réflexion lors d’étapes importantes de la vie d’une entreprise : investissements, agrandissement, regroupement... Le juste prix sera celui auquel l’exploitation trouvera un acquéreur." Lysiane Jarno, animatrice Terre de liens Bretagne « On incite à avoir deux évaluations extérieures pour construire son prix. Ça permet d’avoir de l’objectivité et de se détacher d’une vision nostalgique de la ferme qui peut fausser le jugement au moment de l’évaluation. Il faut s’y prendre tôt car c’est indispensable de garder un temps de négociation important. La rédaction de l’annonce doit être claire, elle doit mentionner le prix de chaque élément : parcelles, bâtiment, matériel et maison d’habitation agricole. Il va falloir faire attention à un phénomène dans les années à venir qui est celui de la tentation des cédants à vouloir vendre d’un côté la terre à un prix agricole mais de vendre la maison à un prix non agricole, ce qui va à l’encontre d’une politique cohérente d’installation. »


Une transmission réussie de A à Z

A

comme anticipation.

B

comme bail.

C

comme conjoint.

D

comme donation.

E comme estimation.

Tous les cédants le disent : anticiper est une des clés de la réussite de la transmission. Dans l’idéal, il faut entamer les démarches 5 ans avant son départ à la retraite pour pouvoir aborder tous les points clés. D’abord on réfléchit, et ensuite on transmet. La transmission peut même se penser dès l’installation. Une chose est sûre, plus c’est tôt mieux c’est. Mettre tout à plat et par écrit au moment du départ à la retraite peut par exemple éviter des problèmes d’indivision par la suite et solutionner les problèmes si jamais vous êtes dans une situation de dépendance (maladie, tutelle, etc.). Chaque transmission est unique. Ce qui n’a pas marché chez le voisin marchera peut-être chez vous. Lors d’une transmission, il faut penser à y associer beaucoup de monde, notamment les propriétaires des terres qu’on loue. Les y associer et leur présenter son repreneur peut permettre d’assurer une continuité des baux et assurer son repreneur de pouvoir exploiter les terres en location. En effet, 80% des terres bretonnes sont en fermage et un départ à la retraite peut provoquer une envie de vendre de la part du propriétaire. A-t-il envie de rester vivre sur la ferme ? Quel est son projet de vie après la ferme ? On peut avoir tendance à penser les choses à sa place et se tromper. Il est important que chacun réfléchisse de son côté à son projet et de confronter les visions de chacun ensuite pour construire un projet commun. La donation aux enfants doit être traitée équitablement. Il est important de garder à l’esprit qu’il faut essayer d’équilibrer entre les enfants. Même si la décision vous revient, ce n’est pas parce qu’un enfant vit plus loin et n’est pas intéressé par la ferme qu’il ne faut pas en tenir compte dans la réflexion. Combien vaut votre ferme ? Pour le savoir il existe différentes méthodes de calcul. La valeur patrimoniale, qui se base sur l’estimation de la ferme à un moment donné (bâtiment, matériel, cheptel, stock, etc). La valeur de reprenabilité se base sur les résultats économiques de la ferme et de la capacité de remboursement du repreneur. Ces méthodes peuvent être complémentaires. La valeur sentimentale et la nostalgie peuvent interférer dans l’estimation. Il est intéressant d’avoir deux estimations pour établir le juste prix.

F

De nombreuses formations existent pour les cédants. C'est un bon moyen pour appréhender la transmission. Pour les connaître, n'hésitez pas à contacter le GAB de votre département.

G

L’équilibre d’un GAEC est une délicate alchimie. Quand un associé quitte le GAEC, cela peut le remettre en cause. Lors d’une transmission il se pose une double question : comment trouver un repreneur et comment assurer la transmission (transmission du capital) et le savoir-faire acquis ? Là encore, il convient de s’y prendre longtemps à l’avance et en fixant les règles du remplacement d’un associé lors de la constitution du GAEC.

comme formation.

comme GAEC.

H

comme habitation.

I

comme Information.

J

comme juridique.

K

comme Kapital foncier.

L

comme location.

M

comme moins mauvaises solutions.

La maison d’habitation est souvent au cœur d’une transmission. Il faut savoir si on souhaite ou non rester habiter sur place, et au-delà de ça, savoir si on en a les moyens : impôts fonciers, taxe d’habitation, chauffage, électricité... La phase d’information et de réflexion est la première à mener avant de se jeter à corps perdu dans la recherche d’un repreneur. Pour cela, vous pouvez vous tourner vers le GAB. Les cafés transmission des Civam, sont des bons lieux pour recueillir des infos et témoignages utiles. La Chambre d’agriculture et la MSA proposent également des journées d’information : « Demain je transmets ». La transmission peut virer au casse-tête juridique, car elle se pense aussi en termes de fiscalité ou d’héritage. Dans ce cas, il y a plusieurs solutions d’accompagnement : Terre de liens, GAB, Civam, centre de gestion, Chambre d’agriculture, notaire, comptable…

Il n’y a pas de solution miracle, mais des outils innovants existent. Cf pages boîtes à outils.

Elle peut être intéressante pour un cédant qui souhaiterait un complément de revenus en supplément de sa retraite.

Il faut toujours chercher la moins mauvaise solution, c’està-dire celle qui répond au mieux à ses attentes. Pour le savoir, il faut s’être posé la question de ce qu’on veut, et prioriser. Cela n’empêche pas d’être capable par la suite de s’adapter à la situation.

Itinéraires de transmission | Page 26


N

comme négociation.

O

comme ouverture.

P

Trouver un repreneur prend du temps. Il faut accepter de rencontrer plusieurs porteurs de projet, parfois « pour du beurre », dont certains qui n’en sont qu’au début de leur recherche. Ces rencontres et cette ouverture peuvent nourrir des discussions, permettre d’envisager une autre activité pour la ferme et nourrir son projet. Trouver un repreneur n’est pas facile. Passé les premiers contacts, il faut que ça colle sur le terrain. Le stage de parrainage est un dispositif qui permet d’accueillir le porteur de projet comme stagiaire pour une période de de 3 à 12 mois sur la ferme. S’il s’agit d’un associé successeur, un stage d’évaluation permet de tester l’association. Puis une véritable période probatoire doit être mise en place sur une durée de 6 à 18 mois. Il existe des aides pour financer ces dispositifs.

comme période d’essai.

Q

comme qui?

R

comme retraite et revenus.

S

Il ne faut pas toujours se fier aux offres de départ. Toute chose est négociable. En tant que cédant, il faut définir ce qu’on veut, donc ce qui est négociable, et ce qui n’est pas négociable. La négociation est souvent facilitée par l’état d’esprit du cédant et du repreneur.

comme système.

Qui va reprendre ma ferme et comment le trouver ? C’est souvent la première question qu’on se pose. On doit cependant avoir bien réfléchi son projet avant de partir à la recherche du repreneur idéal. Pour cela il est préférable de multiplier ses chances : mobiliser ses réseaux (amis, voisins, agriculteurs, groupe d’échange), le Répertoire départ-installation, les petites annonces Symbiose, les cafés transmission etc.

Calculer le montant de sa retraite est une des premières choses à faire. Pour cela, il faut contacter la MSA. Cette première étape va permettre de faire le point sur ses ressources et ses besoins et de construire son projet de vie en fonction. Certains ont du patrimoine ou du capital, il est important de faire la liste de l’ensemble de ses revenus

Aucun système n’est immuable. Or, il existe souvent un paradoxe, car bien souvent, les gens qui souhaitent fortement transmettre leur ferme sont aussi ceux qui sont le moins prêts à voir le cédant modifier le système, et donc parfois ceux qui ont le moins de chance de pouvoir la transmettre. Souvent, les personnes qui ont des convictions fortes ne sont pas prêts à lâcher prise.

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T

comme transition.

U

comme ultimatum.

V

comme valeur ajoutée.

W

comme web.

X

comme rayons X.

Y

comme yoyo.

Z

comme zizanie.

Dans toute cession, il y a une phase de transition, qu’on appelle aussi rupture. Il faut accepter que la ferme et le projet qui va avec ne nous appartiennent plus. Cela ne signifie pas l’exclusion, néanmoins il faut fixer des règles de fonctionnement, notamment si le cédant reste habiter sur les lieux et qu’il souhaite donner un coup de main de temps en temps. Si un de vos enfants souhaite reprendre la ferme, il est important de lui fixer une date butoir pour qu’il donne sa réponse. On voit par exemple des couples qui, à 70 ans, attendent encore la réponse de leur enfant. Faire un diagnostic de sa ferme peut être un plus pour un cédant. Cela peut lui permettre de cibler les points forts de sa ferme, et surtout d’anticiper les améliorations possibles (atelier de transformation, vente à la ferme, accueil, création d’une autre activité, etc), qui sont de potentiels facteurs de valeur ajoutée pour l’avenir et pour le repreneur. Une autre appréciation de la valeur de la ferme permet aussi de penser que d'autres projets peuvent s'y mener par la suite, et donc ouvrir le champ des possibles de reprise. Internet est une mine d’informations, qui peut permettre dans un premier temps de s’informer sur la transmission.

Passer sa ferme aux rayons X en compagnie du repreneur peut éviter des malentendus. Lister ensemble ce qui est à reprendre permet de clarifier la situation. Ensuite il est conseillé que chacun fasse une estimation de son côté et de confronter les visions ensuite.

Une transmission c’est long. Le moral peut faire le yo-yo, ce qui est tout à fait normal.

Lors d’une transmission, les relations avec l’entourage ou les voisins peuvent vite tourner au vinaigre. Les voisins qui convoitent les terres en cours de cession quand on part à la retraite, c’est fréquent. Certains pensent même qu’elles vont leur revenir de droit. Dans ce cas, il est important de leur faire connaître et d’expliquer votre projet et de dire que vous souhaitez installer un jeune. Cela évitera peut-être des malentendus.


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