Itinéraire installationbd

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SOMMAIRE

Page 2 Page 3 Page 4 et 5 Page 6 et 7 Page 8 et 9 Page 10 et 11 Page 12 et 13 Page 14 et 15 Page 16 et 17 Page 18 et 19 Page 20 et 21 Page 22 et 23 Page 24 Page 25 Pages 26 Pages 27

≈ Sommaire ≈ L’introduction « derrière chaque installation, se cache un parcours unique » ≈ « La bio correspondait à mon envie d’intégrité », Arnaud Daligault, maraîcher en Ille-et-Vilaine « Etre en GAEC permet de bien répartir le travail », Bénédicte Clermont, Productrice de lait en Ille-et-Vilaine ≈ « Sans Terre de liens, je n’aurais pas pu m’installer », Mickaël Berthelot, maraîcher en Ille-et-Vilaine ≈ « Le respect de l’environnement est la première motivation », Christelle Guérin, éleveuse de brebis viande, avec ferme pédagogique et chambre d’hôte, dans le Morbihan ≈ « Nous avons fait un contrat parrainage-installation », Fabien Tigeot, producteur de viande bovine, dans le Morbihan ≈ « J’étais maçon et Jean-Charles infirmier », Julien et Jean-Charles Métayer, Eleveurs de volailles dans le Morbihan ≈ « Nous développons une gamme de produits transformés pour gagner en valeur ajoutée », Frédérique Trochereau, productrice de plantes aromatiques et médicinales dans le Finistère ≈ « Il faut faire des formations avant de se lancer », Solène Larzul, chevrière dans le finistère ≈ « Un agriculteur proposait une partie de ses terres », Solenn Becel, maraîchère dans les Côtes d’Armor ≈ « Etre deux, c’est aussi entreprendre de nouvelles choses», Dominique Boutouiller, éleveur de porcs et producteur de légumes dans les Côtes d’Armor ≈ Zoom sur l’insertion sur le territoire ≈ Zoom sur l’accompagnement post installation ≈ Les chiffres de l’agriculture biologique en Bretagne ≈ Les actions du réseau GAB/FRAB en Bretagne

Une publication du réseau GAB - FRAB : Imprimé par Gueutier - Cesson Sévigné [35] - sur papier recyclé N° ISBN : 978-2-915631-23-4 Création / conception : Agrobio 35 Rédaction : FRAB ( Virginie Jourdan ) Crédits photos : Agrobio 35 ( Matthieu Chanel ) Achevé d’imprimé en décembre 2011 Toute reproduction totale ou partielle est interdite sans l’accord exprès de la FRAB Pour commander ce document, contactez : Fédération Régionale des Agrobiologistes de Bretagne ZI Sud-Est - 17, rue du bas village - CS 37725 35577 Cesson Sévigné Cedex T 02 99 77 32 34 www.agrobio-bretagne.org


INTRODUCTION Entre 2000 et 2010 l’agriculture bretonne a perdu 1/3 de ses fermes et le quart de l’emploi agricole permanent (source Agreste DRAAF Bretagne). Dans le même temps, l’agriculture bio bretonne a progressé (environ 4,2% des structures agricoles). Cette augmentation est bien entendu due aux conversions des fermes conventionnelles vers l’agriculture bio mais les installations permettent d’accentuer cette tendance. En effet sur les années 2010 et 2011 ce sont environ 20 % des installations aidées qui l’ont été en bio ! Alors que certains prônent la consolidation des exploitations par l’agrandissement, et par voie de conséquence la disparition de fermes, au sein du réseau GAB FRAB nous pensons, et le prouvons, qu’il est possible de faire autrement. L’augmentation de la valeur ajoutée sur les fermes (en privilégiant les circuits de proximité, la transformation…), ou encore le travail sur l’autonomie permettent de consolider économiquement et socialement les structures. Nous allons même plus loin : il n’est pas rare qu’aujourd’hui des agriculteurs bio laissent un peu de leur surface pour permettre l’installation. D’autre part les communes, communautés de communes et autres collectivités locales commencent elles aussi à se préoccuper du problème en préemptant des terres pour favoriser l’installation. Le travail réalisé par Terres de lien est exemplaire et permet d’avoir une toute autre approche du foncier. Autre fait marquant, l’installation hors cadre familial se développe, et concerne désormais 30 % des jeunes installés. D’après l’observatoire de la production bio de la FRAB ce sont environ 15 % des fermes bio bretonnes qui vont être à reprendre dans les 5 ans, dont près de la moitié (42%) n’ont à ce jour pas de repreneurs connus. L’accompagnement des transmissions est donc essentiel pour que ces exploitations trouvent un successeur et reste en bio. Notre réseau y travaille activement, mais c’est également l’affaire de nous tous ! Notre prochain recueil sera peut être «itinéraires de transmission» ! Au-delà de ces chiffres, derrière chaque installation, se cache un parcours unique, une femme ou un homme, qui fort de ses convictions, a fait le choix d’un métier. Et davantage encore. Le choix d’une philosophie, celle du lien aux hommes et à la terre, le choix de l’environnement, de la préservation de la santé…. Sans être exhaustif sur les profils de ces nouveaux arrivants dans le monde de la bio, le réseau GAB-FRAB vous présente à travers ce recueil, le parcours et les trajectoires de 10 agriculteurs qui se sont installés en bio. Des exemples issus de différentes productions, agrémentés de données techniques et économiques. Ces portraits susciteront peut être de nouvelles vocations, que notre réseau se fera une joie d’accompagner dans la réalisation de leur projet. Tous ces producteurs ont osé la bio ! Un grand merci à eux d’avoir bien voulu témoigner, je vous souhaite une bonne lecture !

Jean-Paul Gabillard, Maraîcher et président de la FRAB Bretagne. Installé depuis 1990, il a converti son exploitation en 2000.


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" La bio correspondait à mon envie d’intégrité " Arnaud Daligault (33ans) s’est installé en maraîcher, à Montreuil-le-Gast, en Ille-et-Vilaine, en 2007. Depuis début 2011, sa compagne, Céline Yeurc’h, qui était conjointe collaboratrice depuis 3 ans, s’est elle aussi installée. Ensemble, ils ont créé l’EARL Le Coucou. Pour Arnaud, l’installation en maraîchage bio ne s’improvise pas. Elle doit être mûrie, ne pas souffrir de sous-investissement et se réaliser, si possible, dans un cadre collectif.

Arnaud Daligault EARL Le Coucou / Montreuil-le-gast ≈ 4 ha de SAU dont 4400 m2 de couvert froid ≈ Légumes : 16 variétés de légumes (dont tomates, concombres, aubergines, poivrons, fenouil, épinards, mâche, salade, poireau...) + prairies temporaires ≈ Vente directe en panier et marché au sein d’un GIE de producteurs ≈ Vente en magasins spécialisés, magasin à la ferme, restauration collective (GIE MangerBio35) et grossiste en indépendant

3.3

UTH

4ha

SAU dont 4400 m2 de couvert froid

∏ Pourquoi es-tu devenu agriculteur et que faisais-tu alors ? Quand je me suis installé, j’étais déjà dans l’agriculture depuis 10 ans. J’ai fait un BTS Productions Animales en 1997. Je ne me reconnaissais pas dans la formation. Mais il fallait que je trouve un boulot et comme je n’avais jamais travaillé en ferme, je voulais d’abord être salarié agricole avant de devenir technicien de coop. A la sortie du BTS, j’ai travaillé comme responsable maternité dans une porcherie industrielle pendant 3 ans et demi. A l’époque, être dans l’agriculture, c’était déjà une reconversion puisque j’avais fait des études littéraires. Mais l’agriculture m’attirait, surtout les bestiaux. Ensuite j’ai rencontré ma compagne et ça a changé pas mal de choses. Elle travaillait dans une collectivité, notamment sur la mise en place de repas bio dans les cantines. Je connaissais très peu la bio. On n’en avait jamais parlé dans la formation. Excepté une fois : nous avions fait une visite sur des systèmes dits atypiques. Finalement, quand je suis entré en CS de technicien bio au Rheu en 2003, j’ai découvert cette agriculture et ses techniques et cela m’a tout de suite donné envie de m’installer. Mais le projet d’installation s’est construit à deux. Je ne me serai jamais installé sans Céline. ∏ Et pourquoi t’es-tu installé en bio ? Je voulais exercer un métier intéressant et rémunérateur, porteur de valeurs humaines et économiques qui me conviennent. Et la bio permet cela. J’avais envie d’intégrité et envie d’aller aux antipodes de ce que j’avais pu faire avant. Je garde un vrai dégoût de l’expérience que j’ai eue dans l’agriculture industrielle. Pourtant mon patron était un homme bien. Mais il n’y avait aucune reconnaissance du paysan, un côté intensif, des importations massives, un système dans lequel tu n’es absolument pas maître de ton avenir, une absence de considérations vis-à-vis de l’environnement et des paysans qui ne vivent même pas de leur métier. Ce qui m’a attiré dans la bio, c’est être autonome, avoir des notions d’agronomie que tu mets en pratique. Pendant le stage de ma formation CS, j’ai découvert qu’une ferme en bio pouvait être une ferme très simple, c’est-à-dire non industrielle et non intensive, mais très technique. Tout était très pointu, basé sur l’observation et sur des techniques culturales pointilleuses. Ces personnes vivaient de leur métier et portaient des valeurs de l’économie sociale et solidaire. ∏ Quels sont les principaux écueils que tu as rencontrés et comment les as-tu surmontés ? Nous avions d’autres terres en vue avant celles sur lesquelles nous sommes à présent : une association pour du maraîchage avec les éleveurs laitiers chez qui j’avais effectué mon stage durant le CS. Ils étaient en location à 100%. Nous avons bossé pendant 8 mois. Mon projet était monté, complet, les banques suivaient. Mais un mois avant la date d’installation, les propriétaires se sont opposés à l’installation. Ça a été une grosse claque. Fin 2006, nous avons rencontré le propriétaire d’un poney club qui était un nid d’activité. Il cherchait, en effet, à céder 2 hectares pour installer des jeunes maraîchers. Ça s’est fait très vite. Nous avons acquis les deux hectares


ZOOM : « C’est un métier à part entière, il faut se donner les moyens de l’exercer » Je dirais que la bio, être paysan, c’est un métier. En maraîchage, on nous parle parfois d’installation progressive et ce terme me gêne. Evidemment, on ne s’installe pas avec tout en neuf : tracteurs, bâtiments, serres, etc. N’empêche que lorsque l’on s’installe, il faut déjà penser sérieusement à son matériel, au temps de travail, pour ne pas se retrouver à bosser 70 heures par semaine parce que l’on manque de bras ou de matériel. C’est un métier à part entière, alors il faut se donner les moyens de bien l’exercer : avoir des connaissances, acquérir de l’expérience. En plus, en prévoyant bien sa stratégie commerciale dès l’installation et en se faisant connaître, il n’y a vraiment pas de risques de se planter au niveau débouchés parce qu’il y a encore une grosse demande à satisfaire. Nous ne sommes que 3% d’agriculteurs bio en Bretagne, il y a une sacrée marge ! Et il faut aussi se lancer sans avoir peur. Parfois, quand je dis que j’ai 15 000 euros d’annuité, ça fait peur. Mais il faut voir qu’il y a un chiffre d’affaires en face. Et nous avons fait 100 000 euros d’investissement pour nous installer, ce n’est pas tant que ça. Je dirais aussi qu’il ne faut pas s’installer seul. Il faut s’associer à d’autres producteurs sous une forme ou sous une autre : GIE, achat de matériel, partage des productions, vente directe en commun. C’est un moyen de mutualiser les énergies, les moyens humains et matériels. Dès que l’on rationnalise un peu, on gagne en énergie, en temps de travail et en rémunération.

et nous y avons adapté ce que nous avions prévu de faire sur le premier projet. Je me suis beaucoup inspiré de ce que j’avais vu chez Luc, le maraîcher chez qui j’ai effectué mon stage 6 mois puis du salariat et qui nous a cédé son activité.

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Aides et Investissements

∏ Reprise de clientèle et fond

de roulement

∏ De quel type d’accompagnement as-tu bénéficié pour ton installation ? Nous avons repris une activité commerciale soit 300 paniers de légumes et de la vente directe sur le Marché des Lices à Rennes. Notre cédant, Luc, nous a donc accompagnés dans notre installation et il nous a formés. Il m’a donné des repères et certaines de ses données techniques et économiques. Avant de m’installer, je fréquentais aussi le réseau Civam (Centres d’Initiatives pour Valoriser l’Agriculture et le Milieu rural). Je faisais partie d’une commission installation qui réunissait des formateurs, des syndicalistes agricoles, des porteurs de projet. C’est comme ça que j’ai pu rencontrer des paysans chez qui j’ai travaillé. Nous y discutions aussi de notre projet et cela nous a permis de le nourrir et de le mûrir. Un jour, on m’a dit qu’un paysan cherchait un stagiaire 6 mois et puis on m’a appelé pour me dire qu’un autre paysan cherchait à installer de jeunes maraîchers. En étant dans un réseau, tu provoques la chance. Et puis au moment de l’installation, le paysan qui nous cédait les terres et qui nous accueillait sur sa ferme, nous a prêté du matériel, des bâtiments et même une cuisine car, à l’époque, nous habitions à 25 kilomètres du lieu des cultures.

17 000 ¤ 15 000 ¤ ∏ Bâtiments et aménagements

(1) Montant des DJA. (2) Conseil général d'Ille-et-Vilaine non liés à l'investissement mais purement sur l'installation. (3) Conseil régional : encouragement à l'agriculture bio.

6 000 ¤ 5 000 ¤

(3) (2)

12 800 ¤

(1)

Aides Résultats 2010

18 000 ¤ ∏ tracteur, matériels de

culture, utilitaire de livraisons

9 600 ¤

∏ Achat Foncier*

25 000 ¤

∏ Irrigation (forage, pompe,

bassin, tuyaux, raccords, etc.)

28 000 ¤

∏ Tunnels et plastiques

Investissements * Achat de 2 ha à 4800 ¤/ha et 2 hectares en location à 150 ¤/ha/an.

CA : 140 000 ¤ EBE : 58 000 ¤ Annuités : 15 000 ¤/an Temps de travail

Heures de travail hebdomadaire Δ 2 UTH à 35 heures Δ 1 UTH à 35 heures en hiver - 45 heures en été Tout le monde travaille du lundi matin au vendredi midi (marché du week-end assuré par le GIE).

Semaines de congés/an Δ 2 semaines hiver Δ 3 semaines en été.


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« Être en GAEC permet de bien répartir le travail » Bénédicte Clermont a 26 ans. En 2008, elle s’est installée avec une voisine avant de créer un GAEC avec ses parents. Pour Bénédicte, être agricultrice était une évidence. Vendre en directe aussi. Son installation et la création du GAEC a d’ailleurs permis de créer une activité de vente de lait cru à la ferme et de développer la vente aux cantines locales.

Bénédicte Clermont ≈ UTH : 3,5 UTH ≈ Cheptel : 90 VL + 90 génisses ≈ Surfaces : 112 hectares ≈ Quotas : 579 000 litres ≈ Installation de Bénédicte: 1er avril 2008

3.5

Je n’ai jamais eu envie de toucher un bidon de produit phytosanitaire ou de me prendre la tête sur les rendements. En plus, comme mes parents étaient déjà en bio, c’était logique de m’installer en agriculture biologique. Je ne pouvais pas faire autrement et je ne savais pas non plus faire en conventionnel. Quand traiter ? A quelle dose ? Je n’ai jamais suivi de formations pour traiter les champs et ce que j’avais appris à l’école je ne l’ai pas retenu. Et puis ce que j’aime, c’est voir les coccinelles manger les pucerons. La bio, c’était donc le plus simple pour moi. En plus, on connaît à présent la dangerosité des produits. Alors pourquoi faire autrement quand on sait que ça fonctionne si bien en bio ? ∏ Comment as-tu dessiné tes plans d’installation ?

UTH

112ha SAU

90

J’ai toujours voulu devenir agricultrice. J’ai fait un bac et un BTS agricoles. J’ai même failli faire une licence de technicienne élevage mais je ne suis restée que trois jours parce que le contenu de la formation ne correspondait pas à mon éthique. Avant de m’installer, j’ai fait deux ans de service de remplacement à temps plein en élevage laitier, porcin et avicole, principalement en conventionnel, et j’ai eu une opportunité d’installation. Près de chez moi, un couple d’agriculteurs cherchait une personne pour reprendre leur ferme. Nous avons eu un premier contact début 2007 qui a été positif. Mon projet d’installation s’est engagé et Albert a organisé son départ à la retraite. Sur leur exploitation, ils ont commencé la conversion des terres en mai 2007 mais pas celle de leur troupeau. Ils étaient en Holstein à 11 000 litres, ce n’était donc pas la peine d’essayer de passer les bêtes en bio. Il y aurait eu trop de casse. En 2008, Albert est parti en retraite. Je me suis installée avec Claudine et nous avons crée le GAEC avec mes parents qui sont, eux, en bio depuis 1999. Mais je n’avais pas forcément prévu de m’installer si vite. ∏ Pourquoi as-tu opté pour la bio ?

GAEC des Près Verts / Noyal-Chatillon-sur- Seiche

Génisses

∏ Quel a été ton itinéraire d’installation ?

90 VL

J’ai fait des stages dans des exploitations de transformateurs en vente directe parce que ça m’attirait. Mais finalement, je suis trop éleveuse pour faire de la transformation. Je n’ai donc pas inclus cette partie-là dans mon EPI. En revanche, pour moi, faire de la vente directe c’est rendre les produits bio très accessibles. Nous vendons notre lait à 80 centimes d’euros le litre et nous avons plaisir à rencontrer nos consommateurs. Comme nous sommes quatre sur le GAEC, mettre en place de la vente directe ne nous a pas posé problème. Entre le tank, les flyers et la pancarte et le local de vente nous avons investi 2 500 euros pour son lancement. Aujourd’hui, nous avons environ 80 familles qui viennent chercher du lait. Cela représente, en gros, 350 à 400 litres de lait par semaine plus des livraisons à la restauration collective, cuisines centrales, cantines et deux lycées.


∏ Ton installation aujourd’hui ressemble-t-elle à ce que tu imaginais ? Globalement, ça correspond à mon idée de départ même si au niveau investissement, il y a toujours des choses imprévues. Par exemple, j’ai eu des surprises sur le troupeau. Je pensais que ça allait tourner au bout de 18 mois, mais au bout de trois ans, j’ai toujours des soucis car on a dû le doubler. Le fait d’avoir mélangé des animaux a entraîné pas mal de déchets et une révision à la baisse de la production par rapport à ce qui était initialement prévu. Nous avons aussi choisi de faire de l’auto-construction sur les nouveaux bâtiments et le magasin de vente directe. L’addition conditions de travail et temps de travail a été assez salée la première année. Mais on ne regrette rien parce qu’au final, nous avons fait des économies importantes. C’est pareil pour la vente directe, nous n’avions pas forcément prévue qu’elle démarrerait si vite et à ce niveau ! C’est là que l’on se rend compte qu’être en GAEC est important. Cela permet de bien répartir le travail et puis nous nous sommes donnés de bons repères et de bons objectifs. ∏ Quels sont les principaux écueils que tu as rencontrés pour ton installation et comment les as-tu surmontés ?

ZOOM : « Garder une exploitation à taille humaine en termes de charge de travail est aussi primordial » Pour un enfant d’agriculteur comme moi, je dirai que c’est vraiment important de travailler et d’avoir un minimum d’expérience en dehors de la ferme de ses parents. C’est important aussi de savoir écouter les conseils des personnes qui ont de l’expérience. Il faut aussi anticiper son installation pour ne pas subir de pression au moment de la date prévue. Idem d’un point de vue financier, il faut raisonner les investissements car il y aura toujours de nouveaux besoins derrière. Dans son projet, garder une exploitation à taille humaine en termes de charge de travail est aussi primordial. Moi, par exemple, je suis installée sur une ferme où nous sommes quatre. Il est hors de question de n’être plus que deux personnes quand mes parents ou Claudine partiront à la retraite. Enfin, il faut se former et ne pas hésiter à se remettre en question car les choses évoluent beaucoup en bio et on a parfois besoin de faire autrement.

Je n’ai pas vraiment connu de difficultés parce que je connaissais bien la ferme. En revanche, dans mon EPI, j’avais prévu que le troupeau suivrait rapidement. Je ne pensais pas avoir autant de casse sur celui que je venais de constituer. Entre les leucocytes et les problèmes sanitaires, trouver des animaux de qualité, c’était bien compliqué. Nous avons eu, au total, 40% de casse et nous avons dû renouveler. Côté administratif, nous avons fait une demande de dérogation de l’autorisation d’exploiter. Comme je reprenais 50% des terres d’Albert et Claudine, l’administration considérait que c’était un démantèlement. Finalement, j’ai obtenu l’autorisation d’exploiter au bout de la troisième demande.

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Aides et Investissements

Bâtiment : 140 000 ¤ + 100 vaches + salle de traite + magasin à la ferme. Achat de matériel : remorque auto-chargeuse / faucheuse : 25 à 30 000 euros.

(1) Montant des DJA (2) Conseil régional (3) Conseil général d'Ille-et-Vilaine

5 000 ¤

(3)

6 000 ¤

(2)

12 500 ¤

(1)

« J’ai repris la moitié de leur capital d’exploitation, qui correspondait uniquement à du matériel, pour une somme de 20 000 euros. J’ai également apporté des capitaux au GAEC à hauteur de 30 000 euros. Mon investissement global personnel a été de 50 000 euros. »

50 000 ¤

∏ en capitaux propre pour le GAEC

Aides Investissements Résultats 2010

CA : 307 129 ¤

∏ Es-tu toujours accompagnée ? Je suis dans un réseau d’agriculteurs bio et je suis administratrice dans le bureau du GAB de mon département. Cela est possible parce que je suis en GAEC et c’est d’ailleurs important de poser des limites à son investissement hors de la ferme. Je suis aussi dans un groupe d’échanges, j’ai aussi par exemple suivi des formations sur les contrats dans le cadre de la contractualisation. Une fois par an, dans le groupe d’échange, chacun met ses résultats techniques et économiques sur la table et cela aide vraiment. Cela nous a, par exemple, permis de nous rendre compte que nous n’étions pas bons sur notre coût alimentaire. Nous avons fait également une formation sur l’alimentation et la sécheresse. Cela nous a permis de nous rendre compte qu’il fallait changer notre mode d’alimentation. Aujourd’hui, nous gérons notre troupeau en deux lots. Cette solution nous a permis de passer l’hiver avec très peu d’achat de fourrage.

Investissements matériels pour l’installation :

EBE : 120 725 ¤ Annuités : 59 208 ¤/an Temps de travail

Heures de travail hebdomadaire Δ 40 heures/semaine soit 15h vente directe + 15h de traite + 7,5h soit 37,5 h d’astreinte + saisie de la comptabilité et gestion.

Semaines de congés/an


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" Sans Terre de liens, je n’aurais pas pu m’installer " Mickaël Berthelot a 33 ans. En 2008, il décide de s’installer et trouve une ferme en location sur la commune de Corps-Nuds. Quand le propriétaire décide inopinément de vendre terres et bâtiments, le coût du projet devient exorbitant et l’installation de Mickaël est compromise. Grâce à sa rencontre avec Terre de liens, il parvient finalement à aller au bout de ses démarches.

Mickaël Berthelot Les Jardins du Chataigner / Corps-Nuds ≈ 28 hectares dont 2,8 ha de légumes plein champ, 1,2 ha en petits fruits, 15 en céréales, 9 ha en luzerne + prairies temporaires ≈ 25 légumes (choux, pommes de terres, poireaux, carottes, fraises, framboises, bette, épinard, navet, haricots verts, petits pois ...), ≈ Date d’installation : Février 2010

1

UTH dont 0.5 en saison

ha 28 SAU

∏ Pourquoi es-tu devenu agriculteur ? Je voulais sortir du train-train quotidien du boulot, être au grand air et j’avais envie de mettre la main à la patte. Avant de m’installer, j’ai été technicien dans un groupement d’agriculteurs bio pendant 11 ans et je voyais beaucoup de projets qui me donnaient envie de me lancer. Et puis je voulais contribuer directement à l’alimentation des personnes en proposant des légumes sains. Je voulais aussi faire de la libre cueillette pour garder le contact avec les consommateurs et travailler sur l’accessibilité des prix de certains produits comme les fraises, les petits pois ou les haricots verts qui demandent beaucoup de main d’œuvre et peuvent aussi coûter très cher en magasins spécialisés. ∏ Comment ton projet d’installation a-t-il germé ? Pendant l’été 2008, je me suis posé des questions sur mon avenir et j’ai pensé à l’installation. Généralement, il faut environ deux ans pour trouver un terrain. J’ai commencé à chercher un cédant et j’ai trouvé deux pistes, sur la côte et à 20 kilomètres de Rennes. Et puis, j’ai rencontré un voisin agriculteur en céréales et volailles qui voulait arrêter. Il n’était pas en bio. Pour lui, 28 hectares n’étaient pas suffisants pour installer une famille et en vivre. Il pensait déjà que sa maison d’habitation serait vendue à des particuliers et que les 28 hectares partiraient à l’agrandissement. Je lui ai apporté tous les chiffres pour lui démontrer que c’était possible de vivre sur sa ferme et j’ai réussi à le convaincre de me présenter le propriétaire des terres qu’il louait. Malgré mon projet, je n’ai pas parlé de la vente directe et de la cueillette. J’ai surtout montré que les magasins spécialisés cherchent beaucoup de légumes et que beaucoup de légumes bio sont encore importés. J’ai eu leur accord et nous sommes partis sur de la location. Mais à la fin du chiffrage, le propriétaire a choisi de vendre ses terres et la maison. Mon prévisionnel augmentait de 365 000 euros. Les banques ne me suivaient plus du tout. Soit j’abandonnais le projet, soit je trouvais une solution. C’est là que j’ai eu écho de Terre de liens qui m’a permis de monter une SCI et a acheté les terres via la Foncière Terre de Liens. ∏ Ton installation correspond-elle à ton idée de départ ? Oui, pour l’instant, je suis en phase avec mon prévisionnel. Je fais même plus de paniers mais un peu moins de cueillette. La cueillette a démarré dès la première récolte en juillet 2010, mais il faut le temps de se faire connaître. L’année dernière, je voyais 5 ou 6 personnes sur une demie journée et cette année, je démarre à 15 personnes et jusqu’à 30 le samedi. Je m’attendais à un résultat nul la première année et je n’y ai pas échappé car presque tout était à faire. Ici, il n’y avait pas de réseau d’irrigation, pas de matériel, des bâtiments démontés, 25000 fraisiers à planter, 2000 plants de petits fruits : mûriers, cassissiers, groseilliers, framboisiers. Il y a donc eu les prêts, mais aussi de l’autofinancement, notamment sur la chambre froide et sur le cabanon de vente. J’ai acheté tout le matériel d’occasion : tracteur, cultivateur, herse alternative, herse plate, vibroculteur. Je savais que ce serait dur sur les deux premières années, mais mon


objectif est d’embaucher pour me soulager sur le temps de travail. Mon souhait est d’atteindre 2 UTH, dont 1/2 UTH pour ma conjointe. ∏ Un conseil pour les porteurs de projet ?

∏ Et ton intégration sur le territoire ?

En Bretagne, il y avait nouvellement une salariée dans l’association Terre de Liens et cela a accéléré les choses. J’avais le choix entre faire une SCI et un GFA. La SCI ou le GFA sont quasiment équivalents, excepté que l’on peut faire entrer la création d’un magasin dans la SCI. J’ai d’abord calculé les parts en cherchant des associés. Il me fallait trouver 760 familles si la SCI achetait l’ensemble, avec des parts de 500 euros par famille. C’était vraiment beaucoup. Nous avons donc partagé la ferme en trois. Les bâtiments agricoles, les terres et la maison d’habitation. Aujourd’hui, nous sommes 3 propriétaires. La SCI sur les bâtiments agricoles, la Foncière Terre de Liens sur les 28 hectares de terre, et, moi et ma compagne sur la maison. Mais je reste bien sûr le seul bénéficiaire de l’ensemble. Finalement, il a fallu que je trouve 180 parts sur la SCI. Je suis en fermage sur les terres car la Foncière de Terre de lien me loue les terres selon un bail reconductible de 9 ans. Monter le dossier, trouver les parts, déposer les statuts, finaliser l’achat, tout cela est long et ce n’est pas encore terminé ! En revanche, entre le moment où j’ai rencontré Terre de liens et le moment où une solution a été trouvée pour que je puisse soutenir mon dossier à la SAFER, ça n’a pris que 3 mois.

1 000 ¤

4 200 ¤

Il faut bien se rendre compte qu’une installation demande vraiment beaucoup de boulot. Il faut tout monter, parfois faire la conversion des terres et chercher les débouchés en attendant. C’est clair que je n’ai pas choisi ce qu’il y avait de plus simple pour mon installation puisque je dois aussi convertir les terres. D’ailleurs, s’il n’y avait pas eu la SCI et des consommateurs qui me portaient, je ne serai pas parti sur ce projet.

ZOOM : « Terre de liens m’a permis de monter une SCI et a acheté les terres via la Foncière »

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Aides et Investissements

La population locale m’a fait un super accueil et les consommateurs sont très encourageants. Les agriculteurs biologiques du coin sont aussi très contents d’avoir quelqu’un qui fait des céréales. Je fais des échanges céréales-paille avec un éleveur de chèvres bio. Mais ce n’est pas toujours facile de se faire une place quand on n’est pas originaire du secteur. Les agriculteurs locaux m’ignorent. Pire, au départ, j’ai eu du sabotage sur la ferme : des clous sur le parking de la cueillette et du sable dans le réservoir du tracteur. Niveau communal, le Maire est plutôt satisfait que je me sois installé. J’ai d’ailleurs commencé, à la demande de la commune, à livrer des légumes à la cantine municipale depuis septembre 2011.

∏ Loyer annuel des Bâtiments

∏ Fermage annuel

des terres

28 000 ¤

∏ Achat des plants de petits fruits, les bâches, l'irrigation, bineuse neuve (non aidée), semoir neuf (non aidé). Reprise du petit matériel de la ferme, chambre froide, chalet, véhicule pour les livraisons, tracteur, matériel tracté d'occasion.

(1) Montant des DJA. (2) Conseil régional : Installation hors cadre familiale, agriculture biologique, vente directe (3) Conseil général d'Ille-et-Vilaine : Aide à l'installation. 4 000 ¤ (3)

10 000 ¤

(2)

12 800 ¤

(1)

Aides

Investissements Δ La maison a été achetée avec un prêt privé.

Résultats 2010 Débouchés et commercialisation

Δ Objectif 2011 : 85 000 ¤

CA : 46 000 ¤ (sur 6 mois) Jours de vente directe hebdomadaire

4

Cueillette : 2.5 jours Paniers : 1.5 jours

Δ Objectif 80 paniers Δ 1 dépôt à la ferme et 3 points de dépôt extérieurs.

Δ Cueillette Δ A partir de septembre 2011 : livraison de la cantine scolaire locale (environ 100 kg de pommes de terre et 100 kg de légumes diversifiés par mois pour 330 repas). Δ Epiceries locales Δ Vente de céréales aux producteurs ou en coopératives.

EBE : 9 500 ¤ (sur 6 mois) Δ Objectif 2011 : 25 000 ¤ Annuités : 8 000 ¤/an Temps de travail

Heures de travail hebdomadaire Δ 70h par semaine en été et 50h en hiver Δ Objectif : 50 heures par semaine sur l'année

Semaines de congés/an Δ Objectif : 3 à 4 semaines complètes d'ici 2012


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" Le respect de l’environnement est la première motivation " A 35 ans, Christelle Guérin s’est installée à Vannes en brebis viande, ferme pédagogique et chambre d’hôte. A l’origine du projet, il y a son envie de devenir agricultrice, mais surtout la volonté du Conservatoire du littoral et de la ville de Vannes d’installer une personne sur une ferme côtière. Leurs objectifs ? Allier conservation du littoral et accueil pédagogique. A Christelle de s’adapter aux contraintes pour y ajouter le développement de son activité agricole.

Christelle Guérin Ferme du Vincin / Vannes ≈ 75 brebis viande et animaux pour la ferme pédagogique (chevaux de traie, lapins, poules, cochons, canards, etc.) ≈ 25 Hectares ≈ Date d’installation : Février 2007

∏ Comment en es-tu venue à travailler dans l’agriculture ? Au départ, j’étais secrétaire juridique à Lyon. A la naissance de mes enfants, j’ai quitté mon travail. Mais je m’ennuyais. J’ai donc fait de la vente directe de vêtements, ce qui me permettait de rester proche de mon domicile. Et puis, en 2005, mes parents m’ont prévenue qu’il y avait une annonce dans le journal : La mairie de Vannes et le Conservatoire du littoral souhaitaient installer une personne sur une ferme. De mon côté, je pensais à l’agriculture et à l’installation depuis que j’ai 14 ans, mais je n’avais pas de diplôme agricole. J’ai quand même lancé un dossier et je me suis tout de suite inscrite dans un BPREA, que j’ai obtenu en un an. Quand j’ai été retenue pour la ferme, nous avons déménagé toute la famille et j’ai fait mon stage de 6 mois à Sulniac, dans le Morbihan, chez un agriculteur qui travaillait sur des terres bio et avait 350 brebis. J’ai repris une partie de son troupeau en mars 2007. Nous étions 15 à être retenus pour le dossier et il y avait plutôt des projets de couple. De mon côté, mon conjoint a gardé son emploi et j’avais monté un dossier pour une personne. D’ailleurs, les deux derniers dossiers en lice pour la ferme n’incluaient qu’1 UTH. ∏ Comment t’es-tu formée ? Je fais partie d’un groupement de vulgarisation agricole, un GVA dans le Morbihan qui réunit d’autres producteurs de brebis viande. Au début, j’étais la seule en bio, mais depuis, d’autres producteurs se sont convertis. Mon maître de stage a aussi fait partie de ce groupe. C’était très bien de continuer à le voir là-bas, car avec toute son expérience, il est plein de bons conseils. Je me suis aussi formée sur le terrain. J’ai fait beaucoup de visites de fermes. Sur Vannes, ce n’était pas forcément évident, parce qu’il n’y a pas beaucoup d’agriculteurs biologiques. En plus, les autres agriculteurs me regardaient un peu avec des yeux ronds. Une femme, non issue du monde agricole ! ∏ Pourquoi as-tu choisi l’agriculture biologique pour ton projet ?

1

UTH ha 25 SAU

L’agriculture biologique n’était pas une condition nécessaire pour le dossier. On n’y parlait pas vraiment de bio, mais, par exemple, il n’était pas question d’utiliser des produits chimiques. De mon côté, je n’imaginais pas ne pas faire d’agriculture biologique. Je connaissais la bio comme consommatrice et cela devenait évident en tant que productrice. Le respect de l’environnement est la première motivation, a fortiori ici au bord de l’eau. Il y a des zones à préserver. En plus, je pouvais partir directement en bio parce que les terres appartenaient depuis 2001 au Conservatoire du littoral et il n’y avait eu aucun traitement. ∏ De quel type d’accompagnement as-tu bénéficié pendant ton installation ? Il y a eu l’accompagnement qui m’a menée à la CDOA, l’accompagnement obligatoire, l’EPI qui te permet d’avoir un chiffrage. Au début, je ne savais vraiment pas vers qui me tourner.


Un technicien du groupement d’agriculteurs bio du Morbihan est venu me voir pour la partie élevage au bout de deux ans. En revanche, sur la partie pédagogique, il n’y a pas eu d’accompagnement. Ce qui a été positif, c’était d’être directement intégrée dans le groupe de valorisation agricole moutons, le GVA. Nous sommes entre 10 et 12 conventionnels et bio et nous nous voyons en moyenne 5 fois par an. J’y ai appris beaucoup de choses. Nous avons parlé parasitisme, agnelage, comment faire les foins, comment utiliser des huiles essentielles, etc. Nous essayons aussi d’accueillir des jeunes installés qui élèvent aussi des moutons. ∏ Un conseil pour un porteur de projet ? Il faut vraiment faire beaucoup de terrain avant de se lancer. Dans mon cas, je n’ai eu que l’expérience du stage 6 mois qui était tout autant un accompagnement du producteur qui partait à la retraite qu’une prise en charge réelle de l’activité. Or, en élevage de moutons, il est important d’être directement au point sur l’agnelage, la conduite des cultures et les céréales, la conduite de l’herbe, les systèmes de rotation. Il faut profiter des formations qui sont promulguées par les groupements d’agriculteurs. La question du parasitisme est aussi pointue car les traitements sont limités. Il faut donc bien se préparer, sur la méthode Obsalim par exemple.

ZOOM : « Un projet de la Ville de Vannes et du Conservatoire du littoral » Le Conservatoire du littoral veut des animaux pour entretenir ses espaces naturels côtiers et la Ville voulait mettre en place un volet pédagogique, notamment à destination des scolaires. Une ferme pédagogique, en somme, avec l’ambition d’avoir jusqu’à une centaine d’animations par an. Je loue donc 25 hectares au Conservatoire du littoral sur lesquels j’élève des moutons. Les agneaux sont ensuite vendus en caissettes, en vente directe. La contrainte est qu’il y a une bande de deux cents mètres d’herbe, en bord de mer, sur laquelle je ne peux rien mettre, même pas de compost. C’est très contraignant. Au début, le projet comptait 105 brebis. Mais vu l’état de l’herbe, c’était trop. Avec les deux années de sécheresse que nous avons eues, je suis descendue à environ 80 brebis et ça passe. Si ça repart, pourquoi pas remonter le cheptel. L’activité agricole et la ferme pédagogique ne sont d’ailleurs pas toujours faciles à concilier. Le pic des visites de classes a lieu en mai et juin, ce qui correspond aussi à la période des foins. En bref, pas mal de choses n’ont pas forcément été intégrées dans le projet de départ et beaucoup de dépenses n’ont pas forcément été comptées non plus.

Aides et Investissements

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20 000 ¤

∏ Investissement supplémentaire auto-financés sur 4 ans pour du matériel (barrières, auges galvanisées, piquets, grillages).

70 000 ¤

∏ Prêt de 70 000 euros pour : cheptel, bâtiment, véhicule, frigo, tracteurs, mobilier de la chambre d'hôte.

(1) Montant des DJA (2) Conseil Général du Morbihan pour la partie agricole et l'accueil

10 000 ¤

(2)

17 300 ¤

(1)

Location des terres : 80 ¤ / hectares / an. Logement sur l'exploitation : Mis à disposition en échange de la rénovation de la partie chambre d'hôte du corps de ferme.

∏ Comment s’est passée l’intégration sur ton territoire ? Avec les riverains, ça n’a pas toujours été facile parce qu’ils acceptaient mal le bruit du tracteur. Mais finalement, la plupart sont quand même devenus des clients. Avec mes collègues éleveurs, au début ça a aussi été un peu dur, surtout ceux qui sont en vaches. Et puis avec le temps, nous avons commencé à nous donner des coups de main. Ils m’aident sur les foins et, en échange, je prends en charge la traite quand il y a besoin. Nous avons mis en place ce système depuis deux ans et l’entre-aide fonctionne. Idem pour le nettoyage de mon bâtiment. Seule, il me faudrait 3 jours pour le faire, avec mon collègue qui a une machine adaptée, c’est fait en 3 heures. C’est important de savoir que l’on peut compter sur les autres en cas de pépin et c’est aussi important d’avoir un regard extérieur constructif sur ce que l’on fait.

Aides Investissements Résultats 2010 CA :

34 000 ¤

EBE :

8 514 ¤

Annuités : 6 419 ¤/an Temps de travail

Heures de travail hebdomadaire Δ 70 heures / semaine de février à juin (agnelage et animations notamment). Δ 50 heures / semaine de juin à janvier en travaillant une partie du samedi et du dimanche.

Semaines de congés/an Δ Objectif : 2 semaines.


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" Nous avons fait un contrat parrainage-installation " En 2005, Fabien fait du porte à porte en Bretagne pour trouver une ferme à reprendre. Il rencontre Philippe de Montfort, agriculteur à Bohal, et lui demande spontanément s’il est en quête d’un repreneur. Plutôt surpris, Philippe lui explique que la transmission n’est pas dans ses projets immédiats. Deux ans plus tard, après deux tentatives infructueuses d’installation, Fabien entre à nouveau en contact avec Philippe. Cette fois, un parrainage se met en place et Fabien s’installe sur la ferme qui produit de la viande bovine en conventionnel.

∏ Pourquoi es-tu devenu agriculteur ? Mon envie remonte à assez jeune. Mon père était conducteur de bus et je vivais à Rennes. Mais mes grands-parents avaient été agriculteurs. A côté de chez eux, il y avait un agriculteur chez qui je passais toutes mes vacances. J’y travaillais, je faisais la traite des vaches, je soignais les cochons, les poules et les lapins. Je conduisais le tracteur, je ramassais les pommes de terre. Mes premiers boulots d’été ont aussi été dans le monde agricole et c’est même comme ça que j’ai eu ma première mob. A 18 ans, j’avais envie de devenir agriculteur. Mais quand on habite en ville, ce n’est pas quelque chose que l’on partage avec ses copains. ∏ Qu’as-tu fait avant de t’installer ?

≈ Production de viande bovine, spécialisés naisseurs avec 55 mères limousines – 85 UGB

J’ai fait un BTS compta-gestion après mon bac. Par dépit. Ensuite, j’ai fait un BTS ACSE en alternance à la Maison familiale rurale La Futaie de Port-Brillet, en Mayenne.. En parallèle, j’ai travaillé pendant deux ans, dans une ferme industrielle avec deux poulaillers de 1200 m2 et du taurillon sur caillebotis. Pendant mes cours, l’approche de l’agriculture était, en revanche, d’avantange durable. Ça a été un tournant pour moi. A 23 ans, en 2000, je suis parti faire de la coopération en Nouvelle-Calédonie pendant 10 mois. A mon retour, j’ai fait un CS bio au Rheu. Et puis, j’ai cherché du boulot et j’ai fait pas mal de remplacements agricoles et du transport routier. A 25 ans, je suis parti au Bénin dans le cadre d’un projet agricole de coopération. J’y suis resté presque 3 ans. En rentrant, en 2005, j’ai vraiment commencé à chercher une ferme pour m’installer avant mes 30 ans. J’ai fait des remplacements agricoles pour garder la main et rester dans le métier. En 2007, je suis à nouveau entré en contact avec Philippe de Montfort et je me suis finalement installé en mai 2008.

≈ Débouchés :

∏ Pourquoi as-tu choisi l’agriculture biologique ?

Fabien Tigeot Ferme de la Ville Aly / Bohal ≈ Philippe de Montfort (62 ans) et Fabien Tigeot (34 ans) ≈ 1,8 UTH associés en EARL à parts égales entre Philippe et Fabien

π Circuit conventionnel et label rouge, BVB depuis le 1er mai 2011 et la certification AB. π Vente directe : 40% (caissettes à la ferme). π Veaux sous la mère pour la vente directe et vaches en circuit long et boucherie. ≈ Installation de Fabien en Mai 2008 et conversion de la ferme en 2009.

80ha SAU

1.8

UTH

85

UGB

Pendant mes études, je trouvais que l’on nous présentait beaucoup les itinéraires techniques avec des traitements systématiques, sans se demander pourquoi traiter. C’était un protocole. Par exemple, sur la conduite du blé, on nous disait qu’il fallait un raccourcisseur, mettre de l’azote et un herbicide. Cela me choquait. Je me demandais davantage comment il était possible de produire sans traitement, comment on pouvait faire et ce que ça donnait sans tout ce protocole. Je voulais de l’autonomie aussi et un système économe. Et je ne voulais pas toucher au pulvé. Pendant mon expérience dans le conventionnel, dans cette ferme industrielle, je ramassais des animaux morts, je passais mon temps à ça. Et il fallait toujours traiter l’eau parce qu’il y avait des problèmes de santé dans le poulailler et je ne voulais surtout pas faire cela sur ma propre ferme. Être en bio, c’était aussi pour ma santé. Je ne voulais pas toucher à des produits que je ne connais pas. Ni pour moi, ni pour mes animaux, ni pour mon sol, et finalement pas non plus pour les clients au final.


∏ Ton installation correspond-elle à ton idée de départ ? J’étais plus attiré par les vaches laitières parce que je connaissais mieux ces systèmes. Je venais d’Ille-etVilaine et mon oncle produisait du lait bio. Finalement, quand ce projet s’est présenté en vaches à viande cela m’allait. La ferme me convenait, même si je n’avais pas la maison d’habitation en propriété et que je cherchais plutôt une ferme avec 35 hectares groupés alors que celle-ci fait 80 hectares. Au départ, je ne voulais pas non plus être associé. Cela me paraissait trop compliqué et risqué. S’entre-aider le week-end peut être bien, mais j’avais peur de me retrouver dans un système que je ne pourrais pas bouger et dans lequel il pourrait y avoir des problèmes pré-existants. Et finalement, aujourd’hui, je suis associé et ça se passe très bien. Enfin, quand je me suis installé, Philippe n’était pas en bio. Moi je voulais évoluer vite vers la bio et je lui ai dit que l’élevage extensif m’intéressait. Une fois installé, on a commencé à parler un peu plus de bio. Un an plus tard, un de ces collègues est passé en bio et ça lui a paru possible pour nous. Je lui ai dit, si tu veux passer en bio, je suis prêt. Et il m’a répondu que si j’étais prêt alors il fallait que j’y aille.

ZOOM technique « Cela nous a permis de nous connaître en travaillant ensemble » J’ai eu un accompagnement technique classique sur l’installation. En plus, j’ai fait partie d’un groupe d’agriculteurs pour sortir, connaître du monde, m’intégrer au pays et connaître l’environnement. Sur la ferme, nous avons fait un contrat parrainage-installation, un CPI, pendant 5-6 mois. Cela nous a permis de nous connaître en travaillant ensemble. Comme c’est une transmission, ça ressemble presque à une ferme familiale avec un père qui transmettrait à son fils. Nous faisons les choses ensemble. Philippe accepte d’investir dans du matériel, dans l’évolution du système. Il m’accompagne et c’est très confortable. Je ne suis pas tout seul dans les choix à faire et dans les décisions à prendre. On partage les risques mais aussi les réussites.

∏ Quels sont les principaux écueils que tu as rencontrés pour t’installer et comment les as-tu surmontés ? Le plus dur, ça a été de trouver une ferme sur laquelle le projet d’installation aboutisse. J’ai fait deux autres projets d’installation avant celui-ci. Le premier projet, c’était une reprise de ferme après un tiers décédé. J’ai fait un EPI, un CPI et j’ai bossé 6 mois sur la ferme. A 5 ou 6 jours de l’installation et de la fin du CPI, l’autorisation d’exploiter a changé de mains. Un gars voulait consolider sa ferme et il a pris une partie des terres et cela enlevait toute viabilité à la ferme. Le second projet était aussi en Ille-et-Vilaine, à Nouvoitou, 4 ou 5 mois après la fin du premier. C’était une reprise d’une ferme laitière en bio. J’ai eu l’autorisation d’exploiter. J’ai fait les prévisions avec les mises aux normes. Mais plus ça avançait, plus le coût de la reprise évoluait à la hausse. Cette fois, c’est moi qui ai arrêté le projet. Finalement, Philippe m’a recontacté et m’a dit qu’il songeait à transmettre. Deux ans après notre première rencontre, il était prêt. En tout, j’ai rencontré une quinzaine de fermes mais les conditions ne me convenaient jamais. Beaucoup d’annonces du répertoire installation étaient des cas un peu difficiles. Les fermes qui fonctionnent vraiment bien sont approchées en amont et directement pour des projets de reprises. ∏ Un conseil pour un porteur de projet ? Il faut être patient et tenace et s’y prendre bien à l’avance parce que tu peux mettre 2 ou 3 ans à t’installer. Il faut devancer les demandes de transmission, discuter autour de soi, dans les milieux qui connaissent le terrain, comme le contrôleur laitier, par exemple. Il faut presque faire du porte à porte. Devant les commissions, il faut prouver que ton modèle fonctionnera et qu’il dégagera un revenu. Il faut presque présenter un modèle qui se rapproche d’un modèle classique, quitte à le faire évoluer par la suite. Une fois installé, on a tout le temps d’aller pleinement vers ce que l’on veut faire et faire nos preuves. J’aurais aimé dire tout de suite que je voulais partir en bio. Mais j’ai préféré attendre de sécuriser mon installation et finalement, Philippe m’a suivi et m’a même encouragé à passer en bio.

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Coûts et Investissements 50 000 ¤

∏ Matériels

150 000 ¤ 100 000 ¤

∏ Animaux et stocks

∏ 50% des parts de la ferme ∏ location sans la maison d'habitation, soit 125 euros/ha/an en fermage.

10 000 ¤ Terres et Prêt Bâtiments Agricoles

Actifs de la ferme

Résultats 2010 CA : 131 000 ¤ à deux associés EBE : 58 000 ¤ à deux associés Annuités de Fabien : 9 000 ¤/an Annuités de la ferme : 6 000 ¤/an en 2010 (env. 0 en 2011) Temps de travail

Heures de travail hebdomadaire Δ 35 heures/semaine pour Fabien et 28 heures/semaine pour Philippe Δ 1 week-end sur 2 chacun

Semaines de congés/an


Julien et Jean-Charles Métayer

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Ferme de Kerdroguen / Colpo ≈ Nombre d’UTH : 2 UTH Pintades, poulets, oies, canards et transformation de plats cuisinés artisanaux. ≈ SAU : 24 hectares dont 5 hectares de parcours plein air et 19 hectares de cultures : blé, triticale, mélange céréalier (triticale, avoine, pois), blé noir. ≈ Atelier de transformation de plats cuisinés (terrine, rillettes, conserve de poulets ou coqs cuisinés). ≈ Poussinières, fabrique d’aliments et atelier d’abattage / transformation sur place. ≈ Alimentation animale 100 % bio ≈ Autonomie alimentaire : 0% en 2008 et 40% en 2011. Objectif : 100% si possibilité d’avoir environ 15 hectares supplémentaires. ≈ Date d’installation : Juin 2008. Début de conversion en septembre 2009. Obtention de la certification en avril 2010. ≈ Âge : Julien a 31 ans (1980) et Jean-Charles 37 ans (1974)

2

UTH

" J’étais maçon et Jean-Charles infirmier  " Julien et Jean-Charles se sont installés en 2008 à Colpo en volailles. Décidés à opérer une reconversion professionnelle, ils ont finalement choisi de devenir agriculteurs. Une manière pour eux de recouvrer une liberté de choix et de mouvements et d’exercer un métier porteur de sens. Une volonté aussi de montrer que l’on peut être agriculteur hors du circuit traditionnel de l’intégration, être en bio et vivre de son activité.

ha 31.5 SAU

∏ Pourquoi vous êtes-vous installés et que faisiez-vous avant ? Julien : J’avais fait un BTS Gestion et Protection de la Nature (GPN) mais je travaillais dans le bâtiment, dans le Finistère, avec une préférence pour la restauration d’habitat ancien. Là-bas, j’ai rencontré des agriculteurs bio et des environnementalistes et cela a conforté mon envie de travailler dehors, à mon compte et dans un bel environnement. En 2001, je me suis décidé à devenir paysan bio, plutôt avec une ferme auberge car je suis aussi très attaché à la gastronomie. Dès 2003, nous avons commencé à discuter avec mon frère mais je suis resté maçon jusqu’en 2006-2007. Ensuite, j’ai passé un BPREA spécialisation avicole et fait 2 mois de stage dans le Gers sur le canard gras. Jean-Charles : J’étais infirmier et je suis parti vivre en NouvelleCalédonie. Après 7-8 ans, je savais que je ne ferais pas ça toute ma vie. En Nouvelle-Calédonie, j’ai obtenu une capacité en gestion d’entreprise dans l’idée de créer une activité en lien avec le grand air : une ferme santé pour accueillir des personnes âgées, par exemple.

Quand nous avons commencé à discuter reconversion professionnelle avec Julien, nous avons constaté des divergences dans nos projets mais aussi des points communs : le mot ferme qui revenait, la présence d’animaux. On a ainsi convergé vers un projet commun très concret dès le début. Entre 2007 et 2009, j’ai fait un BPREA en continuant à bosser et deux mois de stage en Haute-Garonne. La recherche des terres a démarré en 2006. On voulait trouver un beau coin pour créer la ferme et faire de la vente directe. ∏ Votre installation correspond-elle à votre idée de départ ? Julien et Jean-Charles : Oui. Pour concevoir ce système, notre réflexion a duré 5 ans. Nous avons vraiment fait un énorme travail en amont de notre installation. Nous voulions à la fois une viabilité familiale et économique, avoir du temps pour nous et vivre de notre activité. Nous réussissons à en vivre, même si nous dégageons un petit peu moins de revenu que prévu. Mais nous avons de la marge pour évoluer, notamment quand les échéances bancaires diminueront. Notre choix est de produire une bio accessible et nous vivons dans une zone rurale, donc nos poulets sont vendus à un peu moins de 9 euros le kilo, ce qui n’est pas cher. Concernant notre système agronomique, nous avons réussi à nous agrandir depuis notre installation et cela nous a permis d’instaurer un lien au sol, en produisant notre propre blé, par exemple. C’était une dimension très importante pour nous, produire ses propres aliments et être cohérent sur l’ensemble de notre système. ∏ Et comment s’est passé votre accompagnement à l’installation ? Julien et Jean-Charles : Nous avons eu l’accompagnement obligatoire parce que nous avons fait une installation aidée. C’était long et contraignant mais pas inutile car nous avons dû peaufiner notre prévisionnel. En revanche, sur les techniques en bio et l’élevage biologique, le parcours classique était très pauvre. En plus, en agriculture biologique, la volaille est une production ingrate car la marge est minime vu le coût des aliments. Nous sommes aussi les seuls à être dans cette production dans notre secteur, et peu en Bretagne, à ne pas être dans un modèle d’intégration. Les références technico-économiques manquent cruellement. Finalement, nous avons rencontré pas mal de collègues via le groupement d’agriculteurs biologiques du Morbihan et cela nous a au moins aidé sur la partie culture. Ils nous ont rassuré sur l’état de nos parcelles et nos perspectives. Et puis, c’est bon de partager l’engagement et la conviction. ∏ Quel est le principal écueil que vous avez rencontré lors de votre installation ? Julien et Jean-Charles : Le plus dur a vraiment été de ne pas avoir de références techniques et économiques en volaille non intégrée. Nous ne rentrions dans aucune case. Et lorsque l’on nous parlait de marge / poussin / aliment, nous ne nous y retrouvions pas. Il y a bien des choses qui existent dans le Sud Ouest, mais l’approche est bien différente.


ZOOM : « Notre génération doit montrer que l’on peut vivre de ce métier » Dans notre choix, il y a quelque chose de l’ordre de la conviction. Si notre génération de paysans ne réussit pas à montrer largement que l’on peut vivre de ce métier, que l’on peut subsister malgré l’évolution de l’économie agricole et que nos systèmes fonctionnent agronomiquement, alors l’industrie agricole gagnera et ça ne sera bon ni pour les hommes ni pour les sols. En plus, une agriculture durable ne peut être que biologique. Élever une volaille exclusivement en intérieur est une aberration. La production industrielle, les poulaillers industriels ne sont pas de l’agriculture. Le coût de revient de ces systèmes ne sont pas tenables, ni socialement ni environnementalement. Chez nous, le coût de la volaille intègre tous les coûts liés à la production, c’est ça vendre au juste prix. Bref, l’agriculture biologique est la seule agriculture responsable. Alors pour certains, c’est un choix passéiste, pour d’autres, comme nous, c’est le choix du futur.

Débouchés et commercialisation Vente directe (90%) Δ A la ferme : 5% des ventes Δ 7 AMAP : 50 % des ventes Δ 2 marchés hebdomadaires 35% (Saint-Ave et Colpo)

400

Δ Restaurateurs, magasins spécialisés et épiceries 45% des ventes.

80

Julien et Jean-Charles : Il ne faut pas sous-estimer la charge de travail qui découle de l’élevage ni les choix à faire. Soit tu fais abattre ta volaille à l’extérieur, soit tu l’abats toi-même : d’un côté, il y a l’argent à sortir pour l’abattage extérieur, de l’autre, le temps que tu passes à le faire. Nous avons choisi de tout avoir sur place : l’élevage et le bâtiment bois qui comprend la conserverie, la cuisine, l’abattage et la salle de préparation de commande. C’est un gros investissement au départ. La contre-partie, c’est que nous n’avons pas de pertes d’animaux : la volaille que l’on ne vend pas, ou qui va devenir trop grasse, par exemple, nous pouvons la transformer. Nous maîtrisons tout sur place. Il faut aussi faire très attention à ce que permet maintenant le cahier des charges en bio, notamment l’absence de lien au sol. C’est une aberration et c’est une erreur économique à vraiment éviter. Il faut au moins atteindre 50% de lien au sol sur la ferme pour avoir une petite marge de manœuvre économique car le coût de l’aliment, même de proximité, est vraiment élevé.

Julien et Jean-Charles : Au départ (et pour certains toujours encore un peu), les agriculteurs du coin nous ont un peu pris pour des marginaux parce que notre projet est trop différent des systèmes en intégration qui sont très répandus dans le coin. Ils ne nous donnaient pas deux ans. Il est même arrivé que l’on se moque de nous parce qu’on nous voyait faire des petites bottes de pailles, et aujourd’hui, on nous en demande !

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Aides et Investissements 10 000 ¤

10 000 ¤

∏ Conserverie

10 000 ¤

∏ Matériel de vente

10 000 ¤

∏ Tracteur

∏ Fabrique d'aliments, silos et dalles

70 000 ¤

∏ Laboratoire de transformation et salle d'abattage

∏ Un conseil pour un porteur de projet en volaille ?

∏ Comment s’est passée votre intégration sur le territoire ?

Distributeurs (10%)

Poulets mois

Ici, nous sommes sur une recherche d’efficacité du système qui n’existe pas là-bas. Au moment de notre installation, nous avions même été classés EDEI, ce qui signifie, exploitation à dimension économique insuffisante car nous démarrions avec 220 volailles/mois, ce qui est hors norme dans cette filière. Encore maintenant, nous avons parfois l’impression d’être sur de l’expérimentation. C’est un peu compliqué. En même temps, comme nous avons plusieurs ateliers entre les volailles, l’abattage et la transformation de plats cuisinés, nous pouvons expérimenter justement et ajuster les choses au fur et à mesure.

10 000 ¤

∏ divers pour l'autoconstruction

30 000 ¤

(1) Montant des DJA (2) Conseil Régional de Bretagne et Conseil Général du Morbihan

∏ Matériel d'élevage

40 000 ¤

∏ Bâtiments mobiles

8 000 ¤

(2)

4 000 ¤ chacun

34 000 ¤

40 000 ¤

(1)

∏ Achat terrains et Hangar

4 000 ¤ chacun

Aides et Prêt

Investissements

Résultats 2010 CA : 130 000 ¤ EBE : 32 000 ¤ Annuités : 26 400 ¤/an pendant 12 ans

Temps de travail Pintades

mois

Δ 80 chapons de poulets et 50 chapons de pintades/an Δ 20 oies/an Δ 200 canettes Δ 600 canards gras/an (non certifiables en bio) références en produits transformés entre les rillettes de poulets, la terrine forestière, le poulet au cidre en conserve, coq au vin, etc...

Heures de travail hebdomadaire

Semaines de congés/an

Δ 70 heures / semaine chacun et 1 week-end sur deux.

Δ 2 semaines/an chacun


Frédérique Trochereau

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G.I.E Flore d’Arrée / Plounéour-Ménez ≈ SAU : 3 hectares de SAU en tout, ce qui correspond à ∞ Surface Minimum d’Installation (1,5 ha en propriété et 1,5 ha en location) 3000 m2 en culture et 1/3 de la récolte réalisée en cueillette sauvage ≈ Production : 25 espèces de plantes : sariette, sauge, thym, origan, menthe verte, menthe poivrée, mélisse, angélique, calendula, bleuet, chrysanthemum, pensée sauvage, camomille romaine, romarin, etc. ≈ Date d’installation : Cotisante solidaire du GIE à partir de 2009 pour démarrer l’activité et poursuivre en parallèle une seconde activité professionnelle et installation définitive en 2010 ≈ Produits et commercialisation : sachets de mélange de 20 à 50 grammes, vrac, boîtes saupoudreuses de plantes aromatiques alimentaires. A venir : production de sirops alimentaires et huile de massage. Vente à 70 magasins (dans les Côtes d’Armor, Finistère, Morbihan, LoireAtlantique et Paris), des restaurateurs, groupements d’achat de consommateurs et épiceries locales... ≈ Âge : 29 ans (1982)

3

UTH

" Nous développons une gamme de produits transformés pour gagner en valeur ajoutée  " Frédérique Trochereau a 29 ans. Après avoir travaillé cinq ans dans des jardineries, elle a choisi de s’installer en plantes à parfums aromatiques et médicinales dans le Finistère. Pour développer cette activité peu répandue en Bretagne, s’assurer de meilleures conditions de travail et mutualiser le matériel nécessaire à cette production, Frédérique a choisi, avec 3 autres producteurs, de créer un groupement d’intérêt économique.

3ha

SAU

∏ Pourquoi as-tu choisi le métier d’agricultrice ? J’ai un BTS force de vente et j’ai travaillé pendant 5 ans dans des jardineries. Je gérais un rayon de marché aux fleurs et ce métier ne me plaisait pas, je n’y trouvais pas d’intérêt. J’ai donc préféré me lancer dans la production et travailler pour moi. Je n’avais pas un cursus agricole et mes parents ne sont pas non plus du milieu, mais cela faisait un moment que je m’intéressais aux plantes médicinales. J’ai ensuite découvert la diversité de ce qui existe en transformation en matière de plantes à parfums aromatiques et médicinales (PPAM) chez un producteur finistérien : sirops alimentaires, huile de massage, etc. Et cela m’a décidé. ∏ Comment s’est déroulée ton installation ? J’ai présenté mon projet à la Chambre d’agriculture du Finistère et on m’a d’abord déconseillée de me lancer dans les plantes médicinales et aromatiques. On m’orientait davantage vers la production de plantes vivaces comme la lavande avec quelques plantes médicinales

à côté. Mais en faisant mon stage, je me suis rendue compte qu’être en PPAM en Bretagne était possible. Pour m’installer et avoir les aides, j’ai dû reprendre une formation agricole. J’ai suivi l’équivalent d’un BPREA, pendant 9 mois, dans l’institut de formation rural de Lesneven, l’IREO : un certificat de capacité technique agricole et rurale (CCTAR). Nous étions 10 stagiaires, toutes productions confondues, et 5 d’entre nous avaient un projet en agriculture biologique. Comme il n’y avait pas de spécialité en plantes aromatiques, j’ai davantage appris à faire du maraîchage. En revanche, cela m’a permis de faire mes 9 semaines de stage chez Jean-François Malgorn du GIE Flore d’Arrhée. Il avait 58 ans à l’époque et le projet de transmettre. Il avait quelques clients et c’était une toute petite activité. Or nous étions 3 à être intéressés par cette production dont Pierre Duval, avec qui je suis maintenant dans le GIE, qui était déjà en apprentissage chez Jean-François. ∏ Pourquoi as-tu choisi l’agriculture biologique ? Je ne me voyais pas faire des plantes médicinales avec des plantes traitées et non bio et je suis moi-même consommatrice de produits biologiques. En plus, je ne connaissais pas d’autres techniques, il m’a donc paru évident d’apprendre à cultiver selon le mode de l’agriculture biologique. Par ailleurs, nous sommes membres du syndicat des SIMPLES*, qui réunit une soixantaine de producteurs de plantes médicinales aromatiques, alimentaires, cosmétiques, etc, et nous respectons donc un cahier des charges supplémentaire. ∏ Ton système actuel correspond-il à l’idée que tu te faisais de ton installation ? C’est différent puisque je pensais m’installer seule, faire exclusivement des marchés et ne pas vendre à des magasins. Finalement, je suis très contente de mon système actuel parce que les marchés n’auraient pas été mon truc. A plusieurs, dans le GIE, c’est aussi plus facile car on peut prendre des congés, se diviser les tâches, s’atteler davantage à ce qui nous plaît dans cette production. Par exemple, en dehors des cultures, dans le groupement, je m’occupe plus de l’administratif tandis que Pierre préfère se concentrer sur la communication, Laure sur les stocks et Jean-François suit tout ce qui touche à la certification. Nous avons aussi divisé nos secteurs de vente avec nos propres livraisons. C’est réglé comme une horloge et les clients apprécient parce qu’ils ont un seul interlocuteur et que nous avons aussi fait le choix d’être à l’initiative de la commande en les appelant directement pour faire un point régulier sur leurs besoins. Côté rémunération, je n’ai pas encore atteint le niveau du SMIC, mais j’étais partie de moi-même dans cette optique et cela correspond à mes objectifs d’équilibre temps et travail. En même temps, il y a une marge d’évolution puisque nous commençons à développer une gamme de produits transformés pour gagner en valeur ajoutée.


∏ Comment as-tu été accompagnée pendant ton installation ?

ZOOM : « Être dans un groupement d’intérêt économique, un GIE, m’a paru plus simple » J’ai acheté des terres en 2008 dans l’idée de m’installer seule et de faire de la vente directe mais mon stage chez Jean-François m’a fait changer d’avis. Être plusieurs m’est apparu plus simple et plus sympathique pour une installation en plantes aromatiques et médicinales. J’ai commencé à réfléchir et à poser des budgets début 2009. Trois mois plus tard, j’ai pris le statut de cotisante solidaire de Jean-François. Pendant cette année là, je n’avais pas de terre, et c’est pour cela que je cultivais chez Jean-François, mais en étant installée à titre personnel. Le GIE a, quant à lui, été créé en juin 2009 : son intérêt étant pour nous de pouvoir mettre du matériel en commun, comme le séchoir à plante, par exemple. Cela nous a permis d’augmenter la gamme de plantes sèches en travaillant les mélanges et nous avons développé la clientèle : magasins, restaurateurs, groupement d’achat de consommateurs, épiceries locales, etc. J’ai trouvé mes terres définitives en décembre 2009, par du bouche à oreille mais la terre est très difficile par ici.

C’est surtout mon maître de stage qui m’a aidée. Je peux dire qu’il a été pour moi, l’équivalent de la Chambre d’agriculture, du Groupement d’agriculteurs biologiques et de l’Adasea réunis. D’un point de vue formel, l’accompagnement à l’installation dit PPP ou plan de professionnalisation personnalisé s’est déroulé sur 2 fois 21 heures sur une durée de 5 mois. Nous étions 15 dans mon groupe : la moitié en projet en agriculture biologique et l’autre en conventionnel. Il y a eu 2 à 3 journées d’information sur le fonctionnement du milieu agricole : qui fait quoi ? etc. Il y a aussi eu 2 journées de réflexion en salle pour mûrir le projet, en poser le budget, penser aux prévisions de vente. J’ai dû faire des prévisions sur 5 ans, évaluer les montants de demande de prêt. Il est donc important d’avoir déjà préparé ses devis avant d’arriver à ces journées. Il faut se poser des questions soi-même et bien en amont. Pour ma part, je voulais, par exemple, construire un bâtiment pour entreposer mon matériel. J’avais déjà un petit tracteur, parce que je ne suis pas attirée par la traction animale, et un séchoir à y entreposer. Il fallait prévoir cela. Il faut vraiment que l’entreprise à laquelle tu penses soit viable et que tu dégages au moins un SMIC au bout de 5 ans d’installation. ∏ Quel serait ton conseil à un porteur de projet en plante médicinale ? En plantes aromatiques et médicinales, il faut absolument aller voir ce qui se fait ailleurs. Dans le Sud de la France, il y a cette culture de la plante et on y découvre plein de choses à faire : les produits transformés, les visites pédagogiques pour faire soi-même crème et savon. Dans cette production, il est important d’envisager aussi la question de la cueillette sauvage parce que c’est une grosse partie du travail. Et dans ce cas-là, il faut bien penser à se choisir des terres qui soient éloignées de parcelles de maïs traitées, sinon, il est très compliqué de trouver du frêne, de l’ortie, du sureau. Enfin, le syndicat des simples, qui regroupe une soixantaine de producteurs en PPAM en France, m’a aussi été très utile en terme de formation technique : savoir reconnaître une plante saine, quelle partie cueillir et quand le faire, etc. ∏ Près de deux ans après ton installation, es-tu toujours accompagnée ? Pas par une structure particulière, non. Mais je suis beaucoup aidé par un voisin agriculteur. Celui qui m’a vendu le champ. Il me transmet beaucoup de choses, il me conseille sur l’agronomie, il m’aide à choisir mon matériel pour le tracteur. Je suis aussi des formations sur les plantes indicatrices avec le syndicat des SIMPLES*, de manière à mieux connaître les caractéristiques et la qualité de mon sol. Quand aux huiles de massage que je vais lancer, je suis suivie par une phytothérapeute locale.

GIE Flore d’Arrée : 4 UTH. 4 producteurs de PPAM en 2011 : Frédérique Trochereau, Laure Salaün (32 ans), Jean-François Malgorn (62 ans) dont la sortie du GIE prévue en 2012 avec transmission et Pierre Duval (24 ans).

*Syndicat des SIMPLES : Syndicat qui regroupe une soixantaine de producteurs de plantes médicinales aromatiques, alimentaires, cosmétiques, etc.

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Aides et Investissements

2 000 ¤

∏ Financement à 45% du FEADER (Union européenne et État) sur le matériel de transformation et de vente (1) Montant des DJA (2) Conseil Général du finistère (3) Conseil Régional de Bretagne (4) SIJA (Soutien à l'installation en diversification ou hors cadre familial ou sur les îles du Conseil régional Breton) (5) Morlaix Communauté

4 500 ¤

(5)

12 000 ¤

(4)

∏ Tracteur

10 000 ¤ ∏ Séchoir

3 000 ¤

∏ Petit matériel (Tondeuse, rotavator...)

35 000 ¤

∏ Hangar en Bois

4 000 ¤

(3)

4 000 ¤

(2)

12 500 ¤

(1)

∏ Achat de terres : 1 500 ¤ pour 0,5 ha ∏ Location 1,5 ha à 100 ¤ /an

Aides Investissements

Résultats 2010

CA : 5 157 ¤ (dont 1750 ¤ bénéfices GIE) EBE : 738 ¤ Annuités : 855.75 ¤/an

π En 2011 pour le séchoir à plantes

Annuités : 2250.76 ¤/an Temps de travail

Heures de travail hebdomadaire Δ 40 heures / semaine sur 5 jours. Δ Pas de travail le week-end

π En 2011 pour le hangar agricole

Semaines de congés/an Δ 3 semaines de congés 2 semaines en fin de saison début octobre et 1 semaine à Noël. Δ Tous les week-end


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" Il faut faire des formations avant de se lancer  " Solène Larzul a 32 ans lorsqu’elle s’installe dans le Finistère pour élever des chèvres et créer sa fromagerie. Pendant le montage de son projet, elle connaît quelques embuches administratives et financières. Mais aujourd’hui, son système est viable et elle envisage d’embaucher à mi-temps. Pour Solène, rien de tout cela n’aurait été possible si elle n’avait pas été bien entourée par des proches et des professionnels.

Solène Larzul

∏ Comment es-tu devenue agricultrice ? C’est tout un cheminement. J’ai fait des études de biologie et j’étais attirée par la faune sauvage. J’ai passé un diplôme de responsable qualité en productions animales à Lyon lors duquel j’ai réalisé un stage sur les chamois au labo vétérinaire de chambéry et j’ai parallèlement travaillé pour le contrôle laitier en Savoie : j’ai ainsi côtoyé paysans et chasseurs et découvert la production animale. Si je m’installais, je voulais travailler avec le produit des animaux et non avec l’animal en tant que produit: la production laitière s’imposait ! Pour pouvoir prétendre aux aides et combler mes lacunes, je devais passer un BTS ACSE et je voulais aussi revenir en Bretagne pour m’installer. J’ai trouvé un emploi d’animatrice scientifique dans un aquarium. En même temps, j’ai cherché gentillement des terres pendant deux ans et activement pendant 6 mois. Quand j’ai trouvé du foncier, en 2006, j’ai démissionné. Dès 2007, j’ai commencé à élever des chevrettes, à monter le bâtiment en bois et à suivre le BTS. Comme je n’avais pas la dotation jeunes agriculteurs, la DJA, j’ai touché une aide à l’installation des non aidés et pas encore installés, l’INA. J’ai aussi commencé à mettre de l’apport personnel, environ 20 000 euros. Le but était d’acheter les premiers équipements et de tenir bon jusqu’en mars 2008, date de début de production de mes chèvres.

Ty ar Givri / Elliant

∏ Pourquoi avoir choisi ce métier et l’agriculture biologique ?

≈ Nombre d’UTH : 1 UTH

Je ne suis pas issue du milieu agricole mais j’étais attirée par le métier de vétérinaire de campagne, ne pas être dans un système hiérarchique, faire mes propres choix, travailler avec des bêtes et avoir un cadre de vie pour moi et mes enfants. Je partais de zéro, il valait mieux bien commencer que devoir désapprendre puis réapprendre à faire correctement. Comme j’avais une maîtrise sur la biologie des populations et des écosystèmes, la notion d’équilibre était criante pour moi. J’ai eu la même démarche sur le bien-être de mes animaux. D’ailleurs, être en bio ne veut pas dire refuser de soigner ses bêtes. Si une chèvre est malade et que je dois avoir recours à un quatrième traitement qui entraîne un déclassement, elle sera soignée et déclassée. Enfin, j’ai fait une étude prévisionnelle au groupement des agriculteurs biologiques du Finistère, le GAB29. Leur expertise m’a donné un appui, notamment sur la règlementation. Comme les terres - des friches - pouvaient être cultivées directement en bio, je me suis lancée !

≈ 40 chèvres laitières ≈ SAU : 6.5 hectares ≈ Production : 15 000 litres transformés à l’année ≈ Commercialisation : Marchés, Biocoop, restauration, fromageries, AMAP et un grossiste ≈ Installation en janvier 2008 ≈ Âge : 35 ans (1976)

1

UTH ha 6.5 SAU

∏ Ton installation correspond-elle à ton idée de départ ? C’est à peu près à ça que je m’attendais. J’ai beaucoup travaillé sur l’optimisation de l’organisation et du temps de travail. J’ai construit un bâtiment neuf et opérationnel, acquis un chariot de traite, la fromagerie est dans le même bâtiment pour limiter les déplacements. Je voulais aussi acquérir du neuf pour que mon matériel tienne la route et ne pas me retrouver à devoir bricoler. Pour la fromagerie, j’ai fait le choix d’autofinancer du matériel comme une table d’égouttage supplémentaire, des grilles, etc. L’idée était de simplifier le travail. Malgré tout, j’ai toujours plus de travail que prévu.


Au début, je ne voulais pas prendre plus de 40 chèvres, mais finalement je vais déroger à ce choix pour monter à 50 chèvres parce que j’aimerais salarier une personne 5 à 6 mois par an. Surtout pendant la période de surcharge de travail liée à la lactation, pour faire la transformation. Question traite, j’ai tenté la bitraite. Mais au bout de 3 semaines, je suis passée en monotraite pour n’avoir qu’un seul cycle de transformation. Mon prochain investissement sera d’ailleurs un tank, pour ne plus avoir à transformer et livrer tous les jours. En plus, j’ai aussi fait le choix d’avoir une activité d’accueil pédagogique à la ferme pour recevoir du monde et renouer le lien entre les enfants, la terre, la nature. Ça prend aussi du temps et de l’argent puisque je projette d’autofinancer l’aménagement d’une salle d’accueil.

15 000 ¤

∏ Salle pédagogique

(1) Montant des DJA (2) SIJA Conseil Régional de Bretagne (3) PMBE (4) Conseil Général du Morbihan (5) INA (6) Emprunts à prêts bonifiés

∏ Quel regard portes-tu sur l’accompagnement à l’installation ? J’ai été suivi par un conseiller installation de la chambre d’agriculture. Dans le stage 40 heures de l’époque, l’apport du programme n’était pas adapté à mon projet. Les autres stagiaires étaient sur des projets porcins ou de vaches. Puis, j’ai été suivie par le groupement des agriculteurs biologiques du Finistère, le GAB29 et par Jean-Yves, un producteur bio chez qui j’ai fait un stage. Il m’a présenté beaucoup de monde et cela a été d’un bon secours.

ZOOM : « On sous-évalue les démarches administratives alors qu’elles sont énergivores » J’ai eu un souci avec la dotation jeune agriculteur. Au début, on ne m’a accordé que la DJA minimum. Or, avec ce montant, je perdais la SIJA, qui est une aide de soutien à l’installation du Conseil régional, liée à la diversification ou à l’installation hors cadre familial. Cette aide peut atteindre 10 000 euros et, sans elle, la banque ne me suivait plus. C’est tout mon projet qui ne tenait plus la route. Comme j’étais en installation hors cadre familial et que je faisais une création d’activité, j’aurais dû avoir la DJA moyenne ou maximum. Le problème était que j’avais acquis la maison d’habitation avant de m’installer et que j’avais fait une SCI familiale. Il manquait donc cette partie investissement dans mon projet. Pour le bâtiment en bois, j’ai eu le droit au plan de modernisation des bâtiments d’élevage, le PMBE. Entre ce bâtiment, la fromagerie et le reste des investissements, le projet atteint 120 000 euros. J’ai fait un recours pour la dotation jeune agriculteur et j’ai obtenu la moyenne. Cela m’a permis d’avoir l’aide régionale de soutien à l’installation et tout est rentré dans l’ordre. On sous-évalue souvent les démarches administratives dans une installation alors qu’elles sont énergivores.

∏ Matériel de Transport et Vitrine

42 000 ¤

∏ Laboratoire (50 m2)

5 700 ¤

∏ Salle de traite et Cornadis

(6)

22 000 ¤

2 800 ¤ (5) 2 600 ¤ (4)

∏ Electicité et Plomberie

23 800 ¤

(3)

10 000 ¤

(2)

12 600 ¤

(1)

Aides et Prêt

54 000 ¤

∏ Bâtiments (terrassement, construction, maçonnerie, aménagement).

Investissements ∏ Achats des terres, du corps de ferme, de la maison d'habitation

Résultats 2010

150 000 ¤ (acquis via la SCI) CA : 40 540 ¤ EBE : 20 086 ¤ Annuités : 9 970 ¤/an

∏ Quel serait ton conseil pour un candidat à l’installation ? Il ne faut pas perdre espoir, ne pas se lancer sans prendre un maximum de temps pour ficeler son projet. Il faut aller voir ce qui se fait ailleurs et partir en étant passionné, sinon on ne tient pas. J’ai fait des formations sur l’élevage avant de me lancer et c’est indispensable. En revanche, je regrette de ne pas avoir fait de formations sur la partie fromagerie. Bien sûr, on apprend sur le terrain mais c’est beaucoup d’énergie et de risques de plier car les choses ne marchent pas du premier coup. Par exemple, en fromagerie, s’il y a un peu de bleu sur un fromage et que l’on vend en direct, le consommateur pose des questions et on lui explique ce qu’il veut savoir. En revanche, un intermédiaire voudra des fromages sans bleu, tout blanc. Point ! C’est pour ce genre de choses qu’il faut faire des formations avant de se lancer, parce que après, on n’a plus le temps. On est dedans.

6 800 ¤

84 500 ¤

∏ Est-ce capital d’être entouré pour une installation ? Ma famille m’a bien sûr beaucoup soutenue et mes voisins, AnneMarie et Yves, m’aident toujours beaucoup : sur des coups de main, sur de l’organisation familiale. C’est bon pour le moral. J’ai aussi été à la rencontre d’autres personnes qui avaient un élevage de chèvres avec fromagerie, pour voir ce qui se faisait et pouvoir faire mes propres choix. Enfin, grâce à mes voisins, j’ai rencontré un agriculteur biologique du coin qui me fournit en céréales et en foin, et qui m’a aidée, avec ses tracteurs, à monter la charpente du bâtiment arrivée en kit ! Je peux dire que si j’avais été seule, je n’aurais pas tenu car il y a toujours des imprévus.

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Aides et Investissements

Temps de travail

Heures de travail hebdomadaire Δ 70 heures / semaine sur 7 jours. Δ Objectif : 1 week-end par mois si embauche d'un salarié.

Semaines de congés/an


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" Un Agriculteur proposait une partie de ses terres "

∏ Pourquoi avoir choisi le métier d’agricultrice ? J’ai choisi de devenir agricultrice parce que j’avais envie de cultiver mes propres légumes et de les vendre sur les marchés pour rencontrer directement la clientèle. Mes parents étaient agriculteurs en élevage laitier conventionnel. Pendant les vacances, je travaillais déjà dans le maraîchage. Je ne me destinais pas vraiment à devenir agricultrice mais avec le temps, je me suis dit que je devais changer de voie et j’ai pensé à m’installer. Pour être indépendante, mais aussi parce que j’avais un goût pour les légumes. ∏ Que faisais-tu avant ton installation ?

Solenn Becel (30 ans) s’est installée en janvier 2007 sur les terres d’un agriculteur biologique du secteur de Lamballe. Maraîchère diversifiée, elle pratique exclusivement la vente directe. De la production à la vente, Solenn a tout créé. Quatre ans après son installation, elle continue de parachever son système.

Solenn Becel Le potager de Solenn / Plédéliac ≈ Surfaces : 3,7 hectares dont 2000 m2 sous serre ≈ Nombre de légumes : 70 variétés de légumes et 30 espèces (tomates, choux, melon, haricots, pommes de terres, poireaux, carottes, fraises, potiron, cresson, mâche, épinard, radis noirs, navets, endives, concombres). Plants (une dizaine de variétés). ≈ Commercialisation : 100% de vente directe – 3 marchés par semaine + vente à la ferme 1fois par semaine ≈ Date d’installation : 1er janvier 2007 – Création d’activité

1.2

UTH ha 3.7 SAU dont 2000 m2 sous serres

Avant de m’installer, j’ai travaillé comme laborantine avicole pendant deux ans. La vie de salariée ne me plaisait pas trop. Après avoir quitté mon travail, j’ai commencé à travailler chez des maraîchers et j’ai fait un BTS technologies végétales, par correspondance, pour m’installer et avoir un autre diplôme. En 2004, je suis retournée chez un maraîcher conventionnel qui faisait déjà de la lutte biologique, peu de traitements chimiques et de la vente directe. J’ai commencé à me renseigner sur ce que faisaient les bio, bien que dans mon entourage, la bio n’était pas forcément bien vue et mal connue. En stage d’installation, j’ai travaillé pendant un an chez un maraîcher biologique pour voir comment travailler sans pesticide. Dans le même temps, je cherchais des terres. C’est le groupement des agriculteurs bio des Côtes d’Armor qui m’a orientée vers un agriculteur qui voulait mettre des terres en location près de Lamballe pour installer un jeune maraîcher. ∏ Et pourquoi l’agriculture biologique ? Je ne voulais pas vendre des produits cultivés avec des pesticides. Au départ, je ne pensais pas forcément à l’agriculture biologique mais j’étais sûre de ne pas vouloir utiliser de produits chimiques pour respecter l’environnement. C’est en travaillant au Jardin des Salines que s’installer en bio est devenu une évidence pour moi. Et puis j’ai eu de la chance car j’ai eu accès à des terres qui étaient déjà en bio, donc je n’ai pas eu besoin de faire de conversion. ∏ Ton installation correspond-elle à ton idée de départ ? Je n’aurais jamais imaginé qu’il y ait une telle attente sur les produits biologiques. Je suis même obligée de refuser de la clientèle. En tomates, je passe 250 kilos par semaine alors que j’étais plutôt partie sur 150 kilos. Les haricots verts et les melons sont aussi très demandés et ils m’ont fait connaître. Sur les cultures, j’ai donc fait évoluer mes plans à la hausse. Les cultures d’appel comme la pomme de terre, les poireaux, les carottes fonctionnent très bien et m’ont permis de démarrer de nouvelles cultures, comme le cresson, par exemple. Je peux donc dire que j’ai atteint mes objectifs en termes de production et de débouchés. En revanche, je ne me dégage quasiment pas de revenu parce que je fais beaucoup d’autofinancement. En


effet, je voulais partir sur un prêt de 100 000 euros et on m’a conseillé de ne demander que 60 000 euros pour être sûre d’avoir l’accord de la banque. Or, j’ai, par exemple, un projet d’irrigation et de hangar pour assurer une meilleure conservation des légumes et gagner en qualité. Sur les trois dernières années, j’ai aussi dû acheter une motteuse, une caisse frigorifique, des tables pour faire mes plants, des charriots et du petit matériel. Cela représente 15 000 euros. Mais j’en vois le bout puisque fin 2011, le tunnel hangar sera fini de rembourser et je pourrais me dégager un revenu satisfaisant au bout de ma 6ème année d’installation. ∏ As-tu un conseil à donner à un porteur de projet ?

ZOOM : « Un agriculteur biologique voulait céder des terres pour installer un jeune maraîcher » J’ai cherché des terres pendant 6 mois avant de réussir à trouver celles-ci. C’est vraiment très compliqué de trouver des parcelles pour s’installer sur de petites surfaces en maraîchage. Finalement, c’est le GAB22 qui a trouvé des terres près de Lamballe. Un agriculteur biologique du coin voulait installer un jeune maraîcher et il cédait des terres. C’est un producteur qui élève des veaux sous la mère. Il m’a proposé 1,3 hectares. Il savait que l’on peut travailler et monter un système avec cette surface. Les terres étaient déjà en bio. C’était intéressant pour moi. Ensuite, lorsque j’ai voulu m’agrandir, il a été d’accord pour me louer une nouvelle parcelle de 2,4 hectares. D’ailleurs, j’ai beaucoup été accompagnée par Guy [le producteur, NDLR]. Il a toujours été là quand j’ai eu des questions à poser sur de la technique, pour du prêt de matériel ou même pour me donner de bons contacts. Dès la première année, j’avais une trentaine de clients réguliers sur le point de vente de ma ferme. C’est lié à la bonne situation de la parcelle mais aussi à son implication pour me faire connaître.

Chaque projet d’installation est différent. Surtout s’il s’agit d’une création pure ou bien d’une reprise. Dans mon cas, c’est une création pure. Je dirais que l’important, c’est d’aller vers ce que l’on veut faire dès le départ. Moi, par exemple, j’ai monté 4 tunnels dès le début. Ce qui peut paraître beaucoup. Et pourtant, cela n’a même pas suffi à répondre à la demande. Je me suis donc agrandie. Là, je sens que je suis arrivée à la limite de l’agrandissement, donc je vais m’en tenir là. J’ai commencé sur 1,3 hectares et je suis maintenant à 3,7 hectares en culture + 4 tunnels (2000 m2). Cette progression a été possible parce que la demande est là. Mais maintenant, je refuse de la clientèle parce que je ne peux plus augmenter en volume de production. Cela n’est pas possible seule car il y aurait un risque plus élevé de problèmes sur les cultures ou sur ma personne. C’est donc important de connaître ses limites, de ne pas se laisser happer.

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Aides et Investissements (1) Montant des DJA. (2) Conseil régional : aide sur projet installation en vente directe. (3) Conseil général des Côtes d'Armor : Prêt à taux zéro à rembourser en trois ans, 5 ans après l'installation.

4 600 ¤

(3)

6 800 ¤

(2)

17 300 ¤

(1)

60 000 ¤

∏ Premiers achats de semences, tunnels, camion, matériel de culture

∏ Location des terres : 250 euros/ha/an

925 ¤ Foncier Aides Investissements Résultats 2010 CA : 45 000 ¤ EBE : 11 000 ¤ (17 000 ¤ en 2009) Annuités : 7200 ¤/an Temps de travail

Heures de travail hebdomadaire Δ 70 heures/semaine de avril à fin août et 50 heures le reste de l'année. Vente incluse : 21 heures par semaine.

Semaines de congés/an Δ 4 semaines en 2008, 2009 et 2010. Sauf en 2011 : une semaine de prévue. Δ Objectif : 2 X 15 jours par an.


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" Être deux, c’est aussi entreprendre de nouvelles choses " Dominique a 32 ans. Avant de devenir agriculteur, il a travaillé pendant 6 ans dans la formation agricole. D’abord motivé par la création d’un système diversifié et autonome, il se concentre finalement sur la production de porcs et de légumes. La rencontre avec Olivier va lui permettre de relancer son projet initial. En 2011, ils créent le GAEC de la ferme Ar Sonj.

Dominique Boutouiller Ferme Ar Sonj (GAEC) / Plougonver ≈ Nombre d’UTH : 1 UTH en 2007 – 1,5 UTH dès 2008 – 2,5 UTH en 2010 – 3 UTH en 2011 ≈ Animaux : Une trentaine d’animaux sur site (60 porcs commercialisés en 2010) ≈ Surfaces : En 2010 : 3 ha plein champ et 1700 m2 tunnel – 5 ha plein champ et 2900 m2 de tunnel en 2011 ≈ Nombre de légumes : de 20 à 30 espèces sur l’étal (choux frisé, melon, pastèque, poivron, poireaux, carottes, pommes de terre, endives, mâche, salades, navets, rutabaga, etc.). ≈ Rendements : 60 cochons vendus en 2010 (36 cochons en 2011). Alimentation 100% bio et 100% d’autonomie alimentaire pour les cochons. ≈ Date d’installation : 1er novembre 2007. Un GAEC est créé en 2011 avec un associé : Olivier Pousset.

3

UTH

30 ha SAU

Dont 2 900 m2 de tunnel

∏ Que faisais-tu avant de t’installer ? J’ai travaillé et fait des stages pendant 6 ans avant de m’installer. J’ai surtout été formateur en agronomie. Je travaillais dans des lycées et centres de formation (CFPPA). J’ai aussi fait des stages agricoles, dont mon stage installation de 6 mois au Mali, et divers boulots. J’ai commencé à chercher une ferme un an après avoir commencé à travailler. Mais je trouvais très peu de systèmes qui correspondaient à ce que je cherchais. Je voulais reprendre une ferme avec des terres groupées et sans reprise de matériel ni de cheptel. Au tout début, je voulais même des terres nues pour faire une installation progressive et tout avoir à bâtir en restant prof en même temps. ∏ Comment as-tu trouvé tes terres ? En 2006, j’ai rencontré une personne qui avait 40 hectares et qui arrêtait son activité laitière. Je pensais reprendre les 40 hectares, mais je n’en ai finalement eu que 20 et il y a eu le remembrement dans la foulée. Ça a chamboulé les terres. Il a donc fallu remettre les parcelles en bon état et refaire des talus avant de bien partir sur les cultures. ∏ Pourquoi as-tu choisi le mode d’agriculture biologique pour t’installer ? La certification n’était pas forcément une évidence. Mais elle est reconnue par les consommateurs et nous l’avons prise. En revanche, l’agriculture biologique était vraiment une priorité car c’est, pour moi, le mode d’agriculture le plus intéressant techniquement. Il faut sentir les choses, observer et sans cesse essayer. En conventionnel, tout est trop systématique. S’il y a une maladie, tu traites. S’il y a des mauvaises herbes, tu passes le pulvé. Point ! En bio, il faut chercher des solutions et modifier ses pratiques. C’est cette complexité qui me passionne. J’avais aussi envie de montrer l’exemple car il y a une responsabilité environnementale surtout dans notre secteur avec la question de la qualité de l’eau. Malgré tout, avec mes voisins conventionnels, ça se passe bien. Ils comprennent la plupart du temps pourquoi je leur demande de traiter loin de mes parcelles. ∏ Ton installation correspond-elle à ton idée de départ ? Au départ, j’étais parti sur un système avec du légume sur 1 hectare, une soixantaine de porcs, 5 ou 6 vaches allaitantes et des céréales pour la vente sur les 40 hectares que je pensais reprendre. Finalement, j’ai eu seulement 20 hectares et je pouvais quand même mettre en place un système agronomique très abouti : porcs, légumes, céréales, vaches allaitantes. Mais les choses ne correspondent pas toujours à ce que l’on imagine. Je pensais vraiment faire une installation progressive qui se ferait sans problème car tout devait s’imbriquer économiquement et techniquement étape par étape. Finalement, je n’ai pas pu mettre en place les vaches allaitantes car avec les terres que j’avais les premières années, je n’avais pas assez d’aliments pour les nourrir. Je devais aussi passer beaucoup de temps sur l’atelier porc car je produis moi-même tout leur aliment.


J’ai donc modifié mes plans et me suis concentré sur les légumes et le porc pour commencer. Quand je remplissais les documents dans le répertoire installation, je cherchais vraiment à faire du porc et puis finalement ce n’est pas ce qui me plaît le plus. En plus, c’est impossible de sortir 60 porcs par an avec 13 hectares de cultures pour les nourrir en étant à 100% d’autonomie alimentaire. Il faut donc parfois s’attendre aussi à évoluer.

Nous nous reposons des questions sur notre système et nous avons décidé de réduire un peu l’atelier porc pour réorienter les cultures vers des céréales à destination de l’alimentation humaine et de créer aussi un atelier de transformation. Le GAEC est donc une continuité du projet. Nous avons acheté un terrain pour faire un atelier de découpe du porc, sur un site neutre, dans une zone artisanale, qui apportera de la valeur ajoutée quoi qu’il arrive courant 2013. Cet atelier ne fera pas seulement de la découpe de viande mais il pourrait aussi mener à de la transformation de légumes pour des plats cuisinés.

∏ La création du GAEC a-t-elle fait évoluer ton projet ?

∏ Avoir un associé faisait-il partie du projet initial ?

Depuis cette année et la création du GAEC, il y a vraiment une différence. Avec Olivier, on peut échanger et se donner des conseils mutuels. Aujourd’hui je ne suis plus tout seul à porter la responsabilité de la ferme et de sa réussite. Au début, les deux premières années, ça a vraiment été dur et je ne voyais presque plus mon premier enfant car il y avait des horaires démentiels. Avec la création du GAEC, j’ai même l’impression de repartir sur une nouvelle installation.

Non. J’ai rencontré Olivier deux ans après m’être installé. Il était saisonnier chez moi et nous avons commencé à discuter du système, de son évolution possible. Comme nous partagions pas mal de choses, je lui ai proposé un stage contrat parrainage-installation. Ce stage permet d’avoir une personne qui travaille pendant un an et demi sur la ferme sans charge salariale. Pour lui, c’était aussi l’occasion de travailler avec moi, en étant rémunéré, et nous avons commencé à prendre les décisions ensemble. Ce contrat nous a laissé du temps pour échanger, nous rendre compte que nos points de vue étaient convergents et d’exprimer chacun nos besoins et nos attentes sur la ferme. Comme nous venons de nous associer, il y a 13 hectares supplémentaires à 15 kilomètres de distance et nous repartons un peu à zéro dans nos projets. Finalement, grâce à la rencontre avec Olivier, je garde l’objectif d’arriver à un système très autonome.

ZOOM : « Avec une création d’activité, il y a tout à mettre en place » Il faut vraiment faire attention à la commercialisation en amont. C’est vraiment important et c’est une activité à part entière de développer ses débouchés. Il ne faut pas arriver avec un camion plein sur un marché sans s’être préparé. C’est ce qui m’est arrivé sur mon premier marché. J’avais un camion plein de cagettes de salades et je n’ai quasiment rien vendu. Je suis revenu avec seulement 40 euros en poche. Ça fait mal. Je dirais qu’il faut presque avoir des plans de commercialisation avant de s’installer. Et puis, il faut se garder des marges de sécurité parce que l’on ne parvient pas toujours aux objectifs de vente ou de production que l’on s’est donnés. Il faut donc toujours anticiper. Même si on a tout sur papier avant de s’installer, quand on se lance on se retrouve la tête dans le guidon et tout s’accélère. Les investissements, le temps de travail, les imprévus, etc.

Aides et Investissements

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20 000 ¤

∏ investissement avant la création du GAEC : fourgon, tunnel supplémentaire, chambre froide.

60 000 ¤

∏ Matériels pour l'installation : tunnels, deux tracteurs, aménagement des bâtiments et du site, outillage pour céréales et légumes.

(1) Montant des DJA (2) Conseil Régional de Bretagne pour instalation hors cadre familial, transformation et vente à la ferme

10 000 ¤ 17 800 ¤

120 000 ¤

∏ Achat des Terres, ou reprises de Terres ou locations : Terres et bâtiments.

(2) (1)

Aides Investissements Résultats 2010

Débouchés et commercialisation Δ Vente directe de Porc Caissettes et porcs transformés et mis sous vide par un Boucher

CA :

99 000 ¤

EBE :

39 448 ¤ Annuités 2010 : 18 833 ¤/an Annuités 2011 : 23 000 ¤/an

Temps de travail

Heures de travail hebdomadaire Δ 70 heures / semaine de mai à octobre Δ 60 heures / semaine de 6 jours en hiver

Semaines de congés/an Δ Objectif : 3 semaines.


Arnaud Daligault : L’intégration s’est faite doucement. C’était un peu difficile au départ parce que nous nous installions en bio sur un bassin polyculture élevage très intensif. Il y a eu beaucoup d’observation et de ragots aussi. Nous sommes installés juste à côté de la Cuma et, maintenant, les agriculteurs qui passent chercher du matériel, qui nous voient travailler commencent à être plus ouverts. Ils voient que l’on bosse et que l’on est sérieux et que nos parcelles sont belles. Mais ça reste quand même difficile de ce côté-là. En revanche, nous avons deux agriculteurs biologiques à moins de 2 kilomètres et cela nous a aidés. On a décidé d’adhérer à la Cuma et cela aide un peu, surtout à discuter avec du monde. Nous avons un dépôt de paniers à Montreuil chez un des deux bio du coin. Sinon, nos produits partent vers Rennes et ses alentours, soit environ dans un périmètre de 15 km autour de la métropole. Nos légumes ne font pas plus de 25 kilomètres et seuls 5% de notre production part chez le grossiste.

Bénédicte Clermont : Faire de la vente directe nous a aidés vis-à-vis des consommateurs et des élus qui sont sur la même longueur d’ondes que nous. Concernant mes collègues conventionnels, nous échangeons peu car, finalement, avec des techniques aussi différentes nous n’avons plus vraiment le même métier. Quant au GAEC, il a fallu trouver sa place au-milieu d’agriculteurs qui avaient déjà leurs habitudes, mais ça s’est bien passé et nous nous entendons bien. C’est fondamental dans un GAEC.

Dominique Boutouiller : Elle s’est vraiment bien passée avec tout le monde : voisins agriculteurs et consommateurs. Surtout quand on connaît les codes de la campagne où on est très observé mais sans connaître forcément ceux qui nous observent. Même si nos idées ne sont pas majoritaires dans la commune, nous sommes très bien accueillis et ça se passe bien. J’essaie aussi d’être souple avec mes voisins pour leur permettre d’avancer. J’ai plus de facilités à parler d’autonomie que d’agriculture biologique, ça passe mieux avec eux comme ça. On se donne aussi des coups de main et on discute de nos systèmes respectifs. En revanche, je vois bien qu’il est plus facile de parler d’agriculture biologique en période de crise : pendant la crise laitière on a eu pas mal de passage. Des gars qui voulaient en savoir plus sur la conduite des céréales, l’autonomie etc.

Fabien Tigeot : Ça s’est plutôt bien passé par ici. En Ille-et-Vilaine, mes expériences se sont faites en climat hostile. Dans cette zone, il y a plus d’ouverture. Les collègues du coin qui ne sont pas en bio sont plus à l’écoute, ils regardent ce que je fais, parfois ils s’arrêtent et me posent des questions. Et quand c’est réussi, ils me le disent. Et pourtant, je suis sur une zone plutôt intensive. Même dans ma Cuma, ça se passe plutôt bien. Ce qui est certain, c’est qu’il ne faut surtout pas s’isoler pour avoir et faire du lien. Si j’ai un pépin, un collègue

pourra toujours venir m’aider. C’est dur quand tu es tout seul, tu n’as pas le droit à l’erreur et tu es moins tranquille.

Frédérique Trochereau : D’un point de vue professionnel, il y a un bon pôle local lié aux plantes aromatiques et médicinales à Plounéour Ménez. Il y a aussi une grosse association, Cap Santé, qui valorise les plantes médicinales y compris auprès du grand public et cela crée une émulation et une dynamique pour la vente. Le tissu agricole local étant surtout composé de petites fermes, il y a une bonne entente entre les producteurs locaux.

Solène Larzul : Dans le coin, avec les producteurs, ça s’est bien passé parce que j’ai acquis des terres en friches, pentues et avec des sous bois, donc je n’embêtais personne. Comme ils ne connaissaient pas la production de lait de chèvre, ils venaient me voir avec curiosité. Et quand ils m’ont donné des conseils, en général je les prenais. Plus largement sur le territoire, cela s’est aussi bien passé. Au début, j’ai participé à pas mal de soirées et de débats sur l’installation, le foncier. J’allais témoigner.

Solenn Becel : Ma clientèle est surtout dans un rayon de 6 kilomètres pour la vente directe sur la ferme. Ça a pris très vite. En trois heures, je vois en général une trentaine de clients. C’est même eux qui m’ont proposé de faire le marché de Lamballe. Pour les marchés, en gros, en été, je passe, par marché, 12 caisses de tomates de 5 kg, 48 têtes de salades, 10 kg d’aubergines, 20 kg de courgettes, 10 de poivrons, une trentaine de kg de pommes de terre, une quarantaine de melons et dix kg de fraises. En hiver, sur un marché, je passe environ 20 kg de poireaux, 45 kg de pommes de terres, 30 kg de carottes, 4 kg de mâche, 14 kg d’épinards, 7 bottes de cresson, 30 kg de potiron, 5 kg de betteraves cuites et 1 kg de crues et environ 10 kg d’endives.

L’insertion sur le territoire


Êtes-vous toujours accompagnés ?

Julien et Jean-Charles Métayer : Nous sommes adhérents au groupement des agriculteurs biologiques du Morbihan, le GAB56. Nous y suivons des formations sur les cultures. Mais nous ne bénéficions pas de suivi particulier. Nous avons tout de même eu un memento réalisé par la Chambre d’agriculture, deux ans après l’installation, qui synthétisait notre installation, les perspectives, mais il était très théorique et ne nous a pas du tout servi concrètement.

Christelle Guérin : Je n’ai quasiment pas eu de suivi les deux premières années. J’avais pourtant des questions : comment trouver mon matériel ? Quand moissonner ? Idem pour mes premiers vêlages. J’ai donc fait quelques bêtises au début mais avec l’expérience ça va mieux. Mon BPREA contenait un peu de formation homéopathie mais rien sur les cultures. Finalement, un technicien est venu me voir au bout de deux ans d’installation.

Mickaël Berthelot : J’ai une visite technique légumes avec 3 techniciens. En dehors de cela, je ne bénéficie pas d’un suivi particulier. En revanche, je suis des formations en maraîchage avec le GAB de mon département, sur la lutte intégrée, la fertilisation organique en maraîchage, la conservation des légumes. C’est important car cela permet de revenir sur ses pratiques et de les améliorer. Ce sont des apports pratiques mais aussi des échanges avec les autres sur ce qu’ils ont eux-mêmes testé.

Solène Larzul Pas vraiment et c’est compliqué de toutes façons parce que nous ne sommes pas nombreux en chèvres. Tu es donc un peu tout seul. Nous avons essayé de monter un groupe avec plusieurs autres producteurs en transformation laitière, mais ça n’a pas marché. Aujourd’hui, c’est le manque de temps qui fait que je ne fais pas de démarches particulières pour avoir un suivi.

Solenn Becel Je ne suis pas forcément de formations techniques. Je suis plutôt accompagnée par le CER qui m’aide à trouver des solutions pour avoir de meilleurs résultats économiques. Je trouve aussi, de mon côté, des solutions pour produire mieux. Mon proprio continue de m’aider, de me présenter des personnes, de parler de la vente directe sur mon exploitation. C’est très positif et important de pouvoir discuter avec une personne qui me laisse faire mes propres choix mais qui échange beaucoup et nourrit mes réflexions.

Fabien Tigeot Pas vraiment. Mais oui, parce que je le souhaite. Il faut être très demandeur pour avoir un accompagnement. Les structures ne viennent pas forcément toutes seules vers toi. Je continue à suivre

des groupes du RAD, à voir des personnes de la Marmitte qui travaillent sur l’installation dans le Morbihan et aussi le GAB56. Je suis sur une bonne voie et je souhaite dès maintenant contribuer au développement de la bio dans ma petite région. Il faut rester très ouvert vis-à-vis de ses voisins et le temps fera les choses.

Dominique Boutouiller Je suis toujours accompagné par le GAB d’Armor. Mais il faut le solliciter. Je l’appelle souvent parce que j’ai parfois du mal à atteindre les objectifs que je me fixe. Et j’échange aussi avec le technicien porc d’un fournisseur d’aliments. On parle aussi parfois entre voisins de monter un groupe d’échanges pour avancer dans nos pratiques et maîtriser nos cultures.

Arnaud Daligault : Je suis moins accompagné qu’avant car nous en ressentons moins le besoin. J’ai suivi des formations pendant les deux premières années de mon installation mais moins maintenant.


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• 1529 fermes bio et en conversion dont 354 en légumes et 351 en bovin lait

Les chiffres de l’agriculture biologique en bretagne

• 4,4% des fermes bretonnes pratiquent l’agriculture biologique • 52 030 hectares sont cultivés selon le mode de production bio, c’est 22% de plus que début 2010 • 14 460 hectares en conversion soit 28 % de la surface bio • L’agriculture biologique emploie 3 030 UTH (emplois liés à la production et producteurs-transformateurs exclusivement) • Début 2011, la Bretagne compte 305 nouveaux producteurs bio installés ou récemment convertis à l’agriculture biologique • 66 nouvelles communes, comptent au moins une ferme en bio en 2010, soit 700 sur 1270 au total. Dans ces 700 communes, il y a donc en moyenne plus de deux fermes bio par commune. • La Bretagne est la 7è région française en nombre de fermes • La Bretagne est la 6è région française en nombre d’hectares • La Bretagne est la 10è région française en pourcentage de SAU régionale

Types de production des nouvelles fermes engagées en bio et en conversion durant l’année 2009. Source : FRAB / Observatoire 2010 de la production biologique en Bretagne


Un réseau, Des valeurs, Des hommes

Depuis plus de 20 ans, la Frab et les GAB bretons accompagnent les agriculteurs bio de Bretagne. Page 27 Aujourd’hui, grâce à nos nombreux adhérents et techniciens spécialisés, le réseau accompagne tous les agriculteurs qui le souhaitent. Il leur permet de découvrir les techniques utilisée par les bio, de réfléchir à leur conversion, de réaliser des diagnostics complets d’exploitation. 60% des producteurs bio bretons sont adhérents dans un des 4 GAB de Bretagne. Par ailleurs, le réseau compte une quarantaine de producteurs bénévoles actifs : administrateurs, mandatés et responsables de commission. Les actions du réseau GAB/FRAB en Bretagne, en 2010 c’est : Un accompagnement de tous les producteurs qui le souhaitent

• Près de 200 Visites d’information gratuites chez des agriculteurs bretons

• 100 Accompagnements global de conversion • 300 Accompagnements techniques (désherbage, mises aux normes, etc.) • Montages de MAE (mesures agro-environnementales) Un Accompagnement de l’installation

• 133 Primo-accueils de porteurs de projets à l’installation en bio

• 108 Accompagnements globaux à l’installation : recherche

De la formation

• 88 Interventions extérieures (établissements agricoles,…) • 114 Journées de formation pour les agriculteurs Un développement des filières

• 10 Réunions de producteurs sur les filières longues • 31 Accompagnements de projets collectifs de filières de proximité (AMAP, groupements de consommateurs, magasins de producteurs,…)

• 19 Accompagnements de projets individuels de transformation ou de commercialisation De la recherche

de foncier, étude technico-éco

• 6 Actions de recherche en grandes cultures, légumes et

• 60 Suivis post-installation

élevage

Des transferts des pratiques vers les conventionnels

• Réalisation d’outils d’aide à la décision sur le désherbage

• Des démonstrations de matériel • Des diagnostics de Changement Progressif de Système • Des accompagnements individuels à l’utilisation du désherbage mécanique

• Diffusion de références technico-économiques

alterné : Opti’maïs Une ouverture directe sur la société

• 7000 petits déjeuners servis sur 27 fermes à l’occasion de la Fête de lait bio chaque premier dimanche de juin

• 30 Fermes ouvertes • 33 Soirées débat avec les consommateurs (28 en 2008)

Un site Internet pour connaître les dates de formations, avoir accès aux données techniques et aux actualités de la bio

www.agrobio-bretagne.org


MINISTÈRE DE L'AGRICULTURE ET DE LA PÈCHE