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de cette époque sont disséminés à l’intérieur de Paris. Ce que l’on peut aussi apprendre, c’est le modelage, au gré des expositions, de parties emblématiques de la cité, notamment la perspective du Champ de Mars et la butte de Chaillot. Les expositions universelles ont eu cette capacité à transformer la ville et à être de véritables phares d’innovations, symboles d’un avenir radieux. Elles avaient aussi cette capacité de détruire ce qui avait été construit récemment, une idée largement abandonnée au XXe siècle, et qui met en avant une idée de la conservation bien différente de celle d’aujourd’hui. Cette exposition laisse aussi entrevoir que de nombreux projets n’auront jamais vu le jour, laissant paraître une ville qui semble immuable. La quête permanente de modernité engagée par la ville est finalement un échec total, l’espoir d’une modernité radicale engendré par la science triomphante n’a pas vécu au XXe siècle, et c’est ce que les auteurs indirectement mettent en avant dans leur travail. Aujourd’hui l’avenir de la ville passe avant tout par la mise en valeur et la préservation de son patrimoine, véritable coeur de l’identité urbaine. Dès lors apparaît l’autre notion de cette exposition. Il s’agit du lien entre le Paris imaginé par les urbanistes, les architectes et l’imaginaire de la ville que l’on voit dans les planches de Schuiten et Peeters. Imaginaire d’autant plus important que la différence entre ce qui a été pensé au XIXe et au XXe siècles et très différent de la réalité du XXIe siècle. Néanmoins seule la Défense paraît sortie de cet imaginaire, porteuse d’une architecture et d’un urbanisme à part et différent. L’imagination de François Schuiten pour imaginer ce Grand Paris a été très grande, il dessine par exemple des immeubles-arbres à Aulnay-sous-Bois, qui n’ont bien sûr rien de réaliste, mais qui sont un moyen de donner des marqueurs identitaires forts. En effet il faut donner du sens à cette nouvelle ville, car oui, il s’agit d’une nouvelle ville, devenue mondiale, changeant d’échelle, Paris change intrinsèquement et a besoin de sens. Nous devons arrêter de la voir à travers ses 20 arrondissements, ses monuments emblématiques et sa rigidité haussmannienne. « À l’heure où le projet du Grand Paris paraît vraiment compromis, il nous semblait important de redonner du possible à Paris, de nourrir la porte vers la rêverie, l’utopie. » (François Schuiten, Revoir Paris l’exposition, éditions Casterman, 2014)

Le Grand Paris ne pourra exister qu’à travers son agglomération, qui aujourd’hui manque de connexions, de cohérence. L’imaginaire est donc nécessaire pour aller au-delà de nos limites usuelles, nous devons réinventer les vues auxquelles nous sommes habitués car l’espace, dans sa matérialité, nous laisse peu de place à l’imagination. Même si les visions Schuiten et Peeters semblent peu crédibles pour servir de véritables étendards, elles illustrent bien le caractère indispensable qu’apportent ces représentations, une sorte d’appropriation par le visiteur, qui pourrait avoir comme résultat une vision commune de ces espaces nouveaux. Dans la continuité de cette vision, un travail en trois dimensions a été créé spécialement pour cet événement : une sphère où l’on découvre la ville de Paris de manière interactive. D’autres représentations nous permettent de voir à quoi ressembleraient les monuments parisiens dans 150 ans. Pour cela Schuiten et Peeters nous proposent de les visiter grâce à des structures faisant le tour des monuments. Des dômes de verre protègent les édifices les plus emblématiques. En effet ils imaginent un tourisme encore plus important qu’aujourd’hui et essayent de se représenter différents scénarios pour découvrir ces lieux sous un autre regard. Au-delà de la question parisienne, comme nous avons pu l’évoquer précédemment, la bande dessinée apparaît comme un moyen d’expression utile pour penser la ville. En effet on sait qu’aujourd’hui la ville est et sera beaucoup plus complexe à dessiner. À l’époque ou le Corbusier exerçait, c’était plus simple. Les élus, les architectes sont bloqués par l’idée de la gestion et des responsa

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ci à droite en haut, «le pont d’Austerlitz», 2014, et en bas, «Aulnay-sous-Bois, la mémoire des forêts», 2009, illustrations pour le Grand Paris et l’exposition, «Revoir Paris», François Schuiten.

ARCHITECTURE, TERRITOIRE & SOCIÉTÉ

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Mémoire de fin d'études. Gonçalves Anthony. ENSAT 2015-2016  

Mémoire de fin d'études. Gonçalves Anthony. ENSAT 2015-2016  

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