Page 43

Il est vrai que le continent asiatique a de quoi inspirer les artistes, notamment la Chine qui est en passe de devenir un nouveau territoire d’imagination de la bande dessinée, porté par de jeunes artistes ancrés dans leur époque. Son dynamisme se fait de plus en plus sentir. Encore récemment bloquée entre la Belgique, la France, les États-Unis, on retrouve la bande dessinée désormais sur tous les continents. Autrefois considérée comme un art décadent , notamment en Chine, elle bénéficie aujourd’hui d’une autre image. L’arrivée de l’Internet , des blogs, a permis le partage de données, de pensées et a profité à son développement. La bande dessinée est devenue un art international, décloisonnée et ne profitant plus d’une vision ethnocentrique. L’outil informatique fait désormais partie du parcours de création de la bande dessinée. Nous observons que les auteurs ne privilégient plus le seul support qu’est la planche. La bande dessinée est vue aujourd’hui, par certains artistes, comme un découpage du récit en plusieurs images, privilégiant une lecture autonome, image par image. C’est là un des changements émergeant, elle peut être autant lue que vue. De l’informatique naît aussi un nouveau graphisme, rappelant parfois celui des jeux vidéos. On ressent cette évolution dans les comics américains ou dans des oeuvres plus indépendantes et conceptuelles, souhaitant utiliser cet outil à des fins artistiques précises. Apparition d’un nouveau graphisme ou non, ce que révèle à chaque fois le récit, c’est un regard critique sur la ville, à l’image de Tardi qui s’intéresse toujours à la ville ancienne haussmanienne, de Sempé qui publie un recueil sur New York, mêlant poésie et humour, ou de Reiser, au regard plus incisif et critique, qui s’intéresse et s’attaque à la mauvaise architecture. Chaque jour, nous nous demandons à quoi pourrait ressembler la ville du futur. Notre vie nous y incite, nous vivons dans un monde de plus en plus urbain, marqué par des technologies auxquelles nous n’aurions jamais pensé avoir accès quelques années plus tôt. Ce que veulent nous délivrer les bandes dessinées ou les films de science fiction n’est pas seulement de l’ordre du divertissement. Ils nous orientent, s’introduisent dans notre imaginaire, et nous guident vers une vision utopique, autonome, technologique de la ville. En effet, cela fait longtemps maintenant que la bande dessinée entretient des liens intimes avec l’espace des villes et l’utopie. Le progrès et la modernité, apparus dans les années 60, marquent un nouveau tournant pour l’humanité. Comme nous avons pu le voir précédemment, de nombreux artistes vont s’en inspirer, dans le développement d’une vision à long terme de la ville et du monde. La vision des artistes pour imaginer ou dessiner, ce qui serait un possible, une partie, une esquisse de l’image de la ville de demain est totalement nécessaire. Elle nous ouvre l’esprit, nous guide dans le champs des possibles futurs. Elle pose depuis très longtemps la question d’un monde à venir avec une incroyable pertinence. Qu’elle fasse l’apologie de l’utopie, du progrès technologique, qu’elle nous dévoile un décor post-apocalyptique, la ville a toujours excité l’imagination des auteurs. Observons de plus prêt les visions marquantes et les plus spectaculaires de ces villes futures. Commençons par Jean Giraud, plus connu sous le nom de Moëbius. Il naît en France en 1938 et est mort récemment, en 2012. Il a participé à la réalisation des décors des films de science-fiction les plus remarquables du genre et des plus réussis dans l’imagerie de la ville future. Il s’agit de Dune et de Blade Runner. Mais c’est à travers son oeuvre dessinée que son travail est le plus remarquable, mettant en scène des paysages urbains d’une grande diversité. L’artiste possède deux personnages, deux personnalités : en premier lieu Gir, le penchant réaliste, qui s’intéresse à l’univers du western, puis l’autre facette qui est définie sous le nom de Moëbius et qui évoque une vision fantastique. C’est avec cette dernière personnalité qu’il va défricher des terres encore peu explorées dans la bande dessinée, situées aux frontières du rêve et de la science-fiction. C’est avec sa foi dans le progrès et dans la modernité des années 1960-1970 qu’il dessine des villes, des sociétés post-apocalyptiques où règnent l’anarchie, la violence et toutes sortes d’éléments inexpliqués . Parmi les nombreuses cités imaginaires inventées par l’artiste, nous retiendrons celle qui apparaît au début de The Long Tomorrow, ville verticale et étouffante. La « Cité-Feu », qui apparaît dans l’Incal, est une métropole qui s’organise sous terre à partir de strates verticales, où la lumière provient des profondeurs et non du ciel. Pour l’artiste, notre esprit, notre « inconscient urbain » est ARCHITECTURE, TERRITOIRE & SOCIÉTÉ

43

S87

Profile for Anthony Gonçalves

Mémoire de fin d'études. Gonçalves Anthony. ENSAT 2015-2016  

Mémoire de fin d'études. Gonçalves Anthony. ENSAT 2015-2016  

Advertisement