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“Women Are Heroes” Nairobi, Kenya, 2009 2.000m2 de toile sur les toits de plusieurs maisons du bidonville de Kibera, représentant les portraits des femmes qui y habitent.

“Women Are Heroes”, Rio de Janeiro, Brésil, 2008 Visages et regards de femmes, réunissant subitement la colline et le village dans un regard féminin, dans la Favela Morro da Providência

“Women Are Heroes”, Phnom Penh, Cambodge, 2009 Femmes qui luttent pour conserver leur maison dans le bidonville de Day Krahorn qui fait l’objet de “projets d’aménagement”.

JR, “l’artiviste” au grand cœur

D

e déclaration politique, il est aussi question dans le travail de “l’artiviste” français JR –comme on le surnomme désormais. Du haut de ses 28 ans, il anime la planète de clichés qui reflètent la condition humaine : jeunes de banlieues, femmes de favelas ou bidonvilles, travailleurs Israéliens et Palestiniens ou Tunisiens prêts à se battre pour un ordre nouveau, il dresse le portrait, des milliers de portraits, d’un monde en marche. Artiste, il l’est. Activiste, aussi. Politique ? Egalement. Car quand JR habille la favela de Providencia à Rio de Janeiro d’une multitude de visages et regards, il fait davantage pour placer la favela sur la carte du monde que n’importe quel maire de Rio. Voire président Brésilien. Pour autant JR se défend d’être “politique” : “Je ne fais pas dans l’art engagé mais engageant”, lance l’artiviste qui appréhende le monde en mouvement comme une galerie à ciel ouvert. “Je ne suis pas un porte-parole. Le rôle d’un artiste est de soulever des questions, pas forcément d’apporter des réponses”. Et pourtant, celui qui semble méticuleusement choisir des points chauds, nœuds stratégiques ou géopolitiques pour mettre en scène des messages coup de poing, révèle tour à tour des inégalités fondamentales. Invoque la paix, la liberté, le respect de l’identité d’autrui et l’engagement citoyen. JR. Deux lettres qui sous-tendent un parcours de graffeur. Deux lettres pour préserver son anonymat et laisser la parole aux autres. Parisien, de sang tunisien et slave, le jeune adolescent tague en banlieue jusqu’à ses 17 ans, âge auquel il trouve un appareil photo au métro Etoile. Là, il commence à photographier ses “potes en train de taguer pour garder un témoignage de leur action”. Petit à petit, sa démarche prend de l’élan : photocopiant ces portraits en situation pour les leur donner, il se met, en parallèle, à les coller partout où il va… pour laisser une trace de leur art. “En fait, je me suis rendu compte que je taguais le nom de mes amis partout”, se souvient-il. Leitmotiv de son travail, les portraits le poursuivent, hantent le cœur des villes. En 2005, l’activiste se lance dans un portrait des banlieues parisiennes avec le premier volet de sa série 28 Millimètres, “Clichy sans Clichés” : d’immenses photos de jeunes des banlieues grimaçants se retrouvent placardés dans les quartiers bourgeois de Paris. D’abord interdits, jugés provocateurs et illégaux, ils seront finalement officialisés par la Mairie de Paris et affichés à la vue de tous sur le parvis de l’Hôtel de Ville parisien. Moment tournant, pivot de sa carrière, JR sort alors de l’ombre pour devenir un artiste reconnu. En 2007, son œuvre prend une stature internationale avec “Face 2 Face” : “J’entendais constamment parler d’Israël à la télévision, j’ai eu envie d’aller PHPV 32

voir”, se souvient-il. De chaque côté du mur de séparation, il photographie au 28 millimètres (NDLR : nom de sa série principale déclinée en trois volets) des Israéliens et Palestiniens qui font le même métier, et placarde leurs portraits hilares, par paire, de chaque côté du mur. Il travaille sans autorisation, censure ni menace. Rapidement, l’histoire, animée par une forme de comique grotesque, fait le tour du monde et quand JR et son équipe quittent les lieux, les deux côtés continuèrent à en parler, à comparer ces visages, voire à se rapprocher. Les médias locaux rencontrent quant à eux les acteurs locaux, interviewent les figurants. “Passer de l’autre côté” –d’une frontière, d’une réalité, d’un conflit-, voilà bien un autre moteur pour JR. Appelé par la révolution tunisienne en marche, il s’est rendu sur place en mars 2011 pour tapisser les murs de lieux symboliques de la révolution de 100 visages tunisiens. En faisant participer le plus de volontaires possibles, il souhaitait voir les habitants des villes s’inviter acteurs et réalisateurs de cette exposition. Un projet qui prit comme une traînée de poudre… pacifiste. Et éphémère. Jeune lauréat du prix TED, attribué précédemment à Bono ou Bill Clinton, JR s’est récemment vu récompensé pour une personnalité “exceptionnelle” et invité à émettre un “vœu pour changer le monde” (que la fondation TED se chargera de réaliser). Et si JR n’a sans doute jamais “rêvé” son action en ces termes – un vaste programme que de changer le monde !–, il est assurément porté par une fibre humaniste. JR, un artiviste au grand cœur qui emmène la discipline du Street Art dans la cour des Grands. www.jr-art.net

> ON THE WATCH ! Illustré par des peintures, des collages, des graffitis ou des pochoirs..., le livre “100 Artistes du Street Art” dresse un panorama international de cet art contemporain populaire, présent aux coins de nos rues, à travers 100 artistes dont les plus importants, à ce jour, sont : 1-Bansky (UK) 2-JR (France) 3-Keith Haring (USA) 4-Swoon (USA) 5-VHILS aka Alexandre Farto (Portugal)

6-Sam3 (Espagne) 7-Zhang Dali (Chine) 8-Know Hope (Israel) 9-Lady Aiko (Japon) 10-Reach (Taiwan)

LIFESTYLE #18  
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