Page 35

Autant le nommer et ainsi le reconnaître, la confrontation avec la maladie psychique, exprimée à travers moult interactions au quotidien nous fait vivre des affects violents. Et il n’est pas possible de rester insensible, voire neutre, face à ce que nous vivons et recevons comme charge négative de la part de nos patients. C’est d’ailleurs bien parce-que nous pouvons accueillir ces affects, les transformer à l’intérieur de nous-mêmes et les leur rendre sous forme de paroles, silences ou actes que nous sommes précisément thérapeutiques. Ce travail d’élaboration nécessaire, et qui a aussi lieu en équipe, nous permet d’éviter autant que faire se peut les risques d’agirs inconsidérés à travers des choix thérapeutiques qui seraient peu ajustés à la situation du patient. Mais il y a là un processus à décrypter, ce que nous allons faire tout en nous appuyant sur un exemple issu de notre clinique. Un nombre non négligeable de nos patients évoluent très lentement ou souffrent de problématiques chroniques et répétitives. Citons ici pour exemple une patiente de 34 ans, dont la problématique psychique lui a permis de bénéficier de l’Assurance Invalidité depuis quelques années, tant son trouble est envahissant dans son quotidien. Nous suivons cette patiente depuis 8 ans, une addiction au cannabis et aux benzodiazépines ayant constitué la porte d’entrée dans notre centre. Impossible d’établir un suivi individuel régulier, on ne parle pas de psychothérapie, elle manque tant d’entretiens! Nous intervenons essentiellement en urgence, urgence psychologique, médicale ou sociale. Un fort lien s’est créé avec nous en tant que centre et plus particulièrement avec certains d’entre-nous qui intervenons pour elle ; nous sommes « sa famille », à nos yeux un repère essentiel dans sa vie. Il y a quelques années naissait sa fille, après une grossesse et un suivi de grossesse bien mouvementés. SPMi, réseau, pédiatrie etc, tout est en place pour tenter de contenir la situation, qui reste chaotique bien évidemment. Quelle énergie ! Et pour des résultats certainement bien présents (où en serait cette patiente sans le réseau en place ?) mais peu visibles puisqu’il nous faut les inférer par défaut. Voilà bien une situation qui nous confronte à notre impuissance, impuissance de ne pas réussir à aider cette patiente à mieux contenir et réguler ses émotions, impuissance à construire avec elle 35

Spontanément, s’organisent des fonctionnements dits «intersticiels», dans lesquels se localise ce qui n’a pu être dit ailleurs. Ces espaces-temps intersticiels permettent de traiter et contenir ce qui n’a pas pu être élaboré ailleurs dans la vie institutionnelle.

Profile for AnnePhénix

Rapport d'activités 2016 de la Fondation Phénix  

Rapport d'activités 2016 de la Fondation Phénix  

Advertisement