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MÊmorandum sur l’orientation Octobre 2006


I-

Qu’est-ce que l’orientation ?

L’orientation est aujourd’hui par excellence le lieu de la reproduction sociale. Les choix des jeunes sont très largement déterminés par leur origine socio professionnelle, conditionnés par leurs moyens financiers ou par leur capital culturel. Ainsi, seuls 10% des jeunes qui sortent titulaires au minimum d’un bac+3 sont fils d’ouvriers, contre 40% de fils de cadres. Ainsi encore 40% des fils de cadres deviennent cadres et 10% ouvriers, contre 9% des fils d’ouvriers qui deviennent cadres et 38% ouvriers1. Les facteurs explicatifs de cette situation sont évidemment nombreux et complexes, mais l’orientation est le lieu où se cristallise la reproduction sociale. En effet, il est bien plus difficile lorsque l’on est fils d’ouvrier de se projeter dans des études longues que lorsque que l’on est fils de profs. D’abord parce que la pression financière fait que l’on ne peut se permettre d’attendre d’avoir 25 ans pour subvenir à ses besoins et être autonome. Le choix se fait donc d’abord vers des études courtes et professionalisantes (CAP, BEP, Bac Pro, BTS…), qui assurent un emploi et un revenu rapidement. Ensuite, parce qu’il est bien plus difficile d’entreprendre des études supérieures lorsque l’on est la première génération à le faire. En effet, la famille joue un rôle clé d’accompagnement à l’orientation, ce d’autant plus qu’elle maîtrise les rouages et les enjeux de l’enseignement supérieur. Une famille qui n’a pas fait d’études supérieures sera incapable de conseiller son enfant et de l’aider à se repérer. L’enjeu de l’orientation est donc de neutraliser les effets familiaux et les inégalités sociales, et d’offrir à chacun la capacité d’accomplir son projet professionnel, indépendamment de ses origines sociales. Le temps de l’orientation est ainsi avant tout le temps d’émancipation du jeune, qui doit pouvoir faire ses choix indépendamment des déterminismes sociaux et culturels. L’orientation doit donc être un moment d’accompagnement et d’aide à la construction du projet du jeune, en l’aidant à construire son projet puis à déterminer les moyens d’y arriver. Le jeune doit évidemment être informé des débouchés et du niveau exigé par son projet professionnel, mais le choix d’orientation en dernier lieu doit toujours se faire en fonction de son projet et pas des débouchés de tel ou tel secteur. Le processus d’orientation est donc aux antipodes de celui de sélection. Il doit reconnaître, notamment parce qu’il porte sur une génération en devenir, le droit à l’erreur et ne jamais être irrémédiable.

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CEREQ, Génération 2001


II- La solution n’est pas la sélection En cette rentrée, nombre de déclarations, du Ministre de l’enseignement supérieur à celles de la Conférence des Présidents d’Universités en passant par celles du Ministre de l’intérieur, montrent que l’orientation est utilisée comme prétexte pour sélectionner. Pourtant, l’orientation est tout l’inverse de la sélection puisqu’elle doit être un outil d’émancipation.

A- Des tentatives répétées de remplacer l’orientation par la sélection 1- Préorientation : la sélection ne rentrera pas à l’université par la fenêtre Jeudi 21 septembre 2006, François Goulard, interviewé sur Europe 1, a annoncé la mise en place d’une nouvelle mesure : l’inscription des lycéens à l’université dès le mois de février. Alors que des concertations ont été ouvertes depuis le mois d’avril sur l’orientation et l’insertion professionnelle, qui devaient aboutir à la mi octobre à la remise du rapport Hetzel, le Ministre de l’enseignement supérieur a décidé d’annoncer une nouvelle mesure sans aucune concertation avec les étudiants. Cette mesure est au mieux un nouveau gadget. Ce n’est pas la préinscription des lycéens à l’université dès le mois de février qui résoudra le problème d’orientation des étudiants. La préinscription des étudiants existe déjà dans certaines académies, notamment à Paris dans le cadre du dispositif Ravel, et n’a aucun impact sur l’orientation des étudiants. Au contraire, l’ensemble des procédures de préinscription ont pour conséquence de complexifier la transition entre le secondaire et le supérieur, et renforcent encore les logiques de sélection sociale. En effet, plus la procédure est complexe, plus il est important de disposer d’un « capital social » élevé pour pouvoir y satisfaire, et d’être accompagné et suivi par ses parents. Si cette mesure ne règle pas le problème d’orientation des étudiants, elle permet au gouvernement de réintroduire par la fenêtre la sélection à l’université. En effet, le Ministre a annoncé que si les chances de réussite de l’étudiant « pré-inscrit » apparaissent faibles à l’université, celle-ci pourra le convoquer pour un entretien pour lui « conseiller » de choisir une autre orientation. Le fait que ces entretiens ne soient pas pilotés par des acteurs neutres comme les conseillers d’orientation laisse planer le doute que les universités n’utilisent ce dispositif comme un recrutement d’excellence, privilégiant les bons bacheliers et décourageant les lycéens moyens. Les déclarations de la Conférence des Présidents d’Universités, jurant qu’ils sauraient se montrer « dissuasifs », démontrent d’ailleurs qu’il existe une réelle volonté des présidents d’université d’utiliser ce procédé pour réguler leurs flux, vider les filières « saturées » (psycho, staps, médecine…) au profit des filières « délaissées » (sciences, langues rares, philo…) au mépris de toute volonté d’orientation. En outre, de tels dispositifs risquent de décourager les lycéens appartenant à la première génération de leur famille qui pourrait accéder à l'enseignement supérieur. En effet, lorsqu'on vient d'un milieu qui n'a pas l'habitude des rouages de l'université, chaque obstacle supplémentaire à surmonter peut se transformer en barrière qui découragera le lycéen, même s'il a un niveau suffisant, de franchir le pas : les phénomènes d'autocensure ("les études, ce n'est pas pour moi") risquent d'être accentués. Ce sont encore les familles les plus fragiles socialement (en terme de revenus et de capital culturel) qui seront pénalisées. Ainsi, le Ministre revient sur le droit de tout bachelier de s’inscrire dans la filière de son choix, et ouvre la possibilité aux universités de sélectionner les étudiants.

2- L’orientation selon M. Sarkozy : une négation du droit au redoublement


Lors de la convention de l’UMP sur l’enseignement supérieur, le 4 octobre, M. Sarkozy a proposé qu’à l’issue du premier semestre, une procédure de réorientation puisse être imposée aux étudiants en échec. Ainsi, au lieu de sélectionner à l’entrée de l’université, les universités pourraient sélectionner les étudiants à l’issue du premier semestre, à l’image de ce qui existe en médecine avec le numerus clausus. Ainsi, encore une fois, le procédé de sélection est confondu avec celui d’orientation. Les examens constituent aujourd’hui l’outil à même d’évaluer si l’étudiant a les capacités de poursuivre dans l’année supérieure ou non, il n’est pas nécessaire de sur-ajouter une procédure. De plus, ce dispositif nie le droit des étudiants au redoublement, et la possibilité qu’ont notamment les étudiants salariés de valider une année d’études en l’étalant sur plusieurs années afin que la poursuite de leur cursus soit compatible avec une activité salariée. Nous sommes favorables à ce que le suivi d’orientation revête un caractère obligatoire et soit d’avantage intégré dans les maquettes d’enseignement, mais nous pensons qu’en aucun cas un choix d’orientation ne doit être imposé à l’étudiant.

B- La sélection n’est pas la solution 1- La sélection : une politique malthusienne Les politiques de sélection ont toujours dissimulé un objectif de réduction des effectifs. Ainsi, nombre de ceux qui défendent la sélection entendent le faire pour diminuer les effectifs, au motif que « ce qui est rare est cher », et que l’augmentation des diplômés entraînerait une dévalorisation mécanique du diplôme. Nous pensons que la valeur du diplôme n’est pas liée au nombre de personnes qui en sont titulaires mais à son contenu et au niveau d’exigence. La déqualification des jeunes diplômés sur le marché du travail ne vient pas de l’augmentation de leur nombre mais de la structuration du marché du travail qui ne reconnaît pas les qualifications. Ainsi, les entreprises utilisent bien toutes les compétences du jeune mais ne reconnaissent pas ses qualifications. Par exemple, nombreux sont les jeunes diplômés à Bac +5 de masters prestigieux qui sont recrutés en stage pendant de très longs mois par des entreprises qui utilisent l’ensemble de leurs compétences sans les rémunérer ni leur offrir le statut en conséquence. Les exemples sont nombreux pour démontrer que la sélection a entraîné une baisse d’effectifs. Le numerus clausus dans les filières médicales est ainsi responsable de la pénurie de médecins et de professionnels de santé, pénurie qui pose un problème à toute notre société. L’augmentation de la sélection à l’entrée en master depuis la mise en place du LMD a également entraîné une baisse d’effectifs importante. Depuis 2004, le nombre d’étudiants en master a baissé de 12 000, soit 2,5% 2. Pourtant, la France est loin derrière la moyenne des pays de l’OCDE en terme de taux d’accès et de sortie diplômante de l’enseignement supérieur : 25% d’une classe d’âge est diplômée du supérieur en France contre 35% en moyenne dans les pays de l’OCDE, ce qui place la France au 20ème rang, derrière l’Islande, la Nouvelle Zélande, la Finlande, l’Australie, la Norvège, le Danemark, la Pologne, les Pays Bas, le Royaume Uni, l’Irlande, la Suède, l’Italie, le Japon, les Etats-Unis, le Portugal, l’Espagne, Israël, la Hongrie, et la République Slovaque3. L’élévation du niveau de formation a des conséquences très nettes sur la production de richesses et la croissance. Selon l’OCDE, une année supplémentaire d’éducation pour la population d’un pays rapporte en moyenne entre 3 et 6% supplémentaire de croissance au long terme4. En effet, quand le niveau de formation d’un pays s’élève, la productivité des salariés progresse et le chômage, la délinquance… baissent.

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488 500 étudiants en 2004 contre 476 500 en 2006, chiffres du Ministère de l’Education Nationale. OCDE, Regards sur l’éducation 2006 4 OCDE, Regards sur l’éducation 2006 3


2- Un processus d’auto-censure et de sélection sociale Par ailleurs, la sélection, sous un abord méritocratique (ce sont les meilleurs et ceux qui le méritent le plus qui réussissent), dissimule bien souvent une sélection sociale impitoyable. Par exemple, au concours d’entrée de l’IEP de Paris, un non parisien a 2,3 fois moins de chances de réussir, une femme 1,9 fois moins de chances et un étudiant issu des classes défavorisées 2 fois moins de chances de réussir que les autres5. La mise en place de conventions avec des lycées situés en Zone d'Education Prioritaire dans le même IEP de Paris démontre en outre que des étudiants, qui pour la plupart n'auraient du fait de leur origine sociale eu que de faibles chances de réussir le concours, réussissent tout aussi bien leur scolarité que les autres. La sélection se transforme donc dans tous les cas de figure en une sélection en fonction de l'origine sociale. 3- Une absurdité pédagogique La sélection est souvent invoquée comme l’outil miracle pour résoudre l’échec en premier cycle. Pourtant, il s’agit d’un procédé totalement absurde pédagogiquement, l’étudiant étant sélectionné à priori et pas à posteriori. Cela a pour conséquence que l'étudiant n'est pas jugé sur les compétences qui lui sont nécessaires dans la filière qu'il souhaite suivre, mais sur des matières souvent déconnectées des études qu'il envisage. Ainsi, un chirurgien est sélectionné sur sa capacité à résoudre des équations différentielles et un étudiant en IEP sur son niveau en philosophie. Doit-on sélectionner un étudiant en psychologie en fonction de ses notes en maths, éco, histoire ou physique, puisqu'il n'a par définition jamais fait de psychologie avant de s'engager dans cette filière ? L'idée semble saugrenue, et pourtant... Il est ainsi de notoriété publique que dans un certain nombre de filières, comme les filières de santé ou les écoles de commerce par exemple, il est bien plus difficile d’entrer que de sortir, et qu’après les années de préparation du concours, la charge de l’étudiant est bien plus faible. Ainsi, l’étudiant est d’avantage évalué sur ses pré requis que sur les savoirs qu’il maîtrise à l’issue de sa formation, à l’opposé de tout principe pédagogique de progression ou de cohérence de la formation. Pire, le procédé de sélection fait que bien souvent, lorsque l’on s’aperçoit qu’un étudiant n’a pas le niveau ou le profil requis après l’avoir sélectionné, permet malgré tout de valider ses années, car il est difficile de recaler des étudiants en cours de cursus. Ceci est particulièrement vrai pour les filières de santé, où, le numerus est si faible qu'il est très compliqué en termes de démographie médicale que tous les étudiants qui ont eu le premier concours ne se voient pas délivrer le diplôme. Au contraire, la logique des examens garantit à la fois que l’étudiant a les pré requis nécessaires à la filière, étant titulaire du diplôme permettant d’y accéder, et qu’il a bien suivi la formation et acquis les savoirs et les savoir-faire requis, s’inscrivant ainsi dans une logique de progression.

Aux antipodes de la sélection, l’enjeu est donc de se donner les moyens d’augmenter massivement le pourcentage d’une classe d’âge décrochant un diplôme du supérieur (à partir du bac +2). La loi sur l’Ecole, adoptée en avril 2005, fixe comme objectif d’atteindre 50% d’une classe d’âge diplômée du supérieur. Cet objectif louable, pour être atteint, doit être accompagné de moyens et de réelles propositions. Nous pensons qu’il existe deux leviers principaux : -

Augmenter l’accès à l’enseignement supérieur, qui se situe aujourd’hui à 35% d’une classe d’âge. Pour cela, il est indispensable d’avoir une réflexion spécifique des modalités de poursuite d’études pour les bacheliers professionnels et technologiques.

5 CEVIPOF, Biais sociaux et procédures de recrutement l’exemple de l’examen d’entrée à Sciences Po première année, septembre 2002.


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Résoudre le problème de l’échec en 1er cycle. Aujourd’hui, 21,2% de jeunes sortent du supérieur sans diplôme6. Il convient pour cela de révolutionner la pédagogie à l’université et de revoir la structuration des cursus, tout en améliorant l’orientation.

III – Les Propositions de l’UNEF Nous pensons qu’il est nécessaire de jouer sur cinq outils pour améliorer l’orientation des jeunes.

1- Renforcer le service public d’orientation La démarche d’orientation se fait en plusieurs étapes bien distinctes. Elle consiste d’abord en une démarche d’orientation stricte au sein du parcours scolaire, en fonction des goûts de l’élève et de son projet personnel. C’est seulement à la fin de la démarche, qu’intervient le choix d’insertion, qui prend en compte les débouchés, et l’état du marché du travail. Un service public d’orientation existe déjà, matérialisé notamment par les Centres d’Information et d’Orientation et les Services Universitaires d’Information et d’Orientation. Il nous semble nécessaire d’aller plus loin, d’unifier et de rendre plus cohérentes ces structures, pour ainsi développer les liens entre le secondaire et le supérieur7. a- Renforcer le suivi individuel des jeunes L’orientation des jeunes pêche d’abord par un manque de suivi. Moins de 10% des lycéens font leurs choix d’orientation en fonction des conseils des Conseillers d’Orientation Psychologues, la majeure partie n’ayant pas eu de rendez-vous avec un COPSY. La démarche d’orientation relève plus d’un choix individuel, réalisé en famille lorsque c’est possible, que d’une démarche accompagnée par l’institution. L’absence de suivi permet ainsi que la reproduction sociale joue à plein. Il nous semble indispensable que le jeune soit accompagné à toutes les étapes de ses choix. Ce suivi ne doit pas relever du volontariat, mais, à l’image du suivi médical, de l’obligation. Ainsi, nous proposons la mise en place d’un rendez-vous annuel obligatoire avec un conseiller d’orientation à partir de la 3ème pour faire le point dans « un cahier d’orientation » sur le projet personnel de l’élève et le faire évoluer en fonction de sa situation et de sa réflexion. Ce suivi doit se prolonger dans le supérieur, particulièrement en première année, avec un rendez-vous à la rentrée pour faire le point sur le projet personnel et professionnel de l’étudiant, ses attentes vis-à-vis de sa formation et ses objectifs, et un second rendez-vous à l’issue du premier semestre pour en faire le bilan et envisager si nécessaire une réorientation. Pour cela, il est indispensable que le nombre de COPSY soit augmenté massivement. En moyenne 1 pour 5000 étudiants dans les universités, le nombre de COPSY a encore été grévé par le gouvernement, qui a fait le choix de baisser de 75% sur 5 ans le nombre de postes de COPSY ouverts aux concours. Ainsi, en 5 ans, c’est 456 postes qui ont été supprimés. Les enseignants ont une responsabilité dans le processus d’orientation, ils doivent donc être régulièrement formés, dans le secondaire sur les filières du supérieur, et dans le supérieur sur les passerelles et l’insertion professionnelle des étudiants. Ils ont un rôle à jouer pour aider les jeunes à construire leur projet personnel et professionnel, mais ne doivent pas intervenir in fine sur 6

OCDE, Regards sur l’éducation 2006 Le service public d’orientation a fait l’objet d’un marketing politique très important, le gouvernement s’étant donné l’objectif de créer un service public d’orientation à la rentrée 2006. En septembre 2006, le gouvernement annonce que le service public d’orientation est créé, expliquant qu’il s’agit des SUIO et des CIO…qui existent depuis plus de 10 ans…. 7


l’orientation. L’intervention de spécialistes garantit la pertinence de l’information, mais aussi sa neutralité, évitant ainsi les enseignants qui orienteraient en fonction de leurs besoins en flux.

b- Renforcer l’information Pour qu’un lycéen puisse faire ses choix en connaissance de cause, il est indispensable qu’il connaisse la filière dans laquelle il souhaite s’engager. Or, la rupture entre le secondaire et le supérieur est telle, en terme de pédagogie, de contenu des enseignements, ou encore de structure de l’enseignement supérieur, qu’il est impossible de s’imaginer pour un lycéen ce que seront ses conditions d’études dans telle ou telle filière. Les lycéens qui s’engagent par exemple en psychologie, en sociologie, en staps ou en médecine n’ont qu’une idée extrêmement vague du contenu de leurs enseignements et du niveau exigé étant donné qu’ils n’ont jamais étudié la matière au lycée. Par ailleurs, l’architecture même de l’enseignement supérieur est illisible pour les lycéens et leur famille. A la bipartition universités/prépas – grandes écoles, s’ajoutent les BTS, les écoles variées (écoles de commerce type ESC…) mais aussi les multiples filières professionnelles souvent hors éducation nationale, comme les filières santé-social. Au sein même du système universitaire, les filières sont illisibles. En effet, la mise en place du système LMD a entraîné une diversification des intitulés de diplômes, qui peuvent varier très fortement d’une université à l’autre alors que le contenu d’enseignement est le même. Cette situation, est relevée par le pré-rapport de la commission Hetzel, et ne sera pas réglé par le « Portail étudiant » mis en place par le gouvernement. - Déterminer des dénominations et un contenu nationaux aux diplômes La mise en place du LMD s’est accompagnée, les universités étant libres de déterminer l’intitulé de leur diplôme, d’une floraison d’intitulés, correspondant peu ou prou au contenu du diplôme. Ainsi, certains diplômes au contenu identique peuvent avoir un intitulé différent et vice-versa. Il apparaît indispensable pour améliorer l’information, de réglementer cette jungle et d’établir une liste de dénominations nationales au niveau de la mention du diplôme accompagnées de directives de contenu (fourchettes horaires de matières par exemple), ainsi qu’une carte nationale des formations sur le territoire. - Etablir une carte nationale des passerelles et des équivalences Pour faciliter l’orientation et les réorientations, il est nécessaire que les jeunes aient une visibilité sur les passerelles que leur diplôme leur permet. Il faut donc par exemple que chaque dénomination de Licence s’accompagne de la liste des masters auxquels elle prépare… - Développer l’information sur l’orientation dans les cursus Les bonnes pratiques mises en place par certaines universités ou certaines filières doivent être généralisées et dotées de moyens financiers spécifiques. Ainsi, on peut imaginer par exemple que chaque année dans chaque filière, une journée banalisée soit réalisée, avec présentation des passerelles et débouchés possibles, intervention d’anciens étudiants de la filière qui expliquent leur parcours… - Présenter la palette de métiers auxquels la filière donne accès. Pour que le choix du lycéen soit plus concret, il est nécessaire que la filière ne soit pas seulement présentée en fonction de ses contenus d’enseignement, mais aussi en fonction des passerelles auxquelles elle donne accès et de son insertion professionnelle. Ainsi, il serait intéressant qu’une information qualitative sur les types d’emplois occupés par les anciens étudiants de la filière soit donnée aux lycéens. - Unifier l’enseignement supérieur Enfin, à terme, il est nécessaire de simplifier la structure de l’enseignement supérieur, et de mettre fin à sa tripartition entre universités – écoles – et lycées (classes prépas, BTS…) en réorganisant l’offre de formation autour des universités. Ainsi, la délivrance du grade master à des formations de nombreuses écoles (notamment privées), loin de simplifier, a au contraire complexifié la situation le commun des mortels ne faisant pas la différence entre grade et titre de


master. Seule une unification structurelle de l’enseignement supérieur, avec une intégration de l’ensemble des formations supérieures aux universités permettra une simplification de l’enseignement supérieur.

2- Améliorer la transition entre le secondaire et le supérieur Une des clés du règlement des problèmes d’orientation se situe dans l’amélioration de la transition entre le secondaire et le supérieur. Ainsi, si la première année à l’université doit être très largement revue pour que le fossé avec la terminale soit comblé, la structure du lycée doit également évoluer pour mieux préparer les lycéens à entrer dans le supérieur. a- Le lycée doit préparer au supérieur et pas seulement au baccalauréat L’ensemble des enseignements et des programmes au lycée sont directement orientés vers l’objectif de préparer au bac et de faire réussir un maximum de bacheliers. S’il est indispensable que le diplôme du bac soit maintenu, il est aussi nécessaire que l’enseignement au lycée ait aussi comme objectif de préparer au supérieur. Cela vaut en terme de contenus d’enseignements, mais aussi en terme de pédagogie. Ainsi, il faut que le lycée anticipe l’autonomie exigée dans le supérieur, et y prépare progressivement le lycéen. C'est évidemment déjà le cas dans beaucoup de "grands" lycées, ce qui creuse encore le fossé par rapport aux lycées moins favorisés se concentrant exclusivement sur l'objectif du baccalauréat, et contribue ainsi à expliquer la meilleure réussite des étudiants issus de milieux favorisés. Des outils comme les Travaux Personnels Encadrés peuvent contribuer à préparer au mieux l'autonomie que suppose la poursuite d'études supérieures. b- Les filières professionnelles et technologiques doivent préparer à la poursuite d’études Dans de plus en plus de filières, le bac technologique ou professionnel n’est plus le niveau pertinent d’insertion professionnelle, les entreprises exigeant une qualification plus élevée pour les salariés et recrutant plus volontairement au niveau bac + 2. Par ailleurs, l’orientation se faisant très jeune et malheureusement bien souvent par l’échec vers ces filières, il est fondamental que le choix ne soit pas irrémédiable, et que ces bacheliers disposent de possibilités de poursuite d’études vers des filières technologiques et générales. Pour cela, il est indispensable de revoir les contenus d’enseignement, et d’introduire par exemple systématiquement une deuxième langue vivante.

c- Renforcer l’information Les dispositifs développés par quelques universités et filières doivent être généralisés. Ainsi, il est nécessaire que dans chaque lycée une journée soit banalisée afin de permettre aux enseignants et aux étudiants du supérieur de venir présenter les filières, leur mode de travail, leurs débouchés…afin que les lycéens soient plus familiarisés. De même, une « immersion » des lycéens pendant une journée dans la vie d’un étudiant de première année de la filière qu’il souhaite étudier lui permettrait de savoir concrètement à quoi ressemble l’enseignement supérieur. Des journées de visite à l’université pourraient ainsi être organisées, permettant aux lycéens d’assister aux cours et de se couler dans la vraie vie d’un étudiant. Il serait également intéressant, pour permettre à ceux dont les parents ne les accompagnent pas dans leur choix d’orientation de mieux être préparés, que les journées portes ouvertes des établissements d’enseignement supérieur, les salons d’orientation…soient intégrés dans le temps ou la contrainte (fassent l’objet d’exposés…) scolaire

3- Empêcher que les choix d’orientation se fassent par défaut Bien souvent, des étudiants se retrouvent sur les bancs de la fac par défaut, car leur premier choix d’orientation n’a pas été accepté. Ainsi, nombre d’étudiants demandent d’abord à intégrer une classe prépa, un BTS, un IUT et n’étant pas acceptés se retrouvent à l’université. C’est encore


le cas des étudiants qui souhaitent s’orienter vers des filières « santé social », comme infirmière, éducateur spécialisé, assistant social… qui n’ont pas le concours directement et s’inscrivent une année en fac pour attendre. Si ce problème ne se réglera que par une revalorisation des filières universitaires, avec un investissement massif de l’Etat vers les premiers cycles, quelques mesures simples peuvent être mises en œuvre à court terme. a- Ouvrir prioritairement les BTS et IUT aux bacheliers pro et techno8 Les BTS et IUT n’obéissent plus à leur vocation initiale mais servent de filière de contournement des premiers cycles universitaires aux meilleurs bacheliers généraux. Ainsi, nombreux sont les bacheliers pro ou technos qui s’inscrivent dans une filière générale car ils n’ont pu être acceptés en IUT ou BTS. Il est donc nécessaire que les critères de sélection des IUT et BTS privilégient ces bacheliers, et qu’un minimum de 50% des places leur soit réservé. b- Créer des modules spécifiques pour les bacs pros et technos de remise à niveau dans les filières universitaires9 Les filières générales doivent également être ouvertes aux bacheliers professionnels et technologiques et leur permettre de réussir. Pour cela, il est indispensable que des modules spécifiques de remise à niveau soient créés, notamment en terme de méthodologie (prise de note, recherche bibliographique, …) et de français (rédaction, analyse de textes…). Ces modules peuvent évidemment être ouverts au-delà des bacheliers pros et technos, en fonction d’un test de niveau réalisé à la rentrée, et mutualisés entre plusieurs UFR. Par exemple, en 1ère année de droit à l’université de Cergy Pontoise, un test est réalisé en français et tous ceux qui n’ont pas la moyenne doivent suivre des cours de français. c- Démocratiser les filières santé social Nombreux sont les étudiants qui s’inscrivent à l’université parce qu’ils n’ont pas réussi leur concours de kiné, d’infirmier, d’éducateur spécialisé…A moyen terme, ce problème doit se régler par l’intégration de ces filières dans les universités, dans le cadre de l’application du LMD aux filières de santé. A court terme, des mesures doivent être prises pour démocratiser ces filières : ouverture du système d’aide sociale aux étudiants, mutualisation et gratuité des concours, gratuité de la formation…

4- Refondre les cursus et diversifier les filières a- Sécuriser les parcours universitaires : systématiser les passerelles entre les filières pro et générales Si nous pensons que chaque niveau de diplôme doit être qualifiant et pouvoir permettre une sortie sur le marché du travail, il nous semble également indispensable qu’il permette la poursuite d’études. En effet, pour beaucoup de jeunes, notamment pour ceux qui sont la première génération à faire des études, il est inimaginable de se dire d’emblée que l’on fera un bac+5, et la construction du parcours professionnel se fait par briques. On fait un CAP, puis voyant que l’on réussit, un BEP, puis un bac pro, puis un BTS, une Licence pro, puis un master pro…Le jeune n’aurait jamais imaginé aller jusqu’à bac +5, et s’est à chaque fois projeté à 2 ans, sur des étapes sécurisées car en cas d’échec la possibilité existait de s’insérer professionnellement. Par ailleurs, il nous semble fondamental que les jeunes aient, à tout moment le droit à l’erreur, et la possibilité de se réorienter. Ainsi, il est nécessaire, dans le cadre de la carte nationale des passerelles et des équivalences, que le BTS, le DUT, la Licence pro et le master pro permettent de continuer « de droit » ses études, avec évidemment des dispositifs de remise à niveau en méthodologie universitaire…

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Cette proposition est reprise dans le pré-rapport de la commission Hetzel Cette proposition est reprise dans le pré-rapport de la commission Hetzel


Le contenu de ces diplômes doit aussi évoluer dans cet objectif, et les BTS et licences pro doivent avoir un caractère universitaire plus affirmé, et sortir d’une logique de « niche d’emploi ». b- Tout diplôme doit être qualifiant A l’inverse, toute formation générale doit déboucher sur un niveau qualifiant, permettant éventuellement une sortie sur le marché du travail. Les modules de projet professionnel et personnel et de découverte du monde professionnel (droit du travail…) doivent être généralisés. L’enseignement des prérequis indispensables à l’insertion professionnelle - la maîtrise avancée des logiciels informatique de base, les langues vivantes, la rédaction de CV ou la réalisation d’entretiens d’embauches – doit être renforcé et généralisé. Enfin, nous proposons qu’un stage obligatoire d’un mois soit intégré dans toutes les 3èmes années de licences10 c- Refondre les premières années et diversifier les filières Les filières universitaires sont aujourd’hui structurées en fonction des disciplines académiques, et intègrent très peu d’éléments pluridisciplinaires. Il nous semble nécessaire que la première année à l’université soit organisée par grands domaines (sciences, lettres et sciences humaines…) permettant une orientation progressive et la découverte des filières qui ne sont pas enseignées au lycée. On peut par exemple imaginer que le premier semestre à l’université soit un semestre de choix, basé sur l’apprentissage des méthodes universitaires et sur la découverte des différentes disciplines et filières du grand domaine concerné, et que le début de spécialisation n’intervienne qu'au deuxième semestre. Les filières doivent également être diversifiées. Nous sommes par exemple favorables, dans le cadre de l’intégration des IUFM dans les universités, à la création de licences pluridisciplinaires, permettant notamment de préparer aux concours de l’éducation du 1er degré. d- Faire l’université de tous les métiers Dans l’enseignement supérieur, c’est à l’université que doit se faire la formation professionnelle. Ainsi, les formations qui se sont progressivement développées à l’extérieur, comme les formations paramédicales, celles dépendant du ministère de la culture (architecture, musique…), les formations sociales (assistantes sociales, éducateur spécialisé…) ou encore agricoles doivent progressivement revenir dans le giron des universités. Ceci pour permettre aux étudiants de bénéficier des mêmes droits que les autres en terme de statut social, d’accès aux bourses ou au logement. Ceci aussi pour améliorer le contenu de la formation grâce à un adossement à la recherche et à des passerelles vers les filières universitaires. Les formations médico-sociales sont par exemple souvent organisées par des établissements privés, avec des frais d’inscriptions et des frais de concours exorbitants, et leur intégration dans les universités permettrait de mettre fin à ces abus.

5- Révolutionner la pédagogie a- Donner aux étudiants les moyens de réussir L’échec à l’université est d’abord lié à un manque de moyens. En effet, l’Etat dépense pour un étudiant en BTS, classe préparatoire ou grande école deux fois plus que pour un étudiant en filière universitaire générale (13 000€ contre 6 000€ en moyenne). Cette différence explique l’absence d’encadrement et de suivi dont souffrent les étudiants à l’université, ce alors qu’ils sont souvent ceux qui scolairement auraient le plus besoin de suivi. Il est donc indispensable d’investir massivement sur les premiers cycles universitaires, et de porter dans ces filières à 10 000€ minimum par an et par étudiant la dépense de l’Etat.

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Cette généralisation des stages doit évidemment s'accompagner d'une réglementation des stages et d'une garantie de rémunération du stagiaire. Le projet de réglementation, élaboré par l’UNEF, la CGT et Génération Précaire prévoit notamment l’interdiction des stages volontaires.


b- Supprimer les cours en amphis en première année Actuellement à l’université, la pédagogie s’individualise au fur et à mesure que les effectifs diminuent. C'est-à-dire que les cours en petits groupes sont concentrés sur les L3 et Masters, alors que ce sont les L1 qui en auraient le plus besoin. Il est indispensable d’inverser la tendance, et d’offrir en première année l’écrasante majorité des enseignements en TD, avec une évaluation par contrôle continu, et de développer les cours en amphis au fur et à mesure de l’apprentissage de l’autonomie. c- Transformer les examens en outil de progression et non de sélection Trop souvent les examens et les modalités de contrôle de connaissance sont pensés dans un objectif unique de sélection et d’écrémage des étudiants. Pourtant, ils doivent participer de la démarche pédagogique à part entière, et avoir comme vocation première de faire progresser l’étudiant par l’exercice. Ainsi, depuis que le LMD a laissé aux universités une plus grande marge de manœuvre pour déterminer les modalités de contrôle de connaissances, force est de constater qu’elles se sont complexifiées, au détriment de la lisibilité et de la progression de l’étudiant. Ainsi, nombre d’universités ont préféré supprimer la compensation annuelle et développer des systèmes de passage conditionnel avec un semestre de retard, au détriment de la cohérence de l’année universitaire et de la progression de l’étudiant. Nous demandons donc qu’une réglementation nationale des modalités de contrôle des connaissances, ainsi que du calendrier universitaire soit mis en place. d- Mieux valoriser la pédagogie dans la carrière et la formation des enseignants Les enseignants du supérieur n’ont ni formation à la pédagogie, ni valorisation de leur engagement dans leurs enseignements dans leur carrière. Leur formation comme leur carrière reposent uniquement sur la recherche, un enseignant chercheur qui s’investit très fortement dans la formation des étudiants est ainsi pénalisé dans sa carrière. L’intégration des universités dans les IUFM doit être un outil pour mettre en place une formation initiale et continue des enseignants du supérieur à la pédagogie. Cette occasion est renforcée par le renouvellement très important des effectifs des enseignants chercheurs dans les années à venir, du fait de la pyramide des âges. L’encadrement pédagogique des enseignants chercheurs doit être évalué et avoir une incidence sur l’avancement de leur carrière. e- Mettre en place des dispositifs de lutte contre l’échec, adaptés aux profils spécifiques (salariés…) Il est indispensable que chaque université mette en place des dispositifs spécifiques de lutte contre l’échec. Le repérage peut se faire en amont, notamment celui des publics spécifiques (étudiants salariés, étrangers, handicapés, bacheliers pros ou technos…) auxquels il est indispensable d’offrir des conditions d’études et de suivi particulières. Ensuite par des systèmes de repérage en aval, avec par exemple en milieu de premier semestre la mise en place d’un suivi spécifique pour les étudiants qui donneraient des signes de décrochage, à l’image de ce qu’a pu mettre en place l’université de Bretagne Sud.

L'analyse et les propositions de l'UNEF sur l'orientation  

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