Page 1

AVEC LA PARTICIPATION DE : ROBERT GUÉDIGUIAN | JULIEN SALAUD UD D & VVER ER ATTÂRDISE | SACRUM | JUPITER DE LA BATÂRDISE ORBERTO THOMAS JORION & NORBERTO CUENCA CUENDEL | M. M. CHAT CHAT | OLLOMBIER JULIEN COLOMBIER D BROWBROW TOD


Claude Cahun 24/05 – 25/09/2011 Claude Cahun, Autoportrait, vers 1929. Musée des Beaux-Arts de Nantes © RMN / Gérard Blot.

22

1, PLACE DE LA CONCORDE · PARIS 8 E · M° CONCORDE WWW.JEUDEPAUME.ORG Le Jeu de Paume est subventionné par le ministre de la Culture et de la Communication. Il bénéficie du soutien de NEUFLIZE VIE, mécène principal. Exposition organisée par le Jeu de Paume, Paris, et coproduite avec La Virreina Centre de la Imatge, Barcelone, et The Art Institute of Chicago.

Remerciements à

En partenariat avec


Le printemps est là, ENTRE sort Sommaire

A n n a S E R WA N S k a

ENTRE, vous avez dit entre  Directrice de publication : Anna Serwanska. Rédactrice en chef : Priscille de Lassus. Secrétaire de rédaction : Catherine Minot. Rédaction : Fitzgerald Berthon, bes bes, Geoffroy Caillet, Bastien Cheval, Camille de Forges, Priscille de Lassus, Gaëlle Hart, Thomas Lapointe, Catherine Minot, Olivier Nahum, Anna Ska. Électron libre invité : Aurélia Jourist. Conception graphique n° O : Atelier 711. (Atelier BEAU/VOIR, Clément Deneux, Juliette Cheval, Simon Renaud). Le texte est composé en National (Kiim) et Stigmate (Jack usine). Direction artistique : couverture > Clément Deneux mise en page > Atelier BEAU/VOIR Mélanie Maxin et Claire Untersteller Impression : Stipa.

ENTRE – L’œuvre est ouverte. 7-11 rue des Caillots / 93100 Montreuil 01 49 72 07 41 contact@revue-entre.fr

www.revue-entre.fr

Bimestriel de mai-juin 2011 Gratuit Dépôt légal à chaque impression

Si j’entre dans l’œuvre, je la pénètre. Entre moi et l’œuvre, entre moi et le créateur, entre une œuvre et une autre se crée du lien… et donc du sens. C’est à la jonction que se place ENTRE.

L'œuvre est ouverte Je donne à celui qui la regarde (l’œuvre d’art) autant d’importance qu’à celui qui l’a faite. Marcel Duchamp

L'œuvre d'art est un message fondamentalement ambigu, une pluralité de signifiés qui cŒxistent en un seul signifiant. Umberto Eco

ENTRE choisit de se mettre à la place de celui qui regarde, ressent et interprète. C’est une revue sensible (mais pas niaise) qui ouvre sur des narrations visuelles et déroule le tapis rouge à la subjectivité. Une revue qui ouvre des portes… Les artistes sont invités à commenter les textes de la rédaction - les artistes plasticiens reviennent sur leurs intentions et le processus créatif, lorsque les photographes restituent la réalité de la prise de vue, … et donnent des clefs. Pour ceux que la curiosité titille, un prolongement est offert sur le web. Des traitements plus classiquement journalistiques offrent un éclairage informatif  : des remises en contexte de l’œuvre, du créateur dans son actualité, du courant artistique dans lequel il évolue... Une revue totale qui se préoccupe autant du fond que de la forme et de son renouvellement, en confiant précieusement chaque numéro à des rédacteurs en chef et directeurs artistiques différents.

Tous les deux mois, un gratuit de 48 pages distribué dans les lieux culturels parisiens (musées, salles d’exposition, théâtres, cinémas, cafés, etc.).

ENTRE-deux : Avant-après avec Julien Colombier ENTREtien : Robert Guédiguian nous raconte la littérature ENTRacte : Waii-Waii illustre une citation de Sylvain Tesson ENTREvoir : Reportage photos au cadrage 1/3 bas par Jupiter de La Bâtardise ENTRailles : Une image passée au crible ENTREmêler : Rencontres de créations contemporaines/classiques avec Julien Salaud/Ver Sacrum ENTRE-temps : Pendant ce temps-là ailleurs avec Thomas Jorion & Norberto Cuenca Candel ENTRElacements : La bande film/son Freaks de Tod Browning ENTREmetteuses : L’actu des participants ENTREmEtS : Une page à arracher pour en faire autre chose avec M. Chat   AT T E N T I O N , R E V U E    À C O N C E P T S ! 

Lecteur, ouvre l'œil (ou même les 2) car si la rédaction te parle, l'artiste aussi s'adresse à toi directement dans nos pages. Les roulettes/indications en bas de page t'aideront à mieux entrer dans les rubriques.

ENTRéE

3


ENTREdeux

4

Un tableau noir, plusieurs possibilités C R É AT I O N S | J u l ie n C o l o m b ier T e x tes | A n n a S k a & J u l ie n C o l o m b ier

Artiste graphique, Julien Colombier investit le quotidien comme un terrain de jeu. Pour preuve, il nous dévoile le mur de sa chambre où il laisse son inspiration s'exprimer. Un tableau noir, de la craie : le champ des possibles est ouvert. « Quand j’ai emménagé dans mon appartement il y a deux ans, j’ai installé un grand tableau noir qui me sert de testeur au niveau de l’inspiration aussi bien que du format (il doit faire 200 x 230 cm). Cet espace me permet aussi d’être totalement immergé dans une idée graphique que je peux développer ensuite dans mon travail sur papier (sans que cela soit systématique). J’utilise la craie parce que c’est pratique et pas cher, mais surtout parce que ça s’efface. Il m’est impossible de vivre avec des œuvres à moi sur le mur, enfin pas longtemps... après j’ai besoin que le tableau évolue. Ce qui est drôle, c’est que j’avais fait ce mur comme ça, juste pour m’amuser, mais ça a complètement changé mon style. Ça m’a tellement plu que j’ai presque arrêté la toile et l’acrylique pour me mettre au pastel sur grand papier, mais surtout j’ai adopté le fond noir au lieu du blanc... révolutionnaire. À l’inverse du blanc, sur le noir tu fais ressortir les formes grâce à la lumière que tu dessines en clair, l’ombre est déjà là, c’est le fond. Du coup, des fois j’ai l’impression de sculpter.»

Julien Colombier Inspiré par les arts urbains, il combine éléments graphiques et figuratifs et s’amuse des répétitions. Sans limites fixes, l'artiste travaille sur tous supports : papier, murs, fenêtres… Il est aussi designer textile et crée du motif.

Avant-après, La création prend place 0


5


ENTREtien

6

Robert Guédiguian : « Les livres nous font aller à l’intérieur » P ropos recuei l l is | P risci l l e d e Lass u s i l lu stratio n s | j u l iette cheva l & a n n a s k a

Il nous accueille chez lui, sans chichis. Quelques fauteuils de cuir autour d’un verre de vin. Dans le jardin, un panneau indique l’Estaque « pour ne pas perdre le Sud ! » Pour une fois, Robert Guédiguian ne parle pas cinéma… enfin presque. Simple, direct et attentif, ce lecteur insatiable nous ouvre les méandres de sa bibliothèque intérieure. Conversation littéraire dans les volutes d’une fumée de cigare.

La chute de votre prochain film s’inspire d’un poème de Victor Hugo, "Les Pauvres Gens". Est-ce que cet auteur populaire compte particulièrement pour vous ? Les Misérables, c’est le premier livre sérieux que j’ai lu. Enfin, je veux dire le premier livre vraiment légitime. Avant je devais lire Le Club des Cinq ou Le Clan des Sept. Et puis j’ai découvert Les Misérables, je l’ai lu d’une traite, ça m’a énormément plu. Je continue à trouver que c’est immense comme littérature populaire et j’ai toujours eu le goût des choses populaires parce que je suis issu d’un milieu ouvrier. Dans l’art, j’aime quand il y a un niveau de qualité très élevé et qu’en même temps cela parle à tout le monde. Chez Victor Hugo, il y a toujours du récit avec une lecture au premier degré. On suit le parcours de personnages qui passent de bonheur en malheur, de malheur en bonheur. Jean Valjean est un des plus beaux personnages de la littérature mondiale.

Une personnalité se dévoile en racontant ses coups de cœur pour un art qu'elle n’exerce pas. 0

Et l’engagement de l’écrivain doit vous toucher… D’abord, ce que j’aime bien chez lui c’est qu’il était à droite et qu’il est passé à gauche ! Quand on est dans l’art, je ne comprends pas qu’on ne s’engage pas véritablement. De toute façon, on est toujours engagé quand on dit quelque chose sur la façon dont les hommes vivent l’amour, l’amitié, la souffrance, la joie. Au bout d’un certain temps de pratique, il est indigne de ne pas s’engager. Il faut utiliser l’art. Tous les moyens sont bons pour que l’humanité vive mieux. Pour ça, Victor Hugo est exemplaire.

Poursuivons la visite de votre panthéon personnel… À qui pensez-vous après Victor Hugo ? Ensuite il y aurait forcément Tchekhov. J’aime beaucoup le théâtre. Tous les deux ans, je relis La Cerisaie. En fait, je me rends compte que c’est à chaque fois que je commence un film. Je vais y chercher des idées. Je me suis déjà dit que je l’adapterai mais je crois que je ne le ferai jamais. On peut aimer des gens de façon très contradictoire. Par exemple, j’aime aussi beaucoup Keyserling, un auteur prussien, aristocrate décadent de la fin du XIXe siècle. J’aime sa mélancolie. Il raconte la fin d’un monde tout en sachant qu’elle est nécessaire. Il parle de la disparition de sa classe et de la fin des paysages dans lesquels il a grandi. Ce n’est pas régressif pour autant. Je peux apprécier des choses sophistiquées, par exemple Mallarmé.


7

Robert Guédiguian chez lui par Juliette Cheval.

Et Aragon ?

Vous dites que vous aimez les grands déclassés…

Oui, évidemment. Tout le monde sait que je suis communiste et Tout ce qui touche au déclassement me touche énormément parce Aragon a été fortement marqué par la naissance de l’URSS et du parti. que je suis moi-même un déclassé… Je suis passé d’une classe Quand j’étais très jeune, je trouvais ça extraordinaire de savoir qu’il sociale à une autre. Un déclassé surclassé, en fait. C’est pour ça que y avait Picasso et Aragon dans le parti des ouvriers. Le texte qui m’a j’aime le très, très populaire Jack London. J’ai souvent relu Martin accompagné à 17, 18 ans, c’est Aurélien. Sur le même fond, il y a Gilles de Eden. Cet homme se bat pour acquérir de l’or, la culture dominante. Drieu La Rochelle, que j’apprécie malgré tout, Finalement, il écrit et remporte un succès même si je ne partage pas ses engagements. Il devient riche mais n’arrive pas à vivre À chaque fois que je commence fou. Il y a aussi Le Cheval Blanc d’Elsa Triolet. Tous la contradiction qui le fait vivre comme un les trois racontent la vie d’un jeune homme un film, je relis "La Cerisaie" de grand bourgeois. C’est un personnage qui entre les deux guerres. Je me retrouvais dans me fait presque pleurer à chaque fois quand Tchekhov. tout portrait de jeune garçon. Et puis aussi il retourne dans son quartier d’origine et qu’il dans Flaubert avec cette phrase de L'Éducarencontre la fille avec laquelle il aurait pu se tion sentimentale  : « Il trouvait que le bonheur tant mérité par l’excelmarier. Il n’est plus de ce monde-là. Au bout du compte, il se suicide lence de son âme tardait à venir. » Quel jeune homme n’a pas pensé ça ? en se jetant dans la mer. Les deux pages qui décrivent sa noyade et où Comme j’ai fait mon premier film à 25 ans et que j’ai commencé à être il sait qu’il est en train de perdre la vie se terminent par cette phrase reconnu à 40, je peux vous dire que je l’ai pensé assez longtemps ! magnifique : « Et au moment où il le sut, il cessa de le savoir. »

On vous sent aussi nourri des grandes tragédies antiques. Est-ce vrai ? Oui. C’est une des grandes bases de ce qui vient ensuite. On connaît les structures, ce que ça met en place. En fait, on raconte toujours la même histoire. Par exemple, Électre, Antigone, c’est remarquable. J’ai un faible pour elles parce que ce sont des femmes. Je trouve qu’il y avait plus de grands personnages féminins qu’aujourd’hui. C’est pour cela que j’aime les tragédiennes.

Quel genre de lecteur êtes-vous ? J’ai toujours lu en cherchant le bon moment pour le faire sans chercher à fournir le moindre effort. Il y a trop de choses à faire, à voir, à lire pour se forcer. Tous les dimanches, je faisais lire mes filles et je leur disais : « Si au bout de 15 ou 20 pages ça ne vous plaÎt pas, jetez-le ! » Il faut le plaisir du texte. Et on a le droit de ne pas aimer des auteurs extrêmement légitimes.


ENTREtien

8

Vous avez donc jeté des livres ? Oui, par exemple, je n’ai jamais lu La Chartreuse de Parme. J’ai pourtant essayé plusieurs fois. Il y a aussi eu Cent ans de solitude, ça m’est tombé des mains.

Avez-vous toujours été un grand lecteur ? Tout le temps ! Encore aujourd’hui, je lis tous les jours. Je suis obligé de lire pas mal de scénarios, quand ça m’ennuie je saute des pages. Sinon je lis quand je peux, souvent le soir. De temps en temps, j’ai des crises. Par exemple, autour de Noël j’ai voulu rattraper mon retard sur les contemporains. Et puis, j’ai une tendance un peu obsessionnelle : j’ai lu tout Aragon, tout Fante, tout, Pasolini, tout Si au bout de 15 ou 20 pages, Molière. Parfois, je relis des ça ne vous plaît pas, jetez-le ! vieux bouquins.

Manifestement, vous aimez relire… Je ne suis pas un pur lecteur parce que je ne lis pas pour le plaisir pur. Je lis parce que j’ai le sentiment que ça va me donner une idée. Ça ne sera pas une adaptation. Mais une situation, un événement, un personnage vont me faire rebondir. Aller voir les classiques, c’est toujours d’une grande utilité. Un jour ça remonte à la surface, ça nourrit l’inspiration. Pourquoi est-ce que ça devient urgent à ce moment-là ? Ça demeure inexplicable. Mais je pense que tous les grands auteurs donnent envie d'agir. Mon éducation m’a donné à penser que je pouvais trouver des solutions aux problèmes du monde dans la littérature. C’est tout le contraire d’une fuite ! Il s’agit d’une nécessité, les livres nous font aller à l'intérieur, ça aide à vivre.

Parmi les auteurs qui comptent pour Robert Guédiguian : Victor Hugo, Anton Tchekhov, Louis Aragon, Jack London, Elsa Triolet, Anna Seghers, John Fante, Eduard von Keyserling, Laurent Gaudé, Pierre Drieu La Rochelle.


9

Comment choisissez-vous vos lectures ? Je lis Le Monde des livres, Libé des Livres et même parfois Le Figaro littéraire. Ça me donne des idées. Je fonctionne aussi beaucoup par réseau en écoutant les conseils d’amis. Après, je mets des livres partout. Il y en a plein ma chambre, des murs entiers de poche classés par ordre alphabétique. J’en mets aussi beaucoup à Marseille où j’ai une maison. En fait, je ne me sens chez moi que lorsque je sais que quelques livres à moi s’y trouvent aussi. Pendant les vacances, je choisis en général des ouvrages un peu plus théoriques pour approfondir un sujet. Et je redeviens étudiant ! J’écorne, j’annote. Pour la prochaine fois, j’ai les cours de Foucault à l’Académie de France qui m’attendent.

Y a-t-il un livre que vous avez beaucoup offert ? J’offre un livre en pensant qu’il sera adapté à la personne. Il y a comme ça Baltasar Gracián, un jésuite de Saragosse qui a écrit quatre ou cinq livres avec des maximes. L’un d’entre eux s’appelle Éloge de la prudence. C’est très travaillé dans la forme, tout est poli et repoli. J’ai donné ce livre à Les classiques, un un ami qui est très stressé et il était ravi !

jour ça remonte à la surface, ça nourrit l’inspiration.

Dessins d'Anna Ska


ENTREtien

10

Du tac au tac Votre premier livre ? Le premier dont je me souviens, c’est l’Évangile en BD. Je l’ai toujours. Les dessins sont très réalistes, avec le texte littéral de la Bible. J’ai utilisé quelques images de ce livre dans Mon père est ingénieur.

Le dernier ? J’ai relu Les Compagnons de la grappe de Fante la semaine dernière. Sinon, en contemporain c’est Eldorado de Gaudé, même si ce n’est pas son dernier livre.

Un bon titre de livre ? Les morts restent jeunes. C’est un vraiment un bon titre qui renvoie à la tragédie. Je trouve qu’Anna Seghers est un auteur immense dont on ne parle pas beaucoup.

Un livre qui vous a beaucoup appris ? J’ai adoré Qu’elle était verte ma vallée. Cette histoire a inspiré un film à John Ford. Mais l’auteur est un Gallois, Richard Llewellyn. Dans sa bibliothèque Robert Guédiguian pioche Mesure de nos jours, tome III d’Auschwitz et après de Charlotte Delbo, ici aux Éditions de Minuit, 1971. L’ouvrage est stabiloté, écorné. Annoté au dos, de la main d’Ariane Ascaride : « Nous considérons, R.G. et moi-même, Charlotte Delbo à l’égal de R.A. (Robert Antelme, auteur de L'Espèce humaine) et de P.L. (Primo Levi, auteur de Si c'est un homme) ». Ariane a fait des lectures de ce texte au théâtre des Champs-Élysées.

L'auteur que vous conseilleriez à tous ? James Barrington, pour les grands auteurs contemporains. Je trouve ça tout à fait magnifique, sinon peut-être que je conseillerais de lire Aragon aujourd’hui.


entrĂŠe libre du mardi au samedi de 14h Ă 19h Galerie Anatome 38 rue Sedaine 75011 Paris 01 48 06 98 81 galerie-anatome.com


ENTRacte

12

I l l ustration | Wa ï ï - Wa ï ï citation | sy lvai n tesso n

« Le printemps devrait nous faire comprendre, une bonne fois pour toutes que rien n'est jamais perdu » sylvain

Tesson

Directio n l e W e b Retrouvez l'interview de la jeune graphiste : www.revue-entre.fr

carte blanche à un illustrateur.


ENTREvoir

14

Les glaneurs de midi P h otos | J u piter d e l a b âtar d ise T e x tes | G a ë l l e H art & J u piter d e l a b âtar d ise

Une promenade pour certains. Pour d’autres, la promesse d’une bonne affaire. Et pour quelques autres encore, l’espoir de glaner quelques denrées pour tromper la misère. Profusion de marchandises, multitude de couleurs et d’odeurs. C’est beau. Cela donne envie de croquer. « Elles sont belles, mes tomates », clame-t-on à chaque étal. Échanges de sourires et de monnaies. La foule déambule au gré des envies. Puis le bruit s’estompe.

Un reportage photos joue du cadrage au 1/3. 0


15

L’agitation de la matinée disparaît peu à peu. Les cageots encore remplis jonchent le sol. C’est maintenant un véritable champ de bataille. Le spectacle de la dévastation. Heureux les pigeons, affairés les éboueurs. Alors les corps s’accroupissent, des mains se tendent vers les légumes et les fruits écrasés. Quelques aliments abîmés, gâtés, rallongeront bien une soupe pour nourrir hommes, femmes et enfants.


ENTREvoir

16

L’espoir, s’il existe, se trouve à même le sol, parmi cette nourriture laissée à l’abandon. La subsistance, la nécessité tient dans une nourriture désincarnée de toute humanité. Rien n’a changé depuis que Millet a peint ses glaneuses. Tableau qui paraît presque bucolique en comparaison. Le tableau que notre quotidien, leur quotidien donne à voir est plus embarrassant, plus remuant.


17

Chaque jour, l’abondance nargue la misère de façon toujours plus crue. Le gâchis est ostentatoire. Il en est de même pour la pauvreté, la misère. Et sur ces photographies, aucune perspective. Juste le trottoir, les murs gris, le sol. Un sol qui aspire. Une photo coupée au tiers suffit à emprisonner les personnages, à les montrer à terre, emprisonnés dans le dénuement.


ENTREvoir

18

Impossibilité de se relever, de relever la tête. La misère, sournoise, pèse, réduit. La pratique du glanage n’est pas nouvelle, elle date du Moyen Âge. La loi l’autorise, mais elle ne nous autorise pas à fermer les yeux.


19

« Contrairement à ce qu'on peut imaginer en regardant ces photos, les ramasseurs n’étaient pas que de pauvres miséreux. Il y avait des clochards démunis, mais il y avait aussi de vieilles femmes bien habillées avec l’air de vouloir échapper un moment à la solitude de leur vie en partageant leur menu butin au hasard des rencontres. Il y avait aussi des jeunes avec des convictions anticonsuméristes, qui refusent de payer pour ce que les autres gaspillent, et récupèrent. Vite, on ramasse les meilleurs restes. Vite, avant que les tuyaux et les balais des agents municipaux ne passent, trois femmes jettent aux pigeons quelques quignons. Elles avalent des pains au chocolat trouvés dans le sac poubelle d’une boulangerie voisine. Je m’approche, lorsqu’un grand sourire m’arrête, puis une main : on me tend un de ces pains. Comme je l’ai déjà remarqué en des lieux plus lointains :

la générosité se trouve plus facilement parmi ceux qui ont le plus besoin d’elle. C’était une matinée froide et ensoleillée d’hiver sur le marché d’Aligre à Paris. Lorsque j’arrive vers 14 heures et commence mes prises de vue au ras du sol, les jambes des acheteurs qui déambulent forment alors un paysage vertical aux tonalités grises, orienté en une perspective unidirectionnelle. À peine une heure après, la rue offre un spectacle de couleurs étalées à l'horizontale. Des petits coins formant des microcosmes sereins et paisibles, autrement dit : il y avait de la poubelle partout. »


ENTRailles

20 Avis a ux photographes du dimanche ET du lundi !

Perspective 0

Envoyez une photo à Catherine sur :  catherine@revue-entre.fr  Une fois sélectionnée, elle sera soigneusement scrutée.

P h oto | J a d wiga k a n ia T e x te | C atheri n e Mi n ot & ja d wiga k a n ia

« C’est drôle car, à suivre ces détails fléchés, on en perd de vue le sujet central : le pyjama. Car l’homme qui marche tranquillement dans la rue, un enfant dans les bras, est en pyjama. Des pyjamas se promenant dans les ruelles des huttongs de la capitale chinoise, on en voyait souvent. Cette mode apparemment improbable n’en était pas une. C’est qu’il fallait sortir de chez soi pour se rendre aux toilettes collectives. D’un espace intime à un autre, l’espace public ne servait que d’interlude. Cette photo fut prise dans le quartier de Xianmen, au sud de la place Tienanmen. On voit déjà les buildings grignoter le paysage. Ces huttongs ont été rasés un peu avant les JO de 2008. »

Dos et faces Il y a trois dos decrescendo du centre vers la gauche. Deux personnages de face aussi. La jeune femme à droite a les yeux baissés tandis que le cycliste à gauche porte des lunettes noires. Pas de regard, aucun jeu avec l’objectif.

Chaussure, jambe, pied. Ce cycliste porte une chaussure noire, de ville, avec une chaussette. Le gars en pyjama au centre a des claquettes en plastique qui lui laissent le pied nu. À droite, la jeune femme est en sandales ouvertes, peut-être avec des talons. Une jambe lui appartient sans conteste, l’autre dépasse du meuble en bois dont les pieds semblent flotter. Cela ressemble à la description absurde d’un rêve absurde.

Passage au crible d’une image. 0

Lignes Couleurs et motifs Ce pyjama à carreaux bleus et blancs se prolonge sur son côté droit par des rayures roses qui rebondissent sur un sac à motifs floraux, sac précisément rose et bleu. Au loin un parasol multicolore, plus exactement un demi-parasol.

S’il y avait une ligne de fuite, elle serait là – bouchée par cette tête, cette nuque qui ne dit rien, ne me dit rien. Pas de regard, pas d’ouverture mais des dos et des absences, voilà ce que raconte cette photo. Absence de direction, de contact et d’avenir. Lassitude d’être un corps debout dans une masse esseulée, au milieu des fragments d’une symbolique vacante.


ENTREMÊLER

22

Bestiaire printanier

cr É AT I O N S | ver sacr u m & j u l ie n sa l a u d T e x tes | T ho m as Lapoi n te , A n n a S k a & j u l ie n sa l a u d

Artiste émergent à suivre à la trace, Julien Salaud fait bon usage de la collection de taxidermie léguée par son père. Il réinvente un monde mystérieux mariant les espèces et jouant des ornements. Un milieu qui nous renvoie à l’Art nouveau dans ses formes et ses sujets. Mises en correspondance avec ces créations contemporaines, les œuvres de la Sécession viennoise et en particulier celles issues de la revue Ver Sacrum « Printemps sacré » (lancée par Gustav Klimt en 1897) révèlent une autre facette d'elles-mêmes. Rencontre du troisième type où les divinités croisent les être hybrides et se répondent.

Offrande « Sage, stryge ou harpie, vous ne savez décidément me considérer. Mais n’ayez crainte car cette nuit j’ai mis le pap’ et ne suis que distinction courtoise. L’équinoxe se pointe. Perséphone apprêtée se languit de se hisser jusqu’à nous. Quant à l’océanide grisée de l’âpre coulée de pavot, témoin oculaire au globe jaunâtre de notre lente ascension, elle se morfond, la fine. Je la prendrai sous mon aile. Et lorsque sa chevelure viendra s’éprendre de mon plumage, je me démasquerai alors. »

« Attention : cette stryge est nyctalope ! Allergique au soleil, elle ne se démasque qu’en lune noire. »

Gustav Klimt (1862-1918) Exposition d’art de l’Association des artistes des arts visuels en Autriche, 1898. Afiiche. Julien Salaud Monsieur-Dame-Daim 9. Montage de photographies numériques.

une création contemporaine rencontre une œuvre picturale classique . 0


23

Sagement animal Sous le regard de la Sagesse, deux êtres hybrides, à la fois homme et animal, se jaugent. Tous deux, de l’homme, ont conservé l’acharnement et l’élégance. Mais l’un, monstre bestial au cœur du labyrinthe crétois, déploie la puissance taurine pour éprouver l’esprit humain dans un rite sacrificiel. Quand l’autre, daim véloce et craintif, pose son corps d’esthète et pare ses ramures d’ornements interdits. Arbre de vie. « L’acharnement, d’accord. Mais il me semble que l’élégance est plutôt une qualité de femme, non ? »

Koloman Moser (1868-1918) Conception d’affiches pour la première exposition générale de la Sécession, 1897. Gouache, aquarelle, crayons de couleur, encres métalliques sur toile à calquer. > À voir au musée Léopold, www.leopoldmuseum.org

Julien Salaud Mimétisme nocturne. Photographie numérique.


ENTREMÊLER

24

Muse

« Je connais très bien Megasoma, jamais il ne se séparerait de sa précieuse, surtout pas pour une sphinge sans plume ni griffe. »

– Sphinge, avant que ne se présente à toi l’homme aux pieds gonflés, ta métis je viens mettre à l’épreuve. Élucide mon énigme et je t’offre mon émeraude. – Je refuse. Cette pierre, que ma peau viendrait sertir, garderait la lumière pour elle. Or, ma nudité me sert plus que tout ornement. Vois comme elle trouble les sens des impétueux. Face à elle raison s’affaisse et je gagne. – Pfft… mauvaise joueuse…

c Franz von Stuck (1863-1928) Sphinx, 1904. Peinture à l’huile.

> À voir au Hessisches Landesmuseum, à Darmstadt .

C Julien Salaud Précieux Mégasoma. Insecte naturalisé, strass, colle.


25

Ricochets Athéna aux yeux pers, ton égide, qu'Héphaïstos l’illustre artisan a su rendre invulnérable, brille de mille feux devant l’ennemie. Ornée de la tête de la perfide Méduse, elle lance de son œil vif et perçant des regards étincelants qui me pétrifient. Elle se moque. Je deviens porc et pique.

« Et toc. »

Gustav Klimt – Pallas Athena, 1898. Peinture à l’huile.

> À voir au Musée historique de la ville de Vienne.

c Julien Salaud – Petit renard étoilé. Taxidermie de renard, épingles, sequins, colle.


ENTREMÊLER

26 Julien Salaud Constellation de la pie. Taxidermie de pie, clous, fil de coton, perles, bois, colle. Koloman Moser (1868-1918) Affiche pour la XIIIe exposition de la Sécession, 1902. Lithographie.

La pie par trois – Voleuse ! Infortunée, tu es prise. Ton goût pour la luxure s’est révélé piège. Les perles te pèsent et tu n’atteindras plus aucun zénith. – De grâce, vous trois, ne me jugez pas si vite. C'est que le poids des préjugés me couvre plus lourd que ce sautoir devenu chaîne. – Bavarde ! Fi de tes mauvaises postures. Ose planter ton regard au fond du miroir, que l’on juge de ta conscience sur le vif. – Vous qui jamais ne daignez lever les yeux ne percerez pas mon âme. – Vagabonde ! File ! Nous ne t’aiderons point.

« Cela voudrait-il dire que la liberté est incompatible avec la loi ? »

Directio n l e W e b D’autres rencontres hybrides, l’interview de Julien Salaud et un dossier spécial sur l’Art nouveau viennois : www.revue-entre.fr


UN

MU sé e

siNg Ul ier

27

Hôtel de Mongelas - 62 rue des Archives - 75003 Paris Du mardi au dimanche de 11 h 00 à 18 h 00 - Fermé le lundi et les jours fériés Tél. : 01 53 01 92 40 - musee@chassenature.org - www.chassenature.org

© Alain Pichlak

Musée de la Chasse et de la Nature


ENTREMÊLER

28

Rencontre avec Julien Salaud

« Travailler sur l’animal me sert d’échappatoire »

cr É AT I O N | j u l ie n sa l a u d T e x tes | T ho m as Lapoi n te

Reconnu sur la scène contemporaine pour son travail autour de la forme animale, Julien Salaud n’en est pas moins un artiste polymorphe qui questionne son statut d’humain. Votre travail adopte des formes très différentes… Aujourd’hui, il y a un focus autour de la thématique de l'animal dans mon travail, mais j’ai commencé avec des peintures et des moulages d’empreintes du corps. Au moment où j’ai abordé le sujet animal en 2008, cela m’a permis d’adopter un autre point de vue sur l’humain que celui de l’homme, qui me paraît souvent sclérosant. Au contraire, travailler sur l’animal me sert d’échappatoire.

Depuis 2010, vous enchaînez les expositions et vos travaux sont parus dans la presse. Qu’est-ce qui vous a porté sur le devant de la scène contemporaine ? Le travail artistique autour de l’animal était surtout avancé dans des pays comme l’Angleterre, les États-Unis ou l’Australie. En ramenant cette question en France, j’ai peut-être ouvert quelques perspectives nouvelles. Mon travail est assez tentaculaire, il part dans tous les sens, mais je ne veux pas l’empêcher de s’étendre par lui-même. Son côté polymorphe fait qu’il est sans doute difficile à appréhender, mais c’est important pour moi de mélanger les approches, de multiplier les regards.

Vous créez souvent des êtres hybrides, presque monstrueux, notamment à partir d’insectes ... Je me suis mis à travailler sur des insectes, en tentant d’associer le sauvage et le domestique. D’une part grâce à des assemblages entre des corps d’insectes et des ailes (de papillons, d’oiseaux…), d’autre part grâce à des ornementations. Deux pratiques que j’ai ensuite réunies pour amplifier la force de l’imaginaire. L’ornementation casse la dimension monstrueuse des insectes, quand l’assemblage lui procure une autre densité.

C’est aussi vous-même que vous mettez en scène dans votre travail… Je mettais déjà mon corps en jeu quand je réalisais des empreintes de corps en peinture, ou des moulages, et que je travaillais sur la frontière qu’est la peau. Puis, à travers la photographie, je me suis mis en scène avec le bestiaire que j’ai créé. À chaque fois que je reviens à travailler sur mon propre corps, c’est pour assurer des interactions et relancer ma création.

Vous dites n’avoir pas reçu d’éducation artistique particulière… C’est vrai que j’allais plutôt visiter le Muséum d’histoire naturelle avec mes parents que le musée du Louvre. Encore aujourd’hui, je tente de conserver dans mon regard ce que m’ont appris les sciences. Toutefois, j’ai besoin de cette part d’imaginaire qu’elles n’ont pas... Je suis moins un observateur qu’un contemplatif.

Dans votre enfance, vous avez connu une forme de marginalisation, notamment en raison de votre nom qui suscitait les moqueries. Cela a-t-il eu un impact sur votre démarche artistique ? Qu’est-ce qu’un humain aujourd’hui ? Un homme hétéro, blanc, occidental et mature. Ces formes de marginalisation, je les ai en partie connues pendant l’enfance et l’adolescence, de par mon nom, de par mon homosexualité, mais elles m’ont directement amené aux questions que je me suis posées. Et l’animal m’a apporté des réponses en m'extrayant de mon statut d’humain pas tout à fait dans la norme.

Quels sont vos projets pour 2011 ? J'ai produit beaucoup de dessins ces derniers temps. Je vais aussi chercher à exposer mes moulages, car je n’ai pas envie d’être estampillé zoophile, même si je le suis profondément. Mais plus généralement, dans mon approche artistique, je tente de mieux comprendre ce que sont les spectres.


Directio n l e W e b L’interview dans sa totalité sur www.revue-entre.fr

AMÉRIQUE Mercredi 22 juin et du 6 au 11 septembre 2011

Une traversée en mots et en musique des ‘‘petites villes’’ de l’Amérique de l’écrivain Raymond Carver. Portraits de destins fendillés, de trentenaires à la dérive, de whisky et de verres de lait, et de quelques illustres figures tels Billie Holliday ou Iceberg Slim...

«L’ AMÉRIQUE», une création de Pierre Baux, Vincent Courtois, Matthieu Malgrange, Laetitia Zaepffel Lumières : Thomas Costerg Avec : Pierre Baux, comédien et Vincent Courtois, violoncelle

Production : Atelier du Plateau / Théâtre Ecarlate Avec le soutien de la DRAC Île-de-France et du Festival Jazz à la Villette

Atelier du Plateau - 5, rue du Plateau 75019 Paris M° Buttes Chaumont /Jourdain http://www.atelierduplateau.org Réservations : 01 42 41 28 22 ou atelierduplateau@free.fr


ENTREtemps

30

Rouages

Thomas Jorion

P h otos | T ho m as J orio n & Nor b erto C u e n ca C a n d e l T e x tes | b es b es , tho m as jorio n & n o b erto c u e n ca ca n d e l

Lecteur, le temps file, tu le sais, tu le sens. Parfois une question fulgurante te traverse l’esprit : qu’est-ce qui se passe au même instant ailleurs sur la planète ? Nous, on se plaît à l’imaginer. Et pour pimenter la sauce, on combine les images entre elles, pour voir ce qu’il en sort…

« Ma première réaction fut de penser que les deux images ne fonctionnaient pas ensemble. Mais à y regarder de plus près et surtout à lire le texte, j’ai compris qu’en fait c'était une bonne idée. Le lien avec les casques est intéressant. Il permet de transposer les sujets d'une image à l'autre, de superposer deux univers. Ce diptyque reprend l’esprit de la série des îlots intemporels. Alors que je suis là, seul dans cette pièce hors du temps, à l'autre bout de la planète, des rues grouillent de vie. Ce type de situation renvoie au paradoxe de l'espace-temps. »

 Allons voir ailleurs si on y est. 0

Des l ie u x q u i raco n te n t d es ho m m es Thomas photographie des lieux laissés à l’abandon. Sur ces îlots intemporels, les murs s’effritent, la nature reprend ses droits imprescriptibles… « Cette série se base sur notre perception du temps, la façon dont il s’écoule et surtout son absence de linéarité. Certains lieux se retrouvent ainsi comme "figés" dans le temps. Alors que notre société se développe et file à cent à l’heure, ils sont régis selon un écoulement temporel déformé, allongé, ils paraissent comme inanimés ou en veille. »

Et un tour de roue, un !… encore. L’espace ne va pas sans le temps, il se soucie des cycles, des oscillations. Observez ces lieux de vie, sujets aux courbes sinusoïdales. Tous les appareils de mesure de la création humaine s’affolent : six milliards de battements de vie à la seconde, une croissance exponentielle d’événements à l’échelle planétaire, c’est notre histoire. Mais amusons-nous un peu. Plions la feuille du temps, plaquons les scooters d’Hô Chi Minh-Ville sur le salon de coiffure. Regardez, le mélange commence déjà à prendre.


31 Directio n l e W e b Retrouvez les interviews des photographes : www.revue-entre.fr

Hairdressing-Salon © Thomas Jorion Vietnam © Norberto Cuenca Candel

Norberto Cuenca Candel

Des ho m m es q u i raco n te n t d es l ie u x

2002, dans un hôtel du Xinjiang, à l’extrême ouest de la Chine, au pays ouïghour, rencontre avec Norberto. Il parle français mais il a un accent. Difficile de deviner son pays d’origine. Estil cubain, égyptien, allemand ? Il rit. Il est espagnol. Mais on pourrait penser qu’il est de partout. Un accord tacite de bienveillance semble le lier aux gens qu'il photographie. Aujourd’hui il a fait du chemin, a monté des expositions de Chine en Espagne, participé aux éditions de La Vanguardia, El Pais, NOX ou That’s Beijing, traînant son regard empathique à travers tout le continent asiatique.

Les casques motards qui surplombent les crânes des Vietnamiens sont remplacés par des casques séchoirs. Feu le lieu de beauté se réanime soudain : plein d’Asiatiques. Les murs résonnent du rire des belles, du récit des élégants. De quoi parlent-ils ? De la guerre ? Oui, mais pas celle du Vietnam, c’est un bâtiment nord-américain. Ah non non, murmure-t-on dans l’assemblée, l’hybride a évolué. La scène se déroulerait à Berlin ? À Paris ? Les interprétations divergent. Ce qui est sûr, c’est que Lavoisier avait

« Rafales d’activités et marasmes d’une décrépitude. Est et ouest/Jeunes et aînés/ L'adolescent et la grand-mère vieillissante. D’un côté, ce nouveau monde où tout peut arriver, où l’on se presse, car le progrès ne peut pas attendre. "Hunk ! Circulez ! Il faut continuer, aller de l’avant ! Gagner de l’argent, devenir riche !" De l’autre, la descente depuis le sommet. "Vous avez eu votre heure de gloire, mais elle est loin derrière. Vous étiez la plus belle à la fête avec votre nouvelle coiffure, mais vos cheveux sont maintenant gris et cassants." Le monde a de nouveaux centres de gravité. L’énergie vitale des civilisations fonce à travers les continents, vers le soleil levant. »

raison : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ! Mais alors que nous rions, un frisson me parcourt l’échine. Les Vietnamiens ont abandonné leurs montures du coup tombées à terre et le sol brûlant de la ville s’ombrage d’un coup, un B-52 passe sur le front du soleil. Allons les enfants, assez joué avec le feu. Déplions immédiatement les feuilles du temps. L’expérience est intéressante, mais laissons l’oscillateur finir son cycle comme prévu.


ENTRELACEMENT

32

La bande film accompagnée d’une originale bande-son. 0

Freaks de Tod Browning (1932) Bande - son | Bastie n C heva l

Lentement, la fanfare émerge des ténèbres. D’emblée, elle saisit par son atmosphère baroque et chargée. Chargée d’orchestration et de marques du temps ayant laissé derrières elles flopée d’aspérités et d’excroissances. Le souffle qui s’en échappe est celui d’une parade brinquebalante, rafistolée, avec ses percussions lourdes, ses cuivres distordus et ses cordes grésillantes comme partagées entre joie et chagrin, tel le big band fantomatique d’un Tom Waits. Vient alors se poser sur ce tableau flamboyant et déluré l’élément contre-nature, l’anomalie absolue : la blonde Cléopâtre s’invite comme un motif de cordes soyeux tout droit sorti d’une romance hollywoodienne. Faux-semblants à couvert. Le rire endort la sournoiserie. Rondement, le glamour révèle son insidieuse dangerosité dans un monde qui n’est pas le sien et qu’il entend contaminer de son hypocrite mélopée.

La fanfare ne se doute de rien, elle continue de se déployer, de transpirer de vie. Pourtant l’on sent poindre dans l’air une touche de mélancolie, une conscience qui s’éveille lentement face à ce pseudo-mariage. Une note, un visage : Frida, l’isolée. Lorsque Cléopâtre noie peu à peu de son air satiné les orchestrations cabossées le temps d’une caricature de baiser romantique, la rupture est amorcée. Les motifs de cordes embrumés hoquettent à l’unisson avec la gourgandine. Puis la fanfare s’interrompt. Elle se fait pulsatile… Gooble gobble, gooble gobble… Les instruments se joignent peu à peu en un magma bouillonnant, se rapprochant et s’éloignant au gré d’une coupe partagée par la tablée. Les cordes changent de registre, se font graves et sourdes, laissant présager un clash imminent.


33


34


35


Ma voisine a adoré Un spectacle de câbles & d’épées Théâtre

Antoine Defoort et Halory Goerger annoncent la couleur ! On ne saurait mieux décrire cet objet théâtral non identifié : expérimentations geek improbables, parodie délirante de films SF, biographie prophétique de Bill Gates ou interview radio d’une machine devenue humaine ! Ces deux Belges ex-étudiants aux BeauxPeinture Arts et en lettres ne manquent pas d’imagination… Une fresque délirante où La Guerre des étoiles se L'exposition Odilon Redon, Prince du rêve, au Grand Palais retrouve mêlée à une insiste sur la dimension onirique de l’œuvre de ce peintre symchevalerie carboliste encore trop peu exposé dans nos musées. À la noirceur ton-pâte highde ses fusains et lithographies des débuts, à la fois poétiques tech ! et angoissants comme des Goya, succède une couleur maîtri&, Théâtre de sée où l’ombre, parfois suggérée, n’est jamais loin. Redon tend la Cité interainsi silencieusement une toile que Gauguin, Denis ou Bernard nationale. Du 6 admirèrent sans réserve. Il sera d’ailleurs une source d’inspiau 19 ration pour le groupe des Nabis, représentants de cette tenjuin. dance à l’épure et au symbole.

Il viendra visiter votre sommeil...

Jusqu'au 20 juin. www.grandpalais.fr © Rmn-Grand Palais Hervé Lewandowski

Expo

Kubrick, maître du cinéma mental

Théâtre

Rencontre au sommet

Quelle géniale idée d’avoir recréé cette rencontre mythique : Brassens, Brel et Ferré, interviewés par un journaliste, parfois maladroit, mais qui a eu cette Génie autodidacte à la folie créatrice, formidable intuition de faire discuter ensemble Stanley Kubrick reçoit les honneurs d’un trois monstres sacrés. L’interprétation des voyage dans l’envers du décor de son œuvre comédiens du Français est parfaite. Dans visionnaire. Accessoires, décors, costumes, phoune ambiance tamisée avec nappes tos et documents de tournage, lettres, articles de de fumée envahissantes, les paroles presse et extraits de films nous plongent dans l’unilumineuses fusent. D’autant que vers mégalomane et "psychanalyseur" du cinéaste dans l’étroitesse de la petite devenu culte. De Fear and Desire (1953) à Eyes Wide Shut salle du Studio-Théâtre, c’est (1999), celui qui commença comme photographe construicomme si vous y étiez ! sit une filmographie foisonnante traversée par un goût pour Trois hommes dans un salon le perfectionnisme esthétique et l’expérimentation technique. Studio-Théâtre de la Comédie À compléter par une rétrospective intégrale et un cycle de conféFrançaise. Du 19 mai au 12 juin. rences.

F it z gera l d Bertho n Bes b es G eoffroy C ai l l et C a m i l l e d e F orges T ho m as Lapoi n te

ENTREcôtes

37

Monumenta 2011 : colossal ! Chaque année, Monumenta invite un artiste contemporain à prendre possession de la nef du Grand Palais. Cette manifestation unique au monde est un pari fou entre l’homme et l’espace. Cette année, c’est Anish Kapoor qui s’y colle. Mai-juin. www.monumenta.com

Les Transphoto graphiques 2011 Réunissant des photographes des quatre coins de l’Europe, la 10e édition du festival Les Transphotographiques se tiendra du 26 mai au 26 juin à Lille. Un incontournable pour amateurs et professionnels. www.transphotographiques.com

© Brigitte Enguérand

À la Cinémathèque française. Jusqu’au 31 juillet.

Nos coups de cœur en matière d’arts, cultures et autres…

0


ENTREcôtes

39

Ce qu’il y a de bien avec le métro, c’est que ça laisse le temps pour autre chose... Film

Philosophie cinématographique Auréolé d’une Palme d’Or à Cannes, The Tree Of Life, le nouveau film du perfectionniste Terrence Malick, a tout du chef-d’œuvre aussi déroutant que grandiose. Des images à la beauté époustouflante pour mettre en scène la perte progressive des illusions et de l’innocence d’un petit garçon dans le Texas des années 1950, qui doit faire avec l’amour de sa mère (Jessica Chastain), l’autorité de son père (Brad Pitt) et l’arrivée des petits frères. Une leçon de vie bouleversante. Dans les salles.

Film

L’Incompris, tragédie de l’enfance Diplomate britannique en poste à Florence, sir Duncombe vient de perdre sa femme. Muré dans son chagrin, il ignore la détresse de son fils aîné, Andrea. Pour gagner l’affection de son père, celui-ci sera prêt à tout. Avec la même finesse qui fait le prix de ses comédies légères (Pain, amour et fantaisie) ou féroces (L’Argent de la vieille), Comencini livre dans ce drame saturé d’émotion un des plus beaux films sur l’enfance, ses blessures et ses secrets. En suggérant, loin de sa mythologie habituelle, qu’elle est peut-être l’âge tragique par excellence.

Photo

En DVD aux Éditions Carlotta. © Carlotta Films

Stefano Marchionini, les corps magnétiques Ce jeune photographe de 25 ans d’origine italienne, étudiant aux Beaux-Arts de Paris, a de beaux jours devant lui. Avec une simplicité touchante, il a fait de sa relation avec son compagnon Vivien Ayroles, photographe également, le cœur de son travail. Dans le huis clos des lieux habités, entre Venise, Aix-en-Provence, le petit appartement parisien ou le jardin de la maison familiale, il capte l’essence d’une lumière qui magnifie les corps et parle avec pudeur de l’intime et de son attachement aux gens et aux choses qui l’entourent. Bouleversant. www.stefanomarchionini.net

Dessine-moi le Japon Le collectif Café Salé s’est lancé dans une généreuse opération de soutien aux sinistrés japonais. Dessinateurs et illustrateurs ont sorti leurs crayons pour créer des œuvres inédites mises aux enchères, dont les bénéfices seront intégralement reversés à l’association Give2asia. tsunami.cfsl.net / © Café Salé

Lâchez rien ! Vingt titres généreux qui donnent envie d’ouvrir sa porte aux saltimbanques de fortune qui rendent à la musique populaire sa vraie grandeur, métissée et sincère. On vous invite à les écouter. HK & les Saltimbanks Citoyen du monde (Rare/Universal) www.myspace.com/hksaltimbank


XAVIER DEVAUD ‘‘Après moi...’’ C’est l’histoire d’un titre : ‘‘Après moi’’. Il dit qu’il y a toujours un avant et un après, un contre moi, un malgré moi, donc un après moi. Le sensuel des corps, ses représentations de la femme qu’il considère comme un guide, un salut, une inspiration de premier ordre chez lui. Du papier satiné, de l’encre de chine, du fusain, du lin, de la pierre noire, du feutre : des dessins qui écrivent la chair sensuelle et l’incarnation de l’homme dans l’univers. C’est ainsi qu’il veut toucher le monde : par ce qui le touche, lui.

Exposition 18.06.11 > 31.07.11

Vernissage samedi 18 juin

à partir de 17h en présence de l’artiste

Gabriel & Gabriel 68 rue du Vertbois - Paris 3è - M° Arts & Métiers 0uvert du vendredi au dimanche de 11h à 19h www.gabrieletgabriel.com 01 42 71 44 93 - 06 74 90 47 32 La galerie bénéficie du soutien de l’agence SEEONEE www.seeonee.fr


J’en peux plus, il faut que je sorte ! La nuit

Le Queer a la cocotte

© Niz Denox Flash Cocotte

La Flash Cocotte, c’est la soirée Queer, où se mélangent genres et sexualités, qui a fait souffler un vent de liberté et a chamboulé la façon de faire la fête à Paris. Initiée fin 2007 par Dactylo, Numéro 6, Nizar et Pipi de Frèche, on y trouve pêle-mêle barbus à paillettes et gouines à mèches, créatures outrageusement équivoques et hétéros éperdument amusés, tous venus prendre du bon temps jusqu’au bout de la nuit. Le tout dans une atmosphère glamtrash où le bas résille côtoie la chemise de bûcheron et où l’ambiance cabaret vire joyeusement dans l’excès.

Sacré bon sang « Si j’étais acteur, j’aurais commencé par me tuer. » « À partir d’ici : tout est vrai. » Un texte ouvert, truculent. On y entre comme où l’entend. Sautant des pages, y revenant… Quelques répliques suffisent à nous réjouir. On le déguste et on le garde sous la main longtemps. Le vrai sang, Valère Novarina, aux éditions Pol, 2011.

Tous les mois à la Java. www.flashcocotte.com

Vue en passant

Nuisibles en fond Au concours de la vitrine la plus trash de Paris, on tient peut-être notre gagnant. « Destruction de nuisibles » nous dit l’enseigne. Ouvert en 1872 par la famille Aurouze, ce magasin exhibe ses trophées de chasse. Des rats empaillés et encore prisonniers de leurs pièges depuis… 1925. Bon appétit… ou faim de ratatouille ? Les créateurs de Disney reprennent même la vitrine dans leur dessin animé.

Adresse

Osez manger différent

À deux pas de Beaubourg, Chez Shen est la cantine populaire fréquentée par la communauté chinoise qu’il ne faut pas louper. En apparence, ça ne Destruction de nuisibles. Au 8 rue des Halles, Paris 1er. / © T.L. paie pas de mine, et pourtant… Laissez tomber les traditionnels Rencontre beignets de crevettes et autres porc au caramel ou nouilles sautées, et laissezvous plutôt tenter par quelques plats, disons… exotiques : salade de pattes de La 15e édition du Festival de l’imaginaire met une poulet, sang caillé, tripes de porc, liserons fois de plus en lumière la richesse inépuisable d’eau et boulette de riz fourrée au sésame des cultures du monde. Partez à la décounoir... De quoi exciter vos papilles ! C’est bon, verte de la musique du Mexique, des danses c’est copieux, et en plus c’est pas cher du tout. de l’Inde, des chants des Émirats arabes unis et du Yémen, du théâtre japonais, Chez Shen. Au 39 rue au Maire, Paris 3e. / © T.L. des complaintes marocaines ou encore des arts du Bahreïn, d’Ouzbékistan, de la Réunion, de l’Inde du Sud ou de Guyane. Danses virevoltantes, voix envoûtantes et spectacles inhabituels vous transporteront dans un ailleurs qui n’est pourtant pas si lointain.

Un festival qui voit loin...

15e édition, du 10 mars au 15 juin 2011. www.festivaldelimaginaire.com

Kees Van Dongen Ces femmes aux visages rouge, jaune, vert et aux corsages à fleurs se révèlent et renvoient à la force du fauvisme. Vous les reconnaîtrez lorsque vous vous en approcherez. À redécouvrir donc. Musée d’Art moderne de la Ville de Paris. Jusqu’au 17 juillet. © ADAGP.

ENTREcôtes

41


Où nous trouver ? À Paris 3e arrondissement • La Gaîté Lyrique (3 bis rue Papin) • La galerie Gabriel & Gabriel (68 rue du Vertbois) • OFR Librairie (20 rue Dupetit-Thouars) • La galerie Yvon Lambert (108 rue Vieille du Temple) 4e arrondissement : • Maison européenne de la photographie (5 rue de Fourcy) • Librairie du Théâtre de la Ville (2 place du Châtelet) 6e arrondissement : • Musée Eugène Delacroix (6 rue de Furstemberg) • Musée Zadkine (100 bis rue Assas) • Librairie Le Coupe papier (19 rue Odéon) • Librairie de l’Odéon-Théâtre de l'Europe (2 Rue Corneille) 7e arrondissement • La médiathèque du musée du Quai Branly (37 Quai Branly)

8e arrondissement • Le Jeu de Paume (1 place de la Concorde) 9earrondissement • Musée Gustave Moreau (14 rue de La Rochefoucauld) 10e arrondissement • Le Point Ephémère (200 quai de Valmy) • La galerie Wallworks (4 rue Martel) 11e arrondissement • Le Café de la Danse (5 passage Louis-Philippe) • La galerie Anatome (38 rue Sedaine) 13e arrondissement • Bétonsalon (Esplanade Pierre Vidal-Naquet) 14e arrondissement • La Fondation Cartier pour l’art contemporain (261 boulevard Raspail) • La galerie Camera Obscura (268 boulevard Raspail) 16e arrondissement • Le Palais de Tokyo (13 avenue du Président Wilson) • La librairie du Musée d’Art Moderne (11 avenue du Président Wilson) 18e arrondissement • La Machine du Moulin Rouge (90 boulevard de Clichy)

19e arrondissement • Le Merle Moqueur au CENTQUATRE (104 rue d’Aubervilliers / 5 rue Curial) • Le Café Caché du CENTQUATRE (104 rue d’Aubervilliers/5 rue Curial) • Le Glazart (7-15 avenue de la Porte de la Villette) 20e arrondissement • La Maroquinerie (23 rue Boyer) • Le Merle moqueur (51 rue de Bagnolet) • La Flèche d’or (102 bis rue Bagnolet)

Montreuil

• Le cinéma d’art et essai

Georges Méliès (avenue de la Résistance, centre commercial de la Croixde-Chavaux)

Vitry-sur-Seine

• Le MAC/VAL

(Place de la Libération)

Nanterre

• Librairie du théâtre

Nanterre- Amandiers (7, avenue Pablo Picasso)

Prochain rendez-vous « RÉSISTER », le numéro 1 d’ENTRE – L’œuvre est ouverte sort le 12 septembre. Avec entre autres : les œuvres d’Ai Weiwei ENTREmêlées à celles de jacques-louis David et commentées par Wim Delvoye, l’ENTREtien avec Edgar Morin.


ENTREcôtes

43

Oh lÀ lÀ je l’ai loupé ! non pas encore... Peinture

Chair de poules Fidèle illustrateur de la cour de l’électeur de Saxe, peintre religieux apprécié des protestants comme des catholiques, Lucas Cranach (1472-1553) est surtout connu pour son abondante production de nus – Ève, Vénus ou Lucrèce. L’exposition au musée du Luxembourg en compta assez peu, mais ils suffirent à mettre en évidence la formidable révolution sensuelle opérée par Cranach au sortir du Moyen Âge. Grâce fluide, symbolique expressive et regards pénétrants caractérisent ses étonnantes figures féminines, qui inspirèrent Balthus et Picasso. « Ce qu’il y a de plus profond dans l’homme, c’est la peau », soutenait Valéry. C’est bien ce que semblent dire, par tous les pores de la leur, les nus de Cranach. Cranach et son temps. Catalogue d'exposition, éditions Flammarion, 2011, 39 €.

Film

Quand Musset rencontre Sheila.

Film D.R.

Faites le mur !

Après une entrée en matière qui transmet fidèlement les montées d’adrénaline propres aux arts urbains, le film bascule dans l’aventure improbable du caméraman luimême… Du jour au lendemain, Thierry Guetta, aka Mr Brainwash, se prend pour ses sujets et veut même dépasser ses modèles ! Devenu documentariste, le street artiste Banksy tire un portrait au vitriol de l’art business. Ou comment n’importe qui peut se faire passer pour artiste et gagner beaucoup d’argent… en faisant n’importe quoi ! Et si tout ceci n’était que le dernier canular du graffeur ?

Avec Les Amours imaginaires, Xavier Dolan, petit prodige québécois, réalise un bijou esthétique et Faites le mur ! Encore en passionné sur les incompétences sentimentales de Francis et salles ou en DVD. Marie, deux meilleurs amis qui se livrent un combat sans merci pour D.R. capter l’attention de l’angelot blondinet dont ils se sont tous deux amourachés. Avec un romantisme effronté et des dialogues d’un cynisme Photo cinglant, Dolan sublime son sujet d’une mise en scène outrancièrement maniérée et esthétiquement vénéneuse, faite de ralentis envoûtants, de couleurs baroques et de mélodies entêtantes, où l’on reconnait pêle-mêle Gus Van Sant, Wong Kar-Wai, Pedro Almodovar et Gregg Araki. À l’occasion de la première rétrospective consaEn DVD. © Clara Palardy crée à Hervé Guibert à la Maison européenne de la photographie, Gallimard a sorti un ouvrage rassemblant l’ensemble de l’œuvre photographique de l’écrivain mort du sida en 1991. Des clichés intimes dans lesquels Guibert met en scène, avec une forte charge affective et nostalgique, son univers (appartements, bibliothèques, tables de travail), mais aussi des visages et des corps, de parents, d’amis, d’amants, ou le sien. Un journal intime en images, miroir de son œuvre littéraire.

La photographie comme pratique amoureuse

Hervé Guibert photographe, texte de Jean-Baptiste Del Amo. Éditions Gallimard. Sienne, 1979 © Christine Guibert / Collection Maison européenne de la photographie

Cinéma multi-genre Passé trop inaperçu, Scott Pilgrim est une petite bombe cinématographique à ne pas louper. L’histoire d’un geek maladroit (Michael Cera) qui, pour sortir avec sa bienaimée, doit affronter ses sept ex-maléfiques, le tout porté par une mise en scène débordante d’énergie et d’imagination, visuellement à mi-chemin entre la comédie indé, le comics et le jeu vidéo. Foutraque et halluciné. En DVD. © Universal Pictures.


ENTREmetteuses

44

Aurélia Jourist Son univers hirsute et tendre à retrouver sur :

www.lamaisondeliouba.com © Aurélia Jourist

M. Chat Son actu, ses créa et d’autres infos sur :

www.monsieurchat.fr

Robert Guédiguian Son nouveau film :

Les Neiges du Kilimandjaro est librement inspiré du poème de Victor Hugo Les Pauvres Gens.

Waii-Waii Exposition collective

"Làncszemek" à l'Hybride, Lille. Jusqu’au 9 juillet. © Knapfla et Waii-Waii

Julien Salaud

Exposition "Rituels", Commissariat Gaël Charbau.

Fondation d'entreprise Ricard, Paris. Jusqu’au 09 juillet. © Julien Salaud Les pages qui présentent les participants. 0


45

Thomas Jorion Exposition des

Norberto Cuenca Candel Des pages qui s’ouvrent comme des invitations au voyage…

Îlots intemporels

et catalogue édité à 1 000 exemplaires. Galerie Place M, 1-2-11, Kindai Bldg 3rd Floor, Shinjuku Shinjuku-ku, Tokyo, Japon.

norbertocuenca.com © Norberto Cuenca Candel

Jupiter de la bâtardise Il prépare son court métrage. En exclu, un aperçu sur :

www.chat.parol.es

Julien Colombier Ses créations graphiques sur des supports variés sont aussi sur :

juliencolombier.com © Julien Colombier

Sylvain Tesson Après avoir passé six mois seul sur les rives du lac Baïkal, il est rentré. Prix Goncourt 2009 de la nouvelle pour

Une vie à coucher dehors © Ed. Folio


ENTREMETS

46

VOUS AUSSI LECTEURS, envoyez-nous vos photos avec le Chat en situation sur notre page facebook : Revue Entre. une page à arracher pour en faire autre chose.  C’est cadeau. 0


Résumé

Pff… je suis sur qu’elles utilisent la typographie Comic Sans Ms* dans toutes leurs mise en pages…

Vous connaissez l’atelier BEAU/VOIR ?

À la mort de son cheval, Mario quitte le séminaire pour s’occuper de son jeune frère Ugo. Il rencontre alors Simone, une amie d’enfance de John. Cette dernière épouse Graziano, qui la maltraite en public. Sandra, malheureuse, se confie à Kévin qui se sent attiré par Anita, l’institutrice. Graziano, fou de jalousie, noie son chagrin dans l’alcool et se rachète un cheval. Mais tout cela était sans compter sur l’arrivée de l’atelier BEAU/VOIR…

Oh oui, les deux graphistes !

Il parait qu’elles assurent…

MARIO sort de ses gonds ET DONNE UN VIOLENT COUP DE POING À JOHN, qui l’a bien cherché.

Ce n’est pas leur style, tu le vois bien, elles ont mis en page ce magazine !

Et oui,

Et que je ne t’entende plus parler de typographie !

TOUT LE MONDE LE SAIT…

L’atelier beau/voir ne fait pas du graphisme d’amateur !

Même de la sand  ? HEUREUSEMENT, SIMONE SAIT calmer les discordes…

…si seulement John avait visité leur site Internet…

Allez John, offre-moi une grenadine !

Beau Atelier de conception graphique

www.atelier-beau-voir.fr

Voir

Affiches, identité visuelles, éditions, signalétiques, multimédia. contact@atelier-beau-voir.fr T : 01 49 72 07 41

*

Certaines typographies nuisent à la lisibilité de vos messages, parole de graphistes !


ALEXANDRE SINGH LA CRITIQUE DE

L’ÉCOLE DES OBJETS 22 AVRIL - 19 JUIN 11

PALAIS DE TOKYO /

Alexandre Singh, La Critique de l’École des objets, 2010 Détail de l’installation Vue de l’exposition au Palais de Tokyo, 2011 crédit photo : F. Gousset

ENTRE - L'oeuvre est ouverte  

Numéro 0 : "Le printemps hybride"

Read more
Read more
Similar to
Popular now
Just for you