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Ode à la vie : Je remercie Bernard Salignon, pour m’avoir enseigné la philosophie. Je remercie mon université et mes professeurs Je remercie mes parents pour m’avoir faite Mariam. Je remercie ma mère pour m’avoir ouvert à l’humain et au divin. Je remercie mon père pour m’avoir donné sa force de caractère Je remercie mes frères et sœur pour leur tendresse attentionnée, Je remercie mon mari pour son soutien aujourd’hui et toujours. Je remercie mes enfants pour la force merveilleuse de leurs rires. Je remercie mes grands-parents pour m’avoir porté si fort. Je remercie mon arbre pour ses branches majestueuses. Je remercie la vie pour m’avoir formée à moi-même. Je remercie le verbe qui me permet de remercier. Je remercie le rire pour cette complicité divine. Je remercie Dieu pour ce mémoire Cœur Cœur Cœur Cœur Cœur Cœur Cœur Cœur Cœur Cœur Cœur Cœur Cœur Cœur Et enfin, Je remercie notre mère à tous, La terre, généreuse et chaleureuse, qui chaque jour, sans relâche endure nos caprices humains


INTRODUCTION

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STRUCTURE INCONSCIENTE ET FREUDISME

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A- L’inconscient et la vie qui nous habite 1- De la nature inconsciente de l’être 2- Une approche à l’inconscient 3- De nos forces inconscientes 4- De l’aspect collectif de l’inconscient

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B- Le don d’amour de l’inconscient 1- Du traitement de l’inconscient par la psychanalyse 2- Du don d’amour 3- L’art brut en question

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D- Entre superstition et réalité 1- Entre fictionnel et narratif fictionnel, la demeure inconsciente 2- Hélène Smith : Medium ou auteur de science fiction? 3- La vie de la psyché E- Enfermement mental et complexe d’œdipe

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F - Le fil d’Ariane

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DE L’AMOUR

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A- La vie, une force inexplicable 1- L’éros ou le mariage divin : Marguerite Sir 2- De l’hypnose et du mesmérisme animal 3- De notre animalité 4- De la sexualité

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C - L’Amour avec un grand A 1- du refoulement et de sa raison d’être 2- Qu’est ce que l’amour ? 3- L’éros-puissance 4- Un exemple d’éros-puissance. Kozek Zdenek

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C – De l’inconscient et du divin 1- la question du divin humanisé 2- A propos de crucifixion

B – Cette force qu’est l’amour 1- Le transfert et son origine mystérieuse 2- De la force mana 3- Le freudisme et l’amour manipulé 4- Une réalité à double sens 5- Aloïse et l’amour tantrique

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FREUD ET LA MANIPULATION

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A- Les ramifications inconscientes du rêve 1- Le mesmérisme et les forces qui habitent le monde 2- De la perception du rêve manipulée 3- Manipulation perceptive du rêve 4- L’association d’idées en question 5- Le domaine de l’irréel de Henry Darger

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B- Les ramifications de la manipulation perceptive 1- La pédophilie, le clergé et le mariage homosexuel 2- Les mots font les choses 3- Le grand saut d’Adolf Wolfli

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DE LA STRUCTURE DU MONDE ET DE L’INCONSCIENT

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A- Ethique du monde et structure de l’être 1- De la structure de l’être 2- Mise en cause de la structure freudienne de l’être et du cosmos 3- La contrainte, éthique naturelle de fondement universel 4- Ces principes qui habitent l’être et qui font sa complexité

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B- La part collective en nous 1- L’abbé Fouré ou l’aboutissement du vouloir de vivre 2- Une autre réalité : la complexité structurelle de l’être 3- L’archétype Jungien. Sawada Shinichi, Silence et recueillement 4- L’orage comme force de volonté ? Konek Zdenek 5- L’art, une manière de se camoufler, Georges Widener 6- Double sens ou bien miroir narcissique ?

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CONCLUSION

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BIBLIOGRAPHIE

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A la mémoire de mon frère, Sory Martinet, au chant du cœur par la voie du cœur


INTRODUCTION

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L’art brut est ce qui nous pousse à rechercher la vie à tout prix. S’il devait y avoir un déterminisme dans l’art brut, ce serait celui qui consiste à rechercher le monde réel, en en fixant des contours imaginaires. C’est ce que firent les artistes d’art brut, pris pour la plupart dans leur folie qui n’est pourtant pas la folie. Ce qu’il faut se dire de ces artistes est cela même que nous ne pouvons dire aussi, car alors ils nous renverraient à nous même, parce qu’ils ont cette capacité de faire écho à notre animalité primaire. Ce malaise qui nous saisit profondément face à leurs œuvres est une des raisons qui ne donne pas sa raison, car en la donnant, il nous faudrait nous dévoiler un peu aussi. Cette empathie mêlée de répulsion parfois, est ce qui nous pousse à donner à l’art brut son caractère d’art sacré, qui ne touche à l’humain que pour lui porter son message qui est celui de la divinité primordiale et primitive qui nous enseigne que tout ce que nous vivons icibas, a son pendant dans l’eau delà, et si ce que nous sommes, des êtres de finitude ne veut plus de ce que nous sommes aussi des êtres du sacré, alors, il faudra que nous envisagions de vivre nos vies différemment de ce que nous vivons à présent, par la sacralité profanée, car le profane ne peut accéder au sacré que lorsqu’il lui reconnaît son caractère sacré, et l’honore en cela, autrement, il y a profanation du sacré de la vie, et qui dit profanation, dit que le sacré nous devient défavorable. C’est donc sous cet aspect de sacralité et de profanation que nous tenterons de vous introduire à l’art brut sous un aspect nouveau, celui de la vie ici-bas qui se joue aussi de la sacralité comme objet de profanation. Nous avons décidé qu’il était de notre devoir d’humain, respectueux de notre environnement, que nous considérons don de Dieu, dans la mesure où c’est par ce don que nous pouvons exister, de vous introduire à une autre vision du monde invisible aujourd’hui surnommé inconscient. Ce don de la nature est don de vie, et ne pas en avoir conscience, nous a amené où nous sommes aujourd’hui, face à notre finitude. L’approche qui consiste à nous donner comme origine un hasard, ne peut que nous réserver un hasard comme fin. C’est pourquoi, il est important peut-être, durant le laps de temps de nos vies sur terre, que nous envisagions ce que peut être une vie laissée au hasard, et nous nous apercevrions alors que s’il nous est aisé de nous postuler le hasard pour origine, il nous est beaucoup moins aisé de laisser le hasard guider nos vies. Et c’est sur cette phrase

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que nous introduirons une autre approche à ce texte qui est l’approche psychanalytique par le père de la psychanalyse lui-même, le docteur Freud, qui s’il a bien envisagé notre origine comme un hasard, a pourtant négocié la sortie du hasard de nos vies par une prise de pouvoir sur le divin. Or cette prise de pouvoir (hérétique ?), semble ne pas être sans conséquence. Nous nous autorisons, puisque nous sommes dans l’art brut et la folie, à faire à notre tour un parallèle hasardeux, avec les deux, et bientôt trois guerres mondiales qui se sont succédées depuis l’avènement de la psychanalyse, pour introduire l’idée toute scientifique de rapport de causalité. Nous allons pour parler de l’œuvre de Freud, également introduire celle de Jung par comparaison, et cela se fera sous le regard bienveillant, de Jacques Lacan qui eut, et nous le lui reconnaissons, le mérite de tirer la psychanalyse de l’embarras de vivre sans amour. C’est que le psychanalyste qu’est Freud, par un curieux hasard (encore un), pour quelqu’un qui manipule l’éros sous tous ses angles, semble singulièrement manquer de la valeur dont ses livres sont remplis. Il nous vint donc à l’idée que peut être, à trop parler d’une chose, on oublie la chose. Bienheureusement, Jacques Lacan, par le don d’amour nous introduisit à l’amour, Dieu lui en rende grâce. C’est pourquoi, nous ne laisserons pas la psychanalyse dans cet embarras, et lui reconnaitrons sa capacité d’aimer car il n’y a pas que le sexe dans la vie, et celle qui en découle, de donner comme de recevoir. C’est sur cette phrase toute de tendresse et de bienveillance de Henri Rey Flaud que nous ouvrirons ce mémoire, qui a aussi pour but de fermer la fatalité du sans amour.

« Il existe des enfants dotés d’une peau si transparente qu’on dirait des enfants fées, leur visage de cire vierge, sur lequel aucun évènement heureux ou malheureux ne paraît avoir laissé de trace, semble signifier qu’ils n’attendent rien non plus de l’avenir : ainsi cette petite fille, assise sur la plage, qui faisait couler pendant des heures du sable entre ses doigts, tel un sablier vivant mesurant l’éternité, ou ces petits garçons perdus dans la contemplation hypnotique de divers objets tournants

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( une hélice, un ventilateur), ou fixés intensément sur le balancement infini d’une chaine tendue entre deux bornes. » 1

Henri Rey Flaud, L’enfant qui s’est arrêté au seuil du langage, comprendre l’autisme, Editions Flammarion, 2008, p11

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STRUCTURE INCONSCIENTE ET FREUDISME

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A- L’inconscient et la vie qui nous habite L’art brut ainsi que défini par Jean Dubuffet dans son manifeste sur l’art brut est la forme d’art la plus vraie car dépouillée de tout vernis sociaux-culturel. Les artistes d’art brut tel que Aloïse ou alors Hélène Smith sont ceux qui donnent au mot art brut son sens, car incompréhensibles par tous, et pourtant nous ramenant à nous même par une force qui nous échappe. Nous en sommes pourtant encore à nous demander ce qu’est l’art brut, et ce surtout lorsque nous voyons le travail de certains artistes dont les productions relèvent plus de la famille d’art de ceux qui ont un bagage artistique certain. Certains de ces artistes sont pourtant parfois considérés comme artistes de l’art brut. Si l’art brut n’est pas si simple à définir, c’est que ce n’est pas à son esthétique que l’on peut le cataloguer, mais à sa complexité structurelle dans ce qu’il en appelle à une part de nous-même que nous serions bien en peine de définir, et cette part est notre inconscient collectif. Voilà pourquoi il est important de définir ce qu’est l’inconscient avant même de pouvoir traiter de la question de l’art brut dans son rapport à la folie.

1- De la nature inconsciente de l’être Si l’inconscient est ce qu’en dit Freud, alors l’art brut ne serait qu’un rendu de l’inconscient personnel de l’artiste, or c’est ce qu’est aussi toute production artistique. Ce qui fait la différence dans l’art brut, c’est que ce sont des actifs de notre passé collectif qui ressurgissent en lui, faisant de nous des êtres en pleine possession de nos actifs inconscients si l’on peut l’exprimer ainsi. Se demander ce qu’est un actif inconscient, c’est de se souvenir de nos peurs viscérales et de nos émotions les plus primaires, et si ce qui ne nous est pas étranger est pourtant dans le domaine de l’inconscient, c’est donc qu’il appartient au domaine de l’inconscient

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collectif, car l’inconscient individuel ne peut à lui seul héberger notre monde archaïque et collectif. Ce qui nous abrite n’est pas de nous savoir ici sur terre, ce qui nous abrite, c’est d’y être en tant que nous conscients de nos êtres et de nos devoir de soumission par rapport à la nature. Si nous ne sommes plus ceux qui sommes conscients de ce devoir de soumission, alors nous perdons contact avec ce qui fait de nous des êtres soumis ; la nature. Si la nature est bien celle qui soumet, elle le fait pourtant dans le cadre qui est celui de son éthique propre, et c’est cette éthique qu’il faut tenter de découvrir pour un jour comprendre quelle est cette soumission qui est à la base de tout rapport de la nature et qui est éthique. Freud dans son concept de l’inconscient détermine bien un rapport de soumission dans la relation d’amour (verliebtheit) qu’il différencie de l’amour véritable (liebe), et il dit aussi que l’homme pour se soustraire à cette soumission, doit venir à bout de ses pulsions dont le siège est l’inconscient, par la parole. Or si le siège de la pulsion est l’inconscient, qu’estce que donc que le conscient qui vit du désir de l’inconscient sinon une soumission à ce grand inconscient ? Bien que le désir semble une chose simple puisque simplement ramenée à une pulsion libidinale dans la théorie freudienne, il n’en demeure pas moins complexe toujours selon cette théorie car nous n’en connaissons toujours pas les tenants et les aboutissants. Il faut vivre et se souvenir que nous ne sommes pas ceux qui pouvons contrôler nos désirs, et pourtant nous ne pouvons pas ne pas tenter de combattre nos pulsions, car sinon, nous en serions les esclaves soumis. Le fait de se demander cela nous amène à nous vivre un peu différemment de ce que nous imaginions, car vouloir se projeter dans la vie de la même façon que nous nous projetons dans son au-delà serait absurde dans la mesure ou l’un se situe dans le réel tandis que l’autre se situe dans l’imaginaire, et donc l’éthéré. Si l’éthéré est ce que nous savons, il est sans matière, et donc sans consistance, et sans prise possible, tandis que le réel lui vit de son pouvoir de matérialisation et de sa vérité qui est humaine et présente.

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2- Une approche à l’inconscient Si se demander ce que nous faisons de nous même lorsque nous ne sommes pas dans ce réel n’est pas de se demander ce qu’est le réel et son opposé, l’irréel, alors, il semble que nous n’ayons pas saisi en quoi consiste cet inconscient dont nous manions l’appellation sans en saisir le sens et la portée. Si l’inconscient est ce qu’en dit Freud, il est aussi ce qu’en dit Jung, car si l’un a concentré ses recherches sur la portée individuelle de l’inconscient, l’autre par son désir de se soustraire à son individualité à portée les siennes sur l’aspect collectif de cet inconscient, et s’il ne nous effleure pas que si l’un est celui qui nous anime, c’est bien l’autre qui nous émeut par son pouvoir de persuasion sur nos volontés à travers nos pulsions et donc nos désirs, alors il nous faut également redéfinir ce qu’est une pulsion. Preuve est de la difficulté de la question que nos interrogations sans fins sur nos pulsions libidinales qui sont celles qui nous animent, faisant de nous des maitres ou des esclaves. Etre maitre de ses pulsions, c’est de se dire que bien que nous ne soyons pas ceux qui ne peuvent faire abstraction d’elles, nous pouvons par nos réflexions en maitriser les impacts dans nos vies et dans celles de ceux qui nous entourent nous émeuvent. Si la vérité se situe au niveau du sensuel et du réel, son origine, elle est située dans l’éthérée. L’origine de la vérité étant située dans l’invisible, il devient très peu probable que nous ayons en tant qu’êtres situés dans le visible un quelconque pouvoir ou control sur elle qui ne nous atteint que parce qu’elle est invisible et visible également. Faire preuve de vision, à la manière de Merleau-Ponty, ou du poète qui est en nous, c’est de se dire que si le visible est ce qui nous anime, l’invisible est ce qui nous émeut. Là, nous rejoignons la vision freudienne de l’inconscient qui fait de nous ceux qui sommes dirigés par nos pulsions inconscientes, et qui ne pouvons nous y soustraire qu’en parlant cet inconscient. « La talking cure » qu’il a mise en place pour remédier à cet aspect de l’inconscient afin de ne pas nous laisser drainer par nos pulsions et sentiments refoulés en les ramenant à la surface consciente de nos êtres est ce qui nous permet de ne plus avoir à en être les esclaves. Si d’autres civilisations ont eu à utiliser d’autres méthodes pour permettre à l’être de faire face aux visions que l’invisible avait pour lui, nous nous en

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désintéresserons pourtant ici, car c’est de psychanalyse et de folie qu’il est question dans ce mémoire. Si nous ne voulons pas être ceux qui sommes esclaves de ces pulsions inconscientes telles que définies par Freud, il nous faut nous interroger sur les contraintes à nous imposées par la volonté des forces qui s’y cachent. Or ces forces ne font pas que de nous animer et de nous émouvoir, elles se dessinent en nous comme un destin dont il est bien difficile de se soustraire puisque nous n’en avons même pas la connaissance, mais peut être l’intuition par le rêve et la vision interne. Si le rêve nous offre la possibilité de nous en extraire en nous construisant une vision de nos vies et de nos destinées acceptables pour nos vies mêmes, le rêve est aussi ce qui nous permet de déconstruire ce qui nous a été amené par nos vies. Faire de ce don du rêve une force, c’est de se dire que nos vies sont ce qui nous amène à ne pas être que des outils de la force inconsciente, mais aussi des forces en nous-même capables de nous former à la vie inconsciente sans nous y soumettre. Si nous ne sommes pas ceux qui nous voulons autonomes de la vie inconsciente, nous ne sommes pourtant pas ceux qui nous voulons tributaires d’elle, car être tributaire de la vie inconsciente, c’est aussi être tributaires de nos peurs viscérales et primaires, or la vie nous apprend que pour que nous soyons à même de vivre avec notre prochain, il est non pas important, mais nécessaire que nous apprivoisions nos peurs archaïques et que nous en devenions maitres si l’on peut le dire ainsi. Les peurs archaïques ne sont pas ce qui nous guide vers la destinée de nos aïeux, mais ce qui nous en éloigne en faisant de nous les esclaves de leurs fantasmes et de leurs volontés. Parler de la peur en ces termes, c’est la personnifier, car qui dit fantasmes et volontés, dit volonté humaine ou divine, et donc conscience consciente d’elle même, bien qu’habitant le monde de l’inconscient. Le monde de l’inconscient est par essence inconscient. Qui dit inconscient dit non perceptible par la conscience humaine éveillée à elle-même. Pourtant cet inconscient n’estil pas le berceau de nos aïeux, car s’ils sont ceux qui l’habitent à l’état inconscient, ils l’habitent pourtant bel et bien, et cela nous y viendrons. Vivre ce qui nous émeut d’une façon consciente, c’est de se vivre comme si nous n’étions pas si seuls face à cette immensité inconsciente, et cela est peu de le dire que de vivre ces

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expériences inconscientes ressurgissant à la surface comme des monstres ou bien alors comme des miraculés de l’au-delà et de cela il ne fait aucun doute.

3- De nos forces inconscientes Cette force qui nous accompagne au travers de nos expériences de l’inconscient est probablement celle qui est à l’origine des religions monothéistes, car elle se veut bienveillante et rassurante face à ce que nous ne pouvons maitriser, la peur de nos origines et de nos racines archaïques et divines. Cette peur de nos origines est très certainement du même ordre que celle que peut provoquer cerbère gardant les enfers, ou bien alors des anges gardant le paradis, figures emblématiques répondant à une volonté toute puissante et autre, toutes gardant un lieu interdit à l’humain sous sa forme vivante et matérialisée icibas. Ce travail de la peur est alors travail sacré protégeant le secret du divin, et créant un cloisonnement de fait entre deux mondes afin d’y faire fleurir une essence divine et inaccessible à nous humain. Bernard Salignon l’exprime ainsi : « toute réalisation tend à se protéger de la force qui l’a construite et c’est la fin » 2 Cette force qui est à notre origine nous est inaccessible de facto, et c’est sa fin. L’inconnu ou l’inaccessibilité comme fondement et finalité est une des bases de notre monde conscient. A partir du moment où le Moi tel que défini par Freud se construit, l’inaccessibilité s’installe, et le monde devient monde habitable pour nous humain. Savoir ce qui peut bien exister avant cette construction du Moi relève donc de l’improbable puisque par essence inaccessible. Si le fait de nous vivre comme des êtres humains ne nous donne pas accès à l’inconscient, ce n’est pas simplement pour une question de refoulements de nos mémoires inavouées parce que non plaisante pour le moi, c’est parce que nous sommes construits de telle sorte que le Moi se garde bien de ce qu’il ne peut atteindre que par la divinité archaïque, le monde inconscient. Or ce monde se meut différemment du notre, créant par nos rêves et nos fantasmes une illusion de ce qu’il n’est peut-être pas, mais qu’il pourrait tout aussi bien

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Bernard SALIGNON, La puissance en art, Editions Kindle, 2003, 29%

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être, car qui dit illusion dit mensonge, or comment reconnaître la vérité du mensonge dans un monde pour lequel nous n’avons pas d’unité de mesure autre que nos suppositions d’esprits humains ? Comme le dit Jean Daniel Causse :

« la question de la croyance reste parfois occultée dans les théories de la connaissance, s’il est vrai que l’on peut toujours croire savoir pour ne pas savoir que l’on croit et que c’est là une expérience commune. » 3

D’où l’approche psychanalytique de la vérité qui ne peut de ce fait en aucun cas être celle des philosophies, des sciences et des religions.

4- De l’aspect collectif de l’inconscient Ce terrain mouvant de l’inconscient a fait dire à Merleau-Ponty, pourtant philosophe, qu’il n’existait pas de monde unique pour nos consciences éveillées, mais des mondes cloisonnés pour chacun où en aucun cas nous ne pouvons avoir une perception similaire à l’autre ou qui touche l’autre, mais un labyrinthe duquel nous sommes prisonniers, tenus en échecs de la vérité du monde qui y est extérieure, et ce au moins jusqu'à notre mort. 4 C’est le secret de ce labyrinthe que nous tenterons de percer ici. Faire de ce désir d’universalité du vivant un désir d’universalité du monde inconscient est donc tâche titanesque, et très peu s’y retrouvent, tout comme très peu peuvent se targuer d’avoir vu la sirène. Si la vie se veut si mystérieuse, c’est bien que si nous ne sommes pas ceux qui peuvent vivre sans une valeur morale, nous ne pouvons pas non plus vivre sans une éthique de l’inconscient. C’est de cela qu’il est question dans la folie de l’art brut, et c’est ce dont nous traiterons dans ce mémoire avec l’aide des travaux de Freud, mais aussi ceux de Jung qui s’il ne l’a pas précédé, l’a pourtant bien complété, apportant à sa théorie de l’inconscient la valeur

3 Jean-Daniel Causse, La vérité, Sous la direction de Michel Plon et Henry Rey Flaud, Editions ERES, 2007, p106 4 Cf. Maurice MERLEAU PONTY, Le visible et l’invisible, éditions Gallimard, 1964

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éthique qui lui manquait pour ne pas faire sombrer l’humanité dans le chaos le plus complet. Si le principe de l’éthique jungienne qui est de reconnaître à l’inconscient son origine divine est si discutable en psychanalyse, c’est que ce qui fonde la psychanalyse n’est pas éthique, car reconnaître une origine divine à l’inconnu n’est pas approche religieuse, mais philosophique et éthique. Comme le disait Héraclite, en chaque chose vit le germe de son opposé, et dans la psychanalyse freudienne, thérapie de reconstruction du Moi par l’analyse de son inconscient, vivait le germe de la destruction de l’inconscient lui-même, qui, dépouillé de son éthique qui est fondement et valeur première ne peut que se dédoubler, et cela, il le fait en la personne de Jung. Si Freud a bien assumé sa théorie sur le plan individuel, il l’a désavouée sur le plan collectif car non pratique pour l’élaboration de ladite théorie. Il reconnaît bien un principe de collectif inconscient qui fonctionnerait comme une somme d’inconscients individuels, mais pas celui d’inconscient collectif qui, lui, est plutôt une source d’inconscients individuels qui les génère et les englobe. La différence est de taille, et sur cela nous reviendrons. Si l’on y regarde bien, il est impossible que Freud n’ait pas eu la connaissance ou la certitude de l’existence de l’inconscient collectif puisqu’il se veut celui qui a découvert cet inconscient, et l’existence même du rêve, chose inconsciente et universelle nous dit par son essence la vie collective de cet inconscient. C’est donc qu’il n’a pas voulu traiter la question. Nous ne pouvons pas supposer de ses intentions d’ignorer cet aspect collectif de l’inconscient, mais toutefois, nous pouvons bien nous poser la question de se vivre ici, comme des êtres liés par des liens verticaux (transgenerationnels), et par des liens transversaux, et tout cela dans un monde invisible à l’image du monde visible et donc collectifs. La notion de transversalité amène une profondeur à l’inconscient pourtant déjà d’une profondeur abyssale. Que dire donc si nous y ajoutons une autre dimension qui est celle du divin ? On pourrait alors se dire que Freud dans une volonté de simplification a décidé de le dépouiller de son aspect divin et collectif afin de mieux traiter ceux qui justement souffrent

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de cela. Cela ne restera bien entendu qu’une supposition, toujours est-il que si la volonté de simplification peut sembler présenter des avantages, elle n’en a pas, car en ignorant ce qui fait la nature de l’inconscient, on ne fait que se mettre à dos une force que l’on à refusé de reconnaître et de servir, d’où la question préalablement traitée de la soumission qui est ici ce dont il est question.

B- Le don d’amour de l’inconscient 1- Du traitement de l’inconscient par la psychanalyse On pourrait aussi rétorquer que la psychanalyse a accompli son but qui est d’apporter paix et sérénité dans le cœur et dans les esprits de ceux qu’elle traite, et il ne fait aucun doute que cela est vrai. Ce qui est plus aléatoire, c’est de savoir si ceux qu’elle traite savent eux qu’ils ne sont pas si guérit qu’ils veulent se le dire, et pour cela, il nous faudra développer un autre aspect de l’inconscient qui est celui de ses choix multiples. La guérison en psychanalyse comme ailleurs est définie par la disparition des symptômes, et cela fait sens si l’on se place d’un point de vue médical, et c’est bien du milieu médical que Freud est issu. Il a d’ailleurs élaboré cette théorie suite à plusieurs échecs dans le traitement des symptômes par l’hypnose, qui si elle pouvait faire disparaître les symptômes ne le faisait pas de façon durable, ils revenaient plus fort encore parfois, au bout de quelques temps. Cette façon de concevoir la maladie est médicale, et place les troubles psychiques sur le plan du médicalement valorisable et que l’on peut diagnostiquer selon ses échelons de valeur. Faire fi de ce parti pris médical, c’est de ne pas reconnaître que la folie a été ramenée au fil des siècles du domaine religieux au domaine médical, et que la folie ne relève plus alors d’un trouble de l’esprit mais d’une maladie des corps. Michel Foucault a d’ailleurs traité de la question dans son « Histoire de la folie à l’âge classique ». Si la maladie relève bien des corps selon les sciences modernes, la folie, et nous utiliserons ce terme volontairement, elle, ne relève non plus des corps même si elle y est

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symptomatisée, mais des esprits, et cela Freud l’a bien compris qui l’a inscrite par la psychanalyse dans le champs des sciences humaines, les sortant de celui du champs des sciences médicales, et s’alliant aussi par-là ceux qui vivent dans la normalité et qui ont pourtant besoin de soigner leurs blessures psychiques sans être catégorisés comme malades ou fous. Si le fait de se faire violence par le verbe comme l’on se fait parfois violence en psychanalyse, d’une violence paradoxalement douce, ne se veut pas destructeur mais reconstructeur, il se veut pourtant destructeur avant tout, car on ne peut reconstruire ni sur du bâtit, ni sur des ruines, mais sur un terrain déblayé de tout fragment du passé. Or ce qui est déblayé lors d’une psychanalyse n’est-il pas aussi ce qui nous maintient ? Cela peut sembler paradoxal de se dire que cette même chose dont nous nous rendons malades est celle-là même qui nous maintient en vie et dans son au-delà, et pourtant. Cette compréhension de la question n’est possible que si l’on a bien conscience du transgenerationnel et du collectif, or en psychanalyse, nous avons balayées ces questions d’un revers de la main, car hors de notre champ pratique d’application. Lacan qui est celui qui a tenté de redonner à l’inconscient son statut éthique, à petits pas, certainement aussi grands qu’il le pouvait dans un édifice tel que celui de la psychanalyse Freudienne, le dit tant qu’il le peut et avec le verbe qui le caractérise dans ses séminaires.

« Ce n’est pas sous un mode impressionniste que je veux dire que sa démarche est ici éthique, à savoir le fameux ‘courage du savant qui ne recule devant rien’, image à tempérer comme toutes les autres ! Si je dis que le statut de l’inconscient est éthique, non point ontique, c’est dans la mesure où ce que discute Freud quand il s’agit de lui donner un statut, ce n’est justement pas ce que j’ai dit d’abord en parlant de ‘soif de vérité’, Simple indication sur la trace des approches, des approximations qui nous permettront de nous demander où fut la passion de Freud ». 5 5

Jacques LACAN, Séminaire XI- Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Version AFI, 1964, p42 “L’explication de ce rêve émouvant est des plus simples et fut d’ailleurs donnée correctement par le conférencier, comme le raconte ma patiente. La vive lueur pénétrant par la porte ouverte arriva dans l’oeil du dormeur et suscita chez lui la même conclusion que celle qu’il aurait tiré en étant éveillé, à savoir que par la chute du cierge un feu s’était déclaré à proximité du cadavre.

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Cette phrase, il la prononce lorsqu’il aborde la question de ce qui pourrait être le transgenerationel comme abordé par Freud, l’histoire de ce monsieur qui veillant son fils mort, s’endort dans la pièce à coté et rêve que son fils lui dit « Ne vois tu pas père je brule ? », au moment même où le cadavre de son fils brule dans le réel pris dans un incendie. Rappelons que Freud met ce rêve sur le compte d’une induction de stimuli externes 6. Il reconnaît tout de même une faille à sa théorie de l’interprétation du rêve, faille qu’il tente de combler comme il le peut, mais aucune de ses explications n’apporte de réponse satisfaisante aux questionnements de Lacan :

« Le rêve de l’enfant qui brule, placé en début de chapitre nous donne l’occasion bienvenue de prendre en compte des difficultés auxquelles se heurte la doctrine de l’accomplissement de souhait. »7

Si cette question de la vie après la mort est caduque en psychanalyse freudienne, c’est que Freud est athée, et que cet athéisme ne peut concevoir de s’allier avec des croyances simplistes et primitives érigées pour rassurer l’homme face à son destin. Il nous faut bien à nous aussi tenter une psychanalyse du père de la psychanalyse et peut être même tuer le père de la horde pour voir ce qu’il en ressortira. S’il nous faut nous demander ce qu’est le père de la psychanalyse pour un psychanalyste ; à savoir un père, il faut alors se dire que si le psychanalyste veut s’affranchir de son père trop encombrant afin de s’épanouir, il doit donc selon la théorie freudienne le tuer symboliquement, et c’est peut-être ce que nous allons tenter de faire si au vu de l’analyse que nous ferons de ce père de la psychanalyse, nous jugeons qu’il empêche le bon développement de son enfant. Nous avons parfois du mal à imaginer la portée des mots avant d’en vivre nous-même l’expérience, et c’est par là que nous commencerons cette analyse peu ordinaire.

Peut être même le père avait-il emporté avec lui dans le sommeil une préoccupation, celle que le vieux veilleur pouvait bien ne pas être a la hauteur de la tache.” 6 Sigmund Freud, L’interprétation du rêve, Editions Presses Universitaires de France, 1899, p284 7 Sigmund Freud, L’interprétation du rêve, Editions Presses Universitaires de France, 1899, p305

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Si le verbe peut être destructeur, c’est qu’il a cette valeur de création que nous lui enlevons lors d’une analyse, et si le verbe peut nous guider à accomplir ce qui nous détruit, c’est parce que nous lui enlevons son pouvoir de création sur nos vies et celles de nos proches. Se poser comme analysant de ce qui se joue dans la vie d’autrui n’est pas mince affaire dans la mesure où nous nous faisons l’oreille dans laquelle le verbe se remet. Si le mythe du roi Midas ne nous dit pas assez qu’une parole une fois prononcée s’écho à l’infini, c’est que nous n’avons pas tout à fait saisi le sens du verbe prononcé. Si Jacques Lacan a cru nécessaire d’affirmer le don d’amour qui existe dans la relation d’analyste-analysé, ce n’est pas simplement pour expliquer la notion de transfert, même si c’est aussi pour cela, c’est pour pouvoir circonscrire le verbe dans une relation qui est celle de l’amour véritable, et donc hors du champ de la destruction.

2- Du don d’amour Faire de ce don d’amour un don de son au-delà qui n’appartient ni au sujet, ni à l’objet, c’est de se poser comme celui qui se veut vivant de son arbre généalogique. Ce qui se joue dans la relation d’analyste et d’analysé, c’est cela même qui se joue lorsque nous nous croyons seuls avec nous même, un défilement d’idées et de pensées sans lien apparent les unes aux autres, autre que par une association ne nous appartenant pas vraiment. Lorsque le psychanalyste intervient, il détruit le cours naturel de l’association d’idées par ses questions qui sont supposées nous guider à découvrir un sentiment ou un évènement refoulé dans l’inconscient, sans se demander pour quelle raison de prime abord, le conscient avait choisi la première association d’idées. Si ce qui se joue en psychanalyse est si important, c’est que par manipulation verbale, le psychanalyste prend le contrôle du système de communication conscient-inconscient de l’analysé. Le but est noble, nous l’admettons, puisqu’il est thérapeutique, mais demandons-nous un seul instant ce que ce type de manipulation pourrait donner comme résultats s’il était pratiqué par une personne mal intentionnée, et nous avons soudain une vision des plus effrayantes. Nous pourrions aussi pour conclure ce sujet de la question du bien-fondé de la thérapie analytique, nous approprier la phrase de Jung qui rappelons le, répond à une rhétorique qui

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a duré un peu plus que l’espace entre le début d’une première guerre mondiale et le début d’une seconde.

« Peut-être en ai-je dit assez maintenant pour faire comprendre comment j’ai été amené à m’opposer toujours d’avantage à la libre association telle que Freud l’a d’abord employée. » 8

Ceci n’est pas le but de ce mémoire, mais il nous semblait nécessaire de nous arrêter un instant sur la question de ce qui se joue en analyse, pour pouvoir permettre aux autres, ceux qui n’en sont pas conscients, de se prémunir avant toute tentative de psychanalyse, volontaire ou involontaire, car ceux qui pratiquent la psychanalyse pourraient tout aussi bien décider de la pratiquer soit dans un but non thérapeutique, soit sans le consentement de l’analysé à partir du moment où ils ont acquis la méthode de manipulation du conscient par l’inconscient. D’où le garde-fou lacanien qui se veut éthique, sans vraiment savoir pourquoi, et ceci est le pourquoi de cette éthique. Une phrase dite par Freud et rapportée par Jung dans son livre « les racines de la conscience » nous explique on ne peut plus clairement ce dont il est question. Rappelons que Jung a eu à expérimenter la folie de l’intérieur si l’on peut dire, ce qui lui a donné une vision plus subtile sur ce qui s’y joue, mais aussi sur ce qui peut se jouer dans la relation thérapeutique ou non :

« Je me demande souvent ce que feront les névrosés à l’avenir quand on saura communément ce que signifient leurs symboles.»9

Ce que feront les névrosés, nous pouvons le deviner, ils se créeront d’autres symboles, mais que fera le père de la psychanalyse une fois finie la mise à nue de ces symboles ? Nous ne pouvons pas en être certains, toutefois, nous pouvons bien nous dire que si ce travail de mise à nue de symboles névrotiques était si payant, il aurait du pouvoir en faire usage pour soigner l’Allemagne nazie de ses névroses guerrières. 8 9

Carl Gustave Jung, Essai d’exploration de l’inconscient, Editions Gallimard, 1959, p44 Carl Gustave Jung, Les racines de la conscience, Editions Buchet/Chastel, p466, 1971

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Il faut se demander ce que serait le monde sans la psychanalyse, et si nous nous posons sincèrement la question, nous nous apercevrions qu’il tournerait certainement plus rond. Etrange déclamation que celle de l’étudiante en psychanalyse. Le père qui se veut père d’une génération forte, se doit de considérer son propre père afin de transmettre à ses générations futures l’amour de la filiation et de l’hérédité. Si ce dénie de Freud du père de l’humanité comme père, toute considération religieuse mise à part, se transmet dans son héritage, alors il est bien évident que l’étudiante en psychanalyse se demande quel est ce père qui nous demande de reconnaître son œuvre comme bien quand il ne sait pas lui-même reconnaître l’œuvre du créateur divin et naturel comme bien. Ce que veut Freud, c’est de nous amener à une création dont lui serait l’origine. Or il n’est pas à l’origine de la psyché, ni même de la découverte de l’inconscient, puisque celui-ci existe depuis la nuit des temps et nous est communiqué par les œuvres des artistes et des poètes, comme par la sorcellerie ou le shamanisme, ou encore par les nombreux mythes qui en réfèrent comme d’un espace de la divinité. Ce à quoi Freud peut prétendre, c’est d’avoir rebaptisé une structure de l’humanité toute entière, en la dépouillant ce faisant de son caractère divin et mystérieux. Nous ne nous donnerons pas la peine de dire ce qu’il est du divin humanisé, et du prix qu’il en coute de ramener la divinité à terre, c’est l’œuvre de Jung qui en atteste, et nous le verrons tout au long de ce mémoire. Pour qui veut se dire père de nous par une branche qui refuse son origine divine, il nous faut bien alors dire que par apprentissage de ce qui nous a été inculqué depuis notre plus tendre enfance, nous ne pouvons lui reconnaître une paternité d’esprit. La question est vaste, et ne saurait être traitée ici dans sa complexité, mais il nous faut bien une petite fois, rappeler à Freud que ce mépris pour tout ce qui en réfère au sacré en nous, que ce soit les primitifs ramenés par Freud à l’état d’animaux humains dans ses livres, ou leurs totems bafoués par des explications rocambolesques, ou encore les catholiques et autres croyants traités de grenouilles de bénitier inintelligentes, le discours du père de la psychanalyse, accessoirement juif athée n’a pas été des plus pacifistes, et nous y reviendrons. Notons cette phrase qu’il adresse très certainement à Jung dans au-delà du principe de plaisir, et qui malheureusement pour lui s’écho à l’infini :

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« Seuls les croyants qui demandent à la science de leur remplacer le catéchisme auquel ils ont renoncé, verront d’un mauvais œil qu’un savant poursuive et développe ou même qu’il modifie ses idées. C’est à un poète que nous nous adressons pour trouver une consolation à la lenteur avec laquelle s’accomplissent les progrès de notre connaissance scientifique : ‘Ce à quoi on ne peut atteindre en volant, il faut y atteindre en boitant…il est dit dans les écritures que boiter n’est pas un péché. » 10

3- L’art brut en question Ramener le croyant à ce rôle de trouble-fête est bien ce que l’athéisme a fait, et fait encore aujourd’hui. Et si ce qui peut sembler normal parce que devenu de l’ordre du discours commun ne le sera plus, c’est qu’une fois passé la barrière du croyant, le scientifique athée dans sa volonté de toute puissance, se retrouvera face à une autre barrière qui est celle plus importante de sa propre création lui revenant au visage, démultipliée par le prisme de son athéisme et de sa non soumission naturelle à son origine divine de nature. Nous vous laissons imaginer ce que pourrait être cette création lui revenant à la figure. Ceci est ce que nous avions à dire de notre précédente déclamation sur la psychanalyse et de son étrangeté parce que semblant non conforme à la vertu de filiation. C’est que nous avons de la tendresse pour notre arbre généalogique. Revenons-en donc à nos fous, névrosés, hystériques et autres. L’art brut est essentiellement essentiel ou existentiel selon que l’on y vit ou non. Nous nous en expliquons. Si la substance de l’art est ce qu’elle est, à savoir la mise en place du monde comme système, ce système s’est dépouillé de son fondement au fil des siècles pour ne laisser que bien peu de ce fondement : l’esthétique qui est ce qui nous ramène à nos fondements. L’art brut est lui, resté ancré à sa source qui est archaïque, d’où probablement son appellation art brut, car qui dit brut dit non encore travaillé. A propos de la folie, Michel Foucault dira : 10

Sigmund Freud, Au-delà du principe de plaisir, Editions “Les classiques des sciences sociales, 1920, p58

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« La folie c’est le déjà là de la mort. Mais c’est aussi sa présence vaincue, esquivée par des signes de tous les jours »11

Si le fou est celui qui dérange, c’est qu’il est aussi celui qui, miroir d’un temps passé, ou miroir de notre mort, nous ramène à notre animalité sans détours. Or nous refusons cette animalité ou cette mort, ayant fait de notre civilisation humaine déifiée, dépourvue de notre animalité et ayant d’une certaine façon vaincu notre propre mort par l’apparence d’immortalité, le critère de normalité. Le concept de la folie, contrairement à la psychose et à la névrose auxquelles elle a été ramenée par Freud, ne se soucie pas de souffrance psychique et de concepts psychanalytiques. Le fou n’est pas celui qui souffre (bien qu’il souffre parfois), il est celui qui dérange, et la différence est de taille quand on sait le traitement qu’on lui a réservé en ce bas monde. Si le dérangement est le premier attribut du fou, mental ou sociétal, c’est parce que nous vivons dans un monde normalisé, et la normalisation de la société allant croissante, nous pouvons imaginer que les fous seront plus nombreux parce que ceux qui ne peuvent s’y adapter seront mis à son banc. Cette normalisation a pour but de définir des contours à l’homme normal en le tirant de son animalité pour l’inscrire dans la civilisation, et, qui ne peut se contraindre à cette normalité pour des raisons que nous définirons un peu plus tard, se voit classé dans la catégorie des fous et de ceux qui sont mentalement dérangés. Cette normalisation de la société a pour but de permettre à ceux qui sont normaux de s’y vivre selon ses règles et selon ses concepts. Si ce qui nous semble à présent normal l’est, c’est qu’à force de règles, la société a réussi à nous le faire accepter comme normal. Nous pouvons prendre des exemples pour illustrer cela. Imaginons un instant que nous n’ayons pas besoin de nous lever tous les matins pour vaquer à nos occupations. Que ferions-nous alors ? Il est fort probable que nous dormirions de tout notre soul jusqu'à ce que des besoins naturels comme déféquer ou nous nourrir nous tirent de notre sommeil ou de notre repos. Le besoin naturel est ce qui est inaliénable, tout le reste n’est que structure et formatage

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Michel Foucault, Histoire de la folie à l’âge classique, Editions Gallimard, 1972, p26

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sociale, et qui dit société dit règles de cette société qui semblent inaliénables, mais qui ne le sont que parce qu’inscrites dans notre mental comme tels, d’où le terme de mentalement dérangé qui nous montre bien que c’est l’inscription sociale dans le mental qui est en question car dérangée. Ce travail du dérangement mental inscrit en nous comme maladie est un autre exemple de formatage social qui veut que celui qui refuse pour une raison ou pour une autre l’inscription sociale soit un malade. Si cela était si simple de se dire fou, nous ne serions pas ceux qui voulons à tout prix être normaux, car alors nous serions tous dans cette position du fou qui dérangé mentalement, et donc malade est mis au banc de notre société. La maladie mentale est un autre de ces formatages que la société a trouvé comme gardefou, car en effet, qui dit maladie, dit mort possible comme issue, hors qui dit mort, dit perte de soi, et qui veut se perdre ? Le fou est celui qui sait se dire normal sans l’être, et s’il se veut si normal, c’est qu’il sait bien que de la dépend sa survie, d’où le paradoxe du fou, qui à la différence du névrosé, n’attente pas à ses jours pour ne pas être fou. C’est que le fou n’est pas sans savoir que ce qui l’attend dans sa folie, c’est la mort s’il n’y prend garde puisque la société en a décidé ainsi. Ce qu’il faut se dire de ce travail de la folie, c’est cela même qu’il faut savoir du travail du paroissien qui se veut si sur de ce monde autour duquel il gravite et qui le maintien hors des flammes de l’enfer, d’où l’obsession inhérente à la folie, qui le tient accroché à son temple, et donc à la vie. Il est par ailleurs intéressant de noter que dans le milieu des critiques et des collectionneurs d’art, l’image que l’on peut avoir des fous créateurs d’art brut, n’est pas des plus saines. Ainsi, il est dit dans le film « rouge ciel », produit par Bruno Decharme fondateur de l’association « ABCD art brut », cette phrase: « Les créateurs d’art brut, par définition, ce sont des déserteurs.» 12

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Bruno Decharme, Rouge Ciel, produit par ABCD art brut, 2009, 49eme minute.

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Si ce travail du créateur d’art brut est considéré jusque dans les milieux artistiques comme celui du déserteur, qu’est ce qui est déserté si ce n’est la normalité ? Hors qui dit désertion dit mise à mort possible du déserteur s’il se fait attraper. Nous voyons donc que cette normalisation de la société est si bien ancrée en nous, que même lorsque l’on se veut hors de cette normalité, comme le collectionneur d’art brut, l’on y est ramené par nous-même, sans en avoir la moindre conscience. Nous allons à présent nous intéresser au divin dans son rapport au créateur d’art brut.

C – De l’inconscient et du divin

1- la question du divin humanisé La question de la folie et de son rapport au divin n’est pas simple à analyser, car elle se perd également dans ce que nous pourrions appellerons la question du collectif inconscient. Si collectif inconscient se mêle au divin en nous de façon inextricable, c’est peut-être parce qu’ils sont liés de façon inextricable, et pourtant ce n’est pas si simple. Le divin se vit ici même, dans notre humanité en devenir, mais le divin à la différence de notre humanité se vit également ailleurs, dans cet ailleurs qu’il ne nous est pas donné de connaître de notre vivant. Il faut être ceux qui ont assez de pouvoir de vie pour être ceux qui peuvent faire le voyage dans l’au-delà sans en perdre totalement la raison. Si le fou est celui qui a perdu la raison, le créateur d’art brut est celui qui sait malgré une certaine déraison nous restituer une parcelle de ce monde inconnu. L’image de Dieu telle que présentée par la religion sous des couverts moralisateurs a sa part de vérité qui consiste à nous le présenter comme le père de la création, et donc de nous par ricochet, et il est important de le rappeler. Pourtant, cette religion du Dieu unique, le monothéisme, oublie à tort de dire qu’il est faux que le Dieu unique puisse avoir créé l’homme à son image, puisque le Dieu unique est sans image de représentativité possible, et donc sans comparaison possible pour nous et avec nous, même si nous aimons à nous

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imaginer comme lui, doués d’intelligence et de créativité. C’est pourquoi nous allons nous attacher à défaire cette image blasphématoire et fausse de la divinité, pour que puisse se faire l’acceptation qui consiste à ne pas humaniser le divin tout en lui reconnaissant une existence qui lui est propre et qui ne nous appartient pas puisque nous sommes une partie de sa création. Si le divin nous émeut dans sa vertu créatrice, c’est qu’il nous veut différents, sinon il nous aurait fait créateurs, hors nous ne le sommes pas, nous sommes tout au plus vecteurs ou transformateurs de l’existant. Nous allons pour illustrer cette idée, parler de l’œuvre de Jung. Car dans sa vie et dans son œuvre, nous pouvons y deviner la toute-puissance inaccessible à l’homme et vers laquelle il tend de toutes les forces de sa raison humaine. Si Jung n’a pas été classé comme un des créateurs d’art brut, c’est d’une part parce qu’il était psychiatre, et que de ce fait, ses recherches sur le monde de l’invisible par et pour la psychologie analytique ont pris le pas sur ses créations artistiques, et que d’autre part, s’il était érudit, il avait donc probablement une certaine culture artistique qui de ce fait ne lui permet pas d’être classé comme un des créateurs d’art brut selon l’idée qu’en avait Jean Dubuffet. Nous avons pourtant à présent de nombreux exemples de créateurs d’art brut ayant une connaissance artistique certaine. De plus Jung nous a laissé une œuvre de l’art brut, son œuvre majeure dans cette catégorie : « Le livre Rouge ». Si le concept de l’art brut se dit en dehors de la culture artistique, c’est parce que c’est tout ce qu’il a trouvé pour expliquer le non-sens de l’art brut, dans la mesure où ce qui s’y fait jour ne dépend en réalité d’une culture artistique que si l’on veut vraiment y trouver un lien, autrement, il ne s’agit que d’une production des plus élaborées de l’esprit humain, dont le sens ne peut nous appartenir puisque la clef de lecture ne nous a pas été communiquée, d’où la phrase du « film rouge ciel» sur la désertion, qui est ce qui explique le mieux l’idée que ces artistes nous ont échappés puisqu’ils utilisent des codes hors de notre portée, et pourtant, nous vous les donnerons pour ceux que nous estimons nécessaires d’être dévoilés, et nous vous prouverons également qu’ils ne sont pas déserteurs, mais bien attaqués par une armée du vice. Si le plus à même de nous apporter des clefs de lectures sur l’art brut est Jung, c’est parce que celui-ci a, parallèlement à ses créations artistiques, donné de nombreuses informations sur ce qui s’y attache ; une quête du graal, pour celui-ci, pourtant aussi et surtout une quête

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de soi pour une volonté autre, d’où l’idée du divin en action. Ceci explique la phrase de Freud sur les symboles des névrotiques, et amène la question qui ne peut ne pas être posée, ici, la double négation est d’importance, s’il y a une équipe de déserteurs ou quel qu’autre nom que l’on veuille leur donner il doit bien certainement alors y avoir une armée à déserter, et si cette armée est si au fait de ce qu’elle cherche, à savoir décoder le symbole du déserteur, alors qu’est-ce que le déserteur sinon l’ennemi de l’armée en question. Nous en resterons là pour le moment en ce qui concernes les codes et conduites qui semblent être récurrents dans le discours sur l’art brut. Si nous nous permettons d’aller aussi profondément dans l’analyse, c’est que la psychanalyse nous y autorise par son existence même, aussi, nous ne nous priverons pas d’utiliser ses techniques pour définir ce qui vaut que l’on dépouille les névrosés et autres primitifs de leurs symboles. Ce saint Graal de la recherche sur le fou est ce qu’il nous intéresse ici de découvrir, puis de vous dévoiler, afin que ceux qui sont les victimes de cette quête sans relâche puissent eux aussi avoir accès à nos connaissances, afin de se protéger de ce qu’ils ne perçoivent que très difficilement, et qui pourtant affecte leur vie et celles de leurs proches. Si Freud a eu à se délester de ce qui le tient ici-bas, le divin, nous ne ferons pas de même, car il nous semble à nous important de nous attacher à ce qui nous fait aussi vivre dans notre au-delà, et ce n’est peut dire. La symbolique a bon dos lorsqu’il s’agit de nous dire qui nous sommes, des enfants maquant de la maturité nécessaire pour nous défaire de nos peurs et de nos complexes. S’il faut se demander qui de nous se peut vivant ici et là, dans cet au-delà fantasmatique pour certains et sacré pour d’autres, ce n’est certainement pas le psychologue. Nous utilisons à propos le terme psychologue, car le psychologue comme le psychanalyste a eu à rendre les armes avec humilité devant son créateur. Et c’est bien ce que résume toute l’œuvre de Jung qui s’il n’est pas celui qui a eu à déterrer le mort, a tout de même eu à faire les frais de ce qui s’est joué dans ces expérimentations, Freud en a également fait les frais, mais autrement, par son transgenerationnel, et nous y reviendrons plus tard. En ce qui concerne l’œuvre de Jung, sa quête incessante aux quatre coins du monde, là encore la symbolique est forte, de ce qu’il cherche sans vraiment le savoir, la paix de l’âme, nous indique que s’il n’a pas baissé les armes, il les a tout de même rendues.

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2- A propos de crucifixion Le saint Graal est un concept si catholique qu’il semble étrange de parcourir les cultures du monde pour le trouver, et pourtant, c’est ce que fit Jung, armé de ses livres et de ses idées d’occidental, dont il dut par ailleurs se dépouiller petit à petit, à mesure qu’il avançait sur le chemin de l’invisible. C’est que le saint Graal n’est autre qu’un symbole, un de ces fameux symboles dont Freud voulut dépouiller les névrosés, et s’il faut se demander ce que ce symbole signifie réellement au-delà de sa signification religieuse, nous allons en prendre un autre, que nous allons manier de toutes les façons possibles, afin de nous satisfaire de l’idée du symbole manipulé, et d’accepter que s’il est bien une chose que l’homme ne sait pas admettre, c’est sa finitude. Nous allons donc nous attabler à la croix. Pour comprendre ce qui va suivre, il faut au préalable avoir en tête cette citation de Jung tirée du « livre rouge » ou « liber novus ». Rappelons que le Livre rouge de Jung qui contient ses notes personnelles relatives à son dérangement mental et à sa quête ne fut publié pour la première fois qu’en 2009, et nous nous demandons bien pourquoi, quand l’on sait que d’autres ont eu accès par des truchements amicaux à ces connaissances. Nous ne déplorons pas la non publication du livre, c’est pourtant sur cette interrogation que nous nous arrêtons. Jung dit donc dans ce livre que :

« L’esprit de ce temps me chuchota : ‘Ce sur-sens. Cette image de Dieu, cette fusion du chaud et du froid, c’est toi et c’est seulement toi.’ Mais l’esprit des profondeurs me dit : ‘Tu es une image du monde infini, tous les ultimes secrets de ce qui devient et de ce qui disparaît habite en toi. Si tu ne possédais pas tout cela, comment pourrais-tu connaître ?» 13

13Carl Gustave Jung, Le livre rouge (liber novus), Editions l’Iconoclaste/La compagnie du livre rouge,

2009, p143

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Cette citation de Jung résume à elle seule bien l’idée de la croix, et nous allons vous la dessiner de plusieurs façons, afin que se fasse à jour dans vos esprits l’idée que nous tentons de développer ici, et qui est qu’il n’y a qu’un symbole au-delà de tous, et celui-ci est celui de l’homme dans sa finitude, et si Freud en veut plus, cela ne pose aucun problème de lui en donner plus, car ils ramènent tous à l’homme face à son Dieu. Voici donc une première croix :

Cette croix est celle de Jung qui se demande pourquoi cette inadéquation entre l’esprit de ce temps et l’esprit des profondeurs. La croix que porte Jung y est figurée par ce livre même du « livre rouge » qui n’est que le reflet de la croix qu’il porte. Lorsqu’il cesse de la porter, il cesse d’écrire sur le « livre rouge ».

En voici à présent une multitude d’autres que nous ne vous détaillerons pas ici, autrement que par leur symbolique qui y est inscrite. Nous portons tous notre croix d’une façon ou d’une autre, l’idée qui s’en dégage étant que si nous n’y prenons garde, nous aussi pourrions y être crucifiés, inscrivant ainsi notre croix dans l’inaliénable, soit à la façon de Jésus qui ne peut en descendre, soit à la façon de l’aliéné mental qui ne peut en descendre non plus si ce n’est pour accepter les conditions de normalité de la société.

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C’est donc cette croix, déclinable à l’infini que nous allons tacher de démonter, afin que personne ne puisse plus jamais s’y trouver cloué. Si le message de Jésus Christ nous apporte paix et amour, il en va autrement du message de la croix qui lui n’appartient ni à Jésus Christ, ni au divin, mais bien à un humain, ou un groupe d’humain, qui après avoir cloué au pilori l’un de nos créateurs de brut refusant la

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ligne normative de la société d’alors, l’a par la suite inscrit dans l’éternité dans cette position peu confortable. Si le message du christ est celui de l’amour pour son prochain, et cela, nous l’avons tous bien entendu, le message de l’homme lui s’est attelé à le défaire de sa vertu d’amour pour en garder une substance nauséabonde de contrôle sur son prochain par le châtiment divin s’il est. Si Jésus Christ était mort pour racheter nos pêchés, quels sont les pêchés qui vaillent pour être rachetés d’être cloué au pilori sinon ceux commis envers la religion juive, alors religion d’état ? Il ne fait aucun doute que ce ne sont pas ceux que nous commettons aujourd’hui même au nom de cette soi-disant religion qui n’est autre que l’appareil de contrôle le plus primitif mis en place par l’homme pour contrôler mentalement d’autres hommes. Si Jésus de Nazareth a bien eu à se poser en opposition de ce message, il a également eu à payer le prix pour cet affront. Ce n’est pas le divin qui cloue Jésus Christ au pilori, le divin a d’autre méthodes plus naturelles pour accomplir son œuvre, et nous avons eu à faire l’expérience de ces méthodes par le passé pour savoir que la volonté du divin ne se joue pas à quelques clous et un marteau. Ce symbole de la croix que nous portons depuis, et qui s’est associé au châtiment divin et à la rédemption, est plus ancien que tout autre symbole sur cette planète, et forcement, en agrandir l’une des ailes, c’est la dévergonder, puisque de même que le cercle dans lequel elle s’inscrit parfaitement, la croix est parfaite, pour ne pas dire surhumaine. Cette croix que nous portons, est la perfection dévergondée, et de cela, nous allons faire une petite démonstration. Qui se veut ici, si sûr de son fait si ce n’est ceux qui nous ont manipulés à souhait au nom d’une religion, pour ne pas dire de Dieu ? Il faut avoir fait vivre ce petit schéma du meurtre du père de la horde primitive à ceux qui sont surs de ce qu’ils font, de la manipulation, pour avoir compris que ce qui se joue ici-bas, n’est autre qu’une histoire linéaire et schématisée dont il est sûr que si nous ne nous en extrayons, nous ne pourrons plus y faire face. Et voilà pourquoi il est si urgent de se dire que ce qui conduit aux recherches sur le conscient et sur l’inconscient, est cela même qui nous a guidé tout au long de ces deux milles dernières années : Une volonté de puissance ayant atteint son apogée au siècle précédent.

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Si Jung est un porteur de croix, et s’il a échappé à la crucifixion à la différence de Jésus Christ, c’est donc que le responsable de la crucifixion est Freud. Si cela peut sembler brut, exprimé ainsi, c’est que nous avons choisi de nous plonger dans l’art brut pour en saisir le sens. Ce responsable, (peut être inconscient, mais nous ne le parierions pas), de la crucifixion qu’est Freud ne sait même pas ce qu’il fait, puisqu’il est lui-même doté d’un inconscient échappant à sa compréhension. Toujours est-il que cette tentative de crucifixion de Jung par Freud prend des apparences de schémas répétitifs. Et nous le dirons à la manière freudienne, si ces schémas ne sont pas rendus conscients, ils ne peuvent s’adresser. Si Freud dit lui-même dans son analyse de la vie de l’au-delà que l’inconscient est ce qui génère nos actions, parce qu’il assume que tout rapport humain est construit sur, ou découle de l’inconscient, il ne dit pas que ce qui est à la base de cet inconscient en nous, c’est le divin dans ce qu’il a de plus sacré. Ce sacré que nous piétinons dans nos volontés de pouvoir sur d’autres esprits, est celui-là même qui parle en Jung, et il le dit, si ce n’est que nous n’avons peut-être pas pris la peine de l‘y écouter, et c’est probablement pour cela que Lacan dans ses recherches finira par s’adresser à Jung car il aura très certainement compris que ce qui se joue en psychanalyse n’est pas objet de jeu, si ce n’est par l’inconscience de ce avec quoi nous jouons. Et si cela était, il faut très certainement tenter de comprendre la volonté de puissance qui semble se détacher de ce rapport à cet inconscient, et que Jung déterminera comme volonté égale à la libido.

« A mon avis, rien ne nous permet de supposer que l’Eros est originel et que la volonté de puissance ne l’est point. Il est certain que la volonté de puissance est au cœur de l’homme, un démon tout aussi grand que l’Eros, et qu’il est aussi vieux et aussi originel que ce dernier. » 14

Notons tout de même à ce stade, La désignation de l’éros par Jung comme démon, qualificatif que Freud ne lui attribue pas, mais qui sous-tend son œuvre, car qui d’autre qu’un démon pourrait nous amener à agir pulsionnellement contre notre volonté et 14

Carl Gustave Jung, Psychologie de l’inconscient, Editions librairie de l’université, Georg & Cie SA, 1957, p70

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moralité ? Nous adresserons également cette question du caractère divin ou démoniaque de l’éros. C’est que l’Eros est au centre de la psychanalyse Freudienne, et ce n’est peu de le dire que de constater que tout y est ramené. Et lorsque ce n’est pas l’éros, c’est la narcisse. Si ce que nous dirions du père de la psychanalyse en lui tendant son miroir psychanalytique, c’est que son narcissisme érotique a atteint des proportions hors norme, c’est que nous sommes nous-mêmes d’une autre école philosophique qui met la vie au-dessus de l’individu, et qui accepte son prochain comme un autre soi-même, laissant de fait le narcissisme à ceux qui n’ont d’autres choses à contempler que leur propre image. Si le narcissisme philosophique est si important ici, c’est qu’il a tout de même permis au père de la psychanalyse d’élaborer une théorie sur l’inconscient de l’humanité dans son ensemble, et de faire accepter ce concept comme fondement de notre espèce. Il va sans dire que si la nature nous avait faits tous à l’image freudienne, alors nous n’aurions nulle part ou nous refugier de ce travail subtil de la manipulation de l’être humain par lui-même. Or nous sommes autres, et ce qui se joue en nous est aussi vaste, sinon plus vastes que ces récits mythiques d’où Freud a tiré son inspiration en partie. Ce travail de l’Eros et de la narcisse est travail sacré pour Freud, et il le fera bien comprendre à quiconque osera y opposer une objection. C’est que le miroir de l’éros narcissique est celui qui permet à Freud en nous le présentant comme celui de la vie elle-même, de nous persuader que ce qui s’y reflète est notre propre image. Il faut dire que l’Eros est ce qui nous permet d’être manipulé, car il est le siège de nos désirs, et par conséquent la partie faillible de nos êtres face à la volonté de puissance autre, qui, si elle y met les efforts, nous soumet, même lorsque qu’elle est contraire à notre volonté. Le dire ici, comme nous venons de le démontrer par l’absurde, c’est de libérer une quantité innombrable d’individus asservis dans leurs volontés par leurs désirs, qui s’ils ne sont pas sexuels, le sont pourtant puisque Freud en a décidé ainsi. Se dire si sure que le schéma Freudien de l’inconscient est ce qui nous représente en tant qu’êtres multidimensionnels, c’est d’être ceux qui ont acceptés ce qui leur a été dit d’eux même comme vérité. Or lorsque le monde se veut vivant, il le veut de la diversité des opinions et des cultures, sachant qu’une vérité non prouvable reste du domaine théorique

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or qui dit théorique, dit qu’une contre théorie est nécessaire pour s’y forger une opinion. C’est ce que fit Jung par sa théorie des archétypes qui si elle ne contre pas vraiment la théorie freudienne, lui apporte tout de même une opposition. C’est que sans opposition, la puissance devient toute puissance parce que débarrassée de sa valeur contraignante et nous y reviendrons. Nous allons donc tenter d’ébaucher une théorie en opposition à, et pour contrer la théorie freudienne de l’inconscient qui dans sa structure nous appelle des êtres de pulsions de vie et de mort à guidance sexuelle. Le raccourci est voulu car encore une fois, par l’absurde, il nous permet de mettre en relief le peu d’amplitude de manœuvre lorsque l’on est pris dans une telle définition. Bien qu’il ne soit pas aisé de s’extraire du dédale de la pensée freudienne, car en apparence imparable dans sa structure, nous allons avec courage (car il en faut bien), nous acharner à le faire, afin de pouvoir enfin vivre une autre image de nous-même, non ramenée à nos vies intimes et plus ouvertes sur l’autre. L’altérité étant cette chose qui nous permet aussi de sortir de la sphère de l’intime pour aborder le monde dans sa vérité extérieure à nous, nous allons vivre une vie de psychanalyse rapportée à l’environnement, afin de nous extraire de la subtile névrose narcissique qui nous enchaine au miroir freudien. Pour cela, nous allons tout d’abord étudier quelques éléments clefs de la structure inconsciente qui selon Freud sont fondamentaux, puis nous verrons bien par la force logique de la nature que nous laisserons s’exprimer ici, que ce n’est pas le cas. Pour savoir ce qu’est une force logique de la nature, il nous faut remonter aux temps primordiaux de nos êtres, et nous le ferons avec l’appui des œuvres de l’art brut.

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D- Entre superstition et réalité 1- Entre fictionnel et narratif fictionnel, la demeure inconsciente La psyché selon Freud, se limite au conscient au préconscient et à l’inconscient, toutes les structures psychiques de l’être dériveraient de là. Notons que nous ne savons pas vraiment situer l’inconscient. Quel en est le siège ? Là est toute la question à laquelle, si l’on se réfère aux travaux de Freud, la réponse ne présente pas un intérêt suffisant pour que l’on s’y arrête. Pourtant, il est aisé de s’imaginer au vu des travaux de Lacan que l’inconscient se situe dans un espace au-delà du notre, et si tel était le cas, que serait le nôtre d’espace, sinon un espace parallèle et communiquant avec un autre espace. Ceci nous ouvre à une dimension du monde qui est étrangère à la philosophie athée de Freud, car qui dit espace parallèle de deux mondes communicants, dit que le monde dans sa globalité n’est pas le fait d’un hasard structurel tel que Freud veut nous le faire penser par ses théories de la vie. Nous nous arrêterons là quand à la situation géographique si l’on peut le dire ainsi de l’inconscient. Il nous faut bien pourtant nous demander ce que peut bien vouloir dire une structure de cette ampleur qui permet à deux mondes de communiquer, le monde de l’inconscient et le nôtre, et si l’invisible nous a toujours fasciné par cette force surnaturelle qui semble l’habiter, c’est peut-être aussi pour nous faire savoir que nous ne sommes pas si seuls. Toujours est-il que de ce point de vue, les rites et croyances des tribus primitives prennent un autre sens que celui que Freud a bien voulu nous en donner comme interprétation. Ce qu’il faut se dire de ce travail freudien de la primitivité d’autres cultures, c’est qu’il n’est pas sans savoir par lui-même que ce qu’il avance n’est pas la réalité de ce monde, car alors pourquoi vouloir nous priver du dieu qui n’est finalement, vénérable que s’il est à son image scientifique, et c’est ce que nous démontre sa théorie du surmoi qui présente ce dernier comme valeur morale la plus élevée et scientifique puisque scientifiquement prouvée et amenée à la raison. Ainsi, le surmoi freudien prend sa source dans le moi idéal, lui-même en très grande partie inconscient, et dans le complexe œdipien soumis au moi. C’est là qu’il puise « la force qui lui permet d’exercer cette domination et

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le caractère de contrainte qui se manifeste sous la forme d’un impératif catégorique »15. Cette source toujours selon Freud, est celle où les dits primitifs ont puisés leurs Totems et les religieux leurs religions. Autant dire que si ce dont il s’agissait était si simple que de le dire ainsi, pourquoi ne pas simplement dire que cette source est divine ? C’est que selon Freud, cette source n’est pas divine mais superstitieuse.

2- Hélène Smith : Medium ou auteur de science-fiction? Nous allons à présent nous arrêter, comme nous le ferons tout au long de ce travail sur une artiste de l’art brut. Il s’agit de Hélène Smith, née Catherine-Elise Müller (1861-1929). Cette femme, tantôt medium, tantôt artiste revendique son lien conversationnel avec l’audelà. Elle est connue entre autres pour être une muse de l’écriture automatique, et pour ses transes somnambuliques durant lesquelles elle raconte la vie détaillée sur mars, planète habitée par de martiens et des ultra martiens au profil somme toute très humain. Ce qu’il est intéressant de noter, c’est que ces transes se déroulent sous la supervision et la guidance d’un psychologue, le professeur Flournoy. Si ce qui est dit est vrai, Hélène Smith réprouve la consignation de ces transes telles que consignées par Flournoy dans son livre « de l’inde à la planète mars ». Il faut aussi noter que ce qui est hors du commun dans l’œuvre d’Hélène Smith, ce ne sont pas ses dessins de mars ou du christ, ou bien même ses transes spirituelles, ce sont les idiogrammes rapportés de ses transes qui nous montrent la capacité à ramener de l’inconscient, et peut être imparfaitement, là encore nous n’en savons rien, un système de symbolisation structurellement fonctionnel.

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Sigmund Freud, Le moi et le ca, Edition numérique “les classiques des sciences sociales”, 1923, p25-26

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Hélène Smith écriture martienne

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Ce qu’en dit Flournoy en des termes que l’on peut juger un peu durs s’agissant de quelqu’un que l’on a pour ainsi dire intimement côtoyé, c’est que ce système de symbolisation n’est que le résultat de suggestions environnementales. Il faut dire que Flournoy est avant tout un psychologue, et que la psychologie sait discerner le vrai du faux :

“Tout le cycle martien, avec son langage spécial et son appendis ultra martien, est en fin de compte le vaste résultat de suggestions occasionnelles de la part de l’environnement, et d’autosuggestion qui a germiné, éclos, et a donné des fruits abondants sous l’influence d’accusations extérieures, mais sans arriver à autre chose qu’à une masse informe et confuse, qui en impose par son ampleur plus que par sa valeur intrinsèque, puisqu’il est extrêmement enfantin, puéril, insignifiant sous tous aspects, il est à garder comme une curiosité psychologique. L’auteur de ces élucubrations n’est pas l’adulte réel et la personnalité normale de Mlle Smith qui a de très différentes caractéristiques, et qui se retrouve, face à ces messages automatiques, comme en présence de quelque chose d’étranger, indépendant, extérieur, et se retrouve contrainte de croire dans leur réalité objective et dans leur authenticité. Cela semble, en effet, plutôt une ancienne forme, enfantine, moins évoluée de la personnalité de Mlle Smith, qui est à nouveau venue à jour, a renouvelé sa vie, et est une fois de plus devenue active dans son somnambulisme martien.” 16

16

“The whole Martian cycle, with its special language and its ultra martian appendix, is only, at the bottom, a vast product of occasional suggestions on the part of the environment, and of autosuggestions which have germinated, sprouted, and born “abundant fruit, under the influence of indictment from the outside, but without coming to amount to anything but a shapeless and confused mass, which imposes on one by its extent much more than its intrinsic worth, since it is supremely childish, puerile, insignificant in all aspects, save as a psychological curiosity. The author of this lucubration is not the real adult and normal personality of Mlle Smith who has very different characteristics, and who feels herself, in the face of these automatic messages, as though in the presence of something foreign, independent, exterior, and finds herself constrained to believe in their objective reality and in their authenticity. It seems, indeed, rather a former, infantine, less evolved state of Helene’s individuality, which has again come to light, renewed its life, and once more become active in her martian somnambulism.”

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Peut-être heureusement pour Hélène Smith, ou au moins heureusement pour son amour propre, cette vision n’a pas été partagée par tous, et ceux qui ont la passion de la vie extraterrestre et du codage lui ont réservé un autre accueil que vous pouvez voir ci-dessous. Nous nous arrêterons là pour Hélène Smith, nous souhaitions simplement montrer que les perspectives sur une chose varient grandement en fonction du point de vue sur la chose.

De Flournoy et de sa vision obtuse, nous rebondissons sur Freud. Si nous y regardions de plus près, nous verrions alors que si Freud se dit si athée, ce n’est pas par manque de croyance, mais bien par ambition de puissance sur ce qu’il pense être sa découverte, puisque le miroir narcissique dans lequel il se reflète ne lui permet que de s’y voir lui-même, et donc son incohérence qui consiste à ramener à lui-même, une force qui le dépasse, et il dira d’elle qu’elle est structure biologiquement et héréditairement inscrite en nous. Ce mythe Freudien du comportement disséqué et ramené à une pulsion de vie ou de mort, n’est pas si étrange lorsque l’on se place du point de vue de la médecine

Theodore Flournoy, From India to the planet Mars, Edition numérique, Http://sacredtexts.com/ufo/ipm09.htm, 1900, Chap. 7 p261

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qui a progressé en disséquant et en faisant des expérimentations sur des cobayes. Mais lorsque ce travail du progrès scientifique se fait sur le conscient et l’inconscient, il devient bien futile, car il n’a de prise sur aucune réalité palpable, et tout ce qui est fait de démonstrations, l’est sur la base de postulats qui s’ils s’avéraient faux, verraient s’effondrer toute la démonstration. Si nous sommes si humbles face à ce qui ne nous appartient pas et ne nous est pas connu en dehors de la subtile perception que nous en avons, c’est que nous avons bien conscience de notre petitesse face à l’invisible, humilité qui est présentée par Freud comme névrotique, névrose d’humilité elle-même prenant sa source dans ce surmoi qui n’est autre que valeur la plus élevée en nous. Faut-il avoir ce sens du superbe pour se targuer de ne voir en l’autre dont les conditions psychiques lui permettent autre chose que de la dissection, un enfant perdu face à ses peurs. C’est que ce qui se joue face à ces peurs primaires ne relève de rien de connu pour l’homme normal que d’un semblant de comportements infantiles de régression, et nous y reviendrons. Nous aurons également l’occasion lors de ce sujet de mémoire, de réfléchir à la condition humaine dans ce qu’elle a de futile et de grandiose. Si Freud avait décidé de laisser la place au doute face à ce qui lui était étranger, la foi, nous n’aurions pas besoin ici de débattre de la question du futile et du grandiose, aussi nous nous demandons à qui pourrait s’adresser une chose si futile qu’elle se laisse manipuler à souhait, et pourtant si grandiose que nous ne pourrions vivre sans elle. Et si la question philosophique du futile et du grandiose, et donc du sublime nous intéresse à ce point, c’est qu’elle seule peut rendre compte de ce qui nous fait face lorsque nous approchons la notion d’inconscient. Ce que dit Freud de l’inconscient ne peut s’y dire sans avoir reconnu le divin au moins dans sa substance qui est génératrice de vie. Il est d’ailleurs étrange d’entendre Freud parler du moment où le souffle de vie anime la matière inanimée 17, car qui dit souffle de vie, dit magie de la vie dans son aspect sacré, autrement, il est bon de chercher un autre terme pour désigner le fait de naitre. Ce principe de l’alchimie moderne ne peut en aucun cas être principe athée sans être ignominieux, car que serait ce souffle de vie sinon une vague 17

“D’après notre manière de voir, en effet, les instincts du moi, nés le jour où la matière inanimée a reçu le souffle de vie, tendraient au rétablissement de l’état inanimé.” Sigmund Freud, Au delà du principe de plaisir, Editions numérique ‘Les classiques des sciences sociales’, scribd.com, 1920, p41

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parodie de la vie elle-même qui l’a chargée de tout le caractère magique et sacré pour qu’il bénéficie de la prosternation devant le magnifique de la vie dans son œuvre de création. Ce qui se joue de ce principe de vie ici, est cela même qui se joue de la vie dans son œuvre, une méprise qui conduit à un abaissement de ce qui vous fait face, afin de se faire valoir. Si nous ne pouvons aimer l’autre comme un don du divin, alors nous n’y verrons que du profane, et qui dit profane, dit ouvert à la profanation. La volonté de profanation n’est pas ce qui nous anime, aussi nous arrêterons nous là pour ce qui concerne le miroir de la vie et l’objet narcissique qui s’y reflète, mais nous souhaitions faire cette petite expérimentation pour comprendre ce qui se joue lors du travail de dissection de l’esprit de l’autre. Si la valeur d’amour dans son sens le plus élevé, n’est pas le moteur de l’analyse, alors la profanation en sera le résultat certain. Cette expérimentation nous a sans doute fait oublier que ce dont il était question dans la psychanalyse, c’est de psyché, et si nous nous en referons au « métamorphoses » d’Apulée qui s’y intéressa de près, la quête de Psyché doit se situer dans une volonté d’élévation vers le divin, sinon c’est la mort assurée.

3- La vie de la psyché Si l’éros est si présent dans la théorie freudienne, c’est probablement que ce dernier a eu vent du mythe tel que rapporté par Apulée. Or si la psyché est si indissociable de l’éroscupidon, c’est que dans les « métamorphoses », Apulée nous a tracé à titre indicatif le cheminement de la psyché et sa relation de complémentarité avec l’éros, relation qu’il situe à cheval entre notre monde et celui du divin. Ce travail du divin réalisé en la psyché est travail sacré puisqu’il permet à la psyché, comme aboutissement, de s’inscrire dans le divin. Cette immortalité de la psyché ne peut se faire que par le passage des épreuves de la vie. Tout raccourci mènerait à sa perte, et le verbe n’y est pas mentionné comme l’un des moyens d’y parvenir. Le verbe ici, celui qui guérit ne peut en aucun cas se poser comme substitut de la vie dans ce qu’elle nous propose comme épreuves pour accéder à cette immortalité sans pareil car accordée par le dieu des dieux lui-même.

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Ce qu’il faut se dire de la cure psychanalytique, c’est que si elle nous permet de donner à la psyché une image de son inconscient si on le veut appeler ainsi, elle n’est pas pourtant ce qui nous permet le renouveau de nos êtres par grâce divine si l’on peut aussi l’exprimer ainsi. Ce qui le peut, c’est ce travail de l’acceptation de la vie et de ses épreuves comme nécessaires pour l’accession à un au-delà meilleur. Au final, dans la vie sacrée qui nous habite, tout se retrouve à sa place du moment que l’on accepte ce sacré à sa juste valeur de sacré, et qui dit sacré dit intouchable par des mains profanes. Le meilleur moyen pour un analyste d’accomplir son œuvre thérapeutique, c’est d’admettre, ce que fit Lacan, que le thérapeute suprême ne réside pas dans ce monde, mais dans son au-delà, et qu’il est Amour. Notons également que Lacan est athée s’il n’est pas athée, en l’étant, sans ne pas l‘être. Imbroglio psychanalytique qui lui permet d’éviter la profanation du sacré et la honte scientifique et moderne de la foi. Il dira également que « Dieu est inconscient »18, phrase quelque peu énigmatique qui aura l’avantage de satisfaire tout le monde.

E- Enfermement mental et complexe d’œdipe C’est l’éros qui dans sa quête de psyché lui fait aimer le monde de l’esprit, même si elle manque de s’y abandonner au désespoir suicidaire par amour, et qui s’il est celui qu’elle aime, lui inspire sa quête qui est faite des épreuves de la vie qui lui permettront de le rejoindre dans le bien suprême. Ce mythe nous dit aussi que des forces s’y jouent dont nous ne savons que peu, qu’elles peuvent être bienveillantes ou malveillantes. Que ce soit Aphrodite pourtant déesse de l’amour qui ne lui est pas favorable, car jalouse, ou bien alors Pan, dieu de la nature et des pâturages qui lui évite un suicide potentiel, en la consolant et en lui apportant la vision

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“La véritable formule de l’athéisme c’est que Dieu est inconscient.” Jacques LACAN, Séminaire XI- Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Version AFI, 1964, p70

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nécessaire à la poursuite de sa vie terrestre et de sa quête, le monde de l’inconscient est fait de ces forces qui nous habitent et qui ne sont pas humaines. Tout ramener à l’instinct où à la pulsion, et aux pulsions de vie ou aux pulsions de mort est erroné comme schéma, tout simplement parce que l’humain se joue de complexité, et que cette simplification n’a l’avantage que de le faire moins qu’il n’est. Là où nous nous opposerons à la théorie freudienne, non pas par volonté de nous y opposer, même si ce sentiment de contradiction nous habite également, mais parce que ce schéma n’est pas la structure archaïque de l’être, même s’il en a toutes les apparences, ce sera sur la structure de l’inconscient qui s’il n’est pas structuré dans nos têtes, se déstructure dans nos vies. Dans le postulat Freudien, ce qui est applicable à la grande majorité de son monde connu, l’est à l’humanité toute entière. Il universalise ce schéma, or nous venons de vous démontrer, même si nous n’avons volontairement pas mis l’accent dessus dans un souci de clarté de notre démonstration, que ce qui est applicable à l’autre dans ce schéma, ne l’est que lorsqu’il a rencontré l’éros et bénéficie de son amour et de sa bienveillance. Ce mythe d’Eros et Psyché ne s’applique à l’être que s’il est question d’Eros et de Psyché. C’est d’ailleurs pour cela que la mythologie regorge d’autres mythes pour nous amener nos vies conscientes et inconscientes. Faire de ce schéma d’éros et de psyché comme présenté par le mythe et repris à sa manière par Freud, le schéma du monde, c’est rendre le reste du monde qui n’a pas eu à rencontrer éros perplexe sur le sens de son devenir qui semble échapper à ce schéma. De même, faire de L’œdipe une généralité pour la structure inconsciente de l’humanité, c’est rendre perplexes le reste du monde qui n’a pas eu à vivre ce schéma. Non pas que nous ne vivions un amour exceptionnel pour nos parents du même sexe ou du sexe opposé, mais que cet amour si puissant que nous éprouvons pour nos parents de sexe opposé ne se traduit pas forcément en nous par des désirs incestueux à soumettre, car il n’y a de désir incestueux que si la connaissance de l’inceste est présente. Or elle ne l’est pas pour l’enfant qui ne fait que découvrir le monde et ses tabous. Il ne peut donc y avoir de désir à soumettre, il n’y a qu’un apprentissage par support tutélaire de la vie, et cette vie étant faite de sexualité complémentaire et de tabous, c’est cela que l’enfant apprend au contact de ses parents ou tuteurs, et aussi de ses frères et sœur s’il en a, puis de la société. Si la filiation se veut

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vivante de ce tabou, alors elle doit cesser de le rendre obligatoire par expérience, c’est à dire qu’elle doit cesser d’en faire un inéluctable à combattre. Il n’y a rien à soumettre que Freud ici. Ce schéma freudien de l’œdipe qui vient après le schéma freudien de l’éros nous dit assez que c’est l’objet d’amour qui est en question et non le schéma. Dire qu’invariablement, l’objet d’amour dans son sens sexuel est pour la fillette, le père, et pour le garçonnet, la mère, c’est de dire que toute source structurelle de structure infantile est basée sur le complexe d’œdipe comme Freud le prétend. Il est des sociétés où ce sont les grands parents qui élèvent leurs petits-enfants, ou bien encore, des sociétés où la filiation est éliminée dès le plus jeune âge au profit du groupe, toutes les femmes deviennent les mères, et tous les hommes les pères. Que choisirait la libido comme objet de tendre admiration de projection et d’identification ? Par ces mots choisis, nous marquons dès à présent l’opposition que nous développerons plus tard dans ce texte. Il va sans dire qu’elle ne choisirait pas le père ou la mère, mais bien un objet de tendre admiration de projection et d’identification rendant compte de la structure de son environnement familial ou social. Ceci pour dire que ce qui est en jeux dans la projection libidinale infantile, n’est pas si aisé qu’un complexe d’œdipe, car qui dit œdipe dit père et mère biologiques et dit aussi tabou brisé et fatalité. Encore une fois, une universalité de l’être est élaborée à partir d’un mythe, et c’est ce qui fait la théorie freudienne, trois mythes en tout et pour tout, pour résumer l’être et la psyché : Eros, Œdipe et Narcisse. Lorsque l’on y pense, c’est mettre Eros, dieu de l’amour en bien mauvaise compagnie, ou sinon, c’est montrer d’Eros, dieu de l’amour, un bien triste visage. Si nous étions psychanalyste, la question nous intéresserait au plus haut degré. Mais nous ne le sommes pas, aussi nous contenterons nous de dire qu’il est aisé de briser le miroir narcissique, il suffit pour cela de regarder ailleurs. L’œdipe si l’on en fait une définition, en se basant comme Freud sur le mythe, c’est ce qui malgré toute opposition de puissance volontaire nous ramène à la fatalité. Ici, dans ce qui est nommé complexe œdipien, il n’y a aucune fatalité en jeu, il n’y a qu’une structure de l’être qui pour se faire valoir dans la structure mentale freudienne, a introduit son complexe comme incontournable, et nous y reviendrons.

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La structuration sexuelle elle, passe par l’apprentissage de la complémentarité, et donc une identification au sexe semblable, et un attrait plus marqué pour le modèle du sexe opposé qui permet à l’enfant de conclure une vision imaginaire et symbolique par identification et projection. Si le complexe œdipien est si prosélyte de la psychanalyse freudienne, c’est qu’il est celui qui nous veut en faute. Rendre le complexe infantile de structure tutélaire et binaire noueux et coupable, c’est de le nommer œdipien. Il n’a rien d’œdipien car il peut exister avec ou sans les parents, et qu’il n’est pas une fatalité de l’être qui sait ce qu’il y a au bout de cette fatalité : la perte de la vision et la damnation éternelle. Il dépend, encore une fois, comme le disait Jacques Lacan, de la personne qui prodigue les soins, et de l’autre complémentaire, il n’est pas inscrit en nous, il se meut autour de nous dans l’altérité du monde, pour nous enseigner l’altérité du monde. Il est tutélaire. Cette structure est structure tutélaire nécessaire, comme le dit Freud, et nous lui reconnaissons cela, pour la construction psychique de l’être, dans une volonté qui nous dépasse, et qui au même titre que la sexualité, inscrit le renouvellement de la vie en nous. Nous allons donc rebondir sur le goulot d’étranglement freudien de la sexualité infantile, terme auquel nous n’adhérons pas, car s’il rend bien compte de ce qui se joue dans l’enfance, la découverte de son corps et de l’autre dans l’altérité, attribue à l’enfance une conscience sexuelle qui n’y vit pas encore puisque ce stade est celui de la découverte, avec ses erreurs et errements certes, mais découverte quand même. Appliquer un terme adulte de sexualité au monde de l’enfance n’est pas anodin dans la mesure ou le terme sexualité contient en lui toute la perte de l’innocence et de l’inconscience que nous pouvons avoir de nous-même en tant qu’êtres de sexualité. Nous ramènerons cette perte d’innocence et d’inconscience au mythe fondateur et formateur d’Adam et Eve, qui s’ils se savaient dotés de corps et de sexe n’en eurent réellement conscience que lorsque leur nudité leur fut révélée, et qu’ils se virent dans l’obligation de se couvrir. Si ce point culminant du récit de la genèse nous intéresse en particulier, c’est qu’il nous permet de mieux visualiser ce qu’il peut y avoir de différent entre un enfant et un adulte, et de comprendre que ce stade de maturité de l’âge humain n’est atteint que s’il y a connaissance de la chose comme chose, et donc à couvrir car relevant de l’intimité de la création par la procréation. Avant cela, il n’y a qu’innocence, et cette innocence ne peut être ramenée d’aucune façon à la sexualité infantile freudienne.

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S’il dit lui-même que ce qui a suscité le plus grand rejet de la psychanalyse, c’est le concept de sexualité infantile, c’est bien qu’il devait d’une façon ou d’une autre, savoir ce que ce concept avait de provocateur et d’insultant à l’enfance et à l’adulte par ce biais. C’est que les adultes à qui ces théories s’adressent ne sont pas simplement des hommes ou des femmes, ils ont étés des enfants, et donc insouciants de ce que peut être une sexualité adulte, et sont pour la plupart des éducateurs ayant à cœur le bien de leurs progénitures et le caractère sacré de la vie qui nous fait nous vivre par étapes, et qui jusqu’ici nous fait accepter la sexualité comme une chose mature. Or l’enfance est en général, immaturité, inconscience et insouciance, jusqu'à ce que par différents rites de passages, l’arrivée à maturité se fasse. Ce concept de la sexualité infantile prive l’adulte de son enfance et de son enfant, en le rendant adulte comme lui et en lui donnant une conscience sur des choses dont il n’a aucune connaissance. Freud eut il dit que la libido infantile était un fait, peu d’adultes l’auraient probablement contredit, mais donner à cette libido infantile le terme de sexualité infantile, n’est pas, comme nous l’avons déjà dit précédemment, anodin. Ce qu’il faut se dire de Freud et de son rapport à la vie est cela même qui transparait dans « trois essais sur la théorie de la sexualité », où l’on ressent, contrairement à ce qu’il proclame, une non acceptation des schémas structurels même de la vie. Ainsi, il dira :

« Je fais allusion ici à ce curieux phénomène d’amnésie qui pour la plupart des individus sinon pour tous couvre d’un voile épais les six ou huit premières années de leur vie. Jusqu'à présent, nous avons accepté cette amnésie comme un fait naturel sans nous en étonner, alors qu’il y avait lieu de le faire. En effet, pendant ces années qui n’ont laissé dans notre mémoire que certains fragments de souvenirs incompréhensibles… »19

Si l’on en croit la théorie freudienne, cette amnésie infantile serait du même ordre que des amnésies de refoulement chez les névrosés, or si ces amnésies de refoulement chez le névrosé, et l’hystérique en particulier, tenaient leurs origines des mêmes forces qui provoquent l’amnésie infantile, que dire du refoulement sinon qu’il est inscrit dans la 19

Sigmund Freud, trois essais sur la théorie de la sexualité, Edition numérique de 1923 visible sur srcibd.com, 1905, p67

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structure de l’être au même titre que d’autres choses comme par exemple la puberté ou le déclin et la mort. Ce refus freudien d’accepter le naturel comme tel, et de vouloir toujours le plier à sa théorie est typique de la pensée freudienne, et nous vous en avons donné un exemple frappant dans l’amnésie infantile qui si elle n’était pas naturelle, ne peut pourtant être que structurelle et phénoménale de la vie, car elle s’inscrit en tous avec plus ou moins de force. Qu’est-ce que le naturel sinon cela ? Que dire donc si l’on s’en réfère à Freud qui nous demande de refuser d’accepter le naturel comme tel sous prétexte que des forces jouent à le créer. Si ce qui se joue dans l’amnésie infantile est si illustratif de tout le dédale de la pensée freudienne duquel il est très difficile de nous extraire, c’est que l’architecture de cette pensée ne nous permet pas de nous en extraire sans heurt, et c’est ce que fit Jung avec force et fracas, au prix de sa santé mentale qu’il finit heureusement par restaurer. Voici pourtant, en cette amnésie infantile, le fil d’Ariane pas si introuvable de l’architecture de la pensée freudienne, point du fil qui semble insignifiant au vu de la théorie, mais qui, lorsque l’on le suit, nous permet de nous échapper du dédale, et d’avoir une vision d’ensemble de l’architecture, car l’architecte qui l’a élaboré n’est pas de source divine puisque sans commune mesure avec ce qui nous échappe car inconnaissable par nature, le divin.

F - Le fil d’Ariane Suivons donc ce fil d’Ariane qui nous conduira ou il nous conduira, hors de l’emprisonnement mental. Nous ne toucherons cependant pas à la structure de ce dédale, nous laisserons à d’autres le choix de le faire ou de ne pas le faire, nous ferons cependant des suggestions quant à ce qu’il serait intéressant de proposer comme alternative.

Si nous nous en référons à cette idée de l’amnésie infantile déclarée non naturelle par Freud, il va de soi que le naturel ici n’est pas non ce qui existe de fait, parce que naturellement mis en place bien avant nous par des forces dont nous n’avons ni aucune conscience, ni aucune connaissance, mais que le naturel se réfère a ce qui est dans l’absolu : l’être. Si cet 44


être se veut en pleine possession de lui-même, il doit selon Freud, effacer toute force de contrainte naturelle, car si ce qui s’est joué ici en matière de névrose, est cela même qui se joue en matière d’amnésie infantile, et cela, Freud le dit encore lui-même, alors, c’est la contrainte naturelle qu’il faut s’évertuer à gommer. Si le névrosé est si contraignant à juger, c’est que ce qu’il faut juger pour la responsabilité de la névrose est une de ces forces contraignantes et naturelles. Ce qui se dit en matière d’hypnose se dit également en matière de psychanalyse, le névrosé, celui auquel on a accès sous hypnose, est un être à part entière qui ne se soucie que du vivre ici. Si la force, comme Freud aime à le dire, qui décide du refoulement n’est pas digne de considération en psychanalyse, il faut se demander ce qui l’est dans l’humain tout entier, car si c’est cette force qui est en charge de nos amnésies infantiles, et donc ce qui ne dit pas son nom, du refoulement de l’archaïque, c’est donc bien que sa tâche est de séparation de mondes. Et si ce monde que nous semblons vouloir ramener à la surface ne se veut pas vivant de la lumière, là encore, c’est bien qu’il y a une raison, et on pourrait légitimement penser que cette raison est d’ordre naturel. Nous pourrions à ce sujet penser que si l’éros est celui qui ne veut également pas être ramené à la conscience, étant celui qui appartient à ce monde de l’inconscient refoulé ou non, il y a une raison à cela, et ne pas connaître la raison d’être d’une chose, n’enlève rien à la réalité de celle-ci, et nous y reviendrons.

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DE L’AMOUR

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Marguerite Sir - Robe de mariĂŠe

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A- La vie, une force inexplicable 1- L’éros ou le mariage divin : Marguerite Sir Nous allons illustrer cela par une œuvre de Marguerite Sir, née Marguerite Sirven (18901957), une femme qui a peut-être rencontré Eros, nous ne le saurons jamais vraiment, nous ne pouvons qu’en spéculer au vu de ses œuvres et plus particulièrement de son œuvre la plus magistrale et aussi sa finale puisqu’elle sombre totalement dans la démence une année après la confection de cette robe de mariée qui lui prit 5 ans à exécuter à l’aiguille à l’aide de fils tirés de ses draps, et en vue de son mariage prochain. Cet épisode final qui lui apporta comme sur un plateau une démence programmée marque la fin d’une vingtaine d’années passées à l’asile pour fous de St Alban où elle fut internée pour schizophrénie. De ce que nous savons de cette période d’internement, c’est qu’après quelques années murée dans le silence, elle commença à créer quelques œuvres mêlant crochet et broderie et quelques dessins, avant de s’attaquer à cette œuvre magistrale qui nous pouvons le dire la marie à l’invisible, l’extrayant mentalement de ce monde sans y avoir fini sa quête et ses épreuves. Ce que nous pouvons nous dire, c’est que si ce qui nous inspire à vivre une vie de soumission à la nature par l’accomplissement de notre devoir de vie, si cela nous en extrait par cette poésie extrême, nous ne pouvons que nous incliner devant sa magie.

Revenons à présent à notre fil d’Ariane, passé quelques instants par la trame d’un drap, et revenons à Freud.

2- De l’hypnose et du mesmérisme animal La technique psychanalytique mise au point par Freud pour ramener l’inconscient refoulé à la surface par le verbe, consiste par d’autres méthodes, à cette même mise à nue qui se fait lors de séances d’hypnoses, l’inconscient ramené à la lumière pour y être observé et manipulé. Nous pourrions le résumer ainsi : si ce que nous sommes ne peut se suffire à luimême, alors nous devons nous défaire de nous-même pour avoir accès à ce qui nous est précieux ; notre être intime. 49


C’est ce que fait l’hypnotiseur, et c’est ce que fait le psychanalyste lorsqu’il demande par la parole de l’autre, une mise à nue de son inconscient afin de ramener ce qui l’habite dans le but, bien noble il est vrai, de le guérir de ce qui le perturbe dans le cheminement normal de son parcours humain. Or que dire de ce qui se joue au-delà de la personne humaine si fragile aux aléas de son inconscient ? C’est cela que nous allons tenter de découvrir en poursuivant le cours de notre fil d’Ariane. Ce que fit Freud pour tenter de ramener au conscient les contenus inconscients s’appelle de l’analyse parce qu’analyse d’une psyché au travers d’un filtre psychanalytique par un échange verbal entre analyste et analysé où l’analysé dit ce qu’il veut de sa vie intime et personnelle, pendant que l’analyste porteur de pouvoir par le savoir qu’il a de la psyché guide sa réflexion intime. Si ce travail de la psychanalyse se veut si sûr de son contenu qui est de vérité, c’est qu’il n’a pas eu d’opposition pouvant lui faire front autre que celle de ceux qui sont analysés et qui s’y opposent inconsciemment, cela se nomme de la résistance. Le travail de psychanalyse se veut si sûr de son fait qu’il n’en remet pas en cause son fondement qui est de guérison, et qui dit guérison dit noblesse de l’action. Admettons un instant que Freud soit une entité malveillante, et alors, face à l’entité malveillante, des alarmes résonnent pour mettre en garde contre les dangers éthiques d’une telle immiscion dans les espaces intimes de personnes, mais si Freud est le scientifique de renommée qu’il est, alors ces alarmes ne se mettent plus en place, même si d’autres alarmes se sont enclenchées et nous verrons pourquoi plus tard dans ce texte. Ce que nous n’avons pas entendu dire de la psychanalyse s’est pourtant dit de l’hypnose, à savoir la fragilité des êtres à qui elle s’adresse, et donc, la possible prise de pouvoir sur ces derniers. Le transfert est décrit comme en étant une possibilité. Cette absence d’alarmes est des plus étranges lorsque l’on sait que c’est la sexualité qui est au centre de la théorie Freudienne, et d’autant plus étrange à la vue des controverses liées à la pratique du magnétisme animal ou de l’hypnose ou encore du sommeil lucide sur les sujets suggestibles dont les enfants, mais surtout les femmes 20. Pourquoi les femmes sontelles considérées comme suggestibles et fragiles face à ce genre de pratiques ?

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Jean-Roch Laurence et Campbell Perry, Hypnosis Will and Memory- a psycho-legal history, Editions the Guilford Press, 1988

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Un élément de réponse nous vient de ce livre « Hypnose, Volonté et mémoire » 21, qui nous dit que ces femmes à qui l’on s’adresse lors de ce type de pratiques deviennent pour la plupart affectivement attachées à leurs magnétiseurs ou hypnotiseurs, pour ne pas dire qu’elles éprouvent toutes pour ce magnétiseur ou hypnotiseur un certain attrait sexuel et cet attrait semble parfois hors de contrôle. Ce travail de la sexualité soignant-soigné ou analyste-analysé est celui qui nous intéresse ici pour deux raisons. D’une part parce qu’il est étrangement muet, d’un mutisme qui nous interroge au-delà de Freud, seul à l’avoir adressé, et d’autre part parce qu’il est ce qui a conduit Freud à nous présenter le complexe œdipien comme inexorable et antérieur à l’hystérie dans le schéma structurel de la psyché. Si l’œdipe freudien est si sûr de ce qu’il avance, c’est qu’il se sert du transfert qu’il présente comme un complexe œdipien non soumis, et transféré par répétition, affirmant l’idée que ce qui se joue entre l’analyste et l’analysé vient se substituer de façon détournée à ce qui s’est joué entre le sujet et son parent de même sexe ou de sexe opposé. Si cette théorie du transfert se joue aussi de la sexualité dite infantile par répétition de schémas infantiles, on peut aussi, à l’inverse, penser que c’est la théorie de la sexualité infantile qui s’appuie sur le transfert pour se légitimer. Si l’on peut en effet se demander s’il n’y a pas effectivement transfert de répétition, c’est parce que lorsque ce qui est appelé transfert se produit, toute l’énergie de projection amoureuse de la personne en cure, se trouve ramenée dans l’espace de la cure, et projetée sur l’analyste, l’hypnotiseur ou le magnétiseur. Lacan, comme Jung, ont bien dit dans leurs théories, et c’est considérable, que ce qui se joue dans le transfert ne relève pas que de la répétition de schéma comme le pense Freud, mais aussi de ce que Jung nomme le principe de puissance, et de ce que Lacan lui appelle symbolique, dans la mesure ou le transfert n’est non pas un acte de répétition s’adressant à l’imaginaire idéalisé en la personne de l’analyste et ce pour résister à l’analyse, même s’il peut aussi être cela, mais un acte de soumission à l’autre connaissant, c’est à dire supposé savoir.

21 Jean-Roch Laurence et Campbell Perry, Hypnosis Will and Memory- a psycho-legal history, Editions the Guilford Press, 1988

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Si en s’appuyant sur l’interprétation jungienne et lacanienne du transfert, on peut se dire que le pouvoir symbolique est soumission de l’autre, c’est parce que dans ce symbole de puissance que représente l’analyste pour l’analysé, réside toute la difficulté humaine d’acceptation de ce qui fait notre animalité non civilisée, et sans inhibition : la sexualité. La sexualité n’est pas une mince affaire lorsque l’on y pense, et nous en avons tous bien conscience, bien que d’une conscience différente pour chacun. Ce qu’il faut se dire de la sexualité mature, est en large partie ce qu’en dit Freud d’une part, dans trois essais sur la théorie sexuelle, mais d’autre part, c’est aussi bien plus que cela, et c’est cette autre part que nous allons tenter de déterminer ici.

3- De notre animalité Pour bien le comprendre, il faudrait remonter au début de l’humanité, lorsque tout ce que nous avions était notre animalité, et de cette animalité, il ne nous reste plus que le sexe. C’est ce qui fait la beauté, l’étrangeté, la vulgarité mais aussi la magie du sexe. Il n’y a qu’a voir des animaux copuler pour comprendre que ce qui se joue dans la relation sexuelle n’est autre que ce qui se joue dans la relation sexuelle humaine dépourvue d’inhibition, le sexe à l’état pur. Or ce sexe à l’état pur n’est pas dépourvu d’une relation de soumission dans le règne animal, qui l’agrémente et lui donne sa raison d’être. Tout le rapport préliminaire parfois très long, n’a qu’un but, l’accouplement par la soumission de la femelle au mâle pour le coït qui ne dure que quelques instants. Ce coït accompagné de jouissance qui est la finalité de l’acte sexuel n’est en soi qu’élément de jouissance ayant atteint son point culminant parce que ce qui se joue en amont a œuvré à l’y mener. Ce qu’il faut se dire de cette jouissance si recherchée, c’est que ce qui n’est pas dit, c’est aussi ce qui est : une relation où la soumission à l’autre joue un énorme rôle, pour ne pas dire qu’elle occupe la place centrale. Nous n’entrerons pas dans le débat philosophique qui consiste à demander qui du mâle ou de la femelle est soumis à l’autre, nous serions bien en peine de le faire, car si la femelle est soumise à la volonté du mâle, le mâle lui est soumis au désir pour la femelle. Ce désir pour la femelle, peut se traduire par une érection, et c’est cette érection qui est soumission à la femelle, parce que soumission à son être sensuel, c’est cela qui rend l’acte sexuel et la

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jouissance possible. C’est donc que cet attribut de virilité et de puissance mâle, le phallus, nous n’appellerons phallus dans son sens lacanien que celui qui est en érection, est inexistant sans une soumission au désir de la femelle. Nous voulions ici pointer l’aspect de puissance soumise du phallus. Ceci stoppera également les velléités de discours féministes qui pourraient envisager de s’y installer car nous ne sommes pas ceux qui veulent apporter de l’eau à ce moulin. Il convient donc de se demander ce que veut dire féminisme dans un rapport naturel, et si la soumission devient condition de jouissance, que veut dire jouir si ce n’est de se soumettre, d’où très probablement les pérégrinations du marquis de Sade qui porta le principe de la soumission sexuelle à un niveau de génie prisonnier du désir de ce qu’il convoite comme objet de soumission. Si la femme est soumise au désir humain de soumission, les racines de cette soumission sont très certainement à rechercher ici, dans la sexualité animale qui interprète la soumission masculine comme toute puissance du désir masculin. Nous n’aborderons pas non plus la question de ce qui peut ou non être soumis, ce n’est que pure spéculation, pour la simple et bonne raison que la jouissance n’est pas rationnelle, même si elle peut être cérébrale, il est donc inutile d’essayer de savoir ce qu’il est bon ou non de dire, puisque le fait de jouir n’en a cure. Ce rapport de soumission extrême qu’est le rapport sexuel sans inhibition est ce qui nous habite tous, que nous le voulions ou non. C’est bien ce que dit Freud lorsqu’il parle de libido et de principe de plaisir qui par sublimation peut se reporter sur d’autres objets, ou par refoulement, se symptomatiser en névrose hystérique, et ainsi prendre d’autres formes. Mais ce rapport comme le dit également Jung est aussi principe de puissance qui interagit avec l’éros dans la relation sexuelle, et c’est pourquoi Jung y voit un principe aussi fondamental que celui d’éros, et nous discuterons de cette question par la suite Si nous devions nous demander ce qui guide nos destinées, nous verrions sans doute que ce principe, que l’on pourrait qualifier de gémellaire, d’éros-puissance est celui qui est vie, car l’éros sans la puissance ne peut amener à la jouissance, il n’est que principe sans puissance, de même que la puissance sans l’éros ne peut être amour, elle n’est que principe sans amour, car si l’un peut nous offrir un phénomène d’amour platonique non réalisé en jouissance physique, le second ne peut qu’être matérialisation individuelle de volonté sans

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amour. Or, il se trouve que l’amour, ou ce qu’on envisage comme l’amour en sexualité, ne peut se réaliser que dans son prochain, ce qui fait sens, puisque c’est le prochain qui jouit de nous, et vice versa. Ce qui fait ce vice versa, et donc cette relation d’interdépendance, est la réelle clef pour comprendre la sexualité réalisée dans sa fonction naturelle de jouissance, sachant que si la jouissance a lieu dans cette fonction naturelle et dans son cadre naturel, la procréation en est le résultat. Si nous disons qu’il y a ici une fonction naturelle de jouissance, c’est bien parce que en sexualité, tout le reste n’est que construction élaborée à partir de cette fonction naturelle, y compris ce que Freud peut appeler perversion ou névrose sexuelle.

4- De la sexualité Ce que dit Freud de la névrose perverse, c’est que s’il y a un objet de projection sexuelle, il ne peut être que différent de ce qu’il doit être, car alors, il serait acceptation de la jouissance de l’autre par soi. Ce refus de faire jouir l’autre complémentaire de soi ou d’accepter l’autre pour notre jouissance, n’est pas une fin en soi si ce n’est que dans ce refus, il y a le refus du don de soi, et d’acceptation du don de l’autre dans l’altérité. Ici, il est question d’altérité complémentaire de sexualité reproductive. Si ce refus du don de soi peut se traduire par différents types de comportement sexuels, comme l’homosexualité, le fétichisme, le sado masochisme, ou encore la zoophilie ou la pédophilie, qui sont autant de déviances sexuelles dans le sens où elles ont dévié de la sexualité animale et primaire, et donc naturelle dans son but de jouissance par le coït et dans sa fonction reproductrice de schémas et de l’espèce, c’est que ce genre de sexualité ne se mesure pas à la jouissance par le coït, mais à l’autre comme objet sexuel absent. Cette absence de l’autre complémentaire comme objet de projection du désir sexuel est marquée pour les uns par un phénomène de report sur un objet sexuel identique à soi (homosexualité), d’où la question du narcissisme qui pourrait sembler une explication à l’homosexualité, et pourtant ce n’est pas le cas puisque l’autre identique est cependant autre. Pour d’autres, elle est marquée par le don de soi à soi-même à travers l’objet (fétichisme), ou encore par le don de soi comme sujet de souffrance ou désir de l’autre comme objet de souffrance (masochisme et sadisme), ou bien même encore le vol de l’autre

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par sa possession muette comme objet de jouissance (viol, pédophilie, zoophilie). Dans tous les cas le don de soi pour la jouissance de l’autre complémentaire et l’acceptation du don de soi de l’autre complémentaire pour sa jouissance, est dévié de son parcours naturel de don. Dans les cas tragiques de pédophilie et de Zoophilie, ce don de soi pour la jouissance par le vol du don de soi de l’autre qui peut sembler la clef de compréhension n’en est qu’un aspect. Si nous n’élaborerons pas, nous pouvons toutefois décider que la question ne réside pas seulement dans le vol du don de soi de l’autre, mais dans l’imposition du don de soi à l’autre, et si le don de soi n’est pas accepté par l’autre, il y a alors viol silencieux (dans la mesure la voix de l’autre est incompréhensible ou aisément domptable), et là se trouve en grande partie la clef de compréhension qui lie ces deux pratiques car si le don de soi est perçu comme un don de son au-delà, alors, c’est que cet au-delà n’est peutêtre pas qu’amour. Si la question peut sembler ignoble dans la philosophie du don, c’est que le don est généralement associé à un acte d’amour, et si nous envisageons un seul instant cet autre aspect du don, il nous ouvre à de grandes considérations philosophiques, mais aussi psychologiques. C’est pourquoi le don de soi dans la relation d’amour est celui auquel nous nous astreindrons pour ce mémoire. Ainsi, nous pouvons dire que chez le pédophile ou chez le zoophile, intervient la notion de puissance sans éros qui n’est autre que soumission brutale. Tout cela pour également amener l’idée que la sexualité n’est pas forcement du domaine de l’éros, même si elle peut parfois en être, car si nous suivions la pensée freudienne, nous dirions que puisque l’éros est libido, alors ces actes sont indistinctement érotiques ou libidinaux, or ils ne sont pas. L’éros pulsionnel n’est pas à confondre avec l’acte sexuel pulsionnel, de même que le libidinal n’est pas à méprendre pour l’érotique, et nous y reviendrons. S’il y a de la puissance érotique, alors l’acte d’amour est ce qui guide l’acte sexuel lorsque cette puissance s’avère sexuelle, d’où l’idée qui germe à présent que l’érotique et le sexuel sont également deux valeurs différentes, et pour cause, Si l’érotique peut mener au sexuel, le sexuel lui, ne mène pas forcement à l’érotique, si la sexualité se joue des organes génitaux, d’où sa racine « sexe », le sensuel érotique lui se joue de tous les sens, et peut bien se passer du sexe ou du coït pour accéder à la jouissance. Sur cela nous reviendrons également. S’il y a impuissance érotique fondamentalement, à ne pas confondre avec

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impuissance sexuelle même si les deux peuvent être liées, il y a impuissance de vivre, et cette impuissance de vivre se traduit de mille façons, dont la plus absolue est le suicide. C’est peut-être pour cela que pour Psyché la quête d’Eros est incontournable.

Ces questions de puissance sont au centre de notre monde qui est fait de dominations volontaires ou involontaires et de soumissions volontaires ou involontaires, et qui ne sait le voir, ne peut voir en quoi la théorie freudienne est incomplète. C’est très freudien de dire que ce qui se joue dans la sexualité déviée est pervers, et nous n’irons pas jusque-là, car nous savons que ce qui se joue dans une sexualité déviée est si complexe que le simple terme de perversion ne peut parvenir à le circonscrire. Toutefois, nous pouvons quand même définir ce qu’est une sexualité naturelle et fonctionnelle, et ce qu’est une sexualité qui ne l’est pas, et en aucun cas, l’une ne peut se mesurer à l’autre, car l’une contient en elle la fonction essentielle de reproduction, et le germe de l’éternité, et l’autre non. Dans le terme perversion, il y a l’idée de changer en mal, et de corrompre, il y a également l’idée de détourner une chose de sa vraie nature, et c’est sans doute pour cela que ce terme a été employé par Freud. Même si nous ne pouvons pas employer le terme perversion sans en avoir circonscrit la complexité, et du terme, et de la déviation sexuelle. nous pouvons tout de même déterminer qu’il est des déviations plus perverses que d’autres, et la zoophilie ou la pédophilie en sont, car en plus de l’élément de déviance de la fonction naturelle, il y a l’élément de viol et de non consentement de l’autre. Ceci pour dire qu’on ne peut pas traiter indistinctement des déviations sexuelles car ce qui se joue en matière sexuelle est si vaste que même Freud dans sa pourtant vaste œuvre, n’a pu le circonscrire. Nous allons cependant finir de traiter ce sujet dans le sens qui nous préoccupe et qui est celui de l’éthique naturelle, et pour cela, il nous faut circonscrire le cadre de cette éthique de la nature qui n’est pas éthique d’élaboration humaine. L’humain peut tout au moins s’y soumettre, et tout au plus la comprendre. Si le fait de vivre ce temps nous autorise encore quelques opinions hors du formatage médiatique et idéologique, nous avancerons également l’idée que ce qui se joue dans l’homosexualité comme cela est présenté aujourd’hui par une volonté de normalisation,

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puis de représentations élaborée à partir de schéma hétérosexuels, tel que le mariage homosexuel, la famille homoparentale, mais pas seulement, la transformation insidieuse par exemple du terme coït qui ne désignerait plus une relation sexuelle par pénétration hétérosexuelle, mais toute pénétration, qu’elle soit vaginale ou anale, ou même buccale (qui sait ?), n’est autre que le refus de soi pour l’autre, et que ce refus porte comme essence une volonté de se soustraire à l’ordre et à l’éthique naturelle pour construire une société narcissique faite d’autres identiques. Société narcissique, car ne vivant plus dans l’altérité complémentaire du monde, mais dans la contemplation de soi comme image d’Épinal. Si ce sujet nous intéresse ici, c’est qu’il nous montre en quoi une société peut influer sur la naturalité par la normativité, pour nous proposer des concepts humains artificiels comme fondamentaux, et tout cela avec pour base d’argumentaire que l’amour est ce qui prime sur tout. Si le principe de l’homosexualité était si naturel et pas une déviance sexuelle, il est fort probable que nous ne serions pas là pour en discuter. Toujours est-il que ce qui se joue en matière sexuelle n’est pas ce qui se joue en matière sentimentale, et ce que cela veut dire, c’est que si l’homosexualité est bien une déviance sexuelle, l’amour pour une personne du même sexe lui, répond à d’autres considérations. Mais s’il y avait amour véritable chez les homosexuels (l’entité qui parle d’une seule voix pour la soumission de la société à ses idéaux), alors, la question très sociale du mariage homosexuel, de la famille homoparentale, et de la procréation également homosexuelle ne serait pas d’actualité, car ce qui vit de l’Amour ne peut se vivre contre la nature, puisqu’encore, pour citer Jacques Lacan, le don d’amour est le don de rien pour rien, et dans ce don-là, qui vient de l’au-delà et se situe dans l’au-delà, il n’y a pas d’espace pour la mauvaise foi. Se vivre comme une personne de son temps, c’est de se vivre dans la compréhension de ce qui s’y joue, et si ce qui s’y joue, s’y joue de bonne foi, alors qu’est ce qui s’y joue qui piétine la nature dans son éthique la plus fondamentale sous prétexte de libération ? Nous n’entrerons encore une fois pas de plein pied dans le débat, mais nous voulons tout de même pointer du doigt que si le débat était si honnête, nous ne serions pas tous à nous demander quel est ce discours de perversion (car du discours, nous pouvons assurément dire qu’il l’est) qui veut prendre le pas sur nos principes les plus fondamentaux, nos principes naturels. Et si ce discours se veut une autre option pour le monde, comme il se

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propose de l’être, que serait la réalité du monde si ce discours en devenait la réalité. Il n’est pas très difficile de s’imaginer ce que cela serait, mais nous vous laisserons le loisir et la liberté de le faire tout en ne manquant pas de noter que ce remède miraculeux à l’humanité en mal de justice sociale, n’est pas celui du médecin, mais du charlatan. Ce remède qui nous propose de nous emmener, vers la négation de nos genres comme appartenant prétendument à de simples choix de personnalité, nous envoie probablement vers un jour futur ou nous envisagerons ce que c’est que de faire vivre une famille de l’humain sans sexualité naturelle. Et si ce jour devait arriver, alors nous serions probablement perdus pour l’éternité. Mais nous n’en sommes pas là, et tant qu’il nous reste de l’encre, pendant que le charlatan prépare un autre de ces remèdes miracles, nous nous avisons de ce que c’est que d’être humain et objet naturel. Pour en revenir à ce qui nous concerne, et qui est la sexualité naturelle, il faut se demander ce que c’est que d’être une femme en ce monde, car ce que nous ont appris ces expériences hypnotiques, magnétiques, de sommeil lucide, et psychanalytiques, c’est que la femme perd pour ainsi dire le nord lorsqu’elle se retrouve dans une relation psychique de magnétiseur-magnétisé, d’hypnotiseur-hypnotisé ou d’analyste-analysé, non que ce type particulier de relation ne puisse arriver avec un médecin ou un dentiste, mais il semblerait que cela soit amplifié lorsqu’il est question de mal psychique. Bien que nous ayons en partie répondu à la question en parlant de la sexualité humaine et primordiale tout simplement, il nous semblait important de nous demander si ce type de réaction à caractère hystérique était commun à toutes les femmes, sachant que les femmes sont plus sujettes à l’hystérie que les hommes, ou si cela est typique de ces femmes qui se sont retrouvées pour une raison ou pour une autre dans la position de soumission de l’hypnotisée, de la magnétisée, de la lucidement endormie, ou de l’analysée, et nous sommes bien certains qu’il doit y avoir d’autres circonstances où ce type de rapport s’établi naturellement, seulement nous nous en arrêterons à ces derniers cas de figure. Nous ne nous intéresserons pas ici aux hommes, car il semblerait que ce sont majoritairement les femmes qui se soit retrouvés jusqu'à présent dans ce cas de figure, mais il faudrait noter que si la situation était inversée, et que le thérapeute soit femme et l’analysé, le magnétisé, le lucidement endormi ou l’hypnotisé soit homme, le risque est que du fait de l’inversion

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des rôles de soumission dans la projection libidinale, l’impuissance soit la clef du rapport. Il faut tout de même noter que cette assertion n’est que pure projection de notre esprit n’ayant aucun cas de figure pour étayer cela. Toujours est-il que nous allons traiter de la question du transfert comme nous avons traité de la question sexuelle, dans un rapport de domination et de soumission, c’est pourquoi nous parlerons ici de transfert de soumission pour le soigné ou l’analysé, et de transfert de domination pour le soignant ou l’analyste, et ce en nous en référant aux concepts de transfert développés tant par Lacan que par Jung, tous deux comme nous l’avons précédemment mentionné ayant développé l’idée que dans le transfert se joue une relation de puissance, or qui dit puissance dit domination et soumission.

B – Cette force qu’est l’amour 1- Le transfert et son origine mystérieuse Ce transfert de soumission qui conduit ces femmes à se débaucher, ou à éprouver un très fort désir de le faire, nous incite à penser que si la femme est généralement ce qu’elle est dans sa vie, une femme de bonne mœurs, c’est que le thérapeute doit réveiller quelque chose en elle de l’ordre de la sexualité primordiale et sans inhibition. Nous n’en réfèrerons pas trop ici à la théorie freudienne du refoulé et de la répétition, car ce qui se joue ne semble pas relever d’une répétition, mais plutôt d’une nouveauté. Or qu’est ce qui est nouveau dans une scène de psychanalyse de magnétisme, de sommeil lucide ou d’hypnose pour les femmes qui s’y prêtent ? Il y a en fait deux choses nouvelles. La première est l’homme, et la seconde l’intimité forcée. Si le premier de ces deux phénomènes est nouveau, ce n’est pas parce que la femme n’a jamais vu d’homme, mais parce que cet homme qui lui fait face est symbole de puissance virile, il est donc mâle. Pour ce qui est de ce travail de puissance, il n’est qu’à voir sa capacité à la dénuder intimement pour comprendre que cette puissance est virile. Et ainsi, la femme de bonnes mœurs se retrouve soumise au besoin impérieux et viril de domination

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de son thérapeute. Il y a de quoi affoler les sens. La scène est mentalement érotique, érotisme qui peut se traduire par une énamoration sans issue autre que la jouissance par le coït ou par l’abandon de l’objet comme objet fantasmé. De l’autre côté, du côté transfert de domination, et donc du thérapeute ou de l’analyste, ce qu’il faut se dire c’est que s’il y a contre transfert, alors c’est que le thérapeute/analyste s’est soumis au désir pour sa patiente/analysée qui lui confère ainsi pouvoir de puissance virile. Ce désir se mesure à l’ampleur de l’érection mentale du phallus. Ce désir, et la relation analyste-analysé peuvent se visualiser aisément dans le phallus lacanien qui devient totem et tabou de la psychanalyse, lui donnant une puissance à la mesure de l’interdiction thérapeutique et mentale. Si nous le ramenons à ce qu’il est, une érection mentale, il va sans dire que la torture doit être grande et si nous le confrontons à ce à quoi il se confronte, une interdiction mentale, il va sans dire que le désir doit être hors norme. Pour revenir un peu en arrière dans l’histoire de la guérison psychique et comprendre ce qui s’y joue, il nous faut aborder la question de ces pratiques que sont l’exorcisme, le magnétisme animal et l’hypnose entre autres. Lorsque c’est encore l’église qui est en charge de ce type de guérison, l’attirance sexuelle est mise sur le compte du diable, d’où peut-être l’éros démoniaque de Jung, mais lorsque ceux qui soignent ou expérimentent ne sont plus des prêtres mais des hommes d’âges mur et non liés par des vœux ecclésiastiques, la situation devient plus caduque, car alors il faut trouver un moyen d’empêcher que ne se manifeste ce « diable » en hypnose ou dans le magnétisme animal. La société fera peser tout son poids pour empêcher que ne se développe ce genre de pratiques, et pour que « l’autrefois diable », devenu en la circonstance simple résultat de manipulation par le médecin-guérisseur, ne puisse plus trouver où se loger. Ce pragmatisme face à ce qui se propage lors d’une séance d’hypnose, à savoir ce trio volonté-soumission-sexualité se retrouve également en psychanalyse sous le nom de transfert amoureux. Si l’amour est indéniable, dans cette relation, c’est que c’est une relation d’échange dont la sexualité est l’aboutissement, et qui dit sexualité comme aboutissement, dit volonté et soumission. C’est pourquoi, bien que nous ayons volontairement, et pour cause, insisté sur le caractère sexuel de la relation de transfert, nous insisterons également, et pour cause, sur son origine amoureuse qui seule peut vibrer avec

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autant d’intensité et créer ce marasme sensoriel qu’est-ce que l’on nomme transfert amoureux. Cette relation amoureuse qui semble échapper à l’entendement, comme c’est d’ailleurs le cas pour toute relation amoureuse, ne peut se vivre que dans le fantasme, puisque l’autre est fantasmé, à moins bien sûr qu’elle ne décide de se matérialiser, et cela peut se produire, dans quel cas ce sera au détriment de la relation thérapeutique qui elle ne peut se vivre dans une réalité amoureuse. C’est là d’ailleurs que réside toute la difficulté de réaliser matériellement la relation de transfert qui, si elle l’était, saborderait la relation thérapeutique, ce qui implique que la thérapie, qu’il s’agisse de psychanalyse, de magnétisme ou d’hypnose et de sommeil lucide, vit du désir non réalisé, et de l’amour interdit et fantasmé. D’où encore une fois, le raccourci freudien de l’œdipe qui s’il peut sembler expliquer la situation de transfert, et par association d’idées ce qui la sous-tend, n’est que l’explication psychanalytique de ce qu’il ne sait pas expliquer, ce moment de confusion où tout l’être appelle à commettre l’acte sexuel devenu interdit thérapeutique. Si ce moment de confusion est si confus, c’est parce qu’il se vit à huis clos, et que l’énergie sexuelle qui finit par s’en dégager est non seulement puissante pour les raisons que nous avons exposé plus tôt, mais amplifiée par le huis clos et l’intimité qui en résulte, et rendue exponentielle par l’interdiction toute imaginaire qu’il est faite de sa matérialisation par le rapport sexuel et l’amour réalisé en l’autre. S’il y avait matérialisation de la relation amoureuse fantasmée et sexualisée, en toute honnêteté, nous ne parierions pas que cela ne contribuerait pas à la disparition de certains des symptômes de l’hystérie, si c’est l’hystérie qui conduit à la thérapie, qui sont rappelons le, en grande partie dus à des problèmes d’inhibition sexuelle. Cela se ferait alors, au nez et à la barbe d’une cure psychanalytique si longue et si fastidieuse qui n’aurait plus de quoi se soutenir : l’inhibition sexuelle du patient ou de l’analysé. Pour bien montrer que nous ne sommes pas en pleine affabulation sur la question amoureuse, sexuelle, et de cure analytique, Freud dira de ce qui se joue entre l’hypnotiseur et l’hypnotisé ou par ricochet entre l’analyste et l’analysé (puisque c’est de là que lui-même tire toute la substance non seulement de sa théorie du transfert, mais de toute sa théorie sexuelle) est une énergie mystérieuse.

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« Cette force mystérieuse à laquelle on donne communément le nom de magnétisme animal doit être la même que celle qui constitue pour les primitifs la source du tabou, c’est la force qui émane des rois et des chefs et qui met en danger ceux qui les approchent (Mana). » 22

Cela simplement pour dire que s’il y a interdit, cet interdit n’est pas un tabou, même si encore une fois il nous est présenté comme tel par la psychanalyse freudienne qui a décidé que si la force était la source du tabou, alors la relation devait être de l’ordre de la relation totémique. Il ne devient interdit éthique que parce que la psychanalyse dans un de ces raccourcis dont elle a le secret, nous invite à penser que la matérialisation du fantasmé dans le cadre de la relation de transfert est tabou car répétition d’un schéma œdipien. Ainsi, ce qui se joue lors du transfert est du même ordre d’interdit fantasmé et rejeté tant par l’analyste que par l’analysé. Or le tabou de la relation thérapeutique est un tabou qui n’a d’autre source que la psychanalyse qui le projette en nous comme tabou primordial et de source archaïque. Ce tabou là est tabou freudien, et n’a aucune source archaïque pour la simple et bonne raison que la source n’est pas prouvée et prouvable, même si l’énergie est bien présente. La seule chose qui pourrait advenir de la transgression de cet interdit psychanalytique par une relation sexuelle consentie, en dehors du soulagement sexuel et de la plénitude amoureuse et de la baisse de tension que cela entrainerait, ce serait une cure terminée. Avoir une relation dans le cadre d’une psychanalyse ou toute autre relation thérapeutique entrainerait donc de fait la fin soit de la relation sexuelle qui n’en verrait qu’une et une seule par non régénération de l’énergie évacuée par celle-ci, soit la fin de la relation thérapeutique et le début d’une relation amoureuse à ciel ouvert, soit, et plus probablement une fin de thérapie et aussi de relation amoureuse due à un échec à superposer le réel et le fantasmé. Toujours est-il que ce qui se jouerait ne relèverait en aucun cas du tabou brisé, mais de la difficulté relationnelle de deux adultes ayant franchi un cap dans une relation compliquée.

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Sigmund Freud, Psychologie collective et analyse du moi, Editions numérique “Les classiques des sciences sociales”, 1921, p 56

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2- De la force mana Si la relation de transfert est si particulière, c’est que ce qui s’y joue est selon les dires de Lacan, d’un ordre élevé, il dira qu’on ne peut faire aucune distinction entre le transfert et l’amour 23car ce qui se joue dans cette relation, du domaine pourtant artificiel de la situation d’analyse, ne fait en aucun cas du transfert amoureux un artifice. C’est que l’amoureux Lacan sait de quoi il parle, ses séminaires sont la retranscription de cet au-delà d’amour et de sexualité qu’il a eu à expérimenter par le transfert, et dont il sait que s’il n’est pas le divin, doit en tous les cas bien nous en rapprocher. Le séminaire XX, « Encore »24, est très certainement une ode au transfert et à cette femme, femelle parmi les femelles qui lui a révélé le mâle en lui en le soumettant à son désir lui révélant ainsi le phallus dans toute sa splendeur. Pour appuyer cette affirmation, nous avons la précédente déclaration de Freud à propos de la force mystérieuse, puis nous avons Lacan lui-même, et sa théorie du Phallus, dans ce qu’elle a de psychanalytique, mais également dans ce qu’elle a d’amoureux, de mâle, de virile, et d’aimant pour cette femme dont la jouissance est divine 25. Nous n’en dirons pas plus, car la poésie Lacanienne doit rester à elle-même dans ce qu’elle nous émerveille. Lors du transfert et du contre transfert, c’est l’amour même qui s’exprime au travers d’une relation qui peut, par tension sexuelle créer un attachement érotique incontrôlable et incontrôlé d’où le problème éthique qui se pose et qui n’a pour le moment pas trouvé d’autre réponse que celle qui consiste à lui laisser faire son chemin dans le monde du fantasme sans jamais la réaliser dans la vie pour ne pas rompre la relation soignant-soigné ou analyste-analysé qui ne pourrait souffrir d’une relation sexuelle sans être taxée d’abusive, la relation amoureuse non sexualisée elle, est acceptable dans le huis clos du cadre thérapeutique. L’amour sous cet aspect est bien plus qu’une simple projection sexuelle comme nous l’a démontré Freud, même s’il peut sans doute également être cela, il est une énergie mystérieuse qui échappe à toute tentative de classification analytique, et tenter de classifier 23

Jacques Lacan, Le transfert dans l’expérience analytique, Interview visible sur youtube, publiée en 2015. 24 Jacques Lacan, Séminaire XX, Encore, Version AFI, 1972-1973 25 Jacques Lacan, Séminaire XX, Encore, Version AFI, 1972-1973

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cette énergie, c’est de fleureter avec le mensonge et la manipulation, et c’est ce que nous allons à présent aborder, même si nous reviendrons par ailleurs sur l’amour pur et sans manipulation. La vision commune de l’Amour avec un grand A consiste à situer l’amour comme une chose irréelle puisqu’éthérée et donc sans attache physique. Or l’amour a bien une attache physique s’il le désire, et cette attache peut s’enraciner dans la sexualité adulte. Dire qu’une sexualité mature est adulte, c’est concevoir que si l’appareil génital est fonctionnel, alors il peut faire l’expérience de l’Amour avec un grand A. Cet aspect a été volontairement ou involontairement négligé par la psychanalyse, car elle ne se soucie pas de qui nous sommes, des chenilles, des chrysalides, puis des papillons, et si le papillon seul peut voler, c’est parce qu’il a eu à être une chenille qui a opérer sa transformation avec succès. La majeure partie des troubles psychiques se produisent après la puberté, et c’est avec raison, et cette raison, nous la situons dans le mauvais état du cocon de l’état de chrysalide qui n’a pas joué son rôle, opérer une transformation réussie. Si la puberté est ce qu’elle est, une période de transformations physiques, elle doit alors opérer en conséquent une transformation psychique qui assurera à l’être une fonctionnalité complète de tous ses organes de jouissance de la vie. Nous n’aborderons pas ce sujet d’une façon élaborée, car alors il nous faudrait agir comme Freud, dénuder le cocon en en faisant une chose de bien peu de poésie, et qu’est-ce que l’amour avec un grand A sans la poésie ? Nous allons cependant décider de ce que peut vouloir dire une transformation réussie, pour vous donner une idée de ce qui fait la vraie différence entre un papillon en pleine possession de son pouvoir, et un autre malheureux d’une transformation ratée. Pour comprendre ce qui nous anime, il nous faut en revenir un instant à Freud et à la raison qui sous-tend sa réflexion, raison qui effleure à la lecture de « psychologie collective et analyse du moi », et qui nous ramène à un de nos travaux antérieur 26 sur le sujet de la manipulation, travail que nous avions entrepris et auquel nous apportons par ce biais l’assise analytique qu’il lui manquait, sans faire plus de remous que nécessaire.

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Mariam Martinet, Vérité et manipulation, Mémoire de M2 Esthétique, Université Paul Valery, 2016

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3- Le freudisme et l’amour manipulé C’est que la psychanalyse serait alors ramenée à un simple outil d’apprentissage de contrôle de l’autre comme entité contrôlable, or elle n’est pas cela, et nous en sommes bien conscients. Toutefois, nous ne pouvons pas ignorer le fait que si Freud a eu à se pencher sur ce qui est aujourd’hui utilisé de par le monde pour manipuler les masses par son prochain, ce n’est pas par pur hasard, et ce qui nous amène à travailler ce sujet, est l’amour de notre prochain par ce qu’il a de faiblesses inexprimées qui l’exposent aux aléas de la manipulation de Freud. Et nous y arrivons maintenant. Nous estimons que si ce qui se joue dans le travail freudien est si critique en matière d’inconscient manipulé, c’est que le double standard freudien en matière d’éthique de la recherche est à raisonner sur ce terrain, et que si la question du motif qui sous-tend la recherche ne semble pas se poser, et nous y reviendrons, c’est parce que l’aura freudienne est telle qu’il n’est pas questionnable, et c’est pour cela que nous le questionnerons. Nous estimons, à la lecture de ses textes, que Freud a mené une double recherche, l’une à des fins thérapeutiques, et l’autre à des fins d’espionnage et de manipulation, même s’il paraît aussi être celui qui la combat. Nous envisageons que suite à certains échecs du système freudien et juif d’espionnage dont le but est incertain sinon pour nous amener à évaluer la possibilité que le peuple juif se vit dans sa notion solidaire depuis plus longtemps que la création de l’état d’Israël. Il semble que l’on puisse à partir de là, envisager que la première guerre mondiale soit une part de l’échec du système freudien et juif d’élaboration de la nation juive en tant qu’entité préexistante à l’état. Cette vision a pour cause, au-delà de la lecture des textes freudiens, la notion de judaïsme qui semble tisser une toile au niveau des états et à l’échelle internationale, impliquant les plus grandes figures de l’histoire préguerrière tel que Einstein, ou encore d’autres scientifiques à tous les niveaux de la société, dont le pouvoir incontestable, (La création du nucléaire), a conduit le monde où il se trouve aujourd’hui même, le cœur saigné à blanc, au propre et au figuré, autour de la création et de l’existence de l’état d’Israël. Lorsque la deuxième guerre mondiale éclate, Freud décède, laissant au peuple juif innocent de ces actes de manipulation, la responsabilité d’en affronter les résultats meurtriers puisque nous pouvons aussi envisager que la deuxième guerre mondiale est le résultat d’une tentative ratée de manipuler le collectif inconscient

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par suite de l’échec du système de renseignement basé sur l’inconscient que représente la première guerre mondiale. La deuxième guerre mondiale a peut-être aidé à créer une nation juive, l’état artificiel d’Israël, mais a vu la nation juive naitre des cendres du peuple juif. Tout cela pour dire que nous ne pensons pas que ce qui se joue aujourd’hui, soit si détaché de ce qui se joue hier, et ne peut s’adresser que s’il y a une prise de conscience de ce qui se joue hier et aujourd’hui. Nous allons pour éclairer cette vision vous citer quelques extraits de ce que nous considérons une manipulation du moi individuel et collectif, et qui est également une élaboration de techniques de manipulations qui se veut démonstration du collectif inconscient, mais qui est en réalité techniques de transformation de la machine inconsciente à son avantage dans un but qui nous est inconnu mais que nous pouvons deviner guerrier et de domination. Nous précisons que cette ébauche qui pourrait paraître hors de notre sujet ne l’est pas, car elle poursuit le même fil d’Ariane qui nous conduira hors du dédale freudien. Nous avons précédemment abordé le sujet de cette force (Mana) dont l’idée ne vient pas de Freud, mais des tribus dites primitives, et dont Freud eu sans doute vent par l’ethnologie et l’anthropologie. Rappelons que cette force est située par Freud comme source des tabous de ces sociétés, et faiseuse de chefs et de rois, en bref, de puissants. Rappelons également que Totem et Tabous ne révèle cette force si l’on peut le dire, que pour la dénigrer et la ramener à une chose inconsistante sans fondement mystique, et rappelons que Totem et Tabous fut publié en 1913, soit un an avant le début de la première guerre mondiale.

4- Une réalité à double sens Si ces précisions peuvent sembler futiles et dérisoires, c’est qu’elles n’ont aucun point commun autre qu’une association libre d’idées. Par contre, si cette association d’idée est ce qu’il y a de plus profond pour décider de la théorie freudienne, c’est qu’elle est celle qui permet de décider si une idée peut aussi être son contraire dans un laps de temps pas si long, et cela sans se contredire. Nous vous laisserons juger à présent, mais nous voulons vraiment savoir si cette force (Mana), est mystérieuse comme en 1921, ou si elle est superstitieuse comme elle l’est dans

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Totem et Tabou en 1913. Cette contradiction freudienne, si elle n’est qu’insignifiante comme beaucoup de contradictions freudiennes, est pourtant ce qui nous questionne sur la passion de Freud (cf. Lacan), car en effet, si une force peut à la fois être mystérieuse et superstitieuse, Freud pourrait tout aussi bien être athée et juif, ce qu’il est d’ailleurs, d’où l’autre question qui découle de la première : qui ne se vit pas de contradiction ? He bien il y a nous, qui ne pouvons vivre de contradictions, mais de réalités freudiennes toutes prêtes, et servies pour accommoder nos vies avec un peu de sauce sexuelle pour pimenter le tout. La question est d’envergure, car comment faire accepter à une masse, ou à une foule, une idée comme vrai ? Freud nous en donne non seulement la réponse écrite, mais la preuve par l’exemple : Nous qui acceptons sans broncher sa théorie comme vérité sur nous-même. Voici donc quelques extraits de ces textes que nous avons choisi de porter à votre attention.

« Aujourd’hui encore les individus composant une foule ont besoin de savoir que le chef les aime d’un amour juste et égal, mais le chef lui-même n’a besoin d’aimer personne, il est doué d’une nature de maitre, son narcissisme est absolu, mais il est plein d’assurance et d’indépendance. Nous savons que l’amour endigue le narcissisme, et il nous serait facile de démontrer que par cette action il contribue au progrès de la civilisation. »27

Parlons d’un autoportrait ! Mais nous n’en parlerons pas, nous le citerons car il se suffit à lui-même.

« Mr Ferenczi a raison de dire qu’en adressant au sujet l’ordre de dormir, qui sert d’introduction à l’hypnose, l’hypnotiseur prend, aux yeux de celui-là la place des parents. Il croit pouvoir distinguer deux variétés d’hypnose- celle qui relève d’une suggestion apaisante, comme accompagnée de caresses, et celle produite par un ordre menaçant. La première serait l’hypnose maternelle, la dernière l’hypnose paternelle. D’autre part, l’ordre de dormir, destiné à provoquer l’hypnose, n’est 27

Sigmund Freud, Psychologie collective et analyse du moi, Editions numérique “Les classiques des sciences sociales”, 1921, p 55

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en somme que l’ordre de détacher son intérêt du monde extérieur, pour le concentrer tout entier sur la personne de l’hypnotiseur : c’est d’ailleurs ainsi que le comprend le sujet lui-même puisque dans ce détachement de l’intérêt des objets et faits de monde extérieur réside la caractéristique psychologique du sommeil, et c’est sur lui que repose l’affinité entre le sommeil véritable et l’état hypnotique. C’est ainsi que par ses procédés l’hypnotiseur éveille chez le sujet une partie de son héritage archaïque qui s’est déjà manifesté dans son attitude à l’égard de ses parents et surtout dans l’idée qu’on se faisait du père : celle d’une personnalité toute puissante et dangereuse à l’égard de laquelle on ne pouvait se comporter que d’une manière passive et masochiste, devant laquelle on devait renoncer complètement à sa volonté propre et dont on ne pouvait aborder le regard sans faire preuve d’une coupable audace. » 28 « L’hypnose peut à bon droit être désignée comme une foule à deux, pour pouvoir s’appliquer à la suggestion, cette définition a besoin d’être complétée : dans cette foule à deux, il faut que le sujet qui subit la suggestion soit animé d’une conviction qui repose non sur la perception ou sur le raisonnement, mais sur une attache érotique. » 29

Cette attache érotique est l’œuvre de la vie de Freud. Nous nous arrêterons là pour la question freudienne du double standard de recherche. Il nous semble que nous méritons mieux.

Revenons à présent à l’Amour comme vertu, et donc à ce que l’on peut appeler Amour avec un grand A, qui, s’il n’est pas dépourvu d’attaches sexuelles, n’est pourtant pas ce qu’en a dit Freud, et cela nous allons nous attacher à le démontrer. Il en résulterait que ce qui se joue en matière d’amour, est, comme Freud l’a si bien dit, ce qui endigue le narcissisme et ce faisant, brise le miroir freudien. Ainsi, si ce que nous dirons de l’amour est ce qui est, alors ce que nous venons de dire au sujet de la manipulation freudienne est 28 Sigmund Freud, Psychologie collective et analyse du moi, Editions numérique “Les classiques des sciences sociales”, 1921, p 57 29 Sigmund Freud, Psychologie collective et analyse du moi, Editions numérique “Les classiques des sciences sociales”, 1921, p 58

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bien ce qui est, puisque nous ne prenons pas Freud pour une personne stupide, mais bien au contraire pour une personne d’un talent certain, et d’un génie, questionnable non par son talent ou son intelligence, mais par la volonté qui sous-tend son œuvre. Pour parler d’Amour avec un grand A tout en parlant de sexualité, et que le raisonnement puisse être compris parce que se référant à ce que nous pouvons concevoir même lorsque nous ne pouvons l’expérimenter, nous allons nous référer à l’amour tantrique.

5- Aloïse et l’amour tantrique L’amour tantrique est la forme d’amour la plus élevée dans le tantrisme qui est une philosophie hindouiste, car il permet de vivre l’expérience du divin en l’humain et ce de la façon la plus inhabituelle en associant expérience divine et sexe, et donc énergie, amour et divinité en un seul acte. Ce principe qui est plus connu sous le nom de tantra est ce qui nous permet de vivre l’énergie divine humanisée puis divinisée en un cycle sans fin de transformation et de renouvellement des énergies. Si l’amour y est si présent et si fort, c’est que l’acte sexuel dans ce cas est considéré comme sacré car relevant du divin, même si l’humain en fait l’expérience. Voilà pour ce qui concerne le tantra ou l’amour tantrique. Il n’y a qu’à voir ce qui se joue dans cette notion, pour comprendre de quoi relève ce qui se joue dans la relation thérapeutique, et si ce qui s’y joue peut bien être comparé à de l’amour tantrique, c’est que cette énergie venue de nulle part, emplie l’espace de telle sorte que la tension devenue palpable, doit, soit se soulager, soit s’évacuer pour ne pas devenir destructrice, soit se transformer par sublimation. S’il y a jouissance, elle est tantrique, et s’il y a sublimation comme cela est recommandé par l’éthique psychanalytique, alors la sublimation est puissante parce qu’elle est celle d’une énergie puissante. Si la comparaison entre le tantrisme et le transfert est intéressante, c’est parce qu’elle permet de visualiser l’énergie divine de guérison. Cette énergie qui n’appartient ni à l’analyste ni à l’analysé, empli l’espace de la cure, et peut soit apporter guérison, c’est le cas bien souvent, soit détruire lorsque cela est nécessaire, c’est également le cas parfois. C’est que ce qu’il faut se dire de cette énergie qui ne nous appartient pas, qui ne fait que nous traverser, qui nous est inconnue et qui est sacrée, et nous est pourtant favorable dans

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la mesure où nous nous conformons à son éthique qui est celle de la nature qui nous habite et que nous habitons. Si elle est mystérieuse, elle l’est dans ce qu’elle ne nous appartient pas et ne répond à aucun commandement qu’il soit psychanalytique ou autre, et nous y reviendrons. C’est ainsi que le sexe ici, loin d’être un élément de bestialité ( nous faisons bien la différence entre bestialité et animalité qui sont deux notions qui ne se substituent ni ne se complètent en aucun cas, car si la bestialité désigne le vil, l’animalité au contraire en appelle à notre élévation, et c’est dans cette encoche entre bestialité et animalité que s’est inséré toute l’absurdité de la théorie freudienne qui décide que ce qui est animal est bestial tout comme il décide que toute primitivité est rétrograde), répond à un fondement naturel qui est éthique puisque ce qui nous habite est avant tout une chose de la nature, et comme toute chose de la nature, répond à des impératifs de contrainte, et ici la contrainte réside dans la mort et le renouvellement de la tension. Si ce terme éthique est lui de nature fondamental dans ce contexte, c’est qu’il est fondement de toute chose de la nature qui répond à ses lois. Ainsi, nous venons de voir que ce qui est fondement par la structure contraignante du conscient et de l’inconscient est l’éthique et non l’éros, puisque c’est l’éthique qui soustend toute relation, même lorsque c’est par son absence. Nous dirions que l’éros a probablement la seconde place dans cette structure en termes de hiérarchie mais nous ne pouvons à ce stade l’affirmer. Toutefois, il n’est pas principe premier du monde et de l’inconscient ou du conscient. L’éros, tel que nous l’envisageons est de nature gémellaire éros-puissance, et à l’image du phallus lacanien, symbole de l’eau delà. Si la gémellarité est rompue et que l’un des principes manque, alors la structure est fragilisée. C’est là que se situe la source de toute instabilité psychique, et ce phénomène de gémellarité, s’il est incompris, ne peut s’adresser. Ce qu’il faut également noter, c’est que si la physique de la matière ne nous enseigne pas la contrainte comme fondamentale puisqu’éthique, c’est alors qu’elle a manqué un de ses devoirs qui est de comprendre notre univers dans son fonctionnement, et ce fonctionnement est de contrainte, car qui dit puissance dit contrainte, ou c’est l’impuissance. C’est dans ce contexte d’éros tantrique que nous introduisons à présent le travail et la vie de Aloïse née Aloïse Corbaz (1886-1964) qui est une artiste d’avant-guerre, ayant vécu une histoire des plus invraisemblables, puisqu’elle affirme avoir entretenu une relation

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amoureuse avec l’empereur Guillaume II, affirmation non vérifiée et probablement non vérifiable. Cette relation présentée comme imaginaire par ses biographes prend sa source à la cour de Guillaume II ou Aloïse travailla comme gouvernante, période durant laquelle elle développa une romance imaginaire (peut-être) avec l’empereur, romance qui se poursuivi dans l’imaginaire (c’est sur) lorsqu’elle quitta la cour. Ce tremplin imaginaire pour accéder à l’amour tantrique est ce que va développer Aloïse lorsque déclarée schizophrène, elle se fait volontairement interner à Lausanne, et se consacre à partir de là au dessin. Son œuvre est tendre et érotique et retrace les scènes imaginaires de sa vie peut être imaginaire avec l’empereur Guillaume II. Nous n’allons pas épiloguer sur ce qui s’est réellement passe à la cour de Guillaume II, toujours est-il que ce qui ne s’y est pas passé est d’un réalisme frappant. Le tantrisme d’Aloïse qui semble avoir découvert la fibre même de l’univers tantrique est exquisément érotique, et illustre il nous semble assez bien ce que nous venons de dire de l’amour avec un grand A, et de l’érotisme qui en découle. Si le renouvèlement en est la clef, alors il faut dire qu’Aloïse doit avoir trouvé la clef de ce renouvellement, car elle s’y vit, et si elle s’y vit dans la solitude du monde, ce qu’elle vit ne relève pourtant pas du pathétique car l’amour naissant a pris le relais sur le pathos, en introduisant avec poésie une réhabilitation de son amour qui se situe dans l’éros, car il est don de soi par le don de son au-delà, au-delà à nous restitué par la poésie de l’art. Ce qu’il est intéressant d’envisager à propos de ce que nous venons de voir, c’est que la sexualité érotique est une chose qui ne dépend que de la vie imaginaire, puisque pendant plus de 40 ans, Aloïse a dessiné sa vie érotique imaginaire (qui se dirait sexuel fantasmé en langage freudien) sans en avoir dans le réel. Se dire cela, c’est comprendre que toute la théorie freudienne est basée sur le principe du réel fantasmé puis réalisé, faisant par ricochet de l’inconscient la source de nos besoins pulsionnels qui s’ils sont inconscients, ne peuvent être imaginés. Nous avons là une première contradiction qu’il faut peut-être élaborer, et nous allons le faire. Si cet inconscient est le siège de l’éros, il faut se faire vivre une vie de sentiments dévergondés en pulsions sexuelles pour au final finir par se rendre compte que si la sexualité est ce qu’elle est, une famille de l’invisible matérialisé, elle n’est donc plus ce qu’elle est aussi une famille du visible fantasmé. Et ce qu’il faut conclure de cela, c’est que si le visible prend sa source dans l’invisible, il est donc fantasme réalisé.

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AloĂŻse Corbaz

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Cela bien sûr ne se peut puisque c’est le visible qui est la source de nos fantasmes et non l’inverse, d’où là encore, la théorie freudienne du rêve qui veut que le rêve tire sa substance du réel, et non l’inverse. On pourrait rétorquer à cela que la vie d’Aloïse lui a offert au moins un point d’accroche réel, ne serait-ce que de voir l’empereur et de lui donner un visage pour l’élaboration de ses fantasmes d’après ce souvenir. Mais si nous allions là, nous nous rendrions alors compte que ce que nous disons est erroné, puisque c’est tout un monde, et une vie active qui est élaborée à partir d’une seule mémoire, ce qui nous ouvre à l’immensité de l’infini, et à sa mystérieuse contradiction qui nous veut réels sans que nous sachions au juste ce qu’est le réel. La folie dans toute sa splendeur, ou l’inconscient comme si nous y étions.

Pour en revenir à Freud et au transfert, il faut se dire que si nous sommes ceux qui peuvent élaborer une relation érotique ou sexuelle inexistante à partir d’un sentiment d’amour, alors la thérapie est au centre de l’élaboration, car c’est dans son cadre, et à partir de l’analyste pour l’analysé et à partir de l’analysé pour son analyste que l’élaboration se fait, ce qui fait que le monde immatériel et réel qui en résultent sont le résultat de ce cadre thérapeutique rendant l’acte d’amour de ce couple analyste-analysé symbolique, et l’élaboration érotique et romantique. Si ce couple est symbolique, c’est qu’il fait écho à au couple premier, celui du mythe fondateur de toute société humaine. Le fait de vivre à travers le huis clos de la cure un des fondements premiers du monde humain, c’est à dire l’amour générateur de nos vies à nous humanité par ce couple symbolique, entre le male et la femelle, puis un autre de ses fondements par l’expérimentation d’éros-puissance, rend la cure difficile car ce que nous avons décidé comme éthiquement impossible (le transfert) pour le couple analyste-analysé est pourtant ce qui dans ce cas présent est le fondement éthique du monde animal. Une vérité qui ne nous appartient pas tant elle est symbole archaïque dans le schéma, et curative dans la structure. Pour le dire plus simplement, la résistance à ce qui nous fait animal, car ne répondant pas à la normativité de la société humaine, mais à l’appel de nos racines archaïques est ce qui nous rendra malade et d’autant plus si l’objet de la cure est déjà une résistance à la nature

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et à l’appel des sens. Ainsi, la tentative psychanalytique tout comme les tentatives hypnotiques ou magnétiques de rationaliser le sensuel, se confrontent au sensuel avec force, de cette même force que Lacan décrit comme élevée, et qui, on le sent dans ses déclarations est force à l’état pur qui force le respect. Ce que l’on peut se dire de ce schéma du monde que nous venons de mettre à jour, c’est que si le naturel ne peut s’exprimer librement, il le fera avec force et fracas, et ce fracas est à la mesure de ce qui se vit face à la nature déchainée lorsqu’elle se déchaine, comme lors de séances d’hypnose, de psychanalyse ou de mesmérisme. Freud fit l’expérience du déchainement naturel durant l’entre deux guerre, expérience qui eut, nous le pensons, au moins le mérite de lui faire comprendre que l’humain n’est pas pour l’humain un jeu scientifique de manipulation, et nous reviendrons là-dessus.

C - L’Amour avec un grand A 1- du refoulement et de sa raison d’être Si la théorie freudienne est si erronée, même si elle nous a apporté un indice sur la place de la sexualité dans le monde, c’est que ce qui la sous-tend n’est pas une éthique naturelle universelle, mais une construction spirituelle freudienne erronée. Ce principe de l’éros n’est pas faux en soi, mais il ignore l’autre principe qui l’accompagne, et qui est puissance. Ainsi, ce qui sous-tend la théorie freudienne, c’est principalement l’idée que le refoulement d’évènements et de sentiments liés à ces évènements crée dans l’inconscient, inconscient que nous ne pouvons réellement définir, des phénomènes de pulsions incontrôlables qui peuvent nous conduire à la névrose ou à la psychose pour certains, et au mal être pour d’autres. Toujours est-il que pour Freud, ces évènements refoulés, même si l’on sait que l’évènement qui est refoulé n’est généralement pas traumatique, puisque l’évènement traumatique n’est généralement pas refoulé, conduisent nos destinées.

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Ce à quoi nous ne nous opposeront pas, c’est au fait que le refoulement agit sur nos destinées, car il est certain que si nous ne savons pas ce qui guide nos destinées, c’est peutêtre que la chose n’est pas consciente. Par contre, le fait de fouiller dans le souvenir refoulé pour trouver la raison de son mal être et/ou de ses symptômes névrotiques ou psychotiques nous semble plus aléatoire, car enfin, ce qui se joue lors d’une psychanalyse lorsque nous nous évertuons à trouver le souvenir refoulé coupable du mal être présent, c’est tout simplement une fiction de nous-même, ramenée au jour pour nous aider à y voir plus clair, et aussi à nous défausser de ce qui nous encombre. Or ce qui semble nous encombrer par le refoulement n’est pas forcement ce qui nous rend malade, mais ce qui nous rend malade est bien ce qui est inconscient, autrement il n’y aurait pas besoin de la psychanalyse, car en fait, ce qui se produit lors d’une psychanalyse, et qui supposément nous guérit n’est pas le souvenir refoulé et encombrant ramené à la surface, mais la conscience que nous avons de nous-même et qui n’est pas dicible sans être impudique même dans le cadre d’une psychanalyse. Il n’y a qu’à voir ce que nous tentons de nous dire de nos souvenirs refoulés lors d’une psychanalyse, pour comprendre qu’il n’y a pas là, d’élément de guérison, car ce n’est pas parce que nous aurons ramené au jour l’idée d’un sentiment d’être violée dans une situation qui n’avait rien de violente que nous serons guéris de nos névroses hystériques. Par contre, la prise de conscience intime, non dévoilée à l’analyste de ce qui sous-tend ce rêve (car c’est un rêve puisque ce n’est pas une réalité), et qui consiste en l’acte verbal et thérapeutique d’imaginer un viol à partir d’une scène anodine de la vie, et qui en gros peut se résumer ainsi : rêver d’un viol devant son psychanalyste, et faire porter le chapeau de ce fantasme à l’inconscient par le refoulement. Ceci, à default de nous conduire à dire verbalement que nous avons fantasmé un viol, et donc une soumission sexuelle à l’autre fantasmé, peut au moins nous faire prendre conscience que si le refoulement y est pour quelque chose, ce n’est pas là où Freud le dit. Ce qui se joue en psychanalyse, n’a souvent rien à voir avec le passé comme l’on pourrait le penser, même si le passé détermine bien qui nous sommes dans le présent, le passé lorsqu’il est traumatique se guérit avec le temps et l’amour et c’est tout. Par contre, ce qui se joue en psychanalyse est notre pensée intime qui ne se veut pas ce qu’elle est, parce que la société a décidé que ce qu’elle est n’est pas convenable, aussi il nous faut tous les détours

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de la psychanalyse, avec l’inconscient comme fautif, pour finir par admettre que ce qui nous incommode, c’est ce carcan de règles qui nous empêche de jouir de la vie à nous en rendre malade. De ce point de vue, Freud a bien saisi le sens de la névrose hystérique. Il dira d’elle que :

« L’hystérique souffre d’un refoulement sexuel qui dépasse la mesure normale, d’une intensification du développement des forces qui s’opposent à la pulsion sexuelle (pudeur, dégout, conception morales). Il refuse instinctivement de se préoccuper du problème sexuel, ce qui, dans des cas typiques, a pour résultat une ignorance complète, se prolongeant bien au-delà de la puberté. » 30

Ainsi, ce que Freud appelle névrose de transfert, n’est en réalité qu’éros-puissance en action de guérison, qui habite l’espace de la cure, rendant impossible, comme le dit Lacan par son transfert imaginaire de résistance, toute velléité de chercher ailleurs la faute. C’est que contrairement à la psychanalyse, l’inconscient ne sait pas se faire valoir autrement que dans le présent, et ce présent qui est occulté tout le temps de la cure se rappelle à nous un peu brutalement, d’une manière que nous pourrions symboliser dans cette phrase : « et si on faisait l’amour ? » D’où forcement le malaise du psychanalyste, qui sait bien que ce dont il est question au final n’est pas tout à fait ce dont il est question puisque lui aussi le voudrait bien, peut être…. Et ainsi, l’énergie présente du présent se rappelle à nous dans ce que nous avons de plus primaires, nos instincts mâles et femelles, avec force et puissance. L’éros-phallus dans toute sa splendeur. C’est que la cure psychanalytique n’est plus aussi évidente si l’on se veut vivant de nousmême, car alors, il lui faudrait pouvoir admettre que ce dont il est question, c’est de présent, d’amour et d’intimité sexuelle.

Le signe du sexe est partout présent sous différentes formes, de l’exorcisme à la psychanalyse en passant par le mesmérisme, l’hypnose et le sommeil lucide, le rendant de 30

Sigmund Freud, Trois essais sur la théorie de la sexualité, Edition numérique sur scribd.com, 1905 p51

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fait objet à exorciser. S’il faut se demander si c’est le sexe sous cette forme qui a inspiré Freud dans l’élaboration de sa théorie, nous pouvons à présent affirmer que oui. Mais la notion d’amour véritable, elle est traitée différemment, habitant un espace un peu flou, de non connaissance parce que s’il y avait la connaissance il n’y aurait plus l’amour. Freud dans sa théorie utilise plus principalement le terme verliebtheit (énamoration) lorsqu’il parle du lien amoureux liant deux adultes, le terme amour étant lui réserve à une notion plus pure de l’amour que l’on ne sait vraiment situer dans la théorie freudienne, car elle reste peu traitée même s’il y a une tentative de faire la distinction entre ces deux formes d’amour. Nous dirons donc que ce que Freud présente comme vérité fondamentale de l’être ne l’est pas, car lorsqu’il fait la proposition que ce qui sous-tend toute relation est projection libidinale, il sous-entend que toute relation amoureuse est projection libidinale, or cela ne se peut. Il nous reste donc à prendre pour appuyer notre contre-proposition, une forme d’amour qui ne peut être que véritable puisqu’échappant à toute libido ou projection libidinale dans sa phase primaire, l’amour maternel dont le fondement est divin puisqu’archaïque, et pour lequel la projection libidinale n’est pas source, mais conséquence.

2- Qu’est-ce que l’amour ? L’amour maternel est ce qui nous est référence en matière d’amour par sa nature archaïque, son inaliénabilité et son principe fusionnel de l’être qui se dissout dans l’être et nait de l’être. Or ce qu’il est dit de l’amour « non véritable » par opposition à ce type d’amour qui est premier dans le schéma libidinal, c’est qu’il est en quête de fusion, qu’il tire son existence de la libido, et qu’il est périssable car vivant d’une tension qui une fois détendue, peut soit se renouveler, soit disparaître, ou encore se sublimer, or n’est-ce pas là le devenir de toute énergie ? Cela fait que nous avons face à nous deux types d’énergies amoureuses : l’une véritable, et l’autre simplement d’origine sexuelle et définie comme énamoration. La confusion est ainsi cultivée, car comment reconnaître le véritable amour lorsqu’il n’est pas maternel si ce n’est par sa pérennité, et donc comment le reconnaître sans l’avoir auparavant vécu ? Si 77


l’amour véritable est différent de l’énamoration, c’est que selon Freud, l’énamoration a une racine de type sexuelle, tandis que nous n’arrivons pas vraiment à saisir ce qu’est la racine de l’amour véritable dans sa théorie. Or ce qui se dit de l’amour véritable ne peut être, car sorti du cadre maternel, qui peut décider si un amour est véritable ou non ? On le sait tous que de l’un peut naitre l’autre et inversement, car ce qui fait la différence de l’un à l’autre, c’est cette potentialité qu’à l’énergie amoureuse à se renouveler à l’infini, l’inscrivant ainsi dans la sphère de l’amour véritable, et inversement, cette potentialité qu’à l’amour véritable à se sexualiser, l’inscrivant par-là dans l’énamoration. Ce potentiel sexuel contenu dans l’amour véritable empêche de le limiter à l’amour maternel, rendant la tache caduque pour le psychanalyste qui, pour s’y retrouver, décide que le souvenir de la fusion véritable avec la mère est ce que le sujet projette sur l’objet de son amour. Ce travail de l’énergie se renouvelant à l’infini est celui que l’on nomme communément amour véritable, car au-delà des aléas de la vie, et au-delà de la vie, il maintient son cap et sa pérennité. Si donc l’amour véritable peut naitre de l’énamoration, il peut aussi être brisé par l’énamoration qui le rendrait de cette façon non renouvelable. Ce sentiment amoureux que l’on nomme tantôt amour, tantôt attrait, est ce qui nous guide dans nos choix amoureux et que Freud défini comme projection libidinale, et que nous tenterons de défaire de la libido pour le rattacher à ce à quoi il appartient : la vie dans ce qu’elle est mystérieuse. Vivre une vie à se demander si nos sentiments sont de simples projections libidinales a quelque chose de pathétique, et si le sentiment amoureux ne peut se satisfaire de ce pathétique, c’est qu’il est par essence envolée lyrique. Faire preuve de valeur, c’est de savoir reconnaître ce qui relève du pathétique ou de l’envolée lyrique, et à partir du moment où nous l’envisageons ainsi, nous savons aussitôt que si le travail freudien de la projection libidinale comme description du sentiment amoureux existe bel et bien, il habite le pathétique, et seulement le pathétique. Ce qu’il faut se dire de ce pathétique, c’est que s’il est sans doute projection libidinale, il n’en est pas moins pathétique, car si ce qui peut sembler une envolée lyrique n’étant en fait qu’une projection de sa libido ne rencontre rien en face d’elle, elle doit retomber lourdement faute d’altérité pour continuer de s’élever. Nous pouvons illustrer cette idée par cette phrase de Luciano de Crescenzo : « Nous sommes chacun de nous, des anges avec une aile, nous pouvons seulement voler en embrassant notre prochain ».

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Pour sortir du pathétique et de la projection libidinale, et se situer dans la relation amoureuse en aval de la libido ou dans l’amour véritable en amont de la libido, il faut une altérité du sentiment qui parce qu’il nous habite peut aussi habiter notre objet d’amour. Sans ce sentiment, qui n’est que ce qui nous habite sans jamais vraiment nous appartenir, nous nous situons effectivement dans la libido freudienne, mais lorsque ce sentiment est présent, il vit de l’altérité, d’où l’implication qu’il existe bien une catégorie de sentiments, que Freud n’a pas pris le temps de classifier et qui ne sont peut-être pas classifiable, et dont nous ne savons au final pas grand-chose, si ce n’est que pour vivre la relation amoureuse, il faut être deux.

Cet amour véritable tel que décrit par Lacan, ne relève pas de ce monde, mais de son audelà, puisqu’il est situé dans cet au-delà qui est moi idéal ou phallus lacanien, mais aussi et surtout éros-puissance qui se vit du coït dans la mort et le renouvellement, nous tenant de cette façon à l’écart de son éternité à laquelle nous n’avons ainsi un accès « sécurisé » que par le coït, la jouissance, et la méditation. Et cela fait sens, puisque si nous devions vivre dans le coït permanent, nous ne serions pas de ce monde, d’où la contrainte de vivre l’amour par étapes circulaires de tension, détente, renouvellement et à nouveau tension.

3- L’éros-puissance C’est donc cette forme de l’amour fusionnel des premiers âges de la vie symbolisée par l’amour maternel, mais non restreint à celui-ci, puis de la jouissance qui se fait par fusion, qui est moteur dans notre recherche de l’autre avec qui fusionner. C’est ainsi que la recherche de l’amour avec un grand A, et donc de l’éternité par la recherche de la fusion que crée le coït en apportant la jouissance, est inscrite en nous de façon ontologique. c’est pourquoi Lacan parle de la personne à qui manque le phallus et de la personne qui a la possession du phallus, et la réside toute l’ambiguïté de la pensée Lacanienne, qui aurait dû, pour plus de clarté, designer autrement ce qu’il appelle le Phallus, et qui est éros-puissance, car ce à quoi le phallus aspire, c’est au réceptacle d’amour par le coït pour accéder à l’érospuissance ou Phallus lacanien, qui est jouissance pure et éternité, de même que ce à quoi

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le réceptacle d’amour aspire, c’est au phallus pour accéder à l’éros-puissance ou Phallus lacanien. Si le phallus peut designer indéterminément le pénis en érection et l’au-delà fusionnel du monde, le monde serait incohérent car le pénis en érection n’aurait besoin que de lui-même pour accéder à lui-même, or il n’en est rien, car le Phallus lacanien ne peut exister sans le féminin sacré. Cet au-delà de l’éros-puissance est ce qui nous permet de vivre un moment d’éternité et le renouvèlement de la tension par la détente, mais aussi tout simplement l’expérience de la vie dans ce qu’elle est faite de mort et de régénération. Le voir comme cela, c’est admettre comme Lacan l’a fait, que la renonciation en est la clef, parce que si nous n’y renonçons pas, nous y restons, et rester dans l’éternité c’est renoncer à la vie dans sa valeur contraignante de mort et de renaissance. Voilà donc la raison de l’interdit totémique. De ce fait, l’éros-puissance n’est pas imaginable ni représentable, puisqu’il est pure énergie. Personne d’ailleurs n’est réellement capable de décrire cet espace-temps de la jouissance. Les mots « encore », ou « c’est bon » sont ceux qui pourraient nous rapprocher de la chose dans notre langage finalement très enfantin face à la divinité. Ce coït, par la jouissance qu’il nous apporte nous entrouvre l’espace du divin, et c’est d’ailleurs pour cela que Lacan dira de la jouissance féminine qu’elle est divine. Cet espace ne peut se vivre que dans la complémentarité, et dire que le féminin se détermine par l’absence de l’objet phallus est incomplet, ce qui peut se vivre de cette façon-là, c’est le vide qui est absence d’une chose. Si le vide par l’absence d’objet était le propre de la femme, il n’y aurait aucun intérêt pour l’homme de l’habiter si l’on peut le dire ainsi. C’est parce qu’il y a quelque chose chez la femme de désirable pour l’homme, et de nécessaire à la complétude de son phallus qu’il peut vouloir l’habiter. Cette chose, nous la nommerons réceptacle d’amour, car elle est dotée de la capacité non seulement de recevoir, mais aussi de celle d’amour par la chaleur et le confort si l’on peut l’exprimer ainsi qu’elle procure. Si c’est l’amour qu’elle reçoit, alors le terme réceptacle d’amour est doublement mérité. Si le vagin dans sa fonction de puissance de réceptacle d’amour est si peu étudié dans la théorie psychanalytique, c’est que le psychanalyste ramène généralement le monde au sexe par le phallus, forcément, le psychanalyste est aussi généralement homme, les femmes

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psychanalystes semblant elles, au contraire ignorer la question d’étymologie que pose le phallus ce qui les soumet de facto à l’homme sans cérémonie d’accouplement. Non pas que le mâle n’ait pas sorti le grand jeu, puisqu’il le fait avec le phallus, mais que la femelle semble avoir oublié que sans quelques refus préliminaires, la jouissance ne peut être aussi complète. Nous sommes en pleine confusion parce que l’un trop volontaire, et c’est son attribut le plus proéminent nous présente une vision, et que l’autre soumise, la reçoit sans broncher. Nous ne dirons pas que ce schéma ne respecte pas celui de l’accouplement, nous dirons simplement qu’il a éludé la phase préliminaire. Lacan dans son séminaire « encore », demande ce que les femmes ont à dire de la jouissance. Eh bien ! nous y sommes. Si la femme n’est pas toutes les femmes 31, la femme lui répond pourtant que si le phallus est ce qu’il est, objet de puissance, c’est parce qu’elle l’a voulu ainsi, autrement, il ne serait que pénis sans érection. Et à la question de savoir si ce phallus est désirable, la femme lui répond qu’il est très désirable puisque qu’elle l’a voulu ainsi, mais quel intérêt que ce phallus sans son réceptacle d’amour ? A partir de là, l’homme envisagera finalement ce réceptacle si précieux à sa jouissance car il lui permet d’y déposer ce trop-plein d’amour, et dont il ignorait l’existence pensant que c’était juste une absence de lui. Ainsi se joue la danse éternelle de la vie. Ce réceptacle peut devenir jouissance pour l’homme parce qu’il aura compris qu’il est ce qui lui permet d’y déposer ce trop d’amour en un réceptacle prévu à cet effet, de même que le phallus pourra devenir jouissance pour elle, parce qu’elle aura admis qu’il est ce qui lui manque pour être complète en amour. Voilà la réponse de la femme qui n’est pas toutes les femmes à Jacques Lacan.

4- Un exemple d’éros-puissance. Kozek Zdenek Nous rebondirons à ce propos sur la question de l’objet manquant, et pour faire notre point, sur l’œuvre de Kozek Zdenek qui dit que « la vie sur terre est arrivée du cosmos par des éclairs tombés dans la mer. » 32 Quelle vision plus archaïque en tous sens que celle-là ? 31 32

Jacques Lacan, Séminaire XX, Encore, Version AFI, 1972-1973 Bruno Decharme, Rouge Ciel, produit par ABCD art brut, 2009, après la 79eme minute.

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Zonek Dzeneck

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Ce Tchèque, né en 1949, est devenu artiste suite à ce qui est qualifié de fracture psychique mais sur lequel nous n’avons pas plus de détails. Toujours est-il que suite à cette fracture psychique, il eut à faire l’expérience du divin de façon psychique si l’on peut le dire ainsi, et c’est de cette expérience qu’il rapporte au travers de ses œuvres qui donnent des détails météorologiques et parfois incompréhensibles sur l’art divin du climat (orages, ouragans, pluie, etc..). Il reconnaît au final qu’il n’est pas aisé d’être Dieu, car on a alors le cerveau en surcharge perpétuelle, ce qui l’a obligé à se faire interner et mettre sous traitement médicamenteux. En dehors de cela, il a l’air tout à fait sain d’esprit, et son discours est cohérent, et même acceptable pour l’homme du monde qui sait reconnaître le mystérieux quand il lui fait face. Kozek Zdenek dit aussi que « ce qui se passe dans les nuages, c’est comme l’acte sexuel » 33 , propos que nous illustrons par un de ses tableaux des plus suggestifs qui nous montre bien, à l’image de « l’origine du monde » de Gustave Courbet, que si le féminin s’illustre par le manque du phallus ( et Zdenek nous en offre une illustration de plus), le masculin doit certainement s’illustrer par la présence du féminin, car quel que soit l’angle sous lequel il se place, tout le ramène à ce féminin sacré et origine de son monde.

Revenons-en à présent au lien entre sexualité et amour. Lorsqu’il y a transfert amoureux, l’énergie sexuelle graduellement devient surpuissante et incontrôlable, d’où l’idée frappante que c’est peut-être elle qui guide le monde. Et pourtant, l’amour est présent puisque c’est pour cela que l’on l’appelle également transfert amoureux. Cette distinction entre amour et sexualité, la psychanalyse la gomme en faisant de l’objet de désir sexuel, l’objet d’amour, et cela est plausible puisque ce qui se joue dans la relation amoureuse adulte n’est généralement pas platonique, et qui dit non platonique dit que le sexe est l’un des tenants de la relation. De là à dire que toute relation amoureuse est par essence projection sexuelle, il n’y a qu’un pas, et Lacan l’a franchi qui dit que le phallus par son manque ou sa possession détermine le choix de l’objet d’amour. Notons tout de même que Lacan fait bien la distinction entre la relation amoureuse et l’amour véritable

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Bruno Decharme, Rouge Ciel, produit par ABCD art brut, 2009, après la 79eme minute.

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qu’il situe dans le cadre du don d’amour par le don de son au-delà. Si ce qui fait le don d’amour selon Lacan est si important ici, c’est qu’il permet de situer l’amour dans une relation de don de soi par don de son au-delà, et donc de ce que nous ne possédons pas. Il faut aussi dire ici que le don d’amour peut faire penser au pathétique amoureux dans la mesure où il peut sembler simple projection (sans projection en retour en tant qu’objet d’amour de l’autre) sur l’objet d’amour, mais à la différence de l’amour pathétique, il vit de l’altérité du don, car il se joue de l’échange verbal, et c’est selon lui par le verbe que le don d’amour se fait car c’est ce qui se joue dans l’eau delà de la vie qui est échangé par le verbe. Or si la relation amoureuse est ce qu’elle est, une relation d’incomplétude demandant à se satisfaire de ce manque en chacun, l’autre, dans un but d’union par l’équilibre de forces déséquilibrées de façon ontologique, elle est aussi ce qui recherche la fusion et non le don. Le don s’il était au centre de l’échange, se satisferait d’une relation non fusionnelle, puisque le don est fusion de l’au-delà dans la vie ici-bas, parce que ce qui est donné appartient déjà à l’autre de même que ce qui est reçu nous appartient déjà. Si la différence entre cette relation amoureuse et l’amour véritable est si profonde, c’est parce que d’une part, le don d’amour n’est pas gratuit, il attend en retour un don de même nature, et que d’autre part celui qui donne n’est pas toujours sûr de recevoir en retour. Pourquoi cette distinction est-elle importante ? C’est parce que dans le don d’amour véritable, il y a don de l’au-delà qui est en nous mais qui ne nous appartient pas, il n’y a rien qui s’échange vraiment, puisque l’au-delà de l’être aimé est cela même que nous donnons en donnant de notre au-delà, cette part de lui qui est en nous, car s’il y avait échange, ceux qui donnent seraient dépourvus d’une partie de leur au-delà, et donc seraient déséquilibrés par cet acte. S’il n’y a pas déséquilibre crée par l’acte de don, c’est que ce que nous donnons ne nous appartient pas parce qu’il est cette part de nous-même prévue pour compléter l’autre comme l’est le phallus et le réceptacle d’amour. Si ce terme de réceptacle d’amour se veut vivant de ce qu’il est, une féminité rétablie dans sa fonction véritable, il se veut tel, car sans lui, la théorie du phallus n’est pas complète, et cette complétude est nécessaire à la compréhension de la théorie du don de Lacan qui n’a pas mentionné ce réceptacle d’amour non pas parce qu’il n’avait pas compris le fonctionnement universel de l’être qui est déséquilibre rééquilibré par acte d’amour, mais

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parce qu’il ne sait peut-être pas que l’absence est synonyme de vide, et que ce vide, qu’il ressent peut être chez ses analysées, n’est pas la réalité de la féminité, mais sa dysfonction. Toujours est-il que si la femme avait dû déterminer la fonction masculine, elle aurait probablement ignoré à souhait le symbole phallique pour ne retenir que ce qui lui semble primordial, le don d’amour. Nous ne pouvons donc en tenir rigueur à Jacques Lacan pour ne pas avoir rapporté de ce qui fait la fonction féminine, en dehors de sa jouissance qui est divine. La fonction féminine étant rétablie dans sa réalité fantasmée, de même que la fonction masculine le fut par le phallus, Il nous est possible à nous aussi à présent de dire que la jouissance de l’homme est divine. Ce qui peut sembler nous ramener à nous même comme animaux fonctionnellement dépourvus de raison rationnelle, car la raison ne sous-tend pas la relation amoureuse, ne peut non plus se satisfaire d’une notion d’amour où l’amour répond à des vertus éthiques humaines car l’amour est aussi une chose de la nature malgré le vernis de civilisation dont on l’a recouvert. La physique de la matière, encore une fois, nous ramène à nous même, en nous montrant que s’il est bien une chose que nous ne pouvons que vivre sans la raisonner puisqu’échappant à toute tentative de rationalisation humaine, c’est l’Amour avec un grand A. Ce volontarisme amoureux qui conduit à la création du concept de phallus et qui nous donne à peu près une idée de ce qui peut se jouer dans l’Amour avec un grand A, est celui que nous déterminons comme objet de la cure, car il y a cure de l’inconsistance freudienne de mise en boite de phénomènes naturels par la psychanalyse qui veut soustraire l’amour de la cure, comme si le concept de psyché pouvait se satisfaire d’une vie sans le concept d’amour. Si Lacan nous a tant passionné pour ce sujet, c’est qu’il est enfin, celui qui a compris que dans cet au-delà, il n’y avait rien, et que ce rien est tout puisque l’Amour y réside et que si la cure psychanalytique ne mettait pas l’amour au centre de l’échange, alors il n’y avait pas don, mais viol. Ce que nous apprend le principe lacanien du don d’amour, c’est que s’il existe un monde du réel, il existe aussi un monde au-delà de ce réel qui régit les principes d’échanges du

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réel. Et lorsque c’est l’amour qui est au centre de l’échange c’est que c’est l’Amour qui est aux commandes dans l’au-delà. Ce principe, nous pouvons le vérifier tout au long de l’histoire qui a conduit à la naissance de la psychanalyse, et c’est cela que nous allons voir à présent.

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FREUD ET LA MANIPULATION

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A- Les ramifications inconscientes du rêve 1- Le mesmérisme et les forces qui habitent le monde Le mesmérisme, ou magnétisme animal évoqué par Freud fut crée par un scientifique allemand du nom de Mesmer qui avança l’idée que le fluide animal est ce qui régit le règne animal, et que le monde est empli de fluides invisibles que l’on peut utiliser pour soigner les malades. Il faut dire que le magnétisme animal nous offre une idée un tant soit peu différente de celle du démon chrétien que l’exorcisme combat pour soigner les troubles nerveux, et cette théorie est très probablement celle d’où Freud a été inspiré pour sa théorie de la libido et nous y viendrons. Ce qu’il faut se dire de ce mesmérisme, c’est qu’il a autant inspiré l’hypnotiseur que le psychanalyste car tous deux dérivent de cette pratique qui si elle est archaïque dans les méthodes, ne l’est pas tant dans la théorie des fluides magnétiques que l’on peut retrouver sous forme de pulsions chez Freud et plus tard sous forme d’archétypes chez Jung. Ce qui se fait jour dans ce mesmérisme, c’est que si la structure du monde est bâtie sur des fluides invisibles, ces forces qui nous animent sont bien invisibles également, d’où la découverte de l’inconscient, Mesmer aurait tout aussi bien pu l’appeler invisible magnétique. Ce travail de la psychanalyse qui se veut découvreur de l’inconscient n’est ni plus ni moins que réappropriation du travail du mesmérisme pour le finaliser et lui donner une stature scientifique réelle, ce que Mesmer ne réussit pas à faire car perdu dans des considérations mystiques. L’apogée du mesmérisme se conclut par la découverte de l’hypnose, là encore pratique en réalité très ancienne, mais scientifiquement démontrable cette fois. Le constat que l’on peut faire par rapport à toutes ces expérimentations et pseudo découvertes qui fleurissent de la fin du 18eme siècle à nos jours, c’est qu’elles ont la prétention de nous renseigner sur nous-même et notre monde, non pas de façon rationnelle, mais de façon empirique. Il faut bien dire que l’empirisme est de toute les manière la seule façon possible de théoriser le domaine psychique. Ce qu’il faut se dire de ce travail de 88


l’empirisme scientifique ici appliqué à l’invisible de la vie, c’est qu’il n’est pas très catholique. Un peu d’humour ne tue pas le raisonnement, au contraire, il permet de dire sans dire ce qui sous-tend toute chose. Si ce qui se dit de la vie par raisonnement empirique est si peu fiable à ce stade de notre développement, c’est que nous ne sommes pas si sûr de ce que nous sommes pour que nous avancions dans le raisonnement sans nous y perdre. Et c’est cela que fit Freud, nous entrainant à sa suite dans ce dédale de la pensée empirique. Si le raisonnement Freudien peut bien se valoir sur un certain nombre d’individus, il ne peut pas se valoir sur l’humanité, car cette humanité a bien plus que deux groupes de pulsions pour la soutenir dans sa destinée, et de cela il ne fait aucun doute puisque nous ne sommes pas ceux qui vivent seulement de leurs pulsions, mais aussi de leur raison. Il est d’ailleurs étrange que Freud le rationaliste l’ait à ce point négligé, alors qu’il met la civilisation, et donc la raison au sommet de son art de vivre. Il en oublie pourtant que ce qui se veut si rationnel qu’il en oublie sa nature animale, ne peut aussi être animal sans oublier sa nature rationnelle puisque l’un ne se veut pas complémentaire de l’autre, mais en opposition à l’autre, et c’est ce qu’il fit, inconsciemment peut être. Toujours est-il que si le monde inconscient était régit par deux groupes de pulsions et seulement cela, la raison se situerait alors dans le conscient et seulement là. Qu’est ce qui nous permet d’avancer une pareille idée sans paraître bien prétentieux ? Si le monde en apparence irrationnel du rêve est ce qui lui sert principalement de support pour avancer l’irrationalité du subconscient, ici subconscient est le terme que nous utiliserons volontairement car il permet d’aborder quelques instants notre psyché différemment, c’est parce qu’il a une apparence irrationnelle. Or Freud lui-même a donné une certaine rationalité à ce monde du rêve par son interprétation, donnant une raison à ce qui n’en a en apparence pas, ce qui fait que si le rêve est devenu rationalisé par Freud, il perd de son irrationalité au profit de la raison humaine ou divine. Qui dit irrationalité, dit hors du champ de la raison, or ce n’est pas le cas, puisque là encore, c’est la raison qui gère ce flot des rêves. Quelle raison peut-elle être si irrationnelle qu’elle ne nous est pas étrangère même lorsque nous nous perdons dans son monde ? L’amalgame qui consiste à juxtaposer conscience et raison est très freudien, et mérite d’être creusé.

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Ce qu’il faut savoir de la théorie freudienne du rêve, c’est que si elle se veut une façon de démontrer que le rêve n’est autre que projection inconsciente de nos sentiments refoulés ou projection fantasmée de nos désirs, elle se veut aussi une façon de nous dicter la lecture du rêve. Or ni le rêve, ni sa lecture ne peuvent se satisfaire de cette explication sans nous faire sombrer dans le chaos, cela non parce que la théorie freudienne du rêve est erronée, mais parce que ce qui se joue dans le rêve ne peut être ramené à cela sans paraître simpliste et un peu absurde, car qui dit que le rêve n’est que cela, dit aussi que nous ne sommes que cela. Or encore une fois, nous ne sommes pas que cela, puisque nous sommes aussi autre chose, et c’est cet autre chose que nous allons à présent tenter de définir.

2- De la perception du rêve manipulée Au-delà de son aspect interprétatif qui n’est pas mineur, la théorie freudienne du rêve et de son interprétation a deux capacités : La première est celle qui nous fait parler de nous-même en toute bonne foi, de nos rêves les plus intimes, et par association d’idées, de nos vies les plus intimes, puis de nos fantasmes les plus intimes, ouvrant l’accès à nos consciences éveillées et à nos inconscients impuissants à arrêter l’hémorragie intime. La seconde capacité de cette interprétation du rêve consiste en l’emprisonnement mental de la personne qui s’y est laissée prendre, sans conscience préalable de ce que cela sousentend d’intimité dévoilée. Il faut donc se questionner sur l’intérêt que peut avoir l’analyste à entendre ce qu’il entend sans tomber dans le voyeurisme s’il n’est pas voyeur. En effet, si l’on est ceux qui sont si sûrs de la vertu curative du rêve analysé, l’on devient alors analysable en permanence, car qui dit rêve analysé dit inconscient en action d’analyse et donc perpétuel questionnement sur le message inconscient qui nous habite. Cela ne porte pas à conséquence tant que c’est de l’auto-analyse, mais imaginons un seul instant que ce soit une autre personne qui guide l’analyse comme c’est le cas en psychanalyse, et encore une fois, c’est la porte ouverte au chaos, car sans cette conscience

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que nous aurions du danger lié à la pénétration de nos espaces inconscients par l’autre, nous le laisserions tout simplement les pénétrer. Pour comprendre ce phénomène, il suffit de se projeter dans un rêve qui ne nous est pas personnel, c’est à dire que quelqu’un d’autre a fait, ou tout simplement une histoire décousue que l’on nous raconterait comme étant notre rêve, et nous verrions bien, suivant la théorie freudienne, que nous nous y refléterions tout autant par association d’idées que si c’était notre propre rêve. Nous y verrions des similitudes avec nos vies, et si nous y pensons suffisamment, nous finirions même par nous l’approprier. Cela s’appelle de la suggestion. Le rêve en tant que tel n’a pas cette vertu que Freud lui a donné même s’il l’a peut-être parfois. Par contre, l’analyse freudienne du rêve elle, a bien cette capacité de faire caisse de résonnance en nous enfermant dans un jeu de miroir duquel il est bien difficile de s’extraire. Ce qui fait la viscosité de ce système, c’est que ceux à qui l’on s’adresse lors d’une analyse ne sont pas ceux qui sont nous-même dans le désir de guérison, mais peuvent être eux dans le désir d’étude de la vie qui nous habite. Il faut savoir que la force de la pensée freudienne se situe dans l’association d’idées. Nous avions abordé la question plus tôt, et nous allons donc tenter de la développer quelque peu en rapport au rêve. Le rêve s’il est ce qu’il est, est une succession d’évènements décousus, sans apparente cohérence ni cohésion, et où le sentiment prédomine sur le narratif. Si le rêve est parfois décousu, ce n’est pas parce qu’il est par nature décousu, mais parce que nous sommes par nature conçus pour n’en conserver que des bribes mémorielles, une logique inconsciente, la même qui procède au refoulement d’évènements réels, imaginaires ou fantasmés. Notons que la logique de refoulement concerne aussi bien les évènements conscients qu’inconscients, inconscients parce que du domaine du rêve ou de l’imperceptible. Toujours est-il que ce sentiment qui prédomine dans le rêve est ce qui nous permet de dire que nous avons fait un beau rêve ou encore un cauchemar. Ce n’est pas le contenu narratif du rêve qui veut cela, c’est le sentiment qui habite ce vécu du rêve. Un rêve anodin peut paraître cauchemardesque par un détail qui l’habite et qui prend le pas sur nos émotions, comme un rêve avec un narratif macabre peut s’accompagner d’un sentiment de plénitude. Ce qui se joue dans le rêve, nous n’en savons en substance rien, sinon que des stimuli externes ou internes peuvent influencer son déroulement. Pour la théorie

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freudienne, le narratif est refoulement s’exprimant, ou désirs se projetant, tous dans le rêve. Voilà pour le rêve.

3- Manipulation perceptive du rêve Là où la théorie freudienne est intelligente et vicieuse, c’est qu’elle permet par l’association d’idées de re-calibrer le contenu décousu du rêve, pour lui donner un sens qui ne lui appartient peut-être pas au demeurant. Si nous y regardons bien, n’importe quel évènement vécu, non vécu, imaginé ou fantasmé peut être par association d’idées ramené à nous-même et à nos vécus, et donc à nos désirs refoulés ou à nos projections libidinales. Une simple image de bord de mer nous rappellera nos vacances à la plage, car au final, ce qui importe ce n’est pas l’image, mais l’association que nous en faisons. C’est d’ailleurs cette même méthode de pénétration de l’inconscient qu’un autre adepte de la psychanalyse freudienne mit au point. Le docteur Rorschach développa un test du même nom, le test de Rorschach qui consiste à proposer à la libre interprétation de la personne « évaluée », une série de planches de taches symétriques, sachant que ces taches ne représentent rien, mais que l’interprétation qui en est faite par « l’évalué » nous donne de grandes indications sur son psychique conscient et inconscient. Nous ne dirons pas plus à propos de ce test, sinon que l’expérimentation freudienne du psychisme humain a de très nombreuses ramifications qu’il nous serait impossible de survoler en un mémoire de cette taille, mais que nous nous serions fait un plaisir de démonter structurellement si nous en avions eu le temps.

A présent, approfondissons la question du rêve et de ses manipulations perceptives. L’être humain étant conçu de telle sorte que ses traumatismes psychiques sont répétitifs et lancinants, et à partir du moment où toute image peut être associée à un traumatisme, car peu importe que l’image soit personnelle ou non, ce qui importe ce sera l’association qui en sera faite, il faut donc qu’il y ait traumatisme, même pour un évènement non traumatique, pour que le principe de l’association d’idée puisse fonctionner dans le cadre psychanalytique et aussi psychologique car c’est ce qui est dit qui importe, et non ce qui est vu.

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Notons que le test de Rorschach qui a été publié en 1921, est inspiré du test sans grand succès de « la tâche d’encre » (1895) d’Alfred Binet, et offre la possibilité de pénétrer l’inconscient d’un individu dans un cadre autre, qui est celui de l’évaluation psychologique. Ce test permet entre autres de dire si un évalué est schizophrène, car les schizophrènes y sont plus réceptifs, et de décider si un traitement psychanalytique est requis. Ce test peut également être utilisé dans des évaluations professionnelles, or qui se refuserait à une évaluation professionnelle ? Notons également dès à présent que Rorschach en plus d’être un adepte de Freud, fut un proche de Walter Morgenthaler sur lequel nous reviendrons bientôt. Nous nous doutons bien que le test de Rorschach n’offre pas d’aussi grandes possibilités que l’association d’idées freudienne, puisque l’ouverture consciente de son intimité n’est pas au rendez-vous, ce qui peut priver l’interprète de certaines clefs de compréhension de l’inconscient. C’est pourquoi, la psychanalyse, intime et profonde, offre de meilleurs résultats à qui chercherait à pénétrer un inconscient, or, il ne peut y avoir psychanalyse s’il n’y a pas traumatisme, réel, imaginaire ou fantasmé. En bref, nous n’avons pas tous des traumatismes suffisamment sérieux pour vouloir les présenter au miroir freudien, et c’est en cela qu’intervient le test de Rorschach, mais également la théorie freudienne du complexe d’œdipe, ou bien la théorie freudienne de la sexualité infantile, ou bien encore la théorie freudienne du meurtre du père. Le premier, le test de Rorschach offre à la psychanalyse un analysé, en redirigeant l’évalué choisi selon des critères qui nous sont en partie inconnus, mais dont on peut imaginer que la schizophrénie en est, tandis que le reste offre à l’analysé des évènements traumatiques que nous nommerons objets traumatiques. Ces objets traumatiques sont des objets prédéterminés, où des traumatismes prédéfinis offerts en substitution pour ceux que l’on n’a pas. Une fois le traumatisme universellement établi, les individus peuvent donc se présenter devant le miroir freudien qui, bien entendu leur reflètera leur culpabilité préétablie, et de cette façon, leur analyse intime et en profondeur pourra débuter, et avec elle, la pénétration de leurs inconscients se poursuivre par le décorticage qu’est l’association d’idées freudienne. Ainsi, voici un exemple d’enfermement mental par suggestion tel que pratiqué par Freud :

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« On a raison de dire que le complexe d’œdipe est le complexe nucléaire des névroses, qu’il constitue la partie la plus essentielle du contenu de ces maladies. C’est en lui que la sexualité infantile qui exercera ultérieurement une influence décisive sur la sexualité adulte, atteint son point culminant. Tout être humain se voit imposer la tache de maitriser le complexe d’œdipe, s’il faillit à cette tâche, il sera névrosé. La psychanalyse nous a appris à apprécier de plus en plus l’importance fondamentale du complexe d’œdipe, et nous pouvons dire que ce qui sépare adversaires et partisans de la psychanalyse, c’est l’importance que ces derniers attachent à ce fait. »34

Nous notons que cette annotation a été rajoutée à l’essai « trois essais sur la théorie de la sexualité » en 1920, et qu’elle mentionne une tache (nous pouvons bien nous demander si c’est la tache de rorschach ou celle de Binet) qui est assignée et qui consiste à maitriser le complexe d’œdipe sinon c’est la névrose. Si cette tâche était si naturellement inscrite en nous, il n’y aurait pas besoin d’en faire une histoire, la non maitrise de la tâche serait l’inceste, et non la névrose hystérique ou autre.

4- L’association d’idées en question Ce principe de l’association d’idées n’est pas invention freudienne, mais langage même de l’inconscient qui communique avec le conscient par association d’idées. Nous l’avions évoqué tout à l’heure. Le principe de l’association d’idée est ce qui gère nos vies conscientes et inconscientes. Nous en sommes tous capable, puisque nous ne faisons tous que cela à longueur de journée, certains plus doués que d’autres parce que plus rêveurs que d’autres, est-ce une coïncidence ? Là encore nous n’en savons rien, mais ce qui se joue dans le rêve est de nature association d’idées. L’association d’idée c’est un défilement d’idées sans rapport apparent les unes aux autres, si ce n’est rebondissement incongru qui fait découler une idée de la précédente. C’est de passer d’une idée à l’autre, certaines se faisant plus pressantes que d’autres, et par effets de ricochets, se retrouver à cent mille 34

Sigmund Freud, trois essais sur la théorie de la sexualité, Edition numérique de 1923 visible sur srcibd.com, 1905, p133 -134

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lieux de son point de départ. Voilà ce qu’est une association d’idées comme dame nature nous a conçu à en faire. Lorsque l’association d’idées n’est pas naturelle, mais dirigée par le thérapeute ou l’analyste, lorsque nous avons la chance que ce soit un thérapeute ou un analyste qui la dirige, alors elle est déviée de son cours naturel, comme c’est le cas dans l’analyse du rêve, et peut nous conduire à cent mille lieux également de notre point de départ, mais ce ne sera alors pas où l’inconscient l’aura décidé, mais où l’autre (thérapeute si nous avons de la chance) l’aura dirigé. Ce travail de l’analysé pris dans la prison sans fin de ses rêves est travail de manipulation perceptive que nous avons abordé dans un précédent mémoire et que nous complétons ici par ce biais 35. Si l’idée de se vivre dans une chambre de miroir que nous pourrions aussi appeler chambre d’expérimentation psychique est nouvelle ici, elle n’en est pourtant pas à ses débuts car ceux qui ont analysé l’inconscient à la manière freudienne ont compris qu’il est possible d’instaurer un état de rêve hallucinatoire par induction de stimuli, et si l’induction de stimuli est si intéressante ici, c’est qu’elle permet aussi d’insérer durant ce rêve hallucinatoire des commandes imperceptibles qui joueront en temps voulu leur rôle dans l’inconscient. Ce que nous venons d’avancer peut s’observer en temps réel sur les réseaux sociaux où des stimuli induisent le rêve éveillé tandis que d’autres y intègrent la commande inconsciente. Il faut de même noter que le langage inconscient utilisé sur les réseaux sociaux, Facebook notamment, est celui de l’association d’idées, qui permet non seulement d’y inscrire par association d’idées des commandes subliminales, et aussi par association d’idées de connaître l’inconscient de ses usagers. Si ce que nous avançons n’est pas prouvable à ce stade autrement que par élaboration mentale, c’est que le phénomène est trop imperceptible pour être prouvé avec si peu de moyens. Mais si ce que nous avançons est pourtant prouvable, c’est que les armées de zombis qui peuplent en ce moment même la planète nous en apportent la preuve vivante. Il faut de toute façon croire que nous ne sommes pas les pionniers de cette idée qui si elle pose ses premières fondations par le sommeil lucide de l’abbé Faria venant à la suite des expérimentations hypnotiques, a une toute autre dimension lorsque c’est Freud qui l’énonce, et de quelle façon ! 35

Mariam Martinet, Vérité et Manipulation, De la vérité et de son usage dans les medias aujourd’hui, mémoire de master 2, Université Paul Valery, 2016

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« Nous savons qu’il est possible de provoquer expérimentalement des rêves, ou plus exactement, d’introduire dans le rêve une partie des matériaux du rêve »36

Auparavant, dans « Cinq leçons de psychanalyse », il avait précisé que :

« Le phénomène connu sous le nom de suggestion post hypnotique, dans lequel un ordre donné en cours de l’hypnose se réalise plus tard, coute que coute, à l’état normal donne une image excellente de l’influence que l’état conscient peut recevoir de l’inconscient. »37

Et cela ne serait rien sans la clef de compréhension de l’ensemble qui se trouve ainsi révélé par le pourquoi de l’abandon de l’hypnose par Freud :

« Mais les résultats étaient capricieux et non durables. Aussi ai-je bientôt abandonné l’hypnose »38.

Et s’il y a bien un remède à ce travail de la manipulation perceptive, il est le suivant :

« Malgré la complète malléabilité suggestive de la personne hypnotisée, sa conscience morale peut se montrer très résistante. »39

Est ce un hasard si le mot utilisé pour définir le refus inconscient de l’analysé lors d’une analyse est également résistance ?

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Sigmund Freud, Introduction à la psychanalyse Tome II, Edition du groupe “ebooks libres et gratuits”, 1916, p243 37 Sigmund Freud, Cinq leçons de psychanalyse, Edition numérique les classiques des sciences sociales, site internet http://classiques.uqac.ca, 1909, p14 38 Sigmund Freud, Introduction à la psychanalyse Tome II, Edition du groupe “ebooks libres et gratuits”, 1916, p55 39 Sigmund Freud, Psychologie collective et analyse du moi, Editions numérique “ Les classiques des sciences sociales”, 1921, p47

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Nous en resterons là pour le travail de manipulation perceptive élaboré par Freud, mais nous souhaitions faire valoir que ce qui se joue et ce s’est joué en psychanalyse n’est pas que thérapeutique, et nous souhaitons que la question soit adressée une bonne fois pour toute, pour le bien collectif. Nous ne nous abaisserons pas à trainer Freud plus que nécessaire dans la boue, son œuvre le fait déjà, deux guerres mondiales sont là pour en témoigner. Et pour illustrer l’implacabilité de la méthode, cette phrase de Jung qui si elle n’est pas explicite sur ce qui se joue en psychanalyse, l’est tout de même sur la volonté de dénuder l’être qui sous-tend l’association d’idées freudienne. Rappelons que Jung s’y oppose comme nous l’avons expliqué plus tôt, et pour cause, Il est un de ces névrosés qui eut à maitriser le complexe œdipien de Freud. C’est cette volonté associée à cette méthode que nous dénonçons également :

« Les idées qu’il exprime peuvent paraître au premier abord illogiques, étrangères au sujet, mais au bout d’un moment, il devient relativement facile de découvrir ce qu’il tente d’éviter, la pensée ou l’expérience désagréable qu’il veut supprimer. Quelque ruse qu’il mette à la dissimuler, chacun des mots qu’il utilise pointe droit au cœur de la situation. »40

Ce que décrit Jung ressemble étrangement à une séance de torture, et nous doutons qu’un patient, quelle que soit sa résistance ressente ce sentiment de viol que Jung décrit. Il doit donc s’agir du viol d’un inconscient, et non d’une psychanalyse. A ceux qui pensent nous traiter de paranoïaques comme rempart à ce que nous avançons, et pour se débarrasser d’un sujet épineux, nous répondrons ceci : La paranoïa étant l’apanage de la folie, quel intérêt que de rédiger un mémoire sur cette dernière si nous n’adressons pas la question essentielle de la paranoïa ? Et c’est maintenant chose faite.

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Carl Gustave Jung, Essai d’exploration de l’inconscient, Editions Gallimard, 1959, p40

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Que Freud ait voulu étudier le sacré dans un but noble de thérapie, c’est fort probable même si nous ne pensons pas que c’était là son seul but, mais ce qui se joue dans ce travail du rêve, n’est lui pas thérapeutique même s’il en revêt les couleurs. Ce qu’il faut se demander de nous-même à ce stade, c’est ce qu’a bien voulu faire le père de la psychanalyse en nous ramenant notre autre monde commun à une parodie du réel. C’est ce que nous avons ébauché au début de ce texte et que nous allons à présent tenter de mieux cerner afin de comprendre ce qui se joue de nous dans ce que nous avons de plus sacré, notre intimité invisible. Ce qu’il faut se dire de nous-même pour tenter de bien saisir la problématique de ce qui se joue, c’est que nous vivons tous, universellement, un tiers à peu près de notre vie dans le monde invisible, le rêve n’étant que la partie visible de ce monde invisible. Si ce que nous disons du monde des rêves est si prétentieux pour notre propre monde, c’est que nous avons décidé que c’est notre monde qui est référentiel car c’est lui qui détient la vérité, l’inconscient n’étant qu’à son service, jouant en notre faveur ou en notre défaveur pour notre bien dans ce monde visible. Nous ne disons pas ici que ce n’est pas le cas, nous disons que nous n’avons rien en notre possession pour affirmer une telle chose, car d’aucun pourrait alors rétorquer que si le monde était si sûr de son fait, il n’aurait pas besoin d’aller voir ailleurs toutes les nuits. Mais ceci n’est que débat philosophique, la science par narcissisme ne pouvant accorder une intentionnalité autre au monde invisible que celle qui consiste à être un avatar du notre qui est le vrai monde, et si ce qui se dit ici est ce qui est vrai, alors nous serions ceux qui sont une famille de la divinité, car tout se joue par rapport à nos commandements conscients ou inconscients.

5- Le domaine de l’irréel de Henry Darger Posons donc un instant un regard philosophique sur l’inconscient qui est invisible et pourrait tout aussi bien être le vrai monde car il est celui que nous habitons également, même si en l’habitant, nous nous extrayons partiellement de ce monde du visible. Pour bien faire la différence entre ce que nous disons et ce que dit Freud, il faut avoir vu au moins une fois à l’œuvre un de ces fous qui, en pleine discussion avec leurs entités

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invisibles, nous apportent tout du moins la preuve que ce qui les habite est doué d’intelligence et de raison, et non de l’irrationalité fantasmagorique que décrit Freud. Ce n’est pas parce que nous n’avons que peu de prise sur ce qui s’y joue, que nous ne pouvons pas reconnaître à l’invisible sa capacité de rationalisation, et si ce monde invisible est ce que nous en savons, alors le rêve ou le rêve éveillé du fou en sont la partie visible, et à bien y regarder, (le rêve éveillé du fou), nous ne voyons pas de quelle manière il peut être ramené à l’évènement refoulé ou au désir projeté, s’il n’est que ce qu’il est, une conversation avec l’invisible. Ce fou en pleine discussion trouve aujourd’hui son pendant dans l’homme de son époque, casque sans fil vissé dans une oreille discutant avec on ne sait qui. Il faut avoir assisté au moins une fois à une de ces scènes où l’individu portant un casque sans fil, invisible car dissimulé par ses cheveux ou hors de notre angle de vision, se mettre dans une colère noire, et déblatérer toutes sortes d’insanités à la personne probablement au bout du fil, pour comprendre, et pouvoir enfin admettre que l’inconscient n’est pas ce que l’on en dit, et par ricochet, que la folie n’est pas ce que l’on en dit, y compris lorsque c’est le docteur Freud qui le dit. Ce qui se dit de nous en tant que devenir humain n’est pas à l’avantage du freudisme, lorsque l’on sait qui nous sommes, si seuls face à l’immensité, et si nous le sommes, ce n’est pas dans ce monde conscient que nous le sommes, mais dans celui de l’inconscient qui si nous nous y plongeons de plein pieds, nous révèle l’absurdité du notre par sa rigidité et son incapacité à voir autrement que par la vision restreinte de ceux qui sont sans vision. Et c’est sur la question de ce manque de vision que nous ouvrirons une approche au travail de Henry Darger, travail que nous estimons être surhumain, tant par la forme que par la force qui s’en dégage de son contenu, que par son ampleur. Cet aspect colossal de l’œuvre est d’ailleurs une des caractéristiques de l’artiste du brut, qui comme tenu par une force extraordinaire, compulse obsessionnellement son œuvre. Si d’autres artistes ont aussi cet aspect d’obsession compulsive, chez les artistes d’art brut, cet aspect prend des proportions quasi surhumaines comme nous le verrons tout au long de ce travail. Henry Darger est né (peut être en Amérique) en 1892. Il perd sa mère morte en couche en donnant naissance à sa petite sœur qui est aussitôt placée à l’orphelinat. Darger a alors

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quatre ans, et ne connaitra jamais cette sœur. Il vit quelques années avec son père jusqu'à ce que celui-ci soit placé en institution en 1900 (il mourra cinq ans plus tard). Darger a alors huit ans, et est placé dans une institution religieuse avant d’être, à peu près à la même époque où son père meurt, placé en asile pour mauvais comportements. Après quelques pérégrinations sur lesquelles nous ne nous arrêterons pas, Darger finit par s’installer en 1930, à l’âge de 38 ans donc, dans un appartement à Chicago. C’est dans cet appartement que pendant 43 ans il crée son œuvre magistrale. Il écrit et dessine plusieurs livres dont le plus connu, « the realm of the unreal » (Le domaine de l’irréel) comporte 15 volumes, plus de 15000 pages dont plusieurs centaines d’illustrations. Ce livre raconte la rébellion des filles Viviam, les filles de Robert Viviam, 7 princesses du royaume Abbieannia, qui doivent se défendre contre les attaques d’un horrible homme, John Manley du domaine de Glandelia, qui veut les faire esclaves, et avec elles, toutes les autres filles du royaume d’Abbieannia. Nous n’élaborerons pas sur l’œuvre de Darger à partir de la théorie freudienne, autrement l’inconscient freudien ferait de cette œuvre un cas classique de complexe œdipien insoumis ayant dégénéré en perversion sexuelle sous le coup d’une libido insatisfaite, car il faut noter que de nombreuses illustrations comportent des scènes d’enfants nus. Nous allons donc tenter une autre approche à ce travail qui est l’approche religieuse qui attribue à Jésus la phrase suivante : « Laissez venir à moi les petits enfants, ne les en empêchez pas ; car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent » (Marc 10 :14) et c’est sur cette phrase que nous ouvrirons l’interprétation de l’œuvre impressionnante d’Henry Darger. Il faut se souvenir également que son œuvre a été titrée par lui, ne laissant que peu de place, même si cette place existe de fait, à une autre interprétation que celle qu’il nous demande de lui donner. Ainsi, il faut savoir que durant ces 43 années de création, l’œuvre de Darger suit assez narrativement les évènements qui secouent le monde, comme vivant en symbiose avec lui. Nous allons donc essayer de ne pas négliger cet aspect de son œuvre. Enfin, et ce qui est plus important, Darger avait une petite sœur qu’il n’a jamais connu, et c’est sur cela que nous nous arrêterons plus précisément. Cette vie enfantine d’une petite fille imaginée ou fantasmée est ce qui sous-tend l’œuvre de Darger, la rendant

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Henri Darger

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incomparable à aucune autre, et si le terme de synchronicité ne peut être appliqué à son travail, nous ne voyons pas ce qui pourrait lui donner un sens plus sensé que celui-là. Ce cœur qui bat à l’unisson avec le sien lui fait vivre une histoire qui n’a de lien avec lui que peut être par ce passé obscur, or il n’en a pas eu avec cette sœur inconnue dans le réel. Si donc ce travail imaginaire de la fratrie se poursuit dans un inconscient fantasmé, c’est qu’il y a un support au fantasme, et ce support, ce sont les livres d’enfants dont il s’aide pour exécuter ses illustrations car il ne sait pas dessiner. Cette synchronicité qui existe probablement entre Darger et cette sœur, lui fait peut-être imaginer un narratif enfantin, toujours est-il que ce qui se dit de Darger ne peut être, de notre point de vue, ramené à la théorie freudienne de la sexualité infantile, même si toutes les apparences semblent aller dans ce sens au vue de la nudité infantile qui y est représentée. La raison à cela est que la religion symbolise l’innocence comme enfantine (laissez venir à moi les petits enfants), ce qui fait sens. Elle ouvre également par cette phrase le domaine de l’irréel à l’innocence. Ainsi, si nous y ajoutons l’idée religieuse de nudité primordiale qui est innocence (le mythe d’Adam et Eve), nous avons un schéma enfantin de l’innocence dans le jardin d’éden. Ces images de nudité enfantine peuvent donner lieu à des sentiments des plus troublants pour quiconque ne vit plus mentalement dans le jardin d’éden, mais bien sur terre. Aussi, il devient très difficile de comprendre des représentations de l’au-delà avec des symboles de l’ici-bas sans que ne se crée une vacuité qui ne demande qu’à se remplir, et c’est ce que fait Freud par sa théorie de la sexualité infantile qui s’appliquerait parfaitement à l’œuvre de Darger ou très certainement à l’œuvre de patients qu’il a eu à traiter. C’est pourquoi il nous a fallu au préalable choisir notre champ d’interprétation au vu du titre de l’ouvrage, car il est impossible d’interpréter le conscient et l’inconscient sur un même niveau de compréhension sans tomber dans l’absurde, voire le dégradant. L’œuvre de Darger relève du divin, et c’est son fondement. Si le jardin d’Eden semble parfois perdre son aspect paradisiaque, comme sur cette illustration de Darger, c’est peut-être parce que le symbole martien et son décodage se fait très présent dans le monde et dans son au-delà.

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B- Les ramifications de la manipulation perceptive

1- La pédophilie, le clergé et le mariage homosexuel Comme en atteste cette page internet : « Add Assemblée de Dieu 41», il semble que l’œuvre freudienne ait réussi le suprême exploit d’associer le divin à la pédophilie. Que dire de plus lorsque l’on se trouve face à cette déclamation attristée sur ce site, qui en voulant dénoncer un fait, joue dans le même temps le jeu de la manipulation perceptive en associant deux idées non associables ? Voici la phrase en question :

« Cette expression (parfois utilisée à titre blasphématoire à l’encontre de Jésus Christ pour ironiser et accuser systématiquement les clergés de pédophilie) se réfère au parcours du Christ qui s’indigne de voir que ses disciples rejettent les enfants. Jésus voyant cela fut indigné et leur dit : Laissez venir à moi les petits enfants, et ne les empêchez pas ; car le royaume de Dieu est pour ceux qui leurs ressemblent. (Marc 10 :14) ». 42

Il faut vivre et se dire que ce qui nous émeut est cela même qui nous touche par sa grâce subtile. C’est que l’association montrée du doigt par le site nous permet également de saisir toute l’absurdité de ce qui se joue ici même, et qui s’il ne jouait pas sur la vie de personnes, pour des buts illusoires, ne semblerait pas si dramatique. Mais hélas, ce n’est pas le cas, et c’est ce que nous tenterons encore une fois de mettre à jour, afin que ceux d’entre nous qui

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Add assemblée de Dieu, site internet, Http://www.addnarbonne.com/expressionsbibliques.php?l=L&expression=laissez-venir-à-moi-les-petits-enfants 42 Add assemblée de Dieu, site internet, Http://www.addnarbonne.com/expressionsbibliques.php?l=L&expression=laissez-venir-à-moi-les-petits-enfants

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ont consacré en toute honnêteté et toute bonne foi leurs vies à leur prochain pour l’amour du divin, ne se retrouvent pas crucifiés par ce monde cynique et absurde. Les enfants doivent être protégés, et par enfants, nous entendons tous les enfants et innocents de la vie sacrée en nous. Nous n’aurions pas pris la peine de creuser plus avant cette question blasphématoire, mais il faut savoir que ce qui se joue de Darger, se joue également de l’église, et ce n’est peu de le dire que d’assister à l’opération de salissure dont l’église est présentement victime, et qui par ricochet s’attaque à la parole biblique qui est considérée comme parole divine, la rendant invalide, car mauvaise par essence. Ceci n’excuse pas la pédophilie, au sein de l’église ou ailleurs, mais pointe le doigt sur l’association d’idées encore une fois proposée qui est que l’église est pédophile, de là à faire le raccourci mental et sacrilège qui consisterait à dire que Dieu est pédophile (nous prenons un instant pour lui demander de nous pardonner pour cette parole nécessaire pour le développement du texte, mais sacrilège tout de même), il n’y a qu’un pas, et il a été franchi plus d’une fois, pour ne pas dire qu’il est en train de devenir notre image inconsciente du divin. Le problème du sacrilège ici, (et ce n’est pas le blasphématoire), qui prend sa source dans l’opposition à Dieu, et non comme on le pense dans l’opposition à l’église, a gagné du terrain. On le voit à l’œuvre contre l’église, comme on le voit à l’œuvre sous une autre forme comme l’islam. Ce sacrilège est déicide, et puisqu’il est déicide, il nous faut l’adresser comme tel, et c’est ce que nous faisons par l’élaboration même de ce mémoire et du précèdent, et qui veut que le sacrilège soit détruit. La pédophilie comme nous l’avons adressée plus tôt n’est pas la question ici. Si nous voulons bien ne pas encore une fois, vivre dans l’image d’Epinal, mais dans le réel, nous saurons bien déterminer qu’elle est problème récurrent à l’humain, car ce qui semble inscrit en nous, c’est cette capacité à ne nous soucier des lois que si elles sont à notre avantage stratégique. Définir une stratégie contre la pédophilie, c’est s’attaquer à la pédophilie où qu’elle soit, et non l’utiliser comme une arme. Ce qui veut dire que si une personne est pédophile, il est bon qu’elle soit arrêtée jugée, et condamnée si elle est coupable. Faire de la pédophilie une arme, joue d’une part contre ses victimes qui ne figurent plus dans nos sociétés le sens réel du combat contre la pédophilie, et d’autre part

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joue contre une société en enfermant des pans de cette société dans des images d’Épinal (encore une fois). Si le problème de la pédophilie était si sainement traité, nous ne nous questionnerions pas de savoir si les prêtres sont plus pédophiles que les homosexuels, car les premiers sont systématiquement accusés, tandis que les seconds ne le sont jamais. Ce comparatif fait sens dans la mesure où l’accès à l’enfant sans la présence de ses parents est à présent garantie, et pour cause, jour et nuit à deux hommes. Nous laisserons là la question de la légitimité de confier un enfant étranger à deux hommes vivant une sexualité déviée de la normalité, nous n’avons abordé ce point que pour vous dire ce qu’il en est, avec des mots réalistes, d’une réalité non médiatique, et ayant à cœur le bienêtre de l’enfant et non le caprice de l’homosexuel. Si ce qui est déterminé ici comme de la pédophilie est en réalité un autre de ces appareils de manipulation perceptive, c’est tout d’abord que le pédophile en occident, semble systématiquement être issu du milieu de l’église ou de la droite conservatrice, comme si ces deux milieux avaient l’apanage du vice. Que ce soit au Canada, en France, aux Etats Unis, ou en Grande Bretagne, tous quatre grands pays défenseurs du mariage gay, les religieux ou les individus politisés de la droite conservatrice se retrouve sur le banc des accusés, ce qui ne veut d’ailleurs pas dire qu’ils soient coupables, mais une accusation dans ce domaine a valeur de condamnation aux yeux de la société. Le nombre de cas de suicides après accusations de pédophilie est d’ailleurs assez important. Le problème de la pédophilie dans le clergé n’est pas une mince affaire puisque le clergé se construit sur l’abstinence sexuelle, une tâche difficile quand on sait les tenants et les aboutissants de la question sexuelle pour l’homme et la femme mature. Pourtant, cette question n’est pas ce qui nous intéresse ici, même si nous pensons que peut être, cette question devrait être traitée pour éviter à des hommes qui consacrent leurs vies à Dieu l’humiliation collective comme celle qui se produit actuellement, car bien que nous estimons que la question soit manipulée, cela n’enlève pas au fait qu’il y a aussi eu des actes pédophiles au sein du clergé. Ce double standard de la vérité est ce qui nous pousse à nous demander s’il est réellement possible que le peuple juif soit innocent de ce qu’Israël commet. Mais nous ne nous arrêterons pas en si bon chemin dans notre raisonnement, et qui plus est sur un effet sarcastique au mauvais gout tout relatif.

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De cette question du célibat du prêtre que la société nous présente comme source potentielle de la pédophilie, nous nous glissons vers la parentalité homosexuelle que ladite société nous présente comme le bien nouveau. C’est à dire qu’une société qui semble assumer que parce qu’ils sont abstinents, pour des raisons religieuses de consécration de son énergie d’amour au divin, des hommes sont potentiellement porteurs du germe de la pédophilie, mais d’autres hommes qui s’affirment dans une sexualité active, qui plus est déviée de son cours naturel, semblent avoir la bénédiction de la même société pour s’occuper jusque dans leur intimité d’enfants qui ne sont pas les leurs. Et enfin, cette autre question que pose le traitement du problème de la pédophilie, et qui est cet effet de mode qui n’est peut-être pas apparent, mais qui est bien réel. Nous ne nous priverons donc pas de rappeler à vos esprits cette phrase du docteur Freud lui-même, qui dit qu’il est possible d’induire le rêve par stimuli, et d’y intégrer une mémoire artificielle. Il dit également qu’il est possible de suggérer sous hypnose des actes qui n’auront de cesse que d’être exécutés hors séance, or les paroles sont aussi des actes, car ils vivent de l’acte de parler. Si nous pouvons nous interroger sur l’origine de ces paroles accusatrices, c’est parce qu’elles se présentent toute dans un même espace-temps, ce qui est mis sur le compte de la parole libérée, et qui coïncide aussi avec la parole homosexuelle libérée. Nous n’épiloguerons pas plus sur l’homosexualité, nouveau phénomène de société par son ampleur, qui semble se répandre plus vite qu’un disque de Michael Jackson, mais peut être devrions nous plutôt parler d’un disque de Prince. Toujours est-il que cette parole libérée présente deux avantages certains pour qui veut le mariage homosexuel comme partie intégrante de nos sociétés : L’anéantissement de la parole divine, et le meurtre de la religion s’y opposant sur la base de principes divins. Nous voulions simplement ici figurer, si cela n’était pas clair, la manipulation perceptive pratiquée au nom de la lutte contre la pédophilie, manipulation que nous mettons sur le compte du mariage homosexuel qui ne peut semble-t-il se construire que si la parole divine est assassinée.

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Ce qu’il faut se demander encore une fois, c’est quelle interprétation donner d’une chose inconnue au vu du peu de connaissance que nous avons de la chose, car si nous sommes ceux qui parce que nous n’avons pas d’autre explication que celles que nous a suggéré le docteur Freud, décidons d’enfermer mentalement des personnes déjà fragiles dans des prisons aux caractères sexualisant, dénaturant ainsi la nature même de la chose, que dire alors de nous-même ?

2- Les mots font les choses Se dire seul face à l’immensité, comme Freud en a rapporté dans « malaise dans la civilisation » en comparant l’immensité à la mer, c’est de se vivre comme un être en pleine conscience de l’immensité de l’espace dans lequel il habite et dont nous ne pouvons donner d’autre image comparative que la mer qu’elle soit déchainée ou calme, sa profondeur est insondable, et son horizon infini pour nous tous. De même que le téléphone portable et son casque sans fil qui nous étaient inconnus il y a peu, la non connaissance d’une chose n’enlève rien à sa réalité potentielle, et nous y reviendrons. Ce qu’il faut se dire de la mer est bien ce qui s’en dit en psychanalyse freudienne, le monde archaïque de nos origines. Si face à ce monde archaïque, le divin ou le malin sont les seuls recours possibles, c’est que face à ce qui nous est inconnu et face auquel nous n’avons aucun recours, il ne nous reste pour nous supporter, que ce qui nous est inconnu et contre lequel nous n’avons aucun recours ; le divin. L’acte de foi du fou n’est pas synonyme de faiblesse psychique comme Freud nous l’amène, il est synonyme de conscience éveillée face à ce qu’elle ne peut maitriser : l’inconnu. Si notre monde nous a préparé à survivre à l’inconnu de nos vies, il ne nous a en aucune façon préparé à survivre à la grande inconnue de la vie si ce n’est par la foi, seule capable de faire face à ce qu’elle est, une inconnue. L’acte de foi consiste à ramener à la raison ce qui relève de l’eau delà et sur lequel notre raison humaine n’a aucune emprise, c’est le cœur qui y régit les échanges. Par l’acte de foi, nous devons pouvoir être capable de raisonner ce qui relève du cœur. Si la raison est ici salvatrice, c’est qu’elle permet de ne pas vivre seulement dans le mode émotionnel une

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expérience qui peut être angoissante, mais de se la réapproprier sur un mode rationnel en lui attribuant une valeur comparative. C’est ce que fait Freud en comparant la grande inconnue à l’immensité de l’océan. Nous allons à présent prendre en compte ce qui a été dit à propos de l’éros et du thanatos pour comprendre ce qui se joue dans la notion de valeur comparative que nous venons de décrire. Ce terme de libido que Freud utilise pour designer de façon globale tout ce qui se rapporte directement ou indirectement aux pulsions sexuelles reste lui-même à définir, car il utilise une image pour en représenter une autre puisqu’il n’est en réalité que valeur comparative dans la théorie freudienne. Ceci en fait un terme qui existe non pas pour désigner une chose, mais pour ne pas laisser vide un espace. Or ce terrain mouvant du sens du mot ne peut être sans conséquence pour qui sait ce que veut dire un mot mouvant et fluctuant. La nature du mot étant l’immuabilité et la fixation du sens, une rhétorique construite sur mots aux sens mouvants et fluctuants est des plus difficile à discuter, et c’est ce que nous allons tenter de défaire, cette non remise en question possible de la théorie freudienne due en partie au caractère mouvant et fluctuant des termes qu’il emploi. Cela aura aussi l’avantage de rendre la grande inconnue moins effrayante car elle aura alors acquis un sens qui est le sien de source de nos mots et non de source de nos maux. En effet, le désir est une chose, et la pulsion une autre. Si le désir est si différent de la pulsion, c’est qu’il n’est pas habité de cette impulsion qu’est la pulsion même s’il en a le potentiel. Ramener tout désir à une pulsion est aussi un de ces amalgames freudiens qui font le nid de la manipulation mentale, car entre le désir et la pulsion, il y a un monde, et c’est celui de l’acte consenti ou non par le moi. Lorsque le désir fait place à la pulsion, c’est l’acte qui est recherché, et si celui qui fait une différence entre son désir et sa pulsion la fait, c’est bien parce qu’il sait raisonner l’origine de l’ordre d’action. Un acte dirigé par un désir chargé d’une pulsion n’est en aucun cas comparable à un acte dirigé par une pulsion inconsciente du désir inconscient. Ramener tout le fonctionnement humain, sexuel ou non à des désirs pulsionnels, c’est ramener l’être à ce qu’il n’est pas : un automate, même s’il peut aussi le devenir. Avant d’aller plus avant dans le domaine de la pulsion, il nous faut tout d’abord définir ce qu’est une pulsion, et là encore, le mot est mouvant, et d’une mouvance fluctuante double

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cette fois, car il n’est en réalité qu’un avatar français de la théorie freudienne qui balance à volonté entre instinct et impulsion qui nous rend la tâche difficile, car ce qui est impulsion n’est pas forcement instinctif, et ce qui est instinctif n’est pas forcement impulsion. Pour cela nous allons prendre un exemple qui se veut l’illustration de la freudianité telle qu’on se la projette dans ce qu’elle a de manipulatoire de notions non approfondies. Une impulsion est ce qui nous pousse à l’acte, elle est poussée énergétique allant vers un but, or l’instinct est ce qu’il y a de plus animal en chaque être vivant, et qui lui indique si l’on peut dire le nord. Il est direction, Il est notre boussole interne. De prime abord, l’instinct n’a aucune puissance énergétique, il est du domaine de l’être, même si cette fonction de l’être lui sert à déterminer si l’étant est dans la bonne direction, ou par effet correctif, lui donner la bonne direction, tandis que l’impulsion elle est dynamique et est du domaine de l’étant. Si l’être sous le coup de l’impulsion peut devenir étant, ce n’est pas du fait de l’instinct qui l’habite, c’est du fait de l’impulsion qui le propulse sous la directive de l’instinct. Faire de ces deux notions des notions synonymiques comme l’a fait Freud, ou encore fusionner ces deux notions en une comme le fait la traduction française de Freud, relève de l’inexactitude professionnelle, et de cette inexactitude découle un grand nombre d’autres inexactitudes que nous aborderons en temps voulu, dans ce mémoire ou ailleurs. Nous utiliserons donc ici le mot pulsion pour les besoins de ce mémoire, mais en gardant en tête que lorsque nous utilisons le mot pulsion, c’est pour désigner une impulsion de source archaïque et non connue. Ce qui se joue dans la pulsion prend son origine dans l’inconscient, et sur ce point nous sommes bien d’accord avec Freud, mais de deux choses l’une : soit les pulsions relèvent du moi inconscient, soit elles dérivent de l’inconscient collectif, d’où toute la difficulté que peut avoir le porteur de la pulsion à en déterminer l’origine, les deux étant du domaine inconscient. Toujours est-il que si nous sommes ceux qui avons le pouvoir de raisonner, nous avons également celui de raisonner la pulsion dans une certaine mesure, et cela, il faut le savoir. Si une pulsion inconsciente est de l’ordre de l’inconscient collectif, distribuée à nous pour des raisons que nous ignorons, il appartient à la vie de décider si nous devons vivre ce qui nous est proposé ou non, et ce qui se décide ne nous appartient que peut, car encore une fois, ce sont les mois conscient et inconscients qui décident de ce qui est bon pour l’être

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dans la raison supérieure des choses. Si le pulsionnel n’est pas ce qui peut nous dévier de nos destinées, c’est qu’il en fait partie. Par contre s’il crée une fracture de destinée, il est peut-être collectif s’introduisant en l’être pour en changer la trajectoire. Là encore, nous ne pouvons pas décider que cette fracture ne soit pas nécessaire au plan supérieur, c’est à dire le plan qui nous transcende en tant qu’individu conscient et inscrit dans notre temps, le plan de notre transgenerationalité qui transcende le moi. Toujours est-il que la compréhension, premièrement, de la constitution de l’être qui attribue au moi conscient la tache de conduire sa vie sur une trajectoire par lui décidée, mais avec un moi inconscient dont la tache invisible dans l’invisible est tout aussi primordiale, deuxièmement de la collectivité de l’inconscient au même titre que le monde est collectif, rend la tâche plus ardue aux mauvaises pulsions, celle qui conduisent l’être et son au-delà vers leur anéantissement par effet de vacuité et nous y venons. Il faut donc se souvenir que si une chose veut en dire une autre, alors, c’est l’être conscient qui devient incapable de mener à bien sa tache parce que le conscient n’est pas formé pour avancer en terrain mouvant et fluctuant (les poissons le sont), mais dans la rigidité du réel, ce qui fait que l’inconscient se retrouve incapable également de faire ce pourquoi il est conçu, puisque la défense de l’être est devenue caduque par le mouvement fluctuant du réel. Nous allons donc décider pour ceux qui nous suivent, ceux qui nous précèdent ayant malheureusement dû vivre par la force des choses l’expérience du réel mouvementé, de rigidifier un tant soit peu le réel freudien, afin de lui enlever cette capacité de déstabilisation de mondes. Ainsi, de même que pour la pulsion et le désir, entre libido et éros, il y a un amalgame entretenu tout au long de l’œuvre freudienne et qui demande à être éclairci. La libido pour Freud est ce qui suit : « Analogue à la faim en générale, la libido désigne la force avec laquelle se manifeste l’instinct sexuel, comme la faim désigne l’instinct d’absorption de nourriture ». 43

43

Sigmund Freud, Introduction à la psychanalyse Tome 2, Edition du groupe “Ebooks libres et gratuits”, 1916, p55

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Il dira également que :

« La libido de nos instincts sexuels correspondrait à l’éros des poètes et des philosophes, à l’éros qui assure la cohésion de tout ce qui vit… »44

Or libido veut également dire désir ou plaisir en latin, ce qui explique l’origine sexuelle que Freud a tenté de donner au mot. Pour bien montrer la complexité mouvante et fluctuante du mot libido tel qu’employé en psychanalyse, il faut avoir vu à l’œuvre les définitions de ce mot, et cela va de pulsion en passant par énergie sexuelle mais aussi désir, recherche de plaisir, ou tout simplement sexualité. Le mot est tantôt passif, c’est à dire n’appelant aucune action, tantôt dynamique et appelant l’action, car si le désir est de l’ordre du vouloir, comme nous l’avons montré plus tôt, la pulsion elle est dynamique et de l’ordre de la poussée vers l’objet, ce qui fait de la libido le fourre-tout par excellence de la théorie freudienne où l’on met tout ce qu’on ne sait ou ranger. Nous allons donc tacher de décider d’un sens pour ce terme, et déterminer si pris dans ce sens il peut s’accorder avec ses autres sens sans basculer dans le néant. La pulsion libidinale se veut pulsion d’origine sexuelle, et elle l’est si elle est ce qui se targue d’être à l’origine de nos comportements sexuels. Mais si elle est aussi pulsion de vie, alors elle ne peut être exclusivement pulsion sexuelle sans basculer dans l’absurde, car la vie est plus que sexe. Donc il nous faut repartir du moment où la pulsion libidinale ou libido génère des effets et donc des actions, pour tenter de définir ce qui du libidinal ou du pulsionnel est action, et si nous faisons cela, nous découvrons que la pulsion est celle qui porte le germe de l’action puisqu’elle est impulsion et poussée et puisqu’elle se situe en dehors des actions parce que si elle était action, alors elle ne serait pas pulsion. La libido n’est donc pas impulsion, mais soit source de l’impulsion, soit résultat de l’impulsion, ou alors, tout en un, désir et pulsion. Or elle ne peut être désir et pulsion sans perdre de sa profondeur freudienne qui lui confère pouvoir absolu en matière de désirs et de pulsions sexuels car alors elle serait assignée à 44

Sigmund Freud, Au-delà du principe de plaisir, Edition numérique Les classiques des sciences sociales, 1920, p47

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un élément de l’être complexe, le sexe, sans toutes ses ramifications libidinales et freudiennes, et cela, nous le verrons bientôt. De même, la libido ne peut être ce désir source de pulsion que décrit Freud, car alors, elle serait à cheval sur le conscient et l’inconscient, sachant que le désir conscient génèrerait de la pulsion inconsciente, il y aurait incohérence dans la mesure ou le conscient ne génère que ce qui lui est favorable, il ne peut donc générer une pulsion inconscient incontrôlable et par voie de fait défavorable. Si le désir était ce qui générait la pulsion, alors, il faudrait revoir tout le caractère pulsionnel d’une pulsion libidinale incontrôlable ou incontrôlée, car la pulsion incontrôlable est par essence de l’ordre de ce qui nous est inconnu, or le désir naît dans le monde connu, même s’il peut ultérieurement devenir refoulé. De là à dire que ce principe de libido est très désordonné, et donc chaotique, il n’y a qu’un pas, qui, s’il était franchi, dénierait à la libido son caractère érotique, puisque l’éros est lui-même la négation du chaos, car il est part fondatrice de l’ordre universel et nous y reviendrons. Si donc le chaos généré par la pensée freudienne de la libido est ce qu’il est, chaos, il a besoin d’ordre, et c’est l’ordre que nous allons donc tenter d’y établir afin de mener ce travail à son terme. Si le pulsionnel est ce qui génère des actes, le libidinal ne l’est pas, le libidinal selon la théorie freudienne est désir qui génère des pulsions, d’où l’incongruité de superposer pulsion et libido, car si la libido est ce qu’elle est, une source de pulsions, elle ne peut donc être la chose pulsionnelle. De même, elle ne peut être l’éros, car l’éros est énergie de l’ordre et de l’amour, et ce qui peut sembler discutable ne l’est pourtant pas, car l’éros est chargé de vertus érotiques et non pulsionnelles, c’est à dire qu’il n’en appelle pas à l’action, mais au voluptueux qui se nomme désir. Ce désir (qui est aussi appelé libido dans la théorie freudienne) ne deviendra pulsion que si une autre commande que celle de l’éros venait à le charger de pulsion, et cela est possible, mais autrement, il est puissance du désir qui est force et non impulsion, la force étant du domaine de l’être, et la pulsion/impulsion du domaine de l’étant, et c’est ce qui a fait dire à Lacan que le phallus est objet de puissance. Cette différence qui peut sembler minime ne l’est plus lorsque l’on considère que c’est l’éros qui génère nos vies amoureuses tandis que la libido génère nos pulsions du moi inconscient qui par attribution sur des désirs, sexuels peut être, nous enjoint certains comportements sexuels, peut-être.

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Ainsi ce qui est appelé pulsionnel est bien nommé puisqu’il est une poussée vers l’action. Par contre, si le libidinal est ce qu’il est, une source de pulsion, il ne peut être que cela, dans quel cas il ne peut aussi être désir érotique. Nous allons donc baser notre démonstration sur le premier postulat qui assigne à la libido la génération des pulsions, tout en sachant que ce postulat anéantit le second qui dit que la libido est éros. Et si cela est contradictoire, c’est qu’étymologiquement, la libido est éros. Il faudra donc envisager de garder le terme de libido qui est en réalité un générateur de pulsions inconscientes si l’on peut l’exprimer ainsi et dans ce cas le priver de son sens érotique. Ou bien alors, si l’on souhaite conserver la synonymie d’éros et de libido, ce qui fait plus sens, il faut envisager de créer un nouveau terme pour designer la fonction génératrice de pulsions conscientes et inconscientes, dans quel cas, ce serait une nouvelle aventure pour la psychanalyse qui s’est élaborée autour de ce concept de libido multifonctionnelle qui ne prend pas en compte que si les pulsions sont générées dans l’inconscient, elles n’ont pourtant pas toutes la même source, l’une des sources réside dans le moi inconscient, et l’autre source réside dans le collectif inconscient, et pour cause, l’une nous génère nos vies, tandis que l’autre ordonne le monde et nos destinées. Si cela était, il faudrait pour se faire, élaborer autour du nouveau concept de pulsion, une éthique que nous n’avons pas vraiment l’opportunité de développer ici. Mais l’on sait d’ores et déjà que ce que Freud qualifie de libido et de siège de nos pulsions se réfère très certainement au moi inconscient qui nous est favorable dans la mesure où nous ne lui sommes pas défavorable. En attendant, et pour pouvoir finir ce travail sans discontinuité, nous continuerons d’employer le terme libido pour designer la source de nos pulsions, en sachant qu’en faisant cela, nous le privons de son sens étymologique, mais il faut bien faire un choix, et celui-là nous semble le plus judicieux, car il nous propose une continuité certaine, même s’il dévie quelque peu le système libidinal de son sens premier qui est de désir.

Par simple observation, il est aisé de faire la distinction entre un comportement sexuel psychotique et érotique. Si nous utilisons le terme comportement sexuel psychotique pour désigner celui qui dérive de la pulsion de collectif inconscient, c’est parce que lorsque la pulsion arrive à amener l’être contre sa volonté consciente et inconsciente à une attitude de soumission, c’est que la raison s’est effacée, nous autorisant alors à déterminer que la

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psychose a gagné sur l’être. Il n’y a pas là un jugement de valeur morale, mais une compréhension que la bataille qui s’est jouée en l’être contre le non être a été perdue, et cet échec entraine une vacuité de l’éros-raison qui peut entre autres se traduire par l’envahissement de l’être par des pulsions du collectif inconscient, donc très difficilement contrôlables. Nous nous arrêtons un instant sur ces deux termes d’éros-puissance et d’éros-raison qui peuvent sembler contradictoires, mais qui ne font que démontrer que la charge d’éros est potentielle, de même qu’une charge énergétique peut être positive ou négative, la charge de l’éros peut être de puissance collective, individuelle, ou de raison, suivant ce que nous en avons déterminé. Il est fort probable que puissance ou raison ne soient pas les seules charges érotiques possibles, mais nous n’avons pas approfondi plus avant la question. Nous avons donc vu que la libido n’est pas ce que Freud en dit par raccourcis incertains, elle n’est pas énergie, elle est source d’énergie pulsionnelle, de même que l’éros qui est énergie d’amour à charge énergétique neutre, cette neutralité n’intervient pas en termes de force, mais d’impulsion, ce qui veut dire qu’elle est du domaine de l’être, et non de l’étant. Cette énergie n’est pas à coloration sexuelle mais divine comme nous l’avons démontré par le tantrisme ou comme Lacan l’a fait pour le don d’amour et le phallus. L’éros est énergie divine qui peut s’humaniser et devenir tantrique, d’où la difficulté de faire la distinction entre pulsion libidinale et désir érotique, et il n’y en a pas selon Freud. C’est cette affirmation que nous dénonçons, car s’approprier un concept existant pour soutenir sa théorie, sans comprendre dans le fond ce que ce concept représente, n’est pas une démarche scientifique et l’amène par ailleurs à dire par raccourci que l’éros est libido puisque la libido tend vers un but sexuel et que l’éros fait de même, or la libido telle que nous l’avons définie, si elle est génératrice de pulsions n’a pas de coloration sexuelle, elle est un centre de génération des pulsions, et la pulsion comme la libido est neutre jusqu'à ce qu’elle se charge au contact d’énergie du désir, érotique, sexuel ou autre. C’est la détermination de la sexualité comme but par la volonté érotique qui donne une coloration au désir. La libido à l’image de la perception qui est centre de gestion des perception externes, a une fonction de création et d’assignation des pulsions du moi inconscient, et c’est tout ce qu’elle est. Des pulsions il y en a beaucoup, et contrairement à ce que Freud avance, elles ne sont pas toutes à caractère sexuel à projections sublimées ou non. Elles

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sont poussées énergétiques se chargeant pour une raison que nous ignorons de la coloration qui leur est assignée. Lorsqu’un but énergétique sexuel de volonté érotique est assigné à une pulsion, alors la pulsion devient érotique au contact du désir avec lequel elle fusionne. Mais admettons que ce soit un but de possession d’origine par exemple raisonnable qui soit assigné à la pulsion, alors la pulsion se chargera de possession au contact du désir de possession. Et c’est cela que Freud a omis dans sa théorie, et nous pensons que c’est par volonté de soutenir sa théorie sexuelle déjà établie, mais ce n’est là qu’un procès d’intention. Pour en revenir à ce que nous disions à propos de notre solitude face à ce grand inconnu qu’est l’au-delà, si le pulsionnel est ce qui nous héberge, c’est qu’alors la raison consciente se sera effacée (psychose), et si cela est, alors c’est que la vie inconsciente est devenue pulsion envahissant l’espace de l’éros-raison, obligeant la raison à déserter cet espace.

3- Le grand saut d’Adolf Wolfli Nous allons, pour vous montrer ce qu’est un éros-raison en possession de sa raison , vous introduire au travail d’Adolf Wolfli, un artiste de l’art brut ayant tout comme Kozek Zdenek fait l’expérience du divin, mais à la différence de Kozek Zdeneck qui a aussi fait cette expérience, ici, il n’y a pour rapporter de ce plongeon dans l’invisible, que le travail artistique qu’il en reste comme témoignage, et c’est sur ce travail artistique que nous nous baserons pour l’interprétation de cet acte de foi, et non sur les élucubrations biographiques que nous pouvons en trouver. Il y a deux raisons à cela. La première est toute simple, et est que l’art se suffit à lui-même comme explication de lui-même, et de cette explication des plus cohérentes découle une explication en apparence moins cohérente, et qui ne fait sens que si l’on a conscience que le regard est dirigé par la voix qui l’accompagne à voir ce qu’il faut voir, et cette voix est celle du biographe patenté, aussi patenté que multi récidiviste, car enfin, faut-il être multi récidiviste pour encore et encore vouloir nous ramener à une grille de lecture basée sur des pulsions sexuelles lorsque ce qu’on lit doit être lu à cœur ouvert ?

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L’expérience du divin que rapporte Adolph Wolfli et qui fait étrangement penser à celle de Kozek Dzeneck, est toute en grâce, son œuvre aussi magistrale que celle d’Henri Darger couvre un large éventail de sujets divers, musicologie, géographie, art et littérature. L’œuvre monumentale d’Adolf Wolfli peut se résumer par ce simple mot : grâce. Si Adolf Wolfli s’appelle lui-même Saint Adolf II, c’est probablement par un mélange d’humour et de mégalomanie qui est difficilement évitable lorsque l’on a eu à faire preuve de vision. Sur ce mot saint, nous allons revenir dans quelques instants. La deuxième raison au rejet de cette biographie suggestive nous allons à présent la dire. Pour cela il faut connaître en partie sa biographie, aussi nous vous la présentons succinctement. Adolf Wolfli (1864-1930) est né en suisse. Cet enfant dont le père alcoolique abandonne le domicile familial alors qu’il avait 5 ans, perd sa mère alors qu’il n’en a que 8. On sait qu’il fut victime de mauvais traitements à la ferme où il dut travailler pour survivre dans des conditions assez misérables. Vers l’âge de 18 ans, il quitte la ferme pour la ville. Il a été arrêté pour agression sexuelle sur des enfants, emprisonné, puis relâché. Après sa troisième tentative d’agression, il a alors 31 ans, il est déclaré schizophrène puis envoyé a l’asile psychiatrique de Waldau où il finira sa vie. Durant ces années d’internement, Wolfli se met spontanément à l’art, et se découvre un immense talent. Il sera d’ailleurs un des rares artistes de l’art brut reconnu de son vivant, et cela grâce à son psychiatre, Walter Morgentaler, proche ami de Rorschach, le psychiatre et psychanalyste lui-même ami de Freud, qui a mis au point le fameux test de rorschach permettant entre autre de déterminer la schizophrénie lors d’une évaluation par ce test, et ainsi de faire de l’évalué un patient potentiel de cure de psychologie psychanalytique. Morgenthaler est aussi un des précurseurs de l’art thérapie. Il écrira un livre à propos de l’expérience qu’il eut avec Adolf Wolfi : « Folie et art, la vie et l’œuvre d’Adolf Wolfli ». Ce que le biographe nous rapporte du passé d’Adolf Wolfli, c’est que son enfance est très difficile, probablement comme celle de nombreux enfants de son époque, mais cela le biographe ne nous le rapporte pas. Le biographe nous rapporte également qu’il était peutêtre pédophile. Mais ce n’est pas pour pédophilie qu’il a été condamné mais pour attentat à la pudeur sur de jeunes enfants. De ces attentats à la pudeur, nous n’avons aucun détail, si ce n’est que les enfants étaient jeunes, et que lui avait une vie amoureuse malheureuse.

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Toujours est-il que ce que nous retenons quand même de lui c’est qu’il était pédophile, ainsi marche la mémoire humaine, par association d’idées. Et enfin, ce n’est qu’après le troisième attentat à la pudeur, deuxième selon d’autres biographes qu’il est arrêté, évalué, déclaré schizophrène, et interné à l’asile du docteur Morgenthaler. Ce qui est intéressant par rapport à cet épisode d’internement, c’est que le diagnostic de schizophrénie se présente comme en lien à l’attentat à la pudeur, créant de fait un lien qui n’a pas lieu d’être entre le schizophrène et le pédophile (puisqu’il a été précédemment amené que l’homme est pédophile). Et enfin, ce qu’il faut noter, c’est que tous ces psychiatres et psychanalyste allemands, autrichiens ou suisses pour ce que nous en avons vu, partagent des liens très étroits, même lorsqu’ils sont en désaccord, et pour ce qui du docteur Freud, son œuvre comme nous l’avons dit précédemment a des ramifications au-delà des frontières autrichiennes. Et enfin, ce que Freud veut démontrer de la sexualité comme sous tendant l’affection psychique, c’est le biographe de Adolf Wolfli qui le fait. En un certain sens, cela fait sens, sinon alors pourquoi l’interner parce qu’il est schizophrène ? Il faut bien qu’il y ait une raison à son internement, et cette raison est toute trouvée en l’attentat à la pudeur. Nous parlons tout de même d’une vie entière d’internement. C’est que du temps de Freud, et probablement aujourd’hui, la démonstration scientifique a plus d’une ficelle à son arc pour se faire valoir. Les hystériques en ont fait les frais avec l’hypnose, et il faut croire que le schizophrène en ont également fait les frais avec les psychiatres. Apparemment, l’expérimentation du trouble mentale sur sujets humains a plus d’un tour dans son sac pour faire d’êtres humains des animaux de cirque pour le triomphe de la science. Ce que cette histoire nous apprend, c’est que si l’on peut reprocher à Freud de s’être adonné à un travail de mise au point d’outils de manipulation perceptive, il ne s’y est certainement pas adonné tout seul. Et ainsi, l’histoire étant ce qu’elle est, nous devrons nous satisfaire de ce qu’elle nous rapporte. Aussi, lorsque nous nous sentons insultés par ce qu’elle nous rapporte, nous préférons l’ignorer. Et c’est ce que nous ferons de l’œuvre de Wolfi qui se présente à nous comme une grâce devant l’éternel et non comme de l’art de pédophile, pour résumer la suggestion bibliographique.

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Nous allons vous guider à faire une autre association d’idée que

celle

qui

vous

est

imposée à votre insu, qui lorsque vous l’aurez réalisée, vous fera comprendre ce que veut réellement le Biographe d’Adolf Wolfli lorsqu’il veut le faire associer à un pédophile, et ce, pour l’éternité. Par cette nouvelle association d’idée, nous vous amènerons à la compréhension de ce qui se joue depuis plus d’un siècle maintenant dans ce qui se présente comme une volonté thérapeutique, et/ou artistique et qui en réalité manie l’inconscient collectif tout comme il manie l’inconscient du fou à l’en rendre malade. C’est de cela qu’il sera question à partir d’ici, quelle force bien humaine, peut à ce point nous rendre névrosés que nous n’ayons d’autres recours que pourtant de nous en remettre à elle pour nous guérir ? Voici donc la nouvelle association d’idées amenée par questionnement : Quel Adolf est-il si puissant, de la puissance du génie malade, si fou, de la folie inhumaine, Artiste et schizophrène, emprisonné, et qui fit de cet emprisonnement un tremplin pour son génie malade, qui vaille que son biographe s’attache à le déclarer pédophile ? La réponse est évidente, aussi nous ne vous l’apporterons pas, nous souhaitions simplement vous présenter à notre tour une association d’idée qui si elle se révèle fonctionnelle et directe, et si vous avez gardé en mémoire la question de l’enfance symbole de l’innocence, (comme nous vous l’avons expliqué pour Henry Darger), vous fera de vous-même déterminer que les pédophiles ne sont pas ceux qui se sont retrouvés catalogués comme tels par le biographe patenté et multirécidiviste.

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Adolf Wolfli

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Avant de poursuivre, notons que les spécialistes du décodage se sont également attachées à la cryptographie musicale d’Adolf Wolfli pour essayer d’en trouver le sens. Nous ne savons pas si leurs entreprises ont été fructueuses.

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DE LA STRUCTURE DU MONDE ET DE L’INCONSCIENT

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A- Ethique du monde et structure de l’être

1- De la structure de l’être Lorsque la raison déserte le monde inconscient, elle le fait car il y a vacuité d’éros-raison. Il y a déperdition de la raison au profit de la substance divine. La cause de cette vacuité si elle peut nous échapper, n’en est pas moins structurelle, et cette souffrance de l’être qui l’accompagne, doit être adressée comme telle, et non comme problème d’origine narcissique. Lorsque la raison est obligée de se réfugier dans le conscient d’où elle peut aussi être chassée si le problème structurel n’est pas adressé à temps, il faut comprendre ce qu’il y a à comprendre, c’est que la raison a perdu la bataille de l’être, et cela n’est pas ce que l’on en dit en psychanalyse, mais ce que l’on en dit en religion par cette simple litanie de la religion catholique : « au nom du père, du fils et du saint esprit ». Pour que l’être soit complet dans sa fonction d’être, le transgenerationnel a besoin pour s’appuyer de ce qui dit bien son nom : « Un esprit sain », d’où probablement la raison de l’auto proclamation de Saint Wolfli II comme sain car la raison aura eu raison de l’effet de vacuité d’éros-raison. Lorsqu’il y a démence, l’esprit saint ou sain est ce qui a déserté l’espace empli de néant généré par effet de vacuité d’éros-raison. Et si le néant est ce qu’il est, un inconnu de la vie, sa grande capacité est d’être habité, et c’est là que se retrouvent les pulsions, dans cet espace vide de l’éros-puissance ou la raison a bien du mal à exister sans l’amour. Cet espace qui est néant ponctuellement habité d’énergies pulsionnelles et archaïques, dans lequel l’être privé d’amour et détaché de sa raison ne sait plus retrouver le nord car la boussole interne (l’instinct), est devenue dysfonctionnelle pour ces mêmes raisons. Comme cela a été dit dans « Rouge ciel », le film de Bruno Decharme, on peut bien dire que lorsqu’il y a folie, il y a désertion. Par contre, ce qu’il semble sous-entendre par désertion, n’est pas ce que nous entendons par désertion car le déserteur n’est pas l’artiste

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d’art brut, qui lui, a encore sa raison, même si parfois celle-ci est chancelante. Si ce qui est appelé désertion ne peut donc pas s’appliquer à l’auteur d’art brut, c’est parce que ce n’est pas l’être qui est déserteur, c’est l’esprit sain qui a déserté l’être au profit du néant par effet de vacuité éros-raison. Cela voudrait dire que le combat mené a été perdu car il y a eu manque de foi en la vie. Ce manque de foi ne réside pas dans l’absence de croyance religieuse, il réside dans l’absence de croyance en la vie elle-même qui n’est plus ce à quoi l’on s’attache à tout prix comme on est ontologiquement conçu pour le faire par l’instinct. On peut encore une fois, ramener ce type d’évènement à l’espace du phallus lacanien, érospuissance qui a empli l’espace abandonné par éros-raison mais qui n’est pas conçu pour nous héberger l’espace de nos vies, mais pour nous abriter parfois, car il est éternité, par voie de fait, si l’esprit sain a déserté c’est que l’être a perdu son attache au réel. Et sur ce point, nous rejoignons Freud qui dit que l’opposition se situe entre le moi et le principe de réalité. C’est cela qu’il était important de clarifier en termes de mots pour la compréhension de maux qui nous échappent, et qui parce qu’ils nous échappent, nous nous autorisons à en faire ce que nous voulons au détriment de ce qu’ils sont. Si le théorème freudien de la psychose attache tant d’importance au libidinal par le narcissisme, c’est qu’il n’a pas saisi la structure de l’être dans ce qu’elle a de sacré par l’éros, superposant de fait deux notions qui sont non superposables dans la précision que nous avons apporté à la définition de la libido et qui est ce qu’elle est, génératrice de pulsions. En effet, ces deux notions d’éros et de libido n’habitent pas dans les mêmes sphères de compréhension de la vie, et si le libidinal pulsionnel peut sembler érotique, c’est qu’il est conçu pour générer des pulsions qui peuvent devenir érotiques lorsqu’elles investissent un désir érotique. Le désir en lui-même n’est que volonté projetée sur l’objet, mais sans la puissance pulsionnelle, le désir est passif, il peut être rêverie ou fantasme, c’est à dire imagination. C’est la pulsion qui en se chargeant du désir lui donne une impulsion d’action. En d’autres termes, si le libidinal devait designer le désir érotique, il ne pourrait par voie de fait, plus être associé aux pulsions. Nous avons donc fait le tour des plus grandes théories freudiennes à travers le verbe qu’il emploi, et ce faisant, nous avons rétabli par le verbe, l’être dans sa structure éthique.

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Il le dit d’ailleurs lui-même dans « la psychologie collective et analyse du moi », que ce qui a posé problème lors de la présentation de sa théorie, ce sont les mots qu’il a utilisé pour la définir.

« On commence par céder sur les mots, puis on finit parfois par céder sur les choses 45».

Et en effet, c’est plus qu’exact, nous ne cèderons donc pas sur les mots qui font les choses. Qui serait surpris d’entendre dire que le verbe a une signification, car il est symbole, et que si nous l’utilisons pour symboliser un autre symbole alors nous ouvrons les portes de l’incohérence et du chaos, et sur cela nous reviendrons bientôt ? Nous noterons d’ailleurs que Freud et ses associés utilisent le terme éros sans trop de difficulté, mais le terme pulsion de mort est préféré à celui de thanatos comme pour respecter une vieille superstition religieuse datant de l’antiquité. N’y voyons pas là de rapport.

2- Mise en cause de la structure freudienne de l’être et du cosmos Si le désir érotique qui se charge de pulsion peut nous guider à ce qui est régénération de la vie, c’est tout un complexe composé entre autres de libido, de pulsions, de désirs et d’instincts que Freud nomme pulsion de vie, même si cette pulsion de vie, il ne semble pas l’envisager fonctionnant sur cette structure complexe telle que nous vous l’avons amenée mais sur un principe unique et un peu flou de libido. Par rapport à ce que nous avons développé précédemment, il nous semble à nous que principe de vie conviendrait mieux pour définir cet ensemble complexe et tout de même incomplet, car il y manque un ingrédient qui joue son rôle au même titre que les autres dans ce complexe, et il s’agit de la raison. Même si donc, principe de vie semblerait plus adéquat, nous n’allons pas remettre

45 Sigmund Freud, Psychologie collective et analyse du moi, Editions numérique “Les classiques des sciences sociales”, 1921, p 26

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en question cette appellation ici, car ce n’est pas notre rôle de le faire, nous ne faisons qu’apporter une vue critique sur la chose, en suivant notre fil d’Ariane, et ce sans toucher dans la mesure du possible à la structure. Ici, nous allons tout de même vous donner ce qui nous semble être la vraie structure psychique de l’être, pour que puisse se faire jour en vous une autre vision de la psyché et de son rôle. Cela n’est pas une destruction de la structure existante, mais une proposition de structure de l’être, travail qui n’avait pas été accompli par Freud préalablement à toute tentative de thérapie de la psyché. Le manque d’élaboration fondamental et structurelle de la structure consciente et inconsciente, a vu de facto naitre une structure chaotique de l’être faite d’empilement de découvertes et de suppositions. C’est pour cela que nous avons jugé ce travail structurel nécessaire à la suite de notre travail de critique, et aussi qu’il était bien peut être dans un mémoire qui se veut de l’art brut, que nous ayons une vision plus consciente de la brutalité de ce monde, car si brut désigne le non travaillé, brutalité en tire pourtant sa racine, et si cette racine de la brutalité est dite brut, c’est que l’idée qui sous-tend les deux est le manque de raffinement. Ce qualificatif nous semble ainsi des plus démérités au vu de ce que nous venons de développer. Il ne nous appartient pas non plus de rebaptiser l’art brut, mais nous venons de vous donner les raisons qui ont conduit à notre démarche de dégrossissement de la psychanalyse, pour vous faire la preuve par l’exemple que la brutalité n’est pas où on la dit, de même que le raffinement n’est pas l’apanage de qui on le dit. C’est ainsi que nous vous proposerons ici une vision brute mais si raffinée de l’être et du cosmos.

Si Freud considère le thanatos comme pulsion de mort et comme inscription génétique en nous du déclin et de la mort, cohabitant dans l’être avec le complexe de pulsion de vie que nous avons réajusté plus tôt, alors, il faudrait admettre que le thanatos, entité spirituelle de désir, habite également l’être de la même manière que l’éros, et que les désirs de mort et de destruction se chargent au même titre que les désirs érotiques de pulsions engendrées par la libido. Si la pulsion de vie est ce qu’elle est, une aspiration à, un maintien, ou une régénération de la vie, alors elle est ce qui nous habite, car ce qui nous maintient et nous pousse vers

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l’avant est ce qui nous habite. Par contre, dire que la pulsion de mort par le thanatos nous habite aussi est plus délicat, car ce qui nous maintient ne peut aussi nous anéantir. Il y a donc une complexité de l’être qui demande à être adressée par ce phénomène que Freud décrit comme, entre autres, un phénomène naturel et génétiquement inscrit de déperdition de la vie par le vieillissement et la mort programmée, et qu’il définit comme pulsion de mort. Si le principe de la pulsion de mort est plus caduque que celui de la pulsion de vie, c’est que par principe, il semble d’après ce que Freud en explique par le biologiquement inscrit en nous du déclin et de la mort, s’opposer à la pulsion, puisqu’il est non pas une poussée vers, mais une absence de poussée, d’où la question de la pulsion. Ici, il faut que nous nous arrêtions un instant pour définir réellement ce qui peut, comme action, être ou non déterminé selon la théorie freudienne, comme pulsion de mort, car s’il s’agissait simplement du vieillissement programmé et de la mort, il n’y aurait pas besoin de l’amener dans le champ psychanalytique pour y être traité. C’est donc que la pulsion de mort, au-delà de ces facteurs naturels, représente une chose plus dramatique qui fait s’interroger sur son origine, qui parce que son résultat est dramatique, ne peut en aucune façon être liée au principe de plaisir, même lorsque l’on envisage qu’il y ait eu auparavant une sublimation d’énergies du plaisir vers un objet fantasmé négativement. Ces évènements non rattachables au principe de plaisir ou à l’instinct de vie, sont le suicide, le meurtre, le génocide, etc.… Il nous faut donc détailler de façon claire et compréhensible le fonctionnement libidinal (générateur de pulsions), pour comprendre ce qui peut nous pousser à des actes semblant aller à l’encontre de ce principe de vie inscrit en nous. Nous allons auparavant faire un détour philosophique de l’autre côté de la vie. Si ce qui peut être perçu comme une pulsion de mort, n’est en réalité qu’une déperdition de la pulsion libidinale, qui pour une raison non encore déterminée, n’attribue plus les pulsions au désirs acceptés comme de l’ordre du normal, mais aussi à ceux que l’environnement social a travaillé depuis le plus jeune âge à déterminer comme de l’ordre de l’inacceptable, c’est parce que depuis le plus jeune âge, par l’éducation familiale, sociale puis religieuse, nous sommes formatés à ne pas accepter de pulsions venant habiter un certain type de désirs, et par voie de conséquence, la pulsion ne peut y être attribuée. En

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d’autres termes, la société est ce qui par éthique humaine nous apprend que la mort s’oppose à la vie. Nous ne parlons pas ici de cruauté, qui prend en compte d’autres considérations, mais de la mort. Le commandement « tu ne tueras point » est un commandement humain de la société humaine, qu’elle soit religieuse ou non, même si de prime abord, la religion est ce qui nous amène ce commandement. Dans l’état de nature, la mort est partie intégrante de la vie sur terre, et si nous le voyons dans les sociétés dites primitives que le mort est aussi présent que le vivant, c’est qu’il n’a jamais vraiment quitté le lieu, même s’il a quitté un état de l’être. Tout cela pour dire que si la mort est ce qu’elle est, une part de la vie, elle est ce qui nous répugne parce que n’étant pas de domaine de l’être vivant puisqu’inconnue et non accessible pour nous dans cet état de l’être. Il nous faut donc envisager de se dire que si le mort est ce qu’il est, un non-étant, il n’est pourtant pas néant. Ce qui veut dire que si nous envisageons tous le principe structurel de la vie comme si nous en détenions les vérités, nous ne pourrons que nous fourvoyer, car ce qui se dit d’une chose dans sa vision partielle, ne peut se dire de la même chose dans sa vision globale. Ainsi, l’humilité est reine en matière de vie. Par contre, ce qu’il est intéressant de noter, c’est que si le partiel a bien un avantage, c’est la simplification des choses à notre avantage. Nous nous contenterons donc de ce jugement partiel du « tu ne tueras point » pour démontrer que s’il faut vivre une vie de jugement partiel, alors il faut le faire dans les règles de l’art, et ces règles sont le sacré de la vie en nous qui nous enseigne que le monde n’est viable pour l’humanité que s’il a conscience de ce sacré de la vie. En d’autres termes, s’il accepte comme interdit ce que la société a décidé d’interdire au nom du sacré de la vie : Le meurtre, le suicide, le génocide. Cette parenthèse philosophique avait pour but d’amener l’idée que maintient et régénération de la vie est une structure globale du vivant sur cette planète, et qu’il ne s’oppose pas à la mort de l’étant, mais à l’anéantissement du vivant dans sa globalité, et ne pas être capable de voir cet ensemble vivant global, peut fausser jusqu'à la trame du raisonnement scientifique comme ce fut le cas pour Freud.

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Nous allons donc essayer de défaire ce qui le peut être de ce que Freud détermine comme, pulsion de mort et que nous pensons être le résultat de différentes imbrications de la structures psychiques en action vers un but commun, nous attirer vers le non acceptable aux yeux de la société. Nous pouvons de ce fait noter que ce principe que Freud détermine comme pulsion de mort, ne peut l’être que lorsqu’il y a interdit franchi inconsciemment par une pulsion incontrôlable puisque de l’ordre de l’inconscient. Lorsque pour une raison ou une autre, l’interdit social est levé, comme c’est bien souvent le cas lors de génocides, cette pulsion de mort ne relève plus du pulsionnel, mais de la raison, différente de la nôtre, certes, mais raison tout de même car réfléchie. Tout génocide a un calcul raisonnable à sa source, même lorsqu’il semble être du fait de pulsions qui ne sont en réalité que l’excuse à l’inexcusable une fois que l’inexcusable a été redéfini comme interdit par une autre société comme manquement au sacré de la vie. C’est d’ailleurs pourquoi les génocidaires peinent à se défendre, car lorsqu’ils sont face à leurs victimes, comment déterminer une ligne de défense raisonnable dans une société qui dit que le cœur prime sur la raison en cas de manquement à cet interdit précédemment levé, c’est à dire que ce qui joue en faveur du génocidaire, la raison, ne peut plus y être sous peine d’incompréhension. Or s’il y a incompréhension, elle est des plus hypocrites, car la société humaine et guerrière elle-même a pour principe la levée de l’interdit relative au sacré de la vie pour raisons de guerre, et cela, les génocidaires comme les génocidés le savent, ce qui se joue dans les tribunaux n’est en réalité que mise en spectacle de la réinstauration de l’interdit précédemment levé. Ce qui veut dire que si le génocidaire, (et ce n’est pas là le seul cas de mort par raison, le meurtre prémédité en est un autre), n’a pas l’apologie de la sacralité de la vie, il est celui qui vit à l’état de nature. Idem pour le meurtrier avec préméditation, tous deux pour qui, la raison du plus fort est toujours la meilleure, prend tout son sens, car cela nous dit bien que c’est la raison qui alors domine. Nous voulions par-là démontrer que ce que Freud détermine comme pulsion de mort pour désigner les actes de guerre et leurs conséquences, ne peut plus s’y rattacher, car l’acte guerrier n’est pas acte pulsionnel, de même que de nombreux actes qui parce qu’ils

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amènent la mort ou le dénuement, sont associés à des pulsions mais sont en réalité des actes de raison. Ceci étant, il nous faut nous demander ce qui du pulsionnel ou de la puissance dirige l’acte, car si l’on en croit Freud, tout acte est pulsionnel. Or ce ne peut être, et nous vous l’avons démontré lorsque nous vous avons dit que le Phallus est Eros-puissance, et qu’il a sa propre capacité de puissance active, et que cela étant, ce qui détermine un acte psychotique d’un acte érotique, dépend de la source d’activation du désir, que le désir soit érotique ou non. Le désir activé par les sens est puissance en action, tandis que le désir activé par la pulsion est inconscient en action. Si l’activation du désir se fait par pulsion, alors l’acte ne peut être considéré érotique, mais si l’activation du désir se fait par la puissance sensorielle, alors l’acte peut être érotique. Ceci pour dire que l’acte considéré comme acte dirigé par la pulsion de mort, n’est en réalité qu’acte de puissance sans éros, car ramenée à la simple expression de puissance raisonnable. Nous pouvons tenter par rapport à la redéfinition que nous avons faite de la libido et de son fonctionnement par rapport aux pulsions et aux désirs, de voir ce qu’il en serait si le principe de vie devait cohabiter avec un égal principe de mort et si le principe de plaisir est celui qui prime dans celui de vie Nous allons d’abord pour mieux comprendre l’approche freudienne de l’humain, tenter de comprendre ce qu’il entend par inscription génétique lorsqu’il s’en sert comme support pour sa démonstration. Freud dit par exemple que :

« Ce que la biologie et les destinées de l’espèce humaine ont déposé dans le ça est repris, par l’intermédiaire de la formation idéale, par le Moi et revécu par lui à titre individuel. Etant donné son histoire, son mode de formation, le Moi idéal présente les rapports les plus intimes et les plus étroits avec l’acquisition phylogénique, avec l’héritage archaïque de l’individu. Ce qui fait partie des couches les plus profondes de la vie psychique individuelle devient, grâce à la formation du Moi idéal, ce qu’il y a de plus élevé dans l’âme humaine, à l’échelle de nos valeurs courantes. Mais on tenterait en vain de localiser le Moi idéal de la

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même manière le moi tout court ou de le plier à l’une des comparaisons par lesquelles nous avons essayé d’illustrer les rapports entre le ça et le Moi. » 46

Cette approche biologique pour expliquer le psychique n’est pas sans intelligence, loin de là. Ce que l’on pourrait se dire de l’approche biologique en matière de psyché, c’est qu’elle est sans rapport ou hors du champ psychanalytique, car si la biologie s’applique aux corps physiques et vivants , la psyché elle, est considérée pour un grand nombre d’entre nous, même si ce n’est pas le cas pour Freud, comme immortelle, d’où la distinction de la psyché d’avec le reste de nos organes qui eux sont non seulement mortels, mais palpables, la psyché elle, est considérée immortelle, et est par essence impalpable. Ce qui relève du psychique ne peut se mesurer avec les mêmes instruments que ce qui relève du physique, et là encore, si ce qui relève du psychique influe sur le physique et vice versa, il n’y a aucun lien palpable entre les deux entités, d’où la difficulté de décider ce qui du physique est psychique ou ce qui du psychique est physique. Ainsi, lorsque Freud dit que le moi idéal relève d’une somme de formations antérieures et archaïques de la biologie, il ne fait que créer un pont entre le physique et le psychique, pont qui n’est pas vérifiable, même si nous pouvons peut-être penser qu’il n’a pas tort. Ce qu’il faut se demander à ce niveau, c’est ce que serait le moi idéal si la formation était non pas biologique, mais psychologique. Et cela Freud ne le fait pas, car alors, ce serait admettre qu’il puisse y avoir transmission non pas génétique, mais psychologique, et cela dépasse son entendement, car l’entendement freudien nie tout ce qui n’est pas du domaine du scientifiquement démontrable. Ce qu’il faut se demander, c’est si ce qui est mesuré par une mesure terrestre est cela même qui ne peut se dissoudre dans le néant, car se régénérant sans cesse par effet de mort et de régénération par la graine de vie. Si cela est, alors il est probable que l’intuition freudienne de rechercher dans la biologie la réponse à ses questions psychanalytiques n’est pas erronée, et qui plus est, est en avance sur son temps, car de son temps, le génome humain n’avait pas été mis à jour avec tout ce qu’il comporte de codage et d’inscriptions sur nous-même.

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Sigmund Freud, Le moi et le ca, Edition numérique “les classiques des sciences sociales”, 1923, p27

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Ainsi, la psychologie et la biologie peuvent se rejoindre parce qu’elles ont comme champs d’application l’être qui est si complexe et mystérieux qu’il ne suffirait pas d’une ou deux branches scientifiques de recherche pour venir à bout de sa complexité. C’est en cela que nous voulions ici réhabiliter Freud, car s’il n’est pas sans ambitieuse condescendance agrémentée d’un certain sens du manipulatoire et qu’il est doté de la vision narcissique de ceux qui ont à cœur la fidélité à leur clan par mépris du reste du monde, il n’est pas non plus sans vision juste. Si ce que nous lui reprochons, à savoir son manque de foi en la vie, n’est pas si justifié, c’est que cette vie ne se joue pas à une croyance, ni la nôtre, ni celle de Freud. Aussi, nous prendrons sur nous de lui épargner le piétinement de ses croyances par principe religieux, bien qu’il n’ait pas hésité à le faire des nôtres par principe scientifique. Ce qu’il faut se dire de ce qui se joue dans la psychanalyse, la défiance à l’égard de ce qui nous précède pour nous libérer de son joug, nous l’avons fait, et le gout pourrait en être amer pour ceux qui ont de l’admiration pour cet homme, grand malgré tout dans ce qu’il a construit un édifice qui encore aujourd’hui porte sa marque. Qu’il ne joue pas dans notre camp n’enlève rien à sa grandeur, celle qui est grande sans le cœur, la puissance sans éros, à partir du moment où nous savons qu’il n’est pas celui qui a joué contre la vie elle-même. Par contre, s’il s’avérait qu’il ait joué contre le camp de la vie, alors il lui faudrait rendre des comptes à la vie, et par ce mémoire, nous nous faisons jurés, sachant qu’avant toute chose, ce qu’il importe de faire lorsque l’on est juré, c’est d’écouter les argumentaires de deux parties. S’il faut bien accepter l’idée que ce que Freud a dit de la vie sacrée en nous, est ce qui est aujourd’hui en question dans le monde comme principe d’émancipation de l’être sur son inconscient, il faut aussi se dire que ce que Freud a dit de la vie sacrée en nous est aujourd’hui en question dans le monde comme principe de soumission de l’être par son inconscient, et cela ne fait pas de doute. Ce qui est en question, c’est l’ampleur du gâchis, et c’est à présent ce que nous allons aborder.

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3- La contrainte, éthique naturelle de fondement universel Cette pulsion de mort lorsqu’elle est déterminée comme étant l’inscription biologique en nous du déclin et de la mort, que Freud finit par accepter comme égale à la pulsion de vie, n’est autre que ce que nous avons abordé comme expression contraignante de la puissance, la volonté en étant l’expression non contraignante, qui si elle n’est pas acceptée, conduit l’individu, la société, le monde ou encore l’univers au chaos. La valeur contraignante n’est pas une valeur qui a une vie à part, et c’est ce que nous dit également Freud. Elle n’est donc pas à l’image de la pulsion de vie Freudienne qui est poussée énergétique à part car inconsciente dans le schéma de l’être, elle est partie intégrante de chaque espace-temps de ce monde et de son au-delà, et ne souffre d’aucun désordre puisque l’infaillibilité l’habite. Si nous allons tenter de développer ce concept de contrainte naturelle que nous avons déjà élaboré dans un précédent travail, c’est parce qu’il est important de se souvenir de ce qui fait le monde comme entité. Ce principe de la contrainte est un des principes élémentaires de structure de l’univers. L’ignorer, c’est s’ignorer. Si la vie nous veut ce que nous sommes, c’est dans la contrainte. Vivre ce principe de la contrainte, c’est être en mesure d’élaborer à partir de là, une éthique de la nature qui est bien loin de notre éthique humaine, même si cette dernière est aussi faite de contrainte. La contrainte est le ciment de la structure de l’univers, Freud dit que c’est l’éros qui est le ciment du monde, mais nous nous permettons de ne pas être d’accord, car si l’éros est présent dans l’animé, la contrainte elle vit dans toute chose de ce monde. C’est la contrainte qui fait dire que le renoncement au phallus est éthique. La psychanalyse freudienne, en la nommant pulsion de mort, lui donne une valeur négative, et elle en possède bien une car ce qui se joue dans la contrainte, c’est l’opposition à la volonté de puissance, et si ce principe peut sembler abstrait lorsque l’on parle de l’inanimé, c’est parce que pour le saisir, il faut avoir en tête la notion de puissance dans son sens physique qui donne à toute chose matérialisée une masse, et donc un pouvoir de puissance, et ce pouvoir est volonté dans la mesure où il est une volonté matérialisé. La contrainte vit de et dans toute chose qui fait masse et donc matière, c’est sa fonction de maintenir l’ordre dans la matière, et ce qui fait l’ordre étant loi, la contrainte est loi universelle la plus fondamentale que nous ayons trouvé

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à ce jour, et nous y reviendrons, car au contraire de la volonté qui est création, la contrainte est loi, et toutes deux, attributs de puissance qui est divine dans son aspect cosmic. La contrainte se vit en chacun de nous pour le bien de tous. Elle est valeur fondamentale, aussi fondamentale que la volonté qui est attribut et expression de puissance puisque la puissance dans cet univers a pour autre attribut la contrainte qui en est l’attribut négatif. Elle est donc anéantissement de la volonté pour l’équilibre ou le rééquilibre de la puissance évitant à celle-ci le chaos. La contrainte est donc une valeur inscrite dans la puissance universelle, et non pas une valeur qui fait face à la puissance universelle. Le seul élément non contraignant connu à ce jour par élaboration est le phallus : éros-puissance, et encore une fois, voilà la raison de son interdiction qui est totémique car prenant sa source dans cette loi fondamentale et universelle de contrainte, puisque sans contrainte, c’est le chaos pour toute chose matérialisée, d’où la jouissance qui ne peut s’éterniser. Vu sous cet angle, le Phallus est l’espace inconnu de la vie, il n’est donc pas du domaine du thanatos, puisqu’il est éros-puissance. Ainsi, la contrainte, là encore est ce qui fait face à l’éros-volonté pour l’équilibre de l’être, car l’éros-volonté tend vers l’éros-puissance pour la plénitude de l’être. Mais si ce travail de la contrainte est ce qui fait bien face à l’érosvolonté, il n’en va pas de même du thanatos qui est destruction de la vie (dans sa globalité qui fait d’elle une énergie perpétuellement renouvelée, comme nous l’avions vu précédemment). La contrainte et le thanatos ne sont donc pas superposable, car l’un travail dans le domaine du monde pour la sauvegarde de la vie par l’évitement du chaos, tandis que l’autre nous est inconnu, mais a la réputation si c’est vrai, d’être l’anéantissement de la vie et du monde. Ce qu’il faut se dire de ce schéma que nous venons d’établir, c’est qu’il nous donne une autre vision du monde. Dans la mesure où le monde est puissance, l’éros est vie, d’où le principe gémellaire éros-puissance qui lorsqu’il habite l’espace contraignant du monde, espace qui dans ce contexte de gémellarité est superposable à celui de la vie, revêt les attributs de volonté et de contrainte de puissance. Dans l’espace de la vie, éros et puissance sont valeurs gémellaires et superposables sans pour autant être un dans l’ordre normal du monde. Ainsi, il faut noter que si pour une raison ou une autre la gémellarité de ce principe est dissoute dans l’espace de la vie, soit l’éros privé de puissance dans le cadre de la vie de l’être, bascule dans l’impuissance, pour l’être cette impuissance se caractérise par une

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impuissance fondamentale de vie, qui se traduit par une dégringolade de l’être par l’échec sans cesse renouvelé et si cela se poursuit peut le faire basculer dans l’inconnu de la vie, où, privé de puissance, il perd son moi qui est raison, et c’est la folie. Soit puissance est privé de l’éros dans le cadre de la vie de l’être, et cela se traduit par un état de puissance dépourvu d’amour comme nous vous l’avons expliqué auparavant pour les génocidaires qui sont puissance raisonnable mais sans éros. Si ce travail de la gémellarité brisée se poursuit trop longtemps, alors, la vie devra s’exprimer ailleurs, hors de l’être, car l’être est conçu pour survivre de cette manière, mais pas pour vivre de cette manière. Nous résumerons ainsi : la contrainte est ce qui maintient l’être dans l’espace normalisant de la vie et du monde, et ce sans folie, le thanatos est ce qui anéantit l’être. Du thanatos et de la mort nous ne savons pas grand-chose puisqu’il sont tous deux du domaine de l’inconnu, mais l’un nous semble plus mortel que l’autre, et ce n’est pas forcément celui que l’on croit. C’est cela que nous allons à présent tenter de situer : quelle mortalité est la plus mortelle des deux. Le thanatos se défini comme absence de puissance, tandis que la mort elle est absence de vie pour l’être. Si dans l’espace contraignant du monde, le principe d’éros et celui de puissance sont superposables, c’est parce que la puissance revêt dans cet espace ses attributs de vie qui son volonté et contrainte, et si ce qui permet le renouvellement de la vie, c’est l’éros qui lorsqu’il a revêtu ses attributs de vie le font le garant de sa régénération. Mais si ceux-ci sont aussi autres dans l’espace non contraignant de l’au-delà de la vie, c’est parce qu’ils y habitent également, dans leur vertu première sans attribut, l’une d’amour et l’autre de puissance. La difficulté pour nous de nous représenter ce principe d’amour sans contrainte, de même que ce principe de puissance sans contrainte, fait partie de la structure du monde puisque nous n’avons qu’un accès restreint (jouissance, rêve, folie) à cet au-delà qui pour nous restera en grande partie inconnu au moins jusqu'à notre mort. C’est donc que cet espace de l’au-delà est structurellement conçu pour nous être très peu accessible, tout en nous accordant par touches successives des indices sur sa nature comme nous l’avons expliqué plus tôt. Mais si cet espace est inconnu, nous pouvons par les expériences conscientes de ceux qui y ont eu accès, par le saut dans l’invisible, la méditation, ou le rêve pour ceux qui lui accordent une vertu divine par contraste a

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l’interprétation que Freud en fait, envisager qu’il est non pas thanatos, mais éros-puissance. De là, nous pouvons envisager que si le thanatos existe en tant qu’absence de puissance, il est autre que cet espace, et puisqu’il est destruction de puissance et d’éros, il est donc néant de la vie même. Nous pouvons ainsi envisager qu’il pourrait être ce qui est à éviter au niveau psychique pour l’être immortel, de la même manière que l’individu évite l’anéantissement de son moi, et donc de lui-même. Cela pour dire que si le thanatos est si différent de l’au-delà de la vie qui est amourpuissance, c’est parce qu’il est, pour la psyché anéantissement de cet au-delà. Au thanatos, nous ne connaissons qu’un attribut, et c’est le néant. A partir de là, il nous est plus facile de comprendre que ce qui semble s’opposer à l’éros dans ce monde n’est pas la mort ou sa pulsion, mais la contrainte, qui comme valeur fondamentale du monde (car attribut de puissance), a pour but de s’opposer à son autre attribut qui est volonté, et ce pour l’équilibre du monde, et le maintien de son principe de mort et de renouvellement. Il n’y a donc pas réelle opposition à l’éros, mais fonction complémentaire de l’éros pour le renouvellement de la vie sur terre. Par contre, c’est à la puissance même que s’oppose le thanatos qui est notre anéantissement. De ce fait, ce qui est également déterminé comme pulsion de mort, le déclin et la mort, n’est en réalité que contrainte, et n’est pas une faculté de l’être, mais de ce monde qui est fait de vie et de renouvellement de la vie. Nous n’approfondirons pas plus avant cette question, très philosophique au demeurant, qui demande d’accepter que lorsque la vie abandonne l’être, l’éros et la puissance eux n’abandonnent pas le monde, et qu’ils poursuivent leur cycle naturel de mort et de régénération dans le cadre de l’éthique contraignante du monde. Vu sous cet angle, on ne peut pas attribuer au schéma de l’être que ce qui contredit l’éros soit pulsion de mort, par contre, nous pouvons tout de même dire que si ce qui s’oppose à la puissance s’y oppose dans l’être, alors ce sera l’anéantissement de l’être qui n’est pas sa mort, mais à un niveau supérieur, la fin de son cycle de renouvellement. Nous ne savons pas si ce schéma peut être admis en psychanalyse, car il est d’ordre philosophique, mais cette philosophie nous a permis de déterminer si ce qui est dit en psychanalyse est valide puisque contraire à la fonction de l’être qui est de vie et de puissance renouvelé par l’éros.

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La toute-puissance n’est pas une vertu qui nous est connue ou connaissable, car ce que nous apprenons de l’observation de la valeur de contrainte de la puissance, c’est que si cette vertu de contrainte n’existait pas, alors la puissance serait toute puissance, et dans sa potentialité exponentielle et non contraignante, elle s’autodétruirait, et c’est cela sa réalité dans ce monde. Le monde se vit de puissance volontaire mais aussi de puissance contraignante. C’est son fondement, et l’ignorer, c’est ignorer notre nature qui nous est propre, pour la cohésion de ce monde. Cette puissance volontaire s’est exprimée en nous de façon rythmique, par des étapes de la vie, telles que, l’aspiration du premier souffle de vie, l’apprentissage du langage, de la marche, de la sexualité, etc.… Nous noterons par ailleurs que le premier acte de puissance volontaire sur terre pour les animaux qui est de respirer, ne peut en aucun cas être lié au principe de plaisir, il est acte de nécessité douloureuse même si la récompense en est grande : vivre. Il est pulsion de vie attribué à ce qui est probablement notre premier désir extra-utérin : vivre. Il n’a pas d’opposé connu, la seule chose qui peut lui être opposable si l’on peut l’exprimer ainsi, c’est son absence. Il est ou il n’est pas, et tout le reste n’est que degré de puissance variable de cette pulsion. Toujours est-il que le rôle que joue ce travail de puissance ne peut en aucun cas se poursuivre si un autre travail de valeur égale ne venait à le rééquilibrer pour lui permettre de se poursuivre dans les limites de l’acceptable. Cet autre travail est celui de la contrainte. C’est pourquoi l’inspiration est toujours accompagnée d’une expiration.

Puissance volontaire et contraignante est la valeur fondamentale du monde sur laquelle viennent se greffer d’autres valeurs génératrices de vie ou de mort, comme le travail de la l’éros ou encore celui de son absence. Si l’éros habite l’être lui enjoignant la vie par le désir qui une fois chargé de puissance devient mouvement, l’absence d’éros, elle, habite l’espace et l’inanimé. A la différence de l’éros qui par le désir crée l’espace de puissance du mouvement pour l’être animé, l’absence d’éros, elle, est l’absence de cette valeur, et ne peut donc être considérée comme habitant l’être. Ce qu’il se passe lorsque l’on pense observer la pulsion de mort, n’est en fait que le résultat d’une vacuité de l’éros qui si elle se propage à tout l’être signe son déclin puis sa disparition, et cette vacuité de l’éros est à distinguer de la valeur de contrainte qui elle est valeur de rééquilibrage.

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Dire que la pulsion de vie et la pulsion de mort sont deux principes habitant l’être est de ce fait erroné, car ce qui habite l’être est l’éros-puissance humanisé, c’est à dire accompagné de ses valeurs de volonté et de contrainte, génératrice de vie et de mouvements, ou son absence progressive et/ou fatale. S’il faut se dire que ce qui nous émeut est cela même qui nous dirige dans nos destinées, alors il est peu probable que nous soyons seulement habités par une pulsion de vie (entendons puissance de vie générées par éros puissance), ce qui semble simplificateur de ce que nous sommes, des êtres destinés, mais par un ensemble de pulsions structurellement cohérentes pour vouloir vivre une vie destinée. Si ces dites pulsions qui sont génératrices de vie sont ce que nous en comprenons, elles sont d’origine libidinale, entendu que le libidinal est ce qui génère nos pulsions inconscientes. Cependant, cette question semble également incomplètement traitée, ce qui est normal dans la mesure où, pour Freud, l’inconscient est tout ce qui n’est pas conscient. Mais si nous envisageons un instant que dans l’inconscient, il est possible de déterminer cette part qui relève du moi inconscient, et cette autre part qui relève du collectif inconscient, alors si la libido génère les pulsions du moi inconscient il restera à déterminer ce qui du pulsionnel dérive du collectif inconscient vers le moi, et cela n’est pas pour nous de traiter, car le sujet est vaste. Mais nous devons tout de même préciser que cette question si vaste résoudrait de nombreux problèmes en matière de psyché et de folie. Ces pulsions génératrices de vie, s’inscrivent dans nos sens en émoi et lorsque cela est, le principe qui sous-tend le phénomène n’est pas principe de plaisir, mais plutôt principe de satisfaction du désir, ce qui est littéralement différent. La première aspiration d’air du nouveau née en est un exemple, qui répond au désir de vivre et non au plaisir d’inspirer. Ici, satisfaction du désir et plaisir ne sont eux non plus pas toujours superposable, même s’ils le sont parfois. Le sens en émoi est ce qui nous fait vivants, car si le sens n’était pas en émoi, c’est qu’il y aurait vacuité libidinale, et l’ordre de répartition des pulsions serait perturbé. Comprendre cela, c’est de savoir ce que nous sommes : des êtres dotés de sens. Si la sexualité est ce qu’elle est, alors elle répond elle aussi à une logique de sens, même si d’autres facteurs, et entre autres l’éthique naturelle qui l’englobe avec une logique indéniable de croissance, maturité et décroissance, peuvent interférer sur son cours.

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Dans le théorème freudien, si l’idée de croissance, maturité et décroissance est bien présente lorsqu’il parle de la pulsion de mort, elle n’est pourtant pas mise en évidence, excepté lorsqu’il est question de pulsions de mort. Pourtant cette valeur contraignante n’est pas une pulsion de mort, et appeler une valeur contraignante pulsion de mort crée un amalgame dans les esprits, de la même manière que nommer la phase de découverte infantile du désir érotique, sexualité infantile, crée un amalgame dans les esprits, car peuton nommer la chenille, la chrysalide et le papillon du même terme générique sans tomber dans le générique, même si nous savons tous bien que chacun découle de celui qui le précède ? Et le générique nous le savons tous manque de la précision nécessaire à la compréhension de phénomènes complexes. Là est la clef de compréhension de l’opposition instinctive à la théorie freudienne de la sexualité infantile, car si tout le monde a plus ou moins conscience que ce qui s’y dit n’est pas complètement erroné, tout le monde ne peut se satisfaire de cette explication qui fait de la chenille un papillon, ce serait absurde. S’il faut se demander ce que sont ces facteurs autres qui peuvent éloigner la sexualité de son cours naturel de vie et de génération de vie par l’émoi des sens, il faut se dire que ce qui nous émeut n’est pas ce qui nous raisonne.

4- Ces principes qui habitent l’être et qui font sa complexité Si nous appelons les sens primaires car ils semblent s’opposer à la raison qui elle peut sembler secondaire, c’est parce que nous avons décidé que ceux-ci étaient premiers en nous, or ce qui peut se dire des sens, peut également être dit de la raison qui, elle aussi suit une logique de croissance, maturité et déclin. En nous inspirant du mode de pensée qu’Aristote a appliqué à l’âme, nous dirions que si les sens sont là, c’est que la raison est là également, (et avec elle la recherche de savoir), car elle est un des principes de l’âme au même titre que les sens, et pour démontrer cela, nous remonterons jusqu’au stade du fœtus que l’on sait déjà doté de sens. On le sait aussi doté de raison, il est celui qui sent la caresse ou la chaleur de la main de sa mère contre les parois abdominales, et il est aussi celui qui se meut contre ces parois pour s’y blottir, montrant par là qu’il se veut vivant de ce geste. Si l’amour est au centre de cet échange, c’est donc bien qu’il y a réception par la perception

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externe, analyse et classement par la perception interne, et réaction de l’intéressé en fonction de cette perception. Si ce stimulus émis par la mère n’était pas celui qui provoque la réaction du fœtus par perception de l’acte d’amour, on pourrait alors penser que le geste du fœtus est reflexe. Mais il n’est pas, puisqu’il est réflexion, et ceci montre que si le fœtus a une réflexion parce stimulé par ce geste d’amour maternel, il est capable de réflexion tout court, à un stade probablement primaire certes, mais réflexion tout de même. Ce qui se vit dans cette relation mère enfant du stade intra utérin, est le germe de l’intelligence animale qui se mue progressivement en intelligence humaine pour par la suite, une fois la maturité atteinte, décliner progressivement. Ce stade germinal est généralement terminé lorsque le petit d’homme est viable même lorsque prématurément né. Faire de ce phénomène une comparaison entre nous et le règne animal, c’est comprendre et accepter que dans toute vie animale, ces deux notions d’amour et d’intelligence cohabitant l’être sont fondamentales, et si ce qui se dit de nous les animaux peuplant cette planète est si important, c’est que cela figure notre approche à nous-même et à nos congénères de toutes espèces confondues. Si nous n’approfondirons pas plus la question, il nous semblait normal de faire vivre cette notion de vie utérine dans sa phase germinale pour comprendre ce que dit la théorie freudienne qui situe la recherche de savoir à un stade très avance du développement humain, entre la troisième et la cinquième année, or il n’en est rien, la recherche de savoir et donc l’intelligence est simultanée à l’amour de même que la libido puisqu’il y a mouvement d’ordre pulsionnel, ou que d’autres principes comme par exemple l’instinct, la perception ou les principes vitaux, etc. ..Nous n’en avons pour le moment pas déterminé d’autres, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en ait pas d’autres Freud dira à propos de la recherche de savoir que :

« à cette même époque où la vie sexuelle de l’enfant atteint son premier degré d’épanouissement – de la troisième à la cinquième année – on voit apparaître les débuts d’une activité provoquée par la pulsion de rechercher et de savoir. La pulsion de savoir ne peut pas être comptée parmi les composantes pulsionnelles

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élémentaires de la vie affective et il n’est pas possible de la faire dépendre exclusivement de la sexualité »47

Pour comprendre que situer la recherche de savoir entre la troisième et cinquième année comme le dit Freud est erroné, il suffit d’observer le nourrisson qui rapporte tout à sa bouche. Ce geste de rapporter à sa bouche le sein maternel, puis tout objet à sa portée, est simplement un geste mu par une pulsion de source libidinale projetée non seulement dans le désir de tendresse, mais aussi dans le désir de nourriture et enfin dans le désir de savoir le monde qu’il découvre, Il est donc aussi une recherche de savoir. Tout cela se fait dans un cadre qui est érotique dans ce sens qu’il est de plaisir culminant et nous y venons, amenant par là pour le petit de l’homme, et peut être que cela est aussi vrai pour tous les animaux, l’association d’idées qui consiste à lier mentalement désir à charge pulsionnelle et à culminance du plaisir. Si le cadre de la relation mère enfant échappe à ce cadre de tendresse instinctive et rationnelle qui l’associe à l’éros et donc à la culminance du plaisir, il va de soi que toutes les associations d’idées qui en découleront en sortiront également. Nous précisons ici que la jouissance sexuelle est le rappel mémoriel de ce plaisir culminant de l’enfance qui s’il est vécu dans un cadre éthique et tendre, peut se poursuivre dans un cadre éthique et tendre. Autrement, ce qu’il sera de l’être se construira, comme c’est bien souvent le cas puisque le fusionnel ne peut se poursuivre indéfiniment, sur une fracture d’éros-puissance. Le geste du nouveau-né est un geste pulsionnel de source libidinal de projection érotique, instinctive, et rationnel de recherche de savoir qui nous permet de demander quelle interprétation donner à la théorie freudienne qui l’a totalement occulté au profit de la projection sexuelle, et a ainsi donné une impulsion sexuelle dénuée de raison à toute la dynamique de l’être, le conscient et l’inconscient en étant. C’est qu’encore une fois l’amalgame freudien du sexuel et du sensuel fait des émules questionnables.

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Sigmund Freud, Trois essais sur la théorie de la sexualité, Edition numérique sur scribd.com, 1905 p82

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Car en effet, si nous devons considérer toute attitude sensuelle comme sexuelle, alors, effectivement, le monde serait une grande partie de jambes en l’air. Or il n’est pas, et bienheureusement. Lorsque nous prononçons cette phrase quelques peu sarcastique, le freudisme voudrait que nous soyons mus par une pulsion d’ordre sexuelle sublimée, et ce n’est pas vraiment dit qu’elle soit sublimée puisqu’elle parle de sexe. A ce freudisme, dans un élan de folie pulsionnel et subit, nous répondons : « Et la tendresse bordel ?! ». Et c’est ainsi que nous avons résolu la question du pulsionnel freudien qui veut que ce qui vient de la libido soit assigné à un désir sexuel (dans le sens freudien). Notre pulsion est bien assignée à un désir, ce désir nous pourrions même, si nous le voulons, le qualifier de sexuel, mais il n’est pas, il est désir de provocation, et s’il devait en résulter une jouissance, elle serait intellectuelle, et de l’ordre de la raison qui elle aussi peut éprouver de la jouissance sans en être sexuellement coupable. Le principe de la libido n’a pas pour contre principe la pulsion de mort, la structure est erronée. Le principe de libido cohabite avec le principe d’intelligence réflexive, le principe érotique de plaisir, le principe instinctif, le principe perceptif et le principe vital, et tous ces principes, et peut être d’autres, se vivent dans le même œuf, et cet œuf forme l’essence de l’être. S’il y a vacuité de l’être, c’est que la structure que nous venons de décrire n’est plus homogène, créant non seulement une mauvaise distribution des pulsions dans l’être, mais aussi peut être d’autres problèmes inhérents à la perte d’homogénéité et à la vacuité, et également toujours par effet de vacuité une perte pulsionnelle de l’être au profit du collectif, entrainant de fait par effet d’homogénéisation des espaces, un gain pour l’être de ce qui ne lui appartient pas puisque collectif. Ce collectif, et nous pouvons le voir au contact de la folie, a des aspects parfois bien effrayants pour l’être, surtout si celui-ci par cet effet de vacuité se trouve privé de sa raison. Si cette hypothèse est plus que vérifiable, c’est que la vision plus que restreinte que nous avons du monde et qui se satisfait d’une explication psychique de traumatismes infantiles qui même lorsqu’ils ne sont pas faux ne peuvent tout adresser, semble impuissante à adresser ce qui ne peut en aucun cas être adressé par cette vision, le monde comme entité complexe ou l’individuel peut se perdre dans le collectif. Et si ce que nous appelons collectif, et que nous envisageons comme aspect invisible du monde, superposable au monde n’est pas comparable au collectif inconscient freudien,

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c’est qu’il ne peut se définir comme une somme d’inconscients (foule), mais comme la source de tous les inconscients, et bien plus, car il est tout en profondeur.

B- La part collective en nous 1- L’abbé Fouré ou l’aboutissement du vouloir de vivre Nous allons à présent élaborer ce que nous entendons par collectif inconscient à partir du travail de L’abbé Fouré, né Adolphe Julien Fouerée (1839-1910). Ce prêtre ordonné en 1863, prend sa retraite en 1894 après être devenu sourd et muet, nous ne savons pas dans quelles conditions. Certains biographes disent qu’il n’aurait pas pris sa retraite mais aurait été démis de ses fonctions ecclésiastiques pour positions politiques tranchées. Toujours est-il qu’il s’installe à Rotheneuf près de Saint Malo, et commence une vie d’ermite et de sculpteur sur bois et surtout sur roche, ce qui nous intéresse de par la démarche qui est atypique. Il sculpte la falaise de l’atlantique de personnages et de monstres marins racontant entre autres la légende de la famille Rothéneuf, une famille du banditisme et de la piraterie, qui aurait vécu au 16eme siècle. Ce qui est intéressant chez l’abbé Fouré, c’est qu’il ne semble pas « fou » comme d’autres artistes de l’art brut. S’il a des visions internes comme ses sculptures semblent le suggérer, ce n’est pas sans sa raison, ce qui n’en fait donc pas un fou, tout au plus un illuminé ou un sage ermite, et la différence est grande pour qui sait y regarder, car le fou à la différence de l’ermite ne sait pas ce qu’il dit. Aussi, qu’un ermite, prêtre de surcroit donne voix à l’invisible nous donne une approche quelque peu différente de celle du fou qui comme tous les fous est peu crédible puisqu’il est fou. L’abbé Fouré aura donc sculpté pendant 13 ans la falaise pour en sortir des fantômes du passé ou du futur, et leur donner une forme visible. Ce qu’il faut se dire des visions comme en ont les personnes visionnaires ou medium, et par conséquent, celles qui n’ont pas été rendues aveugles par l’acceptation du complexe œdipien freudien, c’est que comme nous l’avions suggéré dans le cas Hélène Smith, l’interprétation peut en être 142


biaisée, rendant le message difficile à comprendre. Ce message qu’il semble intéressant de rechercher dans le cas de l’abbé Fouré est celui de l’homme qui se veut vivant lorsqu’il a face à lui le monumental, le phénoménal et le majestueux, une œuvre surhumaine qui en appelle à une chose en nous, la simple question : pourquoi ? Ce travail monumental et étrange tant par le support choisi qui n’est pas des plus aisé, que par le sens profond de l’œuvre, nous montre qu’au-delà de la représentation, ce qui sous-tend l’œuvre de l’abbé Fouré, c’est l’inscription à caractère indélébile de ses visions, comme pour leur donner une réalité immuable, car le choix de la pierre s’il n’est pas aisé, a l’avantage de ne pas être non plus aisément changeable, à moins d’une volonté titanesque qui viendrait le retoucher ou l’anéantir. L’histoire de la famille Rothéneuf, nous ne la connaissons pas, mais il semble qu’elle se veuille connue, et cela au-delà de générations d’humains. Si elle se veut connue, et qui plus est par la volonté hors du commun d’un abbé, c’est qu’elle est celle qui n’a probablement pas fini de se vivre, et qui vient par la volonté d’un abbé obtenir une inscription indélébile sur la pierre, afin de ne pas rester engloutie dans le néant. Cette mise en garde de ce qui se prépare, n’augure rien de paisible, et en disant cela, nous nous faisons l’écho de l’abbé Fouré qui nous avertit par ces monstres marins, et ces corps enchevêtrés de ce qui vient qui n’est pas d’heureuse augure. Ces œuvres ont été inscrites sur la falaise de Saint Malo au début du 20eme siècle. Nous nous arrêterons là pour l’interprétation de l’œuvre de l’abbé Fouré, nous voulions simplement vous faire vivre non seulement une œuvre de l’art brut en partie interprétée par l’art brut, nous souhaitions également vous mettre en garde contre ce qui se prépare, car ce qui se prépare se produit encore et encore depuis ce début de vingtième siècle, sans que nous ne sachions bien saisir de quoi il est question. Il semble évident qu’il est question d’invisible.

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Abbé Fouré

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Si l’on peut par association d’idées rapporter cette vision à l’expérience d’Hélène Smith ou de Wolfli, ou encore de Henri Darger, il y a deux raisons à cela. La première, c’est que le cas d’Hélène Smith dit bien son nom, il est question de médiumnité. Et la deuxième raison, c’est parce que chez Hélène Smith, comme chez Wolfli, c’est l’interprétation du message qui est problématique pour la toute simple raison que le langage inconscient n’est pas le Langage conscient. Si Hélène Smith est en contact avec des habitants de mars, il est évident au vu de ce que nous venons de dire que ce sont des habitants de cette planète guerrière sur laquelle nous humanoïdes habitons. De même, si le travail christique de Wolfli en appelle à nous différemment de ce qu’il le fait avec ceux qui n’ont pas conscience de son contenu, c’est parce qu’il parle un langage inconscient dont nous vous avons révélé certains aspects, (et ce sera tout ce que nous ferons ici), afin de vous permettre d’appréhender ce qui se prépare hier, et qui puisque nous prenons la peine de nous adresser à vous de cette façon, se poursuit aujourd’hui.

Ce principe de vacuité libidinal qui n’est probablement qu’un aspect de ce que l’on peut entreprendre de comprendre pour venir en aide à ceux qui souffrent dans leur inconscient, est ce que Freud a négligé, car cela l’aurait probablement forcé à reconsidérer tout le fondement de la psychanalyse, et l’on peut comprendre les réticences, même si elles sont pleines de conséquences. C’est que cette idée amène, de par le fait qu’elle ouvre l’inconscient à quelque chose de plus grand, une idée du divin dans ce qu’il nous est inconnu et non appropriable. Ce que l’on sait de lui sinon qu’on n’en sait rien, est qu’il nous englobe, et que sa volonté est toute puissante, de cette même toute puissance que la contrainte nous interdit. Faire de ceux qui souffre de la vie en eux une expérimentation, c’est de se poser comme une source de savoir de la vie en eux, or nul d’entre nous ne le peut, car ce qui se joue en eux nous dépasse tous. Nous en resterons là pour ce qui concerne le puissant, l’incontrôlable et l’ineffable.

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2- Une autre réalité : la complexité structurelle de l’être Nous vivons nos vies enchainées à des principes que nous ne maitrisons pas, et pour cause, ils ne nous appartiennent pas, car ils sont la fibre de cet univers. Ils nous habitent au moment de la germination, et nous quittent à l’anéantissement, suivant durant ce laps de temps une structure contraignante, immuable et imprescriptible de croissance maturité et décroissance par le déclin, et c’est ce que Freud a voulu expliquer dans sa théorie de la pulsion de mort, sans aborder l’aspect contraignant de l’espace même que nous habitons, et qui parce qu’il est contraignant, ne nous autorise pas sa connaissance exhaustive, et c’est cela que nous avons tenté de démontrer au début de ce texte lorsque nous avons dit que la soumission à la nature fait partie de ces éléments imprescriptibles de la vie. Si Freud se veut si sûr de son fait lorsqu’il énonce que la pulsion de mort habite l’être aux côtés de la pulsion de vie, c’est qu’il imagine l’être comme doté de capacités qu’il n’a pas, car en effet, la pulsion libidinale n’est en fait, que génératrice de vie, un peu comme un moteur, et si vie il y a, elle se compose d’un ensemble complexe de structure émotionnelle qui ne peut être ramené comme Freud le fait à de simples pulsions sexuelles. C’est ce qu’il en coute de lier de façon immuable la pulsion au désir qu’elle habite, et nous l’avons abordé plus tôt. Ces sentiments qui forment une structure émotionnelle et muable en fonction du vécu s’illustrent bien par ce que la mythologie grecque nous rapporte de la vie, une structure émotionnelle complexe où tout ne peut être rapporté à l’œdipe, à l’éros à la narcisse et à la psyché, car si l’individu dans son conscient et dans son inconscient, peut être symbolisé par le mythe d’Eros et de Psyché, il peut aussi être symbolisé par tout ce qui dans la mythologie se rapporte à l’être et à son devenir, (attendu qu’il y a dans la mythologie des choses qui se rapportent au monde ou à d’autres concepts) comme par exemple Ariane et le Minotaure pour n’en citer qu’un. Nous n’avons fait que suivre une perspective qui est celle analytique, de symbolisation de l’être par l’éros et la psyché, mais il en est des milliers de variations possibles, et c’est bien de le savoir. Le mythe de « Dédale et Icare » est l’une de ces variations se rapportant également à l’être et à son devenir. De ce mythe nous n’apprenons sur nous même que ce qu’il faut se dire lorsque nous sommes prisonniers de nous-même et de nos propres errements mentaux,

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transmis d’une génération à la suivante, et c’est que si nous ne fuyons pas ce dont nous sommes prisonniers, alors c’est la mort, mais si en tentant de le fuir nous ne nous avisons pas qu’il est des objets inapprochables pour nous, alors, c’est la mort également. Tout cela pour dire que ce qui se joue dans l’être ne peut réellement, et en aucun cas être ramené à une simplification pulsionnelle, et si nous prenons la peine de refaire la structure de l’être, c’est pour éviter cette simplification, même si ce faisant, nous en faisons le jeu, et nous en avons bien conscience. Ce qu’il faut se dire de ce travail de définition structurelle de l’être, c’est qu’il est bien incomplet, et il ne peut que l’être, car si le fini se veut infini, il lui faudra prendre la mesure de l’infinité pour s’apercevoir que c’est tâche impossible. Ce sentiment amoureux que Lacan décrit dans le transfert en est un exemple parfait, qui illustre assez bien ce que nous essayons d’exprimer, et qui est aussi ce qui nous motive dans le choix amoureux : rien qui est tout à partir du moment où l’amour y réside. Ce rien qui s’exprime dans le cadre psychanalytique et se cristallise par le transfert est ce qui nous amène à dire que si nous sommes bien conscient de ce qui s’est joué dans le transfert comme puissance de l’éros, nous sommes aussi conscient que cette puissance est ce qui ne peut être nommée sans le contraindre, lui faisant ainsi perdre sa complexité qui n’est pas humaine par nature, même si elle en appelle à notre nature qui est contraignante, et qui parce qu’elle est contraignante, nomme les choses, leur faisant perdre ainsi leur éternité. Ce qui ne peut être expliqué par la libido freudienne même si le cadre qui l’héberge est artificiel car psychanalytique, c’est le sentiment amoureux du transfert, d’où la tentation de dire que le sentiment aussi est artificiel, et pourtant il ne l’est pas, et nous allons tenter de l’expliquer en sortant du cadre psychanalytique quelques instants pour nous projeter dans la philosophie de l’être. Ce sentiment amoureux du transfert que Lacan décrit comme non artificiel, (même si le cadre l’est), élevé et troublant 48 est ce qui nous servira de support pour parler du sentiment amoureux en général, et finalement de l’amour tout court. Ainsi, si ce que nous disons de nous-même se rattache à ce sentiment, alors il est beaucoup de choses qui doivent être du même ordre d’insaisissabilité que celui-ci, car ce qui nous 48

Jacques Lacan, Le transfert dans l’expérience analytique, Interview visible sur youtube, publiée en 2015.

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motive ici n’est pas la libido, et donc l’étant, mais l’être. Ce « être amoureux » n’a de racine libidinale que si l’on s’attache à lui en donner comme le fit Freud, qui l’attacha à une libido de répétition. S’il y a répétition, le schéma répété est inconnu et non connaissable, car il n’est pas de ce monde mais de son au-delà. S’attacher à trouver un schéma de répétition, c’est faire ce que fait Freud entre autres, demander à l’analysé d’attacher le sentiment éprouvé à un objet, et donc projeter le sentiment sur un évènement passé, rendant probablement la chose écœurante parfois. Le « être amoureux » ne dérive pas d’une dynamique, c’est un acte passif si l’on peut le dire ainsi, et donc non pulsionnel ou la dynamique libidinale qui est par essence génératrice de pulsions, ne peut intervenir que si le désir amoureux se charge de pulsion par effet libidinal, en projetant dans le désir pour l’objet aimé une charge pulsionnelle suffisante pour le changer en attachement pulsionnel. Autrement, il n’est qu’attachement amoureux. La rhétorique freudienne est complexe et agressive, et se veut une connaissance de nousmême, meilleure que celle que nous avons de nous-même. Quelle prétention ! Si l’objet de fixation de la libido du ça est ce que nous en comprenons, alors le ça inconscient, pourrait éprouver du désir (ici libido étant assimilable à désir et non à pulsion) pour un objet. Qu’est-ce que l’amour sinon cela ? C’est que là, le vocabulaire freudien joue de toute son ambiguïté pour nous présenter comme pulsionnelle une chose qui ne l’est pas, et si nous avons saisi l’importance de ce vocabulaire ambiguë dans la maltraitance de l’être inconscient, alors nous avons saisi la problématique inconsciente de la psychanalyse freudienne. Il faut savoir qu’à priori, et comme nous l’avons démontré plus tôt, la libido ne peut se projeter sur un objet, ce n’est pas là son rôle qui est de génération et de répartition des pulsions. Et les pulsions non plus ne le peuvent, car ce n’est également pas leur rôle qui est de donner une charge pulsionnelle à des désirs, et si ces désirs sont ce qu’ils sont, ils sont d’origines très diverses et variées. C’est donc que s’il y a désir amoureux, sa source est ailleurs, et si ce n’est pas dans l’éros, nous ne voyons pas où cela pourrait être. De ce fait, une projection libidinale de pulsions attribuées à des désirs sexuels projetés sur un objet sexuel ne peut être comparable à une projection libidinale de pulsions attribués un désir érotique projeté sur un objet d’amour. Et si l’un se confond parfois avec l’autre, c’est que l’objet d’amour peut se changer en objet sexuel, et vice versa, car la dynamique du

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monde permet la dynamique mutante des projections et des désirs. C’est qu’il en faut des pirouettes pour au final simplement dire qu’être amoureux est un état de l’être et ne renferme aucune dynamique si ce n’est d’être en émoi et donc de se vivre comme tel. Donc si nous envisageons un seul instant que ce qui se joue dans le transfert amoureux n’est pas du transfert dans le sens propre du mot, car il n’y a pas de déplacement de la libido, sinon il y aurait dynamique de l’étant, mais bien état, passager peut être, de l’être, alors, il nous faut aussi admettre que le principe de répétition ne sous-tend plus le sentiment, et là c’est tout le côté obscur de la théorie qui apparaît clairement dans sa volonté de tout ramener à ce qui l’intéresse, le principe de pulsion défini comme principe fondamental de l’être et de l’étant. Et si la pulsion a bien un aspect fondamental dans l’étant, l’être lui se joue d’autre chose que nous n’approfondirons pas car sa structure est complexe, et nous ne nous attarderons pas à la définir, car elle est indéfinissable à nos yeux. Nous précisons que nous ne remettons pas ici en question le principe de répétition tel que défini par Freud, ce serait absurde de le faire, la vie elle-même est une vaste répétition où se succèdent d’éternels recommencements. Ce que nous remettons en question, c’est la question du transfert comme projection œdipienne de l’analysé pris dans un schéma de répétition, avec l’analyste comme objet de projection libidinale par la pulsion. Nous faisons le constat que ce qui se joue en psychanalyse semble vouloir se cantonner aux projections sexuelles des pulsions libidinales, et c’est tout à son honneur, car il faut bien que quelqu’un ou quelque chose s’en charge, et ce qui relève de la pulsion libidinale de projection sexuelle doit être traité comme tel. Il ne faut cependant pas tomber dans le travers qui consiste à réduire l’être à cette pulsion libidinale de projection sexuelle, sans quoi, ce dont souffriraient les personnes qui s’y confient serait une déstructuration de leur être complexe, car leur étant lui, perdu dans son mal de vivre, poursuivra sa dynamique sans s’en apercevoir. Voilà ce que nous voulions dire lorsque nous disions que les malades ne savaient probablement pas qu’ils n’étaient pas guéris.

Nous allons à présent aborder la question de l’archétype jungien qui se veut une alternative à la psychanalyse freudienne dans ce qu’elle n’aborde pas tous les aspects de l’inconscient.

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3- L’archétype Jungien. Sawada Shinichi, Silence et recueillement Pour cela nous allons introduire le travail de Sawada Shinichi, un jeune homme de 24 ans, né en 1984 au Japon, Il est diagnostiqué autiste après quelques années en école spécialisée. Il est alors envoyé en institution pour handicapés mentaux, ou il peut apprendre la céramique. Depuis, il crée des figures à base de terre cuite, et toutes ont en commun qu’elles sont couvertes d’une écorce épineuse, c’est le rendu verbal que nous pouvons en faire. Ces sculptures ont des airs de masques de cérémonie, et en appellent au respect en ce qu’elles sont de terre, et que leur esthétique est primitive, comme venues d’un temps reculé. Si nous ne pouvons et ne voulons en dire plus sur ces sculptures c’est que le silence est de mise face à elles.

Dans la psychologie analytique, Jung, pour contrer le rouleau compresseur freudien, décide d’introduire par les archétypes, ce qui lui semble être le plus explicatif de tout l’inexplicable freudien. L’archétype jungien a ceci de particulier qu’il ne réfère à rien de connu en psychanalyse. La typologie de l’archétype jungien se réfère au tarot dans ce qu’il en appelle à des images éternelles et primordiales qui guident nos vies et nos destinées. Si le jeu de tarot est si parfait pour comprendre ce dont il est question dans l’archétype tel que défini par Jung, c’est que lui-même est un fervent adepte des sciences dites divinatoires. On peut aisément comprendre l’antagonisme entre Freud et Jung, l’un voulant absolument tout interpréter par le passé, tandis que l’autre le veut absolument interpréter par le futur, d’où l’idée de juste milieu qui s’impose à nous comme une image venue d’ailleurs, et qui nous habite à présent.

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Sawada Shinichi

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L’archétype, tel que déterminé par Jung se rapporte à ceci :

«[…]des formes, précisément des idées au sens platonicien, inconscientes certes, mais néanmoins actives, c’est à dire vivantes, sont présentes dans chaque psyché dont elles préforment et influencent instinctivement les pensées, les sentiments et les actions ». 49

Si l’archétype jungien était si simple à définir, nous n’en serions pas à le ramener à un jeu de tarot. C’est parce qu’il est insaisissable que nous ne savons comment le figurer, car au final, qu’est-ce qu’une idée inconsciente et active. Toutes les idées ne sont-elles pas actives, et inconscientes avant de devenir consciente ? Prenons une idée inconsciente active qui ne semble pourtant pas relever de l’archétype jungien, pour dire la difficulté de se soumettre à ce concept, même s’il est intéressant sous certains aspects. La fission nucléaire était une idée inconsciente (jusqu’il y a peu) et active (vivante). Le soleil en est la preuve par l’exemple, qui n’enlève rien à sa vie inconsciente d’hier. Que cette idée vive dans l’inconscient collectif ne fait aucun doute puisqu’elle vit dans le conscient à notre insu. Ainsi, l’archétype Jungien, n’est autre que ce qui nous entoure à notre insu parce que nous ne l’avons pas nommé. Un exemple d’archétype est donc la fission nucléaire avec toutes ses répercussions sur l’être et le non être. Dire que l’archétype est une force qui habite le monde est une litote, même si à partir de cette litote, nous pouvons, encore une fois, en nous appuyant sur le mesmérisme, envisager la structure du monde différemment de ce que nous faisons à présent. Il faut dire que cette litote est intéressante du point de vue philosophique, dans la mesure où elle figure le point où le non être se démarque du néant. Et ce non être est ce qui nous intéressera à présent, car c’est dans son contenu de non être que nous allons puiser ce qui nous intéresse : les idées nécessaires à notre évolution.

49

Carl Gustave Jung, Les racines de la conscience, Editions Buchet Chastel, 1954, p110

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Pour faire un détour philosophique qui nous semble approprié en parlant d’être et de non être, nous allons un instant aborder la question taoïste, dont Jung s’est en grande partie inspiré, même si elle n’est pas la seule philosophie dont il s’est inspiré, pour comprendre ce qui se joue en Jung. Le principe premier du tao tel que qu’écrit par Lao Tseu dans le livre de la voie et de la vertu en est le suivant :

« La voie qui peut être exprimée par la parole n’est pas la Voie éternelle ; le nom qui peut être nommé n’est pas le Nom éternel. (L’être) sans nom est l’origine du ciel et de la terre ; avec un nom il est la mère de toutes choses. C’est pourquoi, lorsqu’on est constamment exempt de passions, on voit son essence spirituelle ; lorsqu’on a constamment des passions, on le voit sous une forme bornée. Ces deux choses ont une même origine et reçoivent des noms différents. On les appelle toutes deux profondes. Elles sont profondes, doublement profondes. C’est la porte de toutes les choses spirituelles. »50

Si le Tao peut être considéré comme une voie de sauvegarde pour le dit « malade mental », c’est qu’il privilégie l’expérience sur le savoir, et en privilégiant l’expérience, lui confère un statut de connaissance expérientielle que ne confèrent ni la psychologie, ni la psychanalyse à certains égards, même si elle le fait quand même, ni la psychiatrie qui toutes trois dérivent de la même lignée de pratique qui est médicale, et donc en rapport à la maladie. C’est pourquoi le Tao, ou d’autres voies spirituelles offrent au dit « malade mental » devenu pour l’occasion personne en voie d’illumination, une échappatoire à la fin programmée inscrite dans toute maladie si le soin échoue. Le tao a pour principe que l’ayant nom est connaissable par ses manifestations, le sans nom lui restera sans nom et sans représentation possible. Si l’ayant nom est observable par ses manifestations, et seulement par ses manifestations, c’est qu’il est du domaine de 50

Lao Tseu, Tao te King –Le livre de la voie et de la vertu, livre premier, Editions numérique en ligne, http://wing-chun.fr/wp-content/uploads/2012/01/Tao_Te_King.pdf, 600 avant JC, p7

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l’invisible, et donc de l’idée, et l’idée ne nous sera jamais observable autrement que par sa manifestation, le sans nom, lui n’est pas nommable. Il faut noter que sans nom est différent de sans idées, et qui dit sans idées dit néant, or il n’est pas dit qu’il soit sans idées, il est dit qu’il ne peut être nommé. Il est donc hors de notre domaine de connaissance. De même, il est dit, même si cela ne semble pas évident à la première lecture, que lorsqu’on a constamment des passions, on le voit sous une forme bornée : L’innommable nommé. Tout cela pour dire que si ce qui habite Jung est ce que nous en savons, il est celui qui se base sur des manifestations de l’idée pour saisir la notion plus profonde qui la sous-tend. Et si cela est vain, c’est que l’idée ne peut se posséder sans en perdre son caractère d’invisibilité, un peu comme Freud avec l’inconscient, d’où le Tao qui a comme principe premier que l’ayant nom est la mère de toutes choses, car c’est de l’ayant nom que vient toute chose ici-bas. Le sans nom lui reste sans nom car il est ineffable. Nous respecterons donc ici l’ineffabilité du sans nom, et ne nous acharnerons pas à donner un nom à l’ayant nom, nous estimons que la vie est plus à même de décider du rythme de nomination de l’ayant nom. Nous voulions simplement amener ici l’idée que ce qui se joue dans le visible, est ce qui s’est joué dans l’invisible pour y être ramené. Revenons donc à nos archétypes. L’archétype jungien ne relève ni du moi inconscient, ni du divin autrement que par la supériorité de sa force de puissance volontaire et de son in-contrôlabilité. Si l’on devait lui trouver un pendant, ce serait certainement dans le Djinn de la culture arabe, ou bien dans le Nommo de la culture Dogon. Ces deux exemples nous montrent à eux seuls, ce que transporte comme pouvoir de puissance l’archétype Jungien qui se veut une explication rationnelle de l’irrationnel. Irrationnel non parce que la chose manque de raison, mais que cette raison est hors de notre portée. Si ce pouvoir de puissance est si important en nous tous, c’est qu’il porte en lui un aspect du divin : son essence qui est irréductible. Faire de ce divin une découverte comme le veulent Freud et Jung, chacun avec des perspectives différentes, c’est de se demander ce qui les guide dans leurs actions, or cela est contraire à l’éthique de la nature qui est le vecteur de l’essence divine mais pas son questionneur. Ce qui se joue dans la typologie freudienne de l’inconscient et dans l’archéologie jungienne de l’inconscient, est ce qui nous a conduit à une guerre des plus destructrice, car de même l’orage pour lequel nous

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n’avons aucun remède sinon de nous abriter sur son passage, de cette force qui habite le monde et son invisible, et que Jung détermine comme archétype, nous n’avons aucun remède sinon de nous abriter sur son passage.

4- L’orage comme force de volonté ? Konek Zdenek L’orage choisit il ses cibles ? Nous n’en savons rien, mais nous pouvons imaginer qu’il serait vain de lui faire front. Or c’est ce que fit Freud, non seulement au nom de la science, mais au nom de son judaïsme si évolué qu’il en était devenu athée. Notons tout de même que Jung dans sa soif de connaissance contradictoire dévoila l’invisible si l’on peut le dire ainsi, et ce geste de dévoilement qui se voulait défenseur de l’invisible, eut le résultat contraire qui fut de l’exposer d’avantage qu’il l’avait auparavant été par Freud, son adversaire, puisqu’il prit l’archétype pour ce qu’il le prit, une force de subordination. Or l’archétype, ou ce qu’il nomme comme tel, n’en est pas une, c’est une force certes, et le mot force à lui seul devrait nous renseigner sur notre faiblesse, mais pas de subordination.

Nous allons à présent nous arrêter quelques instants sur l’orage, pour imaginer avec Zdenek de quelle manière fonctionne un orage, et s’il est possible de le contrôler sans en perdre la raison. Nous vous présentons donc une œuvre de Zdenek, pris au cœur de l’orage qu’il dit contrôler, et qui ne se veut pourtant plus à cette force qu’il dit contrôler, mais est incapable de s’en extraire. Ainsi, il a compris que cette toute puissance qu’il pense posséder est un leurre 51. D’où la futilité du « je suis Dieu » quand on sait tous à peu près que Dieu ne se rendrait pas malade de faire la pluie et le beau temps. Par contre, ce qu’il est intéressant de noter dans cette expérience, c’est la mégalomanie inhérente à l’expérience, et qui ne le serait pas dans pareil cas ? C’est que le divin encore une fois, se joue de nous pour nous apprendre par l’expérience et la compréhension interne, un apprentissage expérientiel donc, le principe premier de contrainte naturelle qui est pour l’homme la soumission à la nature. Dans cette expérience de Kosek Zdenek ou

51

Bruno Decharme, Kosek Zdenek, extrait de “Rouge ciel”, Long métrage produit par abc Art brut, Http://abcd-artbrut.net/films/zdznek-kosek/ , 2005

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Kozek Zdenek

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de Freud, ce qui est réellement en jeu ce n’est pas le contrôle de la nature par l’homme devenu surpuissant, c’est la soumission à la nature de l’homme ayant acquis la compréhension d’une surpuissance qu’il ne peut vivre sans en perdre la raison.

5- L’art, une manière de se camoufler, Georges Widener Nous avons tous à peu près une idée de ce qu’est le verbe créateur, la culture biblique nous en a donné une petite idée. Si le verbe a cette double fonction d’information et de création, c’est qu’il est double, et là encore, Jacques Lacan a abordé la question lorsqu’il fait la distinction entre le verbe qui informe, et le verbe symbolique, qui n’est autre qu’un outil de symbolisation des mondes. Jung dira d’ailleurs ceci à propos du verbe :

« Une suite de mots n’a pas un seul sens, or les hommes aspirent à donner un seul sens aux suites de mots afin d’avoir une langue non équivoque. Cette aspiration est d’ici-bas, et limitée, elle ressorti au niveau inférieur du plan divin de la création. Aux niveaux supérieurs de la connaissance des idées divines, tu te rends compte que les suites de mots ont plus d’un seul sens valable. Seul celui qui sait tout est en mesure de savoir tous les sens d’une suite de mots. Nous autres, nous nous efforcerons assidument de saisir quelques significations supplémentaires. » 52

Nous nous rendons compte par cette affirmation que tant Freud que Jung étaient pris par des considérations d’espionnage à des fins guerrières. C’est normal dirons-nous, puisqu’ils ont tous deux vécus une grande guerre et les prémices de la seconde en ce qui concerne Freud. Ce qui est plutôt difficile à comprendre, c’est ce que veut dire un verbe à double sens lorsqu’il est inclus dans une suite de mots. Et pour vous éclairer, nous allons vous présenter le travail d’un artiste qui n’en est pas un, mais qui est infiltré parmi les artistes 52

Carl Gustave Jung, Le livre rouge (liber novus), Editions l’Iconoclaste/La compagnie du livre rouge, 2009, p274

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de l’art brut, et en tant qu’artiste de l’art brut. L’espionnage artistique s’essaie à d’autres techniques. Pour toute industrie guerrière, l’avantage en est que les artistes de l’art brut sont à cheval entre deux mondes, et ce faisant, ont accès avant tout autre aux secrets du monde en gestation. C’est pourquoi, il nous semble non pas important, mais nécessaire et vital, de protéger ceux qui, contrairement aux industries guerrières, ne vivent pas l’au-delà de ce monde dans un but de spoliation à des fins guerrières, mais dans un but pacifique et spirituel de vie. Cette tendance de faire travailler à la guerre et malgré eux les personnes fragiles en ce monde, (même s’ils ne sont pas les seuls que l’on fait travailler malgré eux), car ne possédant pas les défenses nécessaires contre la cruauté sans vergogne s’est généralisée de façon effarante. Clovis Vincent

53

, célèbre neuropsychiatre, a mis au point une méthode appelée

« torpillage », qui consiste par des décharges électriques à rétablir si l’on peut dire la santé mentale de soldats souffrant de troubles de stress post traumatique, pour pouvoir les renvoyer plus rapidement au front. C’était au début du 20eme siècle. Il n’est qu’un des précurseurs de ce type de méthodes barbares qui consiste à faire de l’humain un objet de guerre. Si nous n’allons pas élaborer plus avant, c’est que cette question nous l’avons traitée lors d’un autre mémoire sur la vérité et la manipulation. Il s’agit simplement ici, de pointer du doigt une de ses ramifications, et elle se situe dans le milieu psychologique/psychiatrique et pénitentiaire, qui plus que tout autre à accès aux personnes fragilisées pour en faire ce qu’ils ont besoin d’en faire dans la mesure du possible, des marionnettes de la guerre. Il est actuellement très tendance, qu’hôpitaux psychiatriques et autres institutions ayant accès aux fous, les fassent travailler à leur insu, pour la guerre et/ou pour la recherche guerrière et/ou de puissance sur le monde. Après tout, le fou en plus d’être un pion majeur sur l’échiquier, est aussi celui qui peut dire au roi ce qu’aucun autre ne peut. Les hôpitaux psychiatriques le font sous prétexte de recherche et de soins, et nous avons abordé la question avec Sigmund Freud et ses hystériques, ainsi qu’avec Adolf Wolfli (cela pour dire que la tendance est plutôt ancienne),

53

Https://fr.wikipedia.org/wiki/Clovis_Vincent

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et encore aujourd’hui, sous prétexte de neurosciences, des psychiatres s’offrent le fou comme objet d’expérimentations scientifiques. Cette étude, « statistiques en psychiatrie en France : données de cadrage » 54 nous paraît plus que tout, montrer par son ampleur, la véritable main mise du système psychologie/psychiatrie sur la population. Or cette main mise est difficile à dénoncer puisqu’elle se présente comme une volonté positive d’aide, et non comme un appareil de recrutement militaire. Pourtant, il nous semble intéressant de noter que le chapitre intitulé « Les prévalences des troubles psychiatriques les plus graves sont variables selon les régions »55, qui parle donc des troubles psychiatriques prévalent au sein de malades atteints de troubles graves, ne que cite les troubles les plus connus qui ne représentent au total que moins de 20 % des malades atteints de troubles graves. Dans ce cas, nous pouvons bien nous interroger de savoir qui sont les autres 80%, et pour quelle raison ils ne sont pas mentionnés dans ce rapport puisqu’ils bénéficient de tickets modérateurs pour troubles graves. De même, le Chapitre intitulé « une forte prévalence de troubles mentaux parmi les détenus » où il est dit que :

« Sur une période d’un mois (juin 2001), les psychiatres des services médicaux psychiatriques régionaux (SMPR) ont repéré au moins un trouble psychiatrique pour la moitié des entrants en détention » 56.

Si l’on décide de ne pas s’arrêter sur l’étrangeté de la méthode statistique, on peut tout de même se demander où se trouve la prévalence.

54

Chantal Cases et Emmanuelle Salines, Statistiques en psychiatrie en France: données de cadrage” extrait de Revue française des affaires sociales, Cairn.info, Http://www.cairn .info/revue-francaisedes-affaires-sociales-2004-1-page-181.htm, 2004 55

Chantal Cases et Emmanuelle Salines, Statistiques en psychiatrie en France: données de cadrage” extrait de Revue française des affaires sociales, Cairn.info, Http://www.cairn .info/revue-francaisedes-affaires-sociales-2004-1-page-181.htm, 2004, paragraphe 44 56

Chantal Cases et Emmanuelle Salines, Statistiques en psychiatrie en France: données de cadrage” extrait de Revue française des affaires sociales, Cairn.info, Http://www.cairn .info/revue-francaisedes-affaires-sociales-2004-1-page-181.htm, 2004, paragraphe 52

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Tout cela pour dire que si nous ne pouvons affirmer que ce qui se joue est de nature guerrière, nous pouvons tout de même être persuadés que si le psychologue/psychiatre est celui qui joue de cette manière avec les chiffres, son compte en banque doit être plein, car il faut tout de même qu’il y ait un avantage aux chiffres, autant dire que si les mathématiques doivent bien nous servir, ce doit être à notre avantage, sinon, quel intérêt ?

Nous allons à présent vous montrer que les prétendus adeptes de l’art brut sont avant tout des ennemis du fou, car le mépris qu’ils peuvent en avoir ne peut venir d’une intention amicale.

« Les auteurs d’art brut sont des gens qui ont été amenés par la force des choses à envisager l’espèce humaine comme ennemie, et j’ai appris que dans le système de communication animale, il y avait parfois le fait de travestir les messages pour ne pas les livrer à l’espèce ennemie. Je crois qu’il y a très souvent cela dans l’art brut, que ces systèmes, c’est pour pouvoir développer à usage interne et sans livrer à l’autre aucune espèce d’information. »57

Cette phrase de Bruno Decharme, tirée du film « Rouge ciel », nous montre que si le prétendu adepte d’art brut avait un tant soit peu de respect pour l’artiste d’art brut, alors il se dirait que si l’artiste sait qui est son ennemi, c’est parce que l’ennemi lui ne sait pas se travestir, et pris dans un élan de mégalomanie, en oublie de rester humain pour ne pas dire égal à l’autre. Si l’humain est une espèce si prétentieuse qu’elle ne peut envisager le brut que comme animal, et que par distinction entre le brut et l’humain, il faille être animal, alors, il est fort probable que l’humain n’aura pas de sitôt décodé le message de l’ennemi animal.

Maintenant que nous avons quelques peu clarifié ce qui se joue dans l’art brut au-delà de l’art, nous vous introduisons à l’œuvre de ce prétendu artiste de l’art brut. Le qualificatif prétendu ne s’adresse pas à l’esthétique du travail, mais à la prétention du travail qui se

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Bruno Decharme, Rouge Ciel, produit par ABCD art brut, 2009, après la 25eme minute

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veut travail de l’art brut sans en avoir jamais eu la science, car déterminer que c’est la brutalité qui domine dans l’art brut, c’est de se méprendre profondément sur son sens qui est raffiné. L’artiste se nomme Georges Widener. Georges Widener est peut-être né aux Etats Unis en 1962, soit très exactement 101 ans après un autre Georges Widener, homme d’affaire américain connu, mort dans le naufrage du Titanic. S’il nous semble important de rapprocher ces deux évènements, c’est parce Georges Widener le fait lui-même, puisque cela lui permet, dans son narratif, d’associer le trouble autistique à l’au-delà transgenerationnel, et donc de le rendre crédible aux yeux du monde pour ce qu’il n’est pas : un autiste. Si Georges Widener est bien un scientifique, il a d’ailleurs eu à travailler pour l’armée américaine durant la guerre froide comme cryptologue à l’interception et au décodage de messages cryptées. Il affirme avoir un pouvoir surnaturel des chiffres, ce qui est peut-être vrai puisqu’il peut citer de tête n’importe quelle date de l’histoire ou presque, (le presque ici est important, car tout comme St Thomas, nous ne croyons que ce que nous voyons, et nous ne l’avons pas vu à l’œuvre), preuve en tous les cas, s’il en est, d’une très bonne mémoire. Cela n’en fait pourtant pas un autiste, et c’est sur cet autisme que nous allons à présent fonder notre réponse à Georges Widener, qui s’il peut faire de l’art pour les robots 58, (étrange n’est-il pas ?), peut s’attendre à une réponse quelque peu cinglante de ces robots. Voici donc la réponse du robot, (réponse totalement imaginaire), à Georges Widener: Si Georges Widener, pense, assuré de sa supériorité américaine prétentieuse, ramener l’ineffable à une parodie robotique, qu’il se dise avant tout, que l’ineffable lui a réservé un petit traitement de choix. Et s’il est si érudit en dates et en désastres, qu’il peut visualiser 80 000 années à l’avance, qu’il visualise donc ce que l’ineffable a prévu pour lui dans un futur pas si lointain.

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Alex Bellos, Georges Widener: the incredible life of the man who makes art for robots, The guardian, 17 juin 2013, Https://www.theguardian.com/science/alexs-adventures-innumberland/2013/jun/17/mathematics

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Georges Widener

Georges Widener

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Ce qu’il faut se dire de ce travail du verbe est cela même qu’il faut se dire de nous même lorsque nous nous adressons à l’autre, car le verbe transporte en lui plus que quiconque sur cette planète ne peut enregistrer d’informations et de symboles, et cela encore, Jacques Lacan s’est amusé à le démontrer par ses jeux de mots, subtils parfois, et peu subtils parfois. Ce travail du verbe sacré n’est pas travail humain, même si depuis peu, l’humanité en joue à ses dépends. Le verbe qui s’adresse à l’être conscient et le verbe qui s’adresse à l’être inconscient sont deux verbes différents, même s’ils sont le même. Ce verbe sacré est censé être le verbe du divin, et s’il est supposément le verbe du divin, nous dirons donc que c’est bien qu’il y a une raison. Même si nous pouvons discuter les fondements de nos sociétés, nous pouvons aussi les accepter avec l’humilité de la jeunesse. Faire de ce verbe du divin, un jeu pour l’humain, est ce que jacques Lacan a fait par jeux de mots, pour démontrer ce qui peut être lu dans la théorie freudienne selon ce que l’on en entend, et bien sûr ailleurs si l’on est qui sait le faire. C’est pourquoi nous ne nous attarderons pas sur la théorie Lacanienne, qui même si elle pousse parfois le bouchon un peu loin, ne nous agresse pas verbalement, car elle a compris même si c’est de façon inconsciente que si le psychanalyste veut se dire thérapeute par le verbe, l’éthique naturelle doit être au centre de l’acte thérapeutique. Ce sont les Mois inconscients inscrits dans le rien qui est tout et Amour, qui communiqueront par un acte d’amour, sinon il ne peut y avoir thérapie, il n’y aurait que dépouillement d’un inconscient au profit de l’autre. Dans une thérapie éthique, l’analyste devra être celui qui se donne tout autant que l’analysé. Si le thérapeute est celui qui sait se vivre en tant que thérapeute de cette façon-là, avec l’humilité de celui qui ne détient ni pouvoir ni connaissance sur l’autre, si ce n’est le pouvoir de guérison divine d’une chose qui relève du sacré, pouvoir qui ne lui appartient pas mais dont il est le dépositaire le temps de la thérapie, alors la thérapie sera une réussite, et la guérison effective. Mais si celui qui croit détenir un pouvoir de connaissance sur l’autre ne pratique pas sa thérapie par le verbe dans un but divin et sacré de guérison, mais dans celui de dépouiller l’inconscient de l’autre, alors, même si la thérapie peut sembler réussie, parce que par exemple il y aurait disparition de symptômes, elle ne le serait pourtant pas, car le thérapeute aura en réalité défait l’analysé de son moi transgenerationnel, et ce faisant, l’aura rendu fragile aux vents de la vie et aux vacuités

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libidinales, qui au moindre coup le feront fléchir. Ce n’est peu de le dire que d’observer nos sociétés qui de plus en plus vont en analyse de pères en fils, ou de mères en filles, comme des arbres ne sachant plus tenir debout sans tuteurs. C’est que le mal devient alors génétiquement inscrit, et que le mal de l’âme n’est pas prêt de s’éteindre, d’un moi à l’autre. C’est parce que le transgenerationnel s’y sera vidé de sa substance, de ce même phénomène de vacuité que nous avons abordé précédemment, ne laissant plus à l’être que lui-même pour se soutenir. Or qui peut se soutenir sans cet inconscient que nous accusons de tous les maux de l’humain ? Il faut bien entendu pour pouvoir accepter cette vision de la chose, avoir au préalable accepté non seulement l’idée de la source divine et de l’âme, mais aussi et surtout l’idée de transgenerationnalité. Ce qu’on en dit en génétique ne semble pas influer sur ce que l’on dit en psychanalyse, et c’est bien étrange, tout aussi étrange que le fait d’étudier la psyché sans la notion d’immortalité de l’âme. Si le mot maladie est si peut adéquat pour désigner le mal psychique, c’est que la psyché n’est pas un organe comme les autres, et ne peut se satisfaire de remèdes comme les autres.

6- Double sens ou bien miroir narcissique ? Ce qui fait la différence entre la psyché et l’éros, est cela aussi qui fait la différence entre le conscient et l’inconscient. Et si le premier couple est si différent du second, c’est que le couple conscient/inconscient n’inclut en lui aucune valeur éthique ou divine, rendant la chose scientifique par nature, défaite de notre humanité et de sa source divine qui lui confère poésie et sens divin et donc qui nous apporte un autre éclairage sur nous-même. C’est cet éclairage qui s’en est allé avec la psychanalyse, emportant avec lui une part de nous-même qui ne saurait se satisfaire de théories libidinales ou sexuelles pour nous expliquer, même si certaines de ces théories ne sont pas erronées. Ce serait comme de dire que la psyché est libidinale, ce qui n’est pas faux en soit. Mais n’est-elle que cela, et le mot libido peut-il suffire à expliquer ce qui se joue en elle ? De même que la religion par sa volonté de simplification est réductrice du divin, de même la psychanalyse dans sa volonté de simplification est réductrice de la psyché et du divin, rappelons que Lacan dit de la psychanalyse qu’elle est une religion, il faudrait préciser que

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si elle est religion, alors elle est la religion de l’athéisme non assumé qui a besoin de suivre les schémas religieux et de se prosterner devant l’inconnu surpuissant. C’est que le surpuissant, pour ne pas dire le tout puissant, ne se satisfait pas d’une religion scientifique au prêtres douteux qui ne lui reconnaît pas son existence autrement que par jeu ironique, et si ce jeu ironique n’était pas celui qui nous enchaine tous à sa cause, nous ne serions pas ceux qui écrivent ce mémoire. Mais le prêtre athée dans sa volonté de mener ses ouailles vers ce paradis artificiel de libertés, en a oublié que le garant de ce paradis n’est pas de libertés, mais de volontés et de contraintes, et que cette volonté et cette contrainte en sont le fondement, non par vice, mais par éthique naturelle, celle-là même qui est notre racine à tous et qui de ce fait est de source divine pour le croyant comme pour le non croyant, tous deux devant se prosterner devant son inaliénabilité. Ce travail de réduction de la psyché à quelques phénomènes structurels conscients et inconscients, est ce qui nous amène à nous interroger tout comme Lacan l’a fait, sur la passion de Freud. Si le complexe conscient-inconscient est si différent du complexe psyché-éros, c’est que celui-ci a perdu dans la manipulation son attache divine, car en effet, le divin se reflète dans la psyché, immortalisant celle-ci, ce que ne fait pas l’inconscient qui reste substance vague et peu digne de considération et de confiance. Si cela était, ce qu’il faut se dire de l’analyste athée, c’est que s’il n’a aucune acceptation du divin en nous, il ne montrera aucune volonté de chercher le divin en nous. Or si le divin est bien ce qui nous permet l’inscription dans l’éternité, c’est bien qu’il est divin et non humain par ses attributs. Si cette quête d’éros par psyché conduit celle-ci à l’immortalité, c’est également parce que la notion d’amour est présente, autrement, il n’y aurait pas eu de quête. Qui dit quête, dit épreuves dans l’espace de la vie et de son au-delà. Et c’est de cela que la psychanalyse Freudienne n’a pas tenu compte dans sa théorie de la libido, trop occupée à sa narcisse. En effet, faire du conscient une quête de matériel inconscients pour assouvir ses ambitions de domination de l’inconscient, et cela est une pâle image de ce qui se joue en ce moment dans le monde par tous les domaines de la psy-chosologie, n’est que cynique parodie du psychisme érotique. Faire de ce don du divin une exploration de l’inconscient, c’est oublier que le mot psyché nous vient de bien plus loin que Freud, et si ce mot existe c’est bien qu’il en fallait un qui

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désigner l’être qui nous habite dans toute sa dimension mystérieuse et divine. Si la psyché a été en d’autres temps associée à l’éros, c’est aussi pour permettre d’y intégrer cette notion d’amour qui permet d’accéder à l’immortalité. Faire de ce couple éros psyché une compréhension du principe de la libido comme fondement de la structure inconsciente est ce que fit Freud par analogie. Mais si ce concept freudien est limité et limiteur de l’être, c’est qu’il intègre cette idée de libido comme fondatrice de l’inconscient. Or si le mythe Grec nous dit bien que c’est par son amour pour éros et sa foi en lui que psyché peut accéder au mariage divin et à l’immortalité, Eros et psyché ne sont pas les seuls protagonistes de ce mythe. Plusieurs autres protagonistes de taille l’habitent également : Aphrodite, déesse de l’amour, Pan, dieux des pâturages qui évite à psyché la noyade en lui enjoignant la quête, et enfin Jupiter, Dieu de tous les dieux qui l’immortalise. Des divinités intervenant dans le mythe, nous n’avons cité que les plus présents. Si Freud a choisi d’ignorer ces autres protagonistes puisque contraires à sa croyance, nous pouvons nous demander pourquoi il choisit de faire d’Eros le dieu de l’inconscient, et si cette idée de l’inconscient comme demeure de pulsions érotiques est si freudienne et si incomplète, c’est peut-être qu’il a ramené Eros, Dieu de l’amour à la simple notion de pulsion. Ce que l’éros nous dit de la psyché si l’on fait une analogie avec le mythe d’Apulée, c’est que Eros aime Psyché car elle est d’une beauté époustouflante, à faire pâlir Aphrodite de jalousie. La notion d’esthétique par la beauté de l’âme est également un fondement de l’âme. D’autre part, il est dit dans le mythe que cet amour qui ne peut se vivre que dans l’invisible n’est pas permis, car Aphrodite l’interdit, d’où peut-être la théorie freudienne de l’incontournable inceste œdipien à soumettre. Enfin, il est dit que si psyché cherche à voir Eros à la lumière, elle le perdra pour toujours, et ceci ne soutient plus la théorie freudienne qui veut que l’interdit fondamental soit incestueux, mais soutient l’idée que s’il y a refoulement, ce refoulement est loi, car il permet la coexistence amoureuse d’éros et psyché. Qui ne veut pas vivre l’accord parfait du visible et de l’invisible ? Enfin il y a la prévention du suicide par le Dieu Pan qui s’il est celui qui prévient le suicide, lui dit également ce qu’il faut savoir de la vie, c’est que celle-ci est faite d’épreuves qu’il nous faut traverser pour accéder à l’amour. Et puis il y a les épreuves imposées par Aphrodite à Psyché considérant celle-ci comme sa servante désobéissante. La dureté d’Aphrodite est à l’image de ce qui attend le

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manquement totémique. Et enfin, il y a la providence, qui accompagne psyché tout au long du mythe, car après tout, le commencement de tout le mythe vient de ce qu’elle est à l’image d’Aphrodite sur terre, créant ainsi une confusion pour l’adoration de la déesse. Si ce qui est dit dans ce mythe peut sembler soutenir la théorie freudienne, il est pourtant en opposition à celle-ci, car il nous démontre que l’épreuve de la vie est la seule possible pour pouvoir vivre l’unité avec l’invisible lorsque l’on a souffert d’une rupture d’interdit totémique, ici en l’occurrence, l’inceste, ou le dévoilement de l’éros. Autrement c’est la dépression, et probablement la mort par le suicide. Là encore la bonne fortune, le dieu Pan est là pour montrer le chemin qui est celui d’une quête spirituelle puisque cette quête permet d’accéder à immortalité, et puis il y a la providence, qui anéantit la tâche titanesque. Si nous nous appuyons autant sur ce mythe pour cette démonstration, c’est parce que Freud a fait de même pour élaborer sa théorie de la libido. Ce que Freud dit, c’est que c’est l’éros platonicien qui l’inspire, or l’éros platonicien nous vient d’Hésiode, et chez Hésiode, il est amour, et il est primordial au même titre que Gaia, et Tartare. Par contre, psyché n’y est pas mentionnée, ce qui veut dire que la pensée freudienne de l’éros dérive d’une sorte de syncrétisme entre le mythe d’Apulée et celui d’Hésiode. Toujours est-il que si Apulée a donné à Psyché ses lettres de noblesses, c’est à Hésiode que nous devons la plus belle et succincte description d’Eros. Il n’y est d’ailleurs mentionné qu’une seule fois, et c’est au début du mythe en tant qu’élément fondateur de l’ordre universel émergé du chaos.

« Au commencement donc fut le Chaos. Puis Géa au vaste sein, éternel et inébranlable soutien de toutes choses, puis dans le fond des abimes de la terre spacieuse, le ténébreux Tartare, puis enfin l’Amour, le plus beau des immortels, qui pénètre de sa douce langueur et les dieux et les hommes, qui dompte tous les cœurs, et triomphe des plus sages conseils. » 59

Notons que si Eros est appelé Amour dans la théogonie d’Hésiode, il est appelé Cupidon dans les métamorphoses d’Apulée, et si cela peut être révélateur d’une chose, c’est de la

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Hésiode, La théogonie d’Hésiode, Traduction nouvelle par M Patin, Editions Typographie Georges Chemerot, Edition numérique BNF, site gallica.bnf.fr, 1872, V84-V19, p8-9

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capacité de l’Amour à s’humaniser, car si l’éros est Cupidon pour Psyché, il est Amour pour l’ordre universel.

Si ce qui se dit de l’éros est si délicat, c’est que si le principe même de l’éros ne nous questionne pas sur ce qui se joue ici, à savoir une histoire de l’inconscient et du conscient qui doivent vivre et s’aimer sans jamais se voir, nous ne voyons pas ce qui le pourrait. C’est qu’en effet, ces deux entités qui doivent vivre sans jamais se voir réellement, tout au plus se deviner, l’éros ayant un avantage certain sur la psyché, c’est qu’il est de source divine, et qu’il peut voir psyché. Le seul moment où ils peuvent se rencontrer, c’est dans l’obscurité de la nuit, probablement que cela désigne le moment où la conscience est endormie, c’est à dire durant le sommeil. Si psyché ne peut accepter que cet amour ne puisse être vécu autrement, c’est la perte de l’être, à moins d’une intervention divine, ici Pan et la providence, et l’acceptation des épreuves de la vie comme condition d’accession à l’Amour et à l’immortalité. Ce qu’il faut se dire de ce travail de la conscience ramenant au jour l’inconscient, c’est qu’il ne va pas dans le sens de la vie comme nous l’a enseigné le mythe. Or ce qui se veut interprétation freudienne de ce mythe est par ricochet ce qui se dit de nous humanité, vivant sur l’interdit de l’inceste et son désir ontologiquement inscrits en nous, et qu’il nous faut ramener au grand jour pour notre rédemption psychanalytique. Eros serait donc le porteur de ce désir incestueux, et nous pouvons en douter pour la simple et bonne raison que si l’éros est ce qu’il est, de source divine en nous, et suivant la théogonie d’Hésiode, partie de la loi universelle qui émerge du chaos, il est donc porteur de la loi au même titre que Gaia et Tartare, et non assassin de la loi, même si son attribut principal est l’amour impétueux et triomphant. Si ce terme de thanatos est associé à la pulsion de mort chez Freud, c’est parce que d’autres considérations l’ont empêché de ramener toutes pulsions à l’éros, comme par exemple les désirs suicidaires. Si cette binarité des pulsions a quelque peu rétabli un semblant d’équilibre dans la sphère freudienne, c’est que le désir au-delà du principe de plaisir semblait nous ramener à d’autres choses qu’à du plaisir. C’est qu’il faut bien se demander si ce principe de plaisir qui nous régit tous selon Freud est réellement celui qui nous régit, ou bien si, comme pour tous les animaux, il n’est inscrit en nous que comme une nécessité de vivre et de nous perpétrer à l’infini. Si cela est vraiment ce qui nous régit, qu’est-ce que

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donc ce qui ne dit pas son nom et qui n’est que la vie elle-même qui est puissance contraignante ? Car en effet, la puissance contraignante de la vie est ce qui maintient la cohésion dans l’univers. Elle a donc un caractère éthique. De cela, Freud ne fait que peu de cas, puisqu’il n’y voit qu’une tentative thérapeutique d’obtenir ce que d’autres disciplines ont échoué à obtenir. 60C’est que le fondement de la psychanalyse freudienne n’est pas éthique, et parce qu’il n’est pas éthique, son développement en est biaisé. S’il était éthique, il aurait compris alors que la nature est éthiquement faite de telle sorte que toute structure contienne une valeur contraignante qui lui permet d’éviter l’auto destruction. L’être n’est pas habité de deux principes contraires, mais plutôt d’un principe, celui de la vie, et tout le reste n’est que vide. Dans ce principe de vie est inclus une valeur volontaire et contraignante (qui est fondement universel) qui lui évite l’autodestruction. Cette valeur volontaire et contraignante éthique, universelle et naturelle, ignorée en partie par Freud dans sa fonction de fondement éthique, y compris dans son action thérapeutique, est celle qui manque à sa théorie et qui ne la fait que parodie de la psyché, car ce que la théogonie d’Hésiode ne dit pas explicitement, c’est que ce qui émerge du Chaos est l’ordre universel, dont il ne fait que designer les trois fondements, sans citer celui dont ils découlent tous les trois, et qui est ordre. Si le thanatos est bien une explication de l’univers parce qu’il offre un oppose à l’éros, ce n’est pas en l’être qu’il le fait, mais dans le non être. Ignorer cette valeur de volonté et de contrainte éthique, universelle et naturelle, c’est de se vouloir différent du monde dans sa structure, et se vouloir différent du monde dans sa structure, c’est de marcher tout droit vers cette autodestruction qui si elle n’était pas programmée semble tout de même l’être depuis près d’un siècle maintenant. C’est que les anciens avaient cette manière de nous amener la contrainte comme naturelle, puisque naturelle, par toute sortes de contes, légendes et mythes sur nos origines qui non seulement nous rappelaient que nous n’étions pas tous puissants, mais aussi que nous devions rendre des comptes de notre passage sur terre. Aux quatre coins du monde, les récits mythiques et cosmogoniques nous indiquent que si l’homme à la faveur de Dieu ou des dieux, il leur doit aussi obéissance et respect. Cette notion d’obéissance à la loi divine

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Sigmund FREUD, Malaise dans la civilisation (1930), édition électronique Kindle, Amazon.com

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qui n’est pas loi humaine est ce qui conduit l’humanité jusqu’à ce jour où nous avons décidé de nous en défaire par l’éthique universelle bafouée : l’athéisme. Nous ne prônons pas ici une religion ou une croyance en un dieu, chacun après tout fait ce qu’il veut et croit ce qu’il veut, nous disons que s’il est une religion qui ne dit pas son nom, c’est celle de l’athéisme qui se veut déicide, et parce qu’elle se veut déicide, elle devient abstraction mathématique stupide qui n’a pas pris en compte dans son raisonnement que Dieu est Loi, et que sans loi, c’est l’humanité qui s’effondre. Rappelons au passage que l’athéisme n’est ni paganisme, ni agnosticisme, ni refus religieux (Dieu n’est pas religieux) bien que ce soit sans doute là qu’il prenne sa source, il est vision affirmative du monde comme résultat d’une coïncidence sans volonté. Et c’est dans cette absence de volonté que réside toute la stupidité mathématique de la pensée athée.

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CONCLUSION

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Le dieu de la religion catholique nous le dit comme fondement, « tu adoreras le seigneur, ton Dieu ». Il ne dit pas tu adoreras Dieu, il dit bien tu adoreras ton dieu, preuve est qu’il doit bien connaître ton dieu pour te vouloir à l’adorer. Par ce raisonnement qui peut sembler biaisé, et qui ne l’est pourtant pas, nous souhaitons dire que s’il est une chose qui peut bien se dire de nous, c’est que quelques soient les croyances de chacun sur cette planète, qu’elles soient monothéistes, polythéistes ou païennes, elles tendent toutes vers un but, l’adoration de Dieu, et donc de la loi universelle, rendant la tache caduque à l’élimination de la volonté et de la contrainte et donc de la Loi. C’est que la société moderne nous présente l’élimination de la contrainte comme un progrès et comme une vertu. Dans la rhétorique de ceux qui font le jeu de cette élimination de la contrainte, il y a une malignité qui ne peut que nous questionner. C’est bien parce que ce discours est pervers qu’il peut s’implanter dans les esprits sans trop de difficulté. La publicité en est un bon exemple dont le rôle est de nous présenter un monde parfait débarrassé de la contrainte. Un autre exemple est le scientifique faisant des découvertes miraculeuses, pour nous offrir un cœur artificiel, ou encore un bébé artificiel ou bien une jambe artificielle. Qui ne voudrait pas pour lui même s’il en a besoin, ou pour son prochain si celui-ci est dans le besoin d’un cœur artificiel, d’une jambe artificielle ou d’un bébé artificiel ? C’est dans cet espace bien religieux de l’amour pour son prochain ou de l’amour de soi que s’introduit cette malignité sans nom. C’est que pour pouvoir la détecter, et vouloir s’y opposer, il faudrait être sans cœur, or nous ne le sommes pas, la religion dans un soucis de partage du bien commun, nous a formé à ne pas l’être. Que reste-t-il donc aux autres lorsque nous prenons tout pour nous ? La science nous a appris à fermer les yeux sur les aspects par trop contraignants de l’amour pour son prochain, même si elle utilise ce principe de l’amour pour son prochain pour nous rallier à sa cause. Il ne nous reste plus qu’à nous satisfaire de ce monde contraignant pour les uns, ceux qui ont accepté indistinctement la contrainte divine et éthique et la contrainte imposée par d’autres humains, et libre de contrainte à l’excès pour les autres, ceux qui aspirent à être des dieux. Le hic, c’est que ceux qui se veulent des dieux ne peuvent le devenir, puisque

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pour le devenir il leur faudrait s’extraire du monde et de sa structure éthique et donc mourir. D’où le paradoxe du contraignant contraint de se contraindre comme cela a été démontré à travers ce mémoire. Nous sommes dans l’art brut rappelons le, et qui dit art brut dit que la vie se joue de nous avec fantaisie et folie. La psyché n’a d’âme que si l’on en fait une chose du divin, et c’est sur cela que nous finirons ce sujet de mémoire : l’art brut et la folie à travers une rencontre virtuelle entre Freud et Jung au cœur de la folie. Il nous faut toutefois préciser que la théorie freudienne se veut si au fait de nous-même, qu’elle a oublié qui elle est un jour, une famille de la divinité qui a refusé ce travail comme don du divin. Il nous faut donc rappeler à ses successeurs que si le divin se veut ici par ce mémoire de l’art brut sur l’art brut et sur la folie, il nous semble important de souligner la folie de l’ambition humaine lorsque celle-ci oublie sa valeur contraignante de soumission à l’ordre naturel. C’est cela que nous avons fait dans cet essai qui se veut une tentative de démontrer que si le divin n’est plus ce qu’il est, une source de nous-même, mais une création de nousmême, alors l’humain n’est plus ce qu’il est, humain, mais divin, or ce qui ne se peut, en tout cas à notre stade d’évolution, est ce qui se dit pourtant. Et si cela se dit, la conséquence en est pourtant évidente : Une destruction de nous-même par nous-même, sans même avoir saisi la nature de ce qui nous détruit ; notre folie irresponsable, ce refus de soumission à l’ordre naturel dû à nos désirs de grandeur. Il y a là quelque chose de dramatique. C’est que l’ambition porte la démesure, c’est sa valeur potentielle de puissance volontaire. Pour donner un exemple de l’ambition avec sa valeur accomplie de puissance volontaire qui est démesurée, nous pouvons citer ce pays démesuré, Les Etats Unis d’Amérique, où tout est à la démesure pour celui qui sait se mesurer sur une échelle humaine. L’humain n’y est plus humain, mais supra humain, et pour tout humain, cela est quelques peu terrifiant de voir ceux-là se comporter à l’instar de dieux comme maitres du monde faisant de l’humanité et du monde, leur création et leur jouet. L’humain divinisé a quelque chose d’enfantin, et si cela était juste un jeu, nous ne serions pas ceux qui s’en plaignent, mais lorsque nous nous trouvons à la merci de cet enfant terrible et tout puissant s’il l’est, alors il ne nous reste qu’à lui demander de s’arrêter sous peine de punition. Cette punition qui attend l’enfant monstrueux, personne ne peut l’infliger à moins d’être Dieu lui-même, car si l’enfant est supra humain, qui peut le stopper sachant que le supra humain peut se débarrasser de l’humain d’une pichenette? Et c’est là que se situe toute la difficulté du

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monde aujourd’hui face à ce qui lui a échappé, cet enfant se prenant pour Dieu le père. Nous disons enfant du monde, mais nous sommes à peu près sûrs que si le monde avait à répondre de cette filiation, il se voilerait pour ne pas avoir à le faire car personne ne souhaite enfanter le monstre ou donner une légitimité filiale au monstre, et c’est bien humain. Qui donc serait à même de dire au monstre qu’il est temps de s’arrêter sous peine de punition ? On peut imaginer que ce ne serait ni le psychanalyste qui a contribué à l’enfantement du monstre par la théorie freudienne du tout est libido exprimable, ni le scientifique qui a contribué à le conforter dans sa monstrueuse insoumission à la vie. Pourtant, le psychanalyste par Lacan a partiellement reconnu son erreur, ramenant à Dieu ce qui appartient à Dieu. Il ne lui reste donc plus qu’à achever sa tache de réparation qui consiste maintenant à rétablir l’éthique universelle d’où elle a été délogée, afin que d’autres enfants monstrueux ne puissent se bâtir sur son absence. Parallèlement à ce travail de réparation, il est une chose que nous ferons, enfants nous aussi du monde, ayant acquis ce même savoir analytique et scientifique, mais aussi l’autre savoir de reconnaissance à la vie qui nous a créés, ce sera très certainement de contribuer à l’enfermement du monstre qui s’il est celui qui peut jouir de nous par ce qu’il en a acquis le pouvoir par usurpation de nos inconscient, sait aussi sa faiblesse lorsque nos inconscients échappent à sa volonté sans discernement. Encore une manière de dire que si nous sommes qui nous sommes, alors, nous sommes bien les dignes fils et filles de nos pères et mères, et que ce qui se joue dans ce monde ne peut être anéantit que si nous lui faisons aussi face, en silence s’il le faut, mais tout de même face, et nous le ferons. Si nous en revenions à l’éthique, ce serait pour dire que cette éthique universaliste de corruption de la nature que ce supra-humanisme veut nous faire accepter comme valeur fondamentale du monde et qui veut nous y faire adhérer de gré ou de force, en décimant une partie de ce monde pour ses ambitions démesurées, est arrivé à un point de son développement qui ne peut se vivre sans nous en face. C’est que l’on s’y perd à ne plus pouvoir arriver à déterminer la frontière entre l’éthique universelle et l’éthique universaliste. Si l’une se veut universelle, l’autre l’est de fait, mais nous ne nous attarderons pas sur ce qui nous blesse, pour cette fois donner de notre énergie à ce qui nous élève, car ce qui ne nous blesse pas nous élève dans la mesure ou ce qui nous blesse nous élève aussi, et c’est ce sentiment d’élévation comme seule destinée possible

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qui fait la différence entre le supra humain et nous qui parce nous savons nous reconnaître dans ce que nous sommes, une planète terre mourant de ses enfants, savons aussi reconnaître l’universalisme non éthique pour ce qu’il est : une vaste imposture. S’il faut se questionner sur le pourquoi de ce mémoire, alors il faut aussi se dire que si nous ne sommes plus ceux qui savons reconnaître la vie de la psyché comme sacrée, c’est que nous avons bien peu de considération pour la vie tout court, et si la vie est ce qu’il peut y avoir de sacré pour tout être vivant, alors il faut lui être reconnaissant pour ce qu’elle nous guide dans ce travail de recherche de la vie, non comme une expérimentation scientifique, mais comme une réflexion poétique. Si nous sommes ceux qui ne voulons pas être responsabilisés un jour par rapport à cette extermination programmée qui se joue encore aujourd’hui, nous devons être ceux qui s’en désolidarisent et/ou qui la combattent. Si la raison de ce mémoire semble encore peu claire, il faudra alors adopter la posture du philosophe qui sait se poser et réfléchir à sa destinée. Il ne faut pas se questionner sur ce qui nous guide, même si ce qui nous guide est ce qui nous destine également. Il faut se questionner sur pourquoi est-ce que cela nous guide, et lorsque cette question aura trouvé une réponse sensible, alors nous pourrons nous dire que si ce qui nous guide nous guide, c’est bien que ce qui nous guide nous aime aussi, sinon, il nous laisserait au milieu de ce marasme que nous avons généré par notre inconséquence ambitieuse. Cela signifie aussi que si nous ne voulons pas être ceux qui sont abandonnés au milieu du marasme, nous devrions y voir à honorer ce qui nous guide, ne serait-ce que par le sacré de ce qui nous habite comme chose du divin : nos âmes. Il nous faut également rendre à l’éthique universelle sa position de valeur fondatrice et son caractère de loi universelle, et c’est ce que nous avons tenté de faire ici, et nous devons accepter l’idée que si une éthique de l’universalité était réellement ce qui se dit d’elle, alors elle n’aurait pas besoin de se battre pour s’affirmer, car ce qui est par nature ne peut être contre nature. C’est donc sur cette phrase quelque peu énigmatique que nous achèverons ce travail, il était de notre devoir d’humain, en tant qu’animaux de la nature, de rappeler que cette source qui nous est par nature inconnue ne peut se vivre d’expérimentations sans sombrer dans l’absurde et le chaos.

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