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Partir à la découverte de la ville grâce à son système de transport en commun : le bus qui relie les différents lieux, les différents âges, différents individus aux histoires dont on a qu’un aperçu. C’est le quotidien, et la répétition du « bus, boulot, dodo ». Quand soudain, on remarque un mot incongru, le nom d’un arrêt : « Chaperon rouge », « mousquetaire »… qui laisse place à l’imaginaire et permet de s’échapper de la réalité monotone. C’est d’ailleurs le credo même du réseaux qui s’appelle : Imagine le Bus. Mon envie, c’est de partir de ces noms d’arrêts incongrus qui quadrillent la ville qui ouvrent une porte vers un lexique du merveilleux (« char d’argent », « joli tambour »…) et repartir de mes rencontres avec des passagers, des scènes de vie dont j’ai été témoin dans le bus, ou des éléments qui se retrouvent aux alentours de ces arrêts pour reconstruire une légende, ou une légende qui expliquerai le nom de cet arrêt. Toujours en inscrivant l’histoire dans le lieu, et dans notre époque contemporaine. Des contes plausibles, et pas tout à fait. En m’inspirant du Stick Museum et de ses tableaux refait sous formes de « bonhommes bâtons », j’ai cherché à créer une sorte de signalétique propre à chaque arrêt de bus, c’est au lecteur/passager de découvrir quel arrêt ce cache sous l’image. La photographie m’a donné envie d’explorer des mises en scènes avec des détails et un atmosphère qui sorte de l’ordinaire, avec comme point de départ Gregor Crewdson et ses mises en scènes étranges. Enfin, avec l’écriture, j’ai cherché à démystifier un merveilleux que pourtant les arrêts peuvent proposer en, mais également à créer des réseaux entre chaque histoires.

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Les trois garçons descendirent du bus, comme si de rien n’était, mais leurs visages qu’ils voulaient impassibles trahissaient l’idée d’un mauvais coup. Les trois ados avaient, de plus, comploté à voix basse pendant tout le trajet qui les menait de l’internat à leur base secrète. C’était le week-end, ils auraient dû rentrer chez eux, chez leurs parents, mais ils avaient plus important à faire : venger leur ami. Puni injustement par leur professeur de sciences pour avoir joué avec le corps d’une grenouille qui avait gracieusement – et un peu contre son gré il faut le dire – donné son corps à la science. Après quoi, ils avaient tous les quatre déclenché une bataille à force de catapultage de batraciens. Non seulement c’était éprouver peu d’empathie envers les grenouilles, de plus c’était un comportement intolérable et immature, enfin, c’était totalement irrespectueux avait hurlé le professeur ! Il fallait une punition, et l’enseignant avait pensé démanteler le petit groupe de perturbateurs en semant la zizanie : il n’en avait puni qu’un, c’était lui qui prendrait pour tous les autres. Une stratégie qu’il pensait payante, l’injustice ferait naître la rancœur, la colère et peut-être que leur amitié toxique – pour le calme de son cours, mais aussi de l’internat – finirait par exploser. Malheureusement il avait mal calculé. « Qui sème le vent, récolte la tempête » dit l’un des trois rescapés qui aimait bien parler par dicton. Il n’avait nullement l’intention de laisser leur ami payer seul, et ferait donc payer le professeur. Ils avaient tout prévu, il fallait agir vite. Malgré le froid et le vent, l’appel des plats chauds préparés avec amour par leurs mamans qui les attendaient chez eux, ils s’étaient donc précipités vers la petite ferme, ou plutôt la grange abandonnée qui se trouvait dans les hauteurs d’Epinal. Nul

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doute que bientôt elle n’existerait plus, les champs alentour avaient commencé à être dévorés par des promoteurs qui vendaient les terrains à des commerces et grandes surfaces pour « améliorer la ville ». Les garçons poussèrent la vieille grille rouillée, traversèrent le jardin, puis entrèrent dans la grange, avant de sortir dans la cour arrière et de pénétrer enfin dans la ferme abandonnée. Ils montèrent au premier étage où attendait sagement leur butin, leur fierté, leur vengeance. Ils avaient, un mois auparavant, trouvé lors d’une balade à travers les champs un vieil obus. Aujourd’hui, l’occasion se présentait de faire à nouveau bon usage de cet obus. Enfin, pas celui qu’ils avaient trouvé initialement, car les adultes, un peu trop lucides, leur avait confisqué pour éviter qu’ils commettent d’autres insanités. Les quatre garçons avaient eu le temps d’en modeler un autre, plus maniable, et sans doute, plus facilement explosible. Ils allaient le lâcher sur la voiture du professeur de sciences. Sans doute que cela abimerait un peu le bolide, mais après tout ce n’était pas si grave, c’était même l’effet recherché. Grâce à quelques renseignements ils avaient appris où se trouvait la maison de l’ennemi, et les trois ados, avaient bien choisi le moment où ils allaient réaliser leur méfait : le dimanche juste avant de prendre le car pour l’internat, comme ça, peut être que le professeur serait tellement excédé qu’il ne viendrait pas en cours de la semaine ! Ils passèrent la journée à faire des mélanges peu ragoûtants et à remplir l’obus, puis ils se débrouillèrent pour faire un mélange permettant une légère explosion. Contrairement à ce que le professeur de chimie croyait, ils écoutaient parfaitement en cours, même s’ils n’en avaient pas l’air. Voilà une autre raison pour laquelle ils avaient construit ce plan alambiqué, plutôt que de crever simplement les pneus de la voiture : montrer la supériorité de l’esprit adolescent. Le dimanche matin, leurs sacs sur le dos avec leurs affaires pour la semaine au pensionnat, ils se retrouvèrent à la ferme. Ils prirent l’obus à trois parce que finalement il était plus lourd que prévu. L’un des trois grimaça : « Vous êtes sûrs que vous voulez


faire ça ? », celui qui parlait par dicton répondit : « Tu te rappelles, on a toujours dit, un pour tous et tous pour un ! ». Il n’y avait pas d’objection possible. Ils avaient enveloppé leur surprise sous un drap, et sortirent de la ferme. Ils marchèrent soufflant sous le poids, quand l’un d’eux trébucha. L’obus sauta de leurs mains et se mit à rouler. De plus en plus vite, et soudain il disparut de leur vue, tombant dans une sorte de petit ravin. Ils étaient dépités, surtout parce qu’ils se rendirent compte qu’il n’avait pas explosé comme il aurait dû. Tout ce travail pour rien, ils auraient eu l’air fin de lancer un objet pareil sans que rien ne se produise…Enfin, c’était ce qu’ils pensaient juste avant qu’un énorme « boom « se fasse entendre quelques mètres sous leurs pieds. Un crissement de pneus, puis des vociférations. Les trois garçons restèrent un moment pétrifiés. Ils avaient peut-être tué quelqu’un. Ils se mirent à courir pour aller voir où l’explosion s’était produite, et s’ils étaient les auteurs d’un meurtre accidentel. Un autre bruit étrange vint à leurs oreilles, le sol se mit à trembler sous leurs pieds. Surgissant de nulle part, une dizaine de cerfs leur fonça dessus, en pleine panique. Les trois compères furent projetés sur le sol. A peine eurent-ils le temps de se relever, qu’un homme très grand et baraqué, les empoigna par le bras. C’était, malheureusement pour eux, un voisin qui avait été témoin de leur expérience ratée. « Vous voulez jouer avec des obus petits cons ! Je dirai tout à la police ! ». Ce

qu’il fit.

Les trois garçons furent envoyés à l’armée, un endroit où ils pourraient apprécier les armes puisque ça les amusait ; mais surtout un endroit où on pourrait enfin mâter comme il se doit ces délinquants ! La supériorité de l’esprit adolescent dut, pour cette fois, faire preuve de beaucoup d’humilité.

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Alors que le bus roulait vers sa destination, une femme, installé près de la fenêtre du bus, ne cessait de scruter les voitures qui les doublaient. Elle ne pouvait s’empêcher de se ronger les ongles de la main droite, tandis que sa main gauche était plongée dans une des poches de son k-way, empoignant fermement l’objet du délit. Elle regarda sa montre, puis ses yeux glissèrent sur la ligne blanche qui séparait la route en deux, point de fuite vers le lieu de rendez-vous. Elle sentait son cœur peser dans sa poitrine, et l’impression que ses côtes se refermaient sur elle-même. Elle n’avait qu’une envie, disparaitre de ce bus au plus vite, le regard de cet homme lui semblait curieusement scrutateur. Chaque fois qu’elle posait les yeux sur lui, il détournait la tête. Son attitude était louche, elle en était presque sûre, il était au courant. Il l’avait suivie. Il savait tout et n’attendait que le bon moment pour bondir sur elle. « Mais non voyons… il n’est pas monté au même arrêt que toi. Il ne peut pas te suivre. » Elle jeta encore une fois un regard anxieux vers la voiture qui venait de doubler le bus. « Arrêt… la clef d’or ». Elle se leva. Puis se rassit, et attendit la dernière minute pour se précipiter dehors. « Ha ! ha ! elle les avait bien eus, tous ceux qui pensaient pouvoir la filer. Un chat qui sortit de derrière une haie la fit sursauter. Elle lança un regard à 360 degrés : le quartier était vide. Maintenant, il fallait qu’elle retrouve son acolyte « La maison en bas, près de la voie ferrée ». Elle trouva un petit chemin, s’engouffra, et tomba dans un jardin un peu défraichi, où le potager était à l’abandon, les fleurs toutes fanées. Seule une citrouille orange qui avait perdu de sa superbe, vestige des fêtes de la Toussaint apportait un peu de couleur. Son partenaire de crime était là qui l’attendait.


« Personne ne t’a suivie ? demanda-t-il le souffle court. - Non, personne. - Bien » Elle lui glissa la clef USB qu’elle avait dans la poche. « Parfait… Bon… Cette rencontre n’a jamais eu lieu. Pas de coup de téléphone, pas de mail. Pas de traces. Voilà le numéro de la boîte postale où me contacter… au cas où ». Ils se séparèrent sans plus de cérémonie. Ils avaient réussi le crime invisible, le crime parfait : un rendez-vous dans une petite ville sans importance, dans un quartier inhabité, pas de preuves.Enfin, un crime pas si parfait que cela, car ils n’avaient pas remarqué la caméra cachée dans l’observateur silencieux du jardin : la citrouille. Pas plus qu’ils ne remarquèrent la voiture des inspecteurs de police qui avaient suivi la twingo de l’homme, et le bus de la femme.

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L’homme était assis à l’arrêt des soupirs, attendant le bus. Il avait de quoi soupirer d’ailleurs. Il s’était présenté à une session pour rentrer dans l’orchestre d’Epinal. S’était le meilleur violoniste de la ville, d’après ce qu’un de ses amis lui disait. Il ne savait pas trop s’il devait lui faire confiance ou pas, après tout il était un peu illuminé, et avait de nombreuses théories sur Dieu et ses buts. Le problème du meilleur violoniste d’Epinal, était qu’il ne connaissait pas les notes, les lignes, en gros : le solfège. Non, il s’en fichait, tout était dans le ressenti de l’archet au violon. A son arrivée pour la session, on lui avait donné une partition qu’il devait lire. Ce n’était pas loin d’être du chinois toutes ses formes calligraphiques ! En bref, il s’était fait méchamment rembarré. Et là il se trouvait adossé, au mur de briques rouges, son étui à violon entre les jambes, une partition à la main qu’il ne comprenait toujours pas. Ah oui, il était drôle le chef d’orchestre : on n’avait pas besoin d’un violoniste qui, par-dessus le marché ne connaissait pas le solfège, en revanche, ils avaient bien besoin d’un tambour. S’il arrivait à déchiffrer la partition, on lui donnerait peut-être une place. L’homme froissa le papier dans ses mains, tiraillé entre l’envie de le déchirer, et puis l’envie d’apprendre ces hiéroglyphes. S’il arrivait à lire, à se faire

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accepter dans l’orchestre, peut-être qu’après il pourrait monter les échelons, et pourquoi pas devenir premier violon ! Mais son cerveau bloquait. L’homme se laissa glisser sur le sol, ramena ses jambes contre son torse et soupira à nouveau. « Eh bien l’ami ! Qu’est-ce qui vous met dans cet état ? » L’homme ne comprenait pas d’où venait la voix, quand soudain, il remarqua qu’il y avait deux fenêtres en arc de cercle de part et autre de l’arrêt de bus. Il se redressa un peu et aperçut un homme qui se cachait derrière l’une des ouvertures du mur. « Oh rien… des déceptions… - Ha ! Des déceptions, on en a tous ! Moi, ça va faire bien cinq ans que je n’ai que ça… des déceptions. - Pourquoi donc ? - J’ai perdu mon travail, j’ai perdu ma famille, ça fait cinq ans que je n’ai plus de nouvelles, et puis j’ai perdu ma maison. J’ai perdu ma vie, parce que je suis allé en prison. Maintenant, je dors ici, dans les oubliettes du château ! dit-il en pointant du doigt la colline qui se trouvait au-dessus, là où trônaient les remparts. - Effectivement… à côté je n’ai pas de quoi me plaindre. - Non, non, dites-moi ce qui vous arrive, il ne faut jamais comparer sa souffrance à celle des autres. - Souffrance, c’est un bien grand mot. Enfin, voyez-vous, je rêve d’être violoniste, mais je ne peux pas l’être tant que je ne pourrai pas comprendre le solfège, et lire cette partition. - C’est amusant un musicien qui ne comprend pas le solfège. Faites-moi voir ça. Il prit la partition. Ses yeux suivaient les lignes, tandis que ses sourcils se levaient et s’abaissaient en rythme. - Ils se foutent un peu de vous quand même, il n’y a pas beaucoup de notes, mais beaucoup de soupirs ! - Pardon ? Je ne comprends pas. - Eh bien ! ce signe-là, celui qui ressemble à un oiseau schématisé qui serait sur le côté, ça s’appelle un soupir. C’est-à-dire que c’est un silence qui équivaut au temps d’une noire. - Pour vous remercier de votre aide, je vous propose de vous payer un coup en ville ! - Oh non, c’est gentil, je suis bien là. Jouez-moi plutôt un morceau, monsieur le violoniste.

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Heureux de la proposition, l’homme sortit son instrument. Il posa l’archet sur les cordes, et se mit à jouer. Intensément. Lorsqu’il finit son morceau et qu’il rouvrit les yeux, l’homme encadré dans sa fenêtre soupira, le regard embué. “Vous jouez très bien, c’était vraiment beau ! Cela fait un moment que je n’ai plus entendu pareille beauté, je n’ai droit qu’aux vociférations des pop stars que les grandes surfaces passent. Jusqu’à maintenant, je n’avais pas remarqué à quel point la musique classique me manquait. Comment faites-vous pour connaître un morceau pareil sans avoir appris le solfège ? - Je fais tout à l’oreille. Vous savez, je peux passer de temps en temps vous jouer un morceau, si vous restez ici. - C’est gentil, mais ne vous préoccupez pas de moi. » Le bus arrivait. « A bientôt « dit le violoniste en montant. Il regarda par la fenêtre le bus s’éloigner du trottoir des soupirs. Le violoniste essaya de revoir l’homme, mais plus jamais il ne l’aperçut à l’intérieur de ses oubliettes.

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Il était une fois une factrice qui, chaque jour, effectuait le même parcours, à vélo, dans la ville d’Epinal. Elle le faisait machinalement. Et pourtant, ce matin là, alors qu’elle avait fini son tour habituel, qu’elle avait enlevé son bleu de travail, et enfilé son manteau rouge, elle se rendit compte qu’une lettre s’était glissée dans la doublure de sa sacoche. Comme elle avait une conscience professionnelle, et le goût du travail bien fait, elle prit la lettre, la glissa sous son manteau et prit le bus pour passer chez le pauvre habitant qu’elle avait oublié. En lisant l’adresse sur l’enveloppe, elle visualisa presque immédiatement à qui elle devait porter la précieuse missive. Enfin, une missive qui ne ferait sans doute pas plaisir car en voyant l’encadrement tapé à l’ordinateur, il ne pouvait que s’agir d’une facture, ou pire des impôts ! La factrice était arrivée à destination. Elle descendit du bus, emprunta une petite allée qui conduisait à une maison un peu isolée. Elle n’aimait pas vraiment aller distribuer son courrier à cette vieille dame, certes charmante, mais qui avait un énorme chien noir absolument terrifiant : grognant, montrant les dents, aboyant. Elle avait déjà manqué perdre une main en essayant de glisser le courrier dans la boîte aux lettres. Pleine de courage elle s’approcha, et se sentit nauséeuse en humant une odeur d’égout. Elle s’empara de la lettre, la déposa dans la boîte sur laquelle était collée une étiquette « attention chien méchant ». Mais ce jour-là il n’y avait pas de chien qui l’attendait. Peut-être que, pour une fois, la vieille dame était partie en balade avec son molosse. Mais la factrice remarqua que la boîte aux lettres était presque pleine. Cela faisait plus d’une semaine que personne ne l’avait vidée.


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Elle hésita et finalement poussa prudemment le portail. Elle traversa un grand jardin, et plus elle se rapprochait de la maison, plus elle avait des haut-le-cœur. Le bourdonnement infernal des mouches peuplant le jardin se faisait de plus en plus fort. Enfin, elle se trouva devant la porte et sonna. Le chien se mit à hurler à la mort. Elle resta un instant interdite. Rien ne semblait bouger à l’intérieur. Elle sonna une deuxième fois. Le chien se mit à gémir. Ce n’était pas normal.Elle frappa à la porte, très fort, appela la vieille dame, mais rien. Pas de réaction, à part les pleurs du chien. Elle fit le tour de la maison trouva une fenêtre se hissa sur la pointe des pieds, et aperçut une masse étendue au sol, veillée par un molosse noir, difficile à déceler dans l’obscurité. La factrice ne distinguait pas grand-chose, mais elle déduisit que la vieille dame avait dû avoir un malaise. Elle sortit son portable, et appela les pompiers. « Venez vite… la maison se trouve à côté de l’arrêt de bus du Chaperon rouge ». En attendant, elle prit une brique et la lança dans la fenêtre pour pouvoir entrer. Le chien se mit à grogner. N’écoutant que son courage, elle escalada, voulut passer par la fenêtre. Le spectacle et l’odeur firent qu’elle s’évanouit. Elle se réveilla, un peu plus tard, un pompier penché au dessus d’elle. « Vous allez bien madame ? C’est vous qui avez appelé ? - Oui…répondit elle faiblement. - Vous avez essayé de rentrer. - Oui…. - Je suis désolé, on va devoir vous garder avec nous, la police devra vous poser quelques questions de routine, puis vous pourrez rentrer chez vous vous reposer. - Oui » La police finit par arriver, elle expliqua comment elle avait découvert le corps, elle entendit des bribes de conversation entre les professionnels « Manifestement, cela doit faire bien cinq jours qu’elle est morte. C’est un peu difficile à dire vu que le chien a mangé le cadavre pour ne pas mourir de faim. « Un policier sortit le chien de la maison, une muselière sur le museau, alors qu’il refusait de quitter les restes de sa maitresse. « Qu’est-ce que vous allez faire de lui ? demanda la factrice 

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«  Eh bien nous l’amenons à la fourrière, manifestement cette dame n’a pas de proches. Il sera malheureusement euthanasié, mais bon, il est peut-être trop dangereux, il a tout de même mangé de la chair humaine ». La factrice emmitouflée dans son manteau rouge, fixa le molosse noir. Toute la tristesse du monde se lisait dans ses yeux. « Non, c’est bon, je vais le prendre avec moi « dit-elle.  « Allez viens mon petit loup, je vais bien m’occuper de toi ».

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Il faisait nuit, le chauffeur du bus n°5 commençait à fatiguer. Il faisait, en plus, un vrai temps à se mettre sous sa couette. Il avait bientôt fini son service, et ne rêvait que d’un bon repas chaud, d’autant plus que sur ce segment il n’y avait presque jamais aucun passager aux arrêts suivants. La fin de tournée serait donc rapide et, un peu perdu dans ses pensées, il rêvait déjà à la chaleur de sa maison, oubliant qu’il avait encore deux personnes assises dans son bus. Et puis, soudain, une ombre bondit devant le bus, le chauffeur sursauta, effrayé, décontenancé. Ce n’était pas un homme. Il eut à peine le temps de braquer et de freiner qu’une deuxième ombre se lança devant lui. le choc fut inévitable, renforcé par un énorme »boom”. La silhouette, fut projetée, et une sorte de bois vint heurter la vitre avant le pare-brise qui se fissura. Tout le monde était pétrifié, le cœur des passagers battait à cent à l’heure ; le chauffeur, les mains crispées sur son volant dut prendre son temps avant de pouvoir respirer à nouveau normalement. Il fallait qu’il reprenne ses esprits, c’était lui le maître du bateau. Avant d’aller voir ce


qu’il avait percuté, il fallait qu’il vérifie que tout le monde allait bien. Pourvu que personne ne soit blessé, sa responsabilité était engagée. Il se leva et regarda les gens tétanisés sur leur siège. «Ça va ? Personne n’est blessé ? » les passagers se contentèrent de faire un signe de tête pour indiquer qu’il y avait eu plus de peur que de mal. «On a percuté quelque chose, je vais voir ce que c’est.» Il ouvrit les portes du bus, et un froid glacial entra. Sur la neige qui virevoltait il vit une traînée de sang s’étendue sur le sol. Les phares puissants du bus illuminaient la masse qui avait été projetée plusieurs mètres plus loin. De toute évidence, cette chose ne vivait plus, car elle ne bougeait pas, aucun souffle ne l’animait. Le chauffeur se rapprocha prudemment, un peu effrayé tout de même à l’idée que la chose se relève et l’attaque. Et soudain, en faisant le tour de l’ombre, il finit par comprendre que c’était un cerf ! Un cerf, au beau milieu d’Epinal. Il y en avait même eu deux, le premier avait réussi à survivre, en revanche celui-ci, c’était fini. La pauvre bête était allongée sur le flanc, les yeux dans le vide, la carcasse à moitié ouverte. Le chauffeur eut envie de pleurer, il avait honte d’avoir tué un si bel animal. Mais en même temps, ce con s’était carrément jeté sous le bus ! Peut-être qu’il ne supportait pas l’hiver: à cette époque de l’année, il fallait que lui aussi retourne au boulot s’il était l’employé du père Noël. Le chauffeur appela la voirie, puis son chef pour lui dire qu’il y avait un problème, et enfin les pompiers. Personne ne savait d’où pouvaient venir les deux créatures. Le chauffeur rentra chez lui bien plus tard que prévu. Quelques semaine plus tard, l’arrêt de bus fut rebaptisé « Saut le cerf », en hommage à la pauvre et majestueuse bête qui s’était suicidée. Tout comme la zone commerciale quelques mètres plus loin, véritable forêt d’entrepôts géants. Un peu de nature dans ce monde de béton.

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La nuit commence à tomber sur la ville. Les épais nuages se fardent de couleurs turquoises et sombres, absorbant les points de lumière des étoiles.

Entre les hauts immeubles HLM gris, et le petit quartier pavillonnaire aux maisons identiques, serpente une route qui s’enfonce un peu plus loin vers un ersatz de forêt. Il n’y a presque plus de bruit, seul le cliquetis des feux verts et rouges alternant entre eux. 20h… bientôt l’heure du dernier carrosse, et déjà plus personne dans les rues. Soudain, un bruit. Une jeune femme parcourt la petite route qui mène jusqu’à la CAF en clopinant. Elle s’asseoit à l’arrêt de bus quelques mètres plus loin, seul abri encore illuminé. Elle semble fatiguée. Elle pose à côté d’elle un énorme sac en toile blanche et commence à fouiller dedans, avant d’en sortir un petit miroir brillant. Elle le pose délicatement sur ses genoux, puis détache ses cheveux blonds et un peu secs dans lesquels elle passe une main aux ongles rongés pour se recoiffer. Elle pose un peu de mascara sur ses yeux, passe du rouge à lèvres qu’elle estompe avec son doigt. Absorbée par sa remise en beauté, elle est soudain perturbée par le sifflement de son portable. « Allo ? dit-elle d’une voix rauque en décrochant. Ouais… non… je viens de finir de bosser. Sortir la tête des serpillières ça va faire du bien, et puis, heureusement que je ne rentre pas chez ma mère ce soir… ah non ! Elle m’a encore pris la tête sur comme quoi j’étais trop jeune pour arrêter les cours. J’ai 16 ans, donc, elle peut plus rien me dire ! … Ouais, je sais femme de ménage c’est pas le top, mais j’ai pas l’intention de faire ça toute ma vie… ouais…ouais… tu m’as dis qu’elle était où la fête ? Près du château ? Ben là, j’attends le bus, je sais pas à quelle heure il arrive… non, je suis déjà habillée , j’ai mis une robe sous ma tenue de boulot. Oh ! Et puis hier

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je suis passée voir ma marraine : elle m’a prêté une super paire de talons ! Elles sont trop belles, tu verras ! » Alors qu’elle venait de prononcer ces derniers mots, la jeune fille sortit de son sac la dite paire de chaussures. Des talons aiguilles en fausse peau, motif léopard. Elle les regarda avec amour, un doux sourire illuminant son visage : elle tenait entre les mains le comble du chic. Sa rêverie s’arrêta là, car le bus venait d’arriver. Elle rangea précipitamment ses escarpins tout en continuant à parler, et ne remarqua pas qu’une des chaussures avait bondi hors du sac. Alors que le bus quittait l’arrêt Cendrillon avec sa passagère pressée, un jeune homme qui était descendu à cet arrêt, remarqua la chaussure, seule. Il la prit, la retourna dans tous les sens et sourit : ce serait compliqué de retrouver à qui appartenait une chaussure de marque H&M taille 38.

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Le bruit de la perceuse s’échappait du hangar pour aller vriller le presque silence de la route. Le mécanicien s’activait autour des chars pour les défilés des fêtes, cela faisait un moment qu’il s’y affairait, rajoutant des décorations par-ci et par-là selon les demandes et les lubies des clients. Vérifiant tous les rouages et mécanismes. Heureusement, il n’était pas le seul à travailler dans cet établissement, et il n’était pas le seul à s’affairer sur les machines, mais c’était lui le chef, celui qui vérifie les dernières touches. Il rampa de sous le char qu’il ajustait et essuya une goutte de sueur qui perlait sous son sourcil. Et dire que dehors il faisait un froid mordant, et que lui dégoulinait de chaleur. Il poussa un soupir, il n’était plus si jeune : et sa longue barbe blanche avec laquelle il avait fait un nœud pour éviter qu’elle se prenne dans les machines était là pour l’attester. Et pourtant, il n’envisageait même pas la retraite. Le mécanicien se leva pour aller prendre un café bien mérité dans la salle du personnel. Sur le siège, devant les casiers, protégé par une bâche en plastique, trônait l’uniforme que chaque homme rêvait de porter. Enfin… l’uniforme que beaucoup de ceux qui travaillaient ici rêvaient de porter. Et lui, le mécanicien, était persuadé qu’au fond, il était fait pour le revêtir. D’ailleurs il n’y avait plus personne dans l’atelier. S’il faisait bien attention à ne pas le salir, il pourrait se glisser dedans, et en profiter pour se mettre dans la peau de ce personnage tant aimé. Il jeta un coup d’œil à droite et à gauche, pour vérifier qu’il n’y avait personne, bien qu’il sache qu’il était vraiment seul. Puis il enleva le plastique protecteur du costume avant de poser le couvre-chef sur sa tête. Quand soudain la porte du local s’ouvrit : il se retrouva nez-ànez avec son presque sosie, à cela près qu’il avait plus de ventre.

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« C’est vous le patron de ce hangar ? » demanda l’homme à la barbe aussi blanche et longue que celle du mécanicien. « Euh … oui… je peux


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vous aider ?  » A u s s i t ô t l’homme lui envoya un énorme coup de poing dans la mâchoire, faisant valdinguer la mitre rouge que le machiniste avait sur la tête . « C’est pour avoir fait exploser mon char espèce d’enfoiré !» vociféra l’homme « Mais vous êtes malade ! Je ne vois pas qui vous êtes ! » «C’est ça ! Fais pas le malin ! Je sais que c’est toi qui as lancé ce putain d’obus sur mon camion ! A cause de toi j’ai perdu deux cerfs, et en plus j’en ai trois de blessés ! Tu sais combien ça coûte ? Tu sais combien de temps les services de la ville ont mis avant de les rattraper ? Evidemment que non, y’a que le pognon qui t’intéresse ! Au point que tu ne supportes pas que d’autres personnes fassent de la concurrence à tes chars !  » «Je ne vois absolument pas de quoi vous parlez !» « C’est ça l’ancêtre ! Écoute-moi bien St Nicolas, si tu t’avises encore une fois de me foutre le feu à mes chars, l’année prochaine je te promets qu’il n’y aura plus que le père Fouettard pour ravir les foules !» Le mécanicien toujours sonné, à terre, ne fit rien pour retenir l’homme enveloppé dans son manteau en laine rouge, qui repartait aussi vivement qu’il était arrivé. Avant de disparaître du hangar, avec une force inouïe, il balança un bout de métal qui déchira le char doré destiné à St Nicolas. Il se retourna vers le char argenté destiné au Père Fouettard, puis fixa le machiniste en fronçant les sourcils et en criant « Ho ! Ho ! Ho ! » . Le mécanicien l’aperçut qui montait dans le bus.

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Il reposa sur la chaise la mitre un peu amochée, ne comprenant toujours pas ce qui lui était arrivé.


Le jour était pluvieux, et Monsieur D. tentait de courir aussi vite que ses vieux os le lui permettaient pour éviter les gouttes. Il cachait sous son manteau sa baguette de pain, fraichement achetée à l’Intermarché. Il ne fallait pas qu’elle devienne trop molle pour son déjeuner, même si ses dents lui en sauraient gré. Après un petit sprint douloureux, il atteignit enfin l’abribus. Sur le banc en métal se trouvaient déjà assis trois autres hommes d’à peu près son âge. Monsieur D reconnut tout de suite ses comparses : ils se saluèrent d’un signe de chapeau. Ils portaient tous le même pantalon noir, le même manteau bleu foncé, et la même baguette de pain à la main. Un langage secret s’était établi entre eux depuis déjà bien longtemps. Ils s’étaient tous les quatre trouvé tellement de points communs : les cours d’escrime, les films de cape et d’épée, le plaisir de battre Michou et Fred à la pétanque, celui de boire un peu et surtout beaucoup. Une amitié longue de plus de 60 ans, remplie de 400 coups et sans doute plus. Comme ce jour, où ils avaient fait un pari fort alcoolisé lors d’un vernissage, ce qui avait manqué de réduire en cendres l’Imagerie d’Epinal. Ou encore cette fois où ils avaient trouvé un obus. Ils étaient maintenant persona non grata dans pas mal de lieux de la ville. Un vrombissement se fit entendre : le bus s’arrêta devant les quatre hommes qui se levèrent en poussant des grognements en réaction aux craquements de leurs os.

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La porte, en s’ouvrant, laissa entendre la voix métallique annonçant : « Arrêt… Mousquetaires ». Une vieille dame descendit par la porte avant, que Monsieur D gratifia d’un « Milady », tandis que quatre gamins s’échappèrent par l’arrière, prêts à courir vers l’Intermarché.

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C’était le mercredi, le jour des enfants, comme le veut la tradition. La maman tirait sa fille par la main pour rejoindre l’arrêt de bus au rond-point, parce qu’elle allait à son cour de danse et puis, après, elle irait jouer avec Sasha, et Louise. La petite tenait avec tendresse dans ses bras une poupée en plastique, au crâne glabre, qu’elle avait habillée tout de rose, parce que c’était sa couleur préférée et que sa maman lui avait offert une nouvelle robe pour sa poupée.Parfois, elle voulait que sa poupée devienne un garçon, mais comme elle n’avait que des vêtements roses à lui mettre, ce n’était pas possible. Soudain une silhouette apparut devant elles. C’était un homme qui venait d’émerger de derrière un muret rouge en briques, des feuilles de vigne étaient accrochées dans ses cheveux. Il était en t-shirt malgré la fraîcheur ambiante, et avait les bras couverts de piqûres et de croûtes. Il portait des lunettes, trop petites pour lui, et des cheveux blancs en bataille encadraient son visage. La maman s’excusa vaguement d’avoir failli lui rentrer dedans et continua énergiquement son chemin jusqu’à l’arrêt de bus où l’homme les suivit pour s’asseoir sur le banc. « Elle est jolie ta poupée, dit-il découvrant une bouche édentée. - Elle s’appelle Emeline, répondit la petite - Et c’est qui le Papa ? - Elle a pas de papa, moi je suis sa maman. - Alors c’est un enfant du Saint-Esprit ! s’exclama l’homme. Tu sais, ma petite, tu fais peut-être partie des élus qui auront droit de siéger aux côtés de Dieu ! Je vais te dire, le monde tourne autour de plusieurs choses : d’abord il y a les douze commandements, et c’est simple, si tu respectes pas les douze commandements, et ben paf ! tant pis ! Quoi que tu fasses, jamais t’iras au paradis ! Parce que bon la Torah, le Coran, la Bible, enfin tout ça, c’est chrétien, et Dieu, si tu vas le voir et que t’as pas respecté ça, t’iras pas au paradis, il va dire « je vous connais pas mademoiselle », si, hein madame ?  » – la mère de Marie ne répondit pas, et lança un regard un peu dédaigneux à l’illuminé.

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« De toute façon, le monde il tourne des chiffres, écoute bien ma petite, c’est important tu vas voir. Il se mit à compter sur ses doigts : il y a le 1, le 3, le 5, le 6, le 7, le 9, le 12, et le13 ! Parce que tu vois, Jésus, il est mort il avait 33 ans, et donc tu vois 3 et 3 ça fait 6, et il y a 6 mois d’hiver et 6 mois d’été, et puis 3x3 ça fait 9, et 9 plus 3 ça fait 12 comme les 12 mois de l’année ! Et puis les signes du zodiaque aussi, mais c’est différent. Enfin bon, je dis ça, mais c’est vrai, je le sais. Dieu il a déjà tout créé, le monde nous attend. Toi je suis sûre que t’auras ta place à côté de Lui.” Le bus arriva à ce moment-là, au rond point de la Vierge. « Allez, monte Marie « pressa la maman qui voulait échapper à ce fou. Une fois à l’intérieur, elle reconnut une de ses amies : « Oh là là ! Madeleine, si tu savais sur qui on vient de tomber au rond-point de la Vierge ! Un illuminé ! »

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Il était 7h32 du matin. Cindy s’affairait dans les couloirs du lycée, pour le moment encore vides. Dans à peine 20 minutes ils résonneraient des bruits de chaussures qui trainent, de portes qui claquent, de rires, de chaises qui raclent. Avant qu’une autre forme de silence retentisse à nouveau dans l’établissement, seulement perturbé par la voie soporifique des professeurs. Cindy nettoyait vaguement le sol, elle se demandait bien à quoi cela pouvait servir puisque de toute façon ils seraient absolument dégueulasses dans quelques instants. Il pleuvait dehors : le pire cauchemar pour une femme de ménage. Quinze ans qu’elle faisait ce métier, quinze ans qu’elle avait toujours des sueurs froides en voyant les gouttes de pluie perler sur les fenêtres. Elle soupira appuyée sur son balaiserpillière. Il n’y avait pas si longtemps, elle aussi était à la place de ces jeunes : pleine d’espoir, l’envie de voir ce qu’il y avait au-delà des murs. Ses rêves avaient lamentablement échoué à côté de l’immeuble des regrets. Mauvaises décisions… et la voilà là, de retour dans ce lieu qu’elle avait toujours détesté, mais de l’autre côté. Tous des cons. Elle se souvenait encore des discours des proviseurs d’établissement qui faisaient tout un laïus sur le rôle des femmes de ménage, et qu’elles n’étaient pas les chiens des élèves, qu’il fallait leur donner un peu de considération. C’était à mourir de rire. Pas une seule fois le proviseur ne lui avait lancé un regard ni dit bonjour depuis qu’elle venait tous les matins. « C’est bon, j’ai fini, on y va, dit-elle à son compagnon. Il faut que je me dépêche, je dois aller au musée d’art contemporain maintenant. - Ah ! qu’est-ce que c’est gris là bas ! Vraiment, c’est gris gris gris gris gris. Et puis c’est froid. Vraiment glacial. Et puis c’est moche aussi. - Oui, enfin bon, j’ai pas trop le choix, faut bien bosser quelque part, et finalement c’est assez rare d’avoir un lieu de travail agréable ».

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Elle tira derrière elle son aspirateur qu’elle avait laissé trainer dans le couloir, jusqu’au placard des produits ménagers. « Tu regrettes hein ? dit son ami. - Je regrette quoi ? - D’être partie du lycée. »  Elle ne répondit rien. « C’est toi qui vois, je ne regrette rien, mentit-elle. - N’essaye pas de me mentir, tu sais bien que je SAIS quand tu mens. - JE sais, laisse-moi tranquille ! » Alors qu’elle criait presque cette dernière phrase, elle remarqua que le CPE de l’établissement la regardait avec un drôle d’air. « Vous allez bien Cindy ? - Euh…oui. - A qui parlez-vous ? » Cindy regarda son aspirateur de façon incrédule. « Je viens de me disputer avec mon copain » grommela-t-elle en pointant son oreille gauche, indiquant un écouteur imaginaire. « Ah… d’accord… bon… » Il partit sans plus de commentaire, mais il semblait peu convaincu par la réponse. Cindy se pencha sur l’aspirateur pour lui murmurer : « On a encore failli se faire démasquer, lui murmura t- elle. Faut que je fasse gaffe. - Ben arrête de sniffer les produits de nettoyage ! ricana l’aspirateur, Ton problème sera réglé ! - Oui, mais ça me rend le boulot plus léger, et puis comme ça j’ai quelqu’un avec qui parler. Bon, à demain ! » Elle ferma la porte, mit son manteau, sortit de l’établissement, en croisant les premiers lycéens : ils soupiraient à l’idée de passer une journée en classe. Elle soupira en prenant son bus à l’arrêt des « corvées ».

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Imprimé à l’ESAL - Epinal Décembre 2013

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