VU.E.S

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fenĂŞtre sur rue






J’habite au 196 chaussée de Charleroi depuis bientôt 3 ans. Je vis avec Raphaël et Mona. Notre appartement se trouve au 3e étage d’un immeuble qui fait l’angle. Nous avons six fenêtres. Chaque fenêtre mesure trois mètres. Dans le salon, nous en avons quatre. Trois des fenêtres possèdent des rideaux blancs de chez ikea. La fenêtre de la cuisine n’en possède pas. Les rideaux sont toujours ouverts. J’aime voir le monde extérieur. Je n’ai aucun problème à ce que le monde extérieur me voit. La rue, les voisins, les clients du Brico, les voitures qui passent, qui klaxonnent et re-klaxonnent, les vélos qui risquent de se faire écraser par les voitures, les piétons qui risquent de se faire écraser par les vélos. Les trajets récurrents de la camionnette verte de prisonnier.






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Depuis mes fenêtres, j’ai vue sur plusieurs immeubles. Le plus gros, c’est le 233 chaussée de Charleroi. Au rez-de-chaussée se trouve le magasin de bricolage Brico. En journée, j’y aperçois les clients. Les piétons du moins. Le garage est de l’autre côté. J’aperçois ceux qui rentrent, ceux qui sortent. Celles ou ceux qui se questionnent : « comment vais-je faire tenir ce sac de terreau sur mon vélo ? ». Comme l’éclairage du magasin fonctionne toute la nuit la rue est la plus éclairée du quartier. Puis, au-dessus, il y a des appartements. J’en compte neuf. En haut à gauche, il n’y a qu’une fenêtre. Je ne les vois pas souvent. J’aperçois surtout cet abat-jour Ikea original mais que tout le monde a. Quand j’aperçois son propriétaire, c’est un homme blanc, brun, dans la quarantaine. Juste en dessous, il y a une mère et ses deux enfants. Elle est chauve, elle sort d’un cancer, c’est Isabel du Forcado qui me l’a dit. Ah oui, le Forcado, c’est la pâtisserie portugaise au-dessus de laquelle j’habite. J’y travaille en contrat étudiant le week-end. J’y rencontre le voisinage. Toujours à gauche mais au premier étage, il y a les invisibles, ceux qui n’ouvrent jamais leurs rideaux. Au centre maintenant. Au dernier étage, il y a 2 colocataires. Des jeunes, trentenaires, blancs, mignons. Un des 2 s’appelle Simon. Simon, je le connais car il vient souvent prendre des cappuccinos soja au Forcado. Puis, ce sont des amis de Xavier. Xavier, c’était un personnel administratif de La Cambre. Simon m’a fait coucou le dix-sept mars après-midi.









Au deuxième étage, l’appartement est resté longtemps vide. Je ne sais pas pourquoi. Auparavant, il y avait une famille. Je me souviens d’une maman souvent à la cuisine. D’une enfant et d’un homme. Ils ne laissaient pas toujours leurs rideaux ouverts. Des jeunes viennent d’emménager. Le sept mars pour être exact. Avec l’aide d’un lift. Je suis témoin de leur installation au fur et à mesure. La télévision et la machine à café ont été installées en premier. Je ne comprends pas très bien qui y habite. J’y ai vu beaucoup de monde passer. Leurs parents, le jour du déménagement. Leurs copains. Leurs copines, du moins j’imagine. Je pense que c’est une colocation de deux jeunes, dans la vingtaine. L’un des deux, l’autre jour, a peint le mur à la lampe torche. Le seize mars, il a accroché des rideaux dans sa chambre. Un soir, une fille, blonde, m’a fait coucou et m’a tendu sa choppe de bière tel un « santé ». Ce à quoi j’ai répondu d’un chaleureux mouvement de main. Ils fument beaucoup à la fenêtre. Au premier étage, l’appartement est encore vide. Cela fait des mois. Avant, il y avait une colocation de deux jeunes trentenaires, un blond et un métis. Le blond jouait beaucoup à FIFA sur son canapé. Le métis était souvent en costume. À droite, au dernier étage, je n’ai jamais rien vu. Au deuxième, Hannah vient d’emménager avec Marine. Hannah et Marine sont à La Cambre. Je les ai reconnues assises sur les marches du Brico le 13 mars. Le 15, Hannah m’a fait coucou de la fenêtre avec engouement. J’ai répondu mais je ne l’ai pas tout de suite reconnue. C’est après que j’ai compris. En dessous d’elles, il y a un couple, jeune également. Je ne les vois pas souvent ou ils viennent d’arriver ou je n’ai pas fait attention, je ne sais plus.





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J’ai vue sur d’autres immeubles. Chaussée de Charleroi, il y a le 243, juste à gauche du Brico. C’est une petite maison de maître. Les rideaux du 2e étage sont très vintage. Un vintage qui n’est plus vraiment au goût du jour. Ils ne sont jamais ouverts. Je peux attester, je ne les ai jamais vu ouverts. Je ne sais donc pas qui y habite. Pas plus qu’au premier étage et au rez-de-chaussée. À sa gauche, il y a le 245. Le sous-sol est occupé par Luxe Couture, l’atelier d’un couturier. Je le vois travailler, surtout quand il vient à la planche à repasser. Mais je ne le vois pas à la machine à coudre. Les passants s’arrêtent souvent pour le regarder. Un jour, j’ai vu une petite fille happée par le travail du couturier, elle est restée là, à la fenêtre, à l’observer durant de longues minutes. Une de ces photos que je regrette. Au-dessus du couturier, il y a un appartement à louer. Encore au-dessus, il y a trois autres appartements. Je ne vois jamais les deux premiers. Sous les toits, il y a un garçon et une fille. Notre âge approximatif. Plus on va vers la gauche moins l’angle de vue est idéal. Je vois uniquement un monsieur chauve fumer à sa fenêtre. Ou une vieille femme noire arroser la dizaine de plantes de son balcon. Changeons de fenêtres et dirigeons-nous vers la rue Américaine. À l’angle opposé, il y a cet immeuble. J’y ai rencontré le propriétaire au Forcado. C’est le cousin de mon propriétaire Jean-Cédric Crab. Ou le neveu. Je ne sais plus. Il m’a parlé d’un décalage de générations. Mon propriétaire est également le propriétaire du Forcado puisque tout l’immeuble est à lui. Il faut savoir que la famille Crab est un empire. Jean-Cédric Crab, est le petit-fils de Jean Crab. Ils possèdent une compagnie d’assurance, «  Jean Crab et fils » un peu plus loin dans la rue. Et beaucoup d’immeubles de logements, beaucoup. Une collègue à moi du Forcado habite au 11 de la rue Américaine. Son propriétaire est également Jean-Cédric Crab. Son cousin, celui de l’angle opposé si vous me suivez, en possède également plusieurs. C’est lui qui me l’a dit. La compagnie d’assurance a changé de locaux. Le 214 est donc maintenant à louer.









Comment je sais tout ça ? D’abord, il y a Florin, notre concierge. Il n’habite pas dans l’immeuble. Il est juste pas loin. Il est Roumain. C’est l’homme à tout faire de Jean-Cédric. Il s’occupe aussi de son manoir à La Hulpe. Un jour, alors qu’il faisait des travaux au 2e étage il m’a raconté les « gossips » de la famille. Puis il y a Joaquim braz de Oliviera. Joaquim avait un restaurant au 190. Pendant plus de 20 ans. Beaucoup de gens s’en souviennent et m’en parlent. Meilleur restaurant portuguais qu’on n’ait jamais eu à Bruxelles. C’est ce qu’ils disent. Il connaît bien Jean Crab. C’est comme ça qu’il a obtenu d’installer sa pâtisserie portugaise au 196 avec son fils. Son fils, Joaquim Braz de Oliviera est mon patron. Si vous n’avez pas tout compris, je vous pardonne. Bref, où en étais-je ? Ah oui, l’immeuble de l’angle. Au rez-dechaussée, il y a « l’Univers particulier » une librairie éclectique qui vend toute sorte de choses étranges. Sur la devanture on peut y lire : Astrologie, Radionique, Géobiologie, Magnétisme, Radiethésie, Orientalisme, Numérologie, Chamanisme, Rêves, Encens, Nouvel Age, Pensée Positive, Cartes & Tarots, FengShui, Angéologie, Yoga, CD-Rom, K7 vidéo. Je n’y suis jamais allée. Au dessus, il y a des petites fenêtres aux rideaux toujours fermés. Leur stock je présume. Au dessus encore, trois appartements. J’ai suivi leur rénovation. Je ne me souviens pas très bien des précédents locataires. Je me souviens d’un chat et d’une plante. Les travaux des appartements ont été finis du haut vers le bas. Les premières locataires sont donc arrivées dans l’appartement de sous les toits. C’est assez haut, je ne le vois pas vraiment. Uniquement l’ombre de leurs plantes. J’ai appris il y a peu que ce sont des amies de Chloé. Chloé c’est une camarade de classe. L’autre jour, Chloé était à la maison, elle leur a envoyé un sms. Elles sont venues à la fenêtre. On s’est fait coucou. Elles étaient trois. Au troisième, c’est également un duo de filles. Je les ai vues s’installer. L’une est venue au Forcado lorsque je travaillais. Elle a demandé un limonadier pour ouvrir une bouteille de vin. Elles venaient à peine d’emménager. Au deuxième, il y a deux hommes. L’un a les cheveux long. Je les ai aussi vu s’installer. Cela fait plusieurs semaines ou mois qu’ils sont là Il n’a toujours pas de rideau à sa chambre. Je le regarde jouer du piano. Je me demande ce qu’il joue. Le salon m’a paru presque vide pendant très longtemps. Il l’est toujours un peu.




Et puis, il y a eu le confinement.







La vie a beaucoup changé depuis. La vie de la rue. La vie intérieure. Certains sont rentrés, je suppose, dans leur famille. Loin de la ville. Comme ceux du 233, deuxième étage. Le pianiste aux cheveux longs. Ils ne se sentaient peut-être pas encore tout à fait chez eux. Il y a également ceux du 194, 1er étage. Ils venaient à peine d’emménager. Un confinement sans rideaux ne plaît peut-être pas à tout le monde. Et puis il y a ceux qui restent, comme nous. Simon et son colocataire. Ils fument beaucoup à la fenêtre et il est DJ je pense, il joue souvent devant une caméra. Simon est en télétravail, il est toujours au téléphone. Je me demande quel est son métier. Je n’ai pas vu Simon depuis des jours. Est-il parti ? Je l’ai aperçu aujourd’hui pour la première fois. Il ne va donc plus à la fenêtre. Ou il était parti. Il ne sort pas applaudir à 20h avec son coloc. Où était-il ? Les appartements de gauche du 233, tout le monde est là. J’ai réussi à faire coucou aux enfants. Deux frères qui regardaient par la fenêtre. Ils m’ont répondu. J’ai même aperçu les locataires du premier. Au 194, celui de l’angle, il ne reste plus que le 2e étage. Elles sont chanceuses. Elles ont le seul balcon sur lequel on peut rentrer une chaise de tout l’immeuble. Elles profitent du soleil lorsque son positionnement leur est clément. Et c’est beaucoup plus longtemps que nous. Un mug à la main, un téléphone dans l’autre, Raphaël dit qu’elle va me voir, que je ne suis pas discrète avec mon appareil photo.. Moi je pense que quand on regarde son téléphone, c’est difficile d’en être distrait. Et puis il y a 20h. Les gens sortent, applaudissent, tapent sur des casseroles, mettent de la musique. J’ai découvert plusieurs voisins et voisines comme ça. Ceux aux rideaux fermés font leur apparition. On sort aux fenêtres, aux balcons. C’est un sentiment étrange. Je prends presque des photos sans me cacher. On se salue. On se reconnaît.



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Nous profitons du soleil à la fenêtre. Elle est grande ouverte. Nos balcons ne peuvent accueillir de chaise malheureusement. Mais on peut se mettre devant la fenêtre, les pieds sur la barricade. Le coloc de Simon nous a crié : « on profite du soleil ?! ». On a répondu : « Oui ! » Simon l’autre jour nous a crié « On picole beaucoup ?! ». C’est vrai que toutes nos bouteilles vides en attentes d’être jetées ou consignées sont à la fenêtre. Ils ont une vue imprenable dessus. Je ne suis pas la seule à m’immiscer dans la vie des gens apparemment. C’est amusant. Rué Américaine, nous avons aussi vu sur d’autres immeubles. Le numéro 2 est juste en face de notre fenêtre de chambre. Au rez-de-chaussée, il y a un commerce. C’était une bijouterie. Maintenant, c’est une agence immobilière, design d’intérieur, galerie d’art. Quelle drôle de truc. Je n’aime pas leur devanture. Il y a trois typographies différentes, du rose du bleu du jaune. Je ne leur demanderais pas de designer mon intérieur. Au-dessus, c’est un couple qui vit sur deux étages. Ils ont entre 40 et 50 ans. Au premier, c’est leur salon. Au deuxième, à gauche la salle de bain. Non, je ne regarde pas dans la salle de bain. C’est que madame nettoyait les vitres un jour. À droite, c’est un bureau ou une chambre ? Ils sortent souvent fumer sur le balcon du premier. Ils ont une télévision. Ils sortent tous les soirs à 20h, sans faute. Je n’avais jamais vraiment fait attention à eux avant le confinement. Leurs rideaux sont entrouverts à notre manière, noués par un flot. Cependant, depuis peu, ils les ont fermés. Au 4 rue américaine il y a une famille. Je pense qu’ils ont tout l’immeuble. Ils sont 5, je les ai tous vus l’autre soir, à 20h. Il fait beau ces derniers temps, ils profitent beaucoup du soleil au balcon du premier. J’ai vue sur les jambes de la fille, puis le torse du père. Je ne les avais jamais vus avant le confinement non plus. Au 8 rue américaine, le rez-de-chaussée est à louer. Le premier, il n’y a personne en cette période, je vois cependant souvent le jeune couple du dernier étage. Il travaille sur son ordinateur. Il est rentré des courses avec un masque médical l’autre jour.









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Hannah s’est installée dans une salle vide du brico. Je ne sais pas comment elle a fait. Elle m’a dit qu’elle avait laissé un mot à ses voisins, elle utilise cet espace pour continuer son travail de peinture. Hannah est étudiante en peinture à La Cambre maintenant. J’ai vu la maman et ses deux enfants du 233 chaussée de Charleroi dehors aujourd’hui. Elle porte un tissu sur la tête. Ses enfants avaient des mini-vélos, très mignon. J’avais misgenré l’un des deux puisqu’elle portait une robe. Je ne les avais vu qu’en pyjama à la fenêtre. Au 233 il y a du nouveau. Vous vous souvenez l’appartement du deuxième ? Ceux qui venaient d’emménager. Qui était vide depuis le confinement. Ba maintenant ils sont là. Je ne comprends pas tout. Ils sont quatre. Peut-être ont-ils décidé de faire un confinement entre copains, jouer aux jeux vidéo et boire des bières. Non, ce n’est pas un stéréotype. Je les ai juste vu jouer aux jeux vidéo et boire des bières. Ils se promènent torse nu au réveil et se lèvent à midi. Au 245, le panneau « à louer » de l’appartement est parti. Il a été remplacé par un dessin d’enfant. On y voit un arc en ciel, des cœur, et la phrase « restez chez vous ». Les filles de l’angle sont dehors en tenue d’intérieur avec leur chat, une camionnette et un travailleur de chez sibelga un peu plus loin travail sur une trappe au sol. Elles me crient qu’ells ont une fuite de gaz, les pauvres, je leur souhaite bonne chance. Elles ont fini par remonter.













Je vous parle beaucoup de mes voisins dans leurs immeubles mais je ne vous parle pas assez de la rue. J’ai principalement 3 vues en perspective. Chaussée de Charleroi vers Ma Campagne, chaussée de Charleroi vers Janson et rue Américaine. Je regarde peu la rue américaine. Je suis plus souvent à l’affût sur la chaussée. J’aime quand il pleut. L’eau au sol fait refléter les lumières de la ville. C’est tellement plus joli qu’un soleil de midi. J’aime aussi la lumière du soir, les couleurs du ciel d’un soleil couchant. J’ai droit à des spectacles de rose, orange ou violet de ma fenêtre. J’aime aussi la lumière et quiétude de la nuit. Je ne peux pas dire de même de la lumière du matin, je ne connais pas vraiment la lumière du matin. Une nuit, vers 3h du matin, j’essaye de travailler en vain. Un bruit m’interpelle, des travailleurs s’attardent en dessous de nos fenêtres. Ils ont un trafic « renewi », une camionnette avec une flèche de signalisation routière lumineuse dans la remorque et surtout un gros camion avec des tuyaux partout qui fait un bruit fort. J’ai passé beaucoup de temps à les observer. J’ai pris des dizaines de photos. Il fait froid, j’ai de la pitié pour eux. Ils travaillent dans les égouts. Je me demande ce qu’ils y font. L’un d’entre eux se change et met une combinaison jaune réfléchissante et un casque avec lumière frontale. Il descend dans les égouts, je ne souhaite vraiment pas rater la photo de sa descente, car une fois dedans je ne verrai plus rien. Son collègue pisse contre le trafic. J’attends. Je ne souhaite pas rater sa remontée non plus. Il remonte. Il nettoie ses chaussures contre le camion. Il pisse également contre le trafic. Je me cache un peu pour photographier. Je comprends cependant vite qu’avec le bruit et l’heure qu’il est, ils ne se doutent absolument pas que je les prends en photo.


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En ces chaleurs estivales, j’ai vue sur beaucoup de torses nus. Ce qui n’a peut-être aucun lien avec la météo. J’en ai vu sept il me semble. Au 233, j’ai vu Simon, son colocataire et leurs deux voisins du dessous. Mais l’autre soir, quelque chose de plus étonnant s’est produit au 2e du 233. Cet appartement où je ne comprends toujours pas bien qui habite. Nous étions à table avec Mona et Raphaël, à 22h00. Oui, nous sommes décalés. Nous avons donc assisté à une séance photographique de nu. Je vous rappelle que cet appartement a été aménagé peu avant le confinement. Une des deux chambres possède un plaid à carreaux en guise de rideaux. Le salon ne possède aucun rideau. Nous avons débattu durant de longues minutes avec mes colocataires pour savoir si elle était vraiment torse nu. J’ai d’abord pensé qu’elle portait un t-shirt couleur peau, puis non, j’ai vu ses tétons. Elle a de très beaux seins. Raphaël confirme. Nous sommes extrêmement gênés. Cependant nous continuons de regarder. Je crois que mes colocs n’ont pas apprécié lorsque j’ai éteint toutes les lumières de l’appartement pour essayer de prendre en photo cette scène à part. Je me questionne moi-même sur les limites de ma pratique. Pour vous décrire la scène, elle pose et son copain photographie avec l’appui d’une lumière très directe amenant de belles ombres au mur. Mona pense qu’ils nous ont vus et nous regardent. Je me demande s’ils sont gênés comme nous l’étions. Je ne photographiais plus à ce moment, j’ai été furtive. C’est presque flou. Ils ont éteint la lumière. Ils l’ont rallumée. Elle a revêtu un peignoir.















Ce soir, une chose inédite est arrivée. Les voisins du 2e au 243 ont ouvert leurs rideaux. Vous vous souvenez, les rideaux au motif dépassé. J’ai comme l’impression qu’ils me font un cadeau. J’ai pour la première fois une vue sur leur intérieur. Il y a une cheminée décorative et une bibliothèque remplie de classeurs. J’entrevois une personne qui travaille à son bureau. Il est 22h15, je me demande ce qu’elle y fait. Derrière elle je distingue un globe. Cela n’a pas duré. Les rideaux sont à nouveau fermés. Le confinement et la crise sanitaire actuelle m’ont amenée à découvrir des aspects de moi-même. Je perçois et commente chaque comportement inhabituel de mes voisins et voisines. Simon et son colocataire par exemple, ont reçu à leur domicile plus d’une dizaine d’amis différents sur les différentes semaines. Ça n’est pas arrivé au tout début du confinement, la première fois, je pense qu’ils essayaient de respecter les 1m50 (inviter quelqu’un étant de toute façon interdit). Puis, après, plus vraiment. Aujourd’hui, il y avait 2 ou 3 nouvelles personnes à l’appartement. Alors je m’imagine dans une dystopie cinématographique bien écrite. Je suis cette voisine dénonciatrice, celle qui apparaît que quelques minutes à l’écran mais que l’on déteste pour tout le long du film.
















Photographies numérique avec Canon Hybrid EOS M50 — 15-45mm Photographies argentique avec Nikon f-801 — 135mn Typograhie Titre : Perpetua Titling MT Typographie corps de texte : Franklin Gothic




VU.E.S fenêtre sur rue Les voisins, les passants les sirènes, les cris les vélos, les tramways de jour ou de nuit les pouët, tut, ding-ding et pimpon vu de ma fenêtre il y a toute une vie. Et puis, il y a eu le confinement.

Anaëlle Golfier Projet de photostalking Master Communication visuelle et graphique

2020 La Cambre