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« Notre Amitié » n°107 Bulletin Anaaj Région Parisienne mars 2006 page 1/14

Table des matières Edito!

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Ite AnaAJ est!

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Je me souviens…!

5

Marius Jacob ou le destin d’un anarchiste-cambrioleur!

6

La grande rafle des AJistes !

7

La maladie DADA (Suite)!

8

La Commune, République laïque!

9

SCOP et GESTION DIRECTE!

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Sommaire Edito Gut Ite AnaAJ est Frédéric Bosso Les SCOP André Souche La grande rafle des AJistes Jean-Lou Lefèvre Marius Jacob, anarchiste cambrioleur Denise Bloch Je me souviens… Thomé Maurice Histoires d’eaux (suite et fin) G. Brenier Voyage avec deux ânes Griffette La Commune, République laïque Mickey La maladie DADA (suite) Jean Bernard Téléphone et géopolitique G. Brenier VTT + 4X4 = écolo L’In-Secte Cartes postales anciennes, authentiques, laïques, caricaturales et impertinentes

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En couverture : les gorges du Blavet, les sentiers des villages perchés, mai 2004.


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Edito Avons-nous conscience que Notre Amitié est l’âme de notre organisation ? Je dois dire que les cinq derniers numéros me plaisent particulièrement. En effet, les récits plus ou moins bucoliques, lyriques, deviennent rares et c’est tant mieux ! Souvent le même style, d’où les mêmes signa-tures et cela, camarades, c’est regrettable ; je parle pour moi, obligé naguère, dans mon activité, à rédiger des rapports critiques, conclus par une formule commer-ciale passe-partout pour ne pas choquer le patron et le client furent un véritable supplice, d’où mon silence. Peut-être devrions-nous trouver un thème pour chaque numéro (les jeunes, les vieux, un peintre, un métier, l’actualité, etc.) avec notre regard de vieil ajiste ? pour provoquer notre inspiration. Je crains pour notre avenir que notre seul lien soit le « Remue-AnaAJ » car ça, « ça marche » ! Je voudrais aussi profiter du présent pour remercier notre ami qui assure la parution – je connais le travail fourni – et je vous demande de lui apporter beaucoup d’articles.

A vos plumes,

Gut.

Les souhaits formulés ci-dessus par notre vice-président et ci-après par Frédéric Bosso sont exaucés puisque notre ami André Souche nous relate son expérience au sein d’une SCOP, Jean-Lou Lefèvre nous remémore la grande rafle des AJistes résistants tandis que Denise Bloch nous expose qui était Marius Jacob et que Mickey nous rappelle quel rôle a joué la Commune dans le combat pour la laïcité.


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Ite AnaAJ est C’est vrai qu’à l’AnaAJ il y a des gens bien, qui ont vécu parfois des situations impensables, exceptionnelles, qui ont fait d’eux des gens qui ont survécu dans la tourmente d’un siècle difficile où toutes les valeurs morales, les idoles, les théories, sont parties en déroute. Nous laissons à nos enfants un monde inhabitable. Ils ne connaîtront pas la chaleur des taudis, la fraternité des quartiers, le dédale des ruelles… les portes cochères où l’on pouvait s’embrasser, le CDH du coin où l’on pouvait acheter son Huma… Dans les randonnées, on parle beaucoup, et notre mémoire des uns et des autres est fabriquée avec tous ces petits détails qui ont fait que nous sommes bien entre nous. Pourquoi ne pas demander dans un prochain bulletin d’envoyer « un » fait, une histoire, quelque chose qui nous « situerait » le bonhomme en question dans notre pensée ? Quand je raconte à mes enfants qu’il m’est arrivé de coucher dehors, de casser la glace d’un pot à eau dans ma chambre pour me laver le bout du nez… ils ne comprennent pas ! Nous allons disparaître les uns derrière les autres, il ne restera rien ? Tout ça foutu ! Nos petits-enfants sont plus proches de nous que nos enfants : ils nous écoutent car nous les étonnons ! Un truc broché, pas cher, distribué gratuitement à la prochaine assemblée ! où je pourrais retrouver ce qu’a dit Gilles, Kara ou Mickey un jour de grand vent… Cela s’appellerait « Une tranche de vie » et cela serait le testament de l’association puisque, elle aussi, va mourir. Frédéric Bosso. NDLR. Un truc broché, distribué gratuitement ? Où est le mécène ? Vite, qu’on le fasse venir ! On le fera AnaAjiste d’honneur.


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Je me souviens… Un souvenir qui me revient dans ma mémoire. Je me souviens du jour où Fernande Monaco, dite Frisou, me confia un écrit de Cabaret Gilbert (Ajiste, il ne fait pas partie de l’AnaAJ) daté de 1946-47 (ça fait 59 ans) d’une sortie ajiste dans la forêt de Carnelle. Le soir, après avoir fait la randonnée, les copains et copines coucheront à « La Pierre Turquaise », dolmen situé en pleine forêt. Le dimanche soir, après la randonnée, à la sortie du train à la gare du Nord, une chorale s’est formée et s’est mise à chanter. De la chorale, mes camarades et moi en faisaient partie. Je me souviens que nous venions de je ne sais où, il y avait peut-être cinquante ajistes et même plus, c’est trop loin pour m’en souvenir. Nous avions fait une chaîne en se tenant par les mains, les bras croisés devant nous, tenant les mains des ajistes de gauche et de droite et nous avions chanté : « Faut-il nous quitter sans espoir, « Sans espoir de retour. « Faut-il nous quitter sans espoir, « De nous revoir un jour… Y a-t-il des camarades qui se souviennent de cette soirée ? Thomé Maurice.


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Marius Jacob ou le destin d’un anarchistecambrioleur Notre amie Jeannette a programmé récemment la comédie musicale montée à l’Opéra Comique par Jérôme Savary, Demain la belle. Il s’agit de l’histoire d’Alexandre Marius Jacob, héros de l’anarchie, qui cambriolait les riches pour redistribuer aux pauvres. Ma voisine, Madeleine Briselance, ancienne ajiste, a eu la chance de le connaître (le père et l’oncle de Madeleine étaient anarchistes) dans la région de Châteauroux, après son retour de vingtcinq ans de bagne. Alexandre Marius Jacob – Marius pour ses amis – est né à Marseille en 1879, d’une mère boulangère et d’un père ivrogne. A douze ans, il s’engage comme mousse et navigue par le monde pendant cinq ans. En escale vers la Nouvelle-Calédonie, il découvre la vie et le rôle de Louise Michel. Il a trouvé sa voie : il devient anarchiste. A son retour, il fréquente les milieux anarchistes et participe à un journal de propagande, L’Agitateur. Emprisonné six mois pour fabrication d’explosifs, il réussit dès sa sortie un premier casse au Mont-de-Piété. Il met sur pied une formidable organisation de « Travailleurs de la nuit » qui va élever le cambriolage au rang des beaux-arts. Il enchaîne les visites de châteaux ou d’appartements bourgeois, sans jamais aucune violence. Un soir, il se rend compte qu’il cambriole la maison de Pierre Loti. Il remet tout en place et laisse un mot indiquant qu’il ne vole ni les pauvres ni les citoyens utiles. Les butins sont reversés aux pauvres, aux mouvements anarchistes, aux œuvres libertaires. Pour Marius, il s’agit d’une « reprise individuelle », pacifiste, qu’il préfère à l’action violente. L’équipée s’achève à Abbeville, en 1903, suite à une trahison. En 1905, le procès défraie la chronique et déplace les foules. Jacob raille les foules, les témoins – intolérable pour le tribunal ! – Jacob est condamné à perpétuité et part au bagne en Guyane. Il y maintient en permanence un conflit avec l’administration pénitentiaire, contre l’imbécile justice, contre l’arro-gance sadique de la chiourme. Ne pas capituler, rester un homme debout, libre, pour soi et pour ses compagnons d’infortune, les prolétaires autrefois, ceux des fers maintenant. A la suite d’une forte campagne de presse française contre les bagnes, il est libéré en 1928. Entretemps, il a essayé dix-sept fois de s’évader de l’île du Salut. De retour en France, il devient marchand ambulant (comme les parents de Madeleine à cette époque) et, poursuivant son combat pour la justice, il rédigera un projet de réforme du régime pénitentiaire. En 1936, il rejoint les Brigades Internationales anti-franquistes à Barcelone. Mais, là-bas communistes et anarchistes se déchirent et il revient déçu à Reuilly, dans l’Indre. En 1954, il a soixante-quinze ans. Las de la vie et « la paix dans le cœur », il organise son suicide. « Tout jeune, dit-il dans un de ses livres, le virus de justice m’a été inoculé et cela m’a valu bien des désagréments. » Le petit village de Reuilly, très fier d’avoir accueilli un tel personnage déterminé et épris de liberté, a apposé une plaque commémorative à sa mémoire et, régulièrement, des expositions y sont organisées. Madeleine m’a prêté une documentation qu’elle conserve précieusement : articles de journaux, livres, CD. Les Travailleurs de la Nuit, comprenant douze chansons, réalisé par la Fédération Anarchiste (pas commercialisé, donc). Je recommande les ouvrages suivants : Les vies d’Alexandre Jacob, par Bernard Thomas. Marius Jacob, l’anarchiste cambrioleur, par Wiliam Caruchet. Ecrits - volumes I et II, d’Alexandre Jacob. A bas les prisons, toutes les prisons, d’Alexandre Jacob. Communiqué par Denise Bloch.


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La grande rafle des AJistes Monique vient de trouver un ouvrage à la bibliothèque de notre commune : Neuf jeunes filles qui ne voulaient pas mourir, écrit par Suzanne Maudet. J’ignorais ce récit dont je n’ai jamais lu d’écho dans notre presse ajiste. Pourtant, Suzanne et son mari, René, étaient deux copains arrêtés à leur domicile par les Allemands lors de la grande rafle des Ajistes, fin mars 1944, alors que nous venions de louer un local rue Belliard, à Paris, dans le XVIIIe. Suzanne a été déportée à Ravensbrück puis au camp de Liepzig qui dépendait de Buchenwald. Elle décrira, sans haine mais sans oubli, non pas les onze mois passés dans les camps et les atrocités vues et vécues, mais l’odyssée du 14 au 21 avril 1945 de six Françaises, deux Hollandaises et une Espagnole. Son récit fut publié seulement en mars 2004 par Arlea, 16, rue de l’Odéon à Paris, VIe, au prix de 16 €. La solidarité et leur amitié née dans les camps vont leur permettre, grâce aussi à leur résistance physique, d’envisager une évasion lorsque l’avancée des Alliés va obliger les Allemands à faire évacuer à pied les 5.000 femmes détenues dans les camps et qu’ils sont dans l’impossibilité d’éliminer sans laisser de preuves. Au cours de cette débâcle ponctuée par la brutalité des SS, les bombardements, elles trouveront tout de même la bonté et la commisération de certains Allemands. Suzanne devait décéder le 14 mai 1994. René, son mari, lorsqu’il fut déporté, fut utilisé par les Allemands pour désamorcer les bombes. Je l’ai très bien connu car il était secrétaire régional Normandie lorsque j’étais secrétaire départemental de l’Eure, puis il fut désigné au secrétariat national de la LFAJ aux côtés de Marc Sangnier lorsque Georges Louis sera investi de responsabilités inter-zones et en particulier chargé de la liaison entre les zones Nord et Sud créées par l’Armistice. J’ai donc à cette époque correspondu avec René mais, après son retour de déportation, je l’ai peu revu et il est décédé en 1995, un an après Suzanne. Nota : le neveu et le cousin de Suzanne, qui ont présenté ce livre, étaient trop jeunes pour bien connaître le mouvement ajiste et ce qu’ils disent sur la Ligue et le Centre Laïc n’a rien à voir avec la vérité historique. Néanmoins, comme Suzanne et surtout René ont été déportés pour leur activité ajiste, j’adresse ce texte à Regards sur l’Ajisme, de Rhône-Alpes et à Notre Amitié, de la région parisienne. Jean Lefèvre (Jean-Lou).


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La maladie DADA (Suite) La maladie DADA (voir Notre Amitié n° 106), si elle cause de sérieux désagréments quotidiens à ceux qui en sont atteints, ne doit pas être considérée comme une maladie inexorable. Ça se soigne très bien, croyez-moi, à partir de quelques remèdes pratiques, à savoir : l Ne jamais laver sa voiture, attendre qu’il pleuve (c’est gratuit et c’est écologique). l Prendre une corbeille à papier beaucoup plus grande (au besoin, rentrer la poubelle directement dans la maison, on gagne ainsi du temps). l  Garder les lunettes sur son nez toute la journée et toute la nuit (vous les aurez ainsi sous la main). l  Ne pas régler ses factures dans l’immédiat (attendre trois ou quatre relances, voir même le dernier papier bleu valant injonction de régler). l  Ne jamais boire de Coca-Cola (privilégier les nombreux crus français). l  Fleurissez-vous de préférence avec des fleurs en plastique (il en existe de fort belles, vous éviterez ainsi l’arrosage donc vous réalisez des économies d’eau). l  Pour ne pas égarer votre télécommande, laissez allumée la télé 24/24 ou ne l’allumez jamais (rien ne vaut un bon livre !). Si vous utilisez ces quelques mesures d’une simplicité confondante, vous verrez que vous retrouverez facilement votre calme, votre sérénité, vous ferez moins d’efforts, vous gagnerez du temps, vous serez plus détendus, vous aurez l’esprit plus libre, vous serez plus disponibles pour les activités ludiques qui vous tentent. Vous serez plus zen et votre entourage n’en reviendra pas. Une vie en rose s’offre à vous alors, n’hésitez pas ! Signé : le Docteur Machin-Chose, Psychologue confirmé, es sciences insolites.


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La Commune, République laïque Au moment où est célébré le centenaire de la loi du 12 décembre 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat, il n’est pas inutile de rappeler que la Commune de Paris avait, trente-quatre ans auparavant, décrété la séparation. En 1871, la France vivait sous le régime d’un concordat de 1801 signé entre le pape Pie VII et Bonaparte, très vite repris par Portalis qui se chargea d’en atténuer les effets. La loi Falloux, du 15 mars 1850, va rétablir l’instruction religieuse dans les écoles publiques, l’imposer avec force. Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que le premier décret de la Commune, adopté le 2 avril 1871, a eu pour objet de répondre à cette demande pressante de la population de voir appliquer les règles de la laïcité à l’école. Le décret en question remettait en cause l’emprise de l’institution religieuse. La mise en place de la commission de l’enseignement allait créer l’école laïque, gratuite et obligatoire. Les municipalités des arrondissements parisiens ont mis en œuvre les mesures pratiques : l’enseignement et l’égalité des sexes devant l’obtention des diplômes. Et nous pouvons affirmer que l’école laïque, gratuite et obligatoire et la loi de 1905 sont les filles de la Commune de Paris en 1871. Comme tout progrès démocratique, la laïcité a été et est encore l’objet de maintes attaques. Comment ne pas s’inquiéter des propos d’un ministre de la Ve République appelant de ses vœux le recours aux institutions religieuses pour apporter des réponses aux difficultés de vie dans les quartiers défavorisés ? Et comment ne pas réagir devant le fait qu’un autre ministre – de l’Education nationale ! – en appelle aux institutions privées pour combler les carences de son propre ministère ? Comment rester indifférent devant le concordat en vigueur en Alsace et Moselle ? Le combat laïc est toujours d’actualité, l’œuvre de la Commune et la méthode démocratique et citoyenne pour l’élaborer sont les sources pour les défenseurs de la laïcité. Jean Léger, dit Mickey.


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SCOP et GESTION DIRECTE !

Voici plus d'un demi-siècle que l'ajisme m'a appris la gestion directe, en conduisant la construction de l'AJ de la Hacquinière, puis en participant ensuite à sa gestion. Gestion directe, locution que j'ai toujours préférée à celle d'autogestion, devenue pourtant ensuite fort à la mode. C'est cette aventure de gestion en SCOP, et surtout les enseignements qu'elle m'a apportés, que je livre aujourd'hui à NOTRE AMITIÉ, en souhaitant intéresser quelques copains. André SOUCHE

BREF HISTORIQUE DE MON ENGAGEMENT 1960 : Le décès brutal d'un patron, entrepreneur de peinture et décoration, bouleverse la vie d'une vingtaine de travailleurs. J'étais dans la boîte depuis quatorze ans, certains compagnons avaient près de trente ans de maison. Les héritiers souhaitaient vendre l'entreprise, sans trop s'appesantir sur le sort des travailleurs. Je connaissais l'existence des SCOP (Société Coopérative Ouvrière de Production*). J'en parle aux plus convaincus, et nous partons à sept en créant notre société. J'en prends la charge principale : PDG, s'il vous plaît, mais titre légal obligatoire ! Nous louons dans le XVe un petit bureau et une pièce servant d'atelier. J'achète, avec mes sous, une 403 break, indispensable pour transporter le matériel. Un courrier est adressé aux anciens clients connus pour raconter notre aventure. Les premières commandes arrivent. Je fais à la fois le métreur, le magasinier, le comptable, la dactylo et surtout le commercial pour visiter les clients et diriger les chantiers. Nous vivons ainsi à moins d'une dizaine pendant cinq ans. 1965 : Je fréquente les réunions de la Confédération des SCOP. C'est là que l'on nous propose de fusionner avec une vieille SCOP de Versailles, créée en 1911, et qui connaît des difficultés. Ensemble, nous faisons le pas. Nous devenons entrepreneur du Palais de Versailles, ainsi que des bâtiments de la Ville de Paris dans les 6, 7 et 16èmes arrondissements. Nous avons une belle clientèle dans les beaux quartiers. Nous sommes 15, puis 20, puis 40. Nous avons secrétaire, magasinier, commis. 1978: mon ami Yves Régis, président de la Confédération, m'engage à venir diriger l'Union Sociale des SCOP qui vient de prendre son essor. C'est là que je prends ma retraite en 1986. La SCOP a continué sans moi.

* En 2013, on a modernisé l’expression ; on dit : Société coopérative et participative

CE QU'EST LA COOPÉRATIVE OUVRIÈRE « Les Coopératives Ouvrières de Production sont des entreprises fonctionnant sur un marché et soumises à la concurrence. Elles groupent des travailleurs qui sont


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propriétaires de leur outil de travail. Leur fonctionnement obéit à des principes démocratiques. Elles tendent à la satisfaction de leurs membres non seulement sur le plan économique (retour aux producteurs des plus-values de l'entreprise), mais aussi sur le plan social (institutions de prévoyance et de solidarité), éducatif (promotion ouvrière) et humain (appartenance à un groupe accepté et non imposé). Elles doivent donner à chacun le maximum de chances en vue d'un épanouissement total de sa personnalité dans et par le travail. »

Comment fonctionne ce schéma idéal ? Propriété commune de l'entreprise L'outil de travail : murs, matériel, investissements, fonds de roulement, appartient aux travailleurs. Les SCOP constituent leur capital de deux manières : a} en faisant appel à l'épargne des travailleurs sociétaires et b} en constituant, à partir des excédents d'exploitation, des réserves impartageables. a} Habituellement, ceci se fait par un apport premier en capital lors de la constitution de la SCOP et par la suite par un prélèvement sur salaire jusqu'à concurrence d'un certain montant proportionnel au salaire. Aucun sociétaire ne peut détenir plus du quart du capital de la coopérative. Les parts ne sont pas cessibles : lorsqu'un sociétaire quitte la SCOP, ses parts sociales sont remboursées à leur valeur nominale, quel qu'ait été l'enrichissement de l'entreprise. b) La propriété commune de l'entreprise, c'est aussi ce que l'entreprise gagne collectivement, autrement dit les réserves constituées grâce à la partie annuelle des bénéfices. Ces réserves Impartageables ont vocation à devenir le véritable outil commun qui atteste la solidarité entre les générations de travailleurs sous forme de moyens de production inaliénables. Le travailleur qui quitte la coopérative n'emmène rien de cet outil de travail, celui qui arrive bénéficie de l'effort des anciens La gestion collective se heurte parfois à la difficulté d'une politique ouverte de sociétariat. Devenir sociétaire est un acte volontaire. Le statut de sociétaire comporte des droits et des devoirs, d'où une difficulté d'intégration : - les irréductibles qui préfèrent le confort du statut de simple salarié, puisqu'ils ont droit cependant aux mêmes répartitions. - la main-d'œuvre immigrée, dans certaines professions. - le blocage d'une équipe, maintenant mise à mal par le contrôle confédéral, grâce à l’institution du bilan coopératif qui contrôle le respect statutaire.


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Le Conseil d'administration pose également problème par l'insuffisance de candidatures: - tendance à faire confiance. - peur d'une responsabilité accrue. - manque de formation. Les structures extra-légales peuvent améliorer de façon certaine la gestion collective: - les assemblées de contact ouvertes à tous les travailleurs. - les commissions, généralement ouvertes à tous. Dans ma Coopérative, nous avions plusieurs commissions : - une commission efficacité. Les sujets traités concernent aussi bien l'organisation du travail, l'hygiène et la sécurité, le matériel et les matériaux, la critique de l'existant et la recherche de nouvelles méthodes. - une commission rémunération. Cette commission s'est d'abord donnée pour tâche l'établissement d'une grille de qualification. Cette grille tenait compte des critères d'efficacité et des critères humains et coopératifs. L'éventail des salaires (ils étaient plutôt meilleurs qu'ailleurs) avait une hiérarchie de 1 à 2,5. (à comparer avec l'ancienne autogestion yougoslave en moyenne de 1 à 4 et même de 1 à 10 à Belgrade).

La responsabilité, maîtresse d'œuvre Les coopérateurs apportent un mécanisme qui est toujours perfectible : « Ici, on sait toujours remettre les choses en cause ! » Mais la pratique de la délégation révocable, de la délibération sur les objectifs et les résultats est lente à acquérir. Seule, elle peut engendrer la conscience d'une responsabilité collective. Pour ce genre d'entreprise, à la base de toute liberté est la responsabilité. Or la responsabilité implique des sanctions qui ne peuvent résulter que du succès ou de l'échec, c'est-à-dire de l'expérience. Liberté d'association Tout travailleur d'une SCOP est libre d'en devenir ou non sociétaire. Nul n'est tenu d'entrer, chacun est libre d'en sortir. Les SCOP sont astreintes à établir aujourd'hui un bilan coopératif qui veille au respect des principes. Notons toutefois qu'un travailleur non sociétaire, s'il ne participe pas directement à la gestion, conserve les mêmes droits quant à la répartition des résultats. (Le taux actuel de sociétariat au bout de deux ans d’ancienneté se situe au niveau national à 80%)

Gestion démocratique Les sociétaires réunis en Assemblée générale élisent parmi eux leurs dirigeants (Conseil d'administration) sur la base de


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un travailleur = une voix quelque soit le montant du capital détenu, mettant ainsi en pratique la suprématie reconnue au travail sur le capital, et quelque soit l'ancienneté ou le poste occupé. Outre ce rôle électif, l'Assemblée prend les décisions d'orientation et contrôle leur exécution. Elle peut révoquer à tout moment tout ou partie du Conseil d'administration. Elle admet ou exclut les membres sociétaires. Le Conseil d'administration conduit la stratégie à court terme de l'entreprise, élit le directeur qui est responsable devant les travailleurs qui l'ont élu. La promotion collective La gestion directe implique une formation gestionnaire qui permet souvent l'éveil intellectuel des travailleurs de la base et qui débouche sur une promotion professionnelle et une formation culturelle. Les plus-values d'exploitation doivent être distribuées à l'ensemble des travailleurs de la SCOP : sociétaires ou non sociétaires. Les écueils que j'ai rencontrés, chez nous et ailleurs La propriété collective, donc la structure financière de l'entreprise est liée: - d'une part à la possibilité d'épargne du travailleur. Une possibilité de retenue par exemple de 5% sur le salaire jusqu'à constituer un capital équivalent à trois mois de salaire n'a pas toujours été possible. - d'autre part aux résultats d'exploitation qui peuvent être aléatoires. C'est un handicap important pour l'efficacité économique de l'entreprise, et l'on achoppe ici au premier problème sérieux : la dualité entreprise/coopérative : - pas de bonne entreprise sans bonne coopérative. - pas de bonne coopérative dans une entreprise économiquement médiocre. La pratique de cette responsabilité, celle que j'ai vécue avec des compagnons toujours volontaires, mais pas toujours égaux envers eux-mêmes, me fait dire que l'on peut être de gauche et donner aux mots de concurrence, de rentabilité, d'efficacité un sens moins péjoratif que ceux que j'ai entendus récemment parmi nous. PLACE DES SCOP DANS L'ECONOMIE FRANÇAISE En France, il y a environ aujourd'hui 2000 SCOP, avec un effectif de 42000 salariés. Après deux ans d'ancienneté, 80% des travailleurs sont également sociétaires. Les secteurs d'activité se partagent entre le BTP (Bâtiment et Travaux publics) pour un tiers, les services intellectuels et divers pour 25%, le reste représentant les divers services matériels.


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La plus importante SCOP : l'ACOME, Société de câblages et fibre optique, emploie 1100 salariés. En moyenne, l'effectif par SCOP est de 22 travailleurs. Elles participent toutes, chacune dans son domaine, à la bonne marche d'une entreprise alliant le savoir-faire, la compétence, l'efficacité, avec en corollaire l'intéressement des employés soucieux de responsabilité et d'éveil social. PLACE DES AJISTES DANS LES SCOP Au cours de ma vie professionnelle j'ai pu constater que de très nombreux ajistes ont participé au mouvement coopératif. Certains ont même créé et développé une entreprise SCOP. C'est l'un des mérites du mouvement ajiste que d'avoir su impulser la formation de camarades militants qui ont pu, par leur activité sociale, faire bouger de façon originale une conception particulière de l'économie ne négligeant pas le monde du travail. Mettre sa vie en accord avec ses idées pour plus de progrès social est bien le but recherché par tous les coopérateurs SCOP. André Souche Pour plus d'informations Le site internet de la Confédération générale des SCOP : www.scop.coop

Notre Amitié n°107 mars 2006  

Journal trimestriel des anciens et amis des auberges de jeunesse de la Région parisienne. Reflète la vie de l'association, mais apporte auss...

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