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Ne paraît pas aux mois de juillet-août. 9, rue Berckmans 1060 Bruxelles

DÉPOT À BRUXELLES X

Libertes!

BELGIQUEBELGIE PP 1/2345 BXL X

AVRIL 2009 – N°453 – LE MENSUEL D’AMNESTY INTERNATIONAL

LE SOUDAN IMPOSSIBLE

25 AVRIL 2009 K_NAL ASSEMBLÉE GÉNÉRALE

IRLANDE DU NORD LE CHANT DU CYGNE DES PARAMILITAIRES


É D ITO R I A L

UNE TERREUR LÉGALISÉE E

n 2008, plus de personnes ont été exécutées en Asie que dans le reste du monde, tandis que la Chine a, à elle seule, procédé à plus d’exécutions que l’ensemble des autres pays. Par contre, en Europe, la Biélorussie (Bélarus) est désormais le dernier État à recourir à la peine de mort. Enfin, aux États-Unis, trois États exécutent à eux seuls la moitié des condamnations à mort prononcées par les 35 États (sur 50) qui pratiquent encore la peine capitale ou ne l’ont pas abolie… «La peine capitale est le châtiment le plus cruel, inhumain et dégradant qui soit. Les décapitations, les électrocutions, les pendaisons, les injections létales, les pelotons d’exécution et les lapidations n’ont pas leur place au XXIe siècle», a déclaré Irene Khan, secrétaire générale d’Amnesty International, en présentant le rapport Peine de mort – Condamnations à mort et exécutions recensées en 2008 (Index AI : ACT 50/003/2009). Entre janvier et décembre 2008, dans 52 États, ce ne sont pas moins de 2 390 personnes qui ont été exécutées dans 25 pays et au moins 8 864, condamnées à mort. Le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord se placent au deuxième rang s’agissant du nombre d’exécutions (508). En Iran, 346 personnes (dont 8 mineurs délinquants)

ont été mises à mort par lapidation et par pendaison. En Arabie saoudite, où les condamnés à mort sont généralement décapités en public puis, parfois, crucifiés, au moins 102 personnes ont été exécutées. Le rapport évoque l’application trop souvent discriminatoire de la peine de mort. Un nombre disproportionné de condamnations a été prononcé contre les plus démunis, les minorités ou les membres de minorités ethniques et religieuses dans des pays comme l’Arabie saoudite, les États-Unis, l’Iran et le Soudan. De nombreux condamnés à mort se morfondent derrière les barreaux dans des conditions psychologiques épouvantables. Au Japon, par exemple, les condamnés ne sont avertis de leur pendaison que le matin même et leurs familles n’en sont informées qu’une fois leur proche exécuté. «Loin d’être une simple disposition, la peine capitale est un processus légalisé de terreur physique et psychologique qui aboutit à la mise à mort de prisonniers par l’État. Il faut y mettre un terme», a poursuivi Irene Khan. Le monde dans son ensemble avance vers l’abolition de la peine de mort : seuls 25 des 59 États qui maintiennent ce châtiment auraient en fait procédé à des exécutions en 2008. «La bonne nouvelle, c’est que seul un petit nombre de pays procède à des exécutions, signe que nous progressons vers un monde sans peine de mort, a conclu Irene Khan. La mauvaise, c’est que des centaines de personnes continuent d’être condamnées à mort et de souffrir dans nombre de pays qui n’ont pas encore officiellement aboli la peine capitale.» e En savoir plus sur notre campagne permanente contre la peine de mort : www.amnestyinternational.be/doc/rubrique315.html

Libertés ! • Rue Berckmans, 9 – 1060 Bruxelles • Tél : 02 538 81 77 Fax : 02 537 37 29 • libertes@aibf.be • www.libertes.be • Éditrice responsable : Christine Bika • Rédacteur en chef: Pascal Fenaux • Comité de rédaction: Bruno Brioni, Thandiwe Cattier, Véronique Druant, Samuel Grumiau, Anne Lowyck, Brian May, Suzanne Welles • Ont collaboré à ce numéro : Gilles Bechet, Baudouin Massart, Louis Mbazoa (st.) • Iconographie : Brian May • Maquette: RIF • Mise en page: Gherthrude Schiffon • Impression (sur papier recyclé non blanchi) : Remy Roto • Couverture: Après plusieurs heures de marche de nuit, un homme arrive à une conférence de paix entre les Dinkas et les Nouers, deux grandes tribus du Sud-Soudan. © PANOS / Tom Pilston

CHANGEMENT D’ADRESSE – ATTESTATION FISCALE – MODIFICATION, ANNULATION OU NOUVELLE COTISATION DE MEMBRE/DONATEUR(TRICE) Madame Michèle Ligot : mligot@aibf.be je change d’adresse (inscrire uniquement la nouvelle adresse) Nom: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Prénom: . . . . . . . . . . N° de membre: . . . . . . . Adresse: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . N° . . . . . bte . . . . . . . . . . Code postal: . . . . . Localité: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Tél (obligatoire): . . . . . . . . . . . . . . . E-mail: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Oui, j'adhère aux objectifs d'Amnesty et souhaite devenir membre Je répartis le montant de : ma cotisation de mon abonnement sur toute l’année en complétant ce coupon et en le renvoyant à Amnesty International, 9 rue Berckmans à 1060 Bruxelles. Tout montant qui dépassera 14,87 e (prix de la cotisation ou de l'abonnement), sera considéré comme un «don», et par là-même jouira de la déductibilité fiscale pour autant que ce supplément soit de 30 e ou plus. Je verse tous les mois, au départ de mon compte n° . . . . . . . . . . – . . . . . . . . . . . . . . la somme de : 6e 10 e 20 e . . . . . . . . e (ou tout autre montant de mon choix) au profit du compte 001-2000070-06 de Amnesty International à partir du . . . . . . . . . . et jusqu’à nouvel ordre. Je conserve le droit d’annuler ou de modifier cet ordre à tout moment. ou je verse en une fois le mandat de . . . . . . . . . . . . . . au compte 001-2000070-06 Nom: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Prénom: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Date de naissance: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Adresse: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . N° . . . . . . . . bte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Code postal: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Localité: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Tél (obligatoire): . . . . . . . . . . . . . . . . E-mail: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Profession: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Date: . . . . . . . . Signature:

SOMMAIRE ACTUEL

■ Irlande du Nord : Le chant du cygne ? ■ Paroles : France : La troublante impunité

des policiers français ■ Insolites-Brèves

DOSSIER LE SOUDAN IMPOSSIBLE ■ Le Darfour, au cœur des contradictions soudanaises ■ La justice contre la paix ? ■ Les femmes et les enfants d’abord ■ Opposants muselés, défenseurs harcelés

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MOUVEMENT

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ISAVELIVES.BE

13

■ Foire du Livre 2009 : «Réapprendre à vivre…» ■ 25 avril 2009 : Assemblée générale d’AIBF

■ Lettres du mois : Mexique, Turquie et

Guinée-Équatoriale ■ Bonnes nouvelles

CULTURE/AGENDA

Ne rien inscrire dans cette case s.v.p. (réservé à l'organisme bancaire)

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■ Des milliards en sous-sol ■ Héros de Mexico ■ Sauvé par Joyce

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ACTU EL CORÉE DU SUD SYNDICALISTES HARCELÉS Le 24 mars, Amnesty International a demandé au gouvernement sud-coréen de libérer immédiatement le journaliste de télévision Roh Jong-myeon, arrêté pour «ingérence dans les affaires» avec trois de ses collègues à la veille d’une grève déclenchée par des conflits sur les salaires et des licenciements abusifs. Ces quatre journalistes avaient protesté contre la nomination d’un ancien assistant du président sud-coréen à la tête de YTN, influente chaîne d’information continue. e

SRI LANKA UN HUMANITAIRE TUÉ Le 5 mars 2009, un employé de la Croix-Rouge a été tué dans la zone de guerre du nord du Sri Lanka, où l’armée affronte un dernier carré de rebelles tamouls, a annoncé l’organisation internationale. Malgré cet incident malheureux, le CICR a cependant assuré qu’elle restera dans la zone du conflit et poursuivra sa mission humanitaire. e

CHINE DISPARITION FORCÉE Feng Zhenghu, défenseur reconnu des droits humains, a été arrêté le 15 février par des membres des forces de sécurité à Pékin alors qu’il accompagnait la victime d’une expulsion forcée chez un avocat. Durant ses 40 jours de détention, aucune information sur son sort n’a filtré et aucune charge contre lui n’a été rendue publique. Il risque d’être torturé ou de subir des mauvais traitements. Cet enlèvement de Feng Zhenghu intervient après l’arrestation de l’avocat et défenseur des droits humains Gao Zhisheng, dont on est sans nouvelles depuis le 4 février. e

HUMANITAIRE AIDE ACCRUE Le 5 mars 2009, la Commission européenne a présenté un paquet d’aide humanitaire de 247 millions d’euros, qui sera dépensé en 2009 en faveur des populations vulnérables. Douze pays africains vont ainsi bénéficier de cette enveloppe. Le Soudan en sera le premier avec 110 millions, devant la République démocratique du Congo (45 millions). e

ALGÉRIE PRÉSIDENTIELLE ET IMPUNITÉ À l’occasion de l’élection présidentielle du 9 avril 2009, Amnesty International a publié un nouveau rapport intitulé A Legacy of Impunity: A Threat to Algeria’s Future. L’ONG a appelé le futur vainqueur à faire face aux séquelles des atrocités commises lors du conflit interne des années 90, de prendre en compte les milliers de victimes trahies par les autorités et d’en finir avec l’impunité dont jouissent les membres des services de sécurité et les groupes armés. e

ONU DEMANDES D’ASILE EN HAUSSE Le 24 mars 2009, le Haut commissariat de l’ONU a indiqué que le nombre de demandeurs d’asile a augmenté en 2008. Ainsi, pour la deuxième fois consécutive, ce sont les pays industrialisés qui ont reçu plus de 380 000 nouvelles demandes en raison notamment des conflits en Afghanistan et en Somalie. e

De jeunes cagoulés bloquent l’accès au domicile de Colin Duffy, ancien responsable de l’IRA, lequel a finalement été arrêté ce 27 mars pour son implication dans l’assassinat de deux soldats britanniques le 7 mars. Lurgan, 14 mars 2009. © AFP / Peter Muhly

IRLANDE DU NORD

LE CHANT DU CYGNE ? Il aura fallu deux attentats et trois morts pour que les médias se penchent à nouveau sur l’Irlande du Nord. Pourtant, la réconciliation est bien en marche. S’il faudra encore quelques générations pour cicatriser les plaies, un retour à la période sombre des «troubles» semble peu probable. Les deux communautés majoritaires du pays ont goûté aux plaisirs de la paix entamée voici dix ans et au retour de la prospérité. Les milliers de manifestants qui se sont rassemblés à Belfast et ailleurs le 11 mars dernier pour protester contre ces trois crimes ont été clairs sur ce point.

P

ourquoi la RIRA (Real Irish Republican Army ou IRA Véritable) a-t-elle tué deux militaires britanniques le 8 mars 2009 ? Pourquoi la CIRA (Continuity Irish Republican Army ou IRA Continuité) a-telle abattu un policier deux jours plus tard ? En fait, ces attentats s’inscrivent dans la logique jusqu’au-boutiste des groupes dissidents républicains que sont la RIRA et la CIRA. Pour eux, la guerre n’est pas finie. Du moins, c’est ce qu’ils affirment. Car, aujourd’hui, ils ne bénéficient plus du soutien de la population catholique. Celle-ci ne sent plus opprimée par la communauté protestante. Et pour cause : l’accord de paix de 1998, politiquement sur les rails depuis 2006, a restauré le parlement nordirlandais et permis la mise sur pied d’un gouvernement bi-communautaire où siège le Sinn Fein, l’émanation politique de l’IRA, la fameuse Armée républicaine irlandaise. Le combat se poursuit désormais dans l’arène politique. Mais l’accord ne se limite pas à cela, il met fin à la discrimination à l’embauche sur base de l’origine ethnico-religieuse de la personne et prévoit la parité catholique-protestante au sein des forces de police. Et il y a mieux. Aujourd’hui, l’Irlande du Nord – avec ses 1,7 million d’habitants - est devenue l’une des régions les plus prospères du Royaume-Uni. Au cours du dernier trimestre 2008, son taux de chômage était de 5,1 %, soit un taux bien inférieur à la moyenne du Royaume-Uni (6,3 %) ou de la République d’Irlande (7,9 %). Même si ce chiffre est actuellement en train de repartir à la hausse, crise oblige, l’économie nord-

irlandaise devrait encaisser assez bien le coup. Depuis les premiers cessez-le-feu de 1994, le secteur de la construction a su profiter du boom immobilier. Les maisons et appartements poussent comme des champignons, des entreprises de pointe se sont installées dans la région et l’industrie touristique est florissante. Dans les villes, l’horeca et les salles de spectacles se développent rapidement et les gens s’amusent. Cette régénération économique et sociale est concomitante du processus de paix. Mieux, elle l’entretient. Toutefois, la prospérité ne touche pas tout le monde. C’est sans doute pour cela que certains s’estiment floués et ont décidé de reprendre les armes. Toutefois, leurs motivations ne sont pas forcément idéologiques. Le profit personnel domine le plus souvent.

QUELLE RECONVERSION POUR LES PARAMILITAIRES ? S’il existe peu d’informations sur la reconversion professionnelle des paramilitaires, on peut toutefois émettre certaines hypothèses : ils restent des paramilitaires, ils se tournent vers le crime organisé, ils retournent à la vie civile, ils travaillent dans des associations locales, des associations d’anciens prisonniers ou avec des groupes politiques. Pour Neil Jarman, directeur de l’Institute for Conflict Research à Belfast, il est tout simplement difficile d’accéder à ce type d’informations, car «il n’y a pas de processus formel de démobilisation, de démilitarisation et de réintégration et donc pas de moyens de connaître qui est un ancien paramilitaire et combien ils sont. La grande majorité des

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ACTU EL anciens paramilitaires devrait logiquement provenir de la classe ouvrière, toutefois certains ont pu aussi se former et s’installer dans diverses formes d’activités professionnelles.» Les associations d’anciens prisonniers offrent des formations aux anciens détenus, mais on ne sait pas toujours ce qu’il en est en termes de débouchés. Ils constituent toutefois une catégorie à part parmi les anciens paramilitaires, tous n’ayant pas fait de prison. Quant à ceux qui sont retournés à la vie civile, on dispose de peu d’informations à leur sujet, sauf pour les personnalités en vue. Par conséquent, la maigreur des dispositifs de réinsertion ad hoc pour les paramilitaires explique sans doute pourquoi une minorité d’entre eux a préféré poursuivre le combat ou basculer dans le crime organisé.

DES ATTENTATS PRÉVISIBLES En 2007, la police nord-irlandaise avait déjà mis en garde contre l’imminence d’attentats. Les rapports réguliers de l’Independent Monitoring Commission, la commission chargée de surveiller le démantèlement des organisations paramilitaires, ont

démontré que différents groupes, dont la CIRA et la RIRA, constituaient de sérieuses menaces. On doit à l’une comme à l’autre plusieurs attaques (tirs, voitures piégées, attentats à la roquette) contre la police au cours de ces dernières années. Le plus souvent, la bannière républicaine sert à couvrir d’autres activités criminelles : trafic de drogues, vols, «tiger» kidnapping ou extorsions de fonds. Enfin, on l’oublie parfois, mais le démantèlement de l’IRA explique aussi l’actuelle montée en puissance des dissidents républicains. Lorsqu’en 2005, l’IRA a accepté de démanteler définitivement son arsenal, elle a aussi renoncé à son rôle de «police». Pendant les «troubles», l’IRA se chargeait de réprimer les comportements «antisociaux» (petite délinquance, trafic de drogues, etc.) et autres activités criminelles dans les quartiers républicains. L’arrivée au pouvoir du Sinn Fein a changé la donne. L’IRA «hors service», la CIRA et la RIRA ont les coudées plus franches. C’est à la police nordirlandaise réformée de réoccuper le terrain laissé libre par l’IRA. Et ce retour de l’État de droit ne se fait pas sans heurts. e Baudouin Massart

L’INSOLITE FAIRE LA BÊTE Le diable sème la pagaille en Roumanie. Le Malin s’est invité dans les nouveaux passeports biométriques, qui portent le nombre 666, symbole de la Bête dans l’Apocalypse selon Saint-Jean et ont semé la panique chez les ultra-orthodoxes. Ils accusent l’État d’obliger les Roumains à porter en tous lieux la marque de Satan, qu’ils aillent skier en Autriche, travailler en Italie ou étudier aux États-Unis. L’émotion est à son comble : les manifestations anti-666 se multiplient devant le Sénat et le siège de l’Église, et le débat a gagné l’arène politique. Les sénateurs n’excluent pas de retirer le nombre fatidique. «Nous ne pouvons pas ne pas croire aux chiffres», a décrété le ministre des Finances, Varujan Vosganian. L’Église a tenté de calmer les esprits, en affirmant que le 666 figurant sur la puce électronique n’avait «aucune signification théologique» et que ses dignitaires se feraient faire des passeports biométriques, pour l’exemple. Le patriarcat a toutefois souligné que chacun était libre d’accepter ou non ces nouveaux documents. e (D’après Courrier international)

FRANCE

LA TROUBLANTE IMPUNITÉ DES POLICIERS FRANÇAIS Dans un rapport intitulé France: Des policiers au-dessus des lois? (EUR 21/003/2009), Amnesty expose de nombreux témoignages concordants de nombreux abus policiers restés impunis. En voici quelques extraits.

A

lbertine Sow a été témoin, le 17 août 2006, d’un affrontement violent entre trois policiers en civil et trois habitants du quartier, dont son cousin, rue Clovis-Hugues, à Paris. Enceinte de six mois, elle a demandé à la police ce qui se passait. Comme elle insistait, un policier lui a donné un coup de poing. Son frère, Yenga Fele, a accouru et a demandé au policier s’il se rendait compte qu’il venait de frapper une femme enceinte. Un autre agent a alors fait usage de gaz lacrymogène contre lui et Albertine Sow. Tous deux ont été frappés à coups de matraque. La jeune femme, dont la grossesse était pourtant évidente, a reçu un coup de matraque près du bas-ventre. Évanouie, elle a été emmenée à l’hôpital où elle est restée sous surveillance policière pendant 48 heures et a été accusée de «violences en réunion» contre les policiers. Elle s’est vu reconnaître une ITT de trois jours et, après cet épisode, elle a commencé à ressentir des contractions (1). Le 19 août, une enquête a été ouverte contre Yenga Fele et Albertine Sow, cette dernière portant quant à elle plainte contre les policiers pour mauvais traitements. Malgré les témoignages et les certificats médicaux, sa plainte a été classée sans suite le 27 novembre 2006. Et, le 27 janvier 2009, Albertine Sow a été reconnue coupable d’avoir agressé les policiers et s’est vu infliger une peine d’un mois d’emprisonnement avec sursis. Son frère a été condamné à six mois de prison ferme. Tous deux ont été condamnés à verser à chacun des policiers une somme de 1 500 euros en réparation du préjudice subi. Ils ont interjeté appel. Abou Bakari Tandia, un Malien en situation irrégulière, a été emmené au commissariat pour un contrôle d’identité le soir du 5 décembre 2004. Tombé dans le coma dans sa cellule, il a été admis aux urgences et il y est mort le 24 janvier 2005. Sa famille n’a été informée de son arrestation et de son hospitalisation que le 9 décembre. Accompagnés d’un représentant du consulat malien, ses proches se sont alors rendus à l’hôpital, mais ils ont dû attendre encore trois

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Abou Bakari Tandia, photographié pendant son coma à l’hôpital Louis Mourrier de Colombes. Paris, décembre 2004. © Private

jours avant de pouvoir le voir. Quand ils y ont enfin été autorisés, son corps était gonflé et sa poitrine présentait une grande blessure ronde, dont il n’est fait état dans aucun rapport médical. Ils ont aussi constaté l’absence de plaies visibles sur le crâne, alors que la police affirmait qu’il était tombé dans le coma après s’être volontairement frappé la tête contre le mur de sa cellule. Ni le rapport d’autopsie, ni les rapports médicaux des deux hôpitaux où il a séjourné ne font état de blessures à la tête. En avril 2005, la famille d’Abou Bakari Tandia a porté plainte pour «actes de torture et de barbarie ayant entraîné la mort». Deux ans plus tard, en novembre 2007, la famille a pris un nouvel avocat. Celui-ci a formulé un certain nombre de demandes d’actes auprès du juge d’instruction et du parquet, ce qui a permis de découvrir de nouveaux indices cruciaux. Des médecins légistes sont en train d’examiner des documents médicaux qui avaient été égarés afin d’essayer de déterminer les causes de la mort d’Abou Bakari Tandia. Leurs conclusions sont attendues en mai 2009. Plus de quatre ans après, on ignore toujours la cause de la mort d’Abou Bakari Tandia. e AI (1) Elle a finalement accouché d’une fille à terme.


DOSSIER

LE SOUDAN IMPOSSIBLE En 2003, un accord de paix était en voie de conclusion entre la rébellion sudiste du Soudan et le régime islamo-nationaliste arabe au pouvoir à Khartoum, accord qui allait mettre un terme à plusieurs décennies de violences. C’est alors que le Darfour, une immense région du nord-ouest du pays, s’est embrasé. Aussitôt, les opinions publiques étrangères se sont perdues en conjectures et se sont épanchées en analyses aussi définitives les unes que les autres. Pour certains, on assistait ni plus ni moins à l’extermination d’un peuple «noir» par un régime génocidaire au service de la majorité «arabe» du pays. Pour d’autres, ce qui se passait au Darfour ne servait qu’à fournir un prétexte aux États occidentaux (entendez: alliés d’Israël) pour agiter la menace du droit d’ingérence humanitaire et faire main basse sur les ressources pétrolières soudanaises. Pendant que ces observateurs opposaient leurs prêts-à-porter idéologiques sur la place publique, ils s’empêchaient de comprendre que le conflit du Darfour plonge ses racines dans les contradictions d’un «Soudan impossible», ainsi que dans la stratégie d’un régime militaire tenté de survivre en encourageant les communautés à s’entretuer. Entre-temps, plusieurs centaines de milliers de civils ont perdu la vie dans des massacres qui relèvent du crime contre l’humanité ou sont morts à petit feu dans la misère des camps de personnes déplacées. Décryptage.

Un milicien de la SLA (branche armée du SLM, Mouvement de Libération du Soudan) dans un immeuble abandonné de Gereida, une localité du Sud-Darfour encerclée par les miliciens janjawids «afro-arabes». © PANOS / Sven Torfinn

LE DARFOUR, AU CŒUR DES CONTRADICTIONS SOUDANAISES L’histoire du Soudan ne se résume pas à la question du Darfour, même si la situation créée dans cette région en livre somme toute un résumé assez fidèle.

H

istoriquement, le nom «Soudan» vient de l’arabe Bilâd el-Sûdân («Le Pays des Noirs»). Il désigne, au sud du Sahara, les confins «noirs» du monde arabomusulman, qui s’étendent du Mali à la Mer Rouge. Géographiquement et politiquement, le Soudan dont il est ici question est un État créé de toutes pièces au XIXe siècle par la puissance coloniale britannique durant la période où elle occupait l’Égypte. Si cette dernière avait été amputée des territoires qui constituent aujourd’hui la partie septentrionale et «arabe» du Soudan, elle allait toutefois y partager le contrôle avec la Grande-Bretagne. Par ailleurs, le Soudan anglo-égyptien allait être augmenté de

territoires méridionaux peuplés de populations africaines majoritairement non arabophones et non musulmanes. Lorsqu’elle est parvenue à l’indépendance en 1956, la république du Soudan a très rapidement sombré dans la violence politique. Tiraillé entre le Nord «afro-arabe», «arabe» et «islamique», d’une part, et le Sud «africain» et «animiste» d’autre part, le pays a vécu une succession de coups d’État, tandis que, dans les régions du Sud, se sont développées des organisations politiques revendiquant, soit l’autonomie et la démocratie, soit l’indépendance. Longtemps d’ailleurs, la vie politique du Soudan a été rythmée par le conflit entre le Nord et le Sud, un conflit qui a été

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DOSSIER aggravé par les ressources hydrauliques inouïes du Sud et plus encore par la découverte d’immenses gisements pétrolifères dans cette même région. Le conflit a finalement débouché sur la signature, en 2005, d’un accord de paix entre le gouvernement de Khartoum et les rebelles de la SPLA (Armée populaire de Libération du Soudan), un accord qui octroie une très large autonomie au Sud-Soudan et des garanties quant à une meilleure redistribution des fruits de l’exploitation des richesses de cette région par le régime militaire «afro-arabe». Cet accord, s’il n’a pas encore été rompu, n’a pas mis un terme définitif aux tensions et à la violence politique dans le Sud. Cependant, et de façon a priori paradoxale, la conclusion de l’«Accord de Paix global» (nord-sud) de 2005 est sans doute à l’origine de l’aggravation de la situation politique dans le reste du Soudan. C’est que, à l’instar du Sud «africain» et «non musulman», de nombreuses régions majoritairement musulmanes et «afro-arabes» sont elles aussi les parents pauvres d’un modèle de développement tout entier orienté vers la satisfaction des élites politiques et militaires de Khartoum, une satisfaction d’autant plus cruciale que ces élites sont elles-mêmes déchirées entre elles. Dans l’est du pays, des mouvements rebelles, fédérés au sein du Front de l’Est, réclament la transformation du Soudan en une véritable fédération, sa démocratisation et une meilleure redistribution des richesses. Longtemps soutenu par l’Érythrée voisine, le Front de l’Est s’est montré d’autant plus redoutable pour le régime de Khartoum que, base sociale et géographique aidant, son activisme menaçait directement les infrastructures portuaires et

k Des miliciens de la SPLA embarquent à bord d’un avion de l’ONU pour opérer une mission conjointe de maintien de la paix avec l’armée officielle soudanaise. Juba, 17 juin 2008. © AFP / HO / MINUS / Tim McKulka

de raffinage pétrolier de la Mer Rouge, à commencer par celles de PortSoudan. Par conséquent, après avoir dans un premier temps envoyé dans les États fédérés de la Mer Rouge, de Kassala et de Qadarif davantage de forces armées que dans le Darfour, le régime de Khartoum a préféré, dans un second temps, profiter de sa position de force pour négocier un accord à certains égards assez semblable à l’accord nord-sud.

«ARABES» CONTRE «NOIRS» ? Au Darfour, la situation est à la fois semblable et pire, du point de vue des autorités s’entend. Dans cette région musulmane qui fut, plusieurs siècles durant, un sultanat indépendant avant d’être annexée de force par l’Égypte puis intégrée au Soudan anglo-égyptien, les tribus «afro-arabes» et «africaines» (toutes musulmanes) ont longtemps cohabité. Mais, au début des années 1980, la sécheresse qui s’abat sur l’ensemble des pays du Sahel va toucher également le Darfour, une région traditionnellement délaissée par Khartoum. La famine, le sous-développement et les trafics d’armes liés au conflit entre la Libye et le Tchad voisins vont servir de catalyseur à des rébellions essentiellement «africaines», le Mouvement de Libération du Soudan (SLM) de l’avocat Abdelwahid el-Nour (aujourd’hui réfugié en France) et le Mouvement pour l’Égalité et la Justice (JEM) de Khalil Ibrahim. Alors que Khartoum et la SPLA sont en train de négocier le futur accord nordsud de 2005, la rébellion attaque la capitale du Darfour, el-Fasher. L’armée soudanaise engage alors une répression féroce, avec l’aide des «Janjawids», des milices afro-arabes qui s’en prennent sans distinction aux «Africains» fours, zaghawas et massalits, tant rebelles que civils, faisant désormais prendre au conflit la tournure d’un véritable nettoyage ethnique. La riposte militaire (officielle et officieuse) de Khartoum est d’autant plus impitoyable que cette insurrection-ci menace directement le Nord, c’est-à-dire le cœur du système soudanais, sans compter que, dans le sud du Darfour, le sous-sol regorge de ressources pétrolières. Lorsqu’au printemps 2004, les Nations unies s’emparent de la question, un tiers des habitants du Darfour sont déjà déplacés. Le Conseil de Sécurité a d’autant plus de mal à adopter une position commune et ferme que la Chine (qui achète les deux tiers de son pétrole au Soudan) fait obstruction et que les ÉtatsUnis s’accrochent à une position double et contradictoire : d’un côté, invoquer le «génocide» qui serait perpétré par Khartoum, et, d’un autre côté, faire l’impasse sur la situation catastrophique des droits humains au Soudan et considérer ce pays comme un partenaire sans doute pas idéal mais incontournable dans la «guerre contre le terrorisme». L’été 2004, l’ONU vote une résolution qui charge l’Union africaine (UA) de déployer des troupes au Darfour. Mais les moyens de la MUAS (Mission de l’Union africaine au Soudan) restent dérisoires face au déferlement de violence qui s’abat sur cet immense territoire. Début 2005, une commission d’enquête mandatée par l’ONU dissuade cette dernière de parler de «génocide», tout en qualifiant les violences commises au Darfour de «crimes contre l’humanité». Désormais habilitée à instruire ces crimes, la Cour pénale internationale (CPI) a émis, le 2 mai 2007, deux mandats d’arrêt à l’encontre d’Ahmed Haroun, ministre d’État aux Affaires humanitaires, et Ali Kushayb, chef de la milice afro-arabe janjawid. Et (voir page 7), le 2 mars 2009, la CPI émettait également un mandat contre le président Omar el-Béchir. Entre-temps, un accord de paix a été péniblement négocié au Nigeria en mai 2006 entre le régime soudanais et une dissidence du SLM. Mais, loin de s’apaiser, le conflit du Darfour a redoublé d’intensité, la rébellion se morcelant en plusieurs groupes antagoniques. C’est le cas du SLM qui a implosé sous le poids des tensions entre «politiques» et militaires, ainsi que sur fond de conflits entre Fours et Zaghawas. En février dernier, le JEM aurait accepté l’ouverture de négociations avec Khartoum, mais plus aucune information n’a filtré à ce sujet. En juillet 2007, le Conseil de Sécurité de l’ONU adoptait la résolution 1769 prévoyant l’envoi au Darfour d’une force de maintien de la paix composée de 26 000 personnes et ce, afin de prendre le relais de la MUAS. Depuis le 1er janvier 2008, la MINUAD est donc déployée au Darfour. Victime de l’obstruction du régime soudanais et de la pusillanimité des États membres de l’ONU, cette force ne s’est pas vu livrer les hélicoptères promis, tandis qu’elle ne dispose que de 9 000 hommes. Imaginer dès lors qu’elle a une chance de ne serait-ce que rétablir la paix, relève du vœu pieux (1). Ce que prouvent, hélas, la poursuite des razzias opérées par les milices afro-arabes janjawids contre les camps de réfugiés et, par ailleurs, ce phénomène nouveau que sont ces attaques menées dans la région de… Khartoum, apparemment par des fractions incontrôlées du JEM et du SLM. e Pascal Fenaux (1) Voir le rapport publié par Amnesty le 17 février 2009, Darfour – Des promesses en l’air. La communauté internationale ne tient pas ses engagements (Index AI : AFR 54/001/2009).

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DOSSIER

j Le président el-Béchir brandit une épée devant ses partisans réunis dans la capitale du Nord-Darfour, lors d’une manifestation contre la CPI. El-Fasher, 8 mars 2009. © AFP / Khaled Desouki

LA JUSTICE CONTRE LA PAIX ? En émettant un mandat d’arrêt à l’encontre du chef d’État soudanais, la Cour pénale internationale (CPI) a-t-elle, comme le craignent certains observateurs, pris des risques envers les populations concernées ? Le débat est ouvert.

L

a CPI a émis le 4 mars dernier son premier mandat d’arrêt pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité à l’encontre d’un chef d’État en exercice, le président soudanais Omar el-Béchir. Il faut s’en féliciter. Il s’agit là d’une avancée incontestable en matière de droits humains, ainsi que d’un signal majeur envoyé aux chefs d’États s’estimant au-dessus des lois internationales. Fort bien, donc. Mais quelles en sont les conséquences pratiques pour les populations ? Mais aussi, quelle traduction concrète recevra cette inculpation, sachant que la CPI ne dispose d’aucun moyen pour arrêter l’inculpé, celle-ci étant obligée de s’en remettre à la coopération des dirigeants voisins ? Quoique sa faculté de voyager sereinement à l’étranger soit désormais réduite, el-Béchir ne se laisse pas impressionner (1). Fort de l’appui de l’Union africaine (UA) et de la Ligue des États arabes (LEA), il se pose en victime d’un tribunal dépeint comme «occidental», «sioniste» et «néocolonialiste». Omar elBéchir pourrait cependant se sentir de plus en plus esseulé. Et il n’est pas à l’abri d’une révolution de palais. Pour un nombre croissant de dignitaires du pouvoir et de l’armée ayant pu bénéficier de l’enrichissement récent du pays, la politique conflictuelle menée par el-Béchir ne peut mener le Soudan qu’à l’isolement. Ses alliés, malgré leur réprobation à l’encontre du mandat d’arrêt décerné par la CPI, ont tout intérêt à ce que la région reste stable, vu l’ampleur des investissements réalisés au Soudan. Le fait est que cette décision de la CPI a apporté une lueur d’espoir au Darfour. L’ONU estime que depuis 2003, le conflit a fait 2,7 millions de personnes déplacées et 300 000 morts. Les formations rebelles sont disposées à coopérer avec la CPI et à mettre tous les moyens en œuvre pour capturer elBéchir. Si cette inculpation représente une victoire dans la lutte contre l’impunité, elle comporte aussi un volet plus sombre. L’expulsion des plus importantes ONG actives au Darfour fut l’une des premières réactions du président soudanais. Il faut savoir que le Programme alimentaire mondial de l’ONU (PAM) fournit de l’aide à 4,7 millions de personnes au Soudan dont 2,7 millions pour le seul Darfour. Le départ de ces ONG risque d’avoir un impact sur l’acheminement de l’aide humanitaire au Darfour, même si le ministre des Affaires humanitaires affirme qu’il est en mesure de combler ce vide. Par

ailleurs, quelque 16 500 humanitaires travaillent au Darfour, dont 95 % de Soudanais embauchés localement. Il y a de quoi s’inquiéter du sort des populations civiles, et ce d’autant plus que les forces de maintien de la paix pourraient, elles aussi, devoir lever le camp. D’autres, comme l’Union africaine, craignant une déstabilisation de la région et arguant la mise en péril du processus de paix, sont allés jusqu’à réclamer la suspension du mandat d’arrêt. L’article 16 du Traité de Rome instituant la CPI prévoit cette possibilité pour une durée d’un an. Mais, pour trancher en ce sens, il faudrait que la situation au Darfour se soit significativement améliorée, c’est-à-dire que des accords de paix durables accompagnés de mesures juridiques et techniques soient conclus et que les Nations unies et les ONG puissent poursuivre leur mission. Il faudrait également que le gouvernement soudanais mette en place des tribunaux indépendants s’attaquant à l’impunité des différents commanditaires et parties des conflits. Or, ces conditions sont loin d’être réunies. Le mandat d’arrêt à l’encontre d’Omar el-Béchir pose donc un défi de taille à la communauté internationale : comment lutter contre l’impunité tout en ne sacrifiant ni la population ni la paix dans la région ? La lutte judiciaire contre l’impunité a du mal à se départir de considérations de realpolitik. Par ailleurs, les enjeux de paix et de sécurité prennent souvent le dessus au détriment du devoir de justice. Or, si la CPI fait siennes de telles considérations, elle risque de perdre son intégrité en optant pour le compromis et l’oubli au détriment du droit et du devoir de justice. Dans l’état actuel des choses, suspendre le mandat d’arrêt serait une vraie injure aux victimes car cela reviendrait à oublier la gravité des crimes commis : meurtres, exterminations, tortures, transferts forcés, viols, attaques contre des civils et pillages au Darfour. Dans une tribune remarquée, Choose justice, Africa, le Prix Nobel sud-africain Desmond Tutu soutient que la justice doit servir les victimes et qu’il n’y aura ni véritable paix ni sécurité tant que justice n’aura pas été rendue au Soudan. La récente et surprenante libération de l’opposant soudanais Hassan alTourabi, emprisonné début janvier pour avoir soutenu la CPI, serait-elle de bonne augure ? «Si douloureuse et incommode que soit la justice, nous ne pouvons que constater que son alternative, l’impunité, est pire» (2). e Véronique Druant (1) Rappelons que le gouvernement soudanais, depuis deux ans, n’a jamais coopéré pour livrer ni l’actuel ministre des Affaires humanitaires, Ahmed Haroun, ni le chef de la milice progouvernementale «janjawid», Ali Kushayb. (2) International Herald Tribune, 3 mars 2009. Republié en français sous le titre «Honte aux présidents africains !» dans Courrier International, n°958, 12 mars 2009.

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DOSSIER

i Dans le camp de personnes déplacées d’al-Salaam, au Darfour, un enfant brandit un pistolet chinois en plastique. El-Fasher, 13 novembre 2007. © AFP / MUAS / Stuart Price

LES FEMMES ET LES ENFANTS D’ABORD De façon hélas peu surprenante, les premières victimes du conflit du Darfour sont les femmes, qui vivent dans la terreur d’être à leur tour victimes de violences sexuelles, et les enfants, qui vivent dans la terreur d’une tragédie toujours recommencée.

«

Il n’y a pas assez de bois aux alentours du camp. Mais les Arabes jammala dominent la région et nous n’osons pas nous éloigner. Les hommes sont battus et les femmes sont violées.» Depuis qu’Amnesty a recueilli ces propos en 2007 auprès d’un homme vivant dans un camp de personnes déplacées du Darfour, la situation n’a que peu évolué. Pendant le conflit au Darfour, au moins 2,7 millions de personnes ont été déplacées, tandis que le nombre de morts et de disparus avoisine les 400 000 âmes. La plupart de celles qui ont été chassées de chez elles vivent à présent dans plus de 65 camps dispersés dans le Darfour. En 2003 et 2004, des centaines de milliers de personnes ont été chassées de chez elles par des attaques marquées non seulement par des homicides mais aussi par un nombre sans précédent de viols. Les milices janjawids ont utilisé le viol comme arme afin d’humilier et de punir les communautés qu’elles attaquaient. Les femmes étaient souvent violées en public et certaines étaient enlevées et séquestrées pendant des mois dans des camps de miliciens où elles étaient assujetties à l’esclavage sexuel. Les femmes sont plus nombreuses que les hommes dans les camps de déplacés et elles risquent systématiquement d’être violées lorsqu’elles en sortent. Un grand nombre de camps sont entourés d’une bande de désert où quasiment rien ne pousse. Les femmes 8 Libertés ! Avril 2009

sont violées lorsqu’elles quittent le camp pour aller chercher du bois ou pour aller au marché. Les viols sont commis par les milices janjawids, par les soldats des forces gouvernementales, par les groupes d’opposition armée et parfois même par d’autres personnes déplacées. Une jeune fille déplacée au cours du conflit a signalé qu’elle avait été violée par un groupe de soldats de l’armée soudanaise alors qu’elle était allée ramasser du bois pour le feu. Son frère l’a accompagnée au poste de police local pour qu’elle dénonce cette agression mais le policier qui les a reçus a refusé d’enregistrer la plainte. Comme il protestait, le frère de la victime a été arrêté. «J’ai toujours en tête les images de ce jour-là. Je ne peux pas dire que je suis complètement guérie. Le choc est terrible. Je ne fais pas confiance à la police et je ne pourrai jamais le faire», a déclaré la jeune fille à Amnesty International. La plupart des femmes qui sont violées au Darfour ne portent pas plainte. En effet, il est tellement improbable que les violeurs soient déférés à la justice qu’elles ne prennent pas le risque de ruiner leur réputation et leurs chances de se marier. Quant aux enfants originaires du Darfour, leur situation est tout aussi épouvantable. Le déploiement de la MINUAD (voir ci avant) à partir du 1er janvier 2008 n’a pratiquement rien changé à leur tragédie, d’autant que cette opération internationale avait été précédée, en décembre 2007, d’une reprise et d’une intensification des attaques commises par les forces gouvernementales et les milices armées. Bien évidemment, ces attaques tuent ou déplacent chaque fois davantage d’hommes, de femmes et d’enfants, tandis que le gouvernement soudanais et les groupes armés continuent d’entraver le déploiement effectif de la MINUAD.

Un accord sur le statut des forces (SOFA), qui réglemente le fonctionnement de la MINUAD, a bien été signé le 9 février 2008 par le gouvernement soudanais et la MINUAD, mais cette mission mixte de l’UA et de l’ONU ne dispose pas du matériel militaire adéquat et des ressources humaines nécessaires pour parvenir à protéger efficacement les civils. Toute une génération de Darfouris grandit dans un climat de peur et d’insécurité extrêmes. Sur les quatre millions de personnes touchées par le conflit au Darfour, on considère que près de deux millions sont des enfants de moins de 18 ans. De même, sur les 2,7 millions de personnes déplacées, on chiffre à plus d’un million le nombre d’enfants. En février 2008, les forces soudanaises et les milices soutenues par le gouvernement ont attaqué des villages dans le Darfour occidental. Suite à ces attaques préparées de longue date, 800 enfants âgés de 12 à 18 ans ont disparu. En ce mois d’avril, les enfants du Darfour qui «fêteront» leur sixième anniversaire n’auront jamais connu la paix. Cela fait maintenant six ans que la communauté internationale ne parvient pas à répondre à l’ampleur de cette crise. Un grand nombre des enfants qui vivent dans les camps sont traumatisés par ce qu’ils ont vu. Quant à ceux qui vivent à l’extérieur des camps, ils craignent que leur village ne soit la cible d’attaques. Des écoles ont aussi été incendiées. Les enfants à l’intérieur et à l’extérieur des camps font face à un avenir incertain et sont parfois recrutés, de gré ou de force, comme soldats. Si le climat de peur, la recrudescence des violences familiales et sexuelles et l’incertitude compromettent aujourd’hui leur sécurité, l’absence d’accès à l’éducation met leur avenir en danger. Et, à coup sûr, toute perspective de paix. e AI


DOSSIER

OPPOSANTS MUSELÉS, DÉFENSEURS HARCELÉS Contesté à l’extérieur et à l’intérieur de ses frontières, le régime soudanais veille tout naturellement à ce que ses opposants soient muselés et les défenseurs des droits humains harcelés. Les mandats d’arrêt délivrés par la CPI contre trois responsables de haut rang, dont le chef de l’État, n’ont rien arrangé.

L

es rumeurs de mandat d’arrêt de la CPI contre le président Omar elBéchir avaient été précédées par la délivrance de deux mandats contre le ministre Ahmed Haroun et le milicien Ali Kushayb. Et, le 10 mai 2008, le JEM (Mouvement pour l’Égalité et la Justice) de Khalil Ibrahim, un groupe d’opposition armé basé au Darfour, parvenait à frapper au cœur de la capitale soudanaise et ce, pour la première fois depuis le déclenchement du conflit armé en 2003. Dans les semaines qui avaient suivi cette attaque, des centaines de personnes, pour la plupart originaires du Darfour, avaient été arrêtées par la police et les forces de sécurité soudanaises, ces dernières procédant par ailleurs à de nombreuses exécutions extrajudiciaires. Certes, début juillet 2008, le chef de l’État soudanais avait annoncé la libération de 87 enfants soldats présumés, accusés d’avoir participé à l’attaque. Mais, fin juillet, des tribunaux d’exception condamnaient néanmoins à la peine capitale 30 personnes reconnues coupables d’être liées directement ou indirectement à l’attaque du 10 mai. Les avocats des condamnés affirment que ces derniers avaient la plupart du temps été torturés afin de leur arracher des aveux. Les juridictions chargées des affaires antiterroristes avaient été mises en place le 29 mai pour juger les personnes accusées d’être impliquées dans cette attaque. Les intéressés avaient été inculpés et condamnés sur la base d’articles du Code pénal de 1991, de la Loi antiterroriste de 2001 et de l’Ordonnance de 1993 sur les armes et munitions. Le 17 août 2008, huit membres présumés du JEM étaient condamnés par les tribunaux antiterroristes d’exception à la mort par pendaison. L’un des huit condamnés était un haut responsable du JEM. Douze autres membres présumés du groupe allaient se voir infliger la même peine trois jours plus tard, cette dernière condamnation portant à 50 le nombre de Soudanais condamnés à mort pour leur participation présumée à l’attaque du 10 mai. Le gouvernement soudanais détient encore plusieurs centaines de personnes sans inculpation et sans possibilité de consulter un avocat. Outre les opposants, les défenseurs des droits humains sont eux aussi pris pour cibles par les autorités soudanaises. Ainsi, le 24 novembre 2008, Osman Hummaida, ancien directeur de l’Organisation soudanaise contre la Torture (SOAT) et citoyen britannique, était arrêté par le Service de la Sécurité nationale et du Renseignement à Khartoum et mis au secret pendant plusieurs heures pour subir des interrogatoires. Le même jour, deux autres défenseurs, Abdel Monim Elgak et Amir Suleiman, connaissaient le même sort. Tous trois allaient ensuite être libérés. Mais les autorités ont semble-t-il décidé de poursuivre leur harcèlement. Ainsi, le 5 mars 2009, soit le lendemain de l’inculpation du président el-Béchir par la CPI, la SUDO (Sudan Social Development Organization), l’une des rares ONG soudanaises, était fermée par les forces de police. Et, le même jour, Mudawi Ibrahim Adam, président de la SUDO, était averti de son arrestation imminente et se voyait conseiller de partir sur le champ. Mudawi Ibrahim Adam est l’un des plus fameux défenseurs des droits humains au Soudan et il a reçu le Prix Front Line en 2005. Voici deux ans, de passage à Bruxelles, ce défenseur, qui a plus d’une fois failli être condamné à la peine capitale, s’était exprimé sur le Darfour. «Au départ, ce conflit n’était ni un conflit ethnique, ni une guerre de religions. Évidemment, il existe au Darfour des mouvements autonomistes et armés, mais il ne s’agissait en aucun cas d’un affrontement entre “Africains” et “Arabes” ou entre “musulmans” et “non-musulmans”. Il suffit de se pencher sur les acteurs en présence pour rapidement se rendre compte que les clivages sont plus complexes et que les causes des troubles qui ont éclaté dans cette région ne sont pas très différentes de ce qui se passait jadis dans les provinces du Sud ou

Mudawi Ibrahim Adam dans les locaux d’Amnesty. Bruxelles, janvier 2007. © Bruno Brioni

des tensions qui prévalent aujourd’hui encore dans le Kordofan [centre du pays]. Le problème du Darfour, c’est celui de la quasi-totalité du Soudan: une révolte contre une capitale arbitrairement installée à Khartoum dans le nord “arabe”. «Il s’agit d’une révolte contre un pouvoir d’essence militaire, nationaliste et qui tente de maintenir son contrôle arbitraire sur la rente pétrolière et sur l’économie en encourageant les ethnies à se battre les unes contre les autres. Au Darfour, les milices et les bandes armées qui ont mis la région à feu et à sang ne suivaient pas au départ des lignes de clivages ethniques ou religieuses. Elles ont plutôt été instrumentalisées par les militaires de Khartoum qui y ont vu une façon de garantir leur pouvoir en réveillant les tensions entre communautés nomades et sédentaires. Ce régime ne peut vouloir la paix. Mais de cela, l’ONU ne semble pas se rendre compte. On se trompe si on croit pouvoir stabiliser le Soudan en traitant les conflits qui le déchirent au cas par cas. La preuve, le conflit entre le “nord” et le “sud” à peine réglé par l’“Accord de Paix global” de janvier 2005, les tensions du Darfour ont basculé dans l’horreur.» e P.F.

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MOUVEMENT FOIRE DU LIVRE 2009

«RÉAPPRENDRE À VIVRE…» Lors de la dernière édition de la Foire du Livre de Bruxelles, Soukaïna Oufkir présentait son ouvrage La vie devant moi – Une enfance dans les prisons de Hassan II. À cette occasion, le Cercle Peter Benenson accueillait une lecture d’extraits de l’ouvrage par le comédien belge d’origine marocaine, Sam Touzani. Une lecture pleine de retenue et d’émotion suivie d’un échange entre le public et l’écrivaine.

«

Préambule. J’écris ces pages parce que je suis à mi-parcours avant même d’avoir commencé à vivre. J’écris ce livre parce que j’ai bien vécu, déjà bien trop. J’écris ce livre pour mourir seule, fière, debout, digne - je l’espère - tranquille, heureuse… Ce livre, je ne l’écris pas pour qu’on m’envie, pas pour qu’on me plaigne, pas pour qu’on se reconnaisse dans mon parcours. Je ne l’écris pas pour qu’on m’admire, en tout cas pas pour qu’on admire ma résistance à avoir supporté l’épreuve, les épreuves... J’écris ce livre pour elle. Pour elle seule. L’enfant que j’ai été…» Durant près d’une demiheure, Sam Touzani lira des extraits du livre de Soukaïna Oufkir dans un silence uniquement perturbé par le brouhaha de la foule de la Foire du Livre. Petit rappel historique. Le général Mohamed Oufkir fut, dans les années 60, ministre de l’Intérieur et confident du roi Hassan II. En 1972, le général tente un coup d’État qui échoue. Arrêté, il sera exécuté. La version officielle parlera d’un suicide… Sa femme et ses six enfants seront placés dans une prison secrète dans le désert du Sahara où débutera un véritable calvaire. Sombrant dans l’oubli, l’une des plus grandes familles marocaines va, du jour au lendemain, endurer l’humiliation,

Sam Touzani et Soukaïna Oufkir. Bruxelles, 8 mars 2009. © Bruno Brioni l’isolement et la privation, et, pendant près de vingt ans, jusqu’au jour où Malika, la sœur aînée, parviendra à s’évader avec une de ses sœurs et ses deux frères. La famille sera finalement assignée à résidence à Marrakech avant d’enfin pouvoir quitter le Maroc. Après sa sœur aînée Malika Oufkir, c’est au tour de Soukaïna Oufkir, la dernière fille du général de sortir un témoignage, La vie devant moi, dans lequel elle évoque les souvenirs douloureux de la vie d’une petite fille en prison. En 1996, elle a 33 ans et découvre la liberté et le monde. «J’avais 9 ans quand nous avons été emprisonnés. Lorsque je suis sortie, j’avais tout à apprendre. J’avais oublié ce que c’était de manger, de dormir, d’aimer... J’avais oublié ce que vivre voulait dire. Je redécouvre tous les jours… Par exemple, à 9 ans, je savais nager. Après ma libération, j’étais à deux doigts de couler lorsque j’ai remis les pieds dans l’eau. J’avais des difficultés à poser les gestes de la vie de tous les jours. Le temps des humains et la notion de temps m’étaient difficiles à comprendre. Ce monde est une vraie jungle !», précise-t-elle.

Un peu plus loin elle ajoute : «J’ai accumulé la capacité d’aimer… Au début, je disais constamment que j’étais innocente. J’avais toujours besoin de me justifier. Je disais que j’étais innocente alors que je n’étais pas coupable !» À la question de savoir si un jour elle pourra pardonner, Soukaïna Oufkir répond : «Si on vient me demander pardon, évidemment, j’aurai le courage de pardonner, comme la personne en face de moi aura eu le courage de me demander pardon. Faire la démarche moimême… J’y travaille, mais je n’y suis pas encore arrivée. Il paraît que le pardon c’est le repos avec soi-même. J’ai l’impression que si je pardonnais toute seule, ça serait une manière de dire que l’on peut encore faire subir ce genre de choses. Si mon ancien bourreau venait me dire : “pardonnez-moi, j’étais dans l’erreur”, alors oui je pardonnerais. Mais à ce jour, personne n’est venu !» e Bruno Brioni Amnesty International tient à remercier la librairie Tropismes et les éditions De Boeck pour leur collaboration lors de la Foire du Livre de Bruxelles de mars dernier.

LIÈGE JOURNÉE COLOMBIE

À

l’initiative d’Amnesty Liège, nous avons le plaisir de vous inviter le jeudi 23 avril à Liège, au Lycée de Waha, boulevard de la Sauvenière à 17H30, pour l’inauguration d’une exposition sur la communauté de paix de San José de Apartado en Colombie : intervention des élèves, exposition de travaux réalisés en classe sur le thème des droits de l’homme, verres de l’amitié.

INVITATION À TOUTES ET À TOUS !

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Des garçons afro-colombiens des communautés de Jiguamiandó et Curvaradó, août 2007. © SURIMAGES.IPA / Jorge Mata

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Le même jour, à 20h00, à l’ Espace Sauveniere, boulevard de la Sauvenière : projection du film Jusqu’à la dernière pierre de Juan Lozano, avec la participation du réalisateur. Inauguration d’une exposition sur la Colombie et d’un monument à la

mémoire des martyrs colombiens réalisé par des élèves de la région liégeoise. Le film sera suivi d’une mini-conférence débat avec le réalisateur Juan Lozano, Luis Guillermo Perez, secrétaire général de la FIDH, Christine Bika, présidente d’ Amnesty International Belgique francophone et Claudio Guthmann, coordinateur Colombie à AIBF. À travers ces animations, Amnesty Liège compte sensibiliser l’opinion publique locale sur la situation d’impunité qui règne en Colombie et d’inviter chacun et chacune à agir avec le mouvement afin que la communauté internationale fasse pression sur ce pays et obtienne une amélioration de la situation des droits humains dans cette partie du monde. e Pour tout renseignement : 04 223 05 15.


MOUVEMENT

FORMATION «USA ET DROITS HUMAINS» LES ÉTATS-UNIS RESPECTENT-ILS LES DROITS HUMAINS ? Suite aux attentats du 11 septembre 2001 et au déclenchement de la «guerre contre le terrorisme», les droits humains et les libertés fondamentales n’ont pas été respectés aux États-Unis. Les droits fondamentaux peuvent-ils être mis entre parenthèses au nom de la sécurité nationale ? Peut-on parfois justifier l’usage de la torture ou de mauvais traitements ? Les transferts de prisonniers par la CIA peuvent-ils être justifiés ? Le nouveau président, Barack Obama, a ordonné la fermeture du camp de Guantánamo, l’interdiction de la torture, etc… Quatre mois après son investiture, nous ferons un premier bilan de son action. Alors que la peine de mort régresse dans le monde, pourquoi y a-t-on encore recours aux États-Unis ? Certaines catégories de personnes sont-elles victimes de discriminations dans ce pays en raison de leur orientation sexuelle, de leur appartenance à des groupes ethniques ? Quelles actions Amnesty entreprend-elle pour aider à faire respecter les droits fondamentaux aux États-Unis ? En participant à ce nouveau module le 16 mai de 10h00 à 15h00 à Bruxelles, vous pourrez obtenir des réponses à ces questions. Pour vous y inscrire et obtenir plus d’informations sur son contenu, rendez-vous sur notre site Internet : http://www.amnestyinternational.be/doc/article 13738.html Voici la liste complète des autres formations à venir: 21 avril de 19h00 à 22h00 Découvrir et s’orienter au sein d’Amnesty 9 mai de 10h00 à 15h00 La responsabilité sociale des entreprises 14 mai de 19h00 à 22h00 Découvrir et s’orienter au sein d’Amnesty 16 mai de 10h00 à 15h00 USA et droits humains 23 mai de 09h30 à 16h30 Mission et fonctionnement d’Amnesty 23 mai de 09h00 à 14h00 La lutte contre l’impunité 6 juin de 10h00 à 16h30 Homosexualités et droits humains (Namur) 13 juin de 09h30 à 13h00 Le rôle d’Amnesty dans la protection des réfugiés Inscriptions et détails sur le contenu des modules : http://www.amnesty.be/formations e Renseignements : formations@aibf.be 02 538 81 77 (de préférence les mardi, jeudi et vendredi).

BRUXELLES (FOREST) LA DICTÉE D’AMNESTY Venez tester votre orthographe et gagnez un des nombreux prix. Le samedi 16 mai 2009 à 10h30 à l’Institut Ste Ursule, avenue des Armures 39, 1190 Forest (Altitude 100) En prévente : 4 e pour les 15-20 ans et 7 e pour les + de 20 ans, par virement au compte 001-2204386-40 avant le 13 mai. Sur place : 5 et 8 e. Réduction pour groupe sur demande Informations : 02 687 27 84 ou AmnestyG8@gmail.com

Petite restauration possible sur place. e

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MOUVEMENT

Ce sont aussi 80 groupes locaux qui, sur le terrain, font un travail d’action et de sensibilisation aux droits humains. Pour vous y joindre, contactez votre régionale. SECRÉTARIAT NATIONAL AIBF Rue Berckmans 9, 1060 Bruxelles 02 538 81 77 Fax : 02 537 37 29 www.amnesty.be SECRÉTARIAT INTERNATIONAL Easton Street 1, London WC1X ODW United Kingdom 00 44 207 413 5500 AMNESTY INTERNATIONAL VLAANDEREN Kerkstraat 156, 2060 Antwerpen 6 03 271 16 16 RESPONSABLES RÉGIONAUX D’AMNESTY BRABANT WALLON Jean-Philippe CHENU chemin de la Terre Franche 13 1470 Genappe 010 61 37 73 – jpchenu@aibf.be BRUXELLES Le poste de coordinateur est vacant ! Pour des renseignements sur le profil requis avant d’envoyer un CV, écrire à Antoine CAUDRON – Amnesty International, rue Berckmans 9, 1060 Bruxelles ou envoyer un e-mail à acaudron@aibf.be HAINAUT ORIENTAL Nicole GROLET av. Elisabeth 6, 6001 Marcinelle 071 43 78 40 – ngrolet@aibf.be LIÈGE Jean-Pierre ANDRÉ 04 387 51 07 – jpablegny@yahoo.fr Christine BIKA Responsable de la gestion de la permanence – C/O Bureau régional d’AI – rue Souverain Pont 11 – 4000 Liège – du lundi au vendredi de 13h30 à 17h30 04 223 05 15 bureaudeliege@aibf.be LUXEMBOURG Daniel LIBIOULLE Avenue de la Toison d’Or 26 6900 Marche en Famenne 084 31 51 31 dlibioulle@aibf.be NAMUR Romilly VAN GULCK Rue Vivier Anon 8, 5140 Sombreffe 071 88 66 69 rvangulck@aibf.be WALLONIE PICARDE Marie NOËL Rue Cheny 1, 7536 Vaulx 069 77 66 13 – 0499 13 57 25 mnoel@aibf.be

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IS AV ELIV ES . B E B O N N ES N O UV EL L ES Dans tous les pays du monde, des gens sont libérés grâce au travail des membres d’Amnesty. Des témoignages émouvants nous parviennent des prisonniers libérés ou de leur famille. Ils montrent qu’une action de masse peut avoir des résultats pour un meilleur respect des droits humains.

ÉTATS-UNIS ABOLITION AU NOUVEAU-MEXIQUE Le 18 mars dernier, le gouverneur du Nouveau-Mexique (États-Unis) a promulgué une loi abolissant la peine de mort dans son État. Le Nouveau-Mexique devient ainsi le 15e État à ne plus appliquer la peine capitale dans le pays. Le gouverneur Richardson a déclaré qu’il en était venu à la conclusion que la nature irréversible de la peine capitale en faisait un châtiment indéfendable dans le cadre d’un système de justice imparfait. «La réalité du système n’est pas parfaite – loin s’en faut. C’est un système comportant des failles […] Dans une société plaçant la vie et la liberté individuelles au-dessus de toute autre valeur, au sein de laquelle la justice, et non pas la vengeance, est l’unique principe guidant le système pénal, la possibilité d’une condamnation injuste et, que dieu nous en préserve, de l’exécution d’un innocent est inacceptable d’un point de vue humain.» e

GAMBIE OPPOSANT LIBÉRÉ Appréhendé le 8 mars 2009 et inculpé de sédition et d’espionnage, Halifa Sallah, un opposant de premier plan en Gambie, a été relâché sans condition le 19 mars. Il avait été arrêté en raison d’articles qu’il avait écrits pour Foroyaa – le principal journal d’opposition – dans lesquels il affirmait que des marabouts, accompagnés de militaires, de policiers et d’agents des services de renseignements, dont les membres de la garde personnelle du président gambien Yahya Jammeh, accusaient plusieurs personnalités publiques d’être des sorciers. e

RDC FONCTIONNAIRE LIBÉRÉ Bernardin Mbandi, fonctionnaire à la retraite, a été libéré le 14 mars 2009 après avoir été détenu par l’Agence nationale de Renseignements (ANR). Cet homme, qui occupait un poste influent pendant le mandat du président Mobutu (1965-1997), avait été arrêté le 22 janvier à son domicile de Kinshasa. Ses proches ont remercié les membres d’Amnesty International pour tous les appels envoyés en sa faveur. e

IRAN FÉMINISTE KURDE RELÂCHÉE L’étudiante kurde Hana Abdi, membre de la Campagne pour l’Égalité, a été libérée de prison le jeudi 26 février après environ 16 mois de détention. Elle avait été inculpée d’«inimitié à l’égard de Dieu» et de «rassemblement et collusion dans l’intention de porter atteinte à la sécurité nationale». Amnesty International avait fait campagne pour obtenir la libération de Hana Abdi, qu’elle considérait comme une prisonnière d’opinion, estimant qu’elle était détenue uniquement pour avoir exercé, sans violence, ses droits à la liberté d’expression et d’association dans le cadre de son travail en faveur des droits des femmes et de la minorité kurde en Iran. e

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MEXIQUE

LIBÉREZ RAÚL HERNÁNDEZ L

e 17 avril 2008, Raúl Hernández, militant en faveur des droits des indigènes, a été arrêté et accusé à tort du meurtre d’Alejandro Feliciano García le 1er janvier 2008. Quatre autres défenseurs des droits des indigènes, Manuel Cruz, Orlando Manzanarez, Natalio Ortega et Romualdo Santiago, avaient également été inculpés à tort de ce meurtre. Ils avaient été accusés d’en être les instigateurs parce qu’ils avaient participé à une réunion de l’Organisation du peuple indigène me’phaa (OPIM) le lendemain des faits. Les poursuites contre eux ont été abandonnées le 19 mars 2009, faute de preuves. Ils ont passé onze mois en détention. Raúl Hernández, quant à lui, fait toujours l’objet de poursuites. Celles-ci s’appuient sur les déclarations si semblables de deux témoins qu’on peut penser qu’elles ont été préparées à l’avance. D’autres éléments de preuve, comme les décla© AI rations de témoins affirmant qu’il ne se trouvait pas sur les lieux du meurtre lorsque celui-ci a été Raúl Hernández comme un prisonnier d’opicommis, n’ont pas été prises en compte. L’OPIM, fondée en 2002, a porté des cas de stéri- nion et estime que les poursuites engagées lisation forcée et de viol d’indigènes me’phaa contre lui visent à sanctionner sa communauté (tlapanèques) devant la Cour interaméricaine et à le punir en raison de son action, pourtant des droits de l’homme, qui s’est prononcée en légitime, de défense des droits de cette leur faveur. Amnesty International considère dernière. e Lire aussi sur isavelives.be : http://www.isavelives.be/fr/node/3335

MODÈLE DE LETTRE Monsieur le Ministre, Le 17 avril 2008, Raúl Hernández, militant en faveur des droits des indigènes, a été arrêté et accusé à tort du meurtre d’Alejandro Feliciano García le 1er janvier 2008. Les poursuites dont il fait l’objet s’appuient sur les déclarations si semblables de deux témoins qu’on peut penser qu’elles ont été préparées à l’avance. Les témoignages le disculpant n’ont pas été pris en compte. En tant que membre/sympathisant(e) d’Amnesty International, qui considère Raúl Hernández comme un prisonnier d’opinion et estime que les poursuites engagées contre lui visent à sanctionner sa communauté, je vous demande, Monsieur le Ministre, de veiller à ce qu’une enquête exhaustive et impartiale soit menée sur le meurtre d’Alejandro Feliciano García. En espérant que les militants de l’OPIM ne soient plus la cible de menaces, je vous prie, Monsieur le Ministre, d’agréer l’expression de ma considération distinguée. Signature : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Nom : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Adresse : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

LETTRE À ADRESSER À : Minister of Interior, Fernando Gómez Mont, Secretaría de Gobernación Bucareli 99, 1er. piso, Col. Cuauhtémoc, Del. México D.F., C.P.06600, Mexique Fax : (+52 55) 5093 3414

COPIE À ENVOYER À : Ambassade des États-Unis du Mexique Avenue Franklin. D. Roosevelt, 94, 1050 – Bruxelles (Ixelles) E-mail : embamex@embamex.eu – Fax : 02 646 87 68

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IS AV ELIV ES . B E TURQUIE

MODÈLE DE LETTRE

MORT EN GARDE À VUE © Private

L

e 28 septembre 2008, Engin Çeber, multiples reprises par les gardiens de la âgé de 29 ans, a été arrêté en compaprison au cours de la semaine qui a suivi. Le gnie de trois autres membres de 7 octobre, Engin Çeber a été transporté à l’Association pour les Droits et les Libertés, l’hôpital, où il est mort trois jours plus une organisation non gouvernementale, tard. D’après le rapport d’autopsie, son lors d’une conférence de presse organisée en décès a été provoqué par des lésions traumasolidarité avec Ferhat Gerçek (voir Libertés! tiques à la tête causées par des instruments n°448 de novembre 2008). Douze jours plus contondants. Le 14 octobre, le ministre turc tard, il est mort. Les quatre manifestants, de la Justice a reconnu que la mort d’Engin dont Engin Çeber, ont dans un premier Çeber pouvait résulter d’actes de torture et temps été emmenés au poste de police d’Isa présenté des excuses à sa famille. Dans un tinye. D’après leurs avocats, une fois sur rapport, la Commission parlementaire des place, des policiers leur ont donné des Droits humains a conclu qu’il avait été coups de pieds et des gifles, et leur ont soumis à la torture à la prison de Metris. piétiné la tête. Le 29 septembre, trois des Soixante fonctionnaires sont actuellement détenus, parmi lesquels Engin Çeber, ont jugés pour leur implication dans la mort été transférés à la prison de Metris à d’Engin Çeber, tandis que 13 policiers, Istanbul où ils auraient été roués de coups 4 gendarmes et 10 membres de l’administrapour avoir refusé de se déshabiller. Selon tion pénitentiaire doivent répondre leurs déclarations, ils ont été battus à de d’accusations de torture. e Lire aussi sur isavelives.be : http://www.isavelives.be/fr/node/3336

Monsieur le Ministre, Le 28 septembre 2008, Engin Çeber, âgé de 29 ans, a été arrêté en compagnie de trois autres membres de l’Association pour les Droits et les Libertés, lors d’une conférence de presse organisée en solidarité avec Ferhat Gerçek. Douze jours plus tard, il est mort. Le 14 octobre, le ministre de la Justice a présenté des excuses à sa famille et, dans un rapport, la Commission parlementaire des Droits humains a conclu qu’il avait été soumis à la torture à la prison de Metris. En tant que membre/sympathisant(e) d’Amnesty International, je demande que les responsables présumés de la mort d’Engin Çeber soient jugés dans le cadre d’un procès équitable. En espérant que ma requête ne restera pas sans suite, je vous prie, Monsieur le Ministre, d’agréer l’expression de ma considération distinguée. Signature : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Nom : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Adresse : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

LETTRE À ADRESSER À : Minister of Justice Mr Mehmet Ali Sahin Adalet Bakanlı ı 06659 Ankara Turquie Fax : +90 3124193370

COPIE À ENVOYER À : Ambassade de Turquie Rue Montoyer, 4 1000 Bruxelles Fax : 02 514 07 48 – E-mail : info@turkey.be

COMMENT AGIR EFFICACEMENT ?

TARIFS POSTAUX

Les cas exposés concernent des victimes de violations des droits humains dont s’occupe Amnesty International. Chaque appel compte. Un texte (à écrire ou à photocopier) vous est proposé pour chaque cas. Dans l’intérêt des victimes, écrivez en termes mesurés et courtois aux adresses indiquées. Ces lignes sont lues partout dans le monde par les quelque 1800000 membres d'Amnesty International. Elles sont reproduites dans de nombreux pays par des dizaines de journaux et constituent la clé de voûte de l'action du mouvement.

Lettres (jusqu’à 50 grammes) Belgique: 0,59e; Europe: 0,90e; reste du monde: 1,05e. La surtaxe aérienne est incluse (étiquette requise).

GUINÉE-ÉQUATORIALE

PRISONNIERS D’OPINION DÉTENUS AU SECRET C

tion illicite d’armes et de munitions. Cinq inq anciens membres du Parti du d’entre eux ont été condamnés à une peine Progrès de Guinée-Équatoriale sont de six ans d’emprisonnement. Une peine maintenus au secret à Malabo dans d’un an de prison a été prononcée contre des conditions pouvant être assimilées à Bonifacio Nguema, qui a été remis en un traitement cruel. Gerardo Angüe liberté en mars 2009. Mangue, Bonifacio Nguema Ndong, Aucun élément de preuve n’est venu corroCruz Obiang Ebele, Juan Ecomo Ndong, borer les charges retenues contre eux et Emiliano Esono Michá et Gumersindo aucune arme n’a été retrouvée, ni sur eux Ramírez Faustino ont été arrêtés arbitraini à leur domicile. Le rapporteur spécial rement en mars et avril 2008. Cinq de ces des Nations unies sur la torture leur a six hommes ont été transférés du commisrendu visite en novembre 2008 et a fait sariat central de Malabo à la prison de Black part de sa préoccupation au sujet de leur Beach avant le début du mois de juin. détention au secret. Amnesty International Gerardo Angüe est détenu à Black Beach craint que la plupart de ces hommes depuis son arrestation. Ils ont dû signer n’aient été torturés alors qu’ils étaient des déclarations sous la contrainte, puis détenus dans l’attente de leur procès. Ils ont été inculpés. Quelques jours avant leur auraient, entre autres, reçu des décharges procès, ils ont pu s’entretenir avec des électriques, été roués de coups et suspendus avocats. Entre les 17 et 19 juin 2008, ils ont au plafond. e été jugés et déclarés coupables de détenLire aussi sur isavelives.be : http://www.isavelives.be/fr/node/3337

14 Libertés ! Avril 2009

MODÈLE DE LETTRE Excellence, Arrêtés arbitrairement en mars et avril 2008, Gerardo Angüe Mangue, Bonifacio Nguema Ndong, Cruz Obiang Ebele, Juan Ecomo Ndong, Emiliano Esono Michá et Gumersindo Ramírez Faustino, cinq anciens membres du Parti du Progrès de Guinée-Équatoriale sont maintenus au secret à Malabo dans des conditions pouvant être assimilées à un traitement cruel. En tant que membre/sympathisant(e) d’Amnesty International, je vous demande, Excellence, de vous engager à faire libérer ces cinq hommes, immédiatement et sans condition, de veiller à ce que, d’ici à leur libération, ils soient traités avec humanité, que les allégations de torture fassent l’objet d’une enquête et que les auteurs présumés soient déférés à la justice. Je vous prie, Excellence, d’agréer l’expression de ma considération distinguée. Signature : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Nom : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Adresse : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

LETTRE À ADRESSER À : General Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, Presidente de la República, Gabinete del Presidente de la República, Malabo, Guinée-Équatoriale Fax : +240 09 3313/3334

COPIE À ENVOYER À : Ambassade de la République de Guinée-Équatoriale Place Guy d’Arezzo, 6, 1180 Bruxelles (Uccle) E-mail : guineaaecutorial.brux@skynet.be – Fax : 02 672 55 98


C U LT U R E AGENDA

DES MILLIARDS EN SOUS-SOL

THÉÂTRE FAT PIG

A

Les êtres humains sont-ils si superficiels qu’ils jugent une personne seulement sur son apparence ? Dans cette comédie romantique, Neil LaBute sonde de manière cinglante notre société obsédée par les corps jeunes, séduisants et parfaitement proportionnés. Tom, jeune cadre séduisant, rencontre Helen, une femme qui pourrait s’avérer être son âme soeur. Helen est pétillante, intelligente, sexy, mais très forte. Alors qu’il se voit à contrecœur tomber amoureux d’elle, ses collègues de travail, Carter et Jeannie, sont atterrés par son choix et brutalement cruels dans leur jugement envers sa nouvelle amie. Tom suivra-t-il son coeur et des sentiments qu’il n’a jamais ressentis auparavant, ou succombera-t-il à sa faiblesse? L’amour a-t-il besoin de l’approbation de la société pour être entier ? Alors qu’il l’aime profondément, il est gêné d’être vu en public avec elle et n’ose pas la présenter à ses amis. Né en 1963 à Detroit, Neil LaBute est aujourd’hui auteur dramatique, scénariste, metteur en scène et réalisateur. Il étudie d’abord le théâtre à l’Université du Kansas où l’une de ses pièces, Filthy Talk for Troubled Times, évoquant les agressions homosexuelles, suscite déjà de vives réactions. Pour le cinéma, Neil LaBute tourne, en 1997, son premier long-métrage In the Company of men qui lui vaut le trophée des réalisateurs à Sundance et le Prix spécial du jury à Deauville. Un an plus tard il réalise Your friends and neighbours, et en 2000 il réalise sur commande, sans en écrire le scénario, Nurse Betty, et obtient son plus grand succès commercial avec cette histoire mêlant le romantisme naïf à la violence la plus crue. Puis vient Possession en 2002, basé sur l’adaptation d’une nouvelle de A. S. Byatt. Il réalise, en 2003, sa propre adaptation cinématographique de The Shape of things puis The Wicker man en 2006. Neil LaBute, en qui la critique reconnaît «le premier dramaturge, depuis David Mamet et Sam Sheppard - avec Edward Albee -, qui parvient à mêler sympathie et férocité, pathos et pouvoir», a rapidement acquis une solide réputation qui le place parmi les plus grands. Avec intelligence et humour, Neil LaBute n’a pas son pareil pour captiver son public en le confrontant violemment à lui-même. Création francophone, mise en scène de Thierry Lavat. e Du 25 avril au 30 mai 2009 à 20h30 (relâche les dimanches et lundis). Bois de la Cambre, 1A Chemin du Gymnase - 1000 Bruxelles – Réservations : 02 649 17 27 ou reservation@poche.be

utrefois décrit comme un scandale géologique, le Katanga est une des plus riches régions minières du Congo et du monde. Fer, cobalt, cuivre, germanium, étain, uranium, or et zinc y abondent et suscitent d’âpres convoitises. Sous Mobutu, la province a été la vache à lait du despote, jusqu’à s’écrouler sous le poids des dettes et de l’absence d’investissements. Exsangues, fantomatiques, les grandes installations industrielles du passé ont un besoin urgent de capitaux. Thierry Michel filme cette ruée vers l’Eldorado en s’attachant aux pas des puissants comme en relayant les doléances des sans-grade. Industriels, politiques et investisseurs rivalisent de propos ambitieux sur le potentiel de la région alors que les creuseurs locaux continuent de piocher les minerais en s’éclairant à la bougie et que les ouvriers tentent la grève pour obtenir un salaire décent. De tous les personnages appelés à façonner le destin de la région, Moïse Katumbi est sans conteste le plus fascinant. Venu du monde des affaires, il est le premier gouverneur démocratiquement élu du Katanga et le président du club de foot champion de première division. Débordant d’ambitions, il se présente comme un chevalier blanc anti-corruption soucieux de préserver les intérêts de son pays et de sa région. Populaire, il peut aussi allègrement tirer sur la corde populiste. Il faut le voir en visite dans une usine où il arrive à calmer les ardeurs des ouvriers tout en flattant la direction. Sur les plateaux du Katanga, les acteurs de la mondialisations plongent dans un jeu de stratégie grandeur nature. Des minerais et des hommes, on sait qui pèse le plus lourd. e Gilles Bechet

Katanga Business, Thierry Michel, sortie nationale le 1er avril

10 X 2 places sont offertes aux membres d’Amnesty et lecteurs de Libertés! Ces places sont valables dans tous les cinémas de Wallonie et de Bruxelles projetant Katanga Business, sur simple présentation d’un carton d’invitation. Pour obtenir ce dernier, il suffit d’envoyer un courriel à libertes@aibf.be avec la mention «Katanga Business».

HÉROS DE MEXICO

D

ans les vapeurs de colle qu’il sniffe au fond d’une station-service désaffectée, Jorge voit le monde comme un terrain d’aventure à la mesure de son imagination débridée. Dehors, il est juste un gosse de treize ans qui se débrouille dans le chaos de Mexico. Tiraillé entre sa bande de potes, une mère à la dérive, un soi-disant oncle et le fantôme de son père, il vit au jour le jour. Dans les quartiers huppés, Marcos a tout pour être heureux. Directeur d’une station de radio, il a une belle maison, une femme, une maîtresse et un fiston qui étrenne la nouvelle carabine de papa en faisant des cartons sur les pauvres du voisinage. Histoire de faire mousser son audience, Marcos lance un concours d’enfant héros avec un million de pesos et une rencontre avec le pape à la clé. Un gros lot qui vaut bien quelques sacrifices. Multipliant les points de vues et les personnages, Enrique Serna croque un portrait exubérant et grinçant de la capitale mexicaine. Maîtrisant parfaitement son écriture, il teinte sa critique sociale d’un humour féroce. Plongeant avec délectation dans l’imaginaire de ses personnages, il ramène dans ses filets toutes les frustrations, l’hypocrisie, les rêves, la méchanceté ou l’indifférence d’une société profondément inégalitaire et corrompue. Au fil d’un récit débridé, il mène le lecteur là où il ne s’y attend pas et là où brûle la flamme de l’insoumission. e G.B. Enrique Serna, Quand je serai roi, Éditions Métailié, 272 pages, 18 e

SAUVÉ PAR JOYCE

e

n 1988, un universitaire anglais, John Casey rencontre dans un restaurant de Mandalay, un jeune serveur qui va éveiller sa curiosité. Celui-ci, Pascal Khoo Thwe, étudiant en lettres anglaises à l’université, est un lecteur fervent de James Joyce. Leur relation sera chaleureuse mais brève car, quelques mois plus tard, le jeune homme doit abandonner ses études. C’est la répression sanglante des manifestations étudiantes contre le régime autoritaire birman. Originaire de la région des Padoung (le pays des femmes-girafes), une ethnie animiste convertie au catholicisme, le jeune homme va bientôt découvrir qu’il a le droit de contester et le devoir de réfléchir, car jusqu’alors «la pensée autonome (lui) paraissait un péché». Il doit fuir et trouve refuge parmi les rebelles Karen à la frontière de la Thaïlande. Et c’est de la jungle qu’il va lancer, comme une bouteille à la mer, une lettre à cet Anglais qui l’avait si bien écouté. Contre toute attente, la lettre va lui parvenir et John Casey mettra tout en œuvre pour organiser l’évasion de Pascal. Contre toute attente aussi, il va non seulement y réussir mais aussi l’installer à Cambridge et l’initier à la vie universitaire occidentale. C’est ainsi que, Pascal Khoo Twhe commencera à écrire des morceaux de sa vie et nous donner finalement cette magnifique et poignante «Odyssée birmane», un témoignage d’autant plus précieux que rien ou très peu ne sort de ce pays depuis des décennies. e Suzanne Welles

Pascal Khoo Thwe, Une Odyssée birmane, Gallimard «Témoins», 416 p., 26 e

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Libertes ! Avril 2009 n° 453