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Amnesty International expose 50 ans de combat pour l’humain La photo parle, tÊmoigne interpelle, choque parfois, et fait rÊflÊchir souvent. Amnesty rend compte du monde avec une belle expo itinÊrante‌ idÊe de cette exposition, c’est d’aller à la rencontre du public. Avec un outil qui permet d’intÊresser un grand nombre de personnes même si elles ne se sentent pas concernÊes a priori par les droits humains. BaptisÊ Devoir de regard et assorti du slogan Ouvrir les yeux, c’est dÊjà agir, ce projet rassemble une cinquantaine de photos à la fois belles et significatives, prises par de grands photographes, notamment des Belges. Des clichÊs de

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qualitÊ pour donner aussi un visage aux personnes pour lesquelles les militants d’Amnesty se battent‌ Montrer le travail de terrain Nous avons des groupes locaux et des milliers de bÊnÊvoles participant à notre opÊration Bougies. Leurs actions sont les seuls moments oÚ s’Êtablit un contact avec le public, explique-t-on auprès de la section francophone d’Amnesty International Belgique. Pour expliquer ce qu’on fait, on a donc voulu aller vers les gens d’une autre manière que par une vente ou une distribution trimestrielle de publications, les fameux dazibaos. L’expo illustre des thÊmatiques qui ont fait l’objet de campagnes de l’ONG ces dernières dÊcennies : les individus en danger, les enfants-soldats, la violence faite aux femmes, les migrants, etc. Elle montre ce qu’est rÊellement Amnesty :

une organisation qui va sur le terrain, là oÚ se passent des violations de droits humains, qui fait des rapports, qui travaille au niveau international, qui fait du lobbying, mais qui existe aussi au plan local. Avec ses membres qui, là oÚ ils sont, soit au sein d’un groupe local ou d’une Êcole, soit individuellement, agissent pour les droits et les libertÊs individuelles.  Devoir de regard  , dont vous retrouvez quelques photos dans ce dossier, sera proposÊ tout d’abord en un lieu symboliquement fort : le palais de justice de Bruxelles (du 15 au 29 mars).Elle voyagera ensuite dans diffÊrentes villes de Wallonie. Et marquera ainsi, avec quelques mois de retard, les 50 ans d’Amnesty au travers de 50 ans d’histoire et de droits. ■Th. Cv.

> Toutes les infos pratiques sur l’exposition en page 15 www.devoirderegard.be

Philippe Hensmans :  Notre champ d’action a ÊvoluÊ  tion universelle des droits de l’homme ? Oui, aussi donc les droits Êconomiques et culturels. Si bien que nous nous battons aujourd’hui contre les expulsions forcÊes de tribus amazoniennes ou de groupes d’habitants au Nigeria qui  gênent  la construction d’un pipeline. Ou encore, nous agissons contre la mortalitÊ maternelle : on n’est pas là pour construire des hôpitaux, je le disais, mais pour faire en sorte qu’un système de lois assure l’accessibilitÊ à la contraception. Ces thèmes se sont imposÊs progressivement depuis les annÊes 2000. Le fait qu’Amnesty a ÊtÊ de plus en plus prÊsent dans les pays du sud a induit cet Êlargissement des prÊoccupations.

Š Grapher & Co/Pierre Jeanjean

d’autre part.

Kaboul, Afghanistan, octobre 1996 Consultation mÊdicale dans la banlieue Hazara. Une femme relève sa burka lors d’une visite d’une organisation non gouvernementale mÊdicale. Les violences domestiques et publiques sont tellement rÊpandues que cela constitue un problème de santÊ publique, de même qu’un problème pour le respect des droits humains. Photographe :

GaĂŤl Turine

Philippe Hensmans, vous êtes directeur d’Amnesty International Belgique francophone depuis 1996. Rappelez-nous comment est nÊe cette organisation. Amnesty a ÊtÊ crÊÊe en 1961 quand l’avocat britannique Peter Beneson apprend que deux Êtudiants portugais sont en prison parce qu’ils ont exprimÊ, de façon non violente, leurs opinions. Ils ont portÊ un toast à la libertÊ sous le rÊgime de Salazar‌ Il ne faudrait pas oublier qu’il y avait encore des dictatures en Europe, il n’y a pas si longtemps finalement. L’appel de Beneson est alors rÊpercutÊ dans le monde entier. Très vite, cela dÊbouche sur une organisation qui va rapidement montrer ses valeurs : ce qu’elle dÊfend et la manière dont elle est organisÊe. Elle dÊfend des individus menacÊs quand ils s’expriment librement, d’une part ; elle agit de manière dÊmocratique,

C’est une organisation non gouvernementale, mais encore ? Une ONG, oui, indÊpendante et impartiale. Mais nous ne sommes pas une organisation humanitaire : on ne va ni apporter de l’aide directe aux gens ni travailler sur le dÊveloppement. On ne va pas construire des hôpitaux en cas de catastrophe, pas aider des paysans à amÊliorer leur production. Un sondage rÊcent montre que le public a bien compris notre mission qui consiste à dÊnoncer les violations des droits humains, secouer les gouvernements en permettant à nos concitoyens d’agir concrètement, et enfin pousser à des mesures prÊventives (l’amÊlioration des lois nationales ou internationales). Et bien sÝr, obtenir la libÊration des personnes menacÊes, emprisonnÊes, en danger.

Y a-t-il des sections dans tous les pays ? Non, il y en a, comme la Chine, oÚ c’est impossible (mais nous avons quand même un bureau à Hong Kong). Et puis, la façon dont on travaille fait que des sections sont autofinancÊes alors que d’autres sont portÊes par le mouvement, comme au SÊnÊgal, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Mexique‌

Votre champ d’action a ÊvoluÊ ? On est face à des gens qui sont en prison pour avoir commis, peut-être, des actes violents, comme Mandela à l’Êpoque, mais qui n’ont pas ÊtÊ jugÊs correctement. On demande des procès Êquitables. Amnesty a ÊtÊ aussi très vite confrontÊe à la torture et à la peine de mort.

En Belgique ? Il y a toujours eu deux sections, l’une francophone, l’autre nÊerlandophone. Il n’y a donc jamais eu de scission. Au contraire, on collabore de plus en plus‌ CôtÊ francophone, sur 4 millions d’habitants,

Vous avez ĂŠlargi votre action aussi Ă tout ce qui compose les articles de la DĂŠclara-



  

nous avons grosso modo 40 000 membres donateurs et près de 70 groupes locaux. On a aussi dÊveloppÊ, ces dernières annÊes, la possibilitÊ pour des personnes de nous aider concrètement sans nÊcessairement entrer dans un groupe. D’une part, on a lancÊ le site www.isalives.be des actions urgentes et, au plan local, on a un rÊseau de 6000 bÊnÊvoles pour la vente des bougies en fin d’annÊe. Au secrÊtariat national, nous sommes 20 permanents et quasiment autant de stagiaires. La section belge travaille aussi pour des recherches à l’Êtranger ? Oui, rÊgulièrement, nous collaborons à des missions suivies de rapports, avec des chercheurs du secrÊtariat international‌ Personnellement, je suis allÊ souvent au Congo, et là je suis actuellement en Côte d’Ivoire et au SÊnÊgal. Chez les Ivoiriens, pour un travail de soutien à la section et des rencontres avec des tÊmoins. Au SÊnÊgal, c’est aussi pour la prÊparation du procès d’Hissène HabrÊ, l’ex-prÊsident tchadien qui s’est rÊfugiÊ dans ce pays et qui y sera jugÊ comme l’a rÊclamÊ la CPI, la Cour pÊnale internationale. C’est un aspect important de notre travail : la lutte pour que la justice soit faite un jour à l’Êgard des responsables de violations massives de droits humains. ■ Th. Cv.


CĂŠdric Gerbehaye: ÂŤLa photographie, un outil de changement socialÂť CĂŠdric Gerbehaye est photographe depuis neuf ans. Son appareil photo est, pour lui, un outil de comprĂŠhension. Ses photographies, un appel Ă la rĂŠflexion. Caroline FIXELLES

a photographie est mon mode d’expression, ma manière de faire du journalisme , lance CÊdric Gerbehaye, dont plusieurs clichÊs sont exposÊs parmi ceux de Devoir de regard. C’est au cours d’un voyage en IsraÍl et en Palestine que ce Belge de 35 ans, journaliste de formation, prend conscience de son attrait pour la photographie.  Je voulais travailler seul, être indÊpendant et pouvoir tÊmoigner aux gens de rÊalitÊs peu relatÊes par la presse.  Palestiniens, Kurdes, Congolais ou Soudanais‌ pendant neuf ans, le photographe s’intÊresse à ces populations, tente d’apprÊhender leurs conditions de vie pour en ramener des clichÊs poignants. MÝ par une volontÊ de savoir, de comprendre l’incomprÊhensible et de saisir l’inadmissible, le photographe se donne pour mission d’apporter un Êclairage sur des situations Ênigmatiques. Son travail s’inscrit d’ailleurs dans la durÊe. Je pratique davantage le photo-documentaire. Je prends le temps de faire des recherches, d’enquêter, de raconter des histoires, de retourner sur le terrain, pour essayer de saisir les diffÊrents aspects.  Le photographe reste au minimum trois semai-

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Mandalay, Myanmar, 2007 Fabrication de sandales. Le recours au travail forcÊ demeure un flÊau national au Myanmar (Birmanie). Sous ce rÊgime quasi fÊodal, militaires et autoritÊs locales s’arrogent le droit de rÊquisitionner hommes, femmes et enfants. Certains dÊveloppements positifs ont toutefois ÊtÊ actÊs depuis 2010, sur les plans des droits humains et de la dÊmocratie. Photographe :

Pierre Buch

Quand il faut poser l’appareil‌

Š CÊdric Gerbehaye/Agence VU

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si je choisis le noir et le blanc, c’est que je veux marquer une pause dans ce flux continuel d’images en couleurs et donner à voir et à comprendre. 

nes sur place.Bien qu’à la recherche de certains ÊlÊments prÊcis, c’est souvent la rÊalitÊ du terrain et le rapport avec l’autre qui lui offrent la matière de ses photographies. Le pouvoir du regard Si CÊdric Gerbehaye nourrit l’espoir de participer à l’Êvolution de la sociÊtÊ et d’avoir un impact sur les consciences humaines, il reste rÊaliste. Il est de plus en plus difficile pour les photographes de s’exprimer. Il n’y a plus de place ni d’argent dans la presse. Nos seuls supports sont dÊsormais les expositions, les concours et les livres.  Pourtant, CÊdric Gerbehaye croit au potentiel de l’outil photographique.  Les regards sont importants, ils captent l’attention , explique-t-il. De plus,

Des enfants-soldats aux femmes violentÊes, CÊdric Gerbehaye se confronte souvent aux rÊalitÊs les plus complexes. Et lorsqu’on lui demande si ce n’est pas difficile de rester constamment derrière son objectif, il rÊpond : Je ne suis ni humanitaire, ni mÊdecin, mais photographe. C’est mon mÊtier. J’ai fait le choix de raconter des histoires. Bien sÝr, lorsque je peux dÊposer l’appareil et venir en aide, je le fais.  Dans sa quête vers la comprÊhension du monde, CÊdric Gerbehaye se dit profondÊment marquÊ par le vÊcu des gens. Comment l’humain peut-il continuer à vivre avec une telle force dans des situations pareilles ?  Le photographe Êvoque notamment le quotidien des femmes au Congo qui se battent pour dÊfendre et nourrir leur famille. Loin de vouloir effacer ses Êmotions face à ces rencontres, le photographe assume complètement la subjectivitÊ de son geste. Je ne peux m’engager en restant neutre. Je choisis d’apporter une interprÊtation qui passe par moi, ma comprÊhension des choses et mes sentiments. Je prÊfère être juste par rapport à mon ressenti que d’être objectif.  Le travail de CÊdric Gerbehaye a ÊtÊ rÊcompensÊ à de nombreuses reprises. Son seul Congo in Limbo lui a valu sept distinctions, dont un World Press Photo. Sa sÊrie de reportages au Sud-Soudan, intitulÊe Land of Cush, a reçu le prix SCAM en 2012. Des rÊcompenses que le photographe considère comme des reconnaissances, mais surtout comme ce qui lui permet de continuer à exercer le mÊtier qu’il aime. ■

 Nous avons un immense respect pour les victimes  es photos de l’exposition Devoir de regard ne sont pas issues de commandes d’Amnesty International. Beaucoup d’ONG font pourtant appel à des photographes pour illustrer leurs campagnes. Des images fortes pour marquer les esprits, voire pour inciter les gens à se montrer gÊnÊreux. On pense Êvidemment aux ouvrages Cent photos pour la libertÊ de la presse de Reporters sans frontières‌ Mais aussi aux campagnes de MSFou de Handicap International. Quel rapport entretient alors, de son côtÊ, Amnesty avec les photographes et grands reporters ? C’est vrai qu’on vit dans un monde oÚ, sans images, on n’existe plus, indique Philippe Hensmans, le directeur d’Amnesty Inter-

Š Pierre Buch

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national Belgique francophone. Si on veut être sur internet et les rÊseaux sociaux, il faut des photos et des vidÊos. Dans le même temps, on travaille sur des situations qui ne sont pas visibles, la plupart du temps. Quand on torture quelqu’un en prison, personne n’est là pour filmer ou pour photographier. Même si malheureusement, ça arrive parfois, comme lors du scandale des soldats amÊricains dans la prison irakienne d’Abou Ghraib, rÊvÊlÊ par des images choc‌ Et d’expliquer l’immense respect que l’ONG a pour les victimes, qu’elle veut protÊger. Quelqu’un qui accepte de tÊmoigner pour nous doit être couvert jusqu’au bout. Son visage ne doit pas être connu sauf si on est sÝr qu’il n’aura pas de souci à travers ça.

Mais alors, quels visuels pour les campagnes ?Et quid de la mÊdiatisation des individus pour lesquels Amnesty se mobilise ? C’est vrai, il est parfois très difficile pour nous d’avoir des images de ce que nous dÊnonçons, même si on y arrive un peu plus qu’auparavant. SuggÊrer, plus que montrer Les promoteurs de Devoir de regard expliquent avoir utilisÊ des images qui dÊnoncent des situations : beaucoup de ces photos sont illustratives. Dans les campagnes que nous faisons sur la Belgique, sur la violence conjugale notamment, on n’a jamais montrÊ une femme avec un œil au beurre noir. On



  

suggère plus qu’on ne montre‌Si on lutte pour le respect des droits des personnes, il faut aussi respecter leur image. C’est fondamental. La plupart des personnes qui se trouvent sur les photos choisies par Amnesty pour son expo itinÊrante sont des inconnus, anonymes. C’est même, sur une photo signÊe par le NÊerlandais Teun Voeten, une femme emballÊe dans une burqa devant des voitures emballÊes elles aussi (pp. 12-13), indique le directeur. Des photos plus illustratives de situations, donc, que de cas individuels‌ ■Th. Cv. > Plusieurs photographes belges participent à l’exposition : CÊdric Gerbehaye, GaÍl Turine, Thierry Falise, Pierre Buch et Teun Voeten.


Salvatore Saguès, le porte-parole des sans-voix Salvatore Saguès est chercheur pour Amnesty International depuis 1992. Son mÊtier : dÊvoiler au monde entier les situations violant les droits humains. �

Interview : Caroline FIXELLES

apports, communiquÊs de presse, lobbying‌ Salvatore Saguès sillonne les pays d’Afrique de l’Ouest pour y dÊnoncer les pratiques contraires au respect des droits humains. Salvatore Saguès, vous êtes chercheur pour Amnesty International depuis 21 ans. Comment pourrait-on caractÊriser ce que vous faites ?

New Delhi, Inde, 2005 Dans cette prison pour mineurs gÊrÊe par l’État, le confinement est très sÊvère. C’est le moment de la toilette et du lavage du linge. Un gardien fait la ronde au-dessus des prisonniers, de jour comme de nuit, et tape sur les barreaux pour accroÎtre la tension auditive. Photographe :

Lizzie Sadin

Mon mÊtier se situe à la convergence de trois mondes. Je suis un peu journaliste par mon approche de terrain. Un peu chercheur universitaire par ma mÊthode de travail. Un peu travailleur humanitaire par l’objectif de ma mission. Mais je ne suis aucun des trois. Je suis plutôt le porte-parole des sans-voix. J’enquête, je dÊnonce. Je tente de venir ainsi en aide aux victimes dont les droits humains sont violÊs, en dÊsirant faire changer les choses. Comment faites-vous pour faire changer les choses  ?

De la mortalitÊ maternelle au Burkina Faso aux violences sexuelles en Côte d’Ivoire, en passant par les conditions des dÊtenus en Mauritanie, mon travail est de cibler une problÊmatique en particulier. Je pars de cas concrets, interroge les victimes et les acteurs de terrain afin d’Êtablir un Êtat prÊcis de la situation.

Cela suppose donc que vous vous rendiez sur place ?

En effet. Je pars trois à quatre fois par an, lorsque la situation me le permet. Sur le terrain, je profite d’un rÊseau de contacts diversifiÊ. Les avocats, les dÊfenseurs locaux et ceux qu’Amnesty a dÊjà dÊfendus sont prêts à me fournir des informations. Je rencontre Êgalement les autoritÊs, car ce sont elles qui peuvent faire Êvoluer la situation. Le temps de rÊcolter mes informations, je reste trois à quatre semaines. Êtes-vous confrontÊ à certains dangers ?

Les pays que je visite sont souvent empêtrÊs dans des situations de crise ou en guerre. Donc, bien sÝr, le danger est prÊsent. Mais j’essaie de prendre le moins de risques possible lors de mes dÊplacements. Malheureusement, parfois, on n’y Êchappe pas. En dÊcembre 2002, j’ai ÊtÊ arrêtÊ avec un collègue en Côte d’Ivoire par un groupe d’opposition armÊ. Ils m’avaient pris pour un mercenaire sudafricain.

UNHCR/A. Rodriguez

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vous avez observÊ. N’est-ce pas difficile à Êcrire ?

Si, certainement. C’est dÊjà compliquÊ d’entendre parler une femme de violences sexuelles, mais lorsqu’il faut ensuite Êcrire les dÊtails, c’est encore pire. FrÊquemment, des images me reviennent en tête et se traduisent en cauchemars. Le plus dur, c’est de se sentir par moment impuissant face à certaines situations que l’on ne peut rÊsoudre immÊdiatement. Je me console en me disant que c’est en sortant du secret toutes ces choses horribles que je contribue à y mettre un terme. À quoi servent finalement ces rapports ?

En premier lieu, à faire pression sur les autoritÊs du pays concernÊ. Car la dÊnonciation rend plus difficile la violation. D’ailleurs, nos rapports se terminent toujours par des recommandations. Celles-ci sont aussi parfois adressÊes aux Nations Unies ou à l’Union europÊenne à qui nous demandons de rÊagir. Enfin, ils servent à informer les mÊdias et le grand public.

Certaines personnes se sentent-elles visĂŠes par vos rapports au point de vous menacer ?

Oui, ça arrive. Je reçois parfois des insultes et des menaces sur internet. Dernièrement, mon collègue a ÊtÊ attaquÊ dans la presse ivoirienne. Mais, au-delà de ces quelques contestations, je pense qu’il y a un profond respect pour Amnesty et sa façon de travailler. En effet, notre association ne prend jamais position dans les conflits. Nous dÊfendons toujours les victimes des deux camps. C’est peutêtre pour cela qu’on nous laisse faire notre travail.

Porte-t-il ses fruits ?

Oui. Nos rapports ont, par exemple, contribuÊ à de nombreuses libÊrations. Ils sont aussi utilisÊs par les Nations unies et par les instances judiciaires. Je pense notamment durant le procès de Laurent Gbagbo, à La Haye.Pourquoi ? Car nous sommes un organisme indÊpendant, libre de toute pression du pouvoir public, libre d’agir pour amÊliorer la sociÊtÊ dans laquelle nous vivons. ■

 Il n’y a pas que les forts qui gagnent les batailles  Le pouvoir des mots‌ Avant de rejoindre Amnesty International, Salvatore Saguès Êtait responsable rÊdaction pour la Croix-Rouge. Le chercheur voit dans le monde associatif une force aussi puissante que n’importe quelle armÊe.  C’est fascinant qu’une organisation, sans armes et sans argent, puisse se faire Êcouter et faire autant bouger les choses.  Chaque annÊe, Salvatore Saguès contribue en moyenne à trois gros rapports.

Ă€ votre retour, vous rĂŠdigez un rapport relatant ce que



  

Longs d’une centaine de pages, ils sont souvent considÊrÊs comme des documents de rÊfÊrence, tant le niveau de vÊrification de la recherche est ÊlevÊ.  Avec Amnesty, nous avons rÊussi à mettre les droits de l’homme sur le devant de la scène.  Et de citer comme preuves quelques campagnes historiques oÚ le pouvoir des mots a triomphÊ : l’abolition de la peine de mort dans 140 Êtats ou la disparition de l’approbation de la torture.  C’est en sortant de l’ombre tous les mÊfaits du monde que nous changerons les choses.  Ca.F.


Mexique ImpunitĂŠ et disparitions forcĂŠes

Cameroun Orientations sexuelles et identitĂŠs de genre

Les actions d’Amnesty moins connues à travers le monde

Plus de 98 % des crimes comprenant les violations des droits humains restent impunis au Mexique. Il est donc nÊcessaire que le gouvernement du nouveau prÊsident Enrique Penas Nieto instaure un système de justice fiable et mette fin à l’impunitÊ des coupables prÊsumÊs, tout en protÊgeant leurs droits, de même que ceux des victimes. Un certain progrès a ÊtÊ rÊalisÊ dans ce sens : les affaires de violations des droits humains qui avaient ÊtÊ confiÊes aux tribunaux militaires leur ont ÊtÊ retirÊes pour qu’elles soient sujettes à enquêtes, jugÊes au civil, et qu’elles ne soient plus dÊlaissÊes. Au cours de l’annÊe 2011, on a recensÊ plus de 12 000 meurtres perpÊtrÊs, pour la plupart, par les cartels de la drogue. Près de 9 000 corps n’ont toujours pas ÊtÊ identifiÊs. Ces cartels sont Êgalement impliquÊs dans des milliers de disparitions et sÊquestrations. On estime à plus de 3 000 le nombre de personnes portÊes disparues sous le mandat de Calderon.

La libertÊ et le respect des lesbiennes, gays, bisexuels ou transgenres (LGBT) sont encore loin d’être acquis dans toutes les rÊgions du monde, en dÊpit des nombreux mouvements et organisations de dÊfense luttant pour leurs droits. Si de plus en plus de pays accordent aux couples homosexuels le droit de se marier ou d’adopter, nombre d’entre eux sont encore victimes d’agressions verbales et physiques. Les victimes se manifestent peu, par peur des reprÊsailles, mais aussi des sanctions. Certains pays ont en effet criminalisÊ l’homosexualitÊ. C’est le cas du Cameroun, oÚ les personnes homosexuelles sont victimes de discriminations et d’agressions, en particulier dans les zones pauvres et rurales. Selon le code pÊnal camerounais, le fait d’avoir des relations sexuelles avec une personne de son sexe est passible d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à cinq ans. Cette loi s’applique même aux personnes prÊsumÊes homosexuelles. En 2011, deux hommes ont ainsi passÊ plus d’un an en prison parce qu’ils  paraissaient gays  du fait qu’ils portaient des vêtements de femme.

La condition des femmes est tout aussi prÊoccupante. Il n’existe pas de mesures concrètes pour lutter contre les violences auxquelles elles sont en proie. Les populations indigènes, quant à elles, sont victimes de discriminations et devront, à l’avenir, être intÊgrÊes aux dÊcisions concernant leur propre dÊveloppement.

France Expulsions de Roms

Nicaragua L’avortement

Les femmes et les filles enceintes suite à un viol, un inceste ou encore celles qui font une fausse couche sont toutes passibles de sanctions en cas de recours à l’interruption de grossesse. La loi place les femmes dans une situation de grande dÊtresse, les contraignant à recourir à des pratiques clandestines ou à poursuivre une grossesse qui risque de mettre leur vie en danger. Les jeunes filles et les fillettes, chez qui le risque de complications liÊes à la grossesse est le plus ÊlevÊ, en sont les premières victimes.

La France aussi a ses bidonvilles. Ce sont ces campements en bordure des agglomÊrations, oÚ 15 000 Roms tentent tant bien que mal de survivre. Originaires de Hongrie, Bulgarie ou Roumanie, ils sont sans cesse chassÊs par les gouvernements français successifs.

EUROPE

Au Nicaragua, l’interdiction totale de l’avortement prive les femmes de soins mÊdicaux vitaux. C’est l’un des pays les plus rÊpressifs vis-à -vis du droit à l’avortement. L’interruption de grossesse y est en effet interdite en toutes circonstances, même en cas de viol ou de danger pour la vie de la femme. La lÊgislation prÊvoit des peines d’emprisonnement pour les femmes ou les jeunes filles qui sollicitent un avortement, ainsi que pour les professionnels de la santÊ qui prodiguent les soins qui y sont liÊs.

En 2012, il y aurait ainsi eu 12 000 expulsÊs en France, soit plus qu’en 2011. Dès aoÝt 2012, le gouvernement socialiste fraÎchement Êlu avait dÊjà procÊdÊ à une nouvelle opÊration de dÊmantèlement de camps, expulsant des centaines de Roms. Les Nations Unies avaient d’ailleurs rappelÊ la France à l’ordre.

France

Mexique

D’autres pays de l’Union europÊenne ont pris des mesures abusives similaires à la France, comme l’Italie, l’Allemagne ou encore le Danemark. Ces pratiques contribuent à l’hostilitÊ ambiante à l’Êgard des Roms en Europe et entretiennent les am discriminations dont ils sont victimes dans tous les domaines dis de leur vie (emploi, scolaritÊ, accès aux soins‌).

AArabie saoudite

Nicaragua

Ar Arabie saoudite Violations des droits humains Vi

Cameroun roun

Europe Droit des migrants

RÊcemment, des manifestations populaires ont ÊtÊ brutalement rÊprimÊes en Arabie saoudite et des milliers de personnes ont ÊtÊ arrêtÊes en raison  d’infractions liÊes à la sÊcuritÊ de l’État . Ces gens subissent des peines d’enfermement et des interrogatoires musclÊs.

Chaque personne a droit à la libertÊ de mouvement. Cela vaut Êgalement pour les immigrÊs et les rÊfugiÊs qui sont contraints de fuir leur pays d’origine pour Êchapper à la guerre, aux conflits ou la misère. Pourtant, l’Europe ferme de plus en plus ses portes à ces femmes et ces hommes qui arrivent sur les côtes grecques ou italiennes, souvent au pÊril de leur vie.

La libertÊ d’expression est on ne peut plus prÊcaire. Les dÊfenseurs des droits humains sont inculpÊs sans mandat, battus, jugÊs sans la prÊsence d’avocats et condamnÊs à de lourdes peines de rÊclusion.

En mars 2011, plus de 200 immigrÊs en provenance de Libye se sont ainsi noyÊs alors qu’ils tentaient de rejoindre la côte maltaise en bateau. Le même mois, des patrouilles navales du NATO ont laissÊ un autre bateau d’immigrÊs dÊriver dans la MÊditerranÊe pendant plus de deux semaines, avec à son bord 72 personnes, dont deux bÊbÊs.

La libertÊ des femmes est tout aussi limitÊe : elles ne peuvent pas suivre d’Êtudes, trouver un travail ou se marier sans l’accord d’un tuteur masculin. Il leur leu est Êgalement interdit de conduire des vÊhicules. Le Roi a toutefois annoncÊ qu’à partir de 2015, les femmes pourraient tou voter vot et se prÊsenter aux Êlections municipales.

Pour les migrants qui arrivent à destination, le calvaire ne s’arrête pas là. En thÊorie, ces personnes ne devraient pas être dÊtenues à nos frontières pour se faire contrôler. Pourtant, chaque annÊe, 600 000 hommes, femmes et enfants sont placÊs en dÊtention aux frontières de l’Europe. Dans l’Union europÊenne, les États ont même le droit de faire durer cette dÊtention jusqu’à 18 mois. En Belgique, en 2008, 6 902 migrants ont ÊtÊ dÊtenus. En Grande-Bretagne, la même annÊe, ils Êtaient 27 000, dont 2 000 enfants.



  

Les forces de l’ordre recourent à la torture de manière rÊcurrente pour po obtenir des aveux. Les prÊvenus peuvent Êgalement se voir condamner au fouet ou à l’amputation d’un ou plusieurs con membres. me La peine de mort est toujours en application en Arabie saoudite, oÚ l’on procède à l’exÊcution en public et par dÊcapitation au sabre. sab Reporters



  


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Caroline FIXELLES

orture, maltraitance, dÊtention arbitraire‌ Amnesty International publie chaque annÊe des dizaines d’histoires d’individus en danger dans le monde. Focaliser les camÊras sur un individu permet d’être plus efficace et de mobiliser davantage, explique Salvatore Saguès, chercheur pour l’association. Le but est de mettre un visage sur des situations injustes.  Une personne est considÊrÊe en danger lors-

PrĂŠnom

Choisir pour mieux agir Face à ces appels au secours, Amnesty choisit ses Êtendards. Pour ce faire, les membres de l’association se posent trois questions. Peut-on changer les choses pour cet individu ? Cette mobilisation changera-t-elle le destin d’autres personnes victimes de la même injustice ? L’individu en question et ses proches sont-ils d’accord qu’Amnesty intervienne ? Une fois la sÊlection rÊalisÊe, la mobilisation se met en place. Les adresses des familles sont distribuÊes aux militants pour qu’ils puissent rÊdiger des lettres de soutien. Celles des autoritÊs incriminÊes sont Êgalement partagÊes afin de faire pression.

Iran Narges Mohammadi ICPC

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que ses droits humains (sa libertÊ, sa santÊ, etc.) sont menacÊs. Amnesty reçoit des centaines de messages de familles, d’ONG ou d’avocats dÊpeignant ces injustices.

Shi Tao purge une peine de 10 ans de prison pour avoir envoyÊ un mail : divulgation illÊgale de secrets d’État.

PrÊsidente du Centre des droits humains à TÊhÊran, elle a ÊtÊ condamnÊe à 6 ans d’emprisonnement.

Le massacre de la place Tiananmen, à PÊkin, faisant suite au mouvement prodÊmocratique, c’Êtait en 1989. Lors du 15e anniversaire de ces tragiques ÊvÊnements, en 2004, Shi Tao expÊdie un courriel dans lequel il rÊsume un communiquÊ du DÊpartement central de la propagande chinoise. Il est aussitôt arrêtÊ à son domicile, dans la ville de Tuiyuan (province du Shanxi) et inculpÊ de divulgation illÊgale de secrets d’État à l’Êtranger. CondamnÊ en avril 2005, il voit son appel rejetÊ deux mois plus tard. Sa condamnation s’est appuyÊe entre autres sur des infos fournies par les services de Yahoo. Depuis lors, il est dÊtenu dans une prison de la ville de Yuanjiang oÚ il serait soumis à un rÊgime de travaux forcÊs. Selon les informations recueillies par Amnesty, ce journaliste et poète souffrirait à prÊsent de problèmes respiratoires et d’irritations provoquÊes par la poussière.  Je ne ressens aucune honte et je n’ai pas perdu ma confiance en l’avenir, Êcrit-il. Ma foi et mes valeurs sont renforcÊes, et cela me rend plus dÊterminÊ à rechercher une vie libre et heureuse. 

Les autoritÊs iraniennes ont fermÊ de force, en 2008, le Centre de dÊfense des droits humains. Plusieurs de ses membres et dirigeants ont ÊtÊ harcelÊs, arrêtÊs et condamnÊs à de longues peines de prison. Parmi eux, Narges Mohammadi, cÊlèbre militante des droits de l’homme qui en Êtait la prÊsidente exÊcutive. Elle a ÊcopÊ d’une condamnation à 6 ans et, dès 2009, à une interdiction de quitter le territoire. La Justice iranienne l’a dÊclarÊe coupable de  rassemblement et collusion en vue de commettre des infractions compromettant la sÊcuritÊ nationale  et de  propagande contre le rÊgime . Des accusations en lien Êvident avec son activitÊ de dÊfense des droits humains dans son pays, observe-t-on chez Amnesty. Narges Mohammadi est mère de jeunes jumeaux. Elle a commencÊ à purger sa peine en avril 2012. Le 31 juillet 2012, elle a dÝ être hospitalisÊe et recevoir un traitement mÊdical (elle connaissait dÊjà des problèmes de santÊ qui se sont aggravÊs).



  

Nous devons faire parler de ces personnes pour qu’on ne les oublie pas. Le silence est leur pire ennemi.  Amnesty International se donne pour mission de militer et de suivre ces dossiers jusqu’à leur dÊnouement. L’association va dès lors visiter, dans la mesure du possible, ces personnes, travailler avec des avocats, prendre contact avec les autoritÊs, militer auprès des Nations Unies, etc. Il existe aujourd’hui des dizaines de dossiers sur des individus en danger. Plusieurs d’entre eux ont ÊtÊ solutionnÊs grâce à l’action d’Amnesty International. Certains gouvernements sont plus permÊables que d’autres à la pression que nous leur infligeons. Voici trois cas traitÊs en 2013 par Amnesty, parmi ceux mis en avant dans le cadre de la campagne Devoir de regard. Les visiteurs de l’exposition sont d’ailleurs invitÊs à agir pour eux. ■

Mexique InĂŠs et Valentina Victimes de violences sexuelles de la part de soldats, elles rĂŠclament justice. En vain actuellement.

C. de Derechos Humanos

(48 parutions) pour

Amnesty International

1an

6 mois 32â‚Ź (24 parutions) pour

1 mois

Mettre un visage sur des situations injustes

OFFRES D’ABONNEMENT

Faut-il embellir l’actualitÊ pour la prÊsenter aux enfants ?

Elles s’appellent InÊs Fernåndez Ortega et Valentina Rosendo Cantú. En 2002, ces deux femmes indigènes ont ÊtÊ violÊes par des soldats mexicains. Ce qui leur est arrivÊ illustre les souffrances des femmes victimes d’agressions sexuelles commises par des membres de l’armÊe mexicaine dont les crimes restent impunis. Car elles ont eu le courage de dÊnoncer l’attaque et de demander justice. À ce jour, aucune vÊritable enquête n’a ÊtÊ menÊe et personne n’a ÊtÊ traduit devant une juridiction.

 Je veux dire aux autres femmes qu’elles doivent lutter pour ce qu’elles ont endurÊ. Il faut qu’on se soutienne mutuellement , Êcrit Inès.  Le gouvernement ne m’a jamais crue et a toujours dit que j’Êtais une menteuse , explique, pour sa part, Valentina. En 2010, la Cour interamÊricaine des droits de l’homme a ordonnÊ au Mexique d’enquêter sur l’affaire, de traduire les responsables en justice, de fournir une rÊparation adÊquate et de ne plus confier l’examen de pareils cas à une juridiction militaire.


Peine de mort est en 1977 qu’Amnesty International a lancÊ sa campagne mondiale pour mettre fin à la peine de mort en toutes circonstances, quelles que soient la nature du crime commis, la personnalitÊ de son auteur ou la mÊthode d’exÊcution utilisÊe par l’État. En 2003 se tenait la première JournÊe mondiale contre la peine de mort. Depuis lors, et de manière rÊgulière, le nombre d’États ayant dÊcidÊ d’abolir la peine capitale augmente significativement. La Lettonie porte à 97 le nombre de pays abolitionnistes pour tous les crimes et à plus de deux tiers, la proportion de pays n’ayant plus recours aux exÊcutions en 2012. Cependant, nombre d’États pro-

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noncent encore la peine de mort à une frÊquence alarmante. Parmi eux, la Chine, qui occupe la première marche de ce funeste podium, a exÊcutÊ, cette annÊe encore, des milliers de personnes. L’Iran, l’Arabie saoudite, l’Irak et les États-Unis complètent le Top 5 des pays ayant exÊcutÊ le plus de condamnÊs à mort en 2011. D’autres encore font marche arrière dans leur dÊmarche abolitionniste. le Japon par exemple, a procÊdÊ à une dizaine d’exÊcutions cette annÊe, après avoir pourtant passÊ 19 ans sans y recourir. La peine de mort n’est pas encore condamnÊe à disparaÎtre, mais continue à rÊgresser progressivement dans le monde. Une sorte de lumière au bout du couloir‌

Les grands combats d’Amnesty pour les droits humains

n appelle  torture  tout acte par lequel une douleur ou des souffrances aiguÍs, physiques ou mentales, sont intentionnellement infligÊes à une personne dans le but notamment d’obtenir des renseignements ou des  aveux , de la punir d’un acte, de l’intimider ou de faire pression sur elle. Son interdiction par le droit international s’impose en toutes circonstances, sans aucune exception, et ne peut en aucun cas être suspendue, même en temps de guerre ou de danger public exceptionnel. Pour d’aucuns, la torture serait

a libertÊ d’expression est un droit humain inaliÊnable, inscrit dans le droit international et consacrÊ par de nombreux textes et conventions dans le monde. Chaque personne a le droit d’exprimer pacifiquement son opinion. Pourtant, ce droit est bafouÊ tous les jours. Des femmes et des hommes sont menacÊs d’emprisonnement, de torture ou de mort du fait de leur appartenance ethnique, religieuse, leur identitÊ ou leur engagement politique ou pour les droits humains. En 2012 encore, de nombreuses rÊgions ont ainsi ÊtouffÊ la voix de leurs propres peuples. Si le Printemps

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un moyen efficace pour obtenir des informations. Or, ces aveux ne sont ni fiables, ni acceptables en justice : quelqu’un que l’on torture est prêt à dire n’importe quoi, y compris des mensonges, pour cesser de souffrir. L’Irak, l’Arabie saoudite, la Chine, les États-Unis, l’Argentine, l’Afrique du Sud et les dizaines d’autres pays recourant au phÊnomène tortionnaire bafouent les droits les plus ÊlÊmentaires de leurs victimes. Certains tentent de contourner le problème en redÊfinissant la torture, tentant d’exclure certaines pratiques de sa dÊfinition.

e tout temps, des enfants ont ÊtÊ enrôlÊs pour grossir les rangs des pays belligÊrants. Des mesures condamnant ces pratiques n’ont ÊtÊ prises qu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Il s’en est suivi des textes pour protÊger les civils, dont les enfants, des atrocitÊs de ces conflits. Cependant, les enfants sont loin d’avoir totalement disparu des champs de bataille. Il est difficile d’estimer leur nombre, on parle aujourd’hui de dizaines de milliers d’enfants-soldats dans le monde, dont la moitiÊ sont des filles. On les retrouve principalement en Colombie, dans la rÊgion des Grands Lacs en Afrique, et en Asie du Sud. Lorsqu’ils ne s’engagent pas volontairement, ces enfants sont arrachÊs à leur village lors de rafles. Ils doivent abandonner leurs repères, leur identitÊ et sont soumis à une  formation  militaire. Les

commandants dÊtruisent les enfants psychologiquement en les forçant souvent à tuer des proches et en les plongeant dans la drogue. Ils sont manipulÊs, battus et torturÊs pour les transformer en  animaux  dÊpourvus de sentiments et prêts à tout. On les envoie ensuite en première ligne oÚ ils se font massacrer. De la chair à canon bon marchÊ : contrairement aux soldats adultes, on ne les paie pas. Pourquoi existe-t-il encore tant d’enfants-soldats dans le monde ? Notamment parce que les conventions des droits humains ne prÊvoient pas de sanctions pour les contrevenants. Le seul organe de contrôle existant à ce jour est le ComitÊ des droits de l’enfant, mais son action est limitÊe à conseiller et encourager les États signataires à ne pas utiliser d’enfants-soldats. Il n’existe pas de forces armÊes les obligeant à respecter les conventions ratifiÊes.



  

première peine, marquant une avancÊe historique dans la lutte contre l’impunitÊ. Les juges ont condamnÊ le commandant congolais Thomas Lubanga à 14 ans de prison pour avoir enrôlÊ des enfants-soldats en 2002 et 2003. Dans son jugement, la cour n’a en revanche pas retenu les accusations de violences sexuelles contre des enfants-soldates de moins de 15 ans. Le bras droit du commandant congolais, Bosco Ntaganda, sous le coup d’un mandat d’arrêt international, est toujours libre. Il a montÊ un nouveau groupe de rebelles avec l’aide du Rwanda.

arabe a ÊtÊ porteur d’espoir en Égypte ou en Tunisie, d’autres soulèvements ont ÊtÊ rÊprimÊs dans le sang, comme au YÊmen ou encore en Syrie. Ces dernières annÊes, en Asie pacifique, le Viêtnam et le Myanmar (Birmanie) ont fait de la libre expression d’opinions dissidentes une nouvelle infraction pÊnale. De son côtÊ, la Chine a condamnÊ plusieurs dissidents politiques à des peines pouvant aller jusqu’à 10 ans de prison. Enfin, la Russie a encore durci son arsenal contre la libertÊ d’expression, avec notamment la condamnation des chanteuses du groupe punk Pussy Riot.

Droit des femmes epuis de nombreuses annÊes, Amnesty International se mobilise pour faire avancer les droits des femmes dans le monde. Bien que de nombreux traitÊs et conventions internationaux consacrent l’ÊgalitÊ femmes-hommes et reconnaissent les droits sexuels, reproductifs, Êconomiques et sociaux des femmes, celles-ci sont toujours considÊrÊes comme des citoyens de seconde zone. Elles sont mariÊes de force, sont victimes de violences conjugales, se voient refuser l’accès à la contraception ou sont victimes de violences sexuelles. Nombre d’entre elles se mobilisent et risquent parfois leur vie pour leurs droits. C’est d’ailleurs à ces femmes  dÊfenseurs  que nous devons une grande partie des avancÊes obtenues en matière de droits des femmes. Selon les estimations de 2012, 150 millions de filles de moins de 18 ans auraient ainsi dÊjà subi une forme de violence sexuelle. On estime aussi que 3 millions d’avortements à risque ont ÊtÊ pratiquÊs sur des filles âgÊes de 15 à 19 ans dans les pays en dÊve-

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Enfants-soldats

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onformÊment au droit international, les États ont l’obligation de poursuivre et de juger quiconque porte atteinte aux droits humains. Pourtant, de nombreux crimes perpÊtrÊs par des dirigeants politiques et des groupes armÊs Êchappent encore à la justice. Ceci est particulièrement vrai pour les crimes commis en temps de guerre, comme l’enrôlement d’enfants-soldats, les violences sexuelles ou le recours à des armes non conformes au droit international. En juillet 2012, la Cour pÊnale internationale (CPI) a prononcÊ sa

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LibertÊ d’expression

Actes de torture

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Lutte contre l’impunitÊ

Kaboul, Afghanistan, 2004 La burqa est à ll’origine origine le vêtement traditionnel des tribus pachtounes en Afghanistan. Mais cette tenue est devenue aux yeux du monde le symbole du rÊgime des talibans en Afghanistan, qui ll’ont ont rendue obligatoire. Mais elle est loin d’avoir disparu après leur chute. Photographe Photogra g phe :

Teun Voeten

loppement, faute d’un cadre lÊgal et sÝr. En Afrique, selon l’Organisation mondiale de la santÊ (OMS), 100 à 140 millions de femmes et de jeunes filles ont ÊtÊ victimes de mutilations gÊnitales fÊminines (MGF) en 2011. Bien que la proportion de filles soumises à ces pratiques soit en baisse dans certains pays, plus de 3 millions de filles dans le monde restent menacÊes de telles mutilations chaque annÊe. En Belgique, Amnesty International a fait de la lutte contre les violences conjugales une prioritÊ. Une femme sur sept serait victime de violence domestique dans le pays (violences psychologiques, sexuelles, physiques, financières ou encore verbales). Pour briser le silence, l’organisation mène rÊgulièrement des campagnes de sensibilisation. Dernières actions en date : une campagne avec les opticiens Alain Afflelou pour  ouvrir les yeux sur les violences conjugales , un guide pratique pour sortir de la violence ou encore un dÊpliant distribuÊ à 50 000 exemplaires en Belgique.



  


Des remerciements qui humanisent un travail de l’ombre Quand le travail d’Amnesty International est suivi de rÊsultats, ils sont souvent peu spectaculaires aux yeux du grand public. Une nouvelle loi votÊe, une autre abrogÊe, des mentalitÊs qui Êvoluent : les avancÊes engrangÊes par l’ONG sont peu palpables. Alors, quand les individus en danger suivis par Amnesty se manifestent dans des lettres et des messages, c’est le travail quotidien des employÊs et des membres de l’organisation qui est rÊcompensÊ. Ces remerciements humanisent le combat. En voici un très bref aperçu, actuel ou passÊ.

Birmanie, Mong Tai Army (MTA), 1994 Enfants-soldats de l’armÊe des Seigneurs. La MTA comprenait une  branche  constituÊe d’enfants, la plupart des orphelins ou des enfants issus des villages montagnards pauvres de la rÊgion. Ils recevaient une Êducation scolaire et militaire. Photographe :

Thierry Falise

Nadia Tolokonnikova Russie

Eynoulla Fatullayew AzerbaĂŻdjan

Patrick Okoroafor NigĂŠria

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ÂŤ Devoir de regard Âť, exposition itinĂŠrante Lâ&#x20AC;&#x2122;exposition photographique itinĂŠrante dâ&#x20AC;&#x2122;Amnesty International dĂŠbute le 15 mars Ă Bruxelles. Elle parcourra plusieurs grandes villes et sâ&#x20AC;&#x2122;arrĂŞtera dans une trentaine de localitĂŠs durant toute lâ&#x20AC;&#x2122;annĂŠe. EntrĂŠe gratuite partout. Bruxelles Du 15 au 29 mars, palais de justice (du lundi au vendredi de 8 h 30 Ă  17 h 30) Namur Du 20 avril au 10 mai, FacultĂŠs universitaires Notre-Dame (7j/7 de 9 h Ă  17 h) Liège Du 15 mai au 1er juin, hĂ´tel de ville (du lundi au samedi de 9 h Ă  17 h) Charleroi Du 7 au 21 octobre, Maison de la laĂŻcitĂŠ, rue de France 31 (7j/7 de 9 h Ă  17 h) Mons Du 25 octobre au 10 novembre, Le Manège-Maison Folie, rue des Abalestriers 8 (7j/7 de 9 h Ă  17 h) Louvain-la-Neuve Du 20 novembre au 8 dĂŠcembre, UCL, Halles, salle des Tapisseries, place de lâ&#x20AC;&#x2122;UniversitĂŠ (semaine de 9 h Ă  17 h, w-e de 11 h Ă  17 h) www.devoirderegard.be â&#x20AC;&#x201C; 02 538 81 77

Parcours pĂŠdagogique : sensibiliser les ÂŤ citoyens de demain Âť l est important de sensibiliser les jeunes Ă la question des droits humains Âť, estime ZoĂŠ Spriet, responsable du secteur jeunes dâ&#x20AC;&#x2122;Amnesty International Belgique francophone. Ă&#x20AC; lâ&#x20AC;&#x2122;occasion de lâ&#x20AC;&#x2122;exposition ÂŤDevoir de regardÂť, lâ&#x20AC;&#x2122;association a dĂŠcidĂŠ de mettre sur pied un parcours pĂŠdagogique. DestinĂŠ Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;ensemble des classes du secondaire et au milieu ĂŠducatif, ÂŤ ce parcours sâ&#x20AC;&#x2122;articule autour dâ&#x20AC;&#x2122;un guide distribuĂŠ prĂŠalablement aux professeurs et aux ĂŠducateurs. Il comprend sept activitĂŠs

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dâ&#x20AC;&#x2122;une photo. Ceux-ci doivent interprĂŠter et imaginer un contexte. Pendant la visite, les jeunes retrouvent le clichĂŠ analysĂŠ et comparent le rĂŠsultat avec leur rĂŠflexion initiale. Le but dâ&#x20AC;&#x2122;un tel parcours pĂŠdagogique ? ÂŤ Tout dâ&#x20AC;&#x2122;abord, faire dĂŠcouvrir aux jeunes le travail de vrais professionnels. Ensuite, les faire rĂŠflĂŠchir sur lâ&#x20AC;&#x2122;intention du photographe et aborder avec eux les diffĂŠrents thèmes des droits humains ĂŠvoquĂŠs dans les photos. Enfin, le plus important, les faire agir. Âť

autour de certaines photos de lâ&#x20AC;&#x2122;exposition. Lâ&#x20AC;&#x2122;objectif est de prĂŠparer les ĂŠlèves avant la visite. Âť En effet, si la photo est un point dâ&#x20AC;&#x2122;entrĂŠe privilĂŠgiĂŠ pour la discussion et le dĂŠbat, selon lâ&#x20AC;&#x2122;organisatrice, elle possède aussi ses limites. ÂŤ Certaines photos peuvent ĂŞtre choquantes. Câ&#x20AC;&#x2122;est pour cela que nous ciblons les jeunes de plus de 12 ans et que nous demandons aux professeurs de bien les prĂŠparer. Âť Citons un des ateliers : le professeur donne aux ĂŠlèves un ĂŠlĂŠment dĂŠcoupĂŠ



  

Ă&#x20AC; la fin de la visite, les enfants sont dâ&#x20AC;&#x2122;ailleurs invitĂŠs Ă prendre leur stylo pour ĂŠcrire des cartes de soutien aux familles des victimes dĂŠfendues par Amnesty. Ils peuvent ĂŠgalement signer des pĂŠtitions. ÂŤ Nâ&#x20AC;&#x2122;oublions pas que ces jeunes sont des citoyens de demain et quâ&#x20AC;&#x2122;il est primordial de les conscientiser. Âť â&#x2013;  Ca. F. Ă&#x2030;diteur responsable : Thierry Dupièreux, route de Hannut 38 â&#x20AC;&#x201C; 5004 Bouge


Devoir de regard — Le catalogue  

Le catalogue de l'exposition Devoir de regard publié en partenariat avec L'Avenir.

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