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Depuis 1971

mars 2013 / 3€20 N°172

www.amisdelaterre.org

Ouvrir un vrai débat énergétique


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ACTIONS

Les Amis de la Terre en nombre à la CHAINE HUMAINE pour l’arrêt du nucléaire civil et militaire Le 9 mars 2013, des milliers de citoyens se sont réunis pour dire STOP au nucléaire et faire pression sur les décideurs politiques et économiques. L’heure est à la mobilisation alors que se préparent un débat tronqué et des décisions qui engageront notre pays dans des choix énergétiques fondamentaux.

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© Gérard Caby, Gérard Eripret, Rose Frayssinet, Jean-Marie, Aurélie Schild.

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Les Amis de la Terre Côte d'or, Nord, Seine-et-Marne, Midi-Pyrénées, Paris et de nombreux militants des Amis de la Terre ont répondu présent à l'appel du Réseau Sortir du Nucléaire !

Des actions pour renforcer les liens dans la fédération Avec la multiplication des luttes locales, nationales et, même internationales, comment créer des synergies entre les actions des différents groupes locaux et celles du secrétariat fédéral qui réunit les salariés à Montreuil ? C'est en partant de cette question que des outils et actions ont été proposés et vont être mis en place progressivement : • Des réunions téléphoniques régulières sont organisées depuis février 2013 : animées par des salariés du Secrétariat fédéral, elles sont ouvertes aux membres de groupes locaux et permettent d’échanger de l’information sur les activités de chacun. Une lettre d'information est ensuite diffusée à l'ensemble du réseau avec les coordonnées des différentes personnes contacts aussi bien au sein des groupes locaux que du secrétariat. Nous invitons tous les groupes locaux à rejoindre ces réunions ! • De nouvelles listes d'échanges électroniques : une dizaine de listes d'échanges thématiques sont proposées et deux listes générales vont être créées. La première, (at.reseau) constituera le principal canal d'information du réseau : il s'agira uniquement d'une liste de diffusion, sans possibilité d'ouvrir un débat, pour limiter la prolifération d'emails. Cette liste sera à l'usage exclusif des groupes locaux ou associés. Pour compléter cet outil, et pour répondre au besoin de débat, une autre liste sera créée (at.discussion) et sera remplacée, à moyen terme, par un forum. Ce forum sera créé sur notre Intranet qui est également en train de subir un important toilettage pour que l'information soit beaucoup plus accessible. • Des journées d'échanges seront organisées en 2013, dans la continuité de celles mises en place les années précédentes. Le calendrier de ces journées d'échange est en cours de finalisation.

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SyLvAIN ANgeRAND

Chargé du développement du réseau sylvain.angerand@amisdelaterre.org / 02 85 50 00 10


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Edito

SOMMAIRE

Quelle transition face à quelle crise ?

2 > ACTIONS • Les Amis de la Terre à la Chaîne humaine • Des actions pour renforcer les liens dans la fédération

« La » crise ! On ne le répètera jamais assez : parler de crise est une escroquerie intellectuelle et politique. Intellectuelle parce qu'une crise fait référence dans la pensée générale à un moment difficile mais passager (crise de nerf, crise de l'adolescence...). Politique parce que ce mot nous laisse à croire qu'il y a des solutions, pire que ça passera avec le temps... Ceux qui disent que la crise est « économique » rajoutent un mensonge supplémentaire : si on pouvait parler de crise, il faudrait au moins reconnaître qu'elle est systémique ! Car en réalité c'est bien le système qui est à bout de souffle, un système fondé sur le productivisme qui s'est emballé vers un inévitable effondrement en passant du capitalisme de production au capitalisme financier. Avec des « dégats collatéraux » humains, sociaux et environnementaux tels qu'il n'y a plus de retour possible à un état antérieur. Il est donc indispensable de repenser notre façon de vivre ensemble, nos productions et nos consommations, en les basant sur le potentiel limité de notre planète, la nécessité de préserver tout ce qu'elle nous offre, et de partager ces biens équitablement entre tous les habitants de notre Terre. Ce sont les fondamentaux de l'espace écologique, concept central des sociétés soutenables. Tant qu'on n'aura pas changé de paradigme, la « transition » ne sera qu'un leurre. Le débat actuel sur la transition énergétique en est une parfaite illustration. L'énergie est indispensable au système économique productiviste. Et au lieu d'interroger la validité de ce système dans un vrai débat citoyen de choix de société, aujourd'hui ce sont les « experts » qui, à travers leurs « scénarios énergétiques », comparent les mérites respectifs de telle ou telle énergie au regard de leur coût (économique, certainement ! Environnemental et humain...c'est moins sûr !) et de leur productivité, de sorte que les options qui seront retenues soient compatibles avec les sacro-saintes compétitivité et croissance. Les Amis de la Terre ne pouvaient évidemment pas s'inscrire dans ce processus. Mais nous pouvons, nous devons le dénoncer, soit au sein des débats locaux officiels, soit en dehors en organisant nos propres moments d'information et de débat. Nous avons voulu avec le dossier de cette Baleine alimenter votre, notre réflexion sur ce thème. Il me reste donc à vous souhaiter une bonne lecture !

> MArTINe lAPlANTe Présidente des Amis de la Terre France

4 - 6 > INTerNATIONAl • L'indécente « empreinte terre » de l'Europe • Plantes pesticides brevetées, à quand un débat de fond ? • Un pas vers la responsabilisation des multinationales 7 > NATIONAl • Tout grand projet est inutile • Les Amis de la Terre en Savoie contre le TGV Lyon-Turin 8 > reGIONS Apple empoisonne la planète ! • Une scierie démesurée à l'assaut du Morvan •

9 - 14 > DOSSIer - OuvrIr uN vrAI DébAT éNerGéTIque • L’impossible débat énergétique français • Qu'attendre de ce débat ? • Pour une réappropriation des enjeux énergétiques par les collectivités et les citoyens • Débat énergétqiue : où sont passés les enjeux internationaux ? • Ouvrir le débat international des hydrocarbures 15 > COIN DeS lIvreS • La « Troisième révolution industrielle » • Madagascar, jusqu’au bout de la Terre 16 > PrATIque, HuMeurS • Bravo aux lauréats de notre appel à projet • Caca, Oh !

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La Fédération des Amis de la Terre France est une association de protection de l’Homme et de l’environnement, à but non lucratif, indépendante de tout pouvoir politique ou religieux. Créée en 1970, elle a contribué à la fondation du mouvement écologiste français et à la formation du premier réseau écologiste mondial - Les Amis de la Terre International - présent dans 77 pays et réunissant 2 millions de membres sur les cinq continents. En France, les Amis de la Terre forment un réseau d’une trentaine de groupes locaux autonomes, qui agissent selon leur priorités locales et relaient les campagnes nationales et internationales sur la base d’un engagement commun en faveur de la justice sociale et environnementale. Contactez-nous : Les Amis de la Terre France • 2B, rue Jules Ferry • 93100 Montreuil • Tél. : 01 48 51 32 22 • Mail : france@amisdelaterre.org

Le Courrier de La Baleine n°172 « Se ranger du côté des baleines n’est pas une position aussi légère qu’il peut le sembler de prime abord. »

Mars 2013 • n° CPPAP : 0317 G86222 - ISSN 1969 - 9212

Depuis 1971 Dans ce numéro, les adhérents des Amis de la Terre à jour de cotisation, retrouveront une invitation à l'Assemblée fédérale 2013 ainsi qu'un bulletin d'inscription et une enveloppe T.

Directrice de la publication Martine Laplante Rédactrice en chef Caroline Prak Coordinateur du dossier Philippe Collet Rédacteurs Amis de la Terre Côte d’Or, Sylvain Angerand, Bénédicte Bonzi, Anne Bringault, Melissa Cahuata Corrales, Maxime Combes, Martine Degrave, Alain Dordé, Camille Lecomte, Ronack Monabay, Cloé Przyluski, Marion Richard, Aurélie Schild, Viviana Varin Communication, relations presse Caroline Prak • caroline.prak@amisdelaterre.org • 01 48 51 18 96 Image de couverture, crédit : 22avril2012.net Maquette Nismo Carl Pezin • www.nismo.fr Impression sur papier recyclé Offset cyclus 115g/m2 avec encres végétales • Stipa • 01 48 18 20 50 Ce document a été réalisé avec le soutien financier de l’Union européenne. Son contenu relève de la seule responsabilité des Amis de la Terre et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant les positions de l’Union européenne.


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INTERNATIONAL

L’indécente « empreinte terres » de l’Europe Tous les biens consommés impliquent une part de terres utilisées au cours du processus de production. La pression qu'exerce l'Europe sur cette ressource est aujourd'hui insoutenable. En Europe, les hauts niveaux de consommation et l'appétit insatiable en viande, produits laitiers, textiles, etc. nécessitent de grandes surfaces de terre : 4,3 m² pour une tasse de café, 6,7 m² pour 1kg de porc, 150 m² pour une voiture. Pour faire face à la surconsommation des Européens, de vastes superficies sont mobilisées sur toute la planète. La Terre n’étant pas extensible, et la consommation mondiale étant en hausse, l’accès aux terres se heurte à de sérieuses limites physiques. La consommation de terres varie considérablement d’une région du monde à l’autre. De fait, les pays industrialisés, et l’Europe, consomment bien plus que leur part. L'Europe importe l'équivalent de plus de cinq fois la superficie de la France, principalement pour satisfaire sa consommation de biens agricoles.

La terre, une ressource limitée Près de 38 % de la surface mondiale en terres sert actuellement à l’agriculture. L’Europe est importatrice de terres situées en Chine, au Brésil et en Argentine (cf. graphique). Il faut noter

qu’en réalité, l’Europe importe aussi de vastes terres non agricoles, en particulier par le biais des produits forestiers. Cette avidité croissante pour le foncier a des conséquences écologiques et sociales, dont l’accaparement des terres qui touche surtout les pays du Sud. 78 %

des terres accaparées le sont pour la production agricole, dont les trois quarts pour les agrocarburants. Réduire l’empreinte terres de l’Europe implique une baisse radicale de l'ensemble de nos consommations, à commencer par celle de viande. Actuellement, pour limiter la pression sur les terres, les rendements agricoles ont été augmentés. Cette intensification de se solde souvent par une détérioration de l’environnement. Parallèlement à une baisse de la consommation, il faut que l’Europe élabore des politiques intérieures et commerciales qui encouragent d'autres modes de production plus soutenables, respectueux des processus naturels des sols et des écosystèmes environnants, tout en réduisant le recours aux pratiques agricoles industrielles responsables de dégâts sociaux et écologiques colossaux, comme l’emploi d’engrais de synthèse et de pesticides.

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CAMIlle leCOMTe

Chargée de campagne • Modes de production et de consommation responsables

Forum social mondial Un Espace Climat pour reprendre la main Sur la très longue route de la justice climatique, les mouvements sociaux et écologistes se confrontent à des gouvernements, multinationales et marchés financiers prêts à tout pour faire perdurer un modèle qui dévaste les écosystèmes et les populations. Leur « économie verte » ne fait qu'étendre l'emprise de la finance1, des multinationales et des technologies destructrices (OGM, biologie de synthèse, agro-carburants, géo-ingénierie...) sur nos vies et la planète. La situation est telle que nous pourrions avoir le sentiment d'être démunis et impuis-

sants. Pourtant, depuis leurs territoires, leurs lieux de vie, de travail ou de production, à travers leurs communautés locales et leurs organisations, des hommes et des femmes résistent et se dressent contre ces logiques criminelles et expérimentent des pratiques alternatives grandeur nature (agroécologie, souveraineté alimentaire, circuits courts, éco-habitat, pratiques de sobriété et d'efficacité énergétiques). Tel est l'objectif de l'Espace climat au Forum Social Mondial porté par plus d'une quarantaine d'organisations internationales : travailler ensemble, de façon

horizontale et en mélangeant les acteurs, anciens et nouveaux, en liant les luttes sociales avec les luttes environnementales, en regroupant les syndicats, paysans, femmes, indiens, migrants, organisations communautaires, indignés, mouvements Occupy, pour redéfinir une stratégie collective et entamer une longue route commune qui puisse renverser le cours des choses.

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MAxIMe COMbeS

1/ Voir la déclaration « Il est temps de mettre fin au marché carbone européen » http://scrapthe-euets.makenoise.org/francais/

Pour suivre l'Espace climatique : • un site avec toutes les informations : http://www.climatespace2013.org/ • contacter les organisateurs : climatespace.tunis@gmail.com • sur Twitter : compte @ClimateSpace et Hashtag : #climatespace • sur Facebook : http://www.facebook.com/ClimateSpace2013?ref=hl


INTERNATIONAL

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Plantes pesticides brevetées, à quand un débat de fond ?

Lors de ces derniers mois, les faucheurs volontaires ont exprimé dans les tribunaux un ras-le-bol d’une justice qui refuse de jouer son rôle de « régulateur ». En défendant des lois que les associations jugent « liberticides », les tribunaux nient le danger lié aux OGM. Pour la société civile, force est de constater que le principe de précaution n’est toujours pas reconnu pour légitimer les actions des opposants. A quelques mois d’intervalle le 26 novembre 2012 en France et le 15 janvier 2013 en Belgique, les faucheurs volontaires ont signifié en quittant les salles d’audiences que les questions retenues par ces derniers ne correspondaient pas aux enjeux de société que représentent les OGM. A Tours (Indre-et-Loire) en novembre 2012 aurait dû avoir lieu le premier procès permettant d’aborder la question des « plantes mutées ». Ces fameuses plantes résistantes aux pesticides après avoir subi des modifications génétiques par « mutation », demeurent pourtant exclues du champ d’application de la directive 2001/18, (ce qui veut dire, entre autres, qu’elles ne sont pas évaluées, et qu’on ne sait pas non plus où elles sont cultivées). Pour le tribunal de Tours, cette action relevait de la destruction en réunion, pas question de mettre sur le tapis le débat de fond : la définition des OGM ! Alors que seulement 3 personnes avaient été retenues, que le juge refusait de considérer les comparants volontaires, les inculpés, leurs avocats et les témoins ont quitté le tribunal. Le verdict devrait tomber courant mars 2013, il a été demandé entre autres des amendes de 300 euros pour les témoins qui ont quitté la salle pour « refus de témoignage » !

© G.de crop

Les « clones pesticides brevetées », comme les nomme Jean-Pierre Berlan1, connues sous le nom d’OGM « organismes génétiquement modifiés », continuent via les actions de la société civile, à alimenter les débats au sein des tribunaux.

Action de soutien aux militants du procès de Termonde (Belgique) en janvier 2013.

A Termonde (Belgique), même refus de la Cour, pas de considération des comparants volontaires, par contre cette fois-ci, la juge refuse d’entendre les témoins. Cette position vécue comme un déni de démocratie pour les inculpés a entraîné là-bas aussi la désertification de la salle.

Résister et mobiliser encore Ces événements nous rappellent que les OGM sont présents également par des cultures ou essais en Europe sans que nous puissions en être informés, ou nous y opposer en amont. Ils nous montrent aussi, qu’au-delà de ces actions, nous devons continuer à informer sur les OGM pour casser « l’effet moratoire ». En effet, trop nombreuses sont les personnes qui croient que le fait d’avoir obtenu un moratoire sur le maïs MON 810 signifie que nous n’avons pas d’OGM en France. Il n’en est rien ! D’une part parce que nous importons des OGM, via l’alimentation animale, mais aussi pour les agrocarburants ou dans nos vêtements ! D’autre part parce

qu’il y a un réel problème de définition par rapport aux autres techniques : mutagénèse, cisgénèse…2 Les OGM sont un danger parce qu’ils ne correspondent en rien à la mise en œuvre de sociétés soutenables. Ils ont pour objectif le profit, et sont la négation même tant de l’autonomie que de la souveraineté alimentaire. Parce que les Amis de la Terre exigent la transparence et s’opposent à la coexistence en plein champs, ils ont pris part lors de la « faites sans OGM » 5°édition, à un tribunal qui s'est tenu le 17 Mars 2013 au Thor (Vaucluse) afin de connaître la position de la société civile sur la présence d’OGM dans les pots de miel. Accepteront-ils comme le propose l’Europe de changer la réglementation qui encadre le miel ? Ou bien choisiront-ils de continuer à nommer le miel : miel, et d’appeler par contre les OGM par leur véritable signification « des clones pesticides brevetés » ?

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béNeDICTe bONzI

Les Amis de la Terre Vaucluse 1/ Agronome et économiste, ancien directeur de recherche en science économiques à l’INRA 2/ http://www.infogm.org/spip.php?article4866


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INTERNATIONAL

Un pas vers la responsabilisation des multinationales

© Pierre Crom/Amis de la Terre International

En jugeant coupable une filiale de Shell pour la pollution des terres agricoles d’Ikot Ada Udo au Nigeria, un tribunal néerlandais offre une victoire significative pour l’environnement.

© Brian Shaad/Milieudefensie

Les agriculteurs à l’origine de la plainte devant la Cour aux Pays-Bas.

Fuite de pétrole dans le village d’Oruma.

A cet égard, Geert Ritsema estime qu’il En janvier 2013, une filiale de la multinaest incompréhensible que le tribunal n’ait tionale Royal Dutch Shell a été condamnée jugé Shell que sous prétexte de sabopour la première fois, pour des domtage. Selon elle, le tribunal mages environnementaux s’est laissé convaincre causés à l’étranger, devant son propre tribunal « Ce verdict offre mais Milieudefensie reste convaincu que le mauvais national. Ce procès était de l'espoir à entretien est à l’origine porté par Milieudefensie (les fuites. Geert Ritsema Amis de la Terre Pays-Bas) d'autres victimes des estime que même si les et quatre agriculteurs fuites avaient été liées à nigérians alors que des de pollutions du sabotage, Shell ne terres sont souillées depuis les années 1950 causées par des pouvait pas laisser 7 000 km d’oléoducs et des par le déversement de millions de barils de pétrole. multinationales. » centaines d’installations Les agriculteurs ont exigé > Geert ritsema non protégées dans une politiquement le nettoyage de la pollution Milieudefensie région instable et économiquecausée, une indemnisament sous-développée. tion et l’entretien des oléoducs responsables des pollutions. Cas de Goi et Oruma Pour Geert Ritsema de Milieudefensie : « Ce verdict est une grande nouvelle pour La relation avec la maison mère dans le cas les habitants d’lkot Ada Udo et offre de des villageois d’Oruma et Goi, également l’espoir à d’autres victimes de pollutions jugé, n’a en revanche pas été prouvée. Le causées par les multinationales ». Suite à tribunal n’a pas reconnu la responsabilité de cette condamnation, les Amis de la Terre Shell car estime que Milieudefensie n’a pas France expriment leur satisfaction bien pu prouver que la maison mère, Shell, basée que la cour ait seulement reconnu que aux Pays-Bas, détermine les affaires quotil’entreprise n’avait pas pris les mesures diennes de la filiale nigériane. Cela même si nécessaires afin de remédier aux fuites le siège détient 100 % des actions de la filiale soi-disant causées par des actions de et que ses bénéfices sont intégralement sabotage. « rapatriés » aux Pays-Bas !

En vertu des lois existantes, Shell ne peut être tenu responsable sur la base de ces seuls faits. Les demandeurs doivent démontrer que les décisions proviennent effectivement du siège aux Pays-Bas. Or, l’accès aux documents internes de Shell n’a pas été imposé par le tribunal : il est donc très difficile de prouver l’action directe que la maison mère exerce sur sa filiale… Les demandeurs feront appel, en arguant du principe de responsabilité de Shell en tant que maison mère. Pour Paul de Clerck, des Amis de la Terre Europe : « De nombreuses entreprises européennes sont impliquées dans des situations similaires à celle de Shell… Nous voyons une lacune évidente dans la législation de l’UE. Elle permet aux maisons mères européennes d’empocher les bénéfices d’une filiale à l’étranger, mais ces sociétés ne peuvent pas être tenues responsables des dommages qu’elles causent en faisant du profit ». C'est pour dénoncer ce vide juridique que les Amis de la Terre France ont lancé la campagne CRAD40. Soutenez cette campagne et exigez de vos députés une législation reconnaissant la responsabilité juridique des maisons mères vis-à-vis de leurs filiales à l’étranger !

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MelISSA CAHuATA COrrAleS

>> Lancée en octobre dernier, la campagne des Amis de la Terre sur le CRAD40 vise à l'adoption d'une loi reconnaissant la responsabilité des maisons mères pour les dommages causés par leurs filiales. Signez la pétition sur www.crad40.com.


NATIONAL

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De Notre-Dame-des-Landes au Grand Paris, de la ligne TGV Lyon-Turin et LGV Sud-Ouest à l'EPR de Flamanville, les pouvoirs publics veulent nous imposer de faramineux projets d’urbanisation, d'aménagement du territoire, de sites industriels, sous couvert de progrès, de désenclavement des territoires, de création d’emplois et de développement local. Ces arguments cachent en réalité des intérêts tout autres. A Nantes, le projet de « futur nouvel aéroport », a connu bien des avatars depuis quarante ans : lieu d'accueil du Concorde, « Rotterdam aérien » et autres faramineux projets qui n'ont jamais vu le jour. Aujourd'hui, il s’inscrit dans un plan global pour la compétitivité économique de la région Grand Ouest, censé attirer investissements et entreprises. Mais ici comme ailleurs, le « développement loca l» va consister d’abord à bétonner des terres agricoles, un écosystème précieux, à détruire des lieux de vie. A Paris et dans sa région, un projet semblable, le Grand Paris, qui trouve sa justification apparente dans l'amélioration du réseau des transports, vise en fait à reconfigurer les pôles urbains au mépris du cadre de vie, et bien-sûr de la volonté des populations. Ce projet va renforcer encore plus l’hypertrophie de l’Ile-deFrance, préjudiciable aux autres régions, en concentrant l'activité économique et l’emploi sur quelques pôles (La Défense, Saclay, Grand Roissy…). Ces grands projets s'inscrivent dans un processus de métropolisation où les capitales régionales et nationales se livrent à une âpre concurrence visant à attirer les capitaux et les classes aisées. Nantes concurrencera Toulouse ou Bordeaux, Paris, Londres ou Tokyo, et tout autour, ça sera le désert. Les points communs entre ces projets sont nombreux, du déni de démocratie à une politique menée au seul profit des multinationales, de la destruction des

© David Cochard

Tout grand projet est inutile

« l’aéroport et son dernières terres agrimonde ». coles à l'accentuation « Ces gigantesques A ce modèle, nous du réchauffement cliopposons un monde matique et des projets dessinent inventé par nous touatteintes aux écosyste-s. Nous sommes tèmes, avec bien un monde dont capables de (re)créer entendu encore plus de spéculation foncière nous ne voulons pas, nos propres quartiers, nos propres territoires, et tout le cortège des nous dépossédant écologiques et popuexpulsions, exclusions, laires, sur la base d'acgentrification, privatisade nos territoires tivités de production et tion et aménagement d'échanges relocalisécuritaire de l'espace comme de nos choix sées, de transports en public. Aujourd'hui, tout grand de modes de vie. » communs de proximité, de circuits courts de projet, quelques soient distribution. Nous les motifs qui le justifie, sommes tout autant capables de les est inutile pour la grande majorité de la gérer, sur la base de processus démopopulation, forcément imposé du fait cratiques eux aussi relocalisés, fédéraux, même de son échelle, et néfaste en fin de participatifs, visant à une responsabilisacompte. tion de l'ensemble des citoyens. Pour Ces gigantesques projets dessinent un que fleurissent et s'épanouissent mille monde dont nous ne voulons pas, nous petits projets utiles et décidés par tous. dépossédant de nos territoires comme du choix de nos modes de vie. > AlAIN DOrDé Pour nous, il s'agit bien, à l'exemple de Notre-Dame des landes, de combattre

Les Amis de la Terre en Savoie contre le TGV Lyon-Turin Le groupe local de Savoie est membre de la coordination des opposants au Lyon-Turin aux côtés d’organisations de la société civile et d’élus. Suite au rapport de la Cour des comptes mettant à jour un manque de sérieux du projet, en janvier 2013, la coordination a adressé une lettre au Premier ministre et autres décisionnaires du dossier. Ils ont été mis en garde

contre le risque « d’erreur manifeste d’appréciation » et la méconnaissance du « principe de précaution » notamment en regard du coût du projet. En mars un courrier d'informations a aussi été adressé aux parlementaires. Les Amis de la Terre Savoie sont opposés au projet Lyon-Turin tel que proposé mais sont favorables à l’examen de tout autre

projet de report modal de la route vers le rail (voyageurs et marchandises) à partir de l’amélioration des voies existantes, qui prendra en compte la question essentielle de la suppression des transports inutiles et proposera un réseau ferré (fret et TER) d’un 21ème siècle, sobre et soutenable pour les hommes et la planète.

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CArOlINe PrAK

Plus d’informations sur : http://amisdelaterre.org/Les-Opposants-au-projet.html • http://lacoordinationcontrelelyon-turin.overblog.com/ Lire la contribution des Amis de la Terre en Savoie à la Convention des écologistes sur les traversées alpines et le Lyon-Tuirin : http://amisdelaterre.org/Notre-contribution-a-la-convention.html


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RÉGIONS

© Nicolas Datiche

Apple empoisonne la planète !

Action des Amis de la Terre Paris le 23 février 2013.

Un flocon, deux flocons, Paris qui s’enneige doucement ! Un nain, deux nains… six nains mais ce sont des mineurs avec leurs pioches ! Et voici maintenant Blanche-Neige et l’horrible sorcière qui essaie de lui faire avaler une pomme empoisonnée. Un remake hivernal du dessin animé de Walt Disney ? Non, c’est une action de rue menée par les Amis de la Terre Paris face à l’Apple Store Opéra le 23 février. Pour sensibiliser le grand public au concept d’obsolescence programmée et aux impacts environnementaux et sociaux des produits high-tech, près de

500 tracts sont distribués par les nains affairés aux passants frigorifiés. Apple, la pomme, des mineurs qui symbolisent les mauvaises conditions de travail dans le secteur de l’électronique, ok. Mais Apple n’est pas le seul à empoisonner la planète. Les performances environnementales des produits high-tech s’affichent désormais dans les boutiques ou sur les sites Internet. Signe d’une meilleure prise en compte des enjeux environnementaux ? Pas vraiment si l’on observe les derniers smartphones commercialisés par deux géants du secteur, Apple et Samsung. Le

bilan de la fabrication de l’iPhone 5 émet ainsi 36 % de gaz à effet de serre de plus que celle de l’iPhone 4S, commercialisé un an plus tôt. Pas un mot affiché par contre sur les conséquences humaines et environnementales de l’exploitation minière dans les pays du Sud : destructions de ressources non renouvelables, pollutions et rythmes de travail dans les usines d’assemblage. Des impacts qui s’aggravent avec le rythme soutenu de renouvellement de ces produits et la consommation de masse qui y est liée : il se vend depuis 10 ans près de 20 millions de téléphones par an en France. Au lieu d’essayer d’allonger la durée de vie de leurs produits pour réduire l’impact de cette surconsommation, constructeurs et opérateurs usent de tous les stratagèmes pour, au contraire,en accélérer le renouvellement. Les Amis de la Terre demandent aux pouvoirs publics de lutter contre l’obsolescence programmée des biens en promulguant une loi qui : créé un délit d’obsolescence programmée, allonge la durée de garantie légale de 2 à 10 ans, impose de donner des informations substantielles au consommateur quant aux possibilités de réparation.

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MArTINe DeGrAve

Les Amis de la Terre Paris Pour en savoir plus : Rendez-vous sur les sites www.dessousdelahightech.org et www.produitspourlavie.org

Une scierie démesurée à l'assaut du Morvan Le projet de pôle de transformation bois dans le Parc naturel du Morvan mobilise l'ensemble des écologistes régionaux. A l'étude : une entreprise de sciage de résineux, une centrale de cogénération de biomasse et une usine de fabrication de granulés bois destinés à produire de l'électricité en Belgique. La menace écologique justifie l'opposition au projet : pour ses activités, le pôle aura besoin de 900 000 m3 de bois frais par an, et transformerait donc brutalement la forêt, privilégiant les plantations à courte révolution appauvrissant les sols. Cela s'ajoutant à d'autres projets plus modestes (consommant plus d'un million de m3 de bois), la menace sur l'équilibre des massifs forestiers est avérée.

Il faudra aussi défricher 89ha dans un bois de 114ha détruisant et provoquant le déplacement aléatoire de spécimen d'espèces sensibles ou protégées. Une zone humide comprenant les sources d'un ruisseau, le Sardy, classé en frayère naturelle, serait aussi asséchée. Le bilan carbone serait en outre désastreux : plus de 170 camions/jour iront chercher l'approvisionnement en bois dans un rayon de plus de 300 km... assez pour déstabiliser la trame économique régionale en instituant une concurrence pour l'accès à la ressource avec les principales scieries existantes dans un rayon de 50 km, et avec les entreprises de travaux forestiers. Avec un double avis défavorable du

Conseil national pour la protection de la nature et la suspension des arrêtés préfectoraux par le Tribunal administratif de Dijon, les procédures administratives se transforment en feuilleton judiciaire. Si la filière bois a un rôle à jouer dans la transition énergétique, elle doit surtout être dédiée à la construction, la rénovation et l'isolation de bâtiments dont l'usage permet le stockage de carbone. Le bois-énergie doit rester une activité secondaire dans le panel des énergies renouvelables et dans le cadre d'une gestion durable des forêts.

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leS AMIS De lA Terre CôTe-D’Or

Plus d’informations sur : www.adretmorvan.org


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DOSSIER

Ouvrir un vrai débat énergétique La France débat de transition énergétique. Ou plutôt, une centaine d’experts débattent des moyens de mettre en œuvre une politique énergétique strictement encadrée par le gouvernement. Les Amis de la Terre ont décidé de ne pas participer à ce débat qui dès sa préparation avait tout d’une mascarade. Entre un gouvernement qui décide seul des membres du comité de pilotage et des orientations qui dictent d’emblée les conclusions, il apparaissait clairement dès sa préparation que l’exercice serait formel et technocratique. Sans compter que de Notre-Dame-des-Landes à la politique nucléaire, le gouvernement multiplie les signaux contradictoires. Pire, les rares Français qui s’y intéressent, loin d’être écoutés, assistent en spectateur à des querelles byzantines. Pourtant, les enjeux énergiques sont directement liés aux réalités locales et aux modes de vie. Ce constat est d’autant plus déplorable, que de nombreuses voies s’offrent à un gouvernement qui placerait l’écoute des citoyens au cœur de ses préoccupations et poserait sans détour les enjeux de société qui sous-tendent les choix énergétiques.

Décentraliser le débat et le rapprocher au plus près des bassins de vie apparaît comme un des préalables indispensables à une politique énergétique réellement démocratique. De même, l’écoute des propositions de la société civile engagée dans la transition énergétique internationales devrait participer du même effort. D’autant plus que la France a son mot à dire au sein des institutions financières internationales afin qu’elles cessent leurs investissements énergétiques nuisibles. Au plan international la question de la consommation – ou non – des réserves d’hydrocarbures offre l’opportunité d’un large débat démocratique sur le partage des biens naturels et la prise en compte de la dette écologique des pays riches. Au cœur de ces discussions se trouve ce qui devrait être l’objectif même de la transition énergétique : l’élimination des surconsommations et la satisfaction des besoins fondamentaux de tous. Un choix de société que se refuse d’aborder le débat français..

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PHIlIPe COlleT


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DOSSIER - OUVRIR UN VRAI DÉBAT ÉNERGÉTIQUE

L'impossible débat énergétique français Energie et démocratie. Les deux termes ne s’opposent pas a priori et pourtant, en France, l’énergie pose de vrais problèmes à la démocratie. Accaparé par les experts, le débat énergétique refuse de questionner les modes de vie. Que dire du débat français sur l’énergie, si ce n’est qu’il s’inquiète avant tout de la production et ses aspects techniques. Certes, la consommation est abordée via les économises d’énergie, mais le sujet central reste un pour ou contre le nucléaire, le gaz de schiste ou les renouvelables. Des sujets dont s’emparent lobbyistes et experts de tous bords se querellant par scenarii interposés. Le sujet parait bien trop sérieux et compliqué pour qu’on laisse la parole au quidam. Ce débat est d’autant plus fermé qu’il est arbitré par les industriels et les hauts fonctionnaires. L’attribution des permis de gaz de schiste par le Corps des Mines est caricaturale de ce défaut de démocratie. Bernard Laponche, président de l’association Global Chance, décrit de façon édifiante1 cet « Etat technicien », cette « alliance entre technocrates et politiques ».

Faute de mieux, on débat

Mais cette parodie est contestée. Alors, depuis 20 ans le gouvernement organise tous les dix ans de grands débats nationaux. En 1994, Balladur propose aux Français un Débat national Energie et Environnement pour écouter les attentes des élus, des représentants socio-économiques et des citoyens. Le rapport Souviron qui le clôt pointe le « sentiment général d'un déficit démocratique ». Il propose donc de rééquilibrer les enquêtes publiques en s’appuyant sur des solutions locales alternatives et une meilleure écoute du public. En 2003, Juppé remet ça avec le Débat national sur les énergies. Après trois mois, cinq forums gouvernementaux et sept contre-réunions d’associations écologistes, le Comité de Sages rend son rapport. Que dit-il ? Entres autres que les économies d’énergie doivent être « l’occasion d’une interrogation sur les modes de vie et l’organisation de la société engagée dans un consumérisme non durable »2. Bonne idée, effectivement. Il pointe aussi le lobbying d'Areva justifié « avant tout pour des raisons économiques et de stratégie industrielle ». Le philosophe Edgar Morin, l'un des trois sages, juge qu’« il semble inutile de décider d’une nouvelle centrale EPR avant 2010 ». Des conclusions bien vite oubliées quand tombe huit mois plus tard la loi d’orientation qui lance le programme EPR.

Une transition énergétique verrouillée

Aujourd’hui Ayrault propose donc un troisième débat national. Sur la transition énergétique cette fois-ci. Un nouveau débat organisé autour d’un conclave d’experts aux rouages complexes. Au cœur du débat est placé le Comité national qui rassemble la centaine de représentants de sept collèges, dont celui des associations. Un second aréopage de 40 spécialistes forme un Groupe des experts chargé d’analyser les scénarios - une dizaine lui sont déjà parvenus3 - et d’éclairer le Conseil national. Les industriels bénéficient d'un Groupe de contact des entreprises créé à leur demande. Enfin, un Secrétariat supervise le débat et un Comité de pilotage (sept personnalités) assure le respect des règles. Bref, tous les ingrédients d’une discussion technocratique. Et les Français dans tout ça ? Ils sont invités à s'exprimer. Bien sûr. Dans le débat tout d’abord, avec un Comité de 15 citoyens chargé de rappeler les préoccupations des Français. À la périphérie ensuite, avec des débats territoriaux, des conférences régionales, des journées citoyennes et un site internet. Un Comité de liaison coordonne ces

« Le débat français refuse de poser clairement l’enjeu d’une prise de décision ouverte et démocratique sur l’énergie. » échanges et remonte les propositions au Comité national. Un bien léger contrepouvoir face à l’armada d’experts.

Un hors-débat surchargé

Quant au contenu il repose sur quelques questions. Quel mix énergétique ? Quels investissements ? Quels renouvelables ? Comment optimiser les consommations ? Des questions bien encadrées par les engagements préalables. Hollande promet de ramener à 50 % la part du nucléaire dans la production électrique en 2025 un objectif bien loin de la sortie du nucléaire en un, voire deux, quinquennat


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Qu’attendre de ce débat ? gétique » de François Hollande, inaugure ses engagements en finançant les sous-traitants du nucléaire. Autant de décisions qui structurent plus sûrement l’avenir que ne le fera une loi actant d’engagements généraux à l’horizon lointain. Surtout que parlement et gouvernement pourront détricoter les résultats du débat, même les moins ambitieux, comme l’ont montré les lois Grenelle et les décrets d’application.

© Réseau Sortir du nucléaire.

Nos modes de vie en question

défendue par les Amis de la Terre4 - et d’interdire la fracturation hydraulique. L’Europe fixe la part des renouvelables à 23 % en 2020 et ouvre les négociations pour 2030. Restent donc ouvertes, les questions financières et techniques. Celles relatives aux avantages et inconvénients du solaire, de l’éolien ou de la biomasse et celles relatives aux économies d’énergie ou à l’efficacité énergétique. Et encore, elles sont aussi bien encadrées par les décisions prises hors-débat. Le gouvernement va proposer prochainement un programme de rénovation thermique des bâtiments, une réforme du code minier, des mesures de fiscalité écologique sur proposition d’un comité ad hoc et des financements pour les économies d’énergie. De même, il soutient clairement certaines filières en rêvant de fusion nucléaire avec ITER, en misant sur l’hydrolien, en se lançant dans le gaz « en marinière » et en rouvrant les recherches sur la géothermie à haute température. Le parlement a validé la loi Brottes, sur les tarifs progressifs et l’éolien. Il va discuter celle de Courteau sur l’hydroélectricité. La Banque publique d’investissement, « la banque de la transition éner-

En réalité, le débat français refuse de poser clairement l’enjeu d’une prise de décision ouverte et démocratique sur l’énergie. Il ne s’agit pas de défendre une technologie ou de s’entendre sur un effort financier. Il s’agit avant tout de débatte de nos modes de vie. De cela, la plupart des experts ne veulent pas entendre parler. Ils postulent le maintien d’un système qui ne tient pas compte de l’épuisement des ressources. Une approche politique qui interroge les valeurs de notre société est pourtant urgente et indispensable. Le débat ne sera utile que s’il permet de détechniciser la question énergétique pour révéler les enjeux de société. De l’énergie pour quoi faire ? Quelle mobilité ? Quels logements ? Quelles consommations ? Quels rapports aux autres ? Autant de questions indispensables à ce que les citoyens s’approprient le débat énergétique. Pour l’instant, elles sont portées directement sur le terrain par les associations et leurs militants.

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PHIlIPPe COlleT

1/ Voir la revue Ecorev’ : http://ecorev.org/spip.php?article88 2/ Voir conclusions du rapport. Page 42. http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/sto rage/rapports-publics/034000566/0000.pdf 3/Concernant la nécessité et les limites des scénarios, voir la retranscription des points de vue de différents 4/Voir La Baleine 167 « Nucléaire. S’en sortir »

Pour en savoir plus : Les Amis de la Terre avaient exprimé leur position sur le nucléaire dans La Baleine 167, Nucléaire, en sortir : http://www.amisdelaterre.org/La-Baleine-167Nucleaire-s-en.html

À l’occasion du débat national sur la transition énergétique, les ONG et associations qu'elles aient choisi ou non de s’impliquer dans le débat officiel, portent ensemble leur vision d'un futur plus sobre et plus équitable (5). La transition énergétique que nous prônons impliquera des changements profonds dans notre société : des modes de consommations plus sobres, des activités au cœur des territoires, des emplois pérennes et non délocalisables, des sources d’énergie moins polluantes, que ce soit ici ou dans d’autres pays, et une reprise en main par les citoyens des questions qui concernent leur avenir. Les ONG et associations ont défini 14 mesures essentielles7. Parmi celles-ci figurent une obligation de rénovation thermique à terme des logements, l’arrêt de toute nouvelle infrastructure de transport routier ou aérien, une décision de sortie du nucléaire et un engagement sur un scénario aboutissant à 100 % d’énergies renouvelables en 2050, le financement effectif de la transition énergétique en déployant les outils nécessaires (BPI, banque de la transition écologique, fiscalité). Le Président de la République a présenté à maintes reprises la transition énergétique comme une priorité de la nouvelle mandature. Cependant, le gouvernement a pris un certain nombre de décisions qui vont en sens inverse et creusent l’écart entre l’ambition affichée et la réalité. Ainsi, la France continue à l’étranger à promouvoir le nucléaire comme « une filière d’avenir ». De même, plusieurs décisions sont intervenues pour privilégier le transport routier et aérien au détriment des autres modes de transports moins polluants. Difficile, dans ce contexte, de dire ce qu’il est possible d’attendre de ce débat.Néanmoins, qu’il aboutisse ou pas à un changement de cap profond des politiques nationales, le débat national sur la transition énergétique aura été utile s’il a permis de faire partager largement les enjeux et les différentes solutions préconisées pour créer les prémisses d’une transformation profonde et inéluctable. Nous souhaitons que chacun s’empare de ce moment politique pour être un ambassadeur de la transition énergétique.

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ANNe brINGAulT

Coordinatrice du débat sur la transition énergétique pour les ONG http://transitionenergetique.org/


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DOSSIER - OUVRIR UN VRAI DÉBAT ÉNERGÉTIQUE

Pour une réappropriation des enjeux énergétiques par les collectivités et les citoyens

© Marie Puech

La construction de la politique énergétique française est tenue par une élite de décideurs politiques et économiques. Ce centralisme technocratique entrave la mise en place de solutions locales adaptées aux réalités des territoires et de leurs habitants ainsi qu'aux enjeux climatiques et énergétiques. La décentralisation est l’une des clés d’une transition énergétique démocratique.

Décentralisation et transition énergétique sont fondamentalement liées, comme l'explique le délégué général d'Energy Cities en prenant l’exemple de la production électrique car « quand bien même l'électricité ne représente que 20 % de nos consommations finales, c'est le système électrique d'un pays qui surdétermine tout le reste ». En effet, une production centralisée, éloignée de tout, considérera la chaleur comme un rejet indésirable que l'on évacuera dans des tours de refroidissement, gaspillant ainsi d’énormes quantités d’énergie. De plus les gros producteurs, les gestionnaires de réseau et l'administration qui gèrent un tel système considèrent les modes de productions renouvelables et décentralisés comme quantité négligeable et source de complication.

Conjuguer solutions territoriales et objectifs internationaux

Pourtant, une production décentralisée, centrée sur la demande, proche des lieux de consommation, permet, grâce à la cogénération, de fournir électricité et chaleur. Surtout, elle répond à de vrais besoins et favorise la prise en charge démocratique des questions énergétiques par les citoyens directement concernés.

En effet, la transition dépend en premier lieu de plusieurs facteurs locaux : climat, urbanisme, ressources naturelles, dynamique en termes de population, d’économie, d’acteurs, etc. A contextes territoriaux différents, solutions différentes. Bien sûr, ces solutions doivent s'inscrire dans un cadre et des objectifs européens et nationaux qui doivent être respectés a minima. Il serait absurde d'interdire à des collectivités d'être plus ambitieuses que l'Etat ou l'UE et à ce titre, il est intéressant de rappeler que la somme des objectifs des Länder allemands en matière de développement des énergies renouvelables dépasse l'objectif fédéral. C’est pourquoi, dans l’étude « Quelle gouvernance territoriale pour la transition énergétique », le RAC-F propose un panel de mesures pour faire évoluer le système centralisé. Il est tout d'abord crucial de renforcer deux niveaux fondamentaux de gouvernance : le bassin de vie et la région.

Relocaliser la prise de décision

C'est à l'échelle du bassin de vie qu'émergent les gisements de sobriété, d'efficacité et d'énergies renouvelables et qu'il est pertinent de les analyser pour les mobiliser au mieux, dans le cadre d'une

politique climat-énergie co-construite. C'est aussi l'échelle des activités quotidiennes : habitat, travail, loisirs, mobilité locale... qui permet au mieux de mobiliser les citoyens et les acteurs locaux. Aujourd'hui, le niveau décisionnel qui se rapproche le plus de cette échelle est l'intercommunalité, qui doit donc disposer d'un bloc de compétences climat-énergie (urbanisme, mobilité, logement, énergie, information et sensibilisation des habitants...). Il est toutefois nécessaire à moyen terme d'élargir les périmètres intercommunaux pour qu'ils correspondent à l'échelle du bassin de vie. La région devra alors avoir un vrai pouvoir politique et des moyens adéquats pour assurer la cohérence de ces politiques locales entre elles et avec les orientations de la politique énergétique nationale, notamment en élaborant un schéma régional opposable sur les aspects climat, énergie et aménagement, en concertation avec l'Etat, les collectivités et les acteurs locaux. En matière de distribution du gaz et de l'électricité, il faut lever l'interdiction de créer une régie locale. L'Etat assurera les échanges et la solidarité territoriale par le fonds de péréquation de l'électricité. Les collectivités doivent également être en mesure de moduler les aides définies au niveau national (aides au logement...) et d'adapter la norme nationale aux enjeux locaux, comme c'est aujourd'hui possible dans les Territoires d'Outre-Mer (voir la Réglementation thermique de la Guadeloupe). Il s'agit également d'identifier les ressources financières et de faciliter la création d'outils. Enfin, les missions d'observation, de suivi et de contrôle doivent être renforcées – il est en particulier crucial que l'Etat réinvestisse ses missions de police de l'environnement et de contrôle de légalité. Le système centralisé actuel fait obstacle à la diffusion d'une culture de responsabilité vis-à-vis de l'usage et de la production d'énergie. Il est grand temps que citoyens et collectivités se réapproprient les questions énergétiques. C'est une question de démocratie et de transparence.

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MArION rICHArD

Chargée de mission Climat et territoires • Réseau Action Climat France

En savoir plus : Quelle gouvernance territoriale pour la transition énergétique ? http://www.rac-f.org/Quelle-gouvernance-territoriale


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Débat énergétique : où sont passés les enjeux internationaux ? La France, en prenant position dans les institutions financières, peut jouer un rôle important pour le financement de la transition énergétique. On le sait, la lutte contre les changements climatiques impose des changements drastiques. La France doit porter cet enjeu pour que le soutien international favorise des modèles sobres et renouvelables.

Révision des politiques énergétiques

Jusqu’à maintenant, la BEI, la banque publique de l’Union européenne, a dépensé 20 % de son budget dans des projets énergétiques (13 milliards d’euros en 2011). Entre 2007 et 2011, 19 milliards d’euros sont allés aux énergies fossiles, soit un tiers des prêts au secteur de l’énergie. Or, la feuille de route Energie 2050 de l’UE, que la BEI se prévaut de respecter, appelle à une baisse de 80 à 95 % des émissions de GES en 40 ans. Elle a malgré tout soutenu de nombreux projets polluants et destructeurs tels que la centrale slovène au charbon de Sostanj qui a elle seule émettra l’intégralité des GES de la Slovénie prévus par les objectifs européens pour 2050. Actuellement, elle révise sa stratégie énergie et tente de trouver un équilibre entre trois objectifs potentiellement concurrents : la sécurité de l’approvisionnement énergétique de l’UE, la compétitivité et l’action climatique. Ces mêmes questions se posent avec la BERD qui révise également sa politique énergétique. Entre 2006 et 2011, 48 % des 6,7 milliards investis dans l’énergie sont allés aux énergies fossiles. Jusqu’à maintenant, les appels à la fin des financements publics aux énergies fossiles et à la réorientation des fonds vers des alternatives durables2 sont restés lettre

© Martin Leers

Dans le cadre du débat national sur la transition énergétique, les enjeux internationaux sont absents. Un oubli regrettable, alors que la ministre de l’Ecologie souhaite que la France soit « en pointe de la lutte contre le changement climatique ». A croire qu’à l’heure où personne ne nie la nécessité d’engager des solutions globales, le gouvernement est persuadé que l’on peut se contenter d’une transition énergétique nationale. Si la France veut réellement être en pointe, elle doit défendre, au sein de la Banque européenne d’investissement (BEI) et de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), des politiques d’investissement respectant les objectifs internationaux de lutte contre les changements climatiques. Or, le Postdam Institute a évalué que les réserves d’hydrocarbures mondiales sont cinq fois supérieures à ce que nous pouvons utiliser1. Action des Amis de la Terre devant le siège français de la Banque mondiale, Paris le 1er mars 2011.

morte. Ils émanent pourtant de l’OCDE, du Parlement européen, du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et de l’Organisation internationale du travail (OIT) ! Par ailleurs, BERD et BEI sont impliquées dans de nombreux projets hydroélectriques, alors que les grands barrages ont des impacts environnementaux et sociaux dramatiques et mal contrôlés3.

Premiers pas

Récemment, les deux banques ont prouvé qu’elles pouvaient promouvoir la décarbonisation du secteur énergétique. En 2011, les prêts aux renouvelables et aux projets d’efficacité énergétique de la BEI sont passés de 32 % à 52 %. Ce sont des premiers pas encourageants, mais la vigilance reste de mise. Sous couvert de compétitivité et de sécurité énergétique, des lobbies plaident pour des politiques qui nous enferment dans des solutions énergétiques non durables. Il est inacceptable que les « améliorations » de vieilles centrales au charbon soient présentées comme de l’efficacité énergétique. Elles ne font que prolonger les nuisances de ces centrales au détriment d’alternatives sobres en carbone.

Il est pourtant possible de concilier nos besoins avec la lutte contre les changements climatiques en finançant des économies d’énergie et des alternatives réellement renouvelables qui créeraient des millions d’emplois, l’un des objectifs de ces banques en temps de crise. Les Amis de la Terre demandent que la France s’investisse dans les politiques de ces institutions. En tant qu’actionnaire principal et membre majeur de l’UE, elle a un rôle moteur à jouer. Elle doit mettre en cohérence sa volonté d’engager une transition énergétique et ses interventions au sein de ces banques. Ne nous y trompons pas, les prises de position de la France au sein de ces établissements se font en notre nom. Il est donc crucial que la France tienne compte du travail et des recommandations de la société civile mobilisée autour de ces questions.

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rONACK MONAbAY

Chargé de campagne Institutions financières internationales 1/ Voir l’article « Ouvrir le débat sur le partage des biens naturels » dans ce dossier. 2/ http://www.amisdelaterre.org/IMG/pdf/lagrandehypocrise.pdf, page 5f 3/ http://www.amisdelaterre.org/grandsbarrages.html


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DOSSIER - OUVRIR UN VRAI DÉBAT ÉNERGÉTIQUE

Ouvrir le débat international des hydrocarbures Alors qu’il n’a jamais été si urgent de réduire la consommation d’énergies fossiles, l’Equateur propose un projet à contre-courant. Avec Yasuni, le pays s’engage à ne pas exploiter une partie de ses réserves contre indemnisation. Une approche ambigüe qui pour être pleinement profitable devra tenir compte des populations locales et aborder la question de la dette écologique.

© Luka Tomac, FOEI.

nement français que d'imaginer un nouveau cadre de régulation permettant d'organiser la non-exploitation d'un certains nombre de ressources. A l’international, l’Equateur a lancé le projet Yasuni et s’engage à ne pas exploiter 850 millions de barils de pétrole contre une indemnisation financière qui tiendrait compte des émissions de CO2 évitées. Pour la première fois, une initiative repose sur la sortie volontaire des énergies fossiles et proPeinture murale réalisée lors de la Conférence Climat de l'ONU pose d’aller au-delà des à Durban (Afrique du Sud) en décembre 2011. discours. Surtout, elle place les pays riches devant leurs resPour limiter la hausse de la température ponsabilités et leur incapacité à remettre à 2 °C, voire 1,5 °C, il faudra impérativeen cause leurs modes de vie énergiment limiter la consommation et laisser vores. Reste qu’elle pose aussi de nomdu charbon, du pétrole et du gaz « sous breuses questions terre ». Le Postdam Institute évalue à 75 En premier lieu, le projet ne présente un ou 80 % la part des réserves qui ne doit intérêt que s’il s’inscrit dans une polipas quitter le sous-sol d’ici 2050. Même tique nationale cohérente. Le parc de L’AIE1 jugeait en 2011 que moins de la Yasuni ne doit pas être un simple gage moitié des réserves fossiles peuvent être de bonne volonté clôturant le débat utilisées. « Nous ne sommes donc pas énergétique national. Il ne doit pas confrontés à une pénurie de pétrole, condamner les Equatoriens qui s’oppomais à un trop-plein », résumais Maxime sent au ravage qui menace d’autres parCombes, d’Attac France, dans une ties du pays, à l’image peuple Kichwa de récente tribune2. Sarayaku continue de lutter contre l’exEt pourtant, Etats et industriels développloitation pétrolière. Or l’Equateur a pent des procédés toujours plus comlancé de nombreux appels d’offres pour plexes pour extraire les dernières exploiter les 1,6 milliard de barils enfouis réserves au prix de dégâts démesurés. sous 200 000 km2 de forêt vierge. Gaz de schiste, sables bitumineux ou forages offshore ultra-profonds symbolisent ces ressources extraites au mépris Rembourser la dette écologique des impératifs climatiques. Des cherUn autre enjeu crucial soulevé par Yasuni cheurs japonais viennent même d’exest la question de l’indemnisation du traire des hydrates de méthane, des renoncement à extraire des hydrocarcristaux d'eau et de gaz piégés dans les bures, surtout si de telles initiatives sédiments sous-marins. devaient se multiplier. Pour le projet Yasuni, le « prix » de ces réserves inexploitées est fixé à la moitié des revenus Sortie volontaire pétroliers escomptés, soit 3,5 milliards des énergies fossiles de dollars qui seront collectés via un A l’image du mouvement contre l'exploifonds onusien. tation des gaz et huiles de schiste, et Cette indemnisation correspond-elle à d'un de ses slogans « Ni ici, ni ailleurs », une marchandisation de plus des écola contestation ne se résume pas à la systèmes ? Si tel est le cas, les peuples défense d'un cadre de vie local mais au autochtones seraient alors ballotés au contraire s'inscrit clairement dans une grès des cours du carbone. Des terrivolonté d'ouvrir un débat citoyen plus toires entiers seraient placés sous large. L'urgence n'est pas tant de réforcloche au grès des « compensations mer le code minier pour encadrer l'excarbones » versés par les pays riches. ploitation comme le propose le gouver-

L’indemnisation est-elle la contrepartie d’un chantage écologique ? C’est l’une des critiques formulées contre Yasuni et le Guyana ou la République démocratique du Congo ont sérieusement menacé d’exploiter leur forêt vierge si la communauté internationale ne les indemnisait pas. Au contraire, l’indemnisation peut-elle faire progresser le débat sur la dette écologique contractée par les pays industrialisé depuis le milieu du 19ième siècle ? Le remboursement de la dette écologique doit-il s'entendre nécessairement comme un transfert financier du Nord vers le Sud au risque de répliquer le même modèle de développement qui nous conduit dans l'impasse ? A l’opposé, reconnaître la responsabilité historique des pays industrialisés dans la surexploitation de l'espace écologique des pays du Sud pourrait signifier accepter d'engager une rupture avec le poids croissant des intérêts financiers et la logique de surconsommation. C'est un large démocratique, à toutes les échelles, sur le partage des biens naturels qu'il nous faut ouvrir : comment réduire les excès de la surconsommation des plus riches et satisfaire les besoins fondamentaux de tous. Pour l’instant, Yasuni reste une initiative isolée qui ne sera réellement utile que si elle en suscite d’autres afin de donner naissance à un cadre juridique international qui tranche les questions soulevées. Un cadre qui doit s’appuyer sur la prise en compte de la dette écologique des pays industrialisés et l’adaptation des pays du Sud à un monde sans hydrocarbures. Où mettre en œuvre de telles initiatives pionnières ? En 2009, 117 organisations nigérianes, dont les Amis de la Terre Nigeria, ont lancé un appel à leur gouvernement, le sommant de laisser le pétrole du Delta du Niger sous terre. En Bolivie ou au Guatemala des peuples se battent pour préserver leurs modes de vie. Au-delà des grands débats, l’enjeu démocratique posé par l’énergie se trouve aussi dans l’écoute de l’expression de ces populations

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PHIlIPPe COlleT

1/ L’Agence internationale de l’énergie de l’OCDE. 2/ Voir La Baleine 168 - Maximes Combes « Laisser le pétrole sous terre, une idée à creuser » ou http://www.amisdelaterre.org/Laisser-lepetrolesous-terre-une.html


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La « Troisième révolution industrielle » un ouvrage optimiste pour penser la transition énergétique autrement La « Troisième révolution industrielle » de Jeremy Rifkin, c’est la vision d’un monde où « des centaines de millions de personnes produisent leur propre énergie verte à domicile, au bureau, à l’usine et la partagent entre eux sur un « Internet de l’énergie », exactement comme nous créons et partageons en ligne l’information ». Jeremy Rifkin propose une nouvelle logique économique durable qui a d’ores et déjà fait des adeptes à l’échelle de villes comme San Antonio et Rome ou de régions comme Utrecht aux Pays-Bas. Ces précurseurs ont choisi de s’engager dans un plan stratégique de troisième révolution industrielle. Il s’agit d’une série de mesures à appliquer concrètement pour parvenir à la transition énergétique. A travers cinq piliers indissociables, Jeremy Rifkin esquisse les contours d’une économie décarbonée et coopérative, productrice de milliers d’entreprises et de millions d’emplois. Il explique que chaque révolution industrielle a pour essence la convergence entre technologies des communications et régime énergétique. Ainsi, le moteur de la troisième révolution industrielle est la conjonction de la communication par Internet et des énergies renouvelables. De même, l’organisation globale de la société est en cours de transformation. Le pouvoir latéral distribué s’installe progressivement au détriment du pouvoir hiérarchique. Cette troisième révolution industrielle, à l’instar des deux autres, va changer nos modes de vie, nos façons de travailler, etc. A l’heure où les coupes budgétaires s’enchaînent sans répit et où les pouvoirs publics se demandent « comment pouvons-nous nous permettre d’effectuer la transition ? », Jeremy Rifkin répond : « comment pouvons-nous nous permettre de ne pas l’effectuer ? ». « Puisque la deuxième révolution industrielle s’effondre, le seul moyen de stimuler la croissance dans l’économie est de la transformer. » En effet, il indique que « dans les dernières décennies, nous avons consommé trois barils et demi de pétrole pour chaque nouveau baril que nous avons trouvé.» L’infrastructure industrielle basée sur le pétrole et autres énergies fossiles est donc de plus en plus inadaptée aux ressources existantes. L’économie du futur sera pauvre en carbone ou ne sera pas.

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cLOÉ PRzyLuSkI

Jeremy RIFKIN - La Troisième révolution Industrielle : comment le pouvoir latéral va transformer l’énergie, l’économie et le monde - Paris : LLL Les Liens qui Libèrent, 2012. 413 pages. Jeremy Rifkin est un économiste et essayiste américain engagé dans l’écologie. En 1977, il a créé la Fondation pour les tendances économiques, qui étudie les problèmes environnementaux, sociaux, économiques et éthiques. Il s’interroge sur la logique de la nouvelle économie et propose une réflexion sur les ressources énergétiques.

© Garth Lenz

Documentaire Madagascar : jusqu'au bout de la Terre Le film Madagascar : jusqu'au bout de la Terre dresse un parallèle entre l'exploitation des sables bitumineux au Canada et à Madagascar, un pays qui possède également d'importants gisements fortement convoités par les multinationales extractivistes à la recherche de nouvelles sources de pétrole. Il suit Holly Rakotondralambo, une militante environnementale malgache qui se rend au Canada, où se situe actuellement la plus grande partie des gisements de sables bitumineux exploités. Après plusieurs décennies d’exploitation de ce pétrole, un vaste territoire et le mode de vie de nombreuses communautés a irrémédiablement été détruit. Cela laisse imaginer l’ampleur des dégâts que pourrait causer l’exploitation des sables bitumineux à Madagascar, un pays dont la faiblesse de la législation favorise largement les entreprises extractivistes, et ne permet en aucun cas de protéger ni les moyens de Exploitation de sables bitumineux dans l’Alberta, Canada. subsistance des communautés, ni la biodiversité si riche et si unique de la Grande Ile. D’où l’enjeu de la Directive européenne sur la qualité des carburants, que les Amis de la Terre soutiennent et qui vise à réduire de 6 % d'ici à 2020 les gaz à effet de serre produits par les carburants utilisés pour les transports. Une proposition de mise en œuvre est en discussion à la Commission européenne afin d’exclure du marché européen les hydrocarbures issus des sources les plus nocives pour l’environnement comme le sont les sables bitumineux.

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vIvIANA vARIN

Chargée de campagne • Industries extractives et Finance privée

Madagascar, jusqu’au bout de la Terre - produit par les Amis de la Terre International, Europe, France et Pays-Bas et CEE Bankwatch, novembre 2012.

Plus d’informations : Pour plus d'information sur la Directive européenne sur la qualité des carburants, dont un deuxième vote au Conseil est attendu à l’été 2013, rendez-vous ici : http://www.amisdelaterre.org/fqd.html Plus d’information sur les industries extractives à Madagascar : http://www.amisdelaterre.org/rapportmadagascar.html


Le Courrier de la Baleine

Depuis 1971

Le journal des Amis de la Terre

Agissons pour un monde soutenable ! Bravo aux lauréats de l'appel à projet des Amis de la Terre Plus d'une cinquantaine de projets ont été reçus et étudiés suite à l'appel à projet « Agir pour un monde soutenable » lancé en novembre 2012. Encore merci à tous d'avoir participé à cet appel. Et les trois projets retenus sont ... Vélocampus

à Nantes (Loire-Atlantique)

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© desazkundea

A NC ISS CR O

SNALIS

à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) L’association SNALIS récolte des ordinateurs, les reconditionne avec des logiciels libres et en fait dons à ses adhérents lors d’ateliers : publics précaires, associations, personnes sensibilisées à l’environnement, etc. SNALIS prône la réutilisation avant le recyclage, en limitant les déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) et lutte contre l’exclusion en favorisant l’accès aux technologies. Les Amis de la Terre ont décidé d’apporter un soutien financier à SNALIS pour la rédaction et la mise à disposition des utilisateurs, de fiches sur les différents métaux que l'on trouve dans un ordinateur et sensibiliser ainsi sur l'impact de leur extraction dans les pays du Sud. Pour plus d’informations : www.snalis.org

Vélocampus est une association implantée au coeur de l’Université de Nantes et de l’agglomération nantaise qui propose le prêt longue durée d’un vélo aux étudiants, un atelier de réparation favorisant l’échange des savoirs et l’entraide, ainsi que des actions et des animations sur le campus. Elle a pour mission de promouvoir et d’encourager l’usage du vélo auprès des étudiants comme moyen de transport écologique, économique, convivial et adapté à la ville. Les Amis de la Terre leur apporteront une aide financière pour construire et mettre en œuvre un atelier mobile de réparation de vélo qui partira à la rencontre des Nantais, collectera des vieux vélos pour les réhabiliter et proposera des animations de sensibilisation à la pratique du vélo et au réemploi. Pour plus d’informations : www.velocampus.net

Elemen'terre

à Toulouse (Haute-Garonne) L'association Elemen'Terre a pour objectif de rendre accessible au plus grand nombre et à moindre coût des outils et des savoir-faire pour adopter une démarche éco-responsable, sur des événements. L'association propose, crée et gère des outils de sensibilisation à la protection de l'environnement. En cohérence avec la notion d'économie locale et en tenant compte de l'impact environnemental des transports, elle a pour vocation d'inscrire son action au niveau régional. Les Amis de la Terre apporteront à Elemen’terre un soutien financier à leur

projet d'annuaire des prestataires écoresponsables ainsi qu’à leur travail de sensibilisation citoyenne à la réduction des déchets, à l'économie de matières premières et aux pratiques éco responsables sur les événements. Pour plus d’informations : www.elemen-terre.org

Vers des sociétés soutenables

Les Amis de la Terre félicitent les lauréats mais aussi tous les porteurs de projets qui participent, par leurs activités à la construction d'un monde soutenable, juste et équitable. Cet appel à projet est une première pour nous et s'inscrit dans une logique d'ouverture de la fédération à toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans nos valeurs.

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AuRÉLIe SchILD

>> A travers un soutien financier, allant de 3 000 à 5 000 euros, les Amis de la Terre souhaitaient donner un coup de pouce à des initiatives locales proposant des alternatives à la surconsommation et au gaspillage en France tout en sensibilisant les citoyens au pillage des ressources dans les pays du Sud.

Pratiques CACA, OH ! Le fameux géant suédois de l'ameublement a annoncé début mars qu'il retirait de ses cafétérias du monde entier des croquants au chocolat dans lesquels les autorités sanitaires chinoises ont trouvé un niveau excessif de bactéries coliformes, autrement dit des bactéries témoins d'une contamination fécale, plus simplement du caca dans le cacao Une porte-parole de l'entreprise a affirmé que le niveau de concentration de ces bactéries ne représentait pas de grave danger pour la santé publique. Peu de temps avant cet incident, le même géant du meuble avait retiré de la vente des boulettes de viande de bœuf, après la découverte dans leur composition de viande de cheval qui n'était pas mentionnée sur l'étiquette. Quel est donc la malédiction qui frappe notre sympathique spécialiste mondial de la conception de mobilier en kit ? Ceci n'est-il que le début d'une douloureuse dégringole ? Verra-t-on bientôt des armoires dotées d'une colonie de termites d'une quantité admissible, des lits avec une dose de punaises sanitairement tolérables ? En tout cas, une chose est sûre: braves gens qui fréquentez les cafétérias IKEA et sans doute celles des autres géants de la distribution, vous allez pouvoir continuer tranquillement à manger de la merde.

> ALAIN DORDÉ

La Baleine 172 - Ouvrir un vrai débat énergétique  

Journal des Amis de la Terre

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