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Depuis 1971

juin 2010 / 3€20 N°162

Biodiversité , stop au marchandage

A Cochabamba, les peuples discutent climat

www.amisdelaterre.org

Les Amis de la Terre en deuil LGV Sud-Ouest, la Région déraille


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Edito

SOMMAIRE

Régenter ou préserver la biodiversité domestique ? L’exploitation insoutenable de la biosphère met le vivant en danger. D’ici 2025, un quart des espèces mondiales pourrait disparaître. La planète entrerait ainsi dans la 6ème grande extinction. L’organisation mondiale des Nations unies a voulu alerter l’opinion publique et les décideurs en proclamant 2010, année internationale de la biodiversité. Si la situation des espèces de la faune et de la flore sauvage fait l’objet d’une prise de conscience récente, les modes de production et de consommation qui en sont à l’origine ne sont toujours pas remis en cause et leurs conséquences sur la biodiversité domestique demeurent ignorées. Selon la FAO, 150 plantes seulement nourrissent la plus grande partie de l’humanité contre 10 000 dans le passé. En cause, l’uniformisation mondiale des modes de culture, poussée par les grandes multinationales semencières et agroalimentaires, tandis que les pratiques paysannes et locales disparaissent. Cette uniformisation conduit à une adaptation aux territoires hypothétiques, qui impose des béquilles phytopharmaceutiques et compromet la sécurité alimentaire. En cette année où la France a déclaré la biodiversité « cause majeure pour 2010 », la loi « Grenelle 2 » se trompe de priorité. Elle promeut l’inscription de variétés au catalogue officiel européen sur la base de critères comme l’homogénéité et la stabilité qui interdit de fait l’accès aux semences sélectionnées par les paysans caractérisées par une forte variabilité. Entre 1954 et 2002, 80 % des variétés potagères traditionnelles reproductibles ont ainsi été radiées du catalogue. Estil par ailleurs admissible de voir commercialiser des semences stériles pour développer les marchés qui sous-tendent l’alimentation des populations ? Là ou il faudrait casser les oligopoles de la semence (dix firmes contrôlent les deux tiers du marché mondial des semences commerciales), promouvoir la diversité pour une meilleure adaptation aux territoires en encourageant les pratiques paysannes de sélection, de conservation, d’échange des semences reproductibles et de commercialisation, cette loi contribue à restreindre la diversité. Elle doit être dénoncée. Les Amis de la Terre se joignent aux mouvements paysans pour s’opposer à ces concentrations monopolistiques et préserver la biodiversité domestique. Hélène Gassie qui vient de nous quitter, nous avait ouvert la voie dans ce combat aux cotés des mouvements paysans, nous ferons vivre cet engagement pour la biodiversité domestique qu’elle aurait voulu.

> MARTINE LAPLANTE Présidente des Amis de la Terre • France

3 - 5 > INTERNATIONAL • Quand les peuples discutent climat • Copenhague est passé, tous au charbon ! • Bravo aux Amis de la Terre Swaziland • A Doha, le thon rouge sur le grill des régionales 6 - 8 > FRANCE • Fermeture de la raffinerie des Flandres, après eux, le déluge? • Grenelle 2, reculades et petits arrangements entre amis • Taxe carbone, fin de partie • Trier ou ne pas trier ? 9 - 10 > RÉGIONS Quand le lobby des pesticides empêche la commercialisation de produits naturels • Opposition au projet de golf sur les terres agricoles du Vaucluse • Grenoble 2030, quelle ville voulons-nous ? • LGV Sud-Ouest, le Conseil Régional déraille •

11 > LES GROUPES LOCAUX EN ACTION 12 > JURIDIQUE, COLLECTIFS • Pollution radioactive au Tricastin • Stop aux sables bitumineux ! 13 - 18 > DOSSIER : BIODIVERSITÉ : STOP AU MARCHANDAGE • Parce que la vie n’a pas de prix... • Le véritable prix de la monétarisation du vivant • Paiement pour services environnementaux • La certification, un obstacle à une gestion locale de la biodiversité ? • Fausse solution : compenser les atteintes à la biodiversité • Défendre la (bio)diversité culturelle • Des associations sèment la biodiversité 19 > COIN DES LIVRES • LIVRES Les vins bio meilleurs pour la planète et la santé ? • PUBLICATIONS « Développer les filières courtes d’écomatériaux » 20 > PRATIQUE, HUMEURS • Se lancer dans le cosm’éthique • L'année de la biodiversité, c'est rock'n roll

Couverture : récolte de canneberges dans le Sud de Boston, les monocultures sont aussi responsables des pertes en biodiversité. La Fédération des Amis de la Terre France est une association de protection de l'Homme et de l'environnement, à but non lucratif, indépendante de tout pouvoir politique ou religieux. Créée en 1970, elle a contribué à la fondation du mouvement écologiste français et à la formation du premier réseau écologiste mondial - Les Amis de la Terre International - présent dans 77 pays et réunissant 2 millions de membres sur les cinq continents. En France, les Amis de la Terre forment un réseau d'une trentaine de groupes locaux autonomes, qui agissent selon leur priorités locales et relaient les campagnes nationales et internationales sur la base d'un engagement commun en faveur de la justice sociale et environnementale.

I www.amisdelaterre.org I www.renovation-ecologique.org I www.ecolo-bois.org I www.justice-climatique.org I www.produitspourlavie.org I www.prix-pinocchio.org I www.financeresponsable.org Contactez-nous : Les Amis de la Terre France • 2B, rue Jules Ferry • 93100 Montreuil • Tél. : 01 48 51 32 22 • Mail : france@amisdelaterre.org Nos sites internet

Le Courrier de la Baleine n°162 « Se ranger du côté des baleines n'est pas une position aussi légère qu'il peut le sembler de prime abord. »

Trimestriel • Juin 2010 • n°CCPAP : 0312 G 86222 • ISSN 1969-9212

Depuis 1971

Ce numéro se compose d’un cahier principal (20 pages), du supplément Nous Autres et d'un bulletin d'abonnement.

Directeur de la publication Martine Laplante Rédactrice en chef du dossier Lucile Pescadère Secrétaire de rédaction Benjamin Sourice Comité de rédaction Abigail Bourgoin, Mathias Chaplain, Alain Dordé, Cyril Flouard, Caroline Hocquard, Laurent Hutinet, Lucie Lebrun, Lucile Pescadere, Caroline Prak, Philippe Collet Ont collaboré à ce numéro Annelaure Wittmann, Bénédicte Bonzi, Stéphane Bonnet, Christian Berdot, Sylvain Angerand, Cyrielle den Hartigh, Anne Sophie Simpere, Julien B., Nicolas Fournier Crédits photos Ardyiii, David Cochard, Hollyladd, Martin Leers, Philozei, Sanctu, The city project Maquette Nismo Carl Pezin • 01 48 00 06 94 Impression sur papier recyclé Offset cyclus 90g/m2 avec encres végétales • Stipa • 01 48 18 20 50


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INTERNATIONAL

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Bolivie Quand les peuples discutent climat Du 20 au 22 avril 2010 s'est tenue à Cochabamba en Bolivie une Conférence mondiale des peuples sur le changement climatique. Retours sur cet événement alternatif au sommet de Copenhague. « Contrairement à ce qui s'est passé à Copenhague, il n'y aura pas de discussions secrètes, derrière des portes closes » avait assuré Pablo Solón, ambassadeur de Bolivie à l'ONU. A la veille de l'ouverture de la première Conférence des peuples sur le changement climatique et les droits de la Terre-Mère, le discours se voulait sans ambages. Faisant partie des rares gouvernements s'étant farouchement opposés au calamiteux « accord » de Copenhague, Evo Morales prend l'initiative dès janvier 2010 d'inviter gouvernements, scientifiques, institutions internationales, ONG et mouvements sociaux à Cochabamba afin d' « établir et promouvoir un agenda avec des solutions justes et efficaces ». En quelques semaines, près de 20 000 personnes venues de 100 pays sont annoncées. Le réveil du volcan islandais quelques jours avant la conférence va ramener sur terre des millions d'êtres humains et en empêcher plusieurs centaines de se rendre sur place. L'excitation autour de l'événement va néanmoins rester palpable.

« Une lueur d'espoir » Pour Nnimmo Bassey, président de la fédération internationale des Amis de la Terre, cette Conférence des peuples est « une lueur d'espoir [qui] permet de promouvoir des alternatives et de discuter d'une approche plus juste avec les représentants des mouvements sociaux, des syndicats et des peuples indigènes. » Autre délégation fortement présente, celle de la Via Campesina. « Ici à Cochabamba, nous élaborons des solutions et nous proposons des mesures concrètes qui seront présentées à Cancun, au Mexique, en décembre » témoigne Josie Riffaud de la Confédération paysanne. Parmi les prin-

La mobilisation à Cochabamba a réuni les mouvements écologistes, syndicaux ou peuples indigènes autour d'alternatives justes et équitables.

cipales propositions issues de l'accord des peuples, l'adoption d'un objectif contraignant de réduction pour les pays développés de 50 % des gaz à effetde serre d'ici 2020 par rapport à 1990. « Avec une telle réduction estime Pablo Solón, le réchauffement de la planète pourrait être limité à 1,5° C au lieu des 2° C fixés à Copenhague. » L'objectif est ambitieux alors même que la Commission européenne a confirmé que les engagements des pays développés sont pour l'instant compris entre 13,2 et 17,8 %.

Prochaines étapes L'accord d'une dizaine de pages compte de nombreuses autres propositions parmi lesquelles le projet de Déclaration universelle des Droits de la Terre-Mère,

l'institution d'un fonds d'adaptation, la création d'un « tribunal international des consciences » pour protéger les droits des réfugiés climatiques et une consultation populaire sur le changement climatique. Une deuxième Conférence mondiale des peuples pour la Terre-Mère est d'ores et déjà prévue en 2011, Evo Morales appelant à ce qu'elle se tienne dans un pays européen. Les mouvements réunis à Cochambaba ont également décidé d'une semaine d'action mondiale pour la justice climatique du 10 au 16 octobre 2010. Une nouvelle étape vers l'expression collective des peuples semble avoir été franchie.

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SOPHIE CHAPELLE

Des communautés témoignent « Nos vies sont beaucoup plus difficiles depuis l'arrivée de la compagnie minière Vale Inco mais c'est notre terre et jamais nous ne la quitterons ni ne l'abandonnerons ». Des témoignages comme celui de Yuliana en Indonésie, il y en a désormais des dizaines, filmés, sur le site des Amis de la Terre International. Du Liberia jusqu'à la Malaisie en passant par les Îles Kiribati et le Pérou, les communautés touchées par les conséquences des dérèglements climatiques et des projets de compagnies minières, pétrolières ou forestières, ont décidé de se faire enten-

dre. Eaux polluées, terres fertiles dévastées, arbres médicinaux détruits, dépressions silencieuses... Ces reportages ont le mérite de mettre enfin des visages et des mots sur ce que signifient « problèmes environnementaux et sociaux ». Comme l'explique la fédération, « ce sont trop souvent les grandes entreprises, les gouvernements et les ONG qui ont le plus voix au chapitre. Les communautés qui ont à subir les conséquences des problèmes environnementaux doivent se battre pour faire entendre leur point de vue. Nous essayons de redresser la

balance en laissant les citoyens parler pour eux-mêmes. » Avec l'aide des groupes nationaux Amis de la Terre, des témoignages sont recueillis depuis plus de deux ans à travers le monde et sont disponibles désormais sur le site www.foei.org rubrique Ressources vidéo. L'occasion aussi de découvrir comment les résistances collectives s'organisent à travers le monde.

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S. C.


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INTERNATIONAL

Projets controversés Copenhague est passé, tous au charbon ! La Banque mondiale a accordé un prêt de 3,75 milliards de dollars pour la construction d'une centrale à charbon en Afrique du Sud. Très présente à Copenhague, la Banque mondiale est rapidement revenue à ses anciennes habitudes. Le 8 avril 2010, elle a approuvé un prêt de 3,75 milliards de dollars pour la compagnie d’électricité sud-africaine Eskom, destinée à financer la construction de la méga centrale à charbon de Medupi en Afrique du Sud. Un projet démesuré de 4 800 MW, symbole d’un certain apartheid énergétique. Une fois construite, la centrale émettra plus de 25 millions de tonnes de CO2 par an (l’équivalent de 5 % des émissions françaises totales), contribuant fortement à l’aggravation des changements climatiques. Les rejets de soufre et de mercure engendreront de graves pollutions de l’air, des sols et des eaux dans la région. Autour du site, les particules émises par la centrale risquent de générer des maladies cardio-pulmonaires et cancers du poumon. En outre, pour alimenter la centrale, 40 nouvelles mines de charbon devront être exploitées avec les conséquences sanitaires et environnementales qu'on imagine.

Un modèle industriel archaïque Le gouvernement sud-africain défend le projet, arguant qu’il serait indispensable au développement économique du pays. La société civile rappelle quant à elle que ce sont principalement de grosses entre-

prises étrangères, telles que BHP Billiton ou Anglo American Corporation, qui profiteront de l’électricité produite, pour des activités industrielles très polluantes et principalement destinées à l’exportation. Leurs profits sont rapatriés vers les sièges des entreprises, en Australie ou aux Etats-Unis. Pire, en vertu d’accords signés à la fin de l’apartheid, ces entreprises bénéficient de tarifs artificiellement bas pour l’électricité. Alors que le coût lié à la construction des nouvelles centrales sera en partie supporté par les citoyens sud-africains, Eskom a déjà annoncé une augmentation de ses tarifs de 25 % par an pour les particuliers de 2010 à 2013. Les populations les plus pauvres ne pourront payer la facture et se verront privées d’accès à l’électricité. Les syndicats ont déjà menacé de se mettre en grève suite à ces annonces.

L'alternative de la société civile Plus de 165 organisations étaient mobilisées contre le projet, en Afrique du Sud et dans le monde. Des ONG, des syndicats, des mouvements religieux, et bien sûr, les Amis de la Terre. Plusieurs actions ont été organisées en Afrique du Sud et à Washington, et des pétitions ont recueilli des milliers de signatures. Leur demande : que les fonds publics bénéficient

réellement aux plus pauvres au lieu de soutenir les industries les plus polluantes. Pour Caroline Ntaopane, de l’organisation sud-africaine Vaal Environmental Justice Alliance : « Il est très important de dire que nous avons besoin d’énergie, mais il est temps de s’intéresser à de nouveaux modèles ». L’Afrique du Sud a un potentiel énorme en matière d’énergies renouvelables. L’an dernier, la ministre de l’Environnement Buyelwa Sonjica parlait d’un potentiel de 64 000 GWh dans la région, uniquement pour l’éolien. Le 8 avril 2010, la Banque mondiale a accordé son prêt dans la douleur : cinq Etats se sont abstenus1, une première. Cette année, la Banque révise sa stratégie énergétique : une occasion de lui rappeler que la lutte contre les changements climatiques ne passe pas par des marchés carbone, mais exige avant tout d’arrêter de brûler des combustibles fossiles.

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ANNE SOPHIE SIMPERE

1) Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la Norvège, les Pays-Bas et l’Italie. La France a soutenu le projet, certainement en raison de l’implication d’Alstom dans la construction de la centrale.

Une distinction encourageante Bravo aux Amis de la Terre – Swaziland !

« Nous voulons que les populations puissent avoir leur mot à dire dans la gestion et les bénéfices tirés des ressources humaines. » Thuli Brilliance Makama

L’un des six prestigieux Prix Goldman pour l’environnement a été décerné cette année à Thuli Brilliance Makama, directrice de Yonge Nawe/Les Amis de la Terre – Swaziland. Thuli est dans son pays l’unique avocate spécialiste des questions environnementales d’intérêt public. Elle a réussi à imposer la participation des ONG de défense de l’environnement au sein de la Swaziland Environment Authority, cela après trois ans de bataille juridique. Son combat pour les communautés locales a convaincu le jury du Prix. Pour Nnimmo Bassey, président des Amis de la Terre International « Thuli est une véritable héroïne qui ne s’est jamais inclinée dans sa lutte […] en dépit des menaces qui l’ont visée elle, sa famille et les Amis de la Terre Swaziland. Elle mérite largement ce prix. »

Yonge Nawe a été fondée en 1987 et a notamment aidé les communautés locales à engager des actions en justice contre les parcs d'attraction, les safari photo qui menacent leurs existences, et en faveur de la chasse. Les Swazis sont en effet persécutés et assimilés à des braconniers alors que la chasse est nécessaire à leur survie... Le pays voit également se développer des réserves et sites de conservation, excluant de fait les autochtones vivant à proximité. En 2009, la reconnaissance de leur droit de jouir de leur environnement a donné un signe d’espoir aux Swazis et a renforcé la primauté des droits humains sur les intérêts économiques.

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CAROLINE PRAK


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INTERNATIONAL

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Protection des espèces menacées A Doha, le thon rouge sur le grill des régionales A la veille des élections régionales, le recul de la position de la France sur la préservation du thon rouge face aux pêcheurs de Méditerranée a plombé le dossier de l’Union européenne à la conférence de Doha. Réunis au Qatar en mars dernier pour la quinzième édition de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces menacées), les représentants de Bruxelles ont eu du mal à avaler l’arête française dans le dossier européen demandant le classement du thon rouge (Thunnus thynnus) à l’Annexe I. Une approbation aurait permis d’interdire le commerce international de cette espèce menacée par la surpêche industrielle, notamment en Méditerranée. Après avoir exprimé l’été dernier sa détermination à ne pas céder sur la protection du thon rouge, Nicolas Sarkozy faisait machine arrière début février, face à la pression du syndicat des pêcheurs de Méditerranée… A quelques semaines des élections régionales, Paris demandait alors la mise en place d’un délai de 18 mois à l’application d’une éventuelle interdiction du commerce international de ce thonidé ultraprisé des élites japonaises. Fragilisé par la demande insolite de la France (premier pêcheur de thon rouge au monde), le dossier européen a été littéralement torpillé par le Japon sur le terrain de l’incohérence. Résultats des courses : un rejet par 72 voix contre 42 et 14 abstentions. Le sort du thon rouge est donc désormais entre les mains de la Commission internationale pour la Conservation des thonidés de l’Atlantique (ICCAT) qui se réunira à Paris en novembre prochain. Mais en plus de quarante ans d’activités, cet organisme a beaucoup déçu par sa gestion. Selon l’Ifremer, « les stocks ont baissé en Méditerranée de 74,2 % de 1957 à 2007 – dont 60,9 % au cours des dix dernières années. »

Restons yen Le Japon engloutit chaque année plus de 80 % de la production mondiale de thon rouge, avec des prix dépassant les 25 000 dollars pour un adulte à maturité. En 2009, un spécimen de 128 kilos avait même été vendu aux enchères au marché de Tokyo pour la bagatelle de 9,6 millions de yens, soit 75 000 €. Des pressions financières qui faussent le débat écologique et poussent les pêcheurs à sous-déclarer leurs prises. Pour Patrick van Klaveren, chef de la délégation de Monaco à Doha, "en moins de 20 ans, la taille des thons a été divisée de moitié (...) et la pêche illicite a été Selon les associations écologistes, multipliée par trois". le thon rouge pourrait disparaître de la Méditerranée L’échec de Doha est d'ici 2012 en raison de la surpêche et des activités illégales. d’autant plus cuisant qu’une interdiction du commerce international Alors que l’ICCAT recommandait dans ne pénaliserait en aucun cas la pêche son dernier rapport un quota maximum artisanale, dont les produits s’écoulent de 8 000 tonnes pour la campagne de sur le territoire national. Une solution soupêche 2010, l’Union européenne a fixé la tenue par Sébastien Chauvet, président barre à 13 500 tonnes. Il y a toujours du du Comité des pêches de l’île d’Yeu, sushi à se faire… pour qui « le problème est bien dans le > CYRIL FLOUARD commerce international : la consommation japonaise est en train d’assécher complètement les océans en thon rouge. »

Brèves A Milan (Italie), Un ligne de métro roule à l’énergie solaire – La société de transports ATM s’est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre et a décidé de doter Milan d’une ligne de métro fonctionnant uniquement à l’énergie solaire. 23 000 m2 de panneaux photovoltaïques ont ainsi été installés sur le toit de la compagnie ce qui permettra de produire jusqu’à 1,4 millions de kWh par an et de réduire de 70 tonnes les émissions en CO2. Il s’agit d’une première en Europe.

Les sables bitumineux, une catastrophe annoncée – Les Amis de la Terre Europe ont publié un nouveau rapport sur l’exploitation des sables bitumineux, la source d’énergie la plus néfaste pour le climat actuellement : son exploitation émettrait de 3 à 5 fois plus de gaz à effet de serre que celle du pétrole conventionnel. L’attention se porte sur le Canada, plus grand producteur de pétrole issu de sables bitumineux, et en France, sur Total, qui projette de développer cette activité en République démocratique du Congo, au Venezuela ou à Madagascar.

La Côte d’Ivoire négocie ses contrats pétroliers avec l’aide de la Banque mondiale – Un séminaire de renforcement des capacités s’est tenu à Abidjan pour « permettre à la Côte d’Ivoire de maximiser ses gains au niveau ses activités d’exploration et de production de pétrole et de gaz ». Réunissant des membres de ministères et d’administrations impliqués dans l’exploitation pétrolière, cette formation de trois semaines destinée à rassurer les investisseurs potentiels devrait également permettre au gouvernement ivoirien de renforcer sa capacité de négociation.


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FRANCE

Fermeture de la raffinerie des Flandres Après eux, le déluge? Total a brutalement annoncé la fermeture de son site de raffinage de Dunkerque sans proposer aux salariés directs et indirects des solutions de reconversion crédibles.

Rencontre avec les syndicalistes en lutte sur le piquet de grève, avec de gauche à droite : Philippe Wullens (Sud-Chimie/raffinerie Total), Nicolas Fournier (Amis de la Terre Dunkerque), Jean Sename (fédération d'associations ADELFA)."

Le 15 septembre 2009, la raffinerie Total de Dunkerque a stoppé son activité pour cause de maintenance périodique. Ce n'est que le 8 mars 2010 que ses 380 salariés ont officiellement appris la fermeture du site, qui produit surtout de l’essence pour le marché français. Avec les sous-traitants, un millier d’emplois sont directement menacés. Les raisons avancées pour cette fermeture sont la baisse de la demande française d’essence et les normes environnementales, de sécurité et de conditions de travail, plus strictes en Europe qu’au Moyen-Orient, où Total veut délocaliser la production. Une autre raison est la rentabilité aléatoire de cette activité, coincée entre les prix des matières premières et des produits finis. En clair, Total ne veut plus investir dans le raffinage, surtout en Europe. Socialement et écologiquement, le groupe pratique la politique de la terre brûlée, car il ne prévoit aucune reconver-

sion. Pour faire passer la pilule, Total a annoncé la création d’un centre d'assistance technique, d'une école de formation au raffinage, et sa participation à la construction par EDF d'un terminal méthanier à Dunkerque.

Appel syndical Au moment du bouclage de La Baleine, les salariés en grève depuis le 12 janvier 2010 réclamaient toujours le redémarrage du site pour 5 ans. L’intersyndicale CGTSUD-FO a lancé le 26 mars un appel où le lien entre questions sociales et écologiques est clairement établi. Les salariés ont pris acte du fait que la consommation de pétrole doit baisser et qu’il est temps de réfléchir à la reconversion. Ils demandent « que ce délai soit mis à profit pour étudier un projet de reconversion écologiquement soutenable, en associant les salarié(e)s et leurs organisations syndicales, les élu(e)s locaux et régionaux ».

L’Etat a organisé le 15 avril une table ronde entre les acteurs du raffinage, les syndicats et des experts, mais a omis d’inviter les associations écologistes. Jean-Louis Borloo et Christian Estrosi jouent la montre, déclarant que « les constats nécessitent des approfondissements spécifiques à un haut degré d'expertise » et défendent la « croissance verte » qui favorise voitures électriques, agrocarburants, etc. se bornant à accompagner les changements de répartition entre carburants produits quitte à remettre en cause les normes environnementales. D’après Les Echos des 16 et 17 avril 2010, Christian Estrosi a même remis en cause le niveau de taxation de l’essence afin de relancer sa production en France.

Pour des solutions écologiques Les Amis de la Terre Dunkerque ont rencontré l’intersyndicale. Ils soutiennent les travailleurs défendant leurs emplois et exigent une reconversion écologique, mais considèrent que se borner à demander le redémarrage du raffinage serait incompatible avec la nécessité de réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2020 en Europe. Malgré la fin annoncée de l’ère du pétrole, cette lutte est emblématique de l’absence d'un projet de politique industrielle crédible. Pour les Amis de la Terre, Total doit faire la preuve de sa stratégie affichée de diversification énergétique en prenant la tête d’un consortium local qui s'engage à développer des activités pérennes et écologiquement viables, et à reprendre tous les salariés de la raffinerie et de ses sous-traitants en maintenant l’intégralité des salaires et revenus.

> NICOLAS FOURNIER ET LAURENT HUTINET

Une seule solution : la reconversion Les Amis de la Terre refusent d’entériner les décisions patronales de délocalisation du raffinage au Moyen-Orient. Parce que cela ne modifierait en rien la production pétrolière globale ni les émissions de GES, et parce que Total (20 milliards d’euros de bénéfice en deux ans) laisserait un territoire privé d'avenir, sans avoir anticipé les indispensables transitions industrielles. La délocalisation projetée est aussi inacceptable car elle a toutes les chances de déboucher sur un plus grand laxisme environnemental.

L’économie locale de Dunkerque reste centrée sur l’industrie lourde, basée sur les énergies fossiles, et cumule les risques technologiques. Les syndicalistes en lutte souhaitent conserver sur le site une activité industrielle pérenne. S’ils sont prêts à accepter le redémarrage transitoire du raffinage le temps nécessaire à l’adaptation, les Amis de la Terre Dunkerque exigent une réorientation rapide des activités industrielles vers des secteurs humainement et écologiquement responsables, appelés à un avenir réel.

Les syndicalistes ont évoqué des pistes : carbochimie, hydrogène, biomasse... Les Amis de la Terre préféreraient le développement d’un tissu artisanal et microindustriel à partir des ressources locales, et exigent que, en concertation avec l’État, la Région, les collectivités et les salariés, Total finance un plan ambitieux de reconversion écologique dans les filières qui manquent tant à notre pays : énergies renouvelables, efficacité énergétique, écomatériaux, chimie plus « verte ». Ce groupe en a les moyens.


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FRANCE

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Grenelle 2 Reculades et petits arrangements entre amis Les défaites électorales de la majorité et les luttes d'influence des lobbies auront fini par vider de son essence le projet de loi du Grenelle, mais est-ce une surprise ? Qui appelait de ses vœux les plus pieux la « prise de conscience par notre société qu’elle ne peut plus vivre dans le gaspillage, qu’elle ne peut plus négliger les conséquences, sur l’avenir de la planète, de sa façon de vivre, de produire et de consommer » ? Un militant des Amis de la Terre ? Nicolas Hulot ? Non, cette tirade est extraite du discours de Nicolas Sarkozy pour le lancement du Grenelle de l'environnement. Le 11 Mai 2010, la majorité adoptait au Parlement la loi portant engagement national pour l'environnement (loi dite « Grenelle 2 »). Ce projet de loi se voulait une « boîte à outils » pour atteindre les objectifs fixés après le processus participatif du Grenelle de l’environnement lancé en 2007. Depuis, les défaites électorales se sont succédées à une cadence aussi rythmée que les visites des lobbyistes dans les officines du pouvoir afin de torpiller les réformes environnementales les plus ambitieuses. Mission réussie, l'écologie version « bleue UMP » a fait long feu et « l'environnement, ça commence à bien faire ».

Vive les pesticides... Pour les Amis de la Terre, les reculades et petits arrangements entre amis sont désormais sur la place publique. La question des pesticides est emblématique de la trahison de l'esprit du « Grenelle ». Alors que ses engagements portaient sur une réduction de 50 % des pesticides, cet objectif serait désormais « néfaste » pour l'agriculture française car « trop brutal » d'après un rapport parlementaire tombé

à point nommé. La loi « Grenelle 2 » indique que désormais le retrait du marché de molécules phytopharmaceutiques jugées dangereuses devra prendre en compte les possibles pertes de revenus pour les agriculteurs, les alternatives s'avérant plus couteuses. Par ailleurs, les publicités pour les pesticides à destination des jardiniers ne sont pas interdites, contrairement à ce que prévoyait le projet de loi initial.

… et les rejets radioactifs ! Sur un autre chapitre, le Réseau Sortir du nucléaire dénonce « une régression de la protection de l’Homme et de l’environnement suite à l’adoption de la loi Grenelle 2, dont l’article 94 quater supprime purement et simplement la procédure d’enquête publique pour toutes les demandes d’augmentation des rejets radioactifs et chimiques et des prélèvements d’eau des installations nucléaires ». Finalement, pour Claude Bascompte, président des Amis de la Terre : « Que ce soit sur l’agriculture, l’énergie ou la responsabilité sociale et environnementale des entreprises, la loi Grenelle 2 aura permis

de faire tomber les masques. Au-delà des beaux discours, la réalité des actes est bien terne. La révolution (sic) promise par Nicolas Sarkozy le 25 octobre 2007 est enterrée. La somme des intérêts particuliers empilés dans cette loi n'a pas permis de faire prévaloir l'intérêt général. »

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BENJAMIN SOURICE

Taxe carbone Fin de partie Apparemment, le Gouvernement n’a pas tiré de la décision du Conseil constitutionnel les mêmes conclusions que les Amis de la Terre (voir La Baleine n° 161). En remettant le 22 mars 2010 le projet de taxe carbone aux calendes grecques, bottant en touche en faveur d’une taxe européenne qui n’a pas la moindre chance d’aboutir dans les années à venir, il renonce au projet sur lequel il fondait l’essentiel de sa communication environnementale. Au mois d’octobre 2009, il était pourtant possible, selon un gouvernement acquis

à la cause de la « croissance verte » que la France adopte seule une taxe sur le carbone. Cela n’était pas faux, l’énergie restant globalement moins taxée en France que dans l’Union européenne. Force est de constater que le résultat des élections régionales a rendu le possible impossible. Techniquement en effet, il était encore possible de mettre sur pied un dispositif cohérent, juste et légal au lieu d’un texte pour le moins embrouillé, censé protéger la « compétitivité » des industries en fonction de critères illisibles – alors que la

suppression de la taxe professionnelle a largement profité aux entreprises. C’est ce message que les Amis de la Terre sont allés porter au MEEDEM le 23 février 2010. Nous continuerons de défendre une taxe universelle sur l’énergie. Elle doit être pensée comme l’une des mesures politiques permettant de mettre en œuvre, de façon socialement juste, la décroissance drastique des émissions de gaz à effet de serre et la sortie rapide du nucléaire.

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LAURENT HUTINET


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FRANCE

Déchet Trier ou ne pas trier ? …telle est la question que se posent devant leur poubelle, beaucoup de Français conscients de l’importance du tri des déchets. Les erreurs de tri, parfois en toute bonne foi, sont nombreuses (pots de yaourt, sachets, barquettes...). Par ailleurs, un sondage de l’Observatoire Sociovision réalisé en 2009 montre que 66 % des personnes interrogées aimeraient trouver des informations sur le tri ou le recyclage sur les produits-mêmes ou leurs emballages. Hélas, les logos et textes figurant actuellement sur les emballages ou produits sont nombreux et souvent mensongers, par exemple lorsqu’ils vantent des mérites écologiques inexistants. Le célèbre logo « Point Vert » est le plus fréquent. Il s’agit d’une marque commerciale utilisée dans 32 pays et portée par des centaines de milliards d'emballages. Mais il prête à confusion car beaucoup de gens pensent qu’un produit qui porte ce logo est recyclé, ou recyclable. Or il signifie simplement que l’industriel mettant ce produit sur le marché s’est acquitté de la taxe auprès de l’éco-organisme compétent.

Une véritable cacophonie La cacophonie liée à la multiplicité des dispositifs français de collecte sélective (11 éco-organismes : papier, emballages, équipements électriques et électroniques, médicaments, piles, lampes) aboutit à une multiplicité de supports et de messages à destination des citoyens. Or les objectifs publics en matière de recyclage nécessitent une plus grande effica-

cité. Pour rappel, l’article 46 de la loi « Grenelle 1 » prévoit d’« augmenter le recyclage matière et organique afin d'orienter vers ces filières un taux de 35 % en 2012 et 45 % en 2015 de déchets ménagers et assimilés contre 24 % en 2004, ce taux étant porté à 75 % dès 2012 pour les déchets d'emballages ménagers et les déchets banals des entreprises. »

Un logo unique Ainsi, la préconisation-phare du groupe de travail pluri–acteurs animé par l’ADEME est d’apposer sur les produits et leur emballage un marquage (logo ou texte) unique et obligatoire indiquant si le produit ou son emballage est triable, ou pas. Il s’agirait ainsi d’aider le citoyen hésitant devant sa poubelle de tri, à faire le bon geste. Cette démarche implique une validation de la Commission européenne conditionnée notamment par l’absence d’harmonisation communautaire existante (ce qui exclurait de ce marquage les DEEE, piles, accumulateurs et substances dangereuses, déjà signalés par des marquages obligatoires), et l’utilisation de la langue française limitée au maximum afin de ne pas entraver la sacro-sainte libre concurrence au sein de l’Union européenne. Cependant, si cette proposition est assez bien accueillie par les collectivités locales

et les associations de consommateurs et environnementalistes, le MEDEF et les industriels (éco-organismes, grande distribution) freinent des quatre fers, arguant d’un coût économique trop important. Craignant sans doute une stigmatisation des produits et emballages non recyclables, ils proposent que le marquage soit laissé à leur libre choix. Le ministère de l’Ecologie parviendra-t-il à imposer un marquage obligatoire ? Réponse dans les prochains mois.

Les Amis de la Terre sont en deuil Nous avons reçu mercredi 9 juin la nouvelle du décès d’Hélène Gassie, qu’on pouvait pressentir depuis quelques jours ou semaines en raison de son affaiblissement face au cancer qui la rongeait. Que faire sinon continuer, que dire sinon qu’il faut continuer ? Continuer à vivre, et surtout à vivre ses choix ? Car c’est cette leçon certainement qu’aura transmise Hélène au cours de ses derniers mois de combat contre la maladie implacable qui l’a emportée. En tout cas c’est la première sensation qui vient ici. Et les choix d’Hélène ont été exemplaires, ont été les nôtres, et inlassable a été sa participation aux luttes écologistes et sociales, aux exigences de défendre le vivant auquel, du coup, elle appartient encore d’une certaine façon. Inlassable sa participation, persévérante et enjouée, intelligente et vibrante, à laquelle elle nous a tant habitués que sans doute nous ne remarquerons pas tout de suite, à la prochaine manifestation, à la première réunion, au prochain débat, qu’elle n’y est pas. Hélène a été partie prenante de tant d’actions et de réseaux militants que nous saurions les évoquer tous ici. Comme le Collectif Adour Eau Transparente, comme les Faucheurs volontaires, comme Doman Chalosse vivante, comme tous les réseaux paysans, Conf, Réseaux Semences Paysannes, Ortie, les Amis de la Terre, des Landes et de France perdent avec elle, au sens le plus fort du mot, une compagne.

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ANNE LAURE WITTMANN

Les Amis de la Terre • Montreuil


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Alternative agricole Quand le lobby des pesticides empêche la commercialisation de produits naturels Insecticides naturels ou fertilisants bio s’échangent sans problème ailleurs en Europe. Pas en France. Se procurer de tels produits pour entretenir son potager ou protéger son champ y est puni par la loi. ceutiques » or les études exigées avant la commercialisation sont trop coûteuses pour des agriculteurs indépendants.

L’exception française Première consommatrice de pesticides en Europe, la France continue de barrer la route aux PNPP. Manifestion en faveur des PNPP à Saint-Chamond (Loire). D’autres pays européens, soumis aux mêmes directives et règlements, recon« Préparations naturelles peu préoccunaissent et classent ces préparations pantes » ? Ce terme aussi connu sous le dans une catégorie à part. En Allemagne sigle « PNPP », est issu de la Loi sur l’eau par exemple, les substances de base et désigne des préparations utilisées acceptées par le règlement européen bio pour renforcer la capacité des plantes n’ont pas besoin d’être inscrites. Plus de prenant la forme d’extrait fermenté, de 400 préparations sont ainsi commercialidécoction ou de macération à base de sées dans ce pays. « En Espagne, il sufcomposants naturels comme l’ortie, la fit de vérifier que les préparations natufougère ou le vinaigre blanc. Le purin relles sont peu toxiques et efficaces et d’ortie en est devenu l’emblème quand, l’on peut faire l’inscription à peu de frais. fin 2005, la loi d’orientation agricole Nous réclamons une réglementation qui contraint ces produits à subir les mêmes soit également logique en France » tests, contrôles et procédures que les explique Jean Sabench le porte-parole produits « phytopharmaceutiques » en vue de la commission Pesticide de la d’obtenir une autorisation de mise sur le Confédération Paysanne. marché national. En 2006, la mobilisation des associations permet d’amender la loi. Les préparations Désobéissance civile naturelles pourront bénéficier d’une proProducteur de fruits bio dans la Loire, cédure simplifiée. Mais le décret du minisJean-Luc Juthier assure ne pas pouvoir tère de l’Agriculture publié en juin 2009 vivre de son travail sans ces produits-là. continue d’exiger l’inscription sur la liste « En agriculture biologique, on connait européenne des produits « phytopharmacertaines impasses techniques avec le

puceron ou le ver de la cerise par exemple. Nous avons donc décidé de continuer à utiliser ces préparations dans la transparence avec les services de l’État et nos organismes certificateurs. C’est en quelque sorte de la désobéissance civile. » Une situation difficilement tenable sur le long terme. « Il y a eu un contrôle chez un revendeur d’huile de neem (utilisée comme insecticide bio), commente Guy Kastler de l’Association pour la promotion des produits naturels peu préoccupants. L’administration lui a demandé de le détruire comme un déchet industriel toxique alors que depuis des siècles les populations indiennes utilisent les graines et les feuilles de cet arbre comme cosmétique ou vermifuge pour les enfants. » Le 3 avril 2010 à Saint-Chamond (Loire), des agriculteurs, jardiniers, élus et consommateurs ont décidé de poser le problème sur la place publique en épandant symboliquement de l’huile de neem sur les plantes. Les associations, syndicats et collectivités locales mobilisées demandent l’adoption en France d’un amendement à la loi « Grenelle 2 » affirmant que les préparations naturelles peu préoccupantes ne sont pas des pesticides et permettant leur commercialisation et leur utilisation effectives.

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SOPHIE CHAPELLE

Cet article est extrait du site Basta !, agence d’informations sur les mouvements sociaux et environnementaux. Retrouvez l'intégralité sur http://www.bastamag.net

Collectif de défense des terres fertiles Opposition au projet de golf sur les terres agricoles du Vaucluse Il y a quelques semaines, les Amis de la Terre Vaucluse ont répondu à un appel lancé par la Confédération Paysanne pour la création d'un collectif de défense des terres fertiles dans le Vaucluse. Le collectif est constitué de 20 associations qui ont décidé de s'organiser pour mettre en place une veille départementale des terres agricoles afin de défendre des projets d'installations agricoles et l'organisation de mobilisations pour réclamer l'accès à la terre. Une première action s'est déroulée samedi 17 Avril à l'occasion de la journée internationale des luttes paysannes, il

s'agissait d'une marche suivie d'un pique-nique champêtre à Bonnieux sur les terres de « l'écobaron » Cardin. En effet, c'est sur cette commune du Lubéron que le couturier Pierre Cardin souhaite construire un golf sur les 48 ha de terres agricoles qu'il vient d'acquérir. Un projet aberrant lorsqu'on sait que la cantine de Bonnieux propose des produits bio d'importation car elle n'arrive pas à se fournir localement. La réponse du collectif est claire : « plus un mètre carré de terre agricole pour autre chose qu'un projet agricole sain et respectueux de l'environnement

porté par des paysans justement rétribués de leur travail. Nous avons besoin de préserver les terres agricoles pour assurer une autonomie alimentaire de chaque territoire. ». Pour réfléchir à la manière de cultiver la terre autrement, il faut d'abord s'attaquer à la problématique du foncier et de l'acquisition de la terre. La création de ce collectif est une avancée réelle pour la défense et la promotion d''une autre agriculture locale et soutenable.

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BÉNÉDICTE BONZI

Les Amis de la Terre • Vaucluse


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Villes en transition Grenoble 2030, quelle ville voulons-nous ? Permaculture, Slow city, ville en transition, ces mots recouvrent une même idée : se réapproprier l'espace de vie et relocaliser les activités humaines au sein de la communauté. Les Amis de la Terre Isère nous l'expliquent dans un film, Grenoble 2030. Ville saturée, obéissant à une logique d'urbanisation croissante (au détriment notamment des terres cultivables) et fortement marquée par la pollution de l'air, Grenoble et son agglomération sont aujourd’hui à bien des égards des modèles de ce qu’il ne faut pas faire en terme d’urbanisme. Or, à l’heure des bouleversements climatiques et de la crise écologique, il existe encore un risque de voir émerger de nouveaux projets polluants. La Région urbaine grenobloise est en passe de se doter d’un SCOT (schéma de cohérence territoriale) destiné à remplacer l’ancien schéma directeur et dont le rôle est de définir les grandes orientations d’aménagement dans la région pour les vingt prochaines années. Ce SCOT est loin d'assurer que les erreurs du passé ne seront pas répétées, comme par exemple des projets routiers rendus compatibles avec le SCOT, bien que celui -ci annonce officiellement vouloir "intégrer l’empreinte écologique au rang des priorités".

Un film pour ouvrir le débat Les Amis de la Terre Isère ont ainsi jugé opportun d’entamer en parallèle du SCOT, sous la forme d’un film, une réflexion autour de ce que pourrait être une ville soutenable. Par ailleurs, le film rappelle que les occasions ne manquent pas pour les décideurs locaux de se passer de l’avis de la population dans la mise en œuvre de grands projets (développement des nanotechnologies à MINATEC). Grenoble 2030 s’appuie sur le témoignage de personnalités comme Pierre Rabhi ou Paul Ariès mais donne égale-

ment la parole à des citoyens concernés par le devenir de leur territoire de vie : rocade Nord, agriculture, pollution de l’air, déchets, etc. La problématique abordée et les réflexions apportées par les intervenants dépassant largement le cadre de la ville de Grenoble, ce film peut servir de base à un débat autour de la ville soutenable en général et de la société dans laquelle elle s'inscrit. Ainsi, à travers ce film, les Amis de la Terre Isère souhaitent aller plus loin que les bonnes intentions affichées du SCOT en posant les questions qui dérangent (décroissance, démocratie, etc.). D’une part, il est primordial de réaffirmer que l’urgence de la crise écologique impose de vrais choix politiques au service de tous et destinés à s’inscrire dans la durée. D'autre part, le film veut attirer l’attention sur le fait que l’élaboration du SCOT est une occasion unique pour les habitants de contribuer à définir des directives conformes aux objectifs français pour 2020 : 20 % d’économie d’énergie, 20 % de réduction de GES par rapport à 1990 et 23 % d’énergies renouvelables (loi Grenelle du 3 août 2009). Après une première version du film conçue pour alimenter un débat avec le public, les Amis de la Terre Isère travaillent actuellement à une version longue qui reviendra plus en détails sur les éner-

gies renouvelables, l'agriculture biologique, l'émergence du réseau des villes en transition ou encore sur l'économie sociale et solidaire : autant d'alternatives possibles à un modèle injuste et destructeur.

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STÉPHANE BONNET

Les Amis de la Terre • Isère

Plus d’information sur le blog du groupe : http://amisdelaterre-isere.over-blog.org/

LGV Sud-Ouest Le Conseil régional déraille Un endettement de 4 milliards d’euros pour la Région Aquitaine, le rail abandonné à une compagnie de BTP, un risque de déstructuration des lignes ferroviaires locales, la destruction de nombreuses habitations et du paysage... tout ça pour quoi ? Gagner une heure sur un trajet Paris-Bordeaux. Ce ne sont là que quelques motivations qui animent les militants s'opposant à la création d'une ligne à grande vitesse (LGV) entre Tours et Bordeaux, tronçon d'un futur axe européen Bruxelles-Madrid. Le 30 Mars 2010, Réseau ferré de France annonçait qu'il « ouvrait la négo-

ciation avec le groupement piloté par Vinci, associé à la Caisse des dépôts et à Axa » pour la construction de la LGV Sud-Ouest. Il s'agit d'un contrat publicprivé sur la construction et la gestion du rail, une première depuis 1936. Le contrat porte sur 8 milliards d'euros mais la moitié sera payée par l'Etat et les collectivités locales qui vont s'endetter lourdement , au risque de délaisser l'aménagement du territoire local. Les Amis de la Terre Landes refusent ce projet de « mégalo-structures ». Pour eux « les ambitions de métropole européenne de Bordeaux vont désertifier la région.

Bordeaux sera la seule gagnante dans ce projet. La ville a déjà prévu d'aménager pour 2 milliards d’euros, une zone de 780 ha près de la gare, avec en projet la construction de 170 000 m2 de bureaux et autant de surface de logements (pour près de 50 000 personnes). Ce pôle va aspirer toute l’activité économique dans un rayon de 100 km aux dépens des petites et moyennes villes. Cela va contre notre idée d'une société soutenable et relocalisée ».

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BENJAMIN SOURICE


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ACTIONS DES GROUPES LOCAUX

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Riche d'une trentaine de groupes locaux en France, la fédération des Amis de la Terre a été très active ses derniers mois, comme le montrent ses actions en photos. Votre groupe a récemment organisé une action et vous souhaitez en parler dans La Baleine ? Contactez Benjamin Sourice, chargé de l'animation du réseau : benjamin.sourice@amisdelaterre.org.

Montreuil J'ai du bon humus dans ma compostière... Le 10 avril, des militants et jardiniers amateurs de Montreuil (Seine Saint Denis) inauguraient la compostière de quartier. Cette compostière d'une capacité de 2 x 800 litres est une initiative des Amis de la Terre Montreuil Est Francilien et du Sens de l'Humus appuyée par la Mairie de Montreuil. La compostière recueillera désormais les déchets organiques pour fournir de l'humus aux services paysagistes de la ville et aux jardiniers. montreuil@amisdelaterre.org

Vaucluse Défense des terres fertiles Plus de 140 personnes se sont retrouvées le 17 avril sur la commune de Bonnieux (Vaucluse) à l'occasion de la Journée internationale des luttes paysannes. La mobilisation était organisée par le collectif local de Défense des terre fertiles, dont font partie les Amis de la Terre Vaucluse, aux cotés de la Confédération Paysanne. Le collectif s'oppose au projet du couturier Pierre Cardin de transformer ses 48Ha de terres agricoles en « golf sculptural » et réclame l'appui de la municipalité pour s'y opposer et laisser cette zone agricole dans le POS (Plan d'occupation des sols). vaucluse@amisdelaterre.org

Haute-Savoie Touche pas à mon lac ! Le 2 Mai, plusieurs centaines de personnes ont bravé le mauvais temps pour former une chaine humaine au tour du Lac d'Annecy. Cette mobilisation a été organisée par les Amis de la Terre Haute Savoie, en collaboration avec Lac d'Annecy Environnement et la FRAPNA. Ces associations s'opposent à un projet d'amendement de la loi Littoral, défendu par le ministre Accoyer, qui permettrait de sortir les zones de lac de cette loi de protection des rivages contre les projets immobiliers abusifs. Ce fut un succès car les députés ont voté le maintien de la loi Littoral sur les pourtours des grands lacs dans la semaine suivant l'action. contact@amisdelaterre74.org

Paris Stop Pub ! Le 6 mai dernier, les Amis de la Terre se sont joints au groupe de Résistance à l’agression publicitaire (RAP) et Agir pour l’Environnement pour déverser des prospectus publicitaires devant l’Assemblée nationale. Avec cette opération, le collectif revendique le respect des autocollants « pas de pub dans ma boîte aux lettres » et une pénalité pour l’entreprise émettant cette publicité en cas de non-respect. Ils réclament aussi l’application du principe pollueur-payeur pour que les commanditaires de ces publicités en payent le retraitement à 100 %. paris@amisdelaterre.org


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Juridique Pollution radioactive au Tricastin : une plainte des Amis de la Terre en phase d’aboutir Les Amis de la Terre France, assistés par Maître Alexandre Faro, ont déposé deux plaintes concernant les pollutions radioactives intervenues sur le site du Tricastin à l’été 2008. Le 7 juillet 2008, le débordement d’un stockeur de la station de traitement des effluents uranifère de l’usine SOCATRI de Bollène provoquait une pollution radioactive impliquant d’importantes conséquences sur l’environnement. L’étanchéité de la cuve de rétention prévue à cet effet étant défaillante, c’est plus de 70 kg d’uranium qui ont été déversés sur le sol et ont pénétré le réseau d’eaux pluviales. Les prélèvements effectués tardivement par la SOCATRI ont mis en évidence une contamination massive des eaux. Les services d’inspection de l’Etat (ASN et IRSN) ont conclu à un certain nombre de défaillances et de négligences graves dans l’exploitation de l’usine, ce qui a

conduit à l’établissement d’un procèsverbal. Fort de ce PV, les Amis de la Terre ont, en tant qu’association agréée pour la protection de l’environnement, déposé plainte avec constitution de partie civile sur le fondement de l’article L. 216-6 du Code de l’environnement qui incrimine pénalement la pollution des eaux. L’audience sur ce dossier aura lieu en juin devant le tribunal correctionnel de Carpentras.

Zones de non droit ? Il en va malheureusement autrement de la seconde plainte déposée par les Amis de la Terre. Aucune audience n’étant à ce jour fixée. En effet, les prélèvements effectués sur l’ensemble du site du site du Tricastin à l’occasion de la pollution provoquée par SOCATRI ont mis en évidence une autre contamination radioactive a priori inexpliquée, à plus de 2 km

de la SOCATRI. Le recoupement des informations de la CRII-RAD et de l’ANDRA (Agence nationale des déchets radioactifs) met en évidence la présence d’un tumulus suspect sur un site du CEA exploité par AREVA. Ce tumulus serait composé de déchets radioactifs enfouis sans confinement sous une couche de terre dégradée. Là aussi, les Amis de la Terre ont déposé plainte sur le fondement de l’article L. 541-46 du Code de l’environnement incriminant l’abandon de déchets. Au delà du débat juridique, ces pollutions mettent en évidence l’impossible gestion des déchets radioactifs ainsi que les problèmes liés à la sous-traitance dans le domaine nucléaire. Elles seront aussi un test pour savoir si des sites comme le Tricastin sont, ou non, des zones de non droit.

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JULIEN B.

Collectifs Stop aux sables bitumineux ! Les Amis de la Terre, IEN, ATTAC France, CEDETIM, Cedidelp, CSIA avec le soutien du CRID et Urgence Climatique Justice Sociale ont organisé une série de conférences et d'actions pour demander à Total à cesser ses investissements dans les sables bitumineux canadiens. mières Nations canadiennes. Venue témoigner des désastres dont se rendent responsables les compagnies pétrolières qui exploitent les sables bitumineux au Canada, Eriel a évoqué les catastrophes sanitaires autour des zones d'exploitation et de rétention des eaux contaminées (cancers, maladies respiratoires, etc.). Mais les destructions environnementales sont tout aussi graves : les sables bitumineux, mélange de sable et de bitume, sont Action des Amis de la Terre le 21 mai 2010 devant le siège de Total à La Défense. un pétrole lourd dont l’extraction et le raffinage nécessitent de déforester les zones de L'Assemblée générale du groupe Total a production et de mobiliser de très imporété l'occasion pour les Amis de la Terre et tantes quantités d’eau et de gaz. Pour leurs partenaires associatifs de sensibiliAloys Ligault, chargé de campagne aux ser le public et les décideurs sur les Amis de la Terre, qui a également renconimpacts liés à l'exploitation des sables tré des députés et responsables du bitumineux. Une conférence de presse a groupe Total « les investissements dans ainsi été organisée le jeudi 20 mai avec la les sables bitumineux démontrent que participation d'Eriel Deranger des pre-

Total ne prend pas au sérieux ses engagements en matière de changements climatiques. L’extraction des sables bitumineux rejette de trois à cinq fois plus de gaz à effet de serre que les pétroles conventionnels. Les sables bitumineux sont une fausse solution à la question de la sécurité énergétique ». Le soir même, une projection-débat était organisée à Paris pour échanger avec le public autour du film-documentaire H2Oil, révélateur des conséquences de l'exploitation des sables bitumineux. Le lendemain, une vingtaine de militants des Amis de la Terre, appuyés par les Désobéissants, ont installé devant le siège du groupe à La Défense, un bac à sable bitumineux et ont déployé des photos montrant des sites d'extractions au Canada. Ils en ont profité pour distribuer des tracts informatifs aux salariés du groupe.

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CAROLINE PRAK

Aller plus loin : http://www.amisdelaterre.org/Industries-extractives-.html


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Des militants des Amis de la Terre Montreuil et du Sens de l’humus, en pleine guérilla potagère l’été dernier. DOSSIER

Biodiversité : stop au marchandage Essentielle au maintien d'écosystèmes équilibrés et résistants, la protection du vivant fait l'objet de toutes les attentions en 2010, proclamée « année de la biodiversité » par l'ONU. Gouvernements, opinions publiques et institutions s'engagent ainsi pour préserver la diversité animale et végétale, défendant souvent la monétarisation du vivant comme solution contre son érosion. Nombre de programmes de compensation et paiements pour services environnementaux voient le jour, qui s'ils ont pu aider à la reconnaissance du préjudice environnemental, s'accompagnent de nombreuses dérives. Surtout, ils écartent les populations locales qui devraient être au coeur des politiques de sauvegarde de la biodiversité.

Parce que la vie n’a pas de prix... La biologie et les sciences de l'environnement montrent l’interdépendance entre des espèces qu’en apparence tout éloigne et dont nous sommes loin d’avoir saisi toutes les subtilités. La biodiversité est garante de la stabilité des écosystèmes dont les humains dépendent, de la diversité des paysages qui constituent nos horizons, des systèmes culturels et économiques, de notre équilibre alimentaire, et forme un réservoir de ressources phytogénétiques pour notre avenir (nourriture, médicaments, etc.) Les causes de la destruction de la biodiversité sont connues : ravages de l'industrie chimique et de l'agro-industrie, appauvrissement des écosystèmes agricoles, sylvicoles et maritimes, cloisonnements et obstacles créés par l’urbanisation et le quadrillage des réseaux de transport... Les OGM y ajoutent un péril plus récent par les perturbations que les gènes introduits peuvent causer aux espèces cultivées et sauvages. Les remèdes ? Une conservation intelligente des vestiges de milieux naturels qui permettent la pérennité et l’évolution des populations locales, mais aussi une diversification de modèles agricoles adaptés aux milieux, grâce à une agriculture paysanne et biologique s’appuyant sur la diversité d’espèces domestiques. A la différence des hybrides industriels brevetés, la très riche diversité intravariétale des semences paysannes favorise une

adaptation incessante au milieu (sol, climat, maladies, etc.). Ces modes culturaux tolérants, souvent dépendants d'écosystèmes de lisière (haies, mares, chemins, bois, etc.), permettent la circulation d'espèces sauvages dont le patrimoine génétique peut renforcer celui des espèces domestiques et qui constituent parfois de précieux adjuvants de culture. Car biodiversités naturelle et cultivée sont intrinsèquement liées. Quant à la ville, il est essentiel qu'elle redevienne perméable à la biodiversité. Le rapport Pavan Sukhdev sur l'évaluation des services rendus par la biodiversité a été aussi utile que le rapport Stern pour expliquer que les « coûts » de l’inaction seraient supérieurs à ceux de la prévention. Mais les Amis de la Terre refusent que les graves erreurs commises sur le « marché » du carbone soient réitérées en matière de sauvegarde de la biodiversité en attribuant un prix à ce qui n’en a pas : la diversité de la vie. Car qui peut décemment quantifier la valeur d’une bactérie indispensable à la digestion humaine, ou d’un champignon encore inconnu complice de l’assimilation des nutriments puisés par les racines d’une plante, et qui, en outre, n’appartiennent à personne ?

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LE CONSEIL FÉDÉRAL DES AMIS DE LA TERRE • FRANCE


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DOSSIER I

Biodiversité : stop au marchandage

Le véritable prix de la monétarisation du vivant Pour faire face à l’érosion de la biodiversité, économistes et politiques proposent une valorisation économique des éléments du vivant. Très en vogue, ce mode de gouvernance montre déjà ses limites. Rapport Robert Costanza, rapport Bernard Chevassus-au-Louis, rapport Pavan Sukhdev… Ces dix dernières années, les travaux visant à donner une valeur monétaire à la biodiversité s’amoncellent sur les bureaux des dirigeants de ce monde. Selon les spécialistes de ce que l’on appelle l’économie des écosystèmes, il n’y a, en effet, qu’une manière de lutter contre la disparition des ressources naturelles : leur donner un prix. Cette idée trouve ses fondements dans l’Amérique de Reagan qui tente de rationaliser les politiques publiques avec l’analyse coût-bénéfice. Il s’agit en fait d’appliquer au secteur non marchand, le secteur public, les méthodes employées dans le monde de l’entreprise. Qu’est-ce que cette installation va coûter ? Quels bénéfices peut-on en attendre ? Telles sont désormais les questions que les pouvoirs publics américains se posent avant la mise en œuvre de tout projet réglementaire ou d’aménagement du territoire. Cette méthode entraîne les responsables politiques et administratifs des Etats-Unis puis, des grandes institutions internationales (Banque mondiale, Organisation mondiale de la santé…) à s’intéresser et à mesurer les pertes liées à la destruction de l’environnement. Les Européens attendront les années 2000 pour s’enticher et adopter, à leur tour, ce mode de gouvernance. En France, cela se concrétise, notamment, par la rédaction du rapport Chevassus-au-Louis. Présenté l’an dernier, le document est le résultat d’une commande du Premier ministre qui souhaitait donner suite aux engagements pris par Nicolas Sarkozy lors du discours de clôture du Grenelle de l’environnement. Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat à l’Ecologie, le considère comme un outil devant servir « à définir des valeurs de référence pour que, dans toutes les décisions publiques, soit désormais prise en compte la valeur économique de la biodiversité ». Elle ajoute : « la plupart de nos interlocuteurs considèrent que nous préservons la nature pour sa beauté. Or, nous devons raisonner en terme de capital naturel qui a autant si ce n'est plus de valeur que les autres capitaux »¹.

Évaluation des dommages écologiques Ainsi, une simple étiquette et un prix sur le dos des baleines, les branches des arbres et sur les divers éléments du vivant constituant les écosystèmes de notre planète suffiraient à protéger la biodiversité ? « Certaines évaluations portant sur des éléments marchands, comme les coûts des pollutions chimiques sur les systèmes de sécurité sociale, sont intéressantes.

Les chiffres qui y sont indiqués peuvent être utiles et apporter un éclairage dans la prise de décision des pouvoirs publics. Le cas de la règlementation européenne sur les produits chimiques REACH en est un bon exemple », explique Julien Milanesi, économiste et auteur d’une thèse sur la méthode d’évaluation contingente². Parmi les autres avantages de ces évaluations : la possibilité d’obtenir la reconnaissance de dommages écologiques et de droits pour les victimes de catastrophes environnementales. Le jugement du tribunal correctionnel de Paris en janvier 2008 et celui pris par la cour d’appel en mars dernier dans le procès de l’Erika le prouvent largement (le tribunal correctionnel et la cour d’appel ont tous deux reconnu la notion de préjudice écologique et condamné les responsables, dont Total, à verser plus de 200 millions d'euros d’indemnités aux parties civiles).

Des méthodes d’évaluation controversées Ces aspects positifs ne doivent pas cacher les problèmes liés à la monétarisation de la biodiversité. Le premier d’entre eux concerne les méthodes employées pour évaluer le prix des éléments environnementaux. Si certains des outils mesurant leur valeur d’usage qu’elle soit directe (alimentation, pharmacie…) ou indirecte (épuration de zones humides…), semblent avoir du sens, d’autres sont beaucoup plus controversés. C’est le cas de la méthode d’évaluation contingente. Mise au point dans les années 1950, ce procédé a pour but d’estimer la valeur de ce qui, a priori, n’a pas de prix… comme l’existence des singes ou des baleines ! Comment ? Et bien c’est très simple, il suffit de prendre un échantillon représentatif de la population et de poser une question bien ciblée à chacun des mem-


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Le marché illimité, une fiction économique

« C’est une erreur de croire que toute la valeur d’un bien se limite à sa valeur économique » Julien Milanesi bres qui le constitue. Exemple : combien êtes-vous prêts à donner à telle association de protection de l’environnement pour qu’elle mette en place un programme de sauvegarde des ours polaires ? Les réponses recueillies sont extrapolées au niveau de l’ensemble de la population concernée, ce qui permet d'obtenir le bénéfice total de l'amélioration et d'alimenter une décision publique fondée sur une analyse coût-bénéfice.

Si la méthode d’évaluation contingente satisfait pleinement certains économistes, d’autres contestent vivement son efficacité. « Cette méthode présente plusieurs défauts. D’un point de vue philosophique, je pense que c’est une erreur de croire que toute la valeur d’un bien se limite à sa valeur économique. Ensuite, il y a un problème au niveau de la théorie économique. Quand on est sur du marchand, cela suppose que l’on puisse effectuer une substitution entre le bien et une somme monétaire. Il faut donc un détachement total entre le bien et l’individu qui effectue l’échange monétaire. Cette hypothèse est contrariée par les valeurs morales. Il y a une limite à l’espace marchand contenu dans la morale et l’éthique. Le marché illimité est une fiction économique », analyse Julien Milanesi. A tout cela s’ajoute un souci méthodologique : « Lors du sondage, les vraies questions ne sont pas posées. On ne dit pas quel prix seriez-vous prêt à payer pour la survie des baleines ? Personne n’accepterait de répondre à ce genre de choses. La question de la substitution monétaire est donc détournée. Au final, on a un chiffre mais il repose sur un malentendu et l’interprétation que l’on en donne est faussée », précise l’économiste. Malgré des défauts pointés par un nombre croissant de spécialistes, la monétarisation du vivant est considérée pour beaucoup comme la seule solution pour lutter contre l’érosion de la biodiversité. Ces dernières années, des nombreux programmes liés à cette marchandisation ont, ainsi, vu le jour. Ses projets, qu’ils s’agissent de plans de compensation ou d’achat de terrains par des ONG de conservation ou des « écobarons » (voir encadré), obéissent à une seule règle : sauver la richesse des écosystèmes. Mais cette privatisation de la nature s’accompagne de graves dérives. L’expropriation des communautés locales en est une. C’est bien dommage car ces populations, si elles étaient au cœur des politiques de protection de la biodiversité, seraient sans doute plus efficaces que bien des millions.

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LUCILE PESCADERE

Rédactrice en chef du dossier

L’arbre qui valait 1 dollar Les forêts plongeant dans la baie Guaraquecaba constituent un reliquat d’un massif bien plus vaste qui autrefois s’étendait sur une grande partie de la façade Atlantique du Brésil, la Mata Atlantica. Territoire ancestral des Indiens guaranis, ces forêts représentent également un ultime refuge pour de nombreux petits agriculteurs à la recherche de terres à cultiver. Face à la disparition accélérée de la Mata Atlantica, une ONG de conservation américaine, The Nature Conservancy (TNC), a mis en place un programme original : revendre le carbone stocké par les arbres à une société qui souhaitait compenser ses émissions de carbone. Les bénéfices sont orientés vers les communautés locales pour les encourager à ne pas déforester. Comme le dit le proverbe « l’argent n’a pas d’odeur » et peu importe que les acheteurs de carbone s’appellent General Motors, Chevron ou American Electric Power. Ces mêmes sociétés qui ont fait pression sur les Etats-Unis pour ne pas ratifier le protocole de Kyoto. Le prix d’un arbre : environ 1 dollar américain. Et gare à celui qui s’y attaque ! Dans un passionnant reportage sur internet, le journaliste Mark Schapiro explique comment TNC a embauché une police verte chargée de faire régner l’ordre à Guaraquecaba. Même la traditionnelle récolte de cœurs de palmier en forêt est devenue un crime. Un peu partout dans le monde, ce type de projet se multiplie : il faut acheter les derniers îlots de biodiversité avant que les populations locales ne les détruisent. S’interroger sur les raisons profondes de la déforestation et le déplacement des agriculteurs, comme l’extension des grandes monocultures d’eucalyptus, de soja ou de palmier à huile, est trop complexe. Il faut parer à l’urgence, peu importe que ce modèle de conservation soit injuste.

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SYLVAIN ANGERAND


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DOSSIER I

Biodiversité : stop au marchandage

Paiement pour services environnementaux Derrière des programmes d'apparences louables se cachent souvent de grosses multinationales aux intentions bien moins nobles. nismes comme la Banque mondiale ou l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). La France n'est pas épargnée par le phénomène !

Un risque de déresponsabilisation Le Kanla-On francais, ce sont les Vosges, et la société mécène qui met l’eau en bouteille, c’est Nestlé Waters. L’entreprise offre aux agriculteurs vitellois une indemnisation s’ils s’engagent à faire évoluer leurs pratiques agricoles pour Une forêt philippine prochainement « protégée » ? réduire leur impact sur l’eau. Alors que le Gouvernement peine à débloquer des budgets pour développer l’agriculture bioloAccrochée aux flancs du mont Kanlagique en France, c’est une multinatioOn, l’une des dernières forêts primaires nale de l’agroalimentaire qui soutient les des Philippines est protégée grâce à un paysans vosgiens. partenariat original entre les communauLe risque de ce type de programme est tés locales et une société de mise en de déresponsabiliser les Etats en laissant bouteille d’eau potable, la SMC-Viva. les marchés se substituer aux politiques L’enjeu : la rivière Bago qui coule en fond publiques. Ici, l'idée n'est pas de réfléde vallée et les arbres qui, grâce à leurs chir à la construction d'une agriculture racines, limitent l’érosion et purifient durable mais bien de sécuriser l’approvil’eau. Pour garantir son approvisionnesionnement d’une usine. Poussons le ment en eau de bonne qualité, l’entreraisonnement un peu plus loin : constaprise a mis en place un système d’intant qu’il est bien plus économique d’indemnisation pour les 3 000 familles demniser un paysans philippin qu’un vivant autour de la forêt du mont Kanlapaysan vosgien, Nestlé pourrait décider On : les coupes de bois sont désormais de quitter Vittel pour racheter l’usine de interdites et les communautés reçoivent, Kanla-On. Patatras. Qui soutiendrait en échange, quelques poignées de dollars. alors les agriculteurs vosgiens? Bien sûr, Ce nouveau type de partenariat est ce ce scénario est une hypothèse... que l’on appelle dans le jargon économique, un programme pour paiement de services environnementaux. Le CostaDes pistes à explorer Rica a été précurseur en 1996 et depuis, Encadrés par des politiques publiques les initiatives se multiplient partout dans pertinentes, les programmes pour paiele monde, avec la bienveillance d’orgament de services environnementaux

constituent sûrement des pistes à explorer. Mais le problème est que, bien souvent, ces politiques sont inexistantes ou incohérentes, en particulier dans les pays du Sud. Revenons à Kanla-On. Pour percevoir leurs dédommagements, les communautés locales ont dû arrêter la coupe de bois. Cependant, elles perdent du même coup l’accès au matériau de construction pour leurs maisons et pour le bois de cuisine. Permettre à tous ses citoyens d’avoir un toit devrait être une préoccupation majeure de l’Etat. Pourtant, le Gouvernement continue de soutenir les quelques scieries qui exportent des portes et des fenêtres en bois philippin vers l’Europe et la Chine. Les Philippines sont l’un des pays les plus touchés par la déforestation, les réserves en bois sont quasi épuisées. Plutôt que d’indemniser les communautés en leur interdisant la coupe de bois, la priorité ne devrait-elle pas être de relocaliser l’économie forestière en interdisant l’exportation de bois ? Et encore, les paysans de Kanla-On peuvent s’estimer heureux : leurs droits sur ces terres sont reconnus, ce qui leur permet de bénéficier d'une indemnisation. Les paysans vosgiens ont la même chance : en France, le statut foncier des terres, résultat d’un long processus historique, est clarifié. Ailleurs dans le monde, et en particulier dans les pays anciennement colonisés, c’est beaucoup moins évident. De nombreuses communautés n’ont aucun droit reconnu sur leurs terres ancestrales, en particulier les peuples autochtones. Pas sûr alors que Nestlé leur verse une indemnité si une usine d’embouteillage se construisait près de chez eux.

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SYLVAIN ANGERAND

Chargé de campagne • Forêts

Natura 2000 : des contrats pour la Nature Natura 2000 est un programme européen dont l’objectif est de protéger les sites naturels ou semi-naturels ayant une grande valeur patrimoniale, par la faune et la flore exceptionnelles qu'ils contiennent. Chaque pays doit identifier des sites importants pour la biodiversité et proposer des méthodes de gestion. La France a fait le choix de la contractualisation avec les propriétaires, généralement des agriculteurs ou des sylviculteurs. Pour chaque site, de quelques dizaines à quelques centaines d’hectares pour les plus grands, un document d’objectifs est rédigé par un comité de pilotage regroupant associations, agriculteurs, chasseurs, collectivités locales et représentants de l’Etat. Les propriétaires sont alors invités à réaliser des actions en échange d’une compensation financière, comme l’aménagement d’un cours d’eau pour éviter que les engins lourds ne l’endommagent ou la plantation de haies bocagères. Il s’agit, là aussi, d’une forme de paiement pour services environnementaux mais avec une dimension politique et participative plus forte. En pratique, toutefois, les lourdeurs administratives ont freiné de nombreux propriétaires et les contrats manquent souvent d’ambition. Une nouvelle piste d'action pour les groupes locaux des Amis de la Terre ?


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La certification, un obstacle à une gestion locale de la biodiversité ? Les dérives de la certification et des labels privés autoproclamés « vert ». « Les fleurs rendent-elles le Petit Lu encore meilleur ? » C’est la question rhétorique que pose la célèbre marque de biscuits pour verdir son image. Dans un spot publicitaire, un papillon explique que désormais Lu demande à ses fournisseurs de blé de laisser une bordure fleurie le long de leurs champs et que c’est bon pour la biodiversité. Curieusement, le papillon ne nous montre pas les bidons de pesticides utilisés pour les champs de blé. Mauvaise langue me direz vous, après tout, c’est un progrès et rien de mieux qu’un nouveau label « Lu Harmony » pour le faire comprendre au consommateur. Et hop, un de plus ! Pour vendre un produit aujourd’hui, la présence d’un label est devenue quasiment indispensable. Il y a les labels autodécernés, comme celui de Lu, qui ne garantissent pas grand-chose et les labels plus sérieux, comme le label Agriculture biologique, avec un cahier des charges rigoureux vérifié par un certificateur indépendant. Mais au fond, la logique n’est-elle pas la même ? Celle de la rupture du lien de confiance entre le producteur et le consommateur.

Recréer un lien de confiance Pour combler ce vide, la certification est devenue un outil indispensable… bien qu'imparfait : « la bureaucratie et les coûts de certification jouent au détriment des petits producteurs et de la biodiversité car ils encouragent les économies d’échelle et les monocultures », explique l’association Nature et Progrès. Et les exemples sont nombreux : l’essentiel des forêts certifiées par le label Forest Stewardhip Council (FSC), ONG travaillant sur le développe-

Grumes au Cameroun où le commerce de bois illégal prospère.

ment d’une gestion éco-responsable des forêts, sont en réalité d’immenses monocultures d’arbres à croissance rapide. Mêmes dérives pour le palmier à huile, le soja ou les crevettes « durables » : plutôt que de permettre un transfert de gestion vers les communautés locales, la certification concentre la production dans les mains de quelques grands groupes agroalimentaires qui se trouvent en position de force pour influencer les cahiers des charges. Saviez-vous que le soja OGM pouvait être labellisé responsable1?

Les systèmes participatifs de garantie Face à ce constat et avec la volonté de sortir d’une logique purement marchande, des alternatives émergent : les systèmes participatifs de garantie2. Un des fondamentaux de cette démarche consiste à s’inscrire dans une logique locale qui permette une relation de proximité, d’échange et de confiance entre le producteur et le consommateur.

En Bretagne, l’association ASPAARI3 a mis au point une boussole originale à quatre branches : nature, énergie, social et origine. Lors d’une visite sur son exploitation, le paysan explique sa démarche aux consommateurs et à d’autres producteurs en s’appuyant sur sa « bonne étoile ». Ici, le but n’est pas de respecter une norme précise mais de permettre le dialogue par la transparence et l’évolution vers plus de cohérence écologique et sociale.

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SYLVAIN ANGERAND

Chargé de campagne • Forêts 1) Voir http://www.amisdelaterre.org/Soja-certifie-durable-stop-a-l.html 2) Voir l’excellent Manuel Pratique des Systèmes de Garanties Participatifs de Nature et Progrès : http://www.natureetprogres.org/producteurs/ac tu/actu6.pdf 3) Voir le site Internet : http://aspaari.unblog.fr/neso/

Fausse solution : compenser les atteintes à la biodiversité Alors que la compensation se développe, la biodiversité est en passe de devenir un nouvel actif financier. Explications. Peut-on altérer des espaces naturels en un lieu sous prétexte de financer dans un autre un projet de protection de la biodiversité ? C’est la question que posent les outils financiers de compensation de la biodiversité, proposés lors de la mise en place de projets industriels ayant un fort impact sur l'écosystème environnant le site d'exploitation, (complexes miniers, infrastructures immobilières, routières et agricoles dans le cas des monocultures entraînant une déforestation importante). Concrètement, des opérateurs économiques proposent un actif financier lié à un

projet de sauvegarde de la biodiversité. Cet actif est revendu à l’industriel qui souhaite compenser une atteinte à l'environnement. En réalité, cette option revient à priver les populations affectées par ces activités du droit à vivre dans un environnement protégé mais aussi des services rendus par les écosystèmes. Ce sont des communautés indigènes expulsées de leur forêt en Amazonie, des paysans spoliés de leurs terres en Afrique, des pêcheurs aux eaux polluées... Par ailleurs, en matière de biodiversité

chaque aire a des caractéristiques propres et la préservation d’un espace ne peut être comparée à la perte subie par un autre espace. La compensation privilégie le plus souvent des aires porteuses de biodiversité extraordinaire, comme les forêts de bois rares ou les habitats d’espèces emblématiques. Enfin, si la destruction d’un écosystème est bien souvent irréversible, la compensation n’offre pas une garantie de préservation sur le long terme. Les projets les plus ambitieux limitent leur action à 50 ans.

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PHILIPPE COLLET


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DOSSIER I

Biodiversité : stop au marchandage

Défendre la (bio)diversité culturelle La préservation de la biodiversité et la défense des savoirs traditionnels des communautés autochtones et paysannes sont intimement liées. L'appropriation du vivant par les intérêts privés, que ce soit pour l'exploiter ou le préserver, relève d'un double processus de dépossession de la ressource et des savoirs traditionnels qui lui sont associés. Les populations paysannes ou autochtones subissent de plein fouet une modernité forcée qui se traduit par un phénomène d'acculturation et une perte de lien entre l'être humain et son environnement. Qu'il s'agisse de biopiraterie, d'exploitation illégale des forêts ou de l'accaparement des terres, on trouve toujours ce relent colonialiste de la « découverte » et de l'appropriation de ces « terres vierges », négation de la territorialité et de la culture des populations établies. Face à l'exploitation insoutenable de la biodiversité et aux abus des systèmes de propriété intellectuelle, il ne s'agit pas de revendiquer les ressources naturelles et les savoirs traditionnels comme étant un bien commun de l'humanité mais bien de replacer les communautés locales au cœur de la gestion de ces ressources qui leurs appartiennent. Cela passe par une reconnaissance des droits d'usage et de propriété foncière sur les terres ancestrales et du droit à l'autodétermination de ces populations. Pour lutter contre les brevets sur les ressources génétiques, les communautés concernées par cette escroquerie intellectuelle réclament un droit de regard collectif et l'obligation d'obtenir un consentement préalable d'utilisation des ressources et des savoirs à des fins mer-

Paysan français sur un champ de blé.

cantiles. En cas d'accord, les populations devraient pouvoir être rétribuées de façon équitable selon leur volonté. Enfin, dans le cadre des conventions onusiennes, les Etats doivent se porter garant du respect de ces droits et de la

protection de l'ensemble des ressources naturelles, génétiques et culturelles des populations vivant sur leur territoire national. Cette lutte pour la reconnaissance de leurs droits collectifs se traduit notamment par un droit d'usage sur les terres, par la préservation de leurs semences ou par l'utilisation de préparations naturelles peu préoccupantes en alternative aux pesticides. Pour Guy Kastler du Réseau semences paysannes, « le tournant ne peut venir que d’un régime juridique excluant tout droit de propriété intellectuelle sur le vivant et sur les connaissances, et reconnaissant le droit à la souveraineté alimentaire et les droits d’usage collectifs des paysans et des communautés sur leurs semences. Ces droits collectifs sont la pierre angulaire de la survie de la biodiversité contre les droits de propriété intellectuelle ». La biodiversité comme les connaissances sont un patrimoine vivant qui se conserve, se cultive et se transmet de génération en génération et dont les communautés paysannes ou autochtones sont les dépositaires historiques. Face à l'homogénéisation culturelle de la « modernité », il est essentiel de reconnaître l'héritage culturel légué par ces communautés et de soutenir leurs luttes pour la défense de leurs droits sur ce patrimoine inestimable et inaliénable.

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BENJAMIN SOURICE

Des associations sèment la biodiversité

Face à l'uniformisation de l'agriculture intensive et à l’« érosion génétique », c’est-à-dire la perte de la biodiversité cultivée, des groupements de paysans et de jardiniers se mobilisent dans le monde entier pour

conserver variétés et espèces agricoles menacées. Le Réseau semences paysannes, l’association Kokopelli, les réseaux des Croqueurs de pommes, sans oublier les jardins partagés, pédagogiques ou d’insertion ont tous un même but : transmettre des ressources et des savoirs sur la biodiversité cultivée afin de mieux la protéger. Le Réseau semences paysannes, créé en 2003, vise à mettre en réseau les initiatives favorisant la conservation et la gestion dynamique de la biodiversité dans les fermes et les jardins. Il a également pour but la reconnaissance des semences paysannes au regard de la réglementation. Ainsi, ses actions permettent de sélectionner, de sauvegarder et de valoriser des semences de toutes sortes : blés,

maïs, arbres fruitiers, plantes potagères et fourragères mais aussi plantes aromatiques et médicinales. Il s’agit aussi d’inviter les paysans et les jardiniers amateurs à produire leurs propres semences pour conserver une part de biodiversité et effectuer un geste d'indépendance face aux grands groupes de l'agroindustrie. Tous ces acteurs se battent pour redonner aux paysans leur rôle premier, celui de « semeurs de biodiversité ». Ils souhaitent aussi valoriser le rôle de créateur de biodiversité de l’Homme qui posséde le pouvoir aussi évident qu’extraordinaire d’aider la nature à se renouveler.

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ABIGAIL BOURGOIN

Pour en savoir plus : www.semencespaysannes.org


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Les vins bio meilleurs pour la planète et la santé ?* Jean-Marc Carité est éditeur et journaliste spécialisé dans l'oenologie bio et auteur depuis 1984 du guide Les bonnes adresses du vin bio aux éditions Utovie, élu récemment meilleur guide mondial du vin lors des Gourmand world cookbook awards. Il vient également de sortir un « polar bio » Pourriture noble et vengeance tardive... Interview. La Baleine : Vous publiez depuis 25 ans un guide des vins bio. Quelles évolutions marquantes avez-vous pu constater ? On a vu, comme pour le reste de la bio, mais plus accentuée, une augmentation sensible des surfaces et des domaines, passer en bio. La conversion importante du milieu viti-vinicole à la bio est venu aussi de l'effondrement de la part des vins français à l'exportation. Seuls les vins bio y progressent ! La conclusion commerciale s'imposait. Mais pas seulement. L'impasse de la viticulture, qui consomme 20 % des pesticides pour 3 % des surfaces agricoles, venait aussi de la mort lente mais visible du sol, support de la vigne… Claude Bourguignon l'a constaté : certains vignobles français ont une vie microbienne inférieure à celle du Sahara. J'ai également constaté une "contamination positive" des bio plus anciens sur leurs nouveaux collègues, désormais beaucoup de jeunes qui s'installent démarrent tout de suite en bio. LB : Comment définiriez-vous un vin bio ? Le vin bio est d'abord issu de raisins certifiés AB. Concernant la vinification, la réglementation européenne est en cours de rédaction et devrait, normalement, s'appliquer dès la vendange 2010. Cependant,

depuis de nombreuses années, des viticulteurs bio s'appliquent à être aussi des vinificateurs bio en excluant de leur pratique les produits chimiques de synthèse, excepté le fameux SO2 (anhydride sulfureux, dioxyde de soufre, sulfite), mais en l'utilisant dans des proportions très inférieures aux vinificateurs conventionnels. LB : Plusieurs idées reçues circulent concernant les vins bio : chers, gustativement médiocres mais ne donnant pas de migraine ! Qu'en est-il exactement ? Il faut d'abord comparer ce qui est comparable. Les vins bio sont des vins d'artisans, de petits et moyens producteurs et ne sont pas plus chers qu'un vin conventionnel d'artisan : le travail étant le même. Les prix des vins bio s'alignent sur les prix du vin conventionnel sans bénéficier de la "prime à la bio". D'un point de vue qualitatif, désormais, tous les grands domaines français ont adopté les pratiques de l'agriculture bio, voire une bonne partie des pratiques de la vinification bio. C'est donc un vieux débat qui n'a plus lieu d'être. Les taux de sulfite, principale cause du fameux mal de tête, surtout pour les vins blancs et rosés, étant très modérés chez les bio… le miracle s'explique !

LB : Quels conseils nous donneriez vous pour choisir un bon vin bio ? Pour choisir un bon vin, c'est à dire qui nous plaise, il faut d'abord le goûter. La meilleure des critiques restant "j'aime" ou "je n'aime pas" ! Il faut profiter des foires et salons pour y rencontrer les vignerons. Le contact humain me semble indispensable. Après il reste les réseaux plus classiques : des cavistes ou magasins spécialisés qui s'orientent de plus en plus vers le bio et évidemment les chaînes de magasins bio.

> PROPOS RECUEILLIS PAR MATHIAS CHAPLAIN *peut-être, mais à consommer avec modération.

Publication Développer les filières courtes d’écomatériaux Guide à destination des collectivités territoriales C'est le nouveau guide sur les écomatériaux édité par les Amis de la Terre, en partenariat avec la Caisse des Dépôts et le soutien de plusieurs associations de collectivités territoriales. Ce guide est un outil pour la promotion de la relocalisation des filières courtes d'écomatériaux dans le cadre de notre campagne pour un habitat écologique et accessible à tous. Il donne aux acteurs locaux des pistes d’actions pour soutenir le développement de filières de production locale d'écomatériaux et leur utilisation dans les constructions et réhabilitations de bâtiments : soutien aux professionnels, aides aux particuliers, sensibilisation, information, achats publics, etc. C'est un guide pratique pour sensibiliser vos élus, n'hésitez pas à le faire parvenir auprès de vos collectivités !

> Guide à commander ou téléchargeable en ligne : www.amisdelaterre.org/Developper-les-filieres-courtes-d.html


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Le Courrier de la Baleine

Depuis 1971

Le journal des Amis de la Terre

Pratiques Se lancer dans le cosm’éthique Face aux produits cosmétiques industriels, le « fait maison » constitue de plus en plus une alternative accessible pour tous.

Les nouveaux labels de cosmétique Bio, apparus durant les années 2000, offrent des garanties précieuses dans une industrie où règne encore une forte désinvolture face aux préoccupations sanitaires et environnementales1. De nombreux produits comportent des dérivés de pétrochimie (comme les huiles minérales), des nanoparticules ou encore de l’huile de palme… Et pour décrypter les listes d’ingrédients, mieux vaut être spécialiste2. Vive le bio donc. Mais pour contrôler véritablement ce qu’on s’applique sur la peau et ce qu’on rejette dans la nature, quoi de mieux que de concocter soimême ses produits de soin ou de beauté ? On peut d’abord faire avec ce qu’on a sous la main : armé d’un simple fouet, on change par exemple de l’avocat, du miel ou du yaourt en masque hydratant, du citron ou du blanc d’œuf en potion astringente. Ainsi avec quelques tambouilles basiques mais efficaces, on commence à reprendre conscience que les meilleurs brevets des laboratoires viennent avant tout de la nature. Et on prend l’envie d’aller plus loin. Aujourd’hui, la cosmétique faite maison ne se limite plus à ces quelques tambouilles. La formulation de vrais produits de beauté et de soin par les particuliers est de plus en plus en vogue, et surtout de plus en plus accessible. De nombreux blogs ou sites publient des recettes originales, des plus basiques aux plus sophistiquées. Il est donc possible à tous de se lancer. Il faut seulement connaître quelques règles de base simples, qui permettront d’être durable ? jusqu’au bout du nez :

N’utiliser que des ingrédients naturels, labellisés bio et de provenance locale. Laissant de côté la noix de coco, on redécouvrira à cette occasion les vertus et plaisirs de la pomme, du raisin, de la lavande ou du millepertuis. La plupart des trésors de la nature se déclinent sous forme d’eau florale – ou hydrolat, à utiliser sans modération telle quelle ou comme base aqueuse des compositions, d’huiles végétales – à choisir vierge et à utiliser comme base huileuse, et d’huile essentielle - à doser avec précaution, de préférence réservée aux confirmés…

Choisir des contenants durables, recyclables et qui ne risquent pas d’interagir avec le produit. Exit donc le plastique ; le verre est un bon choix. Etre prudent : choisir des ingrédients adaptés à son type de peau, et toujours tester un produit sur une petite parcelle de peau avant de l’adopter. Pour la confection, respecter des règles d’hygiène strictes. Enfin, marquer la date et les ingrédients de fabrication sur une étiquette et surveiller la conservation.

tout est possible. A essayer même si on ne l’adopte pas, car s’initier permet tout au moins de mieux comprendre de quoi sont faits ces nouveaux produits.

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CAROLINE HOCQUARD

Quelques sites : www.recettes-cosmetique-bio.com www.mamzelleemie.com http://byreo.canalblog.com http://www.aroma-zone.com 1) Parmi les plus complets, chercher les labels Nature et Progrès, BDIH, et enfin Cosmos dont on attend le lancement cette année. 2) Retrouvez tous les ingrédients cosmétiques, avec leur traduction en français, leur(s) fonctions(s) et leurs potentiels effets indésirables dans les fiches Ingrédients de l'Obervatoire des cosmétiques.

Si les premiers pas peuvent être difficiles, une fois l’équipement et les principes de base acquis, ce nouveau savoir-faire peut devenir réellement plaisant, car presque

Humeurs L’année de la biodiversité, c’est rock’n roll - 2010, année de la biodiversité, oh yé ! Apprenant cette nouvelle, l'écrevisse à pattes blanches Austropotamobius pallipes, sort de son étang et se retrouve instantanément coulée dans le béton du chantier de l'autoroute Langon-Pau. Pas de chance, déjà que, par un des effets de la mondialisation, elle était en passe d'être supplantée dans nos cours d'eau par L'Écrevisse de Louisiane - Procambarus clarkii, espèce invasive introduite d'Amérique du Nord. Pendant ce temps, une autre de ses cousines d'outre-Atlantique, la crevette grise des marais, change de couleur : elle est maintenant noir pétrole, la teinte à la mode cette saison dans le Sud profond ; fous de Bassan, tortues et alligators en raffolent. Au même instant, la disparition des ramins, arbres tropicaux de Malaisie et d'Indonésie, largement utilisés pour la fabrication de queues de billard, détruit l'équilibre naturel des orangs-outans de la forêt, qui disparaissent en masse. Mais ça ne fait rien: avec leurs congénères le grand requin, le tigre du Bengale, l'éléphant d'Asie, le Cacatoès et le dernier Gecko à queue feuillue, tous célèbrent l'année de la biodiversité, oh yé ! > ALAIN DORDÉ

la baleine  

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