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No 1

Grenoble

GRATUIT


äme meute n°1 Line up

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n e m o z B2B m e n d e z (lnr - äme meute)

La bobine


O U R S

Direction de la publication

Timothé Leopold Théo Mendez

& I N F O S

Rédacteur en chef

Timothé Leopold

No 1

Grenoble

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Anna Renault Manon Debizet Théo Mendez Direction artistique & Communication

Äme Meute

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Quentin Fombaron Nicolas Rolly Valentin Lecaille Jessy Penelon Guillaume Rolly Affaires Étrangères Thomas Méot Marie Ramparany

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amemeute.fr Photographe : Jessy Penelon | Modèle : Théo Rapin | Vêtements : Coupe-vent et casquette de la collection : “äme” | Disponibles en ligne.


Petit Shirt

Petit shop deviendra grand

Lieu culturel

L’Éphémère Un lieu de vie quoi

Lieu culturel

Tortoz

Fini de jouer

Rap

Dead is Hype Bicycles

Freiner c’est tricher

Vélo

4

Basile

Titre de l’interview (Basile Edit).wav

Musique électronique

Une histoire de respect et d’humilité

Tattoo

The Sheepest

De Grenoble à New-York, il étend son troupeau

Street art

10 13

Antoin

e B.

14 19 20 25 26 29 30 37 38 46

Édito No 1 Candice M.

Cai Dee

06 09

Brivaël M.

S O M M A I R E

Nous y voilà. Après plus d’un an de travail, une campagne de financement participatif, plusieurs événements et beaucoup de belles rencontres, le premier numéro est né. Initialement prévu pour le mois de septembre, on a choisi de vous faire patienter afin de pouvoir vous proposer un contenu de meilleure qualité : direction artistique plus travaillée, articles mieux ficelés, photos supplémentaires, nouvelles rubriques... Il nous semble important de rappeler que ce premier magazine est entièrement financé grâce à nos familles, nos potes, nos contributeurs Ulule ainsi que toutes les personnes ayant acheté des affiches, des photos, des t-shirts ou encore des sweats lors de nos événements. Au-delà de la participation financière, les innombrables mots d’encouragement que nous avons reçus nous ont permis, tout au long de ce projet, de rester plus motivés que jamais. Pour toutes ces raisons, et même si le plus dur reste à faire, on vous adresse à tous un immense merci. Amoureux du papier et convaincus par le fait que les médias actuels laissent trop peu d’espace aux cultures émergentes, on s’est donné pour challenge de proposer un magazine accessible à tous qui puisse mettre en lumière des initiatives culturelles et de belles personnes, qui méritent selon nous de prendre la parole. Au fil de ces pages, vous retrouverez donc treize interviews de grenoblois qui aiment leur ville et la font vivre, à leur manière. Ils sont animateurs de lieux culturels, artistes, créateurs de projets... et tous animés par la même passion du partage. Loin du Grenoble dépeint par TF1, c’est une véritable excursion dans la ville que l’on vous propose à travers nos pages. En espérant que, tout comme nous, vous y ferez des découvertes. Bonne lecture !


FabLab

Fabrique-toi un titre

Lieu Culturel

La Bobine

Pro bono publico

Lieu culturel

Qasar

Réalité virtuelle et perspective sentimentale

Rock

Nunc

Fin connaisseur

Lieu culturel

Fab

C’est qui le patron ?!

BONUS

Culte

Horoscopes et vérités cosmiques

Par le professeur Mendoza

Découvrez qui vous êtes

La vérité vraie de l’explication Pourquoi äme meute

Découvrez qui nous sommes

78 79

Remerciements

Merci les srabs

Ce genre de remerciements

No 1 | Grenoble

48 53 54 57 Camille E.

Skate

58 61 62 69

5

70 73 74 77 80 81

Capucine H.

Alyzée D. D.

Soma

Magception


P E T I T

Adrien R.

S H I R T

Aga the

R.

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Petit shop deviendra grand On est très contents de vous présenter Margo, jeune femme souriante et passionnée, qui a ouvert son atelier d’impression textile à Grenoble en mai dernier. Tout comme nous, elle met l’entraide à l’honneur et on adore ! Photographies : Quentin Fombaron


Tu préfères qu’on t’appelle Margo ou Petit Shirt ? Petit Shirt : Margo, enfin comme tu veux !

Benoît B.

Alexandra A.

Quel est ton concept, Petit Shirt ? Margo : J’ai créé un atelier d’impression textile numérique. Ce procédé me permet de développer des collections que je réalise moi-même et des collections en collaboration avec des artistes. Il y a un nouvel artiste tous les deux mois. Je propose également un service de personnalisation ainsi que de la production en série, pour les professionnels.

e H. Bérangèr

Théo M.

Quel genre de choses imprimes-tu ? Margo : Le procédé d’impression textile permet d’imprimer à l’intérieur de la fibre sans aucun effet de matière, ça permet donc d’imprimer des images, des photos mais aussi des textes, des dégradés, etc... le tout sur des textiles qui contiennent plus de 50% de coton. C’est donc un procédé différent de la sérigraphie ? Margo : Alors oui, la sérigraphie c’est un procédé dans lequel l’encre est déposée sur la matière. En impression textile numérique, l’encre s’infiltre vraiment à l’intérieur de la fibre textile. Du coup, ça permet une meilleure tenue dans le temps et on peut également imprimer des photos, et plein d’autres choses qu’on ne peut pas faire en sérigraphie.

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Tu produis principalement des vêtements ou bien tout type de textiles ? Margo : Dans la boutique, je propose des t-shirts mais aussi des sweats, des sacs, des coussins, des tabliers... Mais je peux aussi imprimer tout ce qui contient plus de 50% de coton. C’est-à-dire que je peux également imprimer de la laisse de tissu pour ensuite coudre, faire des pochettes ou ce genre de choses. Le seul truc, c’est qu’on est limité par rapport au format qui est de maximum quarante par cinquante centimètres, mais à part ça je peux imprimer tout type de textile. Quel est ton parcours et comment en es-tu arrivée à l’idée de l’impression textile ? Margo : J’ai étudié les arts appliqués, le graphisme et la communication. Ensuite, j’ai fait pas mal de petits jobs, jamais trop dans ma branche. Puis est arrivé le jour où je me suis vraiment posé la question de ce que j’avais envie de faire. La motivation de travailler pour soi m’a amenée à faire de l’impression textile. Le numérique est une technique qui n’est pas très ancienne et je savais qu’il y avait une réelle opportunité à saisir... Du coup voilà, j’ai décidé de me lancer dans ce concept-là.

Boris F.

Dieu en petit short

“ Dans la boutique, je propose des t-shirts mais aussi des sweats, des sacs, des coussins, des tabliers... Je peux aussi imprimer tout ce qui contient plus de 50% de coton. ”


P E T I T S H I R T

Amaz L.

Ta motivation première dans ce projet était donc de devenir ton propre boss ? Margo : Ouais, l’idée c’était vraiment de travailler pour moi, et surtout de pouvoir faire ce que j’ai envie, sans avoir la contrainte de quelqu’un qui me dise quoi faire et comment. Je voulais pouvoir être libre dans mes choix. Comment t’y prends-tu pour choisir les artistes avec qui tu collabores sur tes collections ? Margo : Pour l’instant je fais marcher mon réseau car j’ai pas mal de potes qui sont dans le milieu du graphisme, du tatouage, de l’illustration... donc pour le moment, c’est surtout des connaissances grenobloises. Mais par la suite, j’élargirai un peu le champ, non pas à Grenoble, mais vraiment à l’échelle nationale. Je fonctionne pas mal au coup de cœur donc ça dépendra vraiment de l’artiste. En gros, soit il vient à moi, soit c’est moi qui lui propose une collaboration.

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Les visuels des artistes avec qui tu collabores sont réalisables uniquement sur des t-shirts ou sur d’autres produits également ?

. Bastien C

Margo : Tous les deux mois il y a un nouvel artiste qui réalise entre cinq et dix visuels. Ensuite, je le rémunère en fonction du nombre de t-shirts vendus, il a une part sur chaque article.

Thomas Ba.

Comment ça marche ces collaborations ?

machines... mais on n’en est pas encore là ! Es-tu déjà sur une autre idée de concept ou tu restes pour l’instant sur le développement de Petit Shirt ?

Margo : Pour l’instant, on a décidé que l’artiste pouvait s’approprier les t-shirts, les sweats et les sacs, c’est tout. Es-tu limitée au textile ou peux-tu imprimer sur d’autres matériaux ? Margo : Ce qui est cool, c’est que la machine est vraiment à moi, dans le sens où je ne fais pas soustraiter mes impressions. Du coup, ça me permet de pas mal expérimenter et de tester des impressions sur d’autres supports que le textile. Pour l’instant, j’ai essayé sur le liège et sur le papier. C’est un peu plus compliqué que sur le textile, parce que ce n’est pas vraiment conçu pour, mais ouais on peut faire pas mal d’expérimentations en testant d’autres matériaux. Quels sont tes projets de développement ? Peut-être l’achat d’une nouvelle machine ? Une machine qui te permettrait de faire des plus grands formats par exemple ? Margo : J’aimerais bien proposer d’autres procédés de marquage textile, comme la broderie et le transfert. Ce sont mes priorités pour le moment, je veux pouvoir développer l’offre que je propose. Une fois que tout sera bien en place, plus j’aurais de machines plus ce sera rentable. Donc ce serait bien, effectivement, de pouvoir acheter d’autres

Margo : Pour l’instant, j’aimerais me concentrer sur le développement de la marque Petit Shirt que je n’ai pas encore eu le temps de travailler à fond. L’idée serait de vraiment développer une identité à part, notamment par le biais du site web. Voilà, en bref, développer ce qui existe déjà et par la suite... j’ai plein d’idées évidemment, mais je me concentre sur Petit Shirt pour le moment. Est-ce que tu arrives à créer et t’épanouir en tant qu’artiste ou tu mets ça en stand-by afin de t’occuper de tes clients ? Margo : Après les études que j’ai faites, je devrais pouvoir être graphiste, voire chargée de comm’, mais en fait je n’ai jamais travaillé là-dedans parce je n’avais pas envie d’être seulement graphiste. J’avais vraiment envie de gérer des projets du début à la fin et la création d’entreprise correspond bien à cette idée. Ca me permet vraiment de gérer un projet dans sa globalité. Donc pour l’instant, le graphisme est effectivement en stand-by, parce que je n’ai pas le temps et que je me focalise davantage sur le développement de Petit Shirt. Mais effectivement, j’aimerais y revenir plus sérieusement dès que j’aurai davantage de temps !

Photographies : Quentin Fombaron


Alexandre V.

Sarah

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L. G.

P.

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Benoit D.

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Axel F.

Vincent V.

Comment as-tu trouvé le nom « Petit Shirt » ? En soirée ou en brainstormant vraiment ?

Quel est ton spot préféré à Grenoble, pour te balader, sortir, n’importe... ?

Margo : À la base, je voulais appeler le concept « Bar à t-shirts ». L’idée c’était : on vient se poser, on ne vient pas boire un coup mais on vient «consommer» son t-shirt, en quelques minutes tu repars avec ton t-shirt imprimé pour une poignée d’euros... Mais en fait, c’était déposé ! Du coup, je me suis bien creusé le crâne à chercher un nom. « L’Atelier », « La Fabrique », c’était sympa mais c’est déjà super utilisé. Je voulais un truc qui soit un peu différent. Et surtout, c’était compliqué de trouver un nom qui rassemble vraiment toutes les activités que je réalise, c’est-à-dire la boutique mais aussi la personnalisation, le studio de création et l’atelier d’impression. Bref, je me suis creusé la tête pendant des heures pour trouver un truc sympa, qui puisse décrire le concept dans son ensemble, et j’ai trouvé ce jeu de mot, « petit shirt ». Ça sonnait bien et je suis partie là-dessus parce que c’était un calvaire de trouver le nom de cette entreprise !

Margo : C’est un peu con mais je crois que c’est le Jardin des Plantes. Je trouve que c’est un endroit vraiment apaisant, une petite bulle hors de Grenoble. Pas pour sortir mais pour se balader c’est cool, ou pour un pique-nique, le dimanche... Interview tournée le 15/09/2016.

Retrouvez Petit Shirt sur les internets Visiter : 5 rue Lakanal à Grenoble Acheter : petit-shirt.fr Suivre : Facebook & Instagram


L’ É P H É M È R E

L’éphémère *

**

Un lieu de vie quoi

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Ils ont accueilli la soirée de lancement de notre campagne de financement le 30 Juin dernier (campagne qui a servi à payer le torchon que vous lisez askip, ndlr) et on s’en souvient encore ! Rencontre avec Jordan, gérant et barman, et Antoine, chargé de comm’ et programmateur de ce lieu peu ordinaire.

d B.

Arnau

Photographies : Jessy Penelon & Thomas Méot

*Jordan **Antoine


.

Baptiste C

Antoine : Avant de travailler ici, Jordan travaillait au 1900. J’étais passé le voir pour boire un coup et il me parlait d’un projet de bar qu’il avait eu je ne sais comment. Il me disait : « Ça va s’appeler l’Éphémère ». Un peu plus tard, Jordan m’a vraiment présenté le projet. Cela consistait à reprendre la gérance d’un bar - qui jusqu’à présent n’avait jamais très bien fonctionné - et apporter quelque chose de nouveau avec des événements afin de faire vivre le lieu. Cela devait donc s’appeler l’Éphémère parce qu’on nous donnait ce bar en gérance pendant deux ans, pour arriver à le faire fonctionner. Si ça ne marchait pas, au bout de deux ans, on nous reprenait le bar et on pouvait aller se faire foutre. Et si ça fonctionnait, on continuait et on élargissait le concept à d’autres ville etc. Après, on préfère dire que le nom est en lien avec la programmation d’événements éphémères et différents qu’on organise. Cette dernière version est un peu plus classe que de dire « On nous donne le bar pendant deux ans et puis si ça marche pas on va se faire foutre ». Voilà à peu près pourquoi « l’Éphémère » !

Tiffany G.

Quelle signification se cache derrière cette appellation « L’éphémère » ?

“ Le but c’est de proposer des évents pour tous les goûts ! L’Éphémère c’est l’endroit où il se passe des trucs pour tout le monde. ”

Vous parlez de concept à exporter dans d’autres villes mais du coup, quel est le concept ?

Comment déterminez-vous votre programmation ? Antoine : Premièrement, en tant que programmateur, je passe mon temps à divaguer sur Internet, Facebook notamment, pour voir ce qui se passe de cool à Grenoble ou aux alentours. Que ce soit des associations de musique, des concepts autour de la bouffe, ou quoi que ce soit d’autre ! Dans un deuxième temps, Jordan me fait part des idées d’événements qu’il a eues puis je me

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Alexis P.

Antoine : Le concept de l’Éphémère, ça part d’un truc très simple : Jordan avant tout, et ensuite moi, on a monté le bar qui, pour nous, manquait à Grenoble. Attention, je ne dis pas que les autres bars sont nuls hein ! Mais l’Éphémère c’est le bar qu’on rêvait de voir naître à Grenoble. Le bar dans lequel il se passe des trucs intéressants, où l’on boit des cockails de qualité à des prix abordables, où l’on peut manger des trucs bons, et finalement un lieu dans lequel on peut se sentir comme chez nous. À la base pour nous l’Éphémère c’était ça, mais c’était plus un fantasme autour du projet qu’un vrai concept. L’Éphémère sur lequel on a planché c’est un bar où il se passe toujours quelque chose, où l’on ne vient pas seulement pour boire un verre mais pour découvrir des choses. Pas forcément des choses qui nous animent nous, mais des choses qui animent à peu près tout le monde ! Des soirées house, techno, rap ou disco, des braderies, des expos… Le but c’est de proposer des évents pour tous les goûts ! L’Éphémère c’est l’endroit où il se passe des trucs pour tout le monde. Jordan : Un lieu de vie quoi.

Amélie F.


L’ É P H É M È R E

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renseigne de mon côté et je démarche afin de voir ce qu’il est possible de mettre en place dans l’Éphémère. En prenant en compte la configuration quelque peu atypique du bar qui ne nous laisse pas énormément de place. Cette contrainte nous empêche d’organiser des concerts live par exemple… C’est triste parce qu’il y aurait des trucs sympas à faire ! Bref du mardi au samedi il se passe des trucs et on programme ce qu’on trouve cool et ce en quoi on croit. C’est plus au feeling qu’autre chose. Le Vendredi, c’est le jour des Éphémère Electronic Club durant lesquels vous invitez quelques DJs de Grenoble et des alentours. Est-ce que vous souhaitez faire un bar dédié à la musique électronique ? Antoine : On a forcément une étiquette de bar consacré à la musique électronique à partir du moment où on lui réserve une soirée de notre week-end. D’autant plus que nos goûts penchent également vers la musique électronique. Je travaille avec d’autres structures dédiées à cette musique et j’en écoute énormément. Jordan également. Alors forcément, le bar en transpire un peu. Mais on est avant tout des passionnés de musique en général

et on écoute de tout. On veut donc représenter un maximum de styles musicaux. On a choisi de consacrer le vendredi aux Éphémère Électronique Club parce que le vendredi soir est très électronique à Grenoble. Ceux qui aiment la musique électronique sont de sortie, et la plupart des soirées tardives dédiées ont lieu ce soir là. L’Éphémère est l’un des rares bars où tu peux débarquer le premier soir du week-end et écouter de la musique électronique alors que la majorité des autres bars passent de la musique commerciale (ville étudiante oblige). Après, je dénigre pas, chacun ses goûts, et je peux comprendre que d’autres écoutent de la musique qui ne me fasse pas rêver. Le problème à Grenoble vient plus de ceux qui n’essaient même pas de comprendre cette différence de goûts. « Pouah c’est de la merde ! » Mais on t’a pas demandé d’aimer mec, et heureusement qu’il n’y a pas que ta notion de la bonne musique, mais des milliers. Mais ça c’est un autre débat. Sinon le samedi chez nous, c’est un peu plus éclectique, on essaie de faire plaisir à tout le monde, être accessibles tout en restant qualitatifs.

Photographies : Jessy Penelon & Valentin Lecaille


Vous avez rencontré des problèmes avec les services publics, notamment concernant les horaires de fermeture, le niveau sonore, et votre terrasse. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Antoine : Un établissement n’est jamais maudit à partir du moment où tu fais les choses bien. Après oui, on est dans une petite rue qui résonne, le bar est bas de plafond, il n’y a pas beaucoup de place... Mais ça ne doit pas être un problème. À Mexico, l’un des clubs les plus célèbres est à la fois l’un des plus petit (c’est une espèce de cave très étroite et très haute de plafond). Ils ont fait d’un lieu à première vue inexploitable, un lieu de référence. Tout est possible avec les bonnes idées et les bonnes intentions. Les malédictions n’ont rien à voir là dedans et non, il n’y a pas de cimetière indien sous le bar.

Auguste D.

Retrouvez L’Éphémère sur les internets Visiter : Suivre :

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1 rue Barnave à Grenoble Facebook & Instagram

Anthony M.

On a entendu dire que ce lieu était maudit. Un avis ?

Antoine L.

Antoine : Le lieu que l’on a récupéré avait un passif peu vendeur, notamment en raison des différents troubles et nuisances sonores qui en émanaient. On a donc monté notre projet dans un bar qui n’était, à la base, pas bien vu par les services publics. Ajoutez à ça une ouverture très (trop?) réussie, attirant beaucoup de monde dans une petite rue, et surtout dans un bar avec peu de place, à la fin vous obtenez le bon gros statut du bar à mettre au pas. Et on va pas vous mentir, se mettre au pas, c’est exactement ce qu’on a fait. Désormais on est en règle sur tous les plans, on a ré-obtenu notre fermeture à 2h, on gère notre clientèle pour qu’elle n’apporte pas de nuisances sonores, on respecte ce qui doit l’être et on bosse en maintenant le dialogue avec les services publics, les forces de l’ordre et le voisinage. Jordan et moi on est assez jeunes, on est encore en pleine période d’apprentissage de nos différents métiers, et on a vite appris que ça ne sert à rien d’être très motivé, d’avoir plein d’idées, de vouloir apporter quelque chose de nouveau à une ville, si au final les choses n’ont pas été faites dans les règles. Il y a eu l’ouverture, les problèmes, et aujourd’hui, un espèce de nouveau départ où on va enfin pouvoir mettre sur pieds tous les événements que l’on voulait organiser.

Avez-vous des projets d’agrandissement ou des travaux de prévus ?

Interview tournée le 16/09/2016.

Anaëlle T.

Antoine : On a toujours la volonté d’obtenir une terrasse et on y travaille ! Même si obtenir une autorisation prend du temps. On réfléchit tous les jours à faire évoluer notre programmation, notre carte, notre fonctionnement, même à changer de lieu... Mais au final tout ça dépendra de la tournure que le projet prendra.

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T O R T O Z

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Anto

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Tortoz Fini de jouer

Le temps où Tortoz rappait pour s’amuser est maintenant loin. Ce jeune Rookie a désormais tout d’un pro. Il nous parle de ses influences, de son processus créatif, des gens qui l’entourent et de ses projets à venir. Il est chaud et ce n’est que le début !

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Comment en es-tu venu au rap et comment ta carrière a-t-elle commencé ? Tortoz : J’ai commencé le piano et le solfège très tôt mais j’ai laissé la musique de côté jusqu’au moment où mes potes et moi, on a eu envie de se mettre à rapper. Au fil du temps, certains ont arrêté. Et moi, je me suis accroché. Aujourd’hui, ça fait huit ans que je rappe et que je kiffe à fond ! Comment t’es passé du stade du mec qui rappe avec ses potes au stade de rappeur professionnel ? Tortoz : Ça s’est fait vraiment naturellement. Je n’ai jamais forcé sur ma musique. Je faisais mes clips et mon son de mon côté. Petit à petit ça a pris de l’ampleur, et c’est tombé à pic. À ce moment là, j’étais contraint d’aller en cours et je commençais à ne plus supporter la salle de classe. Je me suis motivé pour terminer l’année scolaire et je me suis lancé sur le projet Dans le Carré. Grâce à la sortie de ce projet, j’ai enfin pu passer le cap de pouvoir vivre de ma musique. Photographies : Quentin Fombaron


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Angelo C

TimothĂŠe D. C.

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T O R T O Z

Et cette transition, comment tu l’as vécue ? Tortoz : J’ai kiffé à mort ! À ce moment là j’ai compris que j’avais énormément de choses à dire dans ma musique. Dans ma tête je n’étais plus le gars qui va en cours et fait un peu de rap à côté. J’étais un rappeur qui se lève le matin et qui se dit « Okay, c’est quoi mon job? C’est faire du son ! ». Aujourd’hui ça fait un peu plus de 8 mois que je me lève chaque jour à 9 heures, que je vais au studio d’enregistrement et que je fais ce que j’aime pour gagner ma vie. Donc cette transition, c’est du gros kiff ! Je me régale dans ce que je fais. Quelles sont les étapes clefs dans la création de tes morceaux ? Tortoz : Pour les gros morceaux, lorsque je sens qu’il y a un “hit” à créer, je commence par le refrain et fais du “yaourt” : je cherche des mélodies tout seul dans mon stud’. Je me plonge dans la prod, je teste plein de trucs, je crie parfois, et quand je pense avoir trouvé quelque chose de bien, je l’enregistre avec mon téléphone puis fais un point. Ensuite je m’attaque à l’écriture et aux couplets. Je commence presque toujours par le refrain parce que c’est une partie importante du son, c’est ce qui revient. Pour ce qui est de l’instru, comment tu fonctionnes ?

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Tortoz : Je ne compose pas mais j’aime bien avoir ma patte sur les prods. C’est rare qu’un gars m’envoie une prod et que je dise « ok, c’est parti ». Et même quand c’est le cas, j’apporte des modifs. Les trois quarts du temps on construit le beat ensemble. Les beatmakers avec qui je travaille viennent autant de Grenoble, de France que du Canada et des États-Unis, je tourne avec le même réseau pour l’instant, qui commence à s’étendre. Tu nous présentes ton crew ? Tortoz : Mon crew c’est un collectif qui s’appelle le MQEEBD. On est une bande de potes : Samy Ceezy, Théo Juice, Mister V et puis d’autres, qui ne font pas forcément de la musique mais avec qui on s’amuse, on fait du son et ça marche. Certains font des Vine, comme Anthony Lastella ou Chloé Fronton. On a la chance de bénéficier de la visibilité de Mister V donc si on fait les choses bien, ça prend vite. Et tu bosses avec qui d’autre ? Tortoz : J’ai une équipe restreinte mais en qui j’ai une totale confiance. D’abord il y a K’os XL : c’est mon couteau suisse. Lorsque j’ai commencé à monter, il était derrière tous mes projets et c’est naturellement qu’il est devenu mon manager. Il gère les rendez-vous, les interviews, les échanges avec les maisons de disques. En plus de la prod, il est graphiste et calé en réseaux sociaux, il s’occupe Alice

G.


donc de mes visuels, de mon site internet et des stratégies webmarketing. Lui, c’est le gars de l’ombre, c’est 50% de mon taff. Ensuite, il y a Axel Contest, qui réalise mes clips. C’est un grenoblois très talentueux. Je travaille avec différents beatmakers tels que le parisien Eazy Dew, très fort dans son domaine (qui a notamment produit Amen, VIP, Tant qu’on ride et Minuit 20 sur mes derniers projets) et le nîmois DTWEEZER, un mec méga chaud qui a vraiment amené une nouvelle dimension à ma musique. Je collabore aussi beaucoup avec Missak, un artiste lyonnais. Je travaille aussi avec des américains, notamment lorsque j’ai des coups de coeur pour les prods qu’ils m’envoient et sur lesquelles on planche alors ensemble. Ton projet « Dans le carré » a rencontré un vrai succès. Tu t’y attendais ? Tortoz : Sans aucune prétention, oui. Enfin, oui et non. On ne peut jamais prévoir ce qui va arriver, mais je savais que j’avais beaucoup taffé dessus. Plus encore que sur les projets précédents qui avaient déjà assez bien fonctionné. J’ai travaillé dessus pendant quatre mois, mes premiers en tant que professionnel. Je venais tous les jours au studio et je créais des sons. Sur les vingt-cinq, j’ai gardé les huit meilleurs. Ceux qui me plaisaient le plus et qui étaient vraiment ancrés dans mon univers. Je n’ai pas été surpris de l’engouement autour de ce projet parce qu’on a pris le temps qu’il fallait pour peaufiner les clips et les sons, sans rien bâcler. Comme le projet était disponible en téléchargement gratuit sur internet il a bénéfinicié d’une plus grosse visibilité. Au passage, big-up à Haute-Culture, la plateforme qui l’a hébergé et qui a assuré sa médiatisation. Le relais a été efficace, notamment sur les gros sites de rap. J’en garde un très bon souvenir, c’était un beau projet. Pour toi, quelle place a le rap dans le paysage musical actuel ? Tortoz : Je pense que le rap est la musique la plus écoutée en France voire dans le monde. Même un gars à fond dans l’électro a toujours un morceau de rap qu’il kiffe. Le rap est venu naturellement et s’est ouvert. Avant il n’y avait qu’un style, maintenant tu peux rapper sur de l’électro, de la dubstep, de la soul, du boum-bap et j’en passe, et donc trouver ton truc dans le rap. C’est ma façon de voir les choses, et j’imagine que c’est grâce à cette ouverture que ça cartonne. Il y a de plus en plus de personnes qui se disent « Tiens, je me verrais bien faire ça parce que ce style de rap me plaît et correspond à mes influences », et donc de plus en plus de rappeurs. Célia C.

En parlant d’influences, quelles sont les tiennes ? Tortoz : Je kiffe la scène de Toronto, avec Drake qui mène le truc. Mais j’aime aussi des artistes qui cartonnent comme PartyNextDoor ou Tory Lanez. C’est le rap que j’aime entendre, qui tape et que tu

peux passer en club tout en étant chanté. C’est du rap mélodieux, pas du rap pur et dur. J’adore. Mais depuis le départ, je suis influencé par Kanye West, c’est un génie depuis College Dropout jusqu’à son dernier album, je l’écoutais ce matin encore. Ce mec me pousse à sortir de ma zone de confort. À chacun de ses nouveaux sons, il me bluffe par sa créativité. Dans ce que tu fais, tu te sens plus proche de la scène française ou américaine ? Tortoz : Je pense que je suis pile poil entre les deux. J’ai commencé à écrire sur du boom-bap avec une écriture très hip-hop français mais en terme de prod, c’est complètement US et canadien. Un juste milieu, donc. Par contre, j’écoute plus du rap US que français. Travis Scott, t’écoutes ? Tortoz : Absolument, au max du max. C’est un des gars que j’écoute le plus. Il a mon âge et à chaque morceau qu’il sort je me demande comment il fait, ça me dépasse. C’est incroyable, il n’est pas né comme moi, comme nous. Pour que Kanye West l’appelle en disant « Toi, t’es chaud, tu vas travailler avec moi » alors qu’il a vingt ou vingt-et-un ans, c’est qu’il a un truc en plus. Sur qui tu conseilles de miser en rap français et en rap US ? Tortoz : En France il y a Laylow, avec qui j’ai bossé sur Minuit 20. Je ne sais pas s’il va péter mais je trouve que c’est un des plus chauds en France, il mérite un énorme buzz parce que c’est vraiment de la musique hip-hop autour de laquelle il a construit un bel univers. Que ce soit visuel, sonore ou la façon dont il pose. J’adore aussi la scène suisse, notamment Superwak Clique dans laquelle on retrouve Makala et SlimK (avec qui je devrais bosser prochainement). Si je ne mise pas sur moi, alors je miserais sur SlimK ou Laylow. Du côté US, je miserais sur Jazz Cartier, que je suis depuis un moment en me doutant qu’il allait exploser et c’est ce qui est en train d’arriver. Il y a aussi KR, un mec de Toronto, très chaud. Et il y a des rappeurs grenoblois que tu recommanderais ? Tortoz : Grave ! Deux en particulier : Kaba et Ñato. Le premier est jeune et rappe vraiment bien. Il fait des sons assez chill, je pense qu’il y a un truc à faire avec lui. D’ailleurs on travaille tout le temps ensemble, c’est mon backeur sur scène et j’essaie de le pousser au maximum parce que je trouve qu’il a un truc. Le second est dans un délire totalement différent qui me plaît tout autant. On a aussi bossé tous les deux sur un track qui sortira dans son nouvel E.P.

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T O R T O Z

“ Quand j’ai sorti Dans le carré, j’ai eu l’impression qu’on arrêtait de me comparer, que ce soit cain-ri ou français. Je me suis dit que je tenais quelque chose et j’ai eu envie de le développer. ”

Charlie S.

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Il y a un artiste en particulier avec qui tu aimerais collaborer ? Tortoz : Oui, un beatmaker qui s’appelle High Klassified. C’est un canadien francophone incroyable, il fait du future beat, un peu comme DTWEEZER - c’est d’ailleurs lui qui me l’a fait découvrir. Ça me plairait de collaborer avec lui dans un futur proche. J’aimerais aussi bien bosser avec ceux que j’ai déjà cités : SlimK et Laylow. Il y a plein d’artistes autour de moi avec qui ce serait cool mais ce sont eux que j’ai en tête en ce moment. Que prépare Jeune Rookie pour la suite ? Tortoz : Un autre E.P, qui est fini et qui - sans trop m’avancer - devrait sortir à l’automne. C’est un format de huit à dix titres qui sera hébergé sur Haute-Culture. Dans le carré n’était pas tout à fait moi : certains tracks me ressemblaient beaucoup, d’autres un peu moins. Dans ce nouveau projet, c’est tout mon univers, ma couleur musicale que j’ai trouvée en travaillant avec des beatmakers différents. Donc Jeune Rookie a vraiment bien taffé, et ensuite il va travailler un album, parce qu’il a envie d’avancer et de faire des trucs carrés.

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Tu as des featurings chauds prévus pour ton prochain E.P ? Tortoz : Il y a SlimK et à priori Kaba, dont je viens justement de vous parler. Mon crew, MQEEBD, qui est sur tous mes projets : on ne change pas une équipe qui gagne ! Après je ne fais pas non plus des milliers de feat et surtout ne cherche pas à en choper juste parce que le mec buzze. C’est plutôt au feeling, si je pense que le gars peut rentrer dans mon univers. Je ne force pas le truc si on ne se correspond pas musicalement.

concert là-bas. C’est prévu, et si on ramène des gars de Suisse comme Makala ou SlimK, on peut remplir la Belle. C’est un de nos objectifs.

Quels sont tes objectifs pour 2017 ? Tortoz : Mes objectifs ? Tout baiser ! Plus sérieusement, je veux vraiment apporter quelque chose. Quand j’ai sorti Dans le carré, j’ai eu l’impression qu’on arrêtait de me comparer, que ce soit cain-ri ou français. Je me suis dit que je tenais quelque chose et j’ai eu envie de le développer. Que les gens arrêtent de dire « Tortoz, ça me fait penser à untel ou untel » mais plutôt « Tiens, ce truc me fait penser à Tortoz ». Je veux qu’ils rentrent dans mon monde. Une salle dans laquelle tu aimerais rapper ? Tortoz : J’aimerais bien faire des grosses salles sur Paris, parce que je commence à tourner à Lyon et Grenoble mais à Paris les salles que j’ai remplies étaient de deux à trois cents personnes. Faire un gros truc avec tout G-Town à la Belle Electrique à Grenoble cette année serait cool aussi. C’est une belle salle et j’avais kiffé y mettre les pieds avec Set&Match, qui m’y avaient invité le temps d’un couplet. C’était trop court, je voudrais faire un vrai

Interview tournée le 08/05/2016.

Retrouvez Tortoz sur les internets Acheter : Tortozonline.com & Hauteculture.com Écouter : Deezer, Spotify, Apple Music & Youtube Suivre : Facebook, Instagram,Twitter & Snapchat

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Dead Is Hype Bicycles Freiner c’est tricher

Laissez donc vos préjugés de côté, le fixie n’est pas réservé aux hipsters à la moustache bien entretenue. Rencontre avec Arnaud, un mec qui a de beaux vélos et qui, lui, sait rouler avec ! Tu peux nous faire un petit historique de Dead Is Hype Bicycles et en présenter le concept ? Arnaud : En 2011, avec mon associé Nicolas Marchi, nous avons mis en place un atelier de restauration, customisation et de montage à la carte dans lequel il était possible de personnaliser entièrement son vélo (bicyclette ou pignon fixe). À nos yeux, il était primordial que les clients créent et achètent leur propre vélo et non pas un vélo designé pour eux par un mec dans un bureau. Ce premier concept a été stoppé et mon associé a monté son propre atelier de réparation et restauration (Cycles Marchi Lyon 69002). Pour ma part, en passionné que je suis, j’ai souhaité relancer le projet Dead Is Hype Bicycles, tout en le diversifiant. C’est pourquoi cette boutique a ouvert ses portes à Grenoble en septembre 2015. Grenoble étant une des villes les plus plates de France avec une grande part de la population étudiante et sportive, c’était parfait. Et contrairement à ce que j’ai pu remarquer sur Lyon, les gens ici pratiquent tout au long de l’année. Même s’il fait froid ! À la base, avec mon mécanicien Émilien, nous ne proposions que des vélos à pignon fixe mais comme nous sommes pratiquants d’autres styles (BMX, VTT de descente) nous avons élargi

Photographies : Quentin Fombaron & Jessy Penelon


Charly F.

Chloé D.

Chloé C.

Christian S.

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notre gamme. Aujourd’hui, on propose différents vélos à vitesses (vélos de route, Gravel/cyclo-cross, vélos urbains et VTT).

peu dangereux dans certains cas !

Pourquoi ce nom, Dead is Hype ?

Arnaud : Honnêtement, vis-à-vis de la législation en France, si le vélo n’est pas équipé de freins, il n’est pas considéré comme conforme à la circulation et son propriétaire risque d’être amendable. Il y a quand même une tolérance sur le pignon fixe à condition qu’il soit au moins équipé d’un frein avant. Certains utilisateurs préfèrent avoir leur vélo équipés de deux freins, un à l’avant et un à l’arrière, mais les puristes, eux, conduisent sans freins parce que freiner… c’est tricher ! (Rires).

Arnaud : (Rires). C’est la question qui revient tout le temps. À la base, c’était un clin d’œil aux hipsters car les pratiquants de pignon fixe étaient, malheureusement, souvent assimilés à ce phénomène de mode. Ce qu’il faut savoir, c’est que les gens qui nous qualifient de hipsters ont découvert le pignon fixe au plus tôt en 2008, alors que ça existe depuis plus de 25 ans ! Dans les années 80 à New-York, les coursiers utilisaient déjà ces vélos parce qu’ils étaient plus simples mécaniquement parlant et donc moins couteux en entretien. Bref on en avait marre d’être résumés à cette mouvance hipster et on s’est dit que le nom de notre marque devait signifier « La mort des hipsters ». On a fait la contraction et le nom Dead is Hype est né. On aime bien ce nom car ça permet aussi une référence aux risques que prennent les pratiquants de pignons fixes. Généralement un fixie n’est pas équipé de freins, donc forcément, c’est un

C’est catégorique, les fixies, c’est sans freins ?

Peut-on vraiment personnaliser le vélo de A àZ? Arnaud : Chez nous, le client peut repartir avec le vélo qu’il avait en tête et ce, quelle que soit son idée. Les seules limites dans la conception d’un vélo se situent au niveau du porte-monnaie du client ! (Rires). On peut faire énormément de choses, des couleurs à la forme du cadre en passant par la customisation de son guidon ou de ses roues.


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ClĂŠment M

Photographie : Quentin Fombaron


Christine L. Christophe R.

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Chantal Q.

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Si jamais la demande est trop spécifique par rapport à ce que nous avons en magasin nous avons tous les contacts pour finaliser le projet. On laisse la porte ouverte à toutes les idées !

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David C.

Déborah B.

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Il y a quelques outils pour personnaliser en ligne, pourquoi venir en discuter dans votre boutique ? Arnaud : Parce que notre boutique est un lieu physique avec des vrais gens dedans ! Plus sérieusement nous proposons un réel conseil. Le client vient chez nous et nous prenons le temps de discuter avec lui de son idée. Autour d’un café ou d’une bière en fonction de l’heure. Nous avons aussi notre propre configurateur qui permet d’offrir un visuel général du vélo que le client souhaite.

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Quels sont vos clients types ? Arnaud : Le plus souvent ce sont des étudiants ou des jeunes actifs. Mais ils nous arrive aussi de vendre à des personnes de plus de 45 ans. On a un petit peu de tout en fait.

“ En France, le sport national c’est le vol de vélos… Même si beaucoup de grenoblois sont persuadés d’être les seuls touchés par ce phénomène ! Qu’ils se rassurent, c’est un problème présent dans la France entière… ”

As-tu un avis sur le vélo électrique ? Arnaud : Ah, le vélo électrique… Le vélo à assistance électrique pour utiliser le terme approprié. Si je donne ma véritable opinion sur le VAE, vous seriez obligés de me censurer… Je n’aime vraiment pas cette branche du vélo. On est spécialisés dans les vélos à pignons fixes, et sur ces vélos, tu pédales tout le temps. Même pour ralentir, il faut que tu pédales. Alors l’assistanat électrique n’a pas d’intérêt pour nous. En plus, les marques de VAE avancent un argument écologique alors que, soyons honnête, il n’y a rien de plus écolo que pédaler avec ses jambes. Ces vélos fonctionnent avec des batteries au lithium, c’est hypocrite de les vendre comme écologiques. Le VAE est écologique comparé à une voiture mais comparé à un vélo traditionnel… certainement pas ! En parlant d’écologie, ressens-tu que tu es dans une ville écolo, par rapport au vélo ?

Émil B.

Arnaud : Vous avez le don de poser des questions sur lesquelles je vais être dur ! Grenoble est la seule ville avec une mairie écolo, cela va de pair avec une envie de développer le vélo, dans son utilisation générale. Mais pour moi, Grenoble n’est pas la ville référence en matière de vélo. Elle a le potentiel pour le devenir mais elle a du retard. Strasbourg, par exemple, est beaucoup plus avancée. Sûrement parce que plus proche de pays comme l’Allemagne ou la Hollande, très précurseurs en matière de vélo. Pour l’instant en France, que ce soit au niveau local ou national, nous avons surtout affaire à une belle hypocrisie. Attention, c’est une très bonne chose de développer les accès aux vélos mais je ne vois pas d’un très bon œil leur démarche. En France, pour développer le réseau cyclable, on crée des pistes cyclables en contre-sens… Entre le stationnement

Photographies : Quentin Fombaron


des voitures, la circulation et les vélos dans les deux sens, ça devient compliqué et dangereux. On est loin des voies dédiées aux cycles de l’Allemagne ou de la Hollande, qui sont même équipées de mobilier urbain (repose-pieds, repose-poignets, etc.) pensé autour de la pratique du vélo. Ah et autre chose… en France, le sport national c’est le vol de vélos… Même si beaucoup de grenoblois sont persuadés d’être les seuls touchés par ce phénomène ! Qu’ils se rassurent, c’est un problème présent dans la France entière… Il n’y pas un micro ghetto à Grenoble. C’est juste que le stationnement sécurisé n’est pas du tout développé dans notre beau pays. À l’époque des immeubles haussmanniens, les architectes n’avaient pas prévu le stationnement vélo mais aujourd’hui, il est primordial de le développer. Les gens auraient moins peur d’investir dans de beaux vélos s’ils les savaient à l’abri du vol. Ce qu’on peut voir aujourd’hui à Grenoble cours Jean Jaurès, les boxes cylindriques pour entreposer son vélo, c’est déjà pas mal. Et il y a plein d’écoles d’architecture qui pourraient faire des trucs sympas. Pourquoi pas sur la place Victor Hugo : un garage à vélo en bois, équipé d’un petit panneau solaire et peut-être même d’une surveillance vidéo. Tout ça à disposition des usagers sous couvert de payer 5 euros par mois, par exemple. Ça existe déjà dans d’autres pays.

une ville assez ouverte, les gens étant souvent pluri-disciplinaires, les cultures se croisent et se mélangent. Certains font aussi bien du VTT que du pignon fixe. C’est moins sectaire ici qu’à Lyon au final. Et en ce qui nous concerne, nous ne sommes pas du tout des dictateurs du pignon fixe ! Les membres du groupe Facebook ne pratiquent pas tous du fixie, on y trouve aussi des pratiquants de tout types de vélos. Le but de nos soirées du mercredi c’est avant tout de se retrouver autour d’une passion, le vélo.

On vous a vu au Vélopolis Festival, quels sont les autres événements auxquels vous participez ou que vous organisez ?

Quel est ton endroit préféré pour Chiller à Grenoble ?

Arnaud : C’était cool de participer à la première édition du Vélopolis Festival, pour nous c’était l’occasion de présenter la culture pignon fixe. On avait d’ailleurs mis des vélos d’essai pour que les gens puissent découvrir. Il y en a encore beaucoup qui ne connaissent pas du tout ce type de vélo. C’est important pour nous de faire remarquer que nous sommes des pratiquants avant d’être des marchands. Chaque mercredi, on se retrouve avec les membres du groupe Facebook Grenoble Ultra Pignon Fixe 3000 dont nous sommes partenaires. On est régulièrement co-organisateurs de leurs événements. Et quand nous ne sommes pas présents sur la partie organisation, on peut prêter notre local par exemple. En 2017, on sera également présents sur les Drift Trikes, des courses en tricycles de descente, comme on pratique également. On nous avait déjà sollicité cette année mais c’était trop compliqué avec le magasin. Quant à nos propres évents, cette année on va essayer d’organiser des journées avec nos clients ou avec nos amis pratiquants : des courses ou des minis critériums par exemple.

Des projets prévus dans une autre ville ? Arnaud : Pas de projet de nouvelle boutique dans une autre ville en tout cas. Ce qu’on veut c’est s’implanter durablement et on est encore tout frais. Nos projets concernent surtout la boutique justement. Nous avons un grand espace et nous comptons bien organiser des événements qui ne seront pas forcément consacrés au vélo mais aussi à ce qui nous plaît : la musique, le graff’, le tatouage… pourquoi pas organiser des sessions de live tattoo ou inviter des DJs le weekend. Nous avons aussi toute une partie de la boutique laissée libre spécialement pour accueillir des expositions. Bref, en 2017, tous nos projets se feront sur Grenoble !

Arnaud : Question difficile ! Le plus souvent, je vais en montagne, mais l’endroit le plus cool pour chiller à Grenoble… Hum… On peut souvent me retrouver avec les copains au Harper ‘s, mais on n’a pas de point fixe. Certains d’entre nous vont à la Bobine, ou à la Belle Électrique. Mais on nous croise le plus souvent… En vélo ! Interview tournée le 29/07/2016. Retrouvez Dead Is Hype Bicycles sur les internets Visiter : Suivre :

Par rapport à tous ces événements, est-ce que les gens cohabitent bien (entre vélo de vitesse, de route, de descente, BMX etc) ? Arnaud : Alors, en effet, comme toute pratique sportive, ça a tendance à être communautaire. Même si ça commence à changer. Grenoble est

Elise T.

6 Rue Paul Bert à Grenoble Facebook & Instagram

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B A S I L E

Victor C.

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Basile Titre de l’interview (Basile Edit).wav

Rencontre avec Basile, étudiant en Géographie le jour et producteur de musique électronique la nuit. Entre deux Boiler Room, il nous parle de son collectif Gang Fatale, de ses influences et de la scène électronique anglaise.

Photographie : Quentin Fombaron


On t’a découvert sous l’alias Prince Jean. Quelle est la différence avec Basile ? Basile : Il n’y a pas de différence en soi, c’est juste que j’avais envie de changer de pseudo. Prince Jean c’était un délire avec mes potes de Rennes quand j’étais jeune… C’était en référence à Robin des Bois de Walt Disney mais au final, j’aimais pas tellement ce nom, c’était trop un personnage. Par rapport à ce que je fais en musique, Basile, mon vrai prénom, correspond mieux. C’est une évolution, pas une rupture musicale. Tu parlais de tes délires avec tes potes de Rennes, comment en es-tu arrivé à la MAO ? Basile : Au collège je m’intéressais plus au rock. Beaucoup de mes potes jouaient de la guitare ou de la batterie et j’étais plus attiré par le piano et le synthé. J’ai commencé à prendre des cours mais je n’avais pas de piano chez moi, du coup mon grand frère, qui fait aussi de la musique, m’a filé le logiciel Reason et un petit clavier MIDI pour que je puisse m’entrainer. Plus tard, vers mes quinze, seize ans, à l’époque de Klaxons, de tous les trucs Ed Banger style Justice, un pote à qui j’avais filé le logiciel m’a fait écouté ce qu’il faisait. Ça m’a chauffé et je me suis dit : « J’ai envie d’en faire aussi ! » Est-ce que tu as eu d’autres expériences musicales avant ça ? Basile : J’ai fait trois ans de leçons de piano jazz et j’ai joué des jams avec mes potes, c’est tout.

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Procèdes-tu de la même manière pour un remix, un edit ou une compo originale ? Basile : Non, des remix j’en fais plus trop parce que ça ne m’intéresse plus. En revanche il m’arrive de faire des edits de sons que j’aime en modifiant les parties qui me plaisent le moins pour pouvoir les jouer en DJ set. Pour une compo originale, cela n’a rien à voir. J’utilise mes synthés virtuels, ma guitare et je fais tout de A à Z sur logiciel. Tu fais partie du crew anglais Gang Fatale (GF), peux-tu nous en dire un peu plus sur eux ?

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Basile : GF, à la base ce sont des anglais qui sB

Eva M.

Basile : C’est très personnel. C’est basé à la fois sur ce qui m’arrive et sur les choses que je vois et que j’étudie, mais d’une certaine manière c’est abstrait. J’ai l’impression de développer un langage avec la musique, c’est un univers assez particulier. De plus en plus, ça prend forme et se nourrit vraiment de toutes mes influences, qui sont assez diverses. Je ne me rappelle pas de la définition précise du mot « cathartique » mais il y a un peu un processus comme ça : soigner, mettre un peu d’ordre dans la tête en faisant de la musique.

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Parle-nous de ton processus créatif.


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B A S I L E

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viennent de Lake District, au nord de Manchester. J’avais envoyé des sons à Bok Bok, du label anglais Night Slugs qui m’a dit « c’est cool, envoie-le à Neana, de GF ». Il a bien kiffé, on a commencé à se mettre en relation et à se rendre compte qu’on avait plein de choses en commun. Donc GF c’est un crew de huit producteurs, anglais, écossais, américain et français - moi - dans des styles assez divers mais complémentaires. On collabore beaucoup, on se fait écouter tous nos sons, on les sort, on fait des soirées. C’est assez important, en tout cas dans notre musique. Ça m’a apporté beaucoup de pouvoir partager, d’être connecté musicalement avec des gens. Du coup ces soirées sont surtout en Angleterre ? Basile : Ouais, j’en ai faite une à Londres. Désormais, ces soirées sont surtout basées à Manchester, je n’ai pas pu m’y rendre malheureusement, mais ça viendra. Sinon j’ai déjà joué avec Neana qui est venu à Grenoble, on a aussi joué à Lyon et à Toulouse, c’était plutôt cool. Comment différencierais-tu la scène anglaise de la scène électronique française ? Basile : Dans la scène anglaise il y a beaucoup plus de choses breakées, chaloupées, plus ou moins issues de la culture jamaïcaine et je trouve plus d’accroches avec ce style. Je ne dirais pas que j’ai un son anglais mais c’est vrai que je préfère la culture anglaise, beaucoup plus large musicalement sur le son modern club. En France, il y a des choses intéressantes mais plus classiques. J’ai du mal à définir le son français mais certains artistes ont des mélodies typiques de celui-ci. En Angleterre, le brassage est plus intéressant entre les différentes populations qui peuvent se rencontrer et j’ai l’impression qu’en France, ça se passe un peu moins. C’est assez abstrait ce que je raconte (rires). Ah, et en Angleterre, quand tu rentres dans un club, le son est plus puissant. Surtout les basses. Ça n’a rien à voir avec la France.

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Peux-tu nous faire une petite sélection d’artistes ou labels que tu apprécies ?

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Basile : Tous ceux qui font partie de GF, forcément, c’est une grosse source d’inspiration. Après en musique électronique, Night Slugs (label de Bok Bok et L-vis 1990, ndlr) a une approche intéressante et de qualité. Ça va de pair avec le label Fade To Mind (label de Kingdom, ndlr) à Los Angeles. Après je ne suis pas le genre de gars qui écoute de la techno depuis qu’il a neuf ans, c’est vraiment avec Ed Banger etc que j’ai commencé à m’intéresser à la musique électronique, avec des artistes comme Feadz qui étaient plus proches de la ghetto house et du rap. J’écoute aussi beaucoup de jazz, de soul et de funk. Il y a Ryuichi Sakamoto qui a pu naviguer entre plusieurs genres avec quand même avec un style bien précis. Tout ce qui est producteur de rap

également : Neptunes, Timbaland... J’sais pas, il y a trop de monde. Et puis, plus jeune, j’ai découvert la musique des Pink Floyd, des Doors, les trucs psychédéliques rock qui partent dans tous les sens avec des instruments. J’aime bien écouter ça aussi. Du coup tu réponds un peu à la question d’après, sur tes influences au-delà de la musique électronique... Basile : Oui, j’ai écouté pas mal de rock, rap et RnB à fond aussi. En fait, j’écoute tout ce qui sort. Aujourd’hui, rap et RnB sont très proches de la musique électronique. En ce moment j’écoute beaucoup de soul, de funk et, toujours, beaucoup de jazz. J’adore écouter Bill Evans chez moi. On t’a aperçu dans une boiler room en collab’ avec dailymotion, peux-tu nous expliquer comment ça s’est fait et comment ça s’est passé ? Basile : C’est Teki Latex qui travaille maintenant pour Boiler Room France, qui m’a proposé d’y participer. J’ai accepté. Ça a été un gros exercice de préparation, parce que BR c’est un peu le gros truc filmé qui reste archivé, et au final ça s’est plutôt bien passé. La soirée était vraiment cool, il y avait un bon engouement de la part des gens tout autour du DJ, ils étaient chauds ! On t’a vu dans un Overdrive Infinity, l’émission organisée par Teki Latex justement. Vous êtes assez proches musicalement, y a-t-il des projets et collabs prévus avec lui ? Sur Sound Pellegrino ou sur d’autres labels ? Basile : Non, rien de prévu avec Teki Latex. Je suis content qu’il m’ait invité à Overdrive. On est assez proches musicalement oui, on doit avoir des trucs en commun dans ce qu’on écoute. Après en soi moi je fais mes trucs avec GF et lui a son label. Récemment il a fait se rencontrer plein de jeunes producteurs français sur Paris. Il essaie d’amener de la pluralité dans le paysage électronique français. Pour l’instant on se rencontre, on apprend à se connaître, on partage des choses, mais je n’ai pas encore de sortie prévue ou quoi que ce soit en collaboration avec lui. Toi qui n’es pas originaire de Grenoble, quel est ton avis général sur cette ville ? Basile : J’apprécie être ici, pour mes études et avoir du temps pour faire de la musique, c’est assez agréable. J’habitais en banlieue parisienne avant, c’est quand même plus crevant. Ici, j’ai pu rencontré des gens sympas et je sors pas mal. Le cadre est appréciable, tu es assez vite à l’extérieur de la ville et en même temps il y a des gens intéressants, des choses qui se passent.

Pochette de l’EP Harmony of Tension. Sortie sur Gang Fatale, Automne / Hiver 2016

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Es-tu un peu à l’écoute de ce qui se fait sur la scène grenobloise ? Basile : Ouais, je suis à l’écoute. Je connais pas tout mais quelques labels, pas mal de techno et house, des trucs intéressants. Parfois je vais à des concerts, même dans des squats, il y a des trucs sympas. Ce qui est bien c’est que contrairement à Paris - où je suis un peu forcé d’aller toujours dans les mêmes lieux écouter ce que je kiffe - à Grenoble je découvre un peu plus et je suis forcé d’être plus ouvert d’esprit. Il y a moins de choix mais au final tu y vas quand même et tu peux découvrir d’autres choses. Ici je suis très proche du collectif Narco Polo et Fullfridge qui sont bien aventuriers dans leurs soirées. Aussi, en house/techno, Hidden Plaza et Micropop font les choses bien. Quel est ton spot favori à Grenoble ? Basile : J’aime me balader sur la presqu’île. Je fréquente beaucoup la Bobine, enfin devant, surtout. Je vais quelquefois au Mark XIII, au Bauhaus aussi, il y a souvent des gens que je connais, des trucs un peu marrants qui s’y passent. Après les classiques Drak’art, Ampérage et Belle électrique.

Flavien

D.

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Interview tournée le 08/09/2016.

Retrouvez Basile sur les internets

çois P.

Suivre : Facebook Écouter : Soundcloud Label : Gang Fatale

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“ J’ai l’impression de développer un langage avec la musique, c’est un univers assez particulier. De plus en plus, ça prend forme et se nourrit vraiment de toutes mes influences, qui sont assez diverses. ”


C A I D E E

Tu habites Grenoble depuis plus de cinq ans, qu’est-ce que tu penses de cette ville ? Cai : Grenoble est une ville au top et ses habitants sont sympathiques ! Les scènes artistique, musicale, bref la scène culturelle en générale, est très dynamique. J’ai d’ailleurs commencé à m’intéresser à ces milieux en m’installant ici. À quand remonte ta passion pour le tatouage ? Cai : J’ai commencé à m’intéresser au tattoo quand j’étais encore au lycée. Pour être franc, je suis allé au lycée parce que mes parents m’y ont obligé mais ce n’était pas mon truc. Alors, avec une petite bande de potes on passait notre temps à dessiner. Le dessin c’était notre délire et l’imagerie liée au tattoo nous inspirait beaucoup. Je me suis fait tatouer pour la première fois peu de temps après, à 18 ou 19 ans. Quand as-tu décidé d’en faire ton métier ? Cai : Je ne me suis pas dirigé vers le tatouage immédiatement après le lycée mais un peu plus de deux ans plus tard, après un an de CAP charpente, un an à bosser en tant que charpentier et une vaine tentative à la fac. Savoir ce que j’allais faire de ma vie commençait à devenir un point important et pesant... En parallèle, le dessin avait depuis quelques temps pris plus de place dans mon

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P.

Il y a un peu plus d’un an, nous réalisions notre toute première interview. Le premier à s’être prêté au jeu, c’est Cai. Après des années passées à dessiner, il est devenu tatoueur. Passionné et en perpétuelle quête de perfectionnement, il nous parle de son parcours et de ses inspirations.

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Une histoire de respect et d’humilité

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Photographie : Affaires Étrangères


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Guilla

quotidien et le tatouage aussi. Je m’étais déjà fait tatouer trois fois il me semble. C’est à ce moment-là que je me suis décidé à tout mettre en œuvre pour devenir tattoueur. Je ne savais pas encore comment j’allais m’y prendre mais, cette fois, j’étais sûr de ce que je voulais. Comment as-tu commencé ? Cai : Quand je m’y suis intéressé, le tatouage était déjà en passe de devenir aussi accessible qu’il est aujourd’hui. Beaucoup de gens qui commençaient le tattoo se tatouaient eux-mêmes, en dehors des salons. Je savais que c’était mal vu par la profession alors je me suis plutôt concentré sur un book de dessins orientés tattoo. L’idée était de pouvoir proposer quelque chose de construit, quelque chose de cool, à des tatoueurs qui pouvaient éventuellement avoir besoin d’un apprenti. Après plusieurs relances et une présentation de mon book, j’ai commencé chez Dark & Light à Grenoble sous la tutelle de Xavier. J’en profite d’ailleurs pour lui adresser un immense merci pour tout ce qu’il m’a enseigné et la chance qu’il m’a donnée !

Anna R.

T’as des conseils à donner à quelqu’un qui se lance ?

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Cai : La meilleure chose à faire pour commencer c’est de se faire tatouer. Ensuite, il est indispensable d’approcher le milieu avec respect. Le tatouage a une histoire fascinante alors il faut s’en informer et la respecter au maximum, avec humilité. Enfin, je dirais qu’il est important de rencontrer des professionnels, de discuter avec eux, de leur poser des questions, leur demander des retours sur ton taff et d’observer la façon dont ils travaillent. Tu es arrivé chez Velvet Studio durant l’été 2015, c’est bien ça ? Cai : Oui. Depuis décembre 2014 je sentais que je voulais voir autre chose. Je cherchais un salon pouvant m’offrir des perspectives d’avenir plus dynamiques et l’opportunité de faire plus de rencontres dans le milieu. Je connaissais plutôt bien les gars de l’équipe de Velvet, ils m’ont proposé le job et j’ai accepté instantanément. Ce salon correspondait totalement à mes attentes. D’une part parce que Velvet accueille souvent des tattoueurs guest et d’autre part parce que sa clientèle est avertie aux styles « Traditionnel » et « Old School », deux styles qui me plaisent vraiment. En parlant de style de tattoo, comment définirais-tu le tien ? Cai : On pourrait dire que mon style reprend les codes du « Western Traditionnel ». Ce n’est pas du « Traditionnel Américain » mais occidental, européen quoi. On retrouve plus de détails que dans le « Tradionnel Américain », c’est un style un peu moins minimaliste. Contrairement à ce qu’on pourrait croire cela fait un bon moment que les gens

Photographies : Quentin Fombaron

A.


“ La meilleure chose à faire pour commencer c’est de se faire tatouer. Ensuite, il est indispensable d’approcher le milieu avec respect. Le tatouage a une histoire fascinante alors il faut s’en informer et la respecter au maximum, avec humilité. ”

Heoning UK.

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D E E

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Mitch, 27 ans Photographie : Nicolas Rolly


se tattouent en europe. Les tatouages traditionnels français, britanniques, hollandais, suédois ou danois m’inspirent beaucoup ! Où puises-tu ton inspiration ? Cai : Un peu partout… Pour faire simple, je me documente énormément. Dès que je trouve un livre qui me semble intéressant, qui touche de près ou de loin au tatouage, je l’achète direct ! Je commence à avoir une sacrée bibliothèque ! De manière plus générale dès que je tombe sur une image qui me plaît je la met de coté. Qu’elle provienne d’un livre, d’un magazine ou aux réseaux sociaux. Ceci dit, j’essaie de diversifier un max mes sources d’inspiration. Je peux trouver des idées dans l’art populaire, dans le travail de certains photographes ou cinéastes, dans l’iconographie du cirque ou de la marine… Je ne veux pas être élitiste quand je puise mon inspiration… Plein de trucs m’inspirent. Presque tout en fait. Tu peux développer un peu sur ton utilisation des réseaux sociaux ? Cai : J’utilise beaucoup les réseaux sociaux, surtout Facebook et Instagram. Je suis des tonnes de gens pour autant de raisons différentes. Je pense que suivre de près une seule personne en particulier pourrait trop m’influencer et donc nuire à ma création. Je pars du principe que créer c’est ré-interpréter ce que tu vois afin de te l’approprier et non pas reproduire. Même si, bien sûr, dans le tatouage, il y a des classiques qu’on reproduit plus ou moins. Vous êtes cinq à Velvet, penses-tu que tes collègues aient une influence sur ton taff ? Hugo R.

Cai : Oui. La plus importante de mes sources d’inspiration reste les personnes avec qui je travaille. Indirectement quand il s’agit de tous les professionnels du tatouage que je peux croiser. Et plus directement en faisant partie de l’équipe de Velvet. Brice et Julien m’inspirent particulièrement, je leur demande souvent conseil. Mes collègues influencent mon processus créatif car leurs avis comptent beaucoup pour moi. Travailler en équipe permet de faire évoluer ton taff’ vers quelque chose de toujours plus perfectionné. Y a-t-il quelqu’un en particulier par qui tu aimerais te faire piquer ?

“ Mes collègues influencent mon processus créatif car leurs avis comptent beaucoup pour moi. Travailler en équipe permet de faire évoluer ton taff’ vers quelque chose de toujours plus perfectionné. ” Ivan S.

Cai : N’en citer qu’un seul serait oublier des centaines d’autres. Alors non, personne en particulier. C’est l’occasion qui fera que telle ou telle personne me piquera. Je me fais tatouer de manière assez impulsive, c’est rarement beaucoup réfléchi.

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C A I

T’arrives-t-il de refuser des projets? Pourquoi ?

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Laure, 23 ans

Jules S.

Cai : Oui, certains projets ne sont pas acceptés. Le plus souvent c’est par rapport à la philosophie du shop, plus qu’à ma propre décision. Chez Velvet nous refusons beaucoup de tatouages soumis à des effets de mode, comme les envolées d’oiseaux ou les signes infini… De même pour les projets tattoos trop petits. Un tatouage minuscule n’est pas viable, il va mal vieillir et c’est l’image du salon qui est en jeu quand quelqu’un se fait tatouer ici. Si nous jugeons que le motif ne tiendra pas le coup des années sous la peau, nous ne le faisons pas. En revanche, dès l’instant que le motif est un minimum réfléchi ou qu’on nous laisse la possibilité de le retravailler, nous acceptons ! Tout dépendra quand même de l’emplacement du tattoo, qui se gère au cas par cas. Certaines personnes pourront assumer un tatouage sur la main (et leur situation professionnelle le leur permettra). Pour d’autres, ça peut être plus compliqué. Nous avons déjà eu l’exemple de gens qui se sont fait retirer des tatouages faits chez nous alors que nous les avions prévenus qu’ils allaient être difficiles à porter… Tu peux nous parler de ton avenir ? Cai : Je me plais bien chez Velvet mais j’aimerais tout de même pouvoir commencer à bouger, découvrir d’autres salons, d’autres villes et d’autres personnes qui tatouent. J’aimerais rester résident chez Velvet tout en essayant de voyager un petit peu plus. Je ne sais pas encore à quel rythme et je n’ai pas forcément de limites. Si un jour j’ai l’occasion d’aller en Australie pour tatouer, je prends l’avion direct. Mais Grenoble reste une ville que j’affectionne particulièrement et si je ne me suis pas encore barré, c’est que je ne pense pas m’en aller pour toujours. Si jamais je m’en vais, ce sera pour y revenir.

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Justement, quel est ton spot préféré à Grenoble ? Cai : Je dirais la Bastille, parce que c’est un endroit reposant. Tu peux très rapidement sortir de la ville tout en gardant un oeil sur elle.

Interview tournée le 05/10/2015.

Mathilde, 24 ans

Photographies : Quentin Fombaron & Nicolas Rolly


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Ben, 25 ans

QUESTION BONUS : Parmi ces 3 choix, lequel te ferais-tu tatouer si tu n’avais pas le choix : 1. Le portrait d’Émile Louis sur le bras gauche 2. Un booster Spririt sur le pec droit 3. Une croix gammée faite de teubes en feu en guise de branches Cai : Putain je crois que je serais obligé de me faire tatouer le booster… Pour le côté street un peu ! Ouais, direct le booster !

Retrouvez Cai Dee sur les internets Suivre : Rdv :

Lucy, 18 ans

Facebook & Instagram Velvet Studio Grenoble


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De Grenoble à New-York, il étend son troupeau

Soyons directs, pourquoi le mouton ? Et qu’estce que signifie The Sheepest ? The Sheepest : J’ai choisi un mouton pour appuyer le symbole du mouton de Panurge. Pour dire ouvertement que, d’une certaine manière, on est tous des suiveurs. Pour le nom, ce qui m’amusait c’était le jeu de mots avec sheep (mouton en anglais) et le superlatif en -est (le plus). La double signification me plaisait aussi : avec ce superlatif, on pouvait autant penser au super-mouton – celui qui serait en dehors du troupeau –, qu’au plus gros mouton, c’est-à-dire le plus suiveur, le plus intégré au troupeau. The Sheepest c’était également pour la sonorité commune avec the cheapest (le plus bon marché en anglais) qui sonnait bien pour dénoncer la société de consommation en parallèle. Toutes ces significations s’accordaient bien avec ma réflexion. D. M.

Parle-nous de tes débuts, quand as-tu décidé de choisir ce pseudonyme ? The Sheepest : J’ai choisi ce nom en 2006. Tout est né du rapport que j’avais avec la rue. À l’époque, je skatais pas mal et il y avait peu d’infrastructures prévues à cet effet. Ça ne nous déplaisait pas forcément, à mes potes et moi, parce qu’on pouvait avoir un lien direct avec l’environnement urbain. Ce manque de moyens faisait appel à notre créativité

Photographies : Quentin Fombaron

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La légende grenobloise nous offre une interview et nous parle de ses débuts, de sa vision du street art et de la ville de Grenoble. Rencontre avec un artiste engagé et passionné.


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pour détourner le mobilier urbain et faire nos figures. Cette façon de skater obligeait à aller se balader dans des endroits dans lesquels nous ne serions jamais allés. C’est cet aspect-là qui ressort dans le street art également. Il faut trouver les lieux qui peuvent être détournés de leur utilité première. J’avais déjà quelques potes graffeurs dans mon entourage et j’avais hâte de trouver mon propre truc. Les collages étaient encore rares à Grenoble et j’ai rapidement eu l’impression d’être quelque peu unique parmi une scène graffiti déjà bien implantée. Les moutons ont vite commencé à intriguer du monde…

S H E E P E S T

Comment confectionnes-tu tes moutons ?

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The Sheepest : Le plus souvent j’utilise l’impression numérique sur un papier au format A0. C’est grand mais selon l’endroit où je vais le coller, ça peut être assez discret. Parfois je l’adapte au spot car il ne faut pas qu’il dénote complètement avec l’environnement, qu’il ait l’air d’un pin’s en haut d’un mur. C’est une technique plutôt basique, ce qui me plaît, c’est le rapport à l’identique. Ce mouton doit être une accumulation, il doit constituer un troupeau. Il était indispensable que ce soit toujours le même. C’est d’ailleurs la symbolique du mouton : il fallait souligner le fait qu’on soit tous identiques. Pour cette raison j’ai préféré l’affiche à la bombe de peinture. Au-delà de ça, le papier a un coté beaucoup moins agressif, beaucoup moins vandale aux yeux des gens. Et bien sûr, ce support me laisse plus de liberté d’action, c’est plus rapide de coller une affiche que de faire un pochoir. Ça me permet d’aller le mettre dans des endroits un peu fous sans trop me poser de questions.

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Comment t’y prends-tu pour choisir un spot ? The Sheepest : J’essaie au maximum de placer mon mouton in situ, de façon à ce qu’il corresponde au lieu. Si je le mets aux abords d’un centre commercial ça n’aura pas la même signification qu’à un autre endroit dans le centre ville. Le spot doit faire sens mais j’évite de tomber dans l’évidence. Je n’irai pas le coller devant une Fnac ou un McDo’ parce que ça deviendrait plus une sorte de publicité qu’autre chose. Je n’ai pas la volonté de dénoncer à chaque fois. parfois le mouton est juste un sarcasme. J’aime aussi le mettre là où on ne l’attend pas et là où il ne sera pas facile à déloger. Les moutons, tels que je les visualise, regardent vers le bas. Or, pour voir les miens, il faut lever les yeux ! As-tu un rythme de production défini ?

Juliette G.

The Sheepest : Quand j’ai commencé, j’étais assez euphorique et tous les endroits que je voyais autour de moi étaient des spots potentiels. La première année, je crois que j’en collais une quinzaine par mois. Je ne me limitais pas au centre ville, j’allais partout. Aujourd’hui, j’en colle un peu moins et sans rythme précis.


Quel genre d’ennuis as-tu pu avoir avec les autorités ? The Sheepest : Je me suis fait emmerder une fois, à Barcelone. Les flics m’ont mis une amende pour un mouton que je n’ai même pas collé. Ailleurs, je n’ai jamais vraiment eu d’ennuis avec les autorités, même si c’est toujours plus délicat à l’étranger car tu ne sais pas comment les gens et la police réagissent par rapport au street art. En France, ça s’est toujours bien passé. Le support papier est plus soft que la bombe de peinture aux yeux de la loi. C’est avec le voisinage que j’ai pu rencontrer quelques problèmes mais en général, si je ne parviens pas à négocier en expliquant ce que je compte faire… je me dépêche de le coller ! De toute façon, quand le mouton est fixé, bon courage pour l’arracher ! Au vu des risques encourus, pourquoi la rue et pas la galerie ? The Sheepest : Par rapport à ce que je fais, la galerie aurait très peu de sens. Si c’est juste pour placer un mouton dans un cadre, je ne vois pas l’intérêt. Je considère la rue comme un terrain de jeu et ça me limiterait énormément de rester en galerie. Pour moi, le street art en galerie c’est un peu comme si un gars décidait d’aller courir dans un stade. La rue offre un champ des possibles beaucoup plus grand.

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The Sheepest : Ok, j’explique. L’architecte d’intérieur de l’Ikea de Grenoble m’a contacté après avoir remarqué le mouton que j’avais collé sur leur parking. Elle m’a proposé d’en mettre un à l’intérieur, dans le but de faire une « ambiance » chambre d’ado. C’est sûr, ça m’a fait réfléchir… Je cherchais à savoir si ça pouvait rester cohérent avec ma démarche. J’ai fini par trouver ça intéressant

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Pourquoi y a-t-il un mouton à l’intérieur du Ikea de Grenoble ? Ne penses-tu pas que c’est contradictoire avec ton message et ton éthique ?

Kim G

The Sheepest : En vivre ça me demanderait certains compromis et je veux garder une certaine éthique dans ce que je fais. Je tiens à rester cohérent. En vivre d’une manière marchande, en vendant des t-shirts ou d’autres produits dérivés, ça ne coïnciderait pas du tout avec ce que ce mouton représente pour moi. J’imprime et je vends quelques sérigraphies en tirage limité car c’est une déclinaison directe du collage, mais ça s’arrête là. De manière plus institutionnelle, je privilégie les interventions dans des écoles, collèges et lycées. C’est dans le même esprit que ce que je suis en train de faire avec cette interview : j’explique ma démarche. L’argent que je gagne avec mes sérigraphies et mes interventions contribue à mes dépenses pour mes voyages, et me permet donc de coller davantage de moutons.

Guillaume R.

T’as jamais voulu en vivre ?


T H E S H E E P E S T

et même assez cool : tous les clients d’Ikea suivent une sorte de parcours fléché et adoptent le comportement d’un troupeau de moutons. Mon collage se trouvant en fin de parcours, il fait bien écho au chemin de moutons que les gens viennent de faire dans le magasin. Bien évidemment, j’ai conscience qu’Ikea n’est qu’une grande marque qui va se servir du street art parce que c’est à la mode et parce que ça renforce son image de magasin “branché”, sans que la direction ait de conviction par rapport à ce que ça représente. Mais derrière tout ça il n’y a pas une collaboration marchande directe. J’ai certes été payé pour le faire, mais tu n’iras jamais à la caisse acheter un produit estampillé Ikea feat. The Sheepest. Quelle réaction aimerais-tu que ton mouton évoque ? The Sheepest : Je ne donne pas de mode d’emploi particulier pour la lecture de ce mouton, alors je ne pense pas à une réaction spécifique. Ce que j’apprécie c’est quand les gens en voient plusieurs. Je dis bien « plusieurs », car ça ne tient plus au hasard, c’est le gage qu’ils y ont prêté attention. C’est là tout le plaisir que j’en retire, que quelqu’un me dise : « Je l’ai vu là ! et ici ! et puis là bas ! » C’est la preuve qu’il aura levé les yeux et qu’il se sera intéressé à ce qui se passe autour de lui.

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Tu es peu présent sur les réseaux sociaux, pourquoi ? The Sheepest : J’ai un site qui permet de référencer mes moutons mais effectivement j’ai fait le choix de ne pas m’afficher sur les réseaux sociaux. Je n’aime pas spécialement ce qu’on peut y voir et, en règle générale, je trouve que ça peut vite fausser la donne. Certains comptes vont s’approprier des œuvres et rapidement devenir des références alors qu’ils n’ont aucune crédibilité. Tout simplement parce qu’ils ne sont pas acteurs mais simples spectateurs. C’est rarement assez approfondi, il manque souvent un côté historique indispensable pour traiter la chose dans son ensemble. Tout ce que j’ai pu voir jusqu’à présent sur les réseaux m’a déçu, que ça parle de street art en général ou de ce que je fais. Si ce n’est pas parce que c’est mal interprété, c’est parce que les œuvres sont sorties de leur contexte. Sur Internet, on s’arrête plus sur les dessins en eux-mêmes que sur le message qu’ils peuvent porter. Et de toute façon, au-delà du message propre au motif, le simple fait de le faire dans la rue a une dimension particulière. Il n’y a qu’en se rendant sur place qu’on peut comprendre ça. As-tu une anecdote par rapport à un mouton ? The Sheepest : J’en ai plein ! Le lot d’anecdotes est permanent ! À chaque fois, j’essaie d’être le plus discret possible mais je ne suis jamais à l’abri de croiser quelqu’un, de rester coincé dans un immeuble ou de tomber sur une porte qui ne s’ouvre

pas. La plupart du temps, je me fais surprendre par quelqu’un qui m’entend marcher sur son toit et qui pense que je suis un cambrioleur. C’était le cas ici, au jardin de ville. Une autre fois, quelqu’un me surprend puis me propose de redescendre du toit par son velux quand j’aurais terminé pour que ce soit moins dangereux pour moi ! Il y a une grande part de spontanéité, rien n’est parfaitement planifié. Et à l’étranger, c’est encore plus spontané, j’ai moins de temps pour faire mon repérage et je suis moins au fait des réactions possibles de la part des gens. Quel voyage t’a le plus marqué ? The Sheepest : New York était une aventure différente. Déjà, parce que j’étais impressionné par la ville, mais surtout parce que là-bas, comme dans toutes les grandes villes, le street art et le graffiti ont des dimensions gigantesques. Il faut se faire sa place et trouver un spot original. Coller en voyage c’est toujours plus marquant et beaucoup plus excitant ! As-tu un mouton préféré ? The Sheepest : Pas vraiment mais il y a des moutons que je trouve plus emblématiques que d’autres. Celui en face de la préfecture, sur le toit de l’IUT GEA place de Verdun, est un bon exemple. Réussir à s’introduire dans le bâtiment et accéder au toit, c’était quand même un vrai challenge. Ce n’était pas le plus compliqué à coller mais le lieu est fort symboliquement. En plus, peu de temps après avait lieu une exposition sur le street d’art dans l’ancien musée de la photographie de la place. J’aimais l’idée d’avoir un de mes moutons fixant l’expo depuis l’école. Quels sont les street artistes (ou artistes) qui t’inspirent et avec lesquels tu aimerais collaborer ? The Sheepest : Ça peut paraître prétentieux mais ça me plaît que le mouton ait une sorte d’exclusivité et qu’il ne soit pas forcément associé à d’autres artistes. J’accompagne souvent des potes, mais je préfère que mon mouton garde cet aspect de sortir du troupeau et qu’il se retrouve seul sur une façade. C’est pour ça que je me retrouve généralement solo pour aller coller. Sinon pour parler de ceux qui m’inspirent, j’aimais bien le travail d’un collectif qui s’appelait le 33, ils faisaient principalement du détournement de publicités dans les années 2000. J’adore aussi la finesse qu’il y a dans le travail de la grenobloise Petite Poissonne. Qui d’autre…? Ah ouais, il y a un gars dont je suis vraiment fan et que j’adore mettre en avant dès que possible, c’est Bonom. On ne se connaît pas du tout mais il m’a beaucoup inspiré dans mes recherches d’endroits inaccessibles. Ce mec, en une nuit il est capable de recouvrir une façade entière de chimères ou autres personnages. En quelques heures, Bonom fait le taff que d’autres feraient en une semaine.


Léa C.

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Guillaume R.

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Julien L.

“ J’essaie au maximum de placer mon mouton in situ, de façon à ce qu’il corresponde au lieu. Si je le mets aux abords d’un centre commercial ça n’aura pas la même signification qu’à un autre endroit dans le centre ville. Le spot doit faire sens mais j’évite de tomber dans l’évidence. ”


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Lukas E.


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C’est d’ailleurs ce qui me touche le plus dans le street art : la manière dont c’est fait. Pour moi l’esthétique est secondaire. En ce moment, ce qu’on peut voir dans la rue a trop une volonté d’être joli, bien pensant et donc tout devient un peu téléphoné, un peu facile. On perd toute une dimension du street art, celle du choix du spot, de la manière de s’y prendre et de l’intrigue que ça implique. Par exemple, ce que je trouve super intéressant dans un simple graffiti, qui pourrait être considéré comme sale par beaucoup, c’est l’engagement d’un mec qui va aller le poser sous un pont ou sur un toit. Les risques qu’il peut prendre pour placer son graff à cet endroit précis. Bref, pour en revenir à Bonom, je vous invite vraiment à aller jeter un œil sur son travail ! Quels conseils donnerais-tu à un street artiste débutant ? The Sheepest : Ces derniers temps, j’ai l’impression que la logique est plus de faire du street art pour se mettre en avant soi-même plutôt que pour exprimer quoi que ce soit. Alors mon conseil serait : sois convaincu de ce que tu fais. Peu importe l’activité dans laquelle tu peux te lancer, il faut que tu sois investi et passionné.

Ton lieu de prédilection pour chiller à Grenoble ? The Sheepest : Je n’ai pas réellement de spot défini, j’aime juste passer des moments avec mes potes et mon skateboard. Longtemps on s’est donné rendez-vous place Championnet pour passer la journée à skater là-bas. Aujourd’hui je skate moins et je vais de temps en temps me poser au jardin de ville ou dans la montée de la Bastille. Et pour boire des coups, tout se passe au 1900 et À L’Ouest ! Qu’est-ce qui te motive à continuer ? The Sheepest : Ce qui me passionne, c’est la recherche permanente de nouveaux lieux. C’est un challenge à chaque fois. Pour l’instant ça ne m’essouffle pas, je suis toujours motivé, c’est ce qui m’anime… étendre mon troupeau.

Interview tournée le 26/03/2016.

Qu’est-ce qui te plaît à Grenoble ? The Sheepest : J’aime beaucoup l’échelle de la ville, sa géographie offre la possibilité d’être en totale interaction avec elle pour peu qu’on soit curieux. J’aime aussi l’humilité de ses habitants regroupant pourtant bon nombre de personnes motivées et impliquées dans leurs domaines.

Photographies : Quentin Fombaron, Nicolas Rolly & Timothé Léopold


Léo V.

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“ Les moutons, tels que je les visualise, regardent vers le bas. Or, pour voir les miens, il faut lever les yeux ! ”

Retrouvez les collages de The Sheepest Dans la rue !


S O M A

Magception : un magazine dans un magazine Destiné avant tout aux passionnés de skate, le magazine Soma créé il y a 9 ans à Grenoble est distribué gratuitement en France, en Suisse et en Belgique. Rencontre avec Fred, directeur de la publication, grenoblois et skateur à jamais. Alors range ta trottinette gamin, Soma c’est le skateboard, le vrai.

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Quel est le concept de Soma ?

Et la baseline « skateboard medecine » ?

Fred : C’est vraiment un magazine qui s’adresse aux skateboardeurs. Je ne suis pas sûr qu’un mec qui ne fait pas de skate puisse trouver quelque chose qui l’intéresse dans ce mag. On parle uniquement de skateboard, et on essaie de présenter des sujets qui soient les plus pointus possible. Et encore, on parle de skateboard comme on le pratique nous, c’est-à-dire qu’on n’aborde même pas toute la partie descente, longboard, tout ça. C’est vraiment le skateboard street ou rampe. On est distribué en France, en Suisse et en Belgique. On écrit pas mal sur des skateurs européens mais surtout français, et très peu de skateurs américains.

Fred : Skateboard Medecine, c’était en rapport avec le côté médicamenteux. Mais il y a aussi le fait que pour nous, le skateboard c’est… enfin je ne pourrais pas me passer du skateboard quoi ! Quand je me fais mal et que je ne peux pas skater pendant un mois ou deux, je deviens insupportable. C’est une sorte de médecine de faire du skateboard. Dans les premiers dossiers de presse qu’on avait faits, il y avait cette idée de soigner par le skateboard... Maintenant que j’y repense, c’est complètement con et prétentieux. Mais ça nous faisait marrer. On avait acheté plein de pilules de couleurs et on avait fait une photo comme ça pour notre premier dossier de presse. Bref ça collait quoi !

D’où vient ce nom ? Fred : En fait, c’est assez marrant. Quand on a lancé le magazine avec mon pote Seb on avait chacun préparé des listes de noms. Et tous les deux, on avait mis « Soma » dans nos listes. Ca venait du bouquin “Le meilleur des mondes”, de Aldous Huxley. C’est un roman d’anticipation... l’histoire d’une dictature qui fonctionne à merveille parce qu’une drogue est imposée par le gouvernement. Et cette drogue s’appelle le « soma ». Quand tu prends ton cachet de soma, ça t’enlève toute envie de rébellion, tout se passe bien. Du coup, les gens sont heureux, même sous l’emprise d’une dictature. Mais tout commence à foirer le jour où un mec décide d’arrêter de prendre cette drogue ! Voilà, l’idée c’est que le magazine puisse te rendre heureux mais que tout s’effondre le jour où tu arrêtes de le lire. C’est assez marrant qu’on ait pensé à ça tous les deux alors que ça semble venir d’un peu nulle part...

Le premier numéro de Soma remonte à Juillet 2007, pourquoi t’es-tu lancé dans cette aventure et comment ça s’est passé concrètement ? Fred : Avant Soma, j’étais déjà rédac’ chef d’un magazine de skate. Je bossais pour une maison d’édition, à Grenoble. Le magazine s’appelait Freestyler, ça a duré un moment. Mais la maison d’édition a décidé d’arrêter le titre parce que ça ne marchait pas des masses. Du coup, je me suis retrouvé sans job et exactement au même moment, un pote qui bossait pour le magazine concurrent, Sugar, qui existe toujours d’ailleurs, se faisait virer. Donc on s’est retrouvé tous les deux à se demander ce qu’on allait faire. On a alors essayé de vendre l’idée d’un magazine de skate à une autre maison de presse parce qu’on ne se sentait pas capables de monter ce projet tout seuls. Au final on s’est dit qu’on n’avait rien à perdre, et on s’est lancé.

Photographies : Quentin Fombaron


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“ Si tout était à refaire, je l’aurais fait beaucoup plus tôt. Je n’aurais pas attendu de me faire virer de mon ancien job, j’aurais créé le mag bien avant. ”

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C’est quoi cette histoire de pub Volcom et d’embrouille avec le photographe de Transworld, Dave Chami, dans le numéro 1 ? Fred : (Rires.) C’est vraiment une anecdote mais en fait, Volcom voulait faire une pub avec Charles Collet, un super bon skateur grenoblois. Du coup, on est allé voir Charles avec ce photographe néozélandais, qui était là un peu par hasard. Charles voulait faire un gros truc, il voulait faire le rail juste en face de la gare. Bref à ce moment-là, un pote à moi, qui venait de s’acheter un appareil photo, passe devant nous. Il nous voit en train d’installer tout le bordel et nous demande s’il peut faire quelques photos pour essayer son nouvel appareil, en se mettant dans un coin. Le truc c’est que sa photo était cent fois mieux que celle du photographe néo-zélandais. Alors quand Volcom m’a demandé si j’avais une photo de Charles Collet pour leur page de pub, j’ai pas hésité... Ce qu’avait fait Charles à ce moment-là, il l’a fait une fois dans sa vie, il aurait pu mourir. Quand ton pote fait un truc comme ça, tu utilises la meilleure photo ! Ca me semblait évident. Mais après ça, le photographe néo-zélandais voulait vraiment nous tuer (rires). Mais c’était mieux pour Charles en tout cas ! À l’origine, vous vendiez le magazine à seulement 1 euro en skateshop. Combien de temps ça a duré ?

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Fred : Ouais, au début on trouvait vraiment bien l’idée de vendre le magazine pour que les gens fassent la démarche de l’acheter, que ce ne soit pas un truc gratuit que les gens prennent parce que c’est gratuit. Donc on voulait qu’il soit payant, mais pas cher. Un euro on s’était dit que c’était génial et vraiment pas cher par rapport à la plupart des magazines qui sont souvent à quatre ou cinq euros. On trouvait l’idée bien, sauf que c’était compliqué de les placer dans les magasins. Ils voulaient pas s’emmerder avec des si petites factures. Après quatre ou cinq numéros on a laissé tomber et le magazine est devenu gratuit. Là, tous les magasins le voulaient. Au moins on était bien distribué, et c’était quand même le but. La question qu’on nous pose souvent à nous aussi : comment fais-tu pour vivre d’un magazine qui est distribué gratuitement ? Fred : La pub, tout simplement. Les marques nous achètent des espaces dans le magazine. Et c’est ça qui nous fait vivre. L’inconvénient, c’est qu’on peut nous reprocher de mettre trop de contenu Volcom par exemple. Mais très honnêtement, on n’a jamais eu aucune pression. On en est au 45ème numéro aujourd’hui et, une fois seulement, un annonceur nous a imposé de faire un article à tout prix. On s’est senti obligés de le faire mais au final, c’était pas si mal parce que l’article n’était pas inintéressant... C’était sur un voyage qu’ils avaient organisé avec des skateurs. En 45 numéros, c’était la seule fois. Je n’ai vraiment pas l’impression qu’on soit trop

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dépendants des annonceurs. Quels sont tes projets de développement ? Fred : La bonne réponse serait de te dire que je vais cartonner sur internet. On a un site internet mais c’est pas là qu’on est les meilleurs, clairement. On essaie de développer ça tranquillement mais on a un peu de mal. Ce qu’on a vraiment envie de faire, c’est un magazine papier. Le site, on le fait parce qu’on est en 2016 quoi. Tu en es à ton 45ème numéro... si tout était à refaire, tu le referais ? Fred : Carrément. C’est une chouette aventure. Mais si tout était à refaire, je l’aurais fait beaucoup plus tôt. Je n’aurais pas attendu de me faire virer de mon ancien job, j’aurais créé le mag bien avant. On a appris début Août que le skateboard serait une discipline des Jeux Olympiques à partir de 2020, pour les J.O. de Tokyo. Qu’en pense le passionné que tu es ? Fred : J’en pense plus grand chose. J’étais scandalisé il y a encore quelques temps mais maintenant, c’est inévitable, voilà, c’est fait. Et puis tout est prêt, ça fait des années qu’il y a des grosses compétitions aux USA qui se donnent un mal fou pour rendre le skateboard compatible avec des critères sportifs classiques. Des espèces de compétition qui ressemblent à des compét’ de patinage artistique. Ca ne me parle pas du tout, je ne sais même pas si je regarderai... peut-être. Ca ne me concerne pas du tout en fait, j’ai l’impression que c’est complètement un autre sport. En fait c’est très clair, je pense qu’il y a le skateboard comme mes amis et moi on le pratique et on le vit, et puis le skateboard sportif, olympique. Je pense qu’il n’y a pas de contact entre les deux pratiques, qui sont totalement différentes. Tu choisis ton camp, voilà tout. J’ai lu que pour les J.O. d’hiver, le snowboard


Parlant de grand public, tu dirais quoi à un mec en trottinette ? Fred : (Rires). « Désolé » ?! Non... les pauvres. Enfin les pauvres, ils s’amusent quoi. Les pauvres ce sont les ados qui font des cascades en trottinette. Mais bon, pourquoi pas. Si j’avais leur âge, j’aurais peutêtre choisi la solution de facilité comme eux. J’en sais rien. C’est quand même un peu dommage ! Pour en revenir à Grenoble, quel est ton avis sur la ville en termes d’infrastructures et de culture skate ? Fred : Un truc qui m’a toujours surpris, c’est que Grenoble n’est vraiment pas une ville idéale pour le skateboard : le sol est mauvais, les trottoirs sont striés, c’est insupportable. J’étais à Lyon toute la semaine dernière et c’est beaucoup plus facile d’y faire du skate ! Mais malgré ça, il y a toujours eu une vraie scène skate à Grenoble, et des bons skateurs connus au niveau national ou mondial. Alors que ça semble un peu sorti de nulle part... Encore aujourd’hui Grenoble a une vraie scène skate. Il y a pas mal d’infrastructures, des skateparks qui sont pas mal du tout. Disons qu’il se passe des choses, il y a des événements, peut-être même plus que dans des villes plus grandes... Tu penses que la proximité des montagnes et du snowboard y est pour quelque chose ? Fred : Sûrement oui, c’est vrai qu’il y a pas mal de super bons snowboardeurs, et même des champions de snowboard, qui skatent vachement. Mais même avant qu’il y ait vraiment du snowboard, il y avait déjà une scène skate à Grenoble. Tu peux nous donner les grands noms de cette scène skate ?

Est-ce que Soma pourrait sponsoriser des mecs comme lui ? Non, on ne sponsorise pas, on ne peut pas. Ce serait chouette, hein, mais on peut juste les mettre en avant dans le magazine. C’est tout ce que l’on peut faire. En même temps ils en ont besoin. Un gars comme Arno Wagner, s’il était parisien, ce serait une vraie vedette. À Grenoble, même avec un magazine qui parle de toi, ça ne suffit pas... Faut qu’il arrive à trouver des sponsors qui lui permettent de voyager, de se faire connaître. Que ce soit pour skater ou chiller, quel est ton spot favori à Grenoble ou ses environs ? Fred : Pour skater, je vais beaucoup au skatepark de Fontaine, qui est pas mal du tout. J’y passe beaucoup de temps. On est une bonne bande de vieillards à skater là-bas et on se marre bien. C’est clair que le street à Grenoble, j’en fais très rarement... Et pour chiller, je connais un seul bar à Grenoble, c’est le 1900. Allez tous au 1900, tous !

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Interview tournée le 13/09/2016.

Retrouvez Soma sur les internets Suivre : Lire :

Facebook & Instagram www.somaskate.com

Fred : Jérémy Boissonnet, Charles Collet, Max Genin… Ce sont des noms qui ne parlent pas aux gens qui ne pratiquent pas, mais c’est des gars qui sont vraiment connus. Des vraies vedettes du skateboard français, et même européen.

Max L.

Des noms de jeunes talents qu’on devrait suivre de près dans les mois à venir ? Fred : Ouais, ben je vais encore te parler d’un grenoblois : Arno Wagner, il est super bon. Là il va faire comme beaucoup de grenoblois ont fait, il va passer au moins un an à Lyon. Ca aide parce Lyon est une très grosse scène, c’est vraiment une des capitales du skate en France. J’espère bien qu’Arno sera le nouveau gars à suivre en France. Même s’il y en a plein d’autres.

Matthieu S.

Matthieu C.

était le sport le plus suivi. J’imagine que ce sera la même chose avec le skateboard en été. À la limite ce qui m’emmerde, c’est que maintenant, même mon voisin va avoir un avis sur le skateboard.


F A B L A B

Maxime V.

Monique C.

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Fabrique-toi un titre

Morgane N.

Véritable laboratoire d’idées accessible à tous, ce Fab Lab reconnu par le MIT se trouve au CCSTI de Grenoble (Centre de Culture Scientifique Technique et Industrielle). Un lieu débordant de créativité dans lequel on vient apprendre, transmettre et fabriquer.

Mélanie N.

Photographies : Valentin Lecaille & Quentin Fombaron


Quel est ton rôle ici ? Quentin : Je suis Fab Lab manager au Fab Lab de La Casemate. Je gère l’espace, je gère ce que les gens font en essayant de les accompagner sur leurs projets, j’essaie de proposer des améliorations et des aménagements du laboratoire, de travailler sur son développement... Il n’y a pas vraiment de business model pour gérer un Fab Lab. Mais voilà, je gère la communauté, les problèmes sur les machines... Et l’équipe qui bosse avec moi. Concrètement, comment fonctionne cet espace ? Quentin : Fab Lab c’est la contraction de « fabrication laboratory », donc c’est un laboratoire de fabrication. L’idée c’est que ce sont des laboratoires, des ateliers ouverts et accessibles à tous dans lesquels on met à disposition des « makers » – des gens qui viennent « faire » – des machines à commande numérique – ce qui signifie qu’elles sont pilotées par ordinateur – pour la conception et la réalisation d’objets. On a un réseau international de laboratoires locaux, c’est-à-dire qu’on est tous connectés. L’aventure est née il y a quinze ans, au MIT (Massachusetts Institute of Technology), à Boston. À l’heure actuelle, on est à peu près 600 Fab Lab à travers le monde. Du moins 600 reconnus par le MIT, tous connectés entre eux. On a tous à peu près les mêmes machines d’un laboratoire à l’autre, ce qui nous permet d’échanger des projets, des programmes, notamment l’open source. Tu peux doubler le nombre si on parle des « ateliers de fabrication numérique », qui se disent Fab Lab mais qui ne le sont pas. Et pour la petite information on estime que dans deux ou trois ans, il y aura plus de Fab Lab en Chine que dans le reste du monde. Est-il vraiment ouvert à tous ? Quentin : Ici on a une spécificité, c’est qu’on a voulu que le Fab Lab soit vraiment grand public. Du coup, tout le monde, à partir de 16 ans, peut venir utiliser les machines en autonomie. On a essayé de mettre un maximum de matériel. Tu peux y trouver une scie sauteuse, une machine à commande numérique, un laboratoire d’électronique, du matériel pour faire de la création 2D ou 3D, du matériel pour faire du moulage... Bref, tout ça demande beaucoup de savoir-faire et de compétences. Beaucoup de bénévoles viennent d’ailleurs nous filer des coups de main. Voilà, l’idée c’est qu’au Fab Lab de La Casemate, n’importe qui peut venir, et c’est gratuit. La seule chose payante est l’utilisation des machines à commande numérique, mais c’est vraiment pas grand chose. Quel est le profil des personnes que l’on peut croiser ici ? Quentin : Il y a vraiment de tout. L’âge moyen, c’est 31 ans. Mais on a vraiment de tout : des étudiants,

des actifs qui viennent tester des choses, des retraités qui viennent apprendre à programmer par exemple, des personnes en recherche d’emploi qui veulent mettre à profit leur temps libre, des passionnés, des designers... Au niveau de la proportion hommes/femmes, c’est à peu près deuxtiers de mecs pour un tiers de nanas. Quelles sont les limites du Fab Lab ? Quentin : Pour appartenir au mouvement des Fab Lab, il faut théoriquement signer une charte qui est délivrée par le MIT. La charte est assez simple, elle est basée sur la sécurité, la non-fabrication d’armes etc... À part ça, la limite c’est l’imagination. C’est une phrase un peu bateau mais c’est vraiment ça. Après, on ne travaille pas encore le métal dans les Fab Lab parce qu’on n’a pas encore de machines assez puissantes et assez safe pour travailler dans un espace fermé comme le nôtre, mais ça devrait arriver d’ici trois ou quatre ans. Pour l’instant, la limite c’est donc le métal. Mais la vraie limite selon moi, c’est surtout les idées qu’on a ! Quel est le projet le plus fou que tu aies pu voir se fabriquer ici ? Quentin : Alors c’est pas forcément le plus fou, mais c’est le plus improbable ! C’est un mec qui était linguiste à la base... il passait son temps ici et il a fabriqué une énorme lampe hexagonale avec 398 LED. C’est vraiment une machine de guerre, il a monté un PC dedans, elle est connectée au Wi-Fi, on peut la connecter sur du son, elle réagit quand tu claques des doigts... Bref, il a bossé sur toutes les machines : la fraiseuse pour le bois, l’imprimante 3D pour les connectiques, il a fait de l’électronique pendant des heures et des heures, il a appris à coder pour gérer les LED... Bref, il a mis deux semaines à faire son truc et finalement, il nous l’a laissée ! Il a tout arrêté du jour au lendemain, il l’a laissée ici et il est parti faire boulanger en Hollande. C’est juste trippant parce qu’il a fait un truc et il l’a laissé ici, alors qu’il y avait passé des heures, qu’il avait balancé pas mal de fric dedans... Bref, voilà un projet assez fou ! Vous est-il déjà arrivé d’avoir un accident avec quelqu’un qui n’aurait pas respecté les consignes de sécurité ? Pas de mains coupées à signaler ? Quentin : Heureusement non, jamais ! Ou alors ça n’a jamais été grave : une petite poussière dans l’œil, c’est tout ce qui nous est arrivé. On essaie de faire très attention à la sécurité. Quand tu arrives au Fab Lab, tu signes une charte de sécurité pour accepter de faire attention à toi et attention aux autres. Les machines les plus dangereuses sont les scies circulaires. Les autres, comme les machines à commande numérique, sont plutôt safe. Il ne peut pas y avoir de gros problèmes. Voilà, on n’a pas eu d’accident en quatre ans, et on espère ne pas en avoir du tout !

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F A B L A B

Économiquement parlant, comment est géré cet endroit ? Est-il autofinancé ou bénéficiez-vous de subventions ? Quentin : Lorsque le concept a été pensé au MIT, ça devait absolument être accessible à tous. Le fait de payer pour entrer allait forcément bloquer certaines personnes. Du coup, c’est un peu le problème actuellement, parce que financer un espace comme celui-là demande quand même beaucoup d’argent. Pour vous donner un exemple, une découpeuse laser coûte entre 20 000 et 60 000 euros. Il faut aussi payer les consommables, les employés qui ne sont pas bénévoles... Il n’y a pas de business model et c’est le grand problème des Fab Lab en ce moment. Ici, on a la chance d’être subventionnés par La Casemate, qui est elle-même financée par des acteurs publics, par la Métro grenobloise, etc... Les bâtiments appartiennent à la ville. On a répondu à un appel d’offre du programme « Investissements d’Avenir », ce qui nous a permis d’investir, d’acheter les machines et d’employer des gens. Mais effectivement, c’est une réflexion que tous les laboratoires ont en ce moment, parce qu’en Europe on a la chance d’avoir des subventions publiques, mais ce n’est pas le cas pour certains laboratoires en Amérique du Nord, par exemple, notamment au Québec. Quand est-ce que le Fab Lab de La Casemate a-t-il été inauguré ?

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Quentin : Il a été inauguré en 2011, à la suite d’une exposition sur les Fab Lab qui avait eu lieu à La Casemate. À l’issue de l’expo, La Casemate a pris une décision forte pour un Centre de culture scientifique : couper l’espace d’exposition pour y faire un atelier permanent, donc le Fab Lab. Je pense qu’il fallait aussi qu’ils s’adaptent à l’évolution de la culture scientifique, c’est-à-dire à cette culture des makers, du DIY (Do It Yourself), des ateliers libres, etc... Tout ça est vraiment au cœur de cette mutation, qui était nécessaire pour les Centres de science. Il s’agissait de passer d’un contenu très didactique, très orienté vers la médiation entre les scientifiques et le grand public, à un contenu plus numérique et plus expérimental. C’est vraiment de l’expérimentation puisque c’est un laboratoire, plus qu’un atelier : on vient tester des choses, faire des expériences, ça marche ou ça ne marche pas... L’idée c’est vraiment ça.

“ Personnellement, j’apprends bien plus des makers qui viennent ici que ce qu’ils apprennent de moi. C’est vraiment ça le point central du Lab : on est tous sur le même pied d’égalité, on vient apprendre des autres et on transmet aux autres. ” Ici, le savoir doit se transmettre de manière plus horizontale. Personnellement, j’apprends bien plus des makers qui viennent ici que ce qu’ils apprennent de moi. C’est vraiment ça le point central du Lab : on est tous sur le même pied d’égalité, on vient apprendre des autres et on transmet aux autres. On apprend différemment via open source, open science, open data, open hardware pour remettre le libre au centre des échanges. Ça permet de changer les rapports entre les personnes, de repenser la façon dont on interagit avec les gens, et pourquoi pas de repenser l’économie... Quand vous venez dans un Lab, vous avez un tas de matériel à disposition qui fait que vous pouvez vous interroger sur comment est fait un stylo. Au lieu de l’acheter bêtement, vous savez comment il est fait, ce que ça coûte de le faire... Vous êtes capable de dire comment il fonctionne et de le re-fabriquer. On repense donc un peu nos façons d’échanger, de commercer, de vendre, d’acheter... Interview tournée le 22/09/2016.

Quelque chose à ajouter ? Quentin : On travaille beaucoup sur l’open source et tous ses dérivés. L’idée c’est qu’on s’affranchit de toute pression économique ou politique pour inciter le partage. On essaie au maximum d’utiliser des softs de création libre et nos publications sont libres, en creative commons. On essaie vraiment d’inciter tout ça parce que c’est un endroit où l’on apprend. On tente en fait de casser, ou du moins de compléter, l’apprentissage traditionnel de l’école républicaine, de l’université ou des entreprises.

Photographies : Quentin Fombaron


u M. Micho

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L.

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Nathan V.

Nahid-Karim J.

Retrouvez le Fab Lab de la Casemate sur les internets Visiter : 1 Place Saint-Laurent Ă Grenoble Se renseigner : fablab.lacasemate.fr Suivre : Facebook


L A B O B I N E

La Bobine ****

** *

Pro bono publico

*** *Loïc **Anna ***Francis ****Élise

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Partons à la rencontre de Loïc, Anna, Francis et Élise, tous membres de l’association Projet Bob. Le premier, Loïc, est coordinateur des programmations musicales et chargé de production. Les deux suivants, Anna et Francis, sont bénévoles au sein de la Commission chargée de la programmation des concerts. Comme tout nouveau bénévole de l’association, ils ont commencé par filer un coup de main au bar ou à la plonge, et ils s’offrent à présent le luxe de choisir les concerts qui passeront dans la salle de la Bobine. Enfin, Élise, salariée depuis 2009, est en charge de la communication et de la billetterie. Ils nous expliquent comment se fait la sélection d’artistes et nous parlent de la richesse du travail d’équipe dans l’élaboration de la programmation musicale.

Pouvez-vous nous faire un petit historique de l’association Projet Bob : des concerts rue Clément en 2005, jusqu’à la Bobine telle qu’on la connaît aujourd’hui ? Élise : Projet Bob, c’est l’association qui existe depuis 1998. La Bobine, c’est le lieu : le bar, la salle de concert et le studio de répétition. Le but premier de l’association était de programmer des concerts sur l’agglo grenobloise. La Bobine a ouvert en 2005 à la Cour Charly. Le lieu a existé entre 2005 et 2009, rue Clément, dans le quartier Saint-Bruno. C’était une petite salle de 150 places, avec trois studios de répétition et un bar, plus petit qu’aujourd’hui. C’était un lieu plus intimiste. En 2008, on a eu une procédure d’expulsion. Du coup, on a lancé une pétition pour savoir si le public pouvait nous suivre dans un autre établissement. La « nouvelle Bobine » a donc ouvert en Janvier 2010, après un an de travaux, dans l’ancien bowling municipal. D’où l’enseigne « Bowling » au-dessus des bureaux. Que reste-t-il de l’ambiance bowling ?

Oona G.

Élise : Il y a des choses qu’on a conservées dans la déco intérieure, comme une caisse enregistreuse, une cabine téléphonique, des chaussures de bowling, des petits meubles et une étagère avec des numéros. On était maîtres d’œuvre de l’ensemble des travaux, alors on a essayé de conserver l’esprit bowling en y laissant des petites choses, mais on a quand même dû opérer une bonne transformation pour en faire une belle salle de concert. Il y a eu un an de travaux réalisés par des salariés, des membres du Conseil d’Administration, des bénévoles de l’association et même des gens du quartier, qui ne connaissaient pas le projet mais qui étaient très contents à l’idée qu’une salle ouvre sur le boulevard Clémenceau. Francis : Seule la destruction du bowling et des murs principaux a été réalisée par des entreprises de BTP.

Photographies : Quentin Fombaron


Nils C.

Parmi vous, deux sur quatre sont bénévoles. Quelle est la place du bénévolat dans le projet la Bobine ? Anna : Les bénévoles ont une place primordiale dans le projet. Les salariés sont importants aussi, parce qu’ils sont là tout le temps. Mais sans les bénévoles, la Bobine n’existerait pas. En tant que bénévole, tu fais autant de choses qu’un salarié, tu t’impliques énormément. Quand tu arrives en tant que bénévole à la Bobine, tu peux choisir tes horaires. Mais si tu veux vraiment t’impliquer, tu as la possibilité de tout faire et même d’apprendre de nouvelles choses. Loïc : C’est un choix et un véritable engagement. Ce n’est pas juste du soutien, en supplément des salariés. Les bénévoles participent à la programmation, font évoluer le lieu, déterminent les choix stratégiques pour que l’on puisse évoluer et s’améliorer constamment. C’est un vrai projet collectif et associatif. Les bénévoles sont fondamentaux. On a besoin d’eux tous les jours dans l’organisation. Anna : Etre bénévole à la Bobine, ça veut aussi dire avoir des idées créatives. La Bobine est née comme une salle de concert mais à l’heure actuelle, beaucoup d’autres événements sont organisés et ce grâce aux bénévoles, qui ont pu proposer des projets nouveaux tels que des expos, des cabarets ou encore la Bobinette. Loïc : La Bobinette, ce sont des spectacles destinés au jeune public, qui ont lieu le mercredi et pendant les vacances scolaires. Élise : En effet, tous ces projets sont nés d’initiatives de bénévoles. Le cœur du projet est toujours réinventé. On fait des séminaires, on réfléchit, on décide ensemble et aucune voix n’est plus importante qu’une autre. C’est ça qui est intéressant. Francis : Tout le monde peut devenir bénévole à la Bobine, il n’y a pas de profil particulier. Certains bénévoles viennent nous filer un coup de main sur les soirées, d’autres sur les expos. Même si les niveaux d’implication varient, tout le monde trouve sa place et tous les profils sont intéressants, parce qu’ils sont souvent très différents. Avez-vous une idée du nombre de bénévoles en ce moment ? Loïc : Il y a actuellement 120 bénévoles actifs et 150 adhérents. L’adhésion n’apporte pas de tarif préférentiel, c’est simplement une manière d’acter, de venir s’impliquer dans le projet. Pour en revenir à la programmation, quels sont les critères de sélection ? Loïc : Il n’y a pas de critère unique, c’est réellement une décision collective. On est sept bénévoles dans la Commission Concerts et la programmation est trimestrielle. Chaque membre peut faire des propositions. Avant la réunion, on a une liste avec une centaine de propositions, que tout le monde écoute. Évidemment, on a tous des sensibilités

différentes. Chacun fait une notation pour permettre un premier tri, qui est soumis à débat : chacun peut argumenter en faveur de l’artiste qu’il a choisi. Ensuite, on en discute. S’il n’y a pas assez de variété, on s’en impose une. On essaie de faire une programmation qui soit la plus équilibrée possible. Francis : On se base souvent sur des retours de live, lorsque quelqu’un a pu voir le groupe en concert. Il faut aussi que le groupe soit actif, qu’il ait une tournée organisée ou une récente sortie d’album. Ça peut aussi bien être un groupe émergent qu’un groupe déjà connu du public ? Élise : Le cœur du projet, c’est l’émergence et la découverte. Justement, on ne vise pas le grand public. Il y a parfois des « têtes d’affiche », mais rarement connues de tous. La plupart du temps, on essaie de trouver des choses vraiment pointues, avec une certaine sensibilité. Anna : Si on a une « tête d’affiche », on l’inscrit dans une démarche artistique. On ne programme pas pour faire venir les gens. On met en place un projet artistique qu’on aime et qu’on défend. Comment se déroule le processus une fois que l’artiste est choisi ? Loïc : À la fin de la réunion, une quarantaine de groupes a été sélectionnée. À ce momentlà, je vérifie que les groupes soient en tournée et disponibles et je fais le booking pour monter le calendrier. Je vérifie aussi les contraintes d’accueil technique, c’est mon rôle de coordinateur. Ensuite, Élise prend le relai car c’est elle qui gère la communication, la billetterie et toute la partie administrative. Le jour du concert, les bénévoles assurent l’accueil artistique. Il faut savoir que la Bobine est très peu subventionnée, elle s’autofinance à 97%. Du coup, nous n’avons pas d’énormes cachets. Ce que les gens apprécient, c’est l’accueil humain. Et comme c’est quelque chose qui se sait, les groupes viennent volontiers. Et c’est grâce aux bénévoles. Francis : Effectivement, les bénévoles assurent souvent l’accueil du groupe. On choisit même les groupes qu’on accueille. On est la première image qu’a l’artiste quand il arrive pour jouer à la Bobine. Élise : Au-delà de l’accueil des artistes, des bénévoles nous épaulent également pour l’accueil du public. Ils tiennent aussi souvent à s’occuper de la buvette de la salle de concert, parce que c’est toujours super sympa. Avant la représentation, on tient à organiser un temps convivial où l’on mange tous ensemble : artiste(s), techniciens, salariés et bénévoles.

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Est-ce que vous bossez en lien avec les autres programmateurs de la Bobine ? Loïc : C’est vraiment un enjeu. Il y a eu une époque où les commissions travaillaient plus facilement ensemble. Aujourd’hui, comme c’est un lieu plus grand et qu’on a 120 bénévoles, on est devenus plus autonomes. Mais on essaie tout de même de faire des choses transversales et de faire des soirées thématiques. Quels sont les coups de cœur de la Commission Concerts en 2016 ? Francis : Personnellement, j’ai deux coups de cœur programmés pour le trimestre SeptembreDécembre. Le premier, c’est la soirée avec Filastine et N3rdistan, deux groupes qui ont une couleur orientale et électro. Ça va être une belle soirée. Anna : Cette soirée c’est le coup de cœur d’un

L.

Élise : Il y a sûrement un intérêt à avoir un seul et unique programmateur, qui va amener une couleur identifiable. Mais notre couleur à nous c’est la découverte de « petites perles », et la découverte est décuplée par le fait qu’on soit sept programmateurs. Loïc : Il y a une bienveillance réciproque, on se soutient beaucoup. Les groupes que l’on propose ne sont pas toujours retenus, mais une fois le projet validé, tout le monde est satisfait. On s’enrichit les uns les autres en élaborant la programmation ensemble. Le seul inconvénient, c’est peut-être le manque de réactivité : on ne peut pas saisir rapidement une opportunité car la concertation prend du temps. Anna : C’est toujours un défi parce qu’on ne vient pas tous du même univers musical. Tu te forces souvent à écouter des choses que tu n’aurais peut-être jamais écoutées. Et une fois sur scène, c’est le groupe de tout le monde.

peu tout le monde. On l’a défendue et on s’est pas mal questionné. Mais toute la commission était d’accord et on a décidé de l’assumer totalement. Loïc : C’est vrai qu’il y a eu très peu de bass music et d’électro dans la salle de la Bobine. Souvent, c’est dans le bar. N3rdistan fait de la fusion hip-hop maghrébin avec du beat oriental électro. Déjà en soi, c’est une fusion. Filastine, c’est un globe-trotteur qui mélange musique électronique et influences du monde entier. Ça donne quelque chose de génial. En plus, c’est quelqu’un de très engagé dans les milieux altermondialistes. Il a ce double statut : festif et qui pousse à la réflexion. Anna : En plus, il sera accompagné par la chanteuse indonésienne Nova, qui contraste beaucoup avec la musique électronique. Francis : Mon deuxième coup de cœur, c’est une soirée typiquement Bobine, c’est le coplateau CHROMBI + Francky goes to Pointe-àPitre. C’est du mad-zouk, chemises à fleurs et palmiers gonflables sur scène. On parle aussi de zouk-rock. C’est un style innovant, marrant et dansant. CHROMBI, ce sont des beaujolais dont on parle en commission depuis des années et on vient enfin d’avoir l’opportunité de les faire jouer. Ils font du free-jazz complètement barré et plein d’humour. Élise : Moi, j’ai un gros coup de cœur pour la première date : la soirée Melt Yourself Down. Déjà parce que c’est la première de la saison et que c’est toujours excitant, mais aussi parce que je pressens qu’il va se passer un truc de dingue sur scène. Ils ont une énergie afro-jazz-punk. Je ne connaissais pas le projet et je suis vraiment tombé sous le charme. Loïc : Quelque chose qui va être magnifique aussi, c’est le roadtrip movie de la TransAeolian Transmission. C’est un projet de François Cambuzat et l’Enfance rouge. François Cambuzat est allé filmer, avec une amie musicienne, entre la Chine, la Mongolie et l’Ouzbékistan. Ils ont filmé de nombreux musiciens et retranscrivent tout cela sous forme de ciné-concert en diffusant leurs images. C’est une vraie performance. Ambiance post-rock très explosif. Francis : C’est un partenariat avec le festival « Tympan dans l’œil », un festival grenoblois de ciné-concert qui se déroule en Décembre et avec qui on collabore chaque année. Anna : Dans le cadre de ce partenariat, on aura également une autre date : Il Fuoco par Giardini di Mirò. C’est un groupe italien qui fait du postrock, un peu cold wave aussi. C’est un groupe plutôt méconnu en France. Récemment, ils se sont plongés dans le ciné-concert avec une pellicule 115 mm. C’est un document historique en Italie. Ils ont créé une symphonie post-rock en trois temps pour le film, et ils jouent en même temps, sur les côtés de la scène. C’est un film rare à voir absolument, il a été censuré en Italie. Pour cet événement, on est aussi en partenariat

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Quels sont les avantages et les inconvénients de ne pas avoir un unique programmateur ?

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B O B I N E


avec l’association de films italiens de Grenoble, Dolce Cinema. Vous êtes donc très ouverts en ce qui concerne les partenariats avec d’autres associations ? Élise : On a déjà fait des partenariats avec Rocktambule et Mixlab, sur la programmation des concerts. Sur d’autres types de programmation, on accueille des associations pour animer des soirées jeux ou des soirées tango, par exemple. Loïc: Ponctuellement, on fait aussi du soutien. On travaille tous les ans avec le Réseau National Éducation Sans Frontières de l’Isère. Quelque chose à ajouter ? Élise : Je veux bien faire un petit clin d’œil à la nouvelle plaquette du trimestre, réalisée par notre super artiste, qui nous accompagne depuis quelques années, Petite Poissonne. On a décidé de l’intégrer à la communication de la Bobine en lui proposant de faire les illustrations de la plaquette. On aimerait la remercier. On est super fiers de l’avoir. Francis : On peut vraiment voir à travers cette plaquette la richesse du projet et l’implication des bénévoles : en à paine plus de trois mois, il y a presque des événements tous les jours, 69 au total ! S’il n’y avait que des salariés, on ne pourrait pas assumer tout ça.

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Interview tournée le 14/09/2016.

Nathalie C.

“ Il y a une bienveillance réciproque, on se soutient beaucoup. Les groupes que l’on propose ne sont pas toujours retenus, mais une fois le projet validé, tout le monde est satisfait. On s’enrichit les uns les autres en élaborant la programmation ensemble.. ”

Myriam R.

Retrouvez La Bobine sur les internets Visiter : Parc Paul Mistral à Grenoble Se renseigner : www.labobine.net Suivre : Facebook


Q A S A R

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*Guillaume **Pablo

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Réalité virtuelle et perspective sentimentale Rencontre avec Pablo et Guillaume, leaders du quatuor grenoblois Qasar. Inspirés par les années 80, le cinéma de Cronenberg, le post punk de Joy Division mais aussi le glam rock de David Bowie, ils ont donné naissance à l’album Videogene, conçu comme une véritable entité robotique et épileptique, reflet de notre génération.

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Marie-Hélène G.

Photographies : Quentin Fombaron


Comment vous êtes-vous rencontrés ? Et comment en êtes-vous arrivés à former Qasar ? Guillaume : On avait 15 ans, on était potes de musique, de rock. On voulait faire du punk, on a fait du Hi-NRG... Et un jour on s’est dit « On change, on fait Qasar ». Franchement, c’est juste une histoire d’adolescence. Ça s’est fait tout seul quoi, il n’y a pas vraiment eu de décision de former un groupe. Cependant notre démarche était complètement différente de notre approche actuelle. Quel est le parcours musical de chacun d’entre vous ? Guillaume : J’avais déjà une expérience de groupe de cave quand j’ai rencontré Pablo, qui d’ailleurs était meilleur que les types avec qui je jouais à l’époque. Côté formation, j’ai fait le conservatoire mais pas pour la basse. J’ai fait pas mal d’instruments différents, des trucs plutôt classiques. Je ne sais pas si ma formation au conservatoire m’a réellement apporté quelque chose compte tenu de ce que je fais maintenant. Ça m’a sûrement apporté quelques trucs, mais c’est surtout sur le tas qu’on apprend, en écoutant des disques… Pablo : Ouais, carrément. À l’origine pour moi, la musique c’est surtout un truc de famille. Mais effectivement, on a vite quitté le côté très formateur des cours de musique. C’est utile au début, ça te familiarise avec les instruments, mais au bout d’un moment t’as envie de faire ce que t’entends sur les disques et pas ce que t’entends à l’école. Et c’est comme ça qu’on a pu faire autre chose. Guillaume : En fait le parcours musical, on n’en est pas forcément conscient mais il ne s’arrête jamais. On est toujours en train d’apprendre des trucs. Pablo : Et puis un parcours musical à 21 ans, c’est vague. Nous on commence seulement à s’affirmer dans notre musique. On est tout juste en train de construire notre truc donc c’est difficile de visualiser un parcours aujourd’hui, à part le conservatoire et les répét’ dans les caves, comme pourrait le faire un mec de 40 balais qui a joué dans plusieurs groupes, qui a pas mal tourné et qui a un background important. Pascale R.

Paulin W.

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Q A S A R

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On pourrait vous classer dans plusieurs styles musicaux... est-ce une volonté de votre part ? Pablo : On n’a pas une volonté d’être classés, ni d’être inclassables... tant que les gens écoutent notre musique. Guillaume : Ceci dit quand tu enregistres un disque, ou quand tu montes un groupe, tu penses forcément à comment tu vas être classé. Mais au final, tu comprends que ce n’est pas ça qui compte. C’est le public qui fait son choix. J’espère juste que les gens peuvent trouver quelque chose d’intéressant dans ce que l’on fait. Pablo : Ouais, c’est surtout ça l’important ! On s’en fout de savoir dans quel style on va être classé, du moment qu’on a des bonnes chansons et un message honnête. L’important c’est de garder une certaine pertinence. Guillaume : Et pour revenir sur le fait qu’on retrouve plusieurs styles dans notre musique, c’est principalement lié au fait qu’on écoute plein de trucs très différents… Pablo : Évidemment, on ne peut pas dire qu’on ne ressemble à aucun autre groupe. Il y a plein de trucs qui ressortent : le post-punk et le glam parce qu’on écoute tous David Bowie et T-Rex, le psyché parce qu’avant qu’on sorte notre premier disque, Qasar ça sonnait un peu plus seventies, rock old-school... Donc c’est normal qu’il y ait un peu de tout ça qui reste aussi, voilà. Question plutôt classique : quelles sont vos influences musicales ? Pablo : Je pense qu’on est influencé par tout ce que l’on aime écouter. Pour ma part en tant que chanteur, toutes les grandes icônes du rock m’influencent, de Elvis au transformisme de David Bowie, en passant par des chanteurs de groupes hyper underground des années 80, complètement épileptiques et un peu en dehors du système commercial de la musique. Guillaume : Moi c’est pareil, j’essaie d’écouter le plus de choses possible, et surtout j’essaie d’en accepter un maximum. La plupart du temps, j’écoute des grands « classiques », mais j’essaie de m’influencer de tout, de comprendre pourquoi tel ou tel morceau est bien, de creuser vraiment les disques... En ce moment, je suis beaucoup dans la scène punk. J’essaie de savoir d’où ça vient, de comprendre pourquoi j’aime les Joy Division ou les Talking Heads... Cela dit nos influences dépendent aussi beaucoup des périodes, c’est pour ça qu’on a pas mal changé de style avec Qasar. Et qu’on n’arrêtera jamais vraiment de changer de style je pense. Faut jamais s’arrêter d’écouter de la musique en fait ! Pablo : Même si on écoute pas mal de trucs d’aujourd’hui comme de la musique électronique ou du hip-hop, toute une partie de notre culture musicale se situe quand même entre les années 60 et les années 80. On essaie de comprendre ce qu’il se passait dans la tête de ces mecs qui avaient notre âge à l’époque. On n’essaie pas de faire de


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la reproduction mais juste de comprendre leurs attitudes et surtout d’inscrire leur musique dans leur contexte à eux, contexte politique, social... Et c’est pour ça qu’aujourd’hui notre but n’est pas de faire de la musique rétro, mais juste de dire ce qu’il se passe dans notre génération à nous, ce qu’on constate. Bref on n’est pas juste influencé par la musique. C’est super important à mes yeux de savoir pourquoi les mecs ont fait ça, de contextualiser pour se rendre compte qu’on ne peut pas faire la même chose aujourd’hui que ce qui se faisait il y a 50 ans.

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Quel rôle chacun de vous a dans la composition d’un morceau ?

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“ Videogene a été créé comme un personnage, comme une espèce d’identité robotique angoissée, épileptique… ”

Pablo : Sur Videogene, Guillaume a écrit le texte de deux chansons et on en a écrit une ensemble. Sinon c’est ce que j’ai écrit moi. En général, je fais une chanson quand je le sens bien, puis je la joue avec eux pour leur montrer. Leur avis est assez important. C’est toujours un peu stressant quand t’as fait une chanson et que t’as envie de convaincre le reste du groupe. Surtout qu’on a tous des avis hyper tranchés ! Voilà dans l’ensemble, j’écris les morceaux mais ils ont un rôle très important dans l’approbation de ce que je propose. On fonctionne vraiment tous ensemble, comme un vrai groupe. Guillaume : En fait pour l’album Videogene, c’est un peu particulier parce qu’il a été en grande partie composé en studio d’enregistrement, donc pas vraiment en répét’. Mais en général, on retravaille nos morceaux tous ensemble après démo, et on essaie au maximum de les perfectionner. C’est un peu dur de bosser à plusieurs sur la composition d’un morceau, t’as parfois envie de laisser une personne tout écrire et tout faire, et juste de suivre. Pablo : Ouais, c’est clair. Généralement je donne l’essence du truc et derrière ils arrangent le morceau. Quels sont les messages récurrents que vous voulez faire passer dans l’écriture des paroles ? Pablo : Sur ce disque, il y a un discours assez personnel, assez angoissé, plutôt centré sur moimême en fait, sur mes questionnements. Mais on l’a enregistré il y a un an maintenant et j’ai déjà l’impression d’être à des années lumières de ces raisonnements-là. En fait, Videogene a été créé comme un personnage, comme une espèce d’identité robotique angoissée, épileptique... Je voulais essayer de copier ma personnalité làdedans mais c’était aussi une façon de représenter notre génération. Même si je parle de moi, j’essaie de toucher les gens car j’ai l’impression que c’est un ressenti général. Je n’avais pas envie de trop centrer les choses sur ma personne, donc j’ai créé ce personnage comme une sorte d’idole virtuelle capable de représenter toutes ces émotions, tous ces trucs, pour pouvoir rassembler un maximum de gens. J’ai envie que ce soit le plus fédérateur possible. Après j’écris en anglais parce que j’ai été éduqué à la musique anglo-saxonne

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tout simplement, parce que les mélodies me viennent dans cette langue-là. Mais globalement les messages sont centrés sur notre génération virtuelle, sur toutes ces nouvelles pathologies qui apparaissent et qui sont liées aux réseaux sociaux. Guillaume : Dans Accelerator que j’ai écrite, c’est un peu différent, on est dans un truc complètement relâché, très brut et plutôt abstrait, un truc qui flotte dans l’espace. Parfois on se relâche un peu plus. Et la deuxième chanson que j’ai écrite se rapporte simplement à une anecdote personnelle. Moi je ne compte pas fédérer les gens en écrivant mes textes, j’avais juste un truc à raconter. Concrètement, comment s’est passé l’enregistrement de l’album Videogene ? Pablo : Il y a presque deux ans, on a fait un concert au Centre d’Art Bastille (CAB) où Jean-Pierre Maillard, le producteur de Videogene, est venu nous voir en nous disant que notre musique lui plaisait et qu’il fallait qu’on se rencontre. Du coup, j’ai passé un an en studio avec lui pour apprendre quelques trucs techniques, il m’a fait découvrir un maximum de disques. À partir de là, il a décidé d’enregistrer un premier single, Find my babe. Ca a été le point de départ pour travailler en studio avec lui et se familiariser à ses techniques de travail. Du coup, on a continué à produire de notre côté et il a accepté de produire Videogene. Depuis cette expérience, avez-vous senti une évolution dans votre style musical ? Pablo : Complètement. En fait, Jean-Pierre Maillard

“ Quand on a enregistré le disque, on a aussi ressorti toutes nos vieilles VHS. On restait des nuits entières au local et on se matait des films des années 80. C’était comme une obsession. ” nous a fait écouter pas mal de disques et m’a drivé sur des façons de chanter, etc. C’est un peu comme un membre du groupe. On lui doit énormément làdessus. Comment travaillez-vous votre identité visuelle ? Guillaume : On adore les vieux films, les Carpenter, les Cronenberg, les trucs comme ça... Du coup, il fallait que ça y ressemble. Pour faire le clip de Videogene, on a acheté une vieille télé qui ne marchait plus trop. En la triturant un peu, on s’est rendu compte que ça nous donnait des images complètement folles. Au final, notre identité visuelle est vraiment venue de ces images un peu uniques qu’on avait trouvées un peu par hasard et on en a fait notre pochette d’album et toute une ambiance. Pablo : Quand on a enregistré le disque, on a aussi ressorti toutes nos vieilles VHS. On restait des nuits entières au local et on se matait des films des années 80. C’était comme une obsession. Mais surtout, on a rencontré Daniel Gwizdek, qui a réalisé les clips de Videogene et d’Accelerator et qui a été un élément très important dans la création de


Raphael O.

Sophie L. G.

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Sy L.

l’identité visuelle du groupe. Avec lui, on a fait des mood boards, des captures d’écran de couleurs qu’on aimait bien dans les VHS qu’on avait matées... Bref c’est à partir de là que l’ambiance virtuelle est apparue, l’idée de vivre la nuit, devant les écrans...

situation qui nous permette de faire un maximum de disques et d’être toujours assez libres dans notre création, d’avoir des plages de temps pour écrire, pour répéter ensemble et pour tourner. Et si Dieu le veut, pouvoir vivre de ça !

Votre rythme de travail ?

Y a-t-il un label avec lequel vous aimeriez signer ?

Pablo : Le plus possible. Dès qu’on sort du boulot, dès que c’est possible, on est au local. Grâce à la Régie 2C, on a pu avoir ce local et on a pu vraiment travailler en profondeur, des heures et des heures. On profite un maximum du lieu depuis qu’on l’a parce que c’est vraiment une chance. Le rythme de travail est vraiment intense. Guillaume : On a appris aussi qu’il fallait se forcer, que ce n’est pas parce que c’est un milieu artistique qu’il fallait attendre l’inspiration. Il y a énormément de travail et on se force à le faire. Le travail technique prend des heures. Quels sont vos plans de carrière dans la musique ? Pablo : L’objectif premier ce serait d’atteindre une

Pablo : C’est assez flou pour nous parce que tu sais on n’est pas grand chose encore, on n’a pas de label, on est un petit groupe. Guillaume : Y’a des labels que j’adore mais je ne me vois pas dedans. Pablo : Ouais c’est assez difficile à visualiser pour l’instant. Disons que le label à qui notre musique plaira et avec qui on s’entendra bien humainement, ce sera le bon label. Vous travaillez déjà sur un nouveau projet ? Pablo : Bien sûr. On va déjà aller défendre cet album en live. On a déjà commencé mais j’espère que sur la saison Automne-Hiver on va pouvoir le défendre un maximum et un peu partout ; j’aimerais


Yoann S.

bien aller en Europe. On part bientôt en Allemagne faire un premier concert hors de France. Et sinon évidemment, j’écris toujours des chansons donc le prochain disque est en train de s’écrire, il va mûrir. On a aussi changé de line-up, on n’est plus avec le batteur qui a fait Videogene, Julien Poitou. Maintenant on joue avec Frédéric Juge, qui a rejoint le groupe il y a un mois. Il y a donc toute une reconstruction du groupe, on essaie de recréer une osmose et les chansons s’écrivent en parallèle. Vous avez parlé d’un concert en Allemagne : dans quelle salle aimeriez-vous jouer ? Pablo : En fait on n’en connaît pas trop. On aimerait bien écumer les petits clubs, aller chercher les gens en direct sur leur samedi soir. Ce serait cool. Après évidemment, on aimerait faire un maximum de grosses scènes et qu’un maximum de gens puisse écouter notre musique, quoi ! Guillaume : Personnellement, la taille et la réputation de la salle ne m’importent pas tant que ça, tant que des gens viennent et apprécient. Ca pourrait être dans un squat ou à Bercy, pour moi ce serait un peu pareil. Vous avez déjà donné pas mal de concerts, lequel vous a particulièrement plu ?

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Pablo : On a fait un bal de promo pour Sciences Po au Stades des Alpes et ça a assez mal fini mais je crois que pour nous, c’était le meilleur concert. On a joué devant treize étudiants, les autres buvaient des canons dans la salle d’à côté. Il y avait cette ambiance un peu teen-movie avec un groupe raté ; on était un peu les jeunes premiers dont tout le monde se fout. C’est mon meilleur souvenir de concert. Guillaume : Moi j’ai adoré les deux fois où on a joué à Paris, c’était très cool. On a fait l’Espace B et La Féline. On était loin de chez nous, on est sortis du public de potes qui aime toujours ta musique. Des gens sont venus, ils connaissaient que dalle à ce qu’on faisait. On a trouvé ça vachement bien. Est-ce que vous avez une anecdote par rapport à un concert ? Pablo : Au Stade des Alpes justement, pour le bal de Sciences Po, je me suis fait jeter dans les escaliers par les vigiles. On avait affaire à une sécurité qui gère un public de hooligans d’habitude et ils se sont un peu trop chauffés. C’était à la fois horrible et très drôle. Vous écoutez quoi en ce moment ? Guillaume : Aujourd’hui j’ai écouté le dernier Radiohead. Classique mais bon. Pablo : Ces derniers temps j’ai vraiment poncé le dernier disque de Kendrick Lamar. Je trouve que c’est une énorme prouesse de production. C’est un peu le James Brown des temps modernes. Je

trouve ça vraiment génial. Sinon il y a eu la mort de Bowie donc je l’ai pas mal redécouvert et j’en suis arrivé à tout le glam qui en découle, Kiss... enfin tout ce retour aux bases du rock qu’il y a eu dans les années 70 et 80. Quel est votre avis sur la scène rock grenobloise ? Pablo : Le truc c’est qu’on est tellement enfermés dans notre ambiance de travail et dans notre cave qu’on ne se sent pas trop acteurs de ce qu’il se passe à Grenoble. On se sent un peu à part. C’est pas du tout prétentieux, c’est juste qu’on ne se sent pas dans une scène locale ou un truc comme ça. Je pense qu’il y a plein de gens qui font des trucs super. Après, si je dois parler d’un groupe sur la scène de Grenoble, il y a Satan. C’est un groupe que les gens disent black metal mais c’est plutôt un groupe de punk, un des meilleurs groupes de punk de Grenoble depuis bien longtemps je pense. Notre batteur Fred est d’ailleurs le batteur du groupe Satan aussi. Humainement ça se passe bien avec eux, c’est un groupe qui nous parle. Guillaume : Moi j’aime beaucoup Taulard, c’est du punk synthé sans guitare, chanté en français. Il y a un truc à aller voir chez ces gens, ils sont vraiment importants. Y a-t-il un endroit en particulier à Grenoble où vous allez écouter de la musique qui vous plaît ? Pablo : Justement, je pense qu’il y a un gros problème là-dessus. Il n’y a pas de politique culturelle, les salles ferment les unes après les autres. On ne leur donne plus d’argent, donc il ne se passe plus rien. Les gens n’ont pas vraiment de lieu où s’identifier. Du coup, on en arrive à des trucs de masse, de fête, où tous les soirs on se retrouve à l’Ampérage à payer huit balles pour aller voir une saloperie. Quand j’avais seize ans, il y avait encore des concerts de rock à Grenoble. Maintenant c’est très difficile. Même pour une salle comme la Belle Electrique, c’est très compliqué d’avoir une programmation qui sorte un peu des codes, parce qu’ils n’ont pas de thunes et qu’ils doivent faire du remplissage... Bref tout ça me révolte un peu. Pour finir, où est-ce que vous aimez trainer à Grenoble ? Guillaume : On va au O’Callaghan ! On sort pas trop des murs du O’Callaghan. Pablo : Ouais voilà, c’est l’after répét’, ou le before répét’... On va là-bas, on a la belle vue sur le fleuve et sur la Bastille. Le spot est vraiment cool. Guillaume : Et il nous arrive d’aller à L’Ouest aussi parce que la musique est cool !

Interview tournée le 09/05/2016. David S.

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Retrouvez Qasar sur les internets Suivre : Facebook Acheter : Bandcamp Écouter : Spotify & Deezer


N U N C !

Nunc! Fin connaisseur Fervent défenseur de la démocratisation du livre d’art, il nous parle aujourd’hui de sa galerie et de sa ligne éditoriale. Rencontre avec Didier Levallois, directeur de Critères Éditions et passionné d’art urbain de la première heure.

Où sommes-nous ? Didier : Vous êtes ici dans la galerie Nunc! qui est une des deux galeries de Critères Éditions. Elle nous sert de showroom mais aussi de siège social. Bizarrement, Nunc! c’est une galerie mais aussi une anti-galerie, dans la mesure où on y propose des rencontres avec ce que nous sommes, c’est-à-dire des éditeurs. Quelle est l’origine de cette initiative culturelle ?

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Didier : C’est avant tout une réflexion sur le besoin de démocratiser le livre d’art. J’ai souvent été effrayé, en tant que lecteur, par le prix de certains bouquins. En plus, j’étais intimidé par des descriptions d’artistes et des analyses qui me demandaient beaucoup de réflexion, parce que je ne les comprenais pas forcément. Je me suis dit que je ne devais pas être le seul dans ce cas-là. Du coup, ayant toujours baigné dans l’édition car étant typographe de métier, il était très important pour moi de créer des collections qui soient accessibles à tous. Comment sélectionnez-vous les artistes que vous publiez ? Didier : Déjà, nous sommes précurseurs en matière de livres sur l’art urbain, autrement dit le street art. On fait un énorme travail de terrain, on est présents sur de nombreux salons, on est là auprès des artistes. Dans la réalisation de nos livres, on arrive à obtenir des instants privilégiés avec les artistes, ce qui permet de véritablement continuer une histoire après le livre. Concrètement, ce qui nous pousse à travailler avec tel ou tel artiste, c’est d’abord la rencontre. Il faut vraiment que l’artiste comprenne notre ligne éditoriale. Certains artistes n’approuvent pas vraiment le principe du livre d’art démocratique. Mais d’autres, et pas des moindres, sont au contraire vraiment en faveur de cette idée de démocratisation... On sélectionne aussi en fonction de l’âge, de ce qui nous plaît en découverte spontanée, du thème abordé. Personnellement, j’aime les artistes qui ont quelque chose à dire, qui sont engagés dans telle ou telle bataille, et en particulier dans des combats qui nous

Photographies : Quentin Fombaron & Nicolas Rolly


Sonja B.

concernent tous et qui sont fédérateurs, comme le vivre-ensemble ou l’écologie... Certains artistes transmettent réellement ces idées et ces valeurs, et essaient de réveiller les consciences. Notre rôle d’éditeur est en fait une tentative de médiation entre les lecteurs et les expressions artistiques. C’est parfois assez décevant de se rendre compte que le grand public n’imagine pas une seconde que derrière une œuvre d’art urbain, il y a un vrai artiste, un parcours, une vie. Alors moi, j’essaie de raconter cette vie. Exposez-vous systématiquement les artistes que vous avez publiés ?

Tiphaine H.

Didier : Il y a des artistes qui sont exposés à Nunc! et qui ne sont pas forcément publiés par Critères Editions. On cherche beaucoup à avoir, à Grenoble particulièrement, des expositions à thèmes. Par exemple, on a fait cette expo, « Baiser(s) » qui regroupait plusieurs artistes sur la thématique du baiser. On a également fait venir quelques œuvres de l’expo « Dali fait le mur », après la très grande exposition qu’il y avait eu à l’Espace Dali, à Montmartre. Bref, on aime parler de thèmes qui nous sont chers en tant qu’éditeurs. Un de mes projets du moment pour la galerie, c’est de monter une expo autour du naturalisme, ce courant d’expression qui a existé dans toutes les disciplines artistiques et qui prend position pour la défense de la nature. Il y a tout un travail de recherche du « spot parfait » qui disparaît lorsqu’un street artiste produit une toile destinée à être exposée en galerie. Faites-vous une différence entre le street art que l’on trouve dans nos rues et celui qui est présenté en galerie ? Didier : La notion de street art est clairement définie par certains. Moi, je n’entre pas dans quelque chose de très cadré. Bien sûr, je sais que le street art c’est d’abord des artistes qui peignent dans la rue. Mais libre à eux, de temps en temps, d’essayer de gagner leur vie en proposant aux galeries des supports qui soient exposables. Je connais le mouvement de l’art urbain depuis des années et j’ai été le premier, sur Paris, à organiser des expositions street art dans les années 19982000. On avait énormément de place et une grande liberté, les artistes pouvaient presque attaquer les murs. C’est vrai que, de plus en plus, les formats se réduisent. Mais à mon sens, on sent toujours la patte de l’artiste à travers cette réduction de format. Je vois donc d’un très bon œil le fait que les artistes puissent gagner leur vie en essayant de vendre des œuvres accessibles dans les galeries.

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Qu’avez-vous à répondre aux critiques qui qualifient le street art exposé en galerie de « street art de salon » et « bien-pensant » ? Didier : Je pense que tout dépend de la politique et de la direction de la galerie. Moi si j’ai une galerie, c’est pour exposer des thèmes et pour m’engager.

Timothé D. M.


Parfois, je savais pertinemment qu’exposer tel ou tel artiste dans ma galerie n’était vraiment pas une opération commerciale, mais c’était important pour moi qu’il puisse s’exprimer à travers une exposition. En 2016, il est commun que des pans de murs soient volés puis vendus aux enchères car marqués d’un Banksy (par exemple)... Selon vous, à qui appartient une œuvre de street art ? Didier : Je pense qu’une œuvre appartient à son auteur. Pour moi c’est très clair. Ce qui me plaît moins actuellement dans le street art, c’est qu’avant il fallait le chercher, le dénicher... Aujourd’hui, il est presque imposé, légalisé, et parfois même invité par des collectivités qui s’en emparent pour créer des liens sociaux, etc. C’est une sorte de récupération un peu facile, presque démagogique. J’émets des réserves à cette démarche. Je crois que les artistes, s’ils veulent rester artistes et indépendants, doivent vraiment travailler par eux-mêmes et ne pas attendre des invitations de telle ou telle manifestation légalisée. On l’a appris récemment, l’artiste Monsieur Chat risque deux ans de prison ferme pour avoir dessiné son chat sur une cloison temporaire de carton-plâtre à la Gare du Nord de Paris. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres, mais quel est votre avis sur les peines encourues par les street artistes ? Didier : Les street artistes ont toujours encouru certaines peines. On a d’ailleurs une collection qui s’appelle « Opus Délits » et qui ne présente que des artistes qui sont dans le délit, alors que ce sont des artistes connus, référencés, adulés par les pouvoirs publics. Pour en revenir à Monsieur Chat, les conditions dans lesquelles le procès est mené contre lui sont hallucinantes puisqu’il s’agissait en plus d’un support provisoire. Le procureur veut faire payer Monsieur Chat parce qu’il le considère comme un récidiviste, mais tous les street artistes sont des « récidivistes » ! Quelle ville est la capitale du street art selon vous ? Didier : J’ai du mal à croire qu’il puisse y avoir une capitale de l’art urbain. L’art urbain est un mouvement artistique mais aussi et surtout

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sociétal. Jamais dans l’histoire de l’Art il n’y a eu un mouvement qui impliquait autant le public, même si ce public est plus ou moins entré dans l’art urbain. L’art urbain aujourd’hui, c’est partout. Même si dans certains pays les gens se sentent en libre circulation, ils ont besoin d’exprimer quelque chose pour se sortir d’un quotidien qui est relativement carcéral. Je pense que les messages des artistes sont importants à partir du moment où ils sont bien pensés. Je ne crois pas qu’il y ait de capitale de l’art urbain. Ne serait-ce qu’en France, dans les années 1980-1990, on ne voyait de l’art urbain que sur certaines palissades de Paris. Dix ans plus tard, on a commencé à en voir dans des capitales régionales. Maintenant, l’émergence d’artistes de renom vient aussi de ces capitales régionales. Notre travail éditorial aujourd’hui émerge de cette observation, on s’est attaché à travailler sur ce qui se peut se faire à Lyon, à Toulouse, à Marseille plus récemment, à Nice... Et heureusement les artistes sont partout, et les murs aussi. Il y a de quoi s’exprimer ! On comprend aisément pourquoi vous avez une galerie Nunc! à Paris, mais pourquoi être également situé à Grenoble ? Didier : Tout simplement parce que ma vie personnelle m’a amené à Grenoble... Et aussi parce que, quand j’habite dans un lieu, j’aime être complet dans mes tentatives d’expression. C’était normal de prolonger notre histoire en proposant aux artistes et au public un lieu comme la galerie Nunc!, peu importe l’endroit. Régulièrement, on expose des artistes grenoblois, qui ne sont pas forcément issus de l’art urbain. Après Nikodem, quels sont les autres artistes grenoblois auxquels vous aimeriez consacrer un ouvrage ? Didier : Pour l’instant je ne peux pas vous dire parce qu’on a une programmation qui est déjà quasiment bouclée pour 2017 et de très gros chantiers en prévision. Mais voilà, on a déjà consacré des ouvrages à Jadikan et à Goin, qui habitent la région. On a également consacré des ouvrages à des artistes lyonnais. Après, il faut qu’on ait des histoires à raconter et qu’on ait envie de les raconter. C’est un véritable travail éditorial et encyclopédique. Ce travail ramène au fait que le street art n’est pas une génération spontanée. On a des street artistes qui ont largement dépassé les 80 ans, comme Ben ou Gérard Zlotykamien, qui sont des précurseurs et qui ont amené quelque chose de très fort dans l’expression des artistes actuels. On a aussi des artistes tout jeunes, comme Zilda, Levalet ou d’autres encore, qui ont quinze ou vingt ans d’expression sur les murs... Sans parler d’artistes grenoblois spécifiquement, on a d’autres préoccupations éditoriales comme la collection « Urbanité » sur laquelle on travaille beaucoup avec des livres transversaux. C’est un travail éditorial moins concentré sur une seule personne, mais

Photographies : Quentin Fombaron & Nicolas Rolly

Rapha el C.

N U N C !


plutôt sur un courant et une histoire. On a publié l’an dernier le livre « Vanités urbaines », sur la représentation du crâne humain dans le monde de l’art urbain. Bref, tout cela confère à notre travail une certaine réputation auprès des artistes étrangers, par exemple. Après tout, on s’appelle « Critères » parce qu’on considère qu’on en a. Vous est-il arrivé de faire des découvertes spontanées, en vous baladant dans la rue ? Didier : Oui, plusieurs fois. Je pense par exemple à Pantonio. Je savais que derrière cette peinture il y avait une belle personne. Et dans l’ensemble, c’est quelque chose d’inné, de naturel, je me trompe rarement !

“ Notre rôle d’éditeur est en fait une tentative de médiation entre les lecteurs et les expressions artistiques. C’est parfois assez décevant de se rendre compte que le grand public n’imagine pas une seconde que derrière une œuvre d’art urbain, il y a un vrai artiste, un parcours, une vie. ” Interview tournée le 21/09/2016.

Visiter : 7 rue Génissieu à Grenoble Acheter : criteres-editions.com Suivre : Facebook

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Retrouvez Nunc! sur les internets

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Didier : Quand il voudra. C’est un garçon que je connais, qui est très sympathique, et grenoblois ! On a déjà eu quelques petits entretiens. Cependant, on avait mené un travail éditorial il y a un an ou deux, qu’on a dû abandonner, sur le street art grenoblois, et il m’avait dit qu’il ne voulait pas être dans ce livre... Alors voilà, si je fais de l’édition, c’est parce que je suis un homme de partage. Si je sens des réticences humaines de la part d’un artiste, je n’y peux rien... Bizarrement, ce sont souvent les artistes les plus connus qui portent le mieux le concept de cette collection, alors qu’ils sont publiés chez d’autres éditeurs.

L.

À quand un livre sur le travail de The Sheepest ?

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Fab

Depuis combien de temps es-tu gérant du 1900 ? Fab : J’ai appris le métier ici, il y a 26 ans, puis j’ai créé la nuit ici, il y a 17 ou 18 ans. J’ai racheté le bar il y a une dizaine d’années. « Créer la nuit », ça veut dire quoi ? Fab : À l’origine, le 1900 était un bar de journée, il fermait le soir. Moi, j’ai développé l’ouverture du soir en organisant des soirées pour quelques occasions.

C’est qui le patron ?! Patron du bar emblématique de Grenoble, le 1900, celui qu’on surnomme Fab ou Fabio, s’occupe du lieu depuis 26 ans. Il a pris le temps de répondre à nos questions, en plein service, un mardi soir du mois d’Avril dernier.

Que représente le 1900 pour toi ? Fab : C’est une grosse partie de ma vie. C’est tout de même 26 ans... Bien sûr, je n’ai pas fait que ça, mais ça représente quelque chose d’important. J’y ai mon empreinte et c’est un bistro que j’adore. C’est une famille, un peu. L’âge d’or du 1900, c’était quand selon toi ? Fab : C’était jusqu’à il y a encore six ou sept ans. L’âge d’or c’était aussi les années 1990 et 2000. On va dire de 1996 à 2006, ou 2008. Ça l’était vraiment. Mais c’était pas seulement au 1900, c’était l’âge d’or un peu partout dans la ville. (Conversation avec un client qui vient régler ses pintes)

Photographie : Quentin Fombaron


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Simo

Robin B.

Theo R.

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Quel est ton meilleur souvenir du 1900 ? Fab : Oh j’en ai plein. Je me souviens de la première fois où sont venus mixer Oxia et The Hacker, comme ça, en me faisant la surprise pour mon anniversaire. Mais il y a beaucoup d’autres très bons souvenirs. Avec plein de gens différents. Comment expliques-tu le fait que ce bar soit devenu le QG d’artistes grenoblois comme Oxia, Miss Kittin ou The Hacker ? Fab : Parce que c’est un noyau grenoblois, parce que j’ai toujours aimé la musique. Parce que je suis un petit gars de Grenoble et que j’ai toujours aimé les artistes en général et… … Ils se sentent bien ici ? Fab : J’espère. S’ils reviennent c’est qu’ils doivent se sentir bien. Non, et puis bon, je viens de la scène rock aussi. Enfin il n’y a pas que la scène électro, il y a aussi tout ce qui est rock, reggae, à Grenoble. J’ai traversé les époques, j’ai commencé en 69, j’ai 46 ans. Avant l’électro il y avait d’autres choses. J’ai connu les artistes avant, je les ai connus après. J’ai connu des gens de théâtre, de cinéma, de peinture, de sport. Des sportifs de haut niveau, des politiques… il y a de tout, tout le monde vient ici. Tant que tu dis « Bonjour, s’il te plaît, merci », ce sont les mêmes règles pour tout le monde. Ce bar est un vrai point de rendez-vous pour les artistes, grenoblois ou non, de toute la scène musicale underground, techno ou rock. C’est un passage obligatoire. Es-tu conscient de cela ? Fab : J’en ai pris conscience, ça me flatte. C’est vrai, ça me fait plaisir. J’en ai pris conscience à force qu’on me le dise. Après on ne citera pas de noms mais il y en a aussi que j’ai virés d’ici. Ils pouvaient être connus mais c’est pas parce qu’ils sont untel ou untel que… Comme je te le dis, c’est respect pour tout le monde. Il y en a qui sont repartis comme ils sont arrivés. Je ne citerai pas de noms ! (Conversation avec un client qui veut manger du sauc’)

Thierry M.

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Quelle est la soirée la plus folle que tu aies passé à Grenoble ? Fab : C’était pour un de mes anniversaires il y a de nombreuses années. Ça a duré trois jours, j’avais un appartement au rez-de-chaussée avec un soussol. C’était un grand appart avec une grande cave. On a mis les platines et pendant trois jours se sont succédés des DJs arrivés de droite, de gauche, d’Annecy, d’un peu partout. Tout au long des soirées de ce long week-end, tous les DJs sont venus faire des afters d’afters, des befores d’afters ou des afters de befores dans l’appart. Il y avait The Hacker, entre autres, qui est passé et qui s’en souvient très

Photographies : Quentin Fombaron


Sally B.

Robin Z.

Salah O.

“ J’ai connu les artistes avant, je les ai connus après. J’ai connu des gens de théâtre, de cinéma, de peinture, de sport. Des sportifs de haut niveau, des politiques… il y a de tout, tout le monde vient ici. ”

Rox

ane

V.

bien d’ailleurs. C’était il y a quoi…? Il y a plus de quinze ans. et ça a duré pendant trois jours comme ça, où l’appart était open door, où n’importe qui rentrait, venait, amenait à boire, repartait, faisait sa vie. C’était la bonne époque. Bon souvenir. J’ai dormi une semaine après. (Rires.)

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On revient 26 ans en arrière : si tout était à refaire, tu le referais ? Fab : Ouais. Pourquoi ? Fab : Parce que j’aime ça, parce que, sûrement, j’aime ce métier, j’aime les gens que j’ai rencontrés ici, voilà. Parce que j’aime ça. Je le referais. En mieux. (Rires.) S’il fallait tout reprendre à zéro. En mieux, voilà.

Interview tournée le 20/04/2016.

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B O N U S

LA VÉRITÉ

VRAIE

DE L’EXPLICATION

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Pourquoi äme meute ? Propos reccueillis par Sylvi l’homme des bois Bernadelle : J’ai appelé le magazine äme meute parce que j’ai des ancêtres guerriers slaves. Dans cette culture, avant chaque combat, les guerriers mangent une aile de pigeon (« äme meute » en slave ancien) pour se donner de la force et rentrer sains et saufs auprès de leurs proches. Je voulais que le magazine soit un symbole de vivacité et de légèreté comme une aile de pigeon. C’est pourquoi je me suis battu pour imposer ce nom. Falkor : Il ne faut pas aller chercher bien loin pour connaître l’histoire du nom äme meute. J’ai appelé le magazine comme ça en référence à mon enfance. Orphelin, j’ai grandi avec une meute de loups sauvages d’Aubervilliers. Je faisais vraiment partie de la meute. C’était ma vraie famille, ma seule famille. D’ailleurs pour la petite anecdote, le loup sur le bras gauche de Johnny est un portrait de mon père. Johnny était un grand ami de la famille ! J’ai donc tout naturellement voulu appeler le magazine äme meute car je pense avoir l’äme de la meute ! Conile : Le nom du magazine est, en partie, inspiré de mon deuxième prénom. Ma mère est un allemand fan de foot et de quenelles aux lardons. Je suis né juste après le 3ème but de la finale de la Coupe du monde 98 alors que ma mère mangeait son plat préféré. Elle a donc décidé de m’appeler Conile Aimé Jacquet en souvenir de ses deux passions. Pour le nom du magazine, j’ai voulu utiliser mon deuxième prénom traduit en allemand « äme » combiné au surnom de ma mère « la mouette ». Ceci afin de lui rendre hommage.

GRAND TEST RÉVÉLATEUR DE LA VÉRITÉ COSMIQUE

Par le Docteur Mendoza (Ancien reptilien et beau-frère du Dalaï-Lama) 1. Selon toi, qui a tué Kennedy ? X. Ma mère �. La mère Michelle . La mère de Michel O. Michel 2. Quand la vie te donne des citrons, qu’en fais-tu? X. Une Marquisette (un punch à base de citron) �. Merci mais je suis allergique au citron . Non, merci vraiment, sans façon O. de la citroneLOL (une huiles essentielle de citron ) 3. Que penses-tu de la vie ? X. C’est une pute �. Elle vaut la peine d’être vécue malgré sa différence . Viva la vida loca O. Je vis je visser

4. On t’accuse d’avoir volé un marchand de fruits et légumes, que réponds-tu ? X. Vous êtes fous, ce n’est pas moi, je n’ai pas volé l’orange �. Vous vous trompez, je courais dans la montagne . Je cherchais un oiseau bleu O. J’ai trop peur des voleurs 5. On te propose une nuit avec une personnalité vivante ou disparue, qui choisis-tu? X. Pikachu �. Éric et Ramzy . Carlos ( le terroriste ) O. Carlos ( le chanteur)

Résultats du test : Plus de X que le reste : Tu es Bélier Plus de � que le reste : Tu es Taureau Plus de que le reste : Tu es Gémeaux Plus de O que le reste : Tu es Cancer Autant de X que de � : Tu es Acarien Autant de X que de : Tu es Ornithorynque Autant de X que de O : Tu es Pékinois Autant de � que de : Tu es Poire à lavement Autant de � que de O : Tu es Abribus Autant de que de O : Tu es Roubignole Uniquement des X : Tu es Götze, numéro 19 Uniquement des � : Tu es Kanye West Uniquement des : Tu es äme meute Uniquement des O : Tu es Grenoble


HOROSCOPES ET VÉRITÉS COSMIQUES

Par le Professeur Mendoza (Grand Guru et défenseur de la vraie pensée cosmique véritable) Répond au test sur la page ci-contre pour découvrir ton signe cosmique.

Bélier : Un voyage vous ferait le plus grand bien, et si c’était l’occasion de porter cette petite robe à fleurs qui fait si bien ressortir vos yeux ? Votre pays : La Syrie

Poire à Lavement : Vous allez mourir. Votre humeur : Le deuil.

Taureau : Ce plat de pâtes au beurre vous fait vous questionner sur l’utilité de la vie sur Terre. Et si tout était faux ? Et si ce jeune métisse vous avait dit la vérité sur le 11 septembre ? Votre énergie fossile : Le pétrole.

Abribus : Nul besoin de vous vermifuger. Conseil : N’écoutez pas Francis Huster.

Gémeaux : Le seigneur des enfers vous a choisi pour accueillir sa progéniture démoniaque, vous êtes sur le point d’enfanter l’antéchrist. L’humanité n’est plus. Le royaume de Dieu est condamné. Tout est fini. Au travail : Tout le monde se moque de votre nouvelle coupe de cheveux.

Roubignoles : Cette année, oui c’est votre année, tout le monde vous l’a répété. Vous serez avocat(e) comme a dit votre mère ou médecin comme le veut votre père. Vos numéros chance : Le 3-6-63-63-40.

Cancer : Vous découvrez une théorie intéressante sur la place des femmes dans le monde. Vous n’y prêterez que peu d’importance car votre amour inconditionnel des fonds marins vous fera renoncer à votre carrière de chirurgien proctologue. Famille : Vous êtes orphelin de naissance. Une autre fois peut-être :)

Götze, numéro 19 : Attention si vous devez prendre la route, vous risqueriez de rester bloqué au niveau de la A7. Votre lettre : Le S.

Acarien : Celui ou celle qui vous plaît tant fait enfin le premier pas, ce qui vous rend très heureux(se). Amour : En couple : toutes vos tentatives se solderont par des échecs ou par la découverte du véritable sexe de votre partenaire. En solo : Ce petit bouton blanc mal placé ne disparaît pas aussi vite que vous l’espériez.

Kanye West : Vous venez de loin, et vu votre teint, vous devez faire les choses bien. Mais qui peut vous stopper ? Renier votre identité ? Vous ne pouvez pas essayer. Votre citation : « Ma plus grande douleur dans la vie est que je ne pourrai jamais me voir en concert » - Kanye West.

Ornithorynque : Vous avez bien fait de laisser votre enfant sur cette route déserte. Après tout, qui était-il pour juger vos choix de vie ? Votre couleur : Le bleu moutarde.

Äme meute : Vous êtes un magazine génial; seuls les dieux savent quelles féeries borderont votre route à travers monts et merveilles. Votre étoile : La bonne

Pékinois : Vous êtes plutôt tête en l’air en ce moment. Lors de la lecture d’un SMS au volant, vous renverserez un enfant sur cette petite route de campagne. Vous vivrez dans le remords le restant de vos jours et ne pourrez jamais oublier, ni le reflet de vos phares dans ses yeux ni le choc froid et sec. Votre fleur : Le romarin

Grenoble : Vous êtes plein(e) de mystères ; qui sait sur qui ou quoi tomberez vous aux détours de cette petite rue? Tout le monde fait du vélo dans vous car vous êtes la plus plate de France. Vous n’appréciez pas du tout ces familiarités. Votre vêtement : La polaire Quechua

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R E M E R C I E M E N T S

À Gilles du café Zimmerman pour son soutien, son accueil, son punch et sa bienveillance. À Élise, Anna, Loïc, Francis et à toute l’équipe de la Bobine pour leur accueil, leur interview et leur réceptivité à notre projet. On se voit, au plus tard, le 18 novembre ! À Margo de Petit Shirt pour son interview, sa disponibilité, son implication, ses coups de main, ses idées, sa bonne humeur et son amitié. À The Sheepest pour son interview, sa confiance, son temps, ses conseils et suggestions, ses œuvres, son aide précieuse et son amitié. À Cai pour son interview, sa disponibilité, son engagement, ses organisations de shootings photos et son amitié. À Jako et à l’équipe de Velvet également, pour leur implication et les bons d’achat. Sans oublier les modèles tatoués : Mitch, Laure, Mathilde, Ben et Lucy. À Jordan de l’Éphémère pour son interview, son accueil, sa présence et son amitié. À Antoine Nemoz pour son interview, son soutien, ses conseils avisés, ses partages et son amitié. À Thomas Lamarre pour son implication, ses conseils et ses suggestions, son soutien et son amitié.

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À Théo et Guillaume de Corezone pour leur implication, leurs partages, leurs prêts de matériel, leur présence sur nos évents et leur amitié. À Gregory Ferrante pour nous avoir permis d’utiliser les bureaux d’Artravel Magazine les soirs et week-ends et pour son soutien.

À Fred du magazine Soma pour son temps, son interview, ses conseils, son soutien et les binchs ! À Basile pour son temps, son interview, son implication et sa présence sur scène le 18 novembre prochain ! À Tortoz pour son temps, son interview, sa disponibilité et son soutien. À Chloé pour son temps et son soutien. Au crew Hidden Plaza : Fab, Mahoussi, Léo, Zacharia et Ben pour leur présence sur nos évents et leur soutien. À Limon pour son set lors de notre soirée de lancement à l’Éphémère et son soutien. À l’association Mouvement Perpétuel pour son invitation sur son événement au Parc Paul Mistral et son soutien. À Quentin et à l’équipe du Fab Lab de la Casemate pour leur temps, l’interview et leur soutien. À Didier de Nunc! pour son temps, son interview et son soutien. À Rico, Mika, François, Flo, Alex et à toute l’équipe du Hasard. Mention spéciale à Mika qui nous a fait de la pub tout l’été avec son T-shirt ! À Ludo, Christophe, Mathieu et Amaz du Café Rive Gauche pour leur accueil et leur soutien.

À Fabio pour son temps, son interview, son implication, ses contacts et son soutien.

À Alyzée, Léo et à toute l’équipe du Meltdown Grenoble pour leur soutien.

À Amaz pour son implication, son soutien, ses contacts, ses 400 boules et son amitié.

À Maxime Lemaitre pour le prêt de de matos photo, son soutien et son amitié.

À tous les contributeurs Ulule et contributeurs tout court pour leur participation. Ne l’oubliez pas, sans vous, ce magazine n’existerait pas. En ce qui concerne vos noms, on ne vous a pas menti, ils sont bien dans le magazine. À vous de les trouver !

À Marine Leopold pour son temps et son implication.

Merci à nos bénévoles sans qui notre magazine et nos évents auraient fortement perdu en qualité : Rédaction : Anna Renault et Manon Debizet. Photographie : Valentin Lecaille, Jessy Penelon, Guillaume Rolly, Thomas Méot, Affaires Étrangères et Marie Ramparany. Événementiel : Margaux Rapacki, Agathe Roy et Isabelle Gervasoni.

À nos communautés Facebook, Instagram, Twitter et Youtube pour leur soutien et leurs partages.

À Kim et à l’équipe du site Ulule pour leur soutien et leur accompagnement durant notre campagne.

À Ben, Perrine et à toute l’équipe du Snowboard Garden Festival pour leur invitation et leur soutien.

À Arnaud de Dead Is Hype Bicycles pour son temps, son interview et son amitié.

À l’association Mory’Arty pour son invitation sur son événement chez Dead Is Hype Bicyles et son soutien.

À Pablo, Guillaume et le reste du groupe Qasar pour leur temps, leur confiance, leur disponibilité, leur présence sur nos évents et leur amitié.

À la Saxo Bic de Mendez, au Sénic de Sylvi et à l’appart de Tim pour les déplacements et le stockage. À Léa pour nous avoir donné accès à son toit et payé le café. À Michel de l’imprimerie du Pont de Claix pour son temps et son implication. À Grenoble. À Alain Chabat et Éric Judor. À Akira Toriyama et Katsuhiro Ōtomo. Au Bat’man Kebab et à la pizzeria Il Napoli. À Vice, Kiblind, Étapes et Rockyrama. À Paco Lopez. À Lorenzo l’Empereur du sale. À Karim Debbache, Gilles Stella, Jérémie Morvant et Kamel Debbiche À Bernadelle et Monsieur l’agent.

On espère n’avoir oublié personne ou pire encore, n’avoir écorché aucun nom. Si jamais c’était le cas, Sylvi vous fera des excuses en personne. L’oubli n’est en rien de sa faute mais c’est clairement l’atout charme du magazine alors on sait déjà que vous le pardonnerez. Sincèrement, Timithe Léopaulde, Théostene Menez, Nikos Rollie et Qentin Fobarone.

À Julie Crabières, Christine Léopold, Marine Pelissier (et d’autres cités plus haut) pour leurs cakes et gateaux cuisinés pour nos évents.

Aux participants du concours pour la troisième de couverture. Mention spéciale à Pascale Cholette qui remporte ce concours et nous offre une superbe 3ème de couverture. Félicitations à Kieran qui arrive en seconde place !

À Hugo Gaspard pour ses conseils et son soutien.

2ème place du concours ↑ Construction Vapor_Wave Name : Päinture By Kieran Faroud Collectif : from_g_with_vapor (insta) 1ère place du concours → Pascale Cholette - Tenir, photographie argentique extraite de la série 5 à 7, Chapitre 1. www.pascalecholette.com


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ÄME MEUTE No 1  
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Cultures émergentes & underground. 13 interviews de grenoblois passionnés.

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