Issuu on Google+


CYBERCAFÉS LA NOUVELLE DÉPENDANCE

D

L’accès à Internet se généralise en Afrique. Les autoroutes de l’information ont réussi là où l’État a failli : désenclaver les zones les plus reculées. Reste à utiliser cet outil à bon escient.

ans ce cybercafé de Soa, petite ville universitaire à 15km de Yaoundé, capitale du Cameroun, les clients ne se bousculent plus autant. L’effet de nouveauté est passé, mais surtout, les trois principaux opérateurs de téléphonie mobile commercialisent des clés USB qui donnent un accès individuel à Internet. Sur son mobile ou sur son laptop, c’est désormais plus facile de se connecter à la maison. Mais Bertrand, le propriétaire du cybercafé Net +, peut compter sur certains clients fidèles, des clientes surtout, qui cherchent l’âme sœur sur la toile. « Les affaires ne marchaient plus bien, j’ai eu l’idée de réaménager mon cyber avec des webcam et des petits box, expliquet-il. Comme ça, quand les filles viennent, elles ont un peu d’intimité ».

recrutent sur Internet. Mais visiblement, les menaces ne refreinent pas l’ardeur de ces aventurières. Odette, 19 ans, est étudiante en droit à l’université de Yaoundé II à Soa : « Ma copine a trouvé son bonheur sur Internet avec un Allemand, lance-t-elle. Le mariage vient d’avoir lieu. Je sais que ça peut être dangereux, mais ça marche quand on persévère ».

Cameroun, la loi sur la cybersécurité et la cybercriminalité ne date que de décembre 2010 ! L’ANTIC, l’Agence Nationale des Technologies de l’Information et de la Communication, est le gendarme du Cameroun en la matière. Bien que le décret créant l’institution date d’avril 2002, c’est en réalité en 2010 qu’elle démarre effectivement ses activités avec la nomination de l’équipe dirigeante conduite par Ebot Ebot Enow. L’ANTIC doit à la fois vulgariser les technologies de l’information et de la communication dans le grand public, aménager un cadre légal qui régisse les usages et veiller à la sécurité des personnes et des biens. Tâche immense s’il en est.

L’ordinateur reste encore pour de nombreuses populations rurales et même urbaines d’Afrique un outil à apprivoiser.

Le profil des usagers Les filles sont pour la plupart des étudiantes qui rêvent d’occident et de mariage avec des hommes blancs. Derrière le rideau du box, elles n’hésitent pas à dévoiler leurs charmes les plus intimes devant les caméras. Un saut vers l’inconnu, mais surtout un risque énorme de tomber sur tout et n’importe quoi, comme ces réseaux de prostitution et de trafic du sexe qui

Un autre type d’individus se mêle depuis quelque temps à la clientèle ordinaire des cybercafés, ce sont les cybercriminels. La toile leur sert de nouveau champ d’opération pour des actes de piraterie et d’escroquerie diverses. Face à leur écran d’ordinateurs, ils sont capables d’infiltrer des interfaces pour détourner la moindre opération utilisant les systèmes et réseaux informatiques. Les cybercafés sont les lieux privilégiés pour ce genre de pratiques du fait de l’anonymat. À Lagos, Dakar ou Nairobi, ces petits génies malfaisants de l’informatique sont de plus en plus nombreux. La cybercriminalité tisse sa toile sur le continent d’autant plus que les forces de sécurité, dans l’ensemble, ne sont ni préparés, ni outillés pour y faire face. Au

De multiples voies d’accès Internet est donc rentré dans les habitudes sur le continent. Heureusement, cet outil ne sert pas seulement aux « chercheuses de maris » et aux pirates d’un autre genre, il vient suppléer au manque de bibliothèque pour les jeunes chercheurs et universitaires. Par ailleurs, c’est un portail d’accès à des opportunités professionnelles. Jacques vient de bénéficier d’une bourse du Commonwealth pour préparer un doctorat. Il a pris l’habitude de fréquenter le cybercafé de Bertrand. « Vous vous imaginez, moi qui n’ai jamais quitté le Cameroun », s’étonne-t-il encore.


au Mali, le bilan de l’exploitation de cette infrastructure est négatif. Le taux de fréquentation est désespérément bas pour ce qui est de l’Internet en tant qu’outil de recherche et de liaison. En revanche, on note un plus grand intérêt pour les opérations de transfert d’argent. La localité de Nguélémendouka fait partie des zones les plus enclavées du Cameroun. Là-bas, la forêt règne en maîtresse. La petite ville a inauguré en avril dernier son télécentre flambant neuf. Et dans le flot d’explications données à

PUBLICITÉ

Autrefois privilège des grandes villes, Internet a désenclavé l’arrière pays avec la construction des télécentres communautaires. Ce sont des espaces qui fournissent les services de téléphonie, Internet et de transfert d’argent. Chaque télécentre comprend un cybercafé avec une demi-douzaine d’ordinateurs. C’est une propriété collective et sa gestion est assurée par un comité composé de membres choisis au sein de la communauté. Le Mali, le Niger et d’autres pays de l’Afrique de l’Ouest ont été les premiers à expérimenter ces espaces devenus le lieu privilégié d’échanges avec l’extérieur. Les groupements d’initiatives communes et les autres associations s’en servent pour faire connaître leurs actions et mener leur plaidoyer. Bien entendu, il faudra renforcer les capacités des utilisateurs. L’ordinateur reste encore pour de nombreuses populations rurales et même urbaines d’Afrique un outil à apprivoiser. En plus de cet écueil, il existe un autre plus complexe : intégrer Internet dans les pratiques culturelles des populations villageoises. Cette « invention du Blanc » aura du mal à trouver sa place sur la natte, près du canari ou de la daba. La plupart des régions où les télécentres communautaires ont été installés font face à ce problème. De Tombouctou à Mopti


Magazine