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Hors Série été 2019

La musique est elle prête à faire sa révolution écologique ?


Music & Managers Hors série été 201 9

Le 17 Juin sera une date à marquer d’une pierre blanche dans le jardin de l’AMA.

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Le 17 Juin , nous avons, en partenariat avec Sacem Université, l’Irma et Capdigital, accueilli des acteurs de l’industrie musicale, mais aussi et surtout au‐ delà, prêts à mettre en commun leurs réflexions, expériences, apports et connaissance sur un thème devenu pour nous incontournable : Industrie musicale et développement durable. La dématérialisation du support était porteuse d’une formidable promesse : plus de support physique donc plus de fabrication, d’impression, d’emballage, de stockage, de transport…. Bref un monde plus respectueux des contraintes environnementales qui sont aujourd’hui une exigence non négociable, fondamentale tant au sein de la profession que parmi les consommateurs de musique et cela quelques soient les segments de l’industrie concernée, édition phonographique, éditions musicales, spectacle vivant et sociétés de services qui forment le nouvel écosystème de l’industrie musicale. Daniel EK a récemment avancé le nombre de 40 000 nouveaux titres uploadés tous les jours sur Spotify, près d’1 millions de nouveautés par mois dans un marché, celui du streaming qui, s’il est dominant, n’en est pas moins, avec environ 300 millions d’abonnés sur une population globale de plus de 8 milliards d’habitants, un marché très jeune, immature et dont l’augmentation exponentielle nous promet une croissance à deux chiffres pendant les années à venir. Croissance exponentielle de la demande, croissance exponentielle de l’offre, croissance gourmande en ressources énergétiques, en datas centers, en système de refroidissement pour ne prendre que l’exemple de l’édition phonographique... Force est de constater que nous serons dans l’obligation de nous confronter à nos contradictions : exigence de visibilité accrue sur les réseaux sociaux, menaces écologiques accrues du fait de ces mêmes réseaux sociaux. La tentation est grande d’un politique de l’autruche qui nous amènerait à rejeter sur l’ «autre » la responsabilité des risques écologiques encourus, à repousser aux calendes Grecques des décisions

Edito nécessaires avant que les problèmes ne deviennent insurmontables ou pire de se donner bonne conscience en organisant, dans l’entre soi le plus total, quelques réunions, panels alibis qui donnent bonne conscience. La question du rapport de notre industrie au développement durable est d’une nature beaucoup plus exigeante. Non, elle ne concerne pas que les acteurs de l’industrie musicale, elle ne saura se satisfaire de discussions et d’échanges confortables. Elle exigera que nous nous ouvrions à d’autres disciplines, scientifiques, universitaires, industrielles mais aussi politiques et institutionnelles. Elle exigera des actions, des remises en causes douloureuses de nos pratiques et modes de consommation. Elle exigera des prises de décisions suivies d’actions concrètes qui affecteront tant nos modes de productions que nos modes de consommations et changer de manière significative nos pratiques. Elle exigera des actions au niveau national mais aussi au niveau international. Cette réunion du 17 Juin, cette première soirée, riche en échanges et apports s’est terminée sur une double envie, une double demande : celui de ne pas en rester là, de passer à l’action et celui d’imprimer une dimension transversale aux discussions. Personne ne trouvera de solution seul, quelque soit la dimension des organisations ou des marchés tentés par une réflexion verticale qui si elle est nécessaire n’en sera toujours que parcellaire… Pour ce qui nous concerne nous avons donc décidé de prendre un certain nombre d’initiatives pendant cet été et vous donnons rendez‐vous au MaMA pour une première communication tant sur le fond que sur la forme de notre démarche et des premiers résultats de nos travaux. Partenariats, territoires, organisations et développement international seront autant de sujets que nous avons hâte de partager avec vous. D’ici la nous vous souhaitons un bel été loin de vos téléphones portables et ordinateurs…

Didier Zerath , Président


Sommaire p 4 La Musique est elle prête à sa révolution écologique ? p 5 De la création aux supports p 7 Un streaming plus respectueux est un enjeu crucial p 8 Labels et éditeurs de musique, la révolution en marche p 10 Le Live, véritable levier d’une eco‐responsabilité partagée

L'Ours Music & Managers Une publication numérique trimestrielle gratuite, éditée par l'AMA (Alliance des Managers d'Artistes). Directeur de la publication : Didier Zerath Responsable de la rédaction : Lionel Chassaing Rédaction : Mahaut Dufour Lamanthe, Nicolas Raulin, Lionel Chassaing, Didier Zerath Mise en page : MNS photographies : copyright@AMA ou ayants droits cités

p 11 Les festivals, lieux d’actions de la dynamique éco‐responsable p 13 Vers une charte nationale des festivals ? p 14 Les artistes, en ordre dispersé p 15 Les managers, gardiens du temple ? p 16 Un atelier‐Conférence p 18 Vers une action transversale ? p 19 Les données, les études AMA (Alliance des Managers d'Artistes) 8 rue du Général Renault 750111 PARIS site officiel : www.ama‐france.com facebook : /alliancemanagersartistes Président : Didier Zerath Trésorier : Lionel Chassaing, Conseil d'Administration : Virginie De Neve, Manuela Sébéloué, Lionel Chassaing, Didier Zerath AMA est une association Loi 1901

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L a mu s i q u e es t - el l e p r êt e à f ai r e s a r év o l u t i o n éc o l o g i q u e ?

eux ans ! Deux ans se sont écoulés depuis le début de la réflexion d’AMA autour d’"industrie musicale et transition écologique". Deux années de rencontres, de recherches, de discussions autour de nos pratiques professionnelles et de la nécessité de les adapter à ce qui est le défi de l’humanité toute entière : réduire notre impact écologique. L’accord sur le climat de 2015 fixait pour objectif de limiter le réchauffement climatique à moins de 2 °C, en visant la barre des 1,5 °C. Les engagements pris dans ce cadre national et international et leur réalisation sont largement insuffisants pour atteindre les objectifs fixés. La France s’est pourtant donnée comme intention d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050, ce dont semble douter le Haut Conseil Pour le Climat, mis en place par le Président de la République dans son rapport du 25 juin dernier. Quant à l’Union européenne (UE), aucun objectif de neutralité carbone à l’horizon, faute d’accord des 28. Alors que faire ? La prise de conscience du dérèglement climatique dans l’opinion publique a considérablement augmenté, mais elle ne s’est pas traduite par l’action politique correspondante. Nous avons donc mené nos recherches, interrogé les professionnels de la musique et de l’Entertainment en partenariat avec l’ IRMA, Cap Digital et SACEM Université . De belles initiatives ont fleuries ici et là… La révolution numérique a changé nos pratiques et la relation au public, quel impact écologique a‐t‐il ?

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Illusoirement, nous pensions que cela l'amoindrirait. Cette profonde mutation a engendré un glissement des revenus vers le spectacle vivant, qui a vu son activité fortement augmenter avec de facto un impact négatif. Les semi‐remorques des tournées plus nombreux sur les routes, les scénographies toujours plus gourmandes en énergies, les groupes électrogènes, les parkings bondés des festivals et des salles…. Mais aussi les supports produits sans filière de récupération, les espaces de stockages nécessaires toujours plus importants, Ainsi, c’est l’ensemble des activités musicales qui méritent d’être repensé pour mieux s’accorder avec des capacités énergétiques disponibles et renouvelables. Nous devons passer de la gestion à l’action. L’industrie de la musique et de l’entertainment a une portée mondiale. Elle peut, comme peu d’autres industries, inventer de nouvelles pratiques qui peuvent ouvrir la voie à un avenir plus sobre en carbone et servir de modèles pour la mise en œuvre de mesures essentielles de protection du climat. Ce nouveau paradigme pourrait créer une demande et une offre de stratégies novatrices et durables, tant du point de vue du climat que des entreprises. Créateurs, fabricants, éditeurs, labels, producteurs, festivals, distributeurs et diffuseurs réfléchissent et revisitent leurs processus, trop souvent de manière sectorielle et seulement nationale. L’industrie française de la musique et du divertissement possède cette chance unique de guider la société vers un avenir plus favorable au climat et d’aider nos dirigeants politiques à réaliser la transformation pour peu qu’elle travaille de manière transversale et au moins au niveau européen.


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De la création aux supports

omme l’indique le projet du Centre National de la Musique, l’artiste doit être au centre. Sans artiste pas de création. Son engagement à réduire son impact écologique en tant que créateur est donc essentiel. Nous verrons que certains sont engagés depuis longtemps, d’autres tentent à leur niveau de modifier leurs habitudes. La révolution des matériels a profondément changé le rapport à la création et à son enregistrement. Les outils numériques mis à disposition ont eu un impact écologique non négligeable. Ainsi, l’incidence peut être importante en consommation d’énergie, en matériaux d’isolations utilisés et matières d’œuvres (serveurs, bandes analogiques)… Quant aux supports, de la création en 1877 du phonographe au streaming, leur impact n’a eu de cesse d’augmenter. A l’heure où la musique n’a jamais été aussi peu chère, son coût environnemental n’a jamais été aussi élevé. Viryl Technologies, entreprise canadienne a développé des presses électriques moins gourmandes que les presses traditionnelles, hydrauliques. En France, les Bretons de la société M Com’ Musique ont mis au point, en 2016, les premiers disques vinyles fabriqués à partir d’algues brunes, technique ne permettant pas la durabilité de la qualité sonore

Aucune filière de recyclage n’existe pour les supports, des associations existent néanmoins : CDmoi, cette association revend les CD et DVD à des sociétés. Les fonds récupérés financent l’amélioration des conditions de vie dans les services de pédiatrie et les maisons de retraite.

Vinylcorner

, organise une collecte des vinyles dont vous n’avez plus l’utilité. Ils pourront alors être fondus et réutilisés par la Manufacture de Vinyle, usine de pressage proche d’Annecy. Un bon d’achat de 5 € vous sera adressé en échange.

« Les déchets qui en sont issus ne sont pas dangereux, et leur traitement, en mélange avec le reste des autres déchets ménagers ne pose pas de problèmes particuliers. Ainsi il n’est pas envisagé actuellement de mettre en place une filière spécifique d’élimination des CD et des DVD au niveau national » (Journal officiel, 31 octobre 2006).

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A l’heure où la musique n’a jamais été aussi peu chère, son coût environnemental n’a jamais été aussi élevé.

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U n s t r e a m i ng p l u s r e s p e c t u e u x e s t u n e nj e u c r u c i a l n 2018, le SNEP a comptabilisé 57,5 milliards de stream. Les catalogues sont importants : 53 millions de titres pour Deezer, 40 millions pour Spotify. Chaque minute, 400 h de vidéos sont mises en ligne sur Youtube. Qui dit stockage dit serveurs. Les besoins vont grandissants et donc en énergies.

Greenpeace publie tous les deux ans un

rapport concernant les grands opérateurs internet et leur politique énergétique. Malheureusement cette étude n’apporte aucune donnée concernant les français Deezer et Qobuz.

Ainsi, Apple pour l’ensemble de ses services a un excellent score : énergies propres 83%, gaz natu‐ rel 4%, charbon 5% et nucléaire 5%. Google : énergies propres 56%, gaz naturel 14%, charbon 15% et nucléaire 10%. Facebook : énergies propres 67%, gaz naturel 7%, charbon 15% et nucléaire 9%. En France, le Syndicat des Éditeurs de Services de Musique en Ligne ( ESML) rassemblant les 2 sites de streaming français Deezer et Qobuz a dans ses 3 missions de favoriser le développement durable du marché légal de la musique numérique. Or, nous n’avons trouvé aucune action spécifique en la matière.

Le match Spotify/Apple Music : Apple gagnant !

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L ab el s et éd i t eu r s d e mu s i q u e, l a r é v o l u t i o n e n m a r c he

es process‐clés des labels (enregistrement, pressage, promo, distribution physique et numérique, vente, export, marketing, merchandising, gestion des données) sont très consommateurs d’énergies, la numérisation en a accru les impacts. A ce jour, des réflexions embryonnaires en matière d’éco‐responsabilité de la part des deux organisations professionnelles existantes que ce soit le SNEP, Syndicat National Edition Phonographique qui réalisent environ 80% du chiffre d’affaires du marché du disque en France et regroupe fabricants (presseurs, duplicateurs, studios d’enregistrement), producteurs et éditeurs de phonogrammes, distributeurs exclusifs de phonogrammes, producteurs distributeurs et éditeurs exclusifs de vidéomusiques ou l’ UPFI , qui rassemble, quant à lui, les principaux producteurs et distributeurs indépendants français, et agit comme un porte‐parole de la profession et structure la réflexion, l’action et la communication sur le métier de producteur indépendant. Les principales majors, quant à elles, ont engagées des démarches, avec plus ou moins de résultats.

Universal , dans son code de déontologie consacre une page à sa responsabilité environnementale : 1‐ Respecter toutes les législations environ‐ nementales en vigueur et les politiques liées aux entreprises

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2‐ Répondre aux exigences environnementales 3‐ Recyclage et réduction des déchets 4‐ Se rappeler qu’individuellement nous pouvons prendre des mesures 5‐ Dans la mesure du possible, choisir des partenaires commerciaux qui partagent notre engagement et mettent en pratique des process de développement durable.

Warner Music a initié au début des années 2000

un programme de réduction des matières plastiques dans la fabrication de ses supports et l’utilisation de papier recyclé. Aujourd’hui, elle semble s’efforcer de développer des programmes de réduction de son impact environnemental via The Natural Resources Defense Council ou Reverb , dont nous parlerons plus loin.

Sony, quant à eux, ont développé une vraie

politique de développement durable pour sa branche électronique avec pour objectif d’être neutre en carbone en 2050. Pour celle de la musique et de l’Entertainment, ils font de leur mieux pour mettre en place une réduction des impacts (dixit le rapport Développement Durable de 2018). Aucune communication spécifique n’est faite.


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A défaut d’une démarche globale, initiatives et associations émergent pour tenter de repenser les pratiques sur un modèle plus social et responsable. Notamment, l’association Fairplaylist, créée en 2003. Son but : organiser des événements musicaux et promouvoir des artistes en intégrant pleinement les valeurs de l’économie sociale et solidaire. Une charte a été rédigée en 2007 « Musique éthique : Cahier des charges pour une filière musicale équitable et solidaire ».

Le label co‐fondé par Matt Black & Jonathan More en 1990, soucieux de son impact écologique, a engagé une véritable démarche eco‐responsable. Matt Black est depuis longtemps actif dans la lutte contre le changement climatique. Il a participé au forum financé par l'UE « Energy Union » (une tournée musicale sur le changement climatique en Europe dans le but de permettre aux jeunes de s’engager dans la politique énergétique), en apparaissant régulièrement pour Greenpeace à Glastonbury, et en parlant d'art et de changement climatique lors d'événements organisés par l'industrie tels qu'ADE Green à Amsterdam Dance Event … Il s’est agit pour le label d’avoir une vision progressive de l’ensemble de ses opérations en éla‐ borant une stratégie de développement durable ‐ Recrutement d’un consultant permanent pour rendre eco responsable les opérations du label et l'aider à développer d'autres aspects de leurs valeurs ‐ nouvelles éditions dans des emballages en carton (réduction des impacts carbone associés à l'emballage de leurs CD) ‐ Choix de l’opérateur Good Energy, fournisseur d'énergie renouvelable à 100%, pour ses activités à Londres. ‐ recherche de nouvelles options eco‐responsables pour son fournisseur de serveurs aux États‐Unis. Ce qui fut, finalement, trop complexe et trop couteux. Le label a donc décidé de se porter acquéreur de crédits d'énergie renouvelable en compensation (CER des États‐ Unis).

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L e L i v e , v é r i t a b l e l e v i e r d ’ u ne e c o - r e s p o ns a b i l i t é p a r t a g é e vec le déplacement de la valeur vers le spectacle vivant, nous assistons à une inflation de concerts et de festivals et donc d’une empreinte écologique de plus en plus prégnante.

Depuis plusieurs années les lieux de musiques actuelles ont commencé à intégrer les problématiques liées au développement durable dans la gestion de leurs équipements et de leurs activités. Néanmoins, l’utilisation du plastique à usage unique demeure trop souvent en backstage à destination des artistes : gobelets, bouteilles d’eau… Les organisations professionnelles comme le SMA, syndicat des salles de musiques actuelles a signé une charte avec la FNCC, Fédération nationale des collectivités territoriales pour la culture et la FEDELIMA, Fédération des lieux de musiques actuelles qui dans son préambule cite l’environnement : « Au carrefour d’enjeux multiples — artistiques bien entendu mais aussi économiques, sociaux, environnementaux et technologiques — ces musiques et pratiques représentent un levier d’intervention publique très précieux, tout particulièrement pour les collectivités territoriales. ». La FEDELIMA, quant à elle, a identifié les premières expérimentations, recensé les initiatives, réalisé des temps d'échanges de pratiques. En lien avec les problématiques d'accueil des artistes (charte d’accueil), de réduction des déchets

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(gourdes, gobelets, mégots de cigarettes… ), de lutte contre le gaspillage de nourriture et la réduction de l’empreinte carbone (achats de produits bio, valorisation des circuits courts de producteurs locaux) … a lancé un atelier devant permettre d’échanger sur des pistes concrètes d’actions collectives et/ou de mutualisation de moyens à mettre en place au niveau national pour les lieux de musiques actuelles, lors de ses rencontres nationales de juillet dernier. Le touring, quant à lui, représente selon le cas, 10 % à 20 % du total des émissions de Gaz à effets de serre (GES). Les principales sources de pollution sont les transports, les équipements scéniques, l’énergie et les consom‐mables. Les géants mondiaux ont engagé des démarches : AEG depuis 10 ans avec son programme AEG 1EARTH (réduction de 4% annuel de GES, réduction de consommation d’eau potable, réduction de 70% des déchets, suppression progressive du plastique à usage unique) Live Nation : charte publiée en mai 2019, objectif : zéro déchet sur l’ensemble de ses salles en 2020. Réduction de 50% des GES d’ici 2030 sur l’ensemble de ses activités, passage progressif aux énergies vertes pour atteindre 100%. Le Prodiss, Syndicat National du Spectacle Musical et de Variété initie une démarche de RSE/RSO visant à intégrer les enjeux du développement durable, à moyen et long terme, dans la vision et la stratégie de son secteur.


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L e s f e s t i v a l s , l i e u x d ’ a c t i o ns d e l a d y na m i q u e é c o - r e s p o ns a b l e

l n’existe aucune étude globale sur les impacts environnementaux des festivals en France, à la différence d’autres pays européens comme le Royaume Uni notamment. Le seul travail national date de 2011, réalisée par Eneris et SFR en 2011 qui évalue les impacts d’un « festival témoin » et propose des études de cas qui reste prochent du graphique ci‐dessous.

Les Trans Musicales de Rennes ont ouvert le bal français en 2007 en compensant l’empreinte carbone des vols internationaux des artistes. Le précurseur de la démarche européenne est le danois Roskilde Festival , qui a lancé son initiative “Green Footsteps” (empreinte verte) en 2009. Transition vers les technologies modernes, énergie éolienne, stratégies de prévention du gaspillage – autant de premiers pas vers un respect environnemental de la part des festivals, qui dans le cas de Roskilde et ses 130 000 festivaliers, a d’énormes répercus‐

sions. Huit ans plus tard, la majorité des festivals européens ont développé leurs propres programmes environnementaux. Néanmoins, les français ne sont pas restés les bras croisés grâce aussi à la création de la norme ISO 20121 « Organisation d’événements et développement durable », outil concret pour organiser des évènements de sorte qu’ils contribuent aux trois dimensions – économique, environnementale et sociale – du développement durable. Les Trans obtinrent la certification en 2013 et les Eurockéennes en 2017. « We love Green » fut le premier français à intégrer le développement durable dans son concept de départ en 2011. Le Cabaret vert, à Charleville‐Mézières (Ardennes), ou Climax, à Bordeaux (Gironde), sont devenus eux aussi des laboratoires d'initiatives éco‐responsables, sans oublier Reggae Sun Ska qui a créé un pôle “Eco Sun Ska” depuis le début des années 2000. Au‐delà de ces exemples, de multiples initiatives françaises régionales ou européennes existent : REEVE , réseau éco‐ événement des Pays de la Loire, PrestaDD , entreprises prestataires de spectacles et événement engagées, Collectif des Festivals, qui rassemble les signataires de la charte des festivals engagés pour le développement durable et solidaire en Bretagne, De Concert! , fédération internationale de festivals de musiques, d’arts de rue, de multimédias,

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Yourope , association des festivals européens avec son entité GO Group, Green Operations Europe, We are Europe , association de 8 grands festivals européens… Et un certain nombre d’outils en appui : ADEME, ABC (Association Bilan Carbone), Powerful Thinking, A greener Festival, Julie’s Bicycle, Reverb, European Music energy efficiency Initiative…

La production éco‐responsable, programme phare du festival We Love Green , est régie par une charte développement durable articulée autour de 7 axes : l’énergie, l’alimentation, l’eau, les déchets, les transports, la sensibilisation et la neutralisation carbone. Compensation carbonne : 80 000 arbres plantés avec Ecosia Zéro Fossile : solutions énergétiques vertes et alimentation à 100% par des énergies renouvelables : hydrogène, biocarburants français, panneaux solaires Zéro Plastique à usage unique sur le festival y compris dans la zone artiste : vaisselle compostable, gobelets bio‐sourcés, compostables, Gobelets consignés et réutilisables La neutralisation carbone des artistes : Les artistes et le festival compensent directement les émissions carbone liées à leur trajet, en investissant dans des projets locaux de restauration de la biodiversité avec Pur projet. Restauration responsable : issus de l’agriculture urbaine parisienne, camions frigorifiques mutualisés, don des invendus des restaurateurs du festival à des associations caritatives à proximité. Eau gratuite sur le Festival et contrôle de la consommation 100% toilettes sèches sur tout le Festival et toilettes écologiques fonctionnant à l’énergie solaire qui permettent une récupération des urines afin de créer un engrais minéral issu du phosphate des urines. Moins de papier : dématérialisation des billets, programme en ligne et signalétique, aucun flyer n’est distribué sur le site, ni par le festival ni par ses partenaires. Recyclage des matériaux avec Co‐recyclage Scénographie éco‐conçue, mutualisation et partage des éléments de production, Récupération de la paille Centre de tri des déchets : 13 flux (ordures ménagères, carton, PET bouteilles, verre, compost alimentaires, huiles ménagères, mégots, piles...) dont 9 traités par le Festival. Création de compost, Récupération des huiles usées, Collecte des mégots Pas de parking sur le Festival, Mutualisation des camions de fret, Communication sur les transports durables Sensibilisation: eco‐consignes à respecter par les équipes, green Policy pour les artistes.

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Vers une charte nationale des festivals ?

es professionnels anglais lancent leur charte intitulée « Festival Vision : 2025 » réduction de 50 % des émissions annuelles de GES liées aux festivals d’ici 2025. En tant que festival participant, il devra mettre en place des mesures pour y parvenir, notamment : ‐ Réduire les déchets dans la mesure du possible et viser un taux de recyclage de 50 % (ou plus) d’ici 2025. ‐ Réduire la dépendance aux combustibles fossiles dans la mesure du possible et viser à réduire la consommation annuelle de diesel de 50 % (ou plus) d’ici 2025. ‐ Travailler avec les publics, les fournisseurs et les artistes pour influencer positivement les modalités de voyage et réduire les émissions liées aux voyages. ‐ Travailler avec la chaîne d’approvisionnement pour améliorer la responsabilisation et la durabilité de l’approvisionnement alimentaire. ‐ Travailler ensemble en tant qu’industrie pour partager des expériences (positives et négatives) au sujet des changements apportés, partager des pratiques exemplaires et travailler à l’atteinte des normes de l’industrie, le cas échéant. ‐ Mesurer les principaux impacts à l’aide de méthodes crédibles afin de mesurer les progrès. ‐ Partager de l’information pour permettre la production de rapports annuels (anonymes) pour l’industrie.

Un projet europée n intitulé « Green Europe Experience » vient d’être sélectionné́ par le programme de la communauté européenne CREATIVE EUROPE 2019‐2021. A l'initiative de We Love Green , il fédére 5 partenaires européens : Dour Festival (Belgique), Boom festival (Portugal), A Greener Festival (Royaume Uni), Pohoda Festival (Slovaquie) Green Operations Group (Allemagne) pour créer une plateforme d’expérimentation autour du développement durable dans les grands évènements musicaux.

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L es ar t i s t es , en o r d r e d i s p er s é omme nous l’écrivions au début de ce dossier, l’artiste est l’acteur central de l’écosystème mais aussi il est prescripteur pour sa communauté de fans.

De nombreux artistes internationaux se sont engagés dans une démarche éco‐responsable depuis longtemps : U2, Radiohead, Dave Matthews Band, Jack Johnson, Maroon 5, John Mayer, Shawn Mendes, Pink… En France, un collectif est né à l’initiative de Frah (Shaka Ponk), The Freaks, en collaboration avec la Fondation pour la nature et l’homme, avec pour base line « quelques gestes, qui si tout le monde s’y mettait, sauverait l’homme et la planète » en direction de leurs fans. Certains artistes français indépendants ont développé des « tournées » à faibles en impact écologique comme Tryo. Nous assistons à une vraie prise de conscience alliée à un degré plus ou moins important de green marketing. Ainsi, certaines grosses tournées interna‐ tionales travaillent avec Reverb, organisation sans but lucratif fondée en 2004 par l’environnementaliste Lauren Sullivan et son mari musicien, Adam Gardner, membre du groupe américain Guster. Adam souhaitait réduire l’empreinte environnementale de son

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groupe en tournée. Après avoir parlé à un certain nombre d’autres musiciens eux aussi en tournée, ils ont décidé de former REVERB. Ils construisent avec les producteurs et les artistes un programme pour réduire et compenser leur empreinte environnementale. Cela consiste en général en : ‐ compensation des GES ‐ Bouteilles et tasses réutilisables pour le crew avec des stations de remplissage d’eau pour réduire le plastique à usage unique ‐ Recyclage pour la restauration, les bureaux, les vestiaires et les autobus ‐ Collecte d’articles de toilette inutilisés de l’hôtel pour don ‐ couverts et contenants réutilisables ou compos‐tables dans la restauration et dans les tour bus ‐ Produits de nettoyage écologiques dans tous les « tour bus » Bilan Pink Tour 2018


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L e s m a na g e r s , g a r d i e ns d u t emp l e ?

os champs d’intervention couvrent de plus en plus la totalité des aspects liés à l’artiste et à son développement : spectacle, stratégie, recherche et négociation de contrats, internet (site d’artiste, réseaux sociaux…), merchandising et produits dérivés, musique enregistrée, recherche de financements, administratif, édition et synchros, recherche de partenariats… Nos process professionnels ne sont donc pas exempts d’empreintes écologiques. A ce jour, aucune des organisations nationales ou internationales n’a travaillé une vision progressive de l’ensemble de ses opérations en développant une stratégie de développement durable. Une des plus importantes difficultés pour élaborer une démarche RSE/RSO est la diversité des pratiques de nos adhérents dans le contexte d’aujourd’hui. Nous accueillons, en effet, les managers, agents artistiques, imprésarios, mais aussi – plus largement – toute personne ou structure pratiquant une activité assimilée au service de l’artiste et jouant un rôle d’intermédiaire entre celui‐ci et les acteurs professionnels de la musique. Et ce, quel que soit le nom qu’elle lui donne (conseiller, consultant, coach, coordinateur, accompagnateur…) et quels que soient son statut et ses modalités de collaboration (rémunération au

pourcentage, prestations de services ou autre). Néanmoins, il nous semble primordial de nous donner les moyens d’être plus performant et d'interroger nos pratiques

‐ En posant un nouveau regard sur notre organisation, donc en favorisant l’émergence d’innovations à tous les niveaux ‐ En amplifiant un plus grand respect de l’environnement (eau, café, déchets, énergie, transport, papier…) ‐ En améliorant le réseau de nos adhérents qui deviennent ainsi acteurs de notre dévelop‐ pement

AMA va modifier son code de déontologie, signée

par chacun de ses adhérents dans ce sens et inscrira dans ses statuts la lutte contre les discriminations sociales, territoriales, de sexe, d’origine, de religion et d’orientation sexuelle, mais aussi éditera une charte ethique. Nous souhaitons aussi favoriser, développer et accompagner la démarche éco‐responsable de nos artistes.

20 emails par jour et par utilisateur représentent, sur une année, les émissions de CO2 de 1 000 km parcourus en voiture. 15


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L ' At el i er d u 1 7 j u i n 2 0 1 9

A

vec nos partenaires Irma, Cap Digital et Sacem Université, nous avons partagé ce diagnostic dans le cadre du OFF Futur.e.s, festival francilien de l’innovation numérique et durable. Près de 90 inscrits et une cinquantaine de participants ont assisté à cet atelier (artistes, managers, éditeurs, labels, producteurs de spectacles, festivals, formateurs…), où témoignages d’inquiétudes ou d’expériences ont côtoyé des questions pour agir.

Des acteurs de la tech (low tech, informatique responsable…) et de l’écologie (énergie, développement durable, responsabilité sociale des entreprises, ESS, économie circulaire…), sensibles à la démarche et engagés pour alerter sur les risques encourus et les leurres du green washing, nous ont éclairés quant à des solutions à moindres impacts. Pour nourrir les réflexions et les échanges, nous avions publié un manifeste ainsi qu’une liste de ressources d’études et de solutions durables. Nous ne pouvons que constater un manque d’indicateurs et de résultats à la fois sectoriels et transversaux pour prendre la pleine mesure des impacts causés par la filière. Cette première rencontre participative a permis de faire jour une volonté collective d’agir concrètement et rapidement, de construire un "secteur de la musique plus solidaire et durable". De nouveaux rendez‐vous sont programmés au MaMA Festival & Convention à Paris le 17 octobre et lors des Bis de Nantes en janvier 2020 pour le territoire national, mais aussi en Allemagne à Reeperbahn et Berlin .

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Vers une action transversale ?

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a filière de l'industrie musicale anglaise vient de lancer Music Declares Emergency, réunissant artistes, professionnels de l’industrie de la musique et organisations représentatives pour déclarer une urgence climatique et écologique. "Nous appelons les gouvernements et les institutions médiatiques à dire la vérité sur l’urgence climatique et écologique.

Nous demandons aux gouvernements d’agir dès maintenant pour inverser la perte de la biodiversité et atteindre l’objectif de zéro émission de gaz à effet de serre d’ici 2030. Nous reconnaissons que l’urgence est née des injustices mondiales et travaillerons à un change‐ ment systémique pour protéger la vie sur Terre. Nous reconnaissons l’impact environnemental des pratiques de l’industrie de la musique et nous nous engageons à prendre des mesures urgentes. "

Parmi les signataires : Warner Music Group, UMG, Sound Diplomacy, Featured Artists Coalition, the Association of Independent Music, Abbey Road Studios, 4AD, PIAS, Bella Union Records, Believe… Radiohead, Matt Black, Coldcut, Mick Hucknall, Bernard Butler, Beth Orton, Brian Johnstone, Caribou, Neil Hannon, Nick Mulvey, Fink, Hot Chip, IDLES, Imogen Heap, The Cinematic Orchestra, Lanterns on the Lake... Le futur Centre National de la Musique aura dans ses compétences celle de favoriser la contribution du secteur de la musique et des variétés à la mise en oeuvre de la politique en matière de protection e l'environnement et de développement durable. Ama propose que le CNM soit un catalyseur de notre démarche.

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Idles


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Les données, les études Live

Etude sur les pratiques environnementales des festivals. IRMA, 2011. Etude Événements & environnement, Les meilleures pratiques environnementales des festivals de musique, EneRis, 2011.

Supports et Streaming

Etude "The economic cost of recorded music: findings, datasets, sources, and methods", Matt Brennan et Paul Archibald, Glasgow, University of Glasgow, 2019. Article ”Streaming Actually Produces More Pollution Than Any Other Music Format, Report Finds", Daniel Sanchez, Digital Music News, 2019. Article "Is Streaming Music Dangerous to the Environment? One Researcher Is Sounding the Alarm, Jon Blistein, Rolling Stone, 2019. Greenpeace #ClickClean. "Vos apps sont‐elles écolos ?", rapport 2016.

Global & numérique

Rapports du GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat ou IPCC pour Intergovernmental Panel on Climate Change), à télécharger en anglais sur le site, en version résumée en français réalisée par Citoyens pour le Climat. Ouvrage, L'Âge des low tech. Vers une civilisation techniquement soutenable, Philippe Bihouix, Seuil, 2014. Page Babelio et bibliographie de l'auteur. Rapport, "Pour une sobriété numérique", The Shift Project, 2018. BD, Saison Brune, Philippe Squarzoni, Editions Delcourt, 2012. Séminaire, "Quel avenir pour le Web et le numérique à l’ère de l’Anthropocène ?", 14 décembre 2018, par Alexandre Monnin, philosphe du web, notamment directeur scientifique d’Origens Media Lab et membre de l'Institut Momentum. Laboratoire de recherches Origens Media Lab. Réseau Recherche, Innovation, Transition

Les propositions, les outils

Ouvrage, Le Management responsable du spectacle, Jean‐Claude Herry, IRMA, 2014. Guide pratique, basé sur les exigences de la norme ISO 20121 « Management responsable appliqué à l’activité événementielle » Herry Conseil / \[Annuaire IRMA] Projet Coal Paris et son centre de ressources art et écologie, Ressource0. Le Guide de l'énergie maîtrisée pour des festivals écologiquement responsables. [Annuaire IRMA] Institut européen de l'économie de la fonctionnalité et de la coopération (IEEFC) et son centre de ressources Festival We Love Green think tank, replays : https://soundcloud.com/we‐love‐green Replays Espace DD ‐ Visions durables pour la culture ‐ Bis de Nantes : https://soundcloud.com/chez‐dd Article, Pikip Solar Speakers, les sound systems de l’anthropocène, IRMA, 2019. Solar Sound System La Station E est son festival Cambiose Article, "À Montreuil, faire la fête, c’est bon pour la planète", Maureen Songne, Le Parisien, 2019. Atelier 21 Paleo Energétique

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