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LE PROJET POLAR présente…

IV Collection dirigée par M.Gilles Del Pappas


TABLE Préface……………………………………………………………………………………………………………… p.3 Une nuit imprévisible………………………………………………………………………… P.5 SING, Alan Man Kar

Traquée……………………………………………………………………………………………………………… p.8 FYFFE, Kadie-Ann

Tiraillé……………………………………………………………………………………………………………p.13 GRISON, Carine

Signalétique du meurtrier, un témoin géant……………… p.17 COUTURIER, Camille

Mortelle trahison………………………………………………………………………………… p.23 DEB, Vinayak

L’Homme en noir……………………………………………………………………………………… p.30 KONOPLYANSKAYA, Irina

Joyeux anniversaire !……………………………………………………………………… p.35 CHABERT, Chloé

Journal de Mathilde…………………………………………………………………………… p.42 ZIMECKA, Zuzanna

Fragrance d’été……………………………………………………………………………………… p.46 MUNSHI, Reshma

Drôle de bouillabaisse…………………………………………………………………… p.64 GALASSI, Alvaro

Dring !…………………………………………………………………………………………………………… p.68 JAIN, Sachin

Der Ablass…………………………………………………………………………………………………… p.72 LEVEN, Lydia

Coup de foudre………………………………………………………………………………………… p.76 KHOLER, Christina

Le corps n’est souillé que si l’âme y consent……… p.80 FRANKLIN-JOHNSON, Elizabeth

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PREFACE Le noir sied à Marseille… Par Jean Contrucci

Cette ville est une éponge. Elle avale tout. Elle accueille à bras ouverts. Il suffit ensuite de la presser et elle restitue ce qu’elle a reçu avec une générosité jamais prise en défaut. Depuis qu’elle est née, voici 2600 ans sa fonction semble être de fabriquer des Marseillais avec tous ceux qui viennent, pour un an, pour dix ans, pour toute la vie, poser leur sac sur son rivage. Qu’ils arrivent du village à côté ou du bout du monde. Je viens une fois de plus de le vérifier en rencontrant les étudiants étrangers d’Euromed MarseilleEcole de management. Les voilà, par la grâce d’un projet innovant autant qu’audacieux, qui porte un nom claquant comme un titre de la Série Noire – Black Marsiho – transformés en écrivains de polars. Et pour qui ? Pour l’amour d’une ville qui – comme tant d’autres avant eux - les fascine, les intrigue, les enthousiasme, les agace, les exaspère, mais ne les laisse jamais indifférents. Je ne saurais oublier le rôle prépondérant qu’ont joué dans cette belle aventure Catherine Fabre, responsable du projet et mon complice Gilles Del Pappas, promus au rôle de « conseiller technique » et ambassadeur bénévole d’une ville qu’il aime et connaît entre toute. Au passage, qu’on me permette de saluer pour les saluer fraternellement, les étudiants français d’Euromed, qui ont spontanément coiffé la casquette de coaches, pour materner, guider, conseiller, entourer, leurs camarades étrangers en les aidant à apprivoiser les pièges linguistiques et les dédales grammaticaux d’une langue exigeante et difficile : la nôtre. Ce français qu’au lieu d’ânonner à l’aide de manuels scolaires de glossaires et de dictionnaires bilingues, ils ont avec l’audace et l’enthousiasme de la jeunesse, pris à bras le corps par le biais de l’écriture. En s’appropriant ses tournures, sa musique, son vocabulaire, sa sémantique, les voilà – ces garçons et ces filles « venus d’ailleurs » - qu’on le veuille ou non - promus au rang d’écrivains français, le temps d’une nouvelle noire inspirée par la face cachée de la plus lumineuse des villes de France : Marseille. De cette rencontre passionnante est né Black Marsiho 4, où chacun, selon son tempérament a restitué ce que cette cité singulière, pendue au ventre de la France comme une breloque baroque, mais les yeux toujours tournés vers le large, ville de tous les contrastes, mélange incomparable de pesanteur et de grâce, de beauté et de sauvagerie, leur avait inspiré. A tous, bon vent, sur le grand vaisseau de la littérature noire, dont moussaillons débutants ils ont eu le culot de hisser le pavillon à tête de mort pour notre plus grand plaisir. Ils sont des nôtres, désormais.

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ème

Voici le 4

volume de notre collection !

Comme dans les précédents, les étudiants internationaux ont relevé le défi de progresser en français par le biais de l’écriture de nouvelles noires. Tout d’abord hésitants, ils se sont laissés emportés par la puissance créatrice de Gilles Del Pappas et guidés par l’expertise de nos étudiants français. Leurs nouvelles sont riches des rencontres qu’ils ont faites, riches des difficultés qu’ils ont surmontées, des problèmes qu’ils ont résolus. Bref, elles ressemblent fort à leur vie future de manager ! Sans aucun doute se souviendront-ils pour toujours de ce galop d’essai dans une école de management à Marseille….Euromed, Marseille, Ecole de management….

Mme. Catherine Fabre Tutrice du projet

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Une nuit imprévisible SING, Alan Man Kar Monsieur Alan Man Kar Sing est né au Brésil en 1986. Il est d’origine chinoise et aime bien jouer du poker et il y joue depuis trois ans. Il est étudiant en gestion d’entreprise au Brésil et est en train de faire un double diplôme à Marseille. Il rêve de jouer aux États-Unis dans le plus grand tournoi que s’appelle ‘World Series Of Poker’.

Il s’assied autour de la table. Six personnes sont déjà installées, il n’en connaît aucune. Le bruit des jetons se heurtant, la fumée qui vient des cigarettes des deux joueurs, les respirations fortes, les yeux fixés sur les cartes que le croupier met sur la table, il connaissait bien tout cela. Il joue à ce jeu là depuis 5 ans. C’est en partie à cause du poker que Patrick, un jeune homme de vingt et un ans, a arrêté ses études. Il a les cheveux noirs, une haute stature mais depuis qu’il a commencé à jouer au poker, il a grossi de quelques kilos ayant arrêté de faire des activités sportives.

C'est un jeu très simple à apprendre mais pour le maîtriser il faut des années d'expérience. Il a commencé à jouer, comme la plupart des jeunes joueurs, sur Internet. Patrick est très bon en mathématiques, une nécessité dans ce domaine, et il a une pensée rapide. Si vous ne connaissez pas toutes les possibilités de vos cartes, vous ne pouvez pas prendre une décision correcte dans les moments critiques.

Bien que manquant d'expérience, Patrick pense tout savoir sur ce jeu. C'est pourquoi il s'assoit là, jouant tous ses fonds. La plupart des gens croient à tort que c’est un passe-temps où seule la chance compte. Cependant ce qu’il ignorait, c’est que cette chance là était sur le point de changer cette soirée.

Chaque joueur commence par vingt-cinq mille euros et le gagnant prend tout l’argent, ce qui signifie que celui qui remporte les mises, gagnera cent cinquante mille euros. Le cœur de Patrick bat fortement mais son visage ne trahit pas sa crainte. Il est sûr qu'il peut les battre tous. Tout ce dont il a besoin pour tout emporter, c’est d’une bonne main.

Enfin sa patience semble le récompenser. Il a reçu une paire d’as et il avance beaucoup. Le seul homme qui paie pour continuer est un homme que l’on appelle Monsieur Hansen et c’est 6


précisément celui que Patrick craint le plus. De tous les joueurs présents, il est le seul dont Patrick ne saisit pas la logique. Un vieil homme qui a environ cinquante ans et qui ne semble pas être inquiété par l’argent. Par conséquent, Monsieur Hansen joue sans crainte.

Patrick est confiant parce qu'il a la meilleure main. Le croupier dépose les cartes sur le tapis.

Monsieur Hansen, selon son habitude agressive avance cinq mille. Patrick s’étonne parce qu'il possède à ce moment-là, une des mains les plus fortes possible. Pensant que c'est un bluff pur, Patrick non seulement paie cette mise, mais ajoute gros, à son tour de bluffer.

La carte suivante sort.

Patrick oublie de respirer parce que maintenant il a presque une main invincible, presque...

Pourtant, Monsieur Hansen inflexible, rajoute dix mille euros. Patrick regarde sa pile d'argent. Il a toujours environ vingt-cinq mille. Il regarde Monsieur Hansen et semble voir une lueur d’incertitude. Le jeune joueur analyse les cartes sur la table et conclut que sa main, un full, est meilleure que la sienne. C’est pourquoi Patrick décide de jouer le tout pour le tout et de suivre.

Le croupier met la dernière carte sur la table.

Monsieur Hansen parie encore, cette fois il oblige Patrick à mettre tout son argent pour rester dans la partie. Sans hésiter, Patrick paie ce dernier pari et montre ses cartes, confiant.

Monsieur Hansen apparaît surpris voyant les cartes de Patrick, puis lentement il tourne ses cartes.

Patrick regarde fixement ces cartes et sa respiration s’arrête, son cœur bat de tristesse, il a juste perdu tout son argent.

La dernière carte donne à son adversaire une quinte flush…

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Traquée ! FYFFE, Kadie-Ann Kadie-Ann Fyffe, 23 ans, a vécu les dix-neuf premières années de sa vie en Jamaïque. Elle aime beaucoup découvrir des nouvelles cultures, et quand elle ne voyage pas, passe son temps plongée dans la lecture ou en compagnie de ses amis. Bien sûr, son genre littéraire favori est le roman policier.

Marie descend la Canebière rapidement. Ordinairement, elle est fascinée par cette rue qui termine abruptement dans l’eau. Pendant la nuit, elle a l’habitude de s’arrêter quelques instants afin d’admirer les bateaux, qui, sous la lumière, et suivant le mouvement des vagues, ont une apparence enchantée. Mais pas ce soir. Tournant à droite, elle a juste quelques secondes pour jeter un coup d’œil en arrière. Elle le voit. Oui, c’est lui. Cette fois-ci elle en est sûre. Il la suit ! Il est à quelques mètres derrière elle. – Merde. Elle accélère, tourne à droite, et passe juste à coté du métro Vieux Port, Place Péri. C’est fermé, elle le sait. Si c’était ouvert, elle n’aurait pas été dans cette situation. Mais à cette heure-ci, il n’y a plus de métro et elle est obligée de rentrer à pied. Son cœur bat vite. Dans ces conditions, impossible de penser clairement. Elle essaie de se ressaisir. Son plan maintenant c’est de regagner la Canebière, la remonter et se réfugier à la Police. Elle espère qu’il ne se rendra pas compte de son changement de direction.

Bizarrement, les paroles d’une chanson lui viennent à l’esprit. « Don’t worry about a thing, ‘cause every little thing is gonna be alright… »1. C’est une chanson de Bob Marley, le reggaeman. Mélomane, Marie apprécie tous les genres musicaux ainsi que la majorité des chanteurs. Mais pour elle, ce jamaïcain est un homme à part. Et quand il s’agit de lui, elle est beaucoup plus qu’une simple fan – elle adore cet artiste, possède tous ses albums et connaît toutes les chansons par cœur ! « Don’t worry… » Elle soupire tout en songeant à l’ironie de la situation et murmure doucement « J’espère que tu as raison Bob ». Chose curieuse, elle trouve du réconfort dans ces paroles, et parvient même à sourire. Mais ce n’est que passager – les bruits de pas qui s’approchent suffisent à lui faire oublier le chanteur, ses

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Ne t’inquiète pas, parce que tout va bien se terminer.

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chansons et le monde musical. Désormais, son attention ne se porte que sur une chose : sa mort inévitable !

Elle pense à la première fois qu’elle a vu le type. C’était il y a quelques heures. Elle était sur le cours Estienne d’Orves se dépêchant de retourner à son cabinet après avoir déjeuné avec des amis. Ils avaient beaucoup rigolé, et comme d’habitude, elle était en butte aux plaisanteries. – Marie, tu sais, j’attends impatiemment le jour où ils ajouteront un concours gros mangeur aux JO. Tu le gagneras haut la main. – Que le serveur vienne vite prendre les assiettes avant que tu ne les manges ! Elle éclate de rire devant les blagues de ses amis qui se moquent d’elle et de son appétit. Quelquefois, ils rient de ses peurs injustifiées et de sa paranoïa. – Fais gaffe, Marie, quelqu’un te suit ! Ah non. C’est juste ton ombre. Mea-culpa !

Le repas était excellent. Elle avait mangé une superbe bouillabaisse – la spécialité marseillaise, et avait un peu bu. Cette combinaison était la formule magique pour lui faire oublier tous les problèmes liés à sa vie quotidienne. Et elle en a beaucoup. Marie travaille dans un grand cabinet d’avocats exerçant un métier que lui plait énormément. Mais il y a quelques semaines, un des avocats a été menacé par un client mécontent et, depuis ce moment-là, elle a peur de tout. De plus, sa voiture est en panne depuis deux jours. Et hier soir, sa belle-mère, qu’elle ne supporte pas, a appelé pour dire qu’elle allait venir passer une semaine à la maison. « Rahtid ! »2 Cependant, avec le vin, ça allait beaucoup mieux. Très heureuse – et surtout distraite, elle rentrait au travail. C’est à ce moment-là qu’elle le vit. Il était très bizarre. Non, c’était plus que ça. Affreux. Il était comme un puzzle mal complété. Tout semblait être chez lui en ordre inverse – méli-mélo – tout placé de travers. Grand, imposant, avec une petite tête, il portait des habits trop courts pour lui. Un enfant dans un corps d’homme, voilà à quoi il faisait penser. Du moins jusqu'à ce qu’elle remarque un grand tatouage de tête du mort sur son bras gauche. Quand elle vit le dessin, elle se mit à trembler, malgré le fait qu’il faisait presque 30º. Pourquoi ? Elle n’en sait rien. Décidément ce type était inquiétant.

Peu après cette premier rencontre, Marie cru l’apercevoir non loin de là où elle travaillait. « Deux fois en un seul jour ? Mais non, ce n’était pas lui. » Elle rit. « J’ai vraiment trop bu.» 2

« Zut! » en jamaïcain.

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Mais maintenant, regardant en arrière encore une fois... Ce n’est ni la paranoïa, ni son imagination, ni le vin. Monsieur tête de mort la suit !

Elle panique et accélère de nouveau. Cependant, n’étant pas très sportive, le verbe « accélérer » pour elle ne signifie pas grand-chose. Vite, Marie commence à sentir la fatigue. Elle n’arrive plus à garder son sang-froid, et oublie complètement que son plan d’origine était de regagner la Canebière. Elle tourne à droite puis à gauche et se retrouve dans un quartier qu’elle ne connaît pas. A vrai dire, elle est perdue comme dans un labyrinthe dont elle ignore la sortie.

Pendant tout ce temps, son prédateur, malgré son immensité, fait preuve d’une grande agilité, et vite il réussi à réduire la distance entre lui et sa proie. Elle tourne la tête et voit qu’il essaie de retirer quelque chose de sa poche. « Une arme ! » Elle est sûre de distinguer la crosse d’un pistolet. Son père en possédait un identique et s’entraînait à tirer sur des cannettes de bière, quand elle et sa famille passaient des vacances à la campagne. Si seulement elle avait appris à tirer ! Mais en tout cas, à quoi bon savoir tirer si l’on n’est pas armée.

Maintenant elle court.

Elle entend du bruit, comme si son agresseur essayait de lui parler. Elle n’arrive pas à distinguer les mots, et peu importe. Elle n’a aucune envie de découvrir ce qu’il a à lui dire. Marie commence à pleurer de panique, ce qui n’arrange guère sa situation. Car outre le fait qu’elle soit fatiguée, son mascara, qu’elle avait si soigneusement mis le matin, commence à couler. Mélangé avec ses larmes, ça fait mal aux yeux et elle ne voit plus clairement. Elle court aveuglement, et ne voyant pas le trou dans le trottoir, tombe lourdement. Une douleur horrible traverse son corps. Elle a une cheville foulée. Elle regarde derrière elle et voit la tête de mort s’approcher. Une fois de plus, l’homme essaie de retirer l’arme de sa poche, tout en bredouillant des mots incompréhensibles. « Son rituel de guerre ! »

Poussant un cri désespéré, Marie parvient à se lever. Lui est déstabilisé par ce soudain changement. Elle en profite. Rassemblant toutes ses forces, elle le pousse violemment. Il chancelle. Malgré sa jambe endolorie, elle commence à courir boitillant aussi vite qu’elle peut. Elle prend une autre rue et réussi à le distancer. De temps en temps, elle regarde derrière elle pour se rassurer. Pourvu qu’il ne la rattrape pas. Elle croit être hors de danger quand soudain, elle lève les yeux et remarque que la rue est un cul-desac. 11


– Je suis cuite ! Marie, épuisée et complètement désespérée, s’arrête net. Elle sait qu’elle est condamnée à mort. Elle tourne la tête et se retrouve face à face avec l’assassin. Il la bloque de son corps démesuré. Elle est un animal piégé. Comme à chaque fois, il recommence à chercher quelque chose dans sa poche. « Le pistolet ! » pense-t-elle.

Elle ferme les yeux, attendant le pire. Elle imagine dans quel état les policiers allaient trouver son corps le lendemain... s’ils le trouvent ! « Qu’il me tue vite » elle prie silencieusement, en attendant le coup de feu. Quand elle était petite, sa grand-mère est morte après deux ans de maladie. C’était long et douloureux et depuis ce moment-là, elle a toujours souhaité mourir vite. Elle garde les yeux fermés. Rien ne se passe. Elle attend. Toujours rien. « Dépêchez-vous ! » Lentement elle ouvre un œil, puis le deuxième. Il est toujours là, un objet dans la main. Il le secoue d’une façon maladroite, tout en bafouillant quelques mots : « M… ma… mamama…demoiselle » En fait, il est bègue. Elle ne comprend rien. Son angoisse augmente. Son regard se pose alors sur l’objet qu’il lui tend. Il respire profondément et visiblement avec beaucoup d’effort dit : – V…v…vous avez perdu v…votre portable.

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Tiraillé GRISON, Carine Française, étudiante à Marseille, passionnée d’histoire et de littérature.

« J’en peux plus de sa musique. En plus je ne comprends vraiment pas pourquoi il aime ce genre de truc : la musique est instrumentale, agressive, les paroles sont vulgaires et souvent tout aussi agressives que la musique. Mais bon on ne va pas lui demander pourquoi il aime ça parce qu’il me sortirait un ces grands laïus sur le RAP et ses mérites. Moi je n’aime pas et le pire, je crois, c’est que lui je l’aime encore moins, vraiment je le déteste : encore il n’y aurait que la musique qu’il écoute, mais en plus de ça monsieur s’essaie lui-même à cette musique alors voilà qu’il chante, qu’il crie, qu’il s’imagine en concert devant une foule en délire et tout ça dans notre petit 60 mètres carré où deux personnes tiennent à peine. Non vraiment ce n’est plus possible... »

-

T’as fait quoi alors hier soir ?

-

Ben ma femme adore La nouvelle Star, alors j’ai dû, bon gré mal gré, regarder cette super émission ! Mais bon, je reconnais qu’il y a de quoi se marrer…Sinon, tu sais pourquoi on est là ? Enfin, tu sais ce qui nous attend ?

-

Ben écoute on m’a juste dit qu’un type, genre étudiant, avait été retrouvé mort dans son appartement et qu’il est couvert d’hématomes. Sinon j’en sais pas plus…

-

Bon, et bien on va voir ça. C’est où ?

-

C’est là justement, au cinquième à droite !

-

Alors le voilà…Effectivement il est salement amoché. Bon, pendant que le légiste l’examine, faisons notre travail. Tu prends la chambre ?

-

Tu veux pas qu’on le fasse ensemble ? Je m’ennuie tout seul.

-

Ouais ca me va, ben je peux déjà te dire que notre défunt ne vit pas seul !

-

Pourquoi ?

-

Regarde ! Il y a deux lits, deux armoires et deux bureaux. Enfin je ne sais pas si on peut appeler ça un bureau puisqu’il est entièrement recouvert de CD, de partitions. En tout cas,

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comparé à l’autre bureau, tout bien rangé avec un classeur de maths. et un de physique chimie, il n’y a pas photo ! Il y a bien deux personnes qui vivent là-dedans ! -

Si l’on ajoute à ça le fait que le mort soit recouvert de coups, on peut penser que les deux colocs ce sont battus.

-

A ton avis à qui appartient le bureau en désordre ? Le mort ou l’autre ?

-

On va le savoir tout de suite, il y a une photo…et c’est bien… notre cadavre, regarde comme c’est attachant : le père et le fils en blouses de chimiste avec les magnifiques lunettes de laboratoire, on voit à peine son visage d’ailleurs.

-

Moi de mon côté je peux simplement te dire que si le meurtrier présumé est le fan de Rap, ce serait bien qu’on trouve une photo de lui…

-

Messieurs ?

-

Oui mademoiselle je peux vous aider ? Vous cherchez quelqu’un ?

-

Euh…Je viens voir mon copain, vous êtes qui ?

-

Nous sommes des policiers chargés d’une enquête. Vous reconnaissez ce jeune homme sur la photo avec son père ? C’est votre petit ami ?

-

Ben on voit pas grand-chose. Mais c’est sûr que ce n’est pas mon copain puisqu’il n’a plus aucun contact avec son père et il ne s’habillerait jamais comme ça !

-

Il écoute quoi votre petit ami comme musique ?

-

Du Rap, il ne jure que par le Rap, c’est un rappeur.

-

Vous ne savez pas où il est ?

-

Nan j’étais censée le retrouver ici.

-

Savez-vous quel rapport il entretenait avec son colocataire ?

-

Il n’a pas de colocataire !

-

Comment ça ? C’est impossible, vous voulez dire qu’il vit seul ici ?

-

Ben oui… En tout cas, il ne m’a jamais dit qu’il avait un colocataire et je n’ai jamais vu personne, à part lui, dans cet appartement.

-

Alors comment expliquez-vous les deux lits et les deux bureaux ?

-

Ah ça ! C’est qu’il loue cet appartement et qu’il l’a eu comme ça, il m’a dit qu’il avait la flemme de changer quoi que ce soit.

-

Bon. Avait-il un comportement étrange ces derniers temps ?

-

Un comportement étrange ? Oh vous savez c’est un type bizarre mais c’est pour ça qu’il me plaît, il est unique. 15


-

Pouvez-vous nous donner des exemples du caractère étrange de cet être unique là ?

-

Ben je sais pas trop. Oui, il met toujours du temps à ouvrir la porte… et quand il l’ouvre, on a l’impression qu’il vient de s’habiller. Je sais pas si ça vous aide.

-

Quel type de vêtement porte-t-il ?

-

Style rappeur américain, des vêtements larges quoi.

-

Pouvez-vous regarder dans les deux armoires et me dire quels sont les vêtements qui appartiennent à votre compagnon ?

-

Ca, ça, ça, ben ceux-là sont à lui.

-

Et les autres ?

-

Nan, c’est sûr, ça ne lui appartient pas, ce n’est pas du tout son style, il vous dirait que ça fait petit bourgeois.

-

Avouez que c’est étrange deux lits, deux bureaux, deux armoires avec des vêtements de style complètement différents mais vous nous dites qu’une seule personne vit ici.

-

Ecoutez, je vous dis ce que je sais à savoir que mon copain m’a toujours dit qu’il habitait seul et je le crois parce que je n’ai jamais vu quelqu’un d’autre que lui ici. Je peux y aller maintenant ?

-

Attendez, qu’est-ce que vous voulez faire ?

-

Appeler mon copain pour savoir où il est.

-

Appelez-le maintenant et devant nous.

-

Ca sonne ici !

-

On dirait que c’est dans la pièce à côté, où il y a le médecin !

-

C’est mon copain.

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Signalétique du meurtrier : un témoin géant COUTURIER, Camille Je m’appelle Camille Couturier et je viens de Grenoble, (je kiffe le chocolat et les bonbons) Je suis arrivée il y a huit mois à Marseille. Etudiante en première année.

(…) Tu te moques de toi et comme le feu de l’enfer ton Rire pétille Les étincelles de ton rire dorent le fond de ta vie C’est un tableau pendu dans un sombre musée Et quelquefois tu vas le regarder de près (…) Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie Ta vie que tu bois comme une eau-de-vie Apollinaire, Alcools

Nom : Mavelle

Prénoms : Antonin, Max Nationalité : Française Sexe : M Taille : 1,80 Couleur des yeux : verte Date de naissance : 02/12/1978

Lieu de naissance :……

Lieu de naissance…. Je suis né où déjà ? P….où c’était ?p…. Resservez-moi, je vous prie ?

Tapis dans la pénombre d’une alcôve, il s’adonnait à sa nouvelle passion : l’absinthe. Machinalement, il lisait et relisait sa carte d’identité pour se donner l’illusion de ne pas avoir envie de se perdre.

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Arrivé depuis peu à Marseille, le désespoir de sa rupture n’avait pas tardé à le conduire, comme un automate, jusqu’à la porte de cet appartement clandestin à l’orientale. Relativement bien décoré, à son goût ; pas un de ces « lounge » arborant des meubles en kit impersonnels. « Des saletés de meubles qui n’ont pas souffert », se dit-il. « Ici, j’ai au moins le privilège de croire que je suis pas le premier alcoolique à occuper ce siège. Ni le dernier d’ailleurs. Il y a une sorte d’humanité » Ne cessant d’apostropher les serveurs, il se dégageait de son être une certaine douceur et une profonde mélancolie. « Il est confortable ton mobilier… euh… c’est quoi ton nom déjà ? Hey, serveur ! Si je les faisais expertiser, je suis sûr que certains valent au moins autant que le Louis-Philippe de la dernière vente, et… » « Voilà votre bouteille l’antiquaire. » Le serveur le dévisage : « une bonne nuit ne vous ferait pas de mal à vous… On peut vous faire raccompagner ? » « Simple folie mon brave ! Simple folie… Ne t’inquiète donc pas pour moi ! ». D’un geste mal assuré, il balaye la proposition et manque de s’étaler au sol. « à bientôt l’ami ! » -« à demain l’antiquaire ! »

Il sort. Il met du temps à réaliser qu’il marche « effectivement » dans la rue : le temps qu’une rafale de mistral ne vienne ramener devant ses yeux une broussailleuse mèche bouclée. Il se dirige vers chez lui en titubant : « Je suis pas fatigué, je veux pas rentrer, j’en ai marre de cet appartement vide et sinistre. » D’un pas nonchalant, il remonte en marmonnant la rue Stanislas Torrens en direction de Vauban. Il habite là-haut. Un simple deux pièces avec parquet ; assez modeste, certes, mais il remplit tous les critères spartiates d’un misérable trentenaire en mal d’amour : une douche, un lit, un frigo.

« Ca change de l’ambiance kitch et Feng-shui de la morue !» avait-il lâché, sourire en coin mais le cœur serré au moment de signer le bail. A ce moment précis, il avait croisé le regard compatissant du propriétaire, celui qui lui fît comprendre à quel point il s’enfermait dans une passion destructrice, mais surtout à quel point il était abruti.

« La morue. Je l’avais bien pêchée pourtant ; j’aurais dû resserrer le filet »

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Ah ! Mais qu’importe ! Je suis là. Ici-même. Et je n’ai pas sommeil. Et je suis tout à fait capable de faire des choses sans elle. J’ai une vie, moi ! Non mais. » Il lève les yeux et rencontre une chose dorée. « Ah ! La Bonne-mère ! Cette p… par qui ils ne cessent de jurer ! Toutes les mêmes ! Tu vaux pas mieux toi là, avec ton mioche ! L’immaculée conception, tu m’en diras tant ! »

L’alcool est son carburant, sa bouche un vieux pot d’échappement rouillé d’où sort toutes sortes d’imbécilités - mais surtout une vieille odeur d’anis qui dépasse largement les 51°. Avec la détermination de l’ivrogne, il se dirige vers Notre-Dame de la Garde.

*

*

*

Arrivé à l’entrée du jardin, il constate que la grille est fermée. Pris d’un élan de motivation, il entreprend de la franchir : c’est chose faite. Il se relève difficilement mais ne sent pas la douleur. Un sentiment de toute-puissance s’est emparé de lui. Il avance tête baissée et monte unes-à-unes en courant les marches du jardin qui surplombe la cité phocéenne.

Il ponctue ses pensées, ou plutôt elles se ponctuent d’elles-mêmes de petites « phrases souvenir » des poèmes d’Apollinaire : « je suis ivre d’avoir bu tout l’univers (…) » Il crie : « Ecoutez-moi, je suis le gosier de Marseille ! Et je boirai encore s’il me plaît l’univers. Ecoutez mes chants peuple de grecs ! ». Hors d’haleine, il s’arrête et se courbe.

Repensant à sa femme, il se met à rire à gorge déployée, un rire de fou, sans raison aucune ; un rire dérangeant. Caché derrière un arbre aux branches interminables, un autre ami de la bouteille l’observe en coin. Cet ivrogne-bis se dissuade immédiatement de l’approcher, se recroquevillant au pied de l’arbre : « Malheur, le fada, il a l’air encore plus attaqué que moi ! » c’est en effet de lui que les gens avaient l’habitude de se cacher.

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Antonin a chaud, il hôte sa chemise et se rend sur le parking. Il ne rit plus mais un rictus amer est gravé sur le bord de ses lèvres. Le mistral souffle fort ce soir-là. La lune est pleine. Il regarde vers le large et cherche à deviner la mer.

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« pas une clope ? » Antonin sursaute et se tourne : l’ivrogne. « hein ? » « j’ai dis : pas une clope ? » « non » « alors c’est quoi ça ? » l’ivrogne-bis désigne la poche arrière du jean de son interlocuteur.

Loin d’avoir noté le calme soudain d’Antonin, il vient surtout à sa rencontre par intérêt. Ses habits sont sales, ses mains aussi. Ses traits reflètent une vie d’excès et ses manières auraient, en temps normal, effrayé l’antiquaire. Par réminiscence de cette sobre tendance, l’antiquaire lui lance négligemment le paquet. Il atterrit dix mètres plus loin, porté par le vent. « Vas le chercher si ça te dit tant que ça ! » Le toisant avec un air de défi, il attendait une réaction. Il avait envie de violence. D’une bagarre. D’une libération. L’échange de regard dura une, deux minutes. De toute façon, pas un des deux n’avait encore la notion du temps. Seule comptait la domination. Le respect. La force et le sang. L’ivrogne-bis sourit et dévoile une dentition répugnante puis lui crache au visage ; Antonin est dégouté.

En l’espace de quelques instants, un parfait inconnu venait de devenir l’incarnation même de ce qui le révulse et de tout ce qui le salit. Fou de rage, il s’avance et frappe.

*

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Il fait chaud. Allongé, l’antiquaire ouvre un œil et découvre le soleil : l’aube se lève. Difficilement, il arrive à s’asseoir.

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Il se prend la tête dans les mains : un mal d’une violence inouïe fait trembler ses tempes et lui oppresse le visage. Il a soif. Regardant alentour : « Qu’est ce que je fais là ? » il se lève. Réalisant qu’il est torse-nu, Antonin a un flash et voit se dérouler quelques scènes de sa soirée : le bar, le vent, ici et… ses cigarettes ; où étaient-elles ? Il regarda dans ses poches afin d’être sûr de sa théorie. Rien. Il y avait quelqu’un d’autre, il en était sûr. Qui était-ce ? Que s’est-il passé ? Pensant à son ancien amour, il se dit que jamais –à cette époque- il n’aurait pu se réveiller dans des conditions aussi obscures. « Encore une fille de passage » se dit-il. Antonin commence à descendre, à se diriger vers chez lui. Son pas est lent, hésitant. Quelques mètres plus loin, il fait une rencontre inattendue : son tee-shirt. Il le ramasse, puis continue. Chemin faisant, ses yeux se ferment à force de les plisser : son état de fatigue ne lui permet pas de lutter contre le soleil. Il descend les marches. Quelque chose le fait trébucher : Antonin tombe à genoux. Il met du temps à se relever. Il aperçoit ses mains : elles sont tachées de sang séché. Tournant la tête il aperçoit un pied, puis un corps étendu en travers du chemin. Pris de panique, il avait compris.

Au-dessus de lui et rayonnante, Notre-Dame de la Garde avait été le seul et unique témoin de sa folie, ce qui n’avait pas l’air de l’avoir choquée le moins du monde.

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Mortelle trahison

DEB, Vinayak Vinayak Deb est étudiant Indien à Euromed Marseille. Il vient de New Delhi et prépare un M.Sc Business Management à Euromed. Vinayak s’intéresse généralement aux langues étrangères. Il a choisi de participer au projet Polar pour cette raison. Il aime voyager et rencontrer les gens de pays et de cultures différentes. Il a choisi la France pour faire ses études, afin de découvrir sa culture et sa langue.

Elle a posé ses pieds sur le rebord. Elle se penche et voit en bas les voitures qui paraissent des jouets. Jeanne ferme les yeux, respire profondément une dernière fois et fait un pas dans le vide…

Marseille, hôpital de La Timone. Service des urgences. Deux médecins en blouse blanche sont penchés au dessus du lit d’un homme grièvement blessé. Le moteur du scanner tourne à vide. Ils se relèvent. Le plus vieux dit d’un ton las « C’est fini, on a fait ce qu’on a put. » Il éteint la machine d’un geste sec et précis.

Jeanne vole vers le sol. La terre se rapproche, de plus en plus vite. Elle se rend compte alors de ce que les oiseaux éprouvent. Une sensation de liberté absolue, de légèreté. Son esprit vagabonde, elle se souvient…

…Elle se souvient de cette nuit-là. Serveuse au Shambala, le restaurant Indien du cours Julien à Marseille, elle avait fait la connaissance de Tony un soir de semaine où le restaurant, peu remplie n’accueillait presque que des habitués… C’est d’ailleurs pour ça qu’elle l’avait remarqué tout de suite…ce n’était pas un habitué.

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Dès le début, son aspect physique l’avait frappé. Silhouette plutôt trapue, mal rasé, des vêtements déchirés par endroit, son regard noir, profond semblait paradoxalement sérieux et engageant. Les traits de son visage apparaissaient sans défauts, contrastant avec cette silhouette étrange. Il attirait le regard et Jeanne fut immédiatement séduite par lui.

Jeanne se souvint des premiers moments qu’elle avait passés en sa compagnie… Il s’asseyait toujours à la même place, ne parlait jamais avec les autres clients….et venait seul. Un solitaire… Elle avait cette impression qu’il la regardait sans jamais oser lui adresser la parole.

Un soir, assis comme d’habitude, Tony surprit un groupe d’hommes en train d’importuner Jeanne. Ils étaient soûls, elle ne savait plus comment réagir, il est intervenu…c’était la première fois qu’elle entendait sa voix. Elle s’est attachée à lui, très vite….trop vite. Ce n’est que quelques mois après que Jeanne s’installa avec lui…sans finalement le connaître vraiment. Elle était bien, il la protégeait, la rassurait et lui offrait une stabilité sentimentale dont elle avait toujours rêvé.

Mais Jeanne allait bien vite déchanter. Elle s’était pourtant rendu compte que Tony n’était plus aussi attentif qu’avant, plus nerveux et préoccupé…tout ça n’était pas clair. Et le pire arriva : Un soir, Tony plus perturbé que jamais rentra à la maison et annonça sans détour : « La police me cherche. Je dois quitter Marseille» Il disparu.

Les jours, les semaines et les mois passèrent tristes et gris. Jeanne n’avait plus beaucoup d’espoir. Trop hantée par son image et les bons moments qu’ils avaient vécus au début, elle quitta son travail de serveuse au Shambala et décida de reconstruire sa vie. 25


Jeanne n’était pas une perdante. Ses parents lui avaient souvent répété de ne jamais baisser les bras ni de s’avouer vaincue. Une histoire d’amour qui finit mal ça c’était déjà vu…Jeanne allait remonter la pente!

Malgré cela, avec le temps, la solitude se fit sentir, elle voulait trouver quelqu’un avec qui partager, échanger et parler de ses chagrins. Le bistrot qu’elle commença à fréquenter était très connu, il était presque complet tous les soirs. Elle était sûre qu’ici elle pourrait rencontrer du monde, passer à autre chose et reconstruire sa vie. Paul fréquentait aussi régulièrement cet endroit. Jeanne le remarqua, il restait toujours avec la même bande d’amis, parlait tout le temps et riait beaucoup. Il était l’exact contraire de Tony : plutôt petit, bien habillé, bien rasé, la voix douce, et le regard clair, presque transparent. Très vite elle décida de s’intégrer et de parler avec eux, elle était venue là pour ça, et Paul lui plaisait. Tous les soirs ils se retrouvaient donc au même endroit. Ses plaisanteries et sa joie de vivre aidèrent Jeanne à oublier sa vie passée. Ils passaient leurs soirées à discuter et imaginer leur vie ensemble…une maison, des enfants, en somme un bonheur que Tony n’aurait jamais pu lui apporter. Avec Paul tout cela pourrait être une réalité.

Quelques mois après Jeanne reconstruisait sa nouvelle vie avec Paul. Tout lui semblait plus simple.

Ils s’étaient installés dans un petit appartement de La Plaine qu’ils avaient aménagé ensemble. Jeanne aimait ce quartier animé, plein de vie. Elle s’y sentait bien, Paul était attentionné et droit…elle était heureuse.

– Il est revenu à Marseille, il est revenu dans ma vie… –

Il pleuvait ce jour là sur Marseille; matin morose. Mais elle était heureuse. Elle ne pensait plus qu’au présent, au futur et ne voulait plus regarder en arrière… Le téléphone sonna.

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– Il est revenu à Marseille, il est revenu dans ma vie –

« Jeanne, je suis de retour, je veux te voir absolument. Je suis revenu à Marseille j’ai besoin de te voir. » « Tony ?? » « Je veux te revoir…rendez-vous demain…demain midi à St Charles »

Son monde s’écroulait. Oui, il s’écroulait à nouveau !!

Elle prit la décision de tout raconter à Paul, de se libérer de ce poids et de parler du passé. Elle savait à présent que Tony était parti car la police le recherchait. Il faisait partie d’un réseau de mafieux à l’époque où il vivait avec elle. Honteuse jamais elle n’aurait pensé en parler à qui que ce soit. Jeanne n’irait pas au rendez-vous. Sa longue conversation avec Paul l’avait convaincue. « Je vais aller le voir, je ne veux pas que tu replonge là dedans ou que tu prennes le risque de le revoir » Non, elle n’irait pas…

Le lendemain midi Jeanne est en train de cuisiner. Paul est sortit, elle veut lui faire une surprise et prépare un poulet tandoori, son plat favori. La télé est allumée. On entend à peine le présentateur parler des dernières nouvelles locales. Elle regarde d’un air distrait l’écran, tout en effectuant les gestes devenus si familiers lorsqu’elle prépare ce plat. Soudain, Paul apparaît à l’écran. - Paul ? Elle se précipite sur la télécommande et monte le son…

Jeanne ne comprend pas…

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Son amant interviewé par un journaliste. “Monsieur le commissaire, comment avez-vous su que le bandit Tony recherché activement, allé être aujourd’hui a la gare St. Charles?”

«Paul…un commissaire…» Jeanne reste consternée devant son écran, Paul parle d’elle à présent… «J’ai pu retrouver la trace du mafieux Tony et infiltrer le réseau grâce à sa compagne… »

Jeanne ne veut pas comprendre…ce n’est pas possible….trahie par celui qu’elle aime… Soudain tout disparaît, tout ce qu’elle avait construit, tout ce qu’elle allait construire.

Le désespoir laisse place à la colère, la rage. Jeanne ne pense plus à son malheur, elle veut juste se venger ne pensant qu’à la violence qui pourrait apaiser son chagrin. De toute façon elle n’a plus rien à perdre. Elle sait que Paul cache une arme… au cas où comme il dit souvent…mais jamais l’occasion ne s’était vraiment présentée. Elle ouvre la porte de la chambre. Elle s’arrête quelques instants dans l’encadrement et observe longuement cette pièce qu’ils ont décoré ensemble avec Paul, simple mais chaleureuse…c’est la pièce où Jeanne se sent le mieux dans ce grand appartement trop vide…ses yeux balayent la pièce et se posent alors sur la grande armoire, elle voit son reflet dans les glaces, elle reprend ses esprits…elle en est sûre: le revolver est enfoui là, caché dans une boite. Jeanne ne pense plus qu’à ça désormais: sortir l’arme…

Paul rentre quelques temps après, il voit Jeanne, l’arme dans ses mains agitées…il comprend…

On entend une première détonation…puis une seconde.

Paul se vide de son sang, elle enjambe l’homme agonisant sans même lui jeter un dernier regard.

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Elle ouvre la porte et monte les quelques marches qui la séparent du toit de l’immeuble….elle s’avance....se penche…

Elle vole…

On entend au loin les sirènes retentir…

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L’homme en noir

KONOPLYANSKAYA, Irina Je m'appelle Irina Konoplyanskaya. Je viens de l'Oural, c'est une chaîne de montagnes qui se trouve en Russie, à 36 heures de train de Moscou. J'ai 24 ans et ça fait 3 ans que j'habite à Marseille. Après avoir obtenu la maîtrise du français et de l'anglais en Russie, j'ai fait une licence de LEA à l'Université de Provence à Aix-enProvence. Pour continuer ma formation je suis entrée à Euromed Marseille. Je suis passionnée par le français et je m'intéresse beaucoup à la culture française. J'apprécie plus particulièrement la peinture (l'impressionisme) et la littérature classique (Maupassant, Zola, Hugo) ainsi que la poésie (Paul Verlaine, Alfred de Musset, etc.). J'étais pendant 4 ans membre d'un théâtre francophone "Perspective" avec lequel nous avons participé à plusieurs concours avec des pièces en français. Actuellement, en France, j'ai plus de possibilités de découvrir le pays et la culture: je voyage beaucoup dans différentes régions en France et en Europe. J'aime beaucoup Marseille, même si au début j'avais du mal à m'habituer à cette ville. Je trouve qu'elle a un charme particulier, un caractère très prononcé qu'on peut rarement trouver ailleurs.

Quand je tourne sur le boulevard Perrier, la voiture derrière, coincée dans l’embouteillage, se met à klaxonner. Je me retourne brusquement effrayée par ce vacarme. D’un coup j’aperçois la silhouette d’un homme tout habillé en noir qui disparaît presque aussitôt derrière un panneau d’affichage. Cela me paraît étrange, j’ai l’impression de l’avoir déjà vu. Je continue à marcher, un peu plus vite cette fois, bien que je ne sois pas en retard. Je m’arrête pour traverser la route et je l’aperçois à nouveau, juste à côté de moi. Pourtant, je ne peux pas voir son visage... Malgré le feu rouge, je cours vite entre les voitures qui freinent et klaxonnent à l’unisson. Je suis à deux pas de l’Alliance Française, là où je prends mes cours de langue. J’ouvre une porte lourde d’un vieux bâtiment et me sauve à l’intérieur. En cours, nous sommes à peu près une dizaine à avoir un bon niveau de français. Francesca, une jeune fille italienne, raconte encore une de ses histoires avec ce fameux accent chantant mélangeant le français et l’italien. Nous la comprenons à peine. Je m’ennuie, je ne pense à rien ni à personne…ça fait déjà deux mois…pas de projet, pas de rêve, pas de désir au milieu de cette ville inconnue. Je jette un regard par la fenêtre. Une ombre noire glisse derrière les vitres et puis se fond parmi les feuilles d’un platane géant. Est-ce que ce sont juste les reflets du soleil ou mon imagination malade ? 31


Pendant la pause-café, nous sortons prendre l’air sur le balcon. Au bout d’un moment, je demande à une autre fille russe : « Tu vois, là-bas, dans le café, l’homme tout habillé en noir ? » Elle ne comprend pas de qui je parle et quand je me retourne pour lui indiquer exactement l’endroit, il a disparu ! Pourtant, il y a encore quelques secondes, je l’ai vu de dos, assis à table. La peur grandit en moi. Après les cours, je retrouve mon chemin habituel. Чёрт! Этот тип всё еще здесь!* Il est près du kiosque de Provence, je vois sa silhouette disparaître derrière les portes coulissantes de la Pharmacie. Puis il est à l’angle de la rue…Je ne comprends pas pourquoi il est là et je n’arrive toujours pas à le voir de face. Je marche très vite. Sous le soleil brûlant du midi, tout à coup, son ombre longue se dessine sur le trottoir derrière la mienne. Je me mets à courir en bousculant les gens dans la rue. Je renverse un sac-poubelle sur mon passage et me heurte contre un panneau d’affichage. Affolée, je cherche un abri où il ne pourra plus me trouver. Je rentre dans une cabine téléphonique, j’appelle chez moi, en Russie 007 34 35… J’entends « bip, bip, bip, bip… » … C’est occupé. Je recompose le numéro et lève le regard du clavier…Je sens mon sang monter, j’ai des sueurs froides. Je le vois en face de moi à travers la vitre. Il est de plus en plus près. Je tiens la poignet de la porte qu’il essaie d’ouvrir avec force. Dans la panique, je cherche une solution pour l’arrêter et en terminer avec ce cauchemar. Le téléphone sonne « bip, bip, bip, bip… ». C’est toujours occupé ! De toutes mes forces, je jette le récepteur contre le verre de la cabine…

La vitre tremble, prête à se briser en mille morceaux. J’ouvre les yeux. Où suis-je ? Pourquoi mon cœur bat si vite ? Après quelques secondes d’hésitation, je suis rassurée : c’est toujours ma chambre, petite et peu confortable, sous le toit d’un vieil immeuble. C’était juste un cauchemar. Un de plus ! Les battants de la fenêtre claquent très fort. Le mistral plus violent que jamais est de retour à Marseille. Quand ce vent du nord envahit la ville, le va-et-vient nonchalant des marseillais s’arrête laissant place à de très rares passants, pressés de rentrer chez eux. Les cris stridents des gabians tournant en rond juste au-dessous du toit ressemblent étrangement à un rire lugubre. Je me lève d’un saut pour accrocher les volets et fermer la fenêtre. C’est plus calme maintenant. Mon regard glisse sur les murs décorés au hasard par les photos. Au hasard – c’est juste une impression, en réalité cet ordre est bien réfléchi. Chacune de ces photos a une place particulière dans ma vie. Ce sont mes souvenirs de Russie. Là, au milieu d’un tas de neige, on voit à peine les visages. Pourtant moi, je les connais par cœur, ce sont mes amis les plus proches de l’école. C’est une photo prise pendant notre sortie de classe en hiver. Sur l’autre, je suis avec mes parents qui ont l’air très fier de moi. C’est le jour d’obtention de mon diplôme à l’Université. Et puis, plus *

(russe) Zut ! Ce type ne me lâche pas !

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loin, une que j’aime particulièrement : toute la famille autour du feu avec une bonne grillade de poisson, dans un endroit sauvage perdu quelque part dans les forêts de l’Oural. Une semaine de vacances juste avant mon départ à Marseille. Mon départ dans la ville et dans le pays que je ne connaissais que d’après les images dans les livres. J’étais heureuse d’y partir, justement pour découvrir le pays dont j’adorais la langue. Mes premières découvertes n’étaient pourtant pas les meilleures : la gare Saint Charles en construction ressemblait à un bazar mal organisé, le Vieux Port était pour moi sans doute l’endroit le plus sale que je n’ai jamais vu, de nombreuses rues étroites surchargées de voitures semblaient être faites pour s’y perdre… Et puis cette chambre de bonne tout en haut d’un vieil immeuble, petite et peu confortable, donnant sur le corridor étroit et toujours noir qui liait l’escalier au le toit. C’est cette chambre qui est devenue le seul endroit où je pouvais me cacher. Me cacher de cette ville trop grande, qui n’était pas la mienne, de tous ces gens, qui m’étaient étrangers … Et surtout de cet homme tout habillé en noir qui me poursuit depuis mon arrivée. Il est toujours quelque part à côté, sans rien demander, sans faire quoi que ce soit. C’est lui que j’essaie de fuir. Je ne comprends pas ce qu’il veut et pourquoi il ne me laisse pas tranquille. J’ai peur à chaque fois que je le vois. Cette peur qui me ronge jour après jour et qui me laisse exsangue dès le matin… Je continue à regarder les photos. Une image me rappelle mon vingtième anniversaire : il y avait un énorme gâteau, des dizaines de fleurs et trop de monde ; il nous manquait des chaises et des couverts. Je regarde avec tendresse tous ces visages que j’aime : mes amis, mes parents, mes voisins... et puis, brusquement, j’aperçois quelqu’un juste derrière ma petite sœur, je ne le reconnais pas, je ne l’ai jamais vu sur cette photo ... L’homme en noir ! Le bruit dans le couloir me fait revenir à la réalité. Ce n’est pas vraiment un bruit mais juste un frôlement. Il y a quelqu'un derrière la porte ! Je n’ai jamais osé sortir sur le palier quand il faisait nuit. J’étais angoissée à l’idée de me retrouver seule dans ce couloir sinistre. Et pourtant, ce soir, j’ai le courage de tourner les clés et d’ouvrir la porte. Je ne vois rien pendant quelques secondes. Le temps que mes yeux s’habituent au noir. Je sens juste ce désagréable froid dans le dos et le battement accéléré de mon cœur. Je peux déjà distinguer une silhouette qui se dirige rapidement vers la sortie sur le toit. Il me fuit ! La porte s’ouvre, laissant entrer le mistral, elle se referme si violemment que l’écho se propage dans tout le couloir. Je vais enfin voir son visage ! Malgré une boule dans la gorge, je sors sur le toit. Encore un coup de vent très brusque me fait perdre l’équilibre, pourtant j’arrive à rester debout. Mes cheveux détachés partent dans tous les sens et me fouettent le visage.

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Les gabians poussent leurs cris lugubres, ils semblent être encore plus agités que d’habitude. Il est là, cet homme en noir qui me poursuit depuis longtemps. C’est la première fois que je le vois d’aussi près. Il est de dos juste au bord du toit. Sa voix grinçante s’envole avec le vent : -

Qu’est-ce que tu veux ?

-

Savoir qui tu es et pourquoi tu me poursuis ?

-

Je suis avec toi parce que tu le veux. Je suis ta créature, j’existe grâce à toi.

Cela n’a aucun sens, je ne le connais pas. Je n’ai qu’une seule envie : qu’il me foute la paix et disparaisse de ma vie. Il poursuit : -

Tu me connais. Je suis l’incarnation de ta solitude et de ta tristesse, je suis cette tâche noire qui affecte tout ton être. C’est grâce à moi que tu te sens encore plus seule, encore plus inutile, encore plus étrangère dans ce pays. C’est toi qui as choisi de voir ta vie à travers un miroir déformant.

Le vent balance mes cheveux dans tous les sens et sèche rapidement les larmes qui tombent sur mes joues. En quelques secondes les deux mois de mon séjour à Marseille passent devant mes yeux comme un film. -Tourne-toi ! Je veux voir ton visage et te regarder dans les yeux. -Es-tu sûre de ce que tu demandes ? Veux-tu vraiment découvrir qui je suis ? -Oui ! Je le désire ardemment ! Il se retourne brusquement. Une image horrible s’ouvre à moi : un homme sans visage ! Que le trou noir au milieu de la tête ! Avec un cri perçant je le pousse du toit de l’immeuble.

Je reste immobile. Le mistral se calme, je n’entends plus les cris des gabians. Le premier rayon du soleil semble apparaître à l’horizon. Je respire l’air et pense à cette journée qui va naître. Comment sera-t-elle sans peur et solitude ?

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Joyeux anniversaire ! CHABERT, Chloé Chloé Chabert, 22 ans, étudiante à Euromed Marseille Ecole de Management, aimant la littérature et tout ce qui se rattache au livre en général, se destine à un métier financier avant de, peut-être, se lancer dans le monde de l’édition.

-

Ferme les yeux Maman…tu promets ? Avance…doucement…attention, on arrive…attention à la petite marche ! avance, ça y est, j’ouvre la porte…garde les yeux fermés, hein ? Tu ne les ouvres pas !

Marc guide sa mère, qui comme demandé garde les yeux fermés. Sophie a 34 ans aujourd’hui, son fils lui a sans doute préparé une surprise mais quoi ? Pourquoi a-elle besoin de fermer les yeux ? Cela l’amuse. N’aurait-il pas suffit de bien emballer le cadeau afin qu’elle ne puisse le voir avant l’heure ? Elle est impatiente de savoir ce qu’il a préparé. Elle le sent excité depuis quelques jours, sans pouvoir deviner ce qui le met dans un tel état. Elle est maintenant dans le salon, elle le sait, elle vient de butter dans le canapé. Il est mal placé, il faudra changer ça ou quelqu’un finira par se blesser. Sophie avait toujours eu l’habitude de changer les meubles de place et ce, fréquemment. Comme pour changer d’univers, de vie ou alors pour fuir…

-

ça y est Maman, on y est, tu es prête ?

-

Oui, mon bouchon, je suis prête…Je peux ouvrir les yeux ?

-

Vas-y, ouvre !

Sophie ne la voit pas tout de suite. Il y a d’abord Violette, sa collègue et amie, debout devant tout le monde. Elles travaillent ensemble au bureau de poste de Ste Marguerite depuis toujours. Elle ne se souvient plus la date exacte de leur rencontre. Violette a un large sourire, on sent qu’elle a eu du mal à ne pas bondir lorsque Sophie est entrée dans la pièce, elle sautille sur place. Puis, à gauche, Pierre, l’homme qui partage sa vie depuis maintenant 4 ans ! 4 ans de bonheur, qui ont filé à toute vitesse…Il est le seul homme depuis la naissance de Marc à avoir su approcher Sophie sans la faire fuir et réussi à la garder près de lui. A côté, Marie, la sœur ainée de Sophie, une femme resplendissante d’une quarantaine d’année. Toutes deux ne se ressemblaient pour rien au monde : l’une blonde, l’autre brune,

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l’une grande, l’autre petite, l’une bavarde et optimiste, l’autre discrète quasi muette et d’un scepticisme à faire pleurer un clown…Marie était la première.

Elle balbutie : -

Vous êtes tous là ?

-

Oui.

Dans l’angle de la pièce, un peu à l’écart, une femme. C’est elle qui a dit oui. Petite, elle a de très beaux et longs cheveux, elle est habillée comme quelqu’un de soixante ans, très classique. On ne peut distinguer avec précision son visage, il fait sombre. Les rideaux ont été tirés pour la surprise. Sophie fait un pas, deux puis s’immobilise. Son sourire disparaît. Elle pâlit et ses jambes faiblissent. Son cœur semble vouloir rompre sa poitrine. Ça ne peut pas être elle ! Ça n’est pas possible ? Comment auraitelle osé ? Alors que les questions se font de plus en plus pressantes et viennent tambouriner sur ses tempes, la femme approche… C’est bien elle !

Après quelques secondes de battements, Sophie reprend ses esprits et c’est d’un ton glacial qu’elle demande :

-

Que fais-tu là ?

-

-

Qui t’a demandé de venir ?

La femme est émue, elle essaie de parler mais Sophie sèchement la chasse.

-

Tu n’es pas la bienvenue !

Elle sent la colère l’envahir. Elle devine dans son dos, le regard des quatre autres, surpris par la violence de sa réaction. Enfin, la petite femme en noir arrive à parler.

-

Mais Sophie, je suis Jacquie, ta mère, tout de même.

-

Ma mère ? Ma mère ! Oh non, tu n’es plus ma mère depuis bien longtemps !

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Elle est maintenant hors d’elle. Ses poings sont fermés et elle sent ses ongles, trop longs, entrer dans la paume de ses mains, elle aurait sans doute des marques. Sophie se retourne violemment et sort de la pièce en courant. Elle butte sur le canapé mais ne s’arrête pas pour le remettre en place.

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Marc s’approche de Jacquie, sa grand-mère. Il ne comprend toujours pas la réaction de sa mère. Il pensait au contraire qu’après toutes ces années, elle serait heureuse de la revoir. Il s’est trompé.

-

Pourquoi ne veut-elle pas vous voir ?

-

Oh ! tu sais, je lui ai fait beaucoup de mal lorsqu’elle était jeune. J’aurais du savoir qu’elle ne me pardonnerait pas comme ça, juste parce-que le temps a passé. Certaines blessures ne cicatrisent jamais…Ne t’inquiète pas. Dis simplement à ta mère que je regrette. Je n’étais pas assez forte à

l’époque et je le regrette. Dis-lui cela…et promet moi de me donner des

nouvelles de

toi de temps en temps, tu es un bien beau jeune homme, j’aurai aimé mieux te

connaître. Je vais partir maintenant. J’ai fait assez de dégâts.

Elle s’approche de Marc, dépose un doux baiser sur ses joues et sort.

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Sophie est dans la petite cour devant la maison. Le soleil lui chauffe le dos mais elle tremble: la colère qu’elle a ressenti en voyant sa mère dans le salon. Elle ne lui pardonnera jamais l’ignorance dont elle a fait preuve. Sa mère ne l’a pas soutenu, ne l’a même pas cru. Sophie ne ressentait que de la haine pour cette femme.

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Sophie fait une longue promenade, elle en a besoin. Quand elle arrive dans la cuisine depuis la cour, elle y retrouve Marie. Celle-ci s’active devant le four, duquel elle sort un gâteau au chocolat, un peu trop cuit ! En entendant Sophie, elle se retourne. 38


-

Comment te sens-tu ?

-

Tu savais ? Tu savais qu’elle viendrait ?

-

Sophie…

-

Est-ce que tu savais qu’elle viendrait et que tu ne m’as rien dit ?

-

Sophie, Marc voulait te faire plaisir…je n’ai pas su quoi lui dire…

-

Ne mets pas Marc dans le coup, il ne pouvait pas savoir, lui ! Mais toi ? Ma sœur…ma propre sœur…Tu…Je suis déçue.

-

Sophie, ne dis pas ça !

-

N’es-tu pas au courant ? Ne connais-tu pas mon histoire ? Ne te souviens-tu pas de la réaction de Jacquie ? Lorsqu’elle m’a traité de menteuse, de trainée ? Faut-il que je te rafraîchisse la mémoire ? Bordel, Marie ! Ne me dis pas que tu aurais oublié à ma place ! Tout pardonner…

-

Non Sophie je ne dis pas ça…

Sophie commence à pleurer, des frissons lui parcourent le dos. Marie s’approche d’elle et la sert fort dans ses bras.

-

Je ne dis pas que j’aurai pardonné, Sophie. Elle ne pouvait pas faire grand-chose à l’époque. Crois-moi, elle le regrette. Il n’y a pas une journée qui ne se passe s’en qu’elle le regrette. Tu devrais parler avec elle, cela t’aiderait, cela vous aiderait !

-

Aujourd’hui, c’est peut-être moi, qui n’ai pas le courage et la force…

-

Appelle là…Elle est à l’hôtel boulevard Sakakini…Parlez en…Cela fait trop longtemps.

-

Peut-être…

-

Fais-le !

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Tout le monde était maintenant couché. Marguerite s’était montrée euphorique toute la soirée et avait beaucoup fait rire comme pour faire oublier l’épisode avec Jacquie. Elle avait offert à Sophie un weekend en amoureux en Camargue avant de rentrer chez elle. Sophie disait toujours qu’elle rêvait d’y aller sans jamais trouver le temps pour le faire. Voilà qui ne lui laissait plus le choix. Pierre avait beaucoup insisté pour rester. Il ne voulait pas laisser Sophie seule. Il était finalement parti après que Marie l’ai rassuré en lui disant qu’elle passerait la nuit avec sa sœur. 39


Sophie ne dort pas. Elle tourne dans son lit sans pouvoir trouver le calme. Elle allume plusieurs fois la lumière et prend son téléphone mais finalement, n’appelle pas. Le courage lui manque. Qu’allait-elle dire ? Après toutes ces années, toute cette souffrance que dire ? Comment commencer ?

Vers 1h du matin, n’y tenant plus, Sophie appelle sa mère. Elle laisse sonner le téléphone et alors qu’elle va raccrocher, à la douzième sonnerie, on décroche.

-

Oui ? dit Jacquie avec une voix endormie. Qui est-ce ? Quelle heure est-il ?

-

1h, Maman !

-

Sophie ? La voix est plus claire, elle tremble un peu mais Jacquie semble tout à fait réveillée maintenant…

-

Oui, c’est moi. Je voulais te parler, je n’arrive pas à dormir.

-

De quoi veux-tu parler ? Tu sais j’ai compris, je ne viendrai plus, je ne sais pas à quoi je pensais en venant...mais visiblement je m’étais trompée ! Je …

-

Maman…ce n’est pas de ça dont je veux parler…Je veux savoir pourquoi ?

Le silence se fait. On entend plus que les souffles de la fille et de la mère. Les deux craignant la suite de cette discussion si surréaliste.

-

Maman ? Pourquoi ? Pourquoi ce soir là, quand je suis venue te voir, tu ne m’as pas cru ? Pourquoi l’as-tu laissé…?

Jacquie se met à sangloter.

-

Tais-toi ! Tais-toi ! Je ne veux pas me souvenir de ce que j’ai fait. Je t’ai abandonné, j’étais trop faible, trop amoureuse de ton père pour voir, pour comprendre, pour te croire! Il m’était impossible d’imaginer que l’homme que j’aimais, mon époux, le père de mes enfants puisse être l’individu immonde que tu me décrivais…

-

Maman !

-

Comment pouvais-je te croire ? Comment pouvais-je croire que mon mari violait sa fille, MA fille, sous mon propre toit sans que je m’en rende compte ? Je ne pouvais pas…pardonne moi…je t’en prie, pardonne moi… 40


-

Mais comment Maman ? Comment te pardonner alors que tous les jours, tous les jours que Dieu fait, j’ai devant moi le fruit de ces violences…Mon père me nargue chaque jour…Comment oublier ?

-

Tu veux dire que…Marc…?

-

Oui ! Marc est mon fils et son père est aussi le mien ! Voilà Maman, pourquoi je ne peux te pardonner ! J’aime Marc mais il est le sel, qui empêche la cicatrice de se refermer…

Le silence scelle comme une tombe la bouche de ces deux femmes meurtries pendant que le Mistral, maître des lieux, se lève.

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Journal de Mathilde ZIMECKA, Zuzanna Polonaise, étudiante à l’Université d’Economie à Wrocław (Pologne). C’est mon deuxième séjour en France et surement pas le dernier. Je m’intéresse à la psychologie enfantine. Dans l’avenir je voudrais ouvrir une école maternelle.

Journal de Mathilde Age : 7ans et demie

TOP SECRET! NE PAS OUVRIR !!! SI JE MEURS DANS UN ACCIDENT – LE DONNER A MA MEILLEURE AMIE, LYDIA

Samedi, le 23 Aout Le temps est superbe! On met des robes à bretelles et des chapeaux en paille pour protéger nos têtes du soleil. Aujourd’hui nous avons fait 30 bocaux de mousse de pommes. C’est la meilleure mousse de pommes que j’ai jamais mangé. Le matin nous sommes toutes allées: moi, maman, Agnès et Anne dans le verger de grand-père et on a ramassé 3 gros paniers de pommes. Grand-père est venu nous chercher avec son chariot, parce que c’était trop lourd à porter et en plus, maman va bientôt avoir un bébé. En touchant son ventre on peut sentir des petits coups de pieds. Après, on a lavé les fruits dans la baignoire, on a mis des gants et épluché les pommes – comme c’était long et ennuyeux! Mais après, maman nous a donné des sous et nous sommes allés manger des glaces comme déjeuner. J’adore les vacances!

Dimanche, le 24 Aout

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Depuis hier soir, maman se sentait pas trop bien. Le docteur que grand-père a appelé a dit que cela avait été trop dur pour elle de faire la compote et maman devrait aller à l’hôpital. Alors, Dziadek i Babcia (Grand-père et Grand-mère) nous ont emmenées chez eux. Ils ont sorti la piscine, l’ont gonflée et l’ont remplie d’eau. Après deux heures il y en avait suffisamment pour se baigner, c’était formidable! Papa nous a téléphoné et il a dit qu’il allait revenir dans deux jours. Et si le bébé sort avant qu’il vienne? Il nous a demandé de choisir un joli prénom pour une fille, parce qu’il sait déjà comment il veut l’appeler si c’est un garçon: Simon. Agnès est pour « Alice », Anne voudrait l’appeler « Fleur », moi je préfère « Julie ». Mais si on n’est pas d’accord papa choisira lui-même! Et mes sœurs ne m’écoutent pas du tout, je les déteste!

Lundi, le 25 Aout Maman s’est sentie tellement mal que grand-père a dû la déposer à l’hôpital. Nous sommes dans la maison des grands-parents. Il a plu toute la journée. Mes sœurs m’embêtent. Elles ne veulent pas me dire leur secret, parce que je suis trop petite. Mais pour ranger la table je suis déjà bien grande! Je veux bien que l’école commence déjà. Et il reste encore toute une semaine! J’espère avoir beaucoup de nouveaux amis, et aussi que la maitresse soit gentille.

Mardi, le 26 Aout Il pleut toujours. Papa n’a pas pu venir, il vient demain soir. Maman me manque et on ne peut même pas aller la voir. C’est injuste! Mamie nous a fait manger des épinards – c’était dégueulasse. Maman ne nous force jamais à manger les choses qu’on n’aime pas.

Mercredi, le 27 Aout Papa est enfin là. Il nous a apporté des beaux colliers en coquillages. Le mien est un peu rose. Le bébé n’est pas encore arrivé. L’école commence dans 5 jours. On a déjà tout ce qu’il nous faut : des cahiers, des crayons, des stylos, des tabliers bleus à carreaux avec nos prénoms brodés en noir dessus. J’ai tout mis dans mon cartable, il est bien lourd! Demain papa nous emmène acheter les chaussures.

Jeudi, le 28 Aout 44


- dring!... dring!... dring! Ils ont appelé de l’hôpital et papa est allé voir le bébé. Il est revenu très tard et avait l’air fatigué, les yeux rouges. Il nous a rien dit sauf que nous avions un frère. Puis je l’ai entendu parler longtemps ... longtemps avec Mamie dans sa chambre. Je l’ai entendu pleurer, cela m’a fait tout drôle. Je n’arrive pas à dormir.

Vendredi, le 29 Aout Papa a passé toute la journée à l’hôpital et il nous a pas emmenées. J’ai envie de voir maman. Mamie a parlé à mes sœurs, je vois Agnès pleurer dans la salle de bains. Elle n’a pas répondu quand j’ai voulu savoir ce qui c’était passé. Tout le monde est silencieux. J’ai peur. Je veux que maman revienne déjà et m’embrasse fort.

Samedi, le 30 Aout On a fait le ménage toute la matinée et après papa est arrivé avec les affaires pour le bébé. On a installé son petit lit dans la chambre de papa et maman et il a fallu bouger d’autres meubles. On a vidé le tiroir de maman pour y mettre les habits. Et puis papa c’est assis tristement sur le grand lit. Il a pris la photo de maman et de nous trois au bord de la mer, et l’a lancé violement contre le mur. En cachette j’ai ramassé la photo et les morceaux de la cadre. C’était moi et Agnès qui l’avions fait. Je les ai mis dans ma boite aux trésors pour que maman les vois pas abimées.

Dimanche, le 31 Aout CE N’EST PAS VRAI !!! CELA NE PEUT PAS ETRE VRAI ILS MENTENT TOUS JE VEUX ALLER LA VOIR MAMAN.... ! Tu me manques...

Lundi, le 1er Septembre Les funérailles sont pour demain. Nous ne sommes pas allées à l’école. Mamie a déménagé chez nous, papa est allé chercher notre frère à l’hôpital. Il s’appelle Simon. Oh, il pleure maintenant, tout bas. Bonne nuit mon petit frère, je t’aime beaucoup...

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Fragrance d'été MUNSHI, Reshma

A slumber did my spirit seal I had no human fears: She seemed a thing that could not feel the touch of earthly years.

No motion has she now, no force; She neither hears nor sees; Rolled round in earth's diurnal course With rocks, and stones, and trees.

- William Wordsworth

Je te reconnais, Marseille, de par tes airs, Le mistral qui apporte les senteurs D'un temps vécu ailleurs Je sens ton Mistral souffler dans mon cœur Les souvenirs d'une terre lointaine, silencieuse

Le soleil qui se lève sur tes terres Est le même qui se lève sur les miennes Je vois dans tes fleurs, les herbes de tes rivages rocheux Les étoiles de mon propre ciel.

Par la fenêtre, la pluie nuptiale d'un nouveau printemps M'apporte les histoires de mes propres saisons.

Et pourtant, de cette terre là où j'ai marché il y a si longtemps Qu'est ce qui revient sur ses pas, et me suit à travers les océans ?

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Je l'ai perdue il y a longtemps. Mais, Marseille, je la reconnais dans tes airs.

J'ai ressenti ses souffles, entre les statues de la Canebière Au-delà d'où, De Notre Dame de la Garde, Ton Château d'If me fait penser à ses souffles enfin libérés.

Dans le silence intemporel des nuits, Au long des murs de tes cimetières Qui chuchotent les histoires des générations, Je l'ai vue avec les ombres des petits écureuils, courir à travers les herbes Et disparaître avec le soleil.

Marseille, tes airs résonnent mon passé, une vie entière. Je sais que je ne suis pas de cette terre Pourquoi alors, m'apportes- tu les souvenirs de la mienne ?

Une fusée, laissant des traces blanches, coupe à travers la lune pâle d'un ciel qui renaît… nous sommes fin mars. Les hirondelles célèbrent l'arrivée d'un nouveau début de la vie, elles occupent l'air dans une nouvelle danse de printemps. Oui, il est encore temps. Les calanques majestueuses, sublimes dans leur vert contre un bleu profond en arrière, sont témoins de ce spectacle depuis des millénaires. Les pins, vert foncé contre le turquoise sensible de l'horizon, m'affirment en silence : « On est au printemps ! ». Je souris et reste là jusqu'à ce que le soleil disparaisse derrière les collines rocheuses, bordées d'un firmament légèrement doré. Je suis sur un des points les plus fréquentés des calanques, un point haut d'où la colline descend brusquement jusqu'à la mer en pente raide. De la soirée fraîche sort une petite brise frêle mais rajeunissante. Loin en bas, les mains de la vallée tiennent une petite crique fréquentée en été. Il sera bientôt temps pour les bateaux de se réveiller de leur sommeil hivernal. Mes yeux suivent les contours vallonnés jusqu'à ce que cette baie s'allonge et disparaisse dans la Méditerranée ensommeillée.

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D'où je suis, elle captive presque la moitié de l'horizon. Comme, au cours des siècles, ravissante, elle a nourrit les racines des civilisations diverses, qui ont tenu Marseille.

Le temps que je rentre chez moi, la soirée s'est bien rafraîchie. Le bus tortille sur les bords de la mer pour arriver à la Pointe Rouge.

Bien fatiguée, je monte dans ma chambre. La pièce est silencieuse. Par la fenêtre pénètre le parfum léger des boutons des magnolias, qui attendent d'éclore avec le jour. Le printemps me fait signe. Je me demande si mon imaginaire me fait sentir… cette soirée veut me dire quelque chose de plus extraordinaire. Il est déjà 20h30. La fatigue de la journée m'a coupé la faim. Il me suffit alors, de me faire un peu de raïda.* Du raïda. D'une nostalgie triste, cela me fait penser à une amie qui était proche de moi…

Dring ! Dring ! Dring !

Le portable sonne longtemps avant que je puisse quitter l'huile sur le feu dans la cuisine.

« Allo ? » Je réponds hâtivement. « Allo ? »

Mais l'autre au bout du fil est mort. Aucune voix, aucun bruit. J'insiste. « Allo ? »

Aucune réponse. Juste un silence noir, comme la nuit. « Allo, Allo ?! » Je répète. Mais je n'entends toujours rien. Seules les marées dans la mer lointaine, qui secouent ce silence étrange.

Je ne comprends pas. A peine ai-je raccroché que la sonnerie me fait sursauter de nouveau.

«Allo, OUI ? » Je demande d'une voix ferme.

« Hello, yes, is it Miss Dubey? » 49


C'est un choc. L'anglais est une langue que j'ai apprise toute petite, ça me faire plaisir de l'entendre, d'autant plus que l'accent est Indien… guère audible, faible et distant, mais indubitablement de l’anglais indien. Un accent d'un habitant du nord. Qui est ce ?

L'homme reprend. « Oui, Mlle. Dubey, vous m'entendez bien ? »

« Oui » Je bredouille. « Je vous entends. C'est moi, Rani Dubey. Oui ? »

« Bonsoir. Je vous appelle de la part du commissaire de la police à New Delhi. Excusez-nous de vous déranger, mais… nous vous appelons en connexion d'une affaire vous concernant... une collègue à vous, votre amie, qui a été retrouvée morte sur son lit l'année dernière…qui s'appelait Aakanksha Jain… Vous vous en souvenez ? »

Eclairs…Est-ce-que ce monde tourne toujours ? Ce nom, semble disparaître, dans un interminable écho dans le passé, dans une éternité qui arrête le temps. Mon cœur cesse de battre.

Trop vite pour moi. Il y a un silence.

« Oui. Elle était morte d'une crise cardiaque. Que voulez-vous de moi ? »

« C'est la question. Nous pensions qu'elle était morte d'une crise cardiaque. Contrairement à ceci, nous avons trouvé des preuves qu'elle était victime d'une dose excessive de drogue... »

«De drogue? » «De médicaments. Vous êtes la dernière personne chez qui elle a laissé un message téléphonique, quelques heures avant sa mort.»

Effectivement, Aakanksha m'avait bien laissé un message… « Oui… ? »

L'homme continue. «Nous avons trouvé une ambiguïté dans ce message. Sachant que vous connaissiez bien la victime, 50


vous êtes un témoin important dans notre recherche. Pour ces raisons, le gouvernement indien vous demande de vous présenter sur le territoire indien, dans les meilleurs délais…»

Et il raccroche. C'est terminé.

Je reste là, abasourdie, pendant un long moment. Trop vite pour moi. Les mots m'ont fouettée en arrière dans un moment cruel, j'ai voulu oublier.

Non mon Dieu, pas encore ! Je sens toute mon énergie s'épuiser. Le choc est venu trop vite. Comme le survivant engourdi d'un accident, je me ressaisis. Comprendre ! Accepter ce qui vient de se passer. Et j'éprouve une immense peine dans mon cœur. Un épouvantable malheur. Le choc de la vérité est mille fois plus douloureux que celui de la mort.

Un passé déchirant s'agite affreusement dans la brise du soir.

Aakanksha, Aakanksha. Souriante, joviale, vivante. Ma meilleure copine. Comme nous étions heureuses ensemble ! Ah, je croyais que tu dormais tranquillement ? Mais non ! Qui t'a trompée ? Tu voulais me dire quelque chose ! Le 11 Février. J'ai attendu ton coup de fil, mais je ne l'ai jamais reçu. On t'a volé ta vie. Tu veux que je dévoile ta mort ? Qu'est-ce qu'ils te voulaient tes ennemis ? Et qu'est-ce qu'ils me voudront, maintenant, à moi ?

Je reste ainsi une demi-heure. Dans le vide. Le vent noir me chuchote des secrets infâmes. Les morceaux du passé volent de partout. Comme des feuilles mortes. Le bruissement du vent me souffle sa voix délaissée qui m'appelle. J'ai l'impression d'entendre la Méditerranée résonner de ses cris près de la mort, pleurer ses larmes de sang. Affaiblie, j'ai l'impression de traverser la terre des morts. Je n'avais pas tort alors. Mon imaginaire ? Une intuition ? Sans doute cette soirée voulait me dire quelque chose d'extraordinaire. Et voilà.

Le choc est venu trop vite pour survivre. Aakanksha ! Aakanksha ! Un écho du passé qui m'appelle, me demande de le suivre. Je n'arrive pas à pleurer. Les fragments de la mémoire, ballottés furieusement sur les vagues de mon esprit transi. J'essaie de mettre les pièces du puzzle en place… « Rani, je veux te dire quelque chose. Mais je ne me sens pas bien à l'instant. Je t'appellerai demain. Et ce n'est pas une blague ! » 51


Son message téléphonique. Qu'est ce que cela pouvait indiquer ?

Trop épuisant. Comme la résistance de la proie d'un aigle. Le sifflement du vent dehors me tourmente sans pitié. Vers l'aube, je sombre dans un sommeil troublé...

Je m'envole de Paris... dans ce voyage qui m'émouvait tellement, j'ai l'impression d'imaginer, le monstre de Frankenstein, démesuré, me regardant avec des yeux d'espoir. Et surtout, m'imposant inébranlablement une grande demande de justice...

Le monde me semble morne. Lorsque l'avion monte, le seul espoir que j'ai, est de voir ma famille, mon peuple. De sentir ma terre. Mon départ était si soudain que cela m'a pris un certain temps pour réaliser la perte... Des fois, dans les premiers jours ici, j'avais l'impression d'être sortie de ma vie en Inde d'un coup, sans être morte, et d'en avoir commencé une autre en France... Je me demandais des milliers de fois, si cette vie là était une réalité ou juste un beau rêve… auquel j'ai dû échapper sans le vouloir. Je n'ai même pas eu le temps d'en pleurer.* Longtemps après, je ressens l'espoir de revivre la senteur des jours passés que j'ai laissés derrière moi… et la peur, d'entendre les échos affreux de la mort de… Aakanksha. Qui aspirait tellement à la vie. Aakanksha. Qui a emmené une partie de ma vie, avec elle ?

Après ce qui me semble une interminable attente, les senteurs de ma terre me réveillent. Je vois les banlieues d'Ahmedabad, ma ville, en descendant.

Est-ce que j'ai mené une vie sans toi, alors ? Tu n'es pas aussi belle que Marseille, tu n'as pas la mer. Mais tu es à moi. Trop peuplée ? Ce n'est pas grave. Ville sale, trop de circulation? Peu importe! Ville trop polluée ? Je m'en fous. La ville qui a tenu mes premiers cris, mes premiers pas. Mes premiers mots. La ville où résonne la musique de 16 ans de ma vie. Qui tient dans ses fonds, les souvenirs d'un beau temps passé avec ma meilleure copine qui n'est plus…

Je ramène la pluie de Marseille avec moi. Ma mère me console… et mon père. Ex-député du CBI*, dans notre ville. Un agent dont son département est fier.

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Le lendemain, le Commissariat avec sa poussière m'accueille. Parmi les fumées des cigarettes et le parfum des pans*, je suis appelée dans le bureau du commissaire à 9 h 15. Quel branle-bas, pour apporter le dossier, à la dernière minute ! On s'installe finalement. Le commissaire est assis à son bureau. Maigre et grand, il a une belle moustache noire. Ses doigts tripotent son stylo en m'attendant. Les épaules de son uniforme kaki sont bordées des étoiles d'honneur.

Dans un cadre doré, Gandhi me sourit de ses lunettes à la monture d'acier. Il me rassure.

« Bonjour Mademoiselle Dubey, asseyez-vous. Nous voudrions que vous répondiez à nos questions le plus clairement et le plus précisément possible. »

« Je suis à votre disposition. » « Très bien. Vous savez bien, je suppose, que cette enquête a été ouverte à propos de la mort de la fille du Maire, M. Sushant Jain, l'année dernière. »

« Oui. » « Alors, cette amie, Mlle Aakanksha Jain, était particulièrement proche de vous ?' « Oui, je la connaissais depuis deux ans et demi. »

« Je vois. Alors, vous savez, bien sûr, comment elle était ? » « Elle était joviale et enjouée. Elle aspirait beaucoup à la vie, bien qu'elle avait une maladie de cœur. Elle était tellement gentille que personne ne pouvait avoir raison de lui en vouloir. »

« Connaissiez-vous sa famille ? Et son infirmière ? » « Oui, je les connaissais. »

« Bien. Maintenant, souvenez vous du prénom de cette infirmière ? » « Oui, elle s'appelait Nirja. »

Un silence long et profond. Puis, il continue. « Maintenant, écoutez bien, réunissez tous vos souvenirs. Aviez-vous remarqué un changement dans le comportement de votre copine, dans ses derniers jours ? »

« Non, pas particulièrement… » 53


Mais soudain, je me souviens. Un soir de pluie ; elle tremblait, son visage avait la couleur de la mort. Je n’avais jamais vu une mine aussi blanche.

« … Mais si… je me rappelle… »

« Quoi ? » « Dans ses derniers jours, elle semblait pâle, troublée, même déprimée. C'était comme si elle voulait me confier quelque chose, mais elle n'arrivait pas à le faire. C'est bien évident, d'après son message vocal, sur mon téléphone … »

Un bref silence.

« Vous savez Mademoiselle, que son infirmière a disparu la nuit de la mort de la victime ? » « Quoi… ? »

« Et d'après une deuxième recherche de l’ADN de la victime, il est évident que sa crise cardiaque a été déclenchée par un dosage excessif de ses médicaments. Nous voudrions bien que vous nous aidiez à la rechercher. Elle est notre principale suspecte. »

Ma tête tourne. La stupeur m'envahit. Le noir, devant les yeux. Toutes ces pensées, provoquent en moi des nausées.

C'est l'infirmière, alors ? Mais pourquoi ? Que pouvait-elle avoir contre elle ?

Je sors du commissariat sous le plein soleil de l'après midi. La chaleur brûlante d'un été indien me rend malade. Il commence déjà à faire très chaud en Avril, dans cette partie du monde. Surtout dans cette ville, pas trop loin du désert de Rann.* Déjà plus de 36 degrés. Chez nous, le printemps n'existe guère. J'en suis déjà déshabituée. De cette chaleur. Et de ce bruit. Et surtout, je ne suis pas préparée pour cette enquête… Toute cette angoisse aggravée par ma tête qui tourne...

Je retourne dans l'allée où je me suis garée. Déjà perturbée par une circulation dense, au bout de la rue, j'entends des pétards éclater. C'est peut-être un mariage. Les klaxons des voitures ajoutés à ce bruit 54


assourdissant. Scène assez commune, dans une rue indienne. Le bruit m'énerve. Ma tête va exploser. Je me dépêche … impossible de retrouver les clefs avec ce barouf d'enfer. Chaque pétard me fait sauter de nouveau. En plus, quelques-uns tonnent tout près de moi. Mais, merci à mes doigts maladroits qui ont retrouvé les clefs. Je ne les ai guère eues, quand un gros pétard explose juste à mes pieds. Les clefs tombent par terre. Je me penche en un instant, pour les reprendre…

Bang! Bang! Bang! Bang! Bang! Un fracas d'enfer. Quoi, ils explosent sur ma voiture !? Les vitrines s'écroulent ? !! Que se passe-t-il…? …DANGER !

Mes clefs m'ont sauvée. Avant que je m'en rende compte, en un clin d'œil, les fenêtres de ma voiture sont fracassées. Je me terre vers le bas du véhicule, couvrant ma tête de mes bras, mes yeux bien fermés.

La fin du monde… aucune issue. Aucun secours.

Le fracas clair des débris de verre qui volent partout est assourdissant. Du métal est en train d'être écrasé. Les balles volent tout à l'entour.

Un million de soleils passent.

La voiture est secouée violemment. Ils la criblent des balles. J'ai l'impression qu'elle va se renverser sur moi. BANG ! Une grosse pierre, à coté de mon pied, explose. Et moi, projetée sur le côté, un choc.

Soudain, le grondement s'arrête, l'accélération des motos...

Dans l'affolement, je vois trois hommes s'enfuir, à tombeau ouvert…

Mon corps… Ma vision brouillée. Une douleur perçante dans ma jambe droite. Les éclats de la pierre, qui coupent la chair. Dans l'air bourdonne des sirènes… Police…

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Mais je ne vois plus rien. Juste les couches des couleurs étranges. Le cerveau qui se ralentit.

La senteur du danger. Aucune issue. Mes parents… Danger. Aucun secours… Aakanksha…

La rue grouille des ambulances.

Mes parents…danger…Aakaank… Terminé…

Un état de cerveau agité, le corps qui se perd. Je vais mourir, mourir.. ! Mais y-a-t-il encore du temps ? Si seulement quelqu'un me tirait de ce rêve affreux…

Une lumière perçante dérange mes yeux. La fin d'un état demi conscient. Et je suis encore là...vivante.

La fin du monde. Des cris…des balles… du métal fracassé…les échos du tir jusqu'au ciel…

Aucune issue… danger…la mort, aucun secours…

Les couleurs étranges s'agitent encore. Le cerveau qui panique. J'ai l'impression de perdre mon souffle… La lumière me trouble toujours. Mon corps a un sursaut brusquement, mes yeux s'ouvrent d'un coup. C'est la lampe du médecin au-dessus de moi. Je me rends compte d'où je suis. J'ai mal partout, partout…ce lieu que j'ai haï toute ma vie, et une angoisse profonde, est-ce un rêve affreux et interminable, comme ce noir répandu maintenant, dans cette salle d'opération… À cause des médicaments, je suis malade. Un goût amer dans la bouche. Et je sais que je boiterai, pendant un bon nombre de jours…

C'est l'ennemi…il m'a sentie. Mais qui est-ce ? Il faudra savoir…Avant que ma famille… Je n'ose pas finir la phrase…mon souffle s'accélère. Je sens la peur couler tout au long de ma colonne vertébrale. Mon cerveau, panique, crie…mes muscles me font énormément mal. Mon corps va exploser. Je suis comme prisonnière de cette devinette. La résoudre, la seule issue. Ma tête essaie de fouiller les ruelles aveugles de ce puzzle. De cette obscurité noire, une voix me saute dessus... 56


« Vous savez que son infirmière a disparu la nuit de la mort… »

Son infirmière ! Où est-elle ? Sa maison ! Sa maison peut donner des indices !

C'est un endroit désert, la banlieue. Le temps est mauvais. Je m'approche, la maison est toute brûlée…un autre choc. Mes pensées s'emmêlent de plus en plus dans toute cette énigme que je n'espère jamais résoudre.

Un temps d'orage. Les signes d'une tempête qui approche. Des nuages noirs, un boucan de tous les diables éclaire le ciel, le tonnerre gronde. Pas normal, d'un avril Indien. L'imminence de… Déjà, le soleil lâche prise, il s'est camouflé derrière l'horizon pour cacher sa honte, battu par les anges d'enfer ... une complicité s'installe. J'entre. Il n’y a que deux pièces. Le salon était bien aménagé. Tout est complètement brûlé. Tout s'écroule dès que l'on touche… les almirahs*, les divans…les patchworks en miroir…je n'espère plus rien trouver. Je sens une odeur de suie humide. J'observe autour de moi. C'était peut-être une explosion…Pourtant, je cherche, je cherche…je cherche…jusqu'à ce que je trouve finalement, la preuve diabolique du crime, que tous ces éléments de la nature ont comploté pour m'avouer :

Une boîte en cuir, bien brûlée, sous le divan. Elle est bien cachée, dans un trou sous une tuile. Et dedans, une lettre. Elle n'est pas complètement détruite, cette lettre, grâce à l'humidité du coin… Je remets ensemble les parties.

« Ni Tout allait bien jusqu'au présent, mais il est temps maintenant qu'on agisse vite, avant que l'eau ne dépasse le nez. Tout peut arriver à n'importe quel moment. Elle sait tout. J'ai entendu ce lâche, espèce de connasse ; avouer tout à sa fille. Elle veut l'aider. Si elle avertit la police, tu sais que c'est lui et moi derrière tout ce bordel de drogue. Il faudra couper la racine du danger avant qu'il ne soit trop tard. Avant qu'elle ne révèle rien, à personne. Fais gaffe à sa meilleure amie. Tu sais ce que tu dois faire de cette fille. Elle est déjà faible. C'est toi qui contrôles ses doses de médicaments. »

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La lettre s'arrête là. Ce qui reste de l'enveloppe colle derrière le papier fragile et humide de la lettre. Il n'y a pas de tampon, ni timbre, ni adresse. Ce n'est donc pas arrivé par la poste. Bien entendu, trop dangereux.

Dehors, la tempête fait signe aux diables. Le vent rage d'un barouf de tous les démons…je viens de descendre les boyaux d'enfer. Mon cœur, témoin muet de cette injustice. Soudain, un coup de tonnerre déchire le ciel.

Son père! Son père! Qu'est-ce que je n'aurais pas donné pour n'avoir pas découvert ça ? Mes yeux se ferment. Des images, des mots, des bruits infernaux me viennent. Sa sœur avait perdu la tête. Sa mère s'était renfermée dans sa chambre. Quelqu'un pourrait m'effacer cette mémoire, ce monde, qui m'a fait tellement souffrir ?

Je suis dans un tourbillon où les grands dragons diaboliques me menacent avec leurs langues de feu. La nature tombe à l'envers. Une gazelle mange son petit, la lune avale le soleil… océans de feux. Les dieux des enfers annihilent l'univers. J'ai l'impression de devenir folle, je veux mourir. Je me haïs…soudain, mon corps me révolte. Je veux que ce monde s'écroule, qu'il n'existe plus…je veux aller où est elle, moi aussi. Quitter cette existence, aller dans un autre monde, qui n'est pas le nôtre…

J'ouvre les yeux…je suis toujours vivante. C'est affreux. Soudain, le tonnerre gronde, et le ciel se laisse envahir par cette force énorme qui vient de me déraciner...je m'enfonce par terre. Pendant longtemps, la pluie verse dans mes larmes silencieuses, qui mouillent ce sol couvert de suie.

Aakanksha. Tu étais ma meilleure copine.

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La tempête rage à pleine force. Je vois avec difficulté la route car la pluie brouille le pare-brise. Il y a peu de réverbères allumés. J'arrive tard à la cité des hauts officiers. Je reconnais la résidence - la lumière est allumée. La porte est ouverte. Aucun bruit. Juste la pluie, qui se perd, dans le vent furieux…

J'entre sans frapper. Une lumière terne éclaire le salon meublé. ll est à son bureau, il écrit. Dans un grand cadre, sa photo au jour où il était devenu mairie.

« M. Jain ! » Etonné de ma voix, il lève sa tête. Il me voit et reste de marbre.

Mes yeux sont rouges. Il y a un long silence.

« Plus la peine de mentir, M. le Maire. Plus la peine de faire semblant de travailler pour le peuple. Je sais tout ; j'ai la preuve de tous vos crimes noirs. »

Le stylo tombe de ses doigts. Un coup de vent violent, un vase vacille et s'écroule fracassé.

Il n'a pas encore peur. « Non ! Arrête ! Qu'est ce que tu racontes? Qu'est ce que tu sais? » « Quelle prétention ! Niez- vous avoir fait du trafic de drogue? D'avoir abusé de votre pouvoir? »

« Non ! » « D'avoir essayé de me faire tuer ? »

« De quoi tu ... »

Je crie. « Cette lettre! La preuve du meurtre des milliers d'innocents! Et celle de votre propre fille! »

Cette dernière phrase résonne dans la salle, j'ai arrêté de parler. Il y a un long silence. Cette révélation. Il ne peut plus supporter mon regard. Il craque. Ses prétentions, pouvoir, argent s'écroulent toutes. Il 59


baisse sa tête, couvre son visage avec ses mains, soupire.

Une espace de silence. Il reste ainsi pendant un long moment, puis, lentement, relâche la pression et lève sa tête.

« Ma fille ! Non ! » Des larmes jaillissent de ses yeux. Finalement, il se calme.

« Tu veux savoir alors ? Ma fille ! Oui, c'est moi le responsable de sa mort ! Mais comment expliquer ? » Sa voix affaiblie, disparaît. Puis il fait un effort immense pour se tenir. Il ne sait pas où commencer, il hoche la tête.

« Je n'étais qu'une poupée dans les mains de la mafia - je le suis toujours. Au début, je voulais du pouvoir, et c'est Rana qui m'a aidé...en échange je l'aidais avec ce trafic. Au départ, c'était bien, mais… après, je me sentais étouffé. Mais une fois entré dans ce monde-là, je ne pouvais plus en sortir. Un jour, Aakanksha a voulu m'aider… »

Il a la gorge serrée. Il fait un effort dur. «.. . Puis il a aussi menacé de tuer la reste de ma famille… je n'avais pas le choix. »

Je m'approche de lui. Ses yeux ne me regardent pas, mais voient tout droit, l'infini, comme s'il cherchait quelque chose…

«Mais au départ vous l'avez bien eu, ce choix, maintenant il est trop tard. Vous avez creusé votre propre tombe. Il est grand temps que justice se fasse. »

«Oui. Tu as raison. Mais au delà de cette justice… » Sa voix ralentit et meurt. Je l'observe ainsi longtemps. Il ne me regarde pas. Il ne parle plus. Ses yeux sont toujours loin, dans le vide, fixés à un point, toujours à l'infini…

Je ne dis plus rien. Je lui tourne le dos et descend l'escalier. Le vent est violent. La porte fenêtre se ferme furieusement. La lampe de l'escalier est bousculée, la lumière clignote comme un oiseau blessé dans une tentative désespérée de voler et s'éteint. Je suis plongée dans le noir.

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-BANG ! Soudain, un coup de pistolet en haut. « Monsieur ! Non ! » Une autre lumière disparaît.

Déjà perturbée, le vent coléreux aggrave mes nerfs. Il est dans une mare de sang. Cette dernière souffrance, son corps tordu comme une sangsue. Ses yeux sont encore ouverts. Je les ferme. Je suis essoufflée. Pendant longtemps, le ciel semble purifier cette terre de toutes les malédictions …les arbres sont heureux. Une pluie longuement attendue… Il s'est lavé enfin, de tous ses pêchés, de ce liquide sacré, comme des milliers d'adeptes qui se purifient dans les eaux du Gange*, avant de partir dans un monde qui n'est pas le nôtre. Il est parti, lui aussi, à travers les vagues de cette rivière rouge, dans un monde où elle est, un monde…

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Je revis un calme après cette pluie. Quand la tempête ne gronde plus, les orages sont terminés, le soleil écarte les nuages, et touche une terre pure. Je le vois lever, comme souvent, je le voyais avec elle, dans le jardin de l'université royale.

Ces roses sont blanches, rouges, silencieuses. Je me souviens de son allure fringante, comme je l'avais vue, la dernière fois. Je les caresse longtemps, une mer lointaine dans mes yeux. Il est grand temps de rentrer sur Marseille. Ces fleurs, ces herbes, que j'ai senties dans ce pays lointain, lointain…veulent tous revenir avec moi. Que ce moment sur cette terre à moi dure un peu plus…long comme le premier vol de ces oiseaux dans mon ciel magnifique. Je reste longtemps à le regarder. Des mémoires apaisantes dans mes yeux, je me tourne seule vers des chemins où j'ai marché il y a longtemps; où les feuilles des arbres m'attendent, pour réfléchir dans leur vert doré de cette aube, les souvenirs des jours perdus…que je retrouverai aujourd'hui, dans les pas d'une longue promenade.

Ce matin, je t'ai vue briller doucement Comme le soleil pendant la pluie, Dans la rosée sur les herbes après la bruine. J'ai touché tes cheveux dans les fleurs de ce magnolia vieillissant. Les roses de Chine, à qui tu manques, me semblaient te ressentir dans ce jardin. Aujourd'hui, je t'ai entendue dans le théâtre de l'université, Où la poussière fait toujours écho de nos histoires.

Ils m'ont tous demandé si tu revenais sur tes pas. Je n'ai pas pu répondre. Car c'est toi qui le sais. Je voulais leur promettre que tu reviendrais.

Dans le même kurta* blanche, que tu avais porté, la dernière fois. Qu'es- ce que je ne donnerais pas, moi, Pour te voir, juste une autre fois ?

Fin

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1. *raïda : plat indien fait à base de yaourt, de concombre, d’oignons, et d’épices indiennes 2. *Références aux émeutes communales en Inde 3. *CBI : Central Bureau of Investigation, égal à Federal Bureau of Investigation aux Etats-Unis 4. *pan : feuille d'un arbre (latin : piper bétel) mangé avec des épices. 5. *désert du Rann : désert situé au nord ouest de l'Inde 6. *almirah : placard 7. *le Gange : rivière au centre nord de l'inde, considérée comme une déesse, dont l'eau a une importance sacrée 8. *kurta : vêtement long jusqu’aux genoux

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Drôle de Bouillabaisse GALASSI, Alvaro Alvaro Galassi est né le 20 septembre 1985 au Brésil. Étudiant en Gestion, il est venu en France pour finir ses études et aussi pour mieux connaître la culture européenne en général. Alvaro est passionné par le football et par la cuisine. Par ailleurs, il aime bien les chanteurs régionaux du Brésil. Il est très fier de la diversité et de la pluralité culturelle de son pays, et il essaie de transmettre cette image dans ses écritures.

Je coupe les oignons, l’ail, les poivrons, les saucisses et la viande…toutes les parties du porc : les oreilles fumées, la queue… .La cuisine est à la fois difficile et stimulante ! Je suis ravi… comment est-ce que moi, un simple brésilien, aurais-je pu penser diriger la cuisine d’un restaurant typique de mon pays à Marseille? Quand j’étais petit, tous les enfants rêvaient de devenir scientifique, médecin, joueur de football, etc.…Moi, par contre, j’aurais bien aimé devenir un grand chef, dans un restaurant renommé. Porter la toque, élaborer de nouveaux plats, faire plaisir aux gourmets, aux gourmands, servir. La gastronomie est devenue un art et aussi une science : recherche, nouvelles saveurs, comment servir un beau plat. Une grande partie de mon rêve est devenu réalité. Je ne suis pas vraiment sûr de mon potentiel. Au Brésil, j’ai eu une enfance très compliquée… Je n’ai jamais connu mon père. Mes deux frères et moi travaillions dès l’age de 13 ans et nous apportions de l’argent pour soutenir notre mère… J’ai pris des risques. Je suis arrivé en France, j’ai commencé à travailler comme garçon dans les petits restaurants avec l’objectif d’étudier et de me spécialiser dans la cuisine. J’ai pris beaucoup de cours, j’ai travaillé avec des grands chefs, pourtant, le fait de gérer une brigade, avoir des subordonnés, tout cela me fait un tout petit peu peur. J’ai eu de la chance ! En effet, j’ai été le premier cuisinier à avoir un entretien avec le patron. Immédiatement celui-ci m’a choisi pour travailler dans sa nouvelle affaire. Sans me poser de questions sur mes compétences, sans analyser plus en détail mon cursus scolaire et professionnel, il m’a embauché. J’ai tout de suite sauté sur l’occasion car on ne peut pas passer à coté d’une situation comme celle-ci. Ce plat typiquement brésilien, appelé Feijoada, est superbe mais il me donne beaucoup de travail : il est compliqué, il faut du temps pour le réaliser. Après avoir tout coupé, je prépare les haricots dans une casserole séparée. Les ingrédients sont très rares, ici, en France : j’ai eu beaucoup de mal à

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trouver les oreilles fumées. La feijoada est une recette dont l’origine est beaucoup contestée. Il y a des gens qui disent que la Feijoada est un plat africain, qui a été développé au Brésil par les noirs. Ils rassemblaient dans une très grande casserole les restes de nourriture qui leur étaient donnés par leurs maîtres, en ajoutant de la farine de manioc et en jouant de la Capoeira3 dans les Senzalas4. Malgré tout, au cours des années la recette a évolué au Brésil : les caractéristiques intrinsèques à la culture brésilienne ont influencé ce changement. Il y a quelques plats pareils en France, comme le cassoulet, mais aucun n’a la magie qui entoure ce plat brésilien. En fait, tous ces ingrédients entraînent mes pensées vers mon pays, son climat, ses plages, son soleil, la vivacité des gens…Ah, ils me manquent beaucoup. Ce mélange de pensées me fait sentir que j’ai toutes les possibilités de réussir dans ma carrière. Je suis sûr que la feijoada deviendra ma spécialité dans ce restaurant, et que le patron va reconnaître en moi un vrai talent. En réalité, je n’ai pas l’impression qu’il soit un grand connaisseur de cuisine. Hier, quand je suis passé en salle pour faire la connaissance des clients, demander si tout se passait bien, s’il y avait des suggestions… Les gens étaient vachement bizarres. La plupart des clients sont très différents. Je n’ai pas de connaissance dans le management, mais je trouve étrange que l’administration d’un restaurant brésilien ne s’occupe pas de son image, de sa publicité…J’ai toujours pensé qu’un tel type d’établissement aurait du succès grâce à un environnement plutôt jeune, avec des musiciens où les personnes prendraient du plaisir. C’est exactement le contraire qui se passe ici. En fait, les clients ont des relations très proches avec le patron, et ce dernier leur porte beaucoup d’attention, mais ce sont des relations froides, cela ressemble plutôt à un environnement de casino... Je ne comprends pas ! Quelle odeur, quelle vue ! Les petits haricots noirs sont presque prêts. À mon avis ils donnent l’air brésilien au plat... Je dois cuire les oreilles et pieds de porc pour ajouter à l’ensemble. L’apprenti m’a surpris ! Je regarde son travail et il n’est pas mal. Il est très sympa…. Son embauche a été pareille à la mienne: pas de questions, pas d’analyse. Je peux voir dans ses yeux que son seul intérêt est de développer ses qualités dans la cuisine. -

Patrick, il faut qu’on fasse beaucoup plus de salade parce que les clients arrivent et ils sont nombreux !

-

Ah oui, rassure-toi ! Je suis en train de finir…

-

Alors, ça te plait ton nouveau métier ?

-

Oui, grâce à toi…Tu as un don ! Tu m’as appris des trucs intéressants… Je suis vraiment content.

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Danse typique des noirs, très connue et appréciée au Brésil. Lieu d’hébergement des noirs dans la période de l’esclavage au Brésil.

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-

Sois sûr que cela me plaît beaucoup…La cuisine est ma passion, et j’aime bien diffuser mon savoir-faire.

-

En fait, je suis un peu inquiet par une chose : ça c’est un restaurant brésilien? Où est la joie, la simplicité? Sois sincère, où sont les brésiliens?

Cette inquiétude n’est pas vaine. Les plats ne sont pas appréciés à leur juste valeur... Les garçons se plaignent beaucoup parce qu’ils doivent jeter à la poubelle toutes ces choses que les clients n’ont pas touchées. Cela ne me plaît pas, je sens que mon travail n’est pas valorisé. D’ailleurs, jusqu’à aujourd’hui, je n’ai rencontré aucun brésilien… J’ajoute toutes les choses dans une grande casserole : les haricots noirs, les parties du porc que je viens de cuire, les saucissons et la viande sèche. Voilà…c’est finalement prêt ! Je goûte, c’est parfait ! C’est impossible de ne pas finir l’assiette…Il faut que j’aille en salle car le cuisinier se doit de servir et aussi d’observer les réactions…Cela est sans doute un peu le plaisir de mon métier. Tout à coup, la porte s’ouvre avec violence. C’est les flics...Sujou5! Ils arrêtent tout le monde! Je proteste ! - Je n’ai rien fait, laissez-moi, ne me touchez pas! - Nous vous arrêtons pour trafic de drogue.

Le restaurant servait en fait à un trafic d’héroïne important…

Les juges ne m’ont pas cru quand j’ai déclaré ne rien savoir de tout cela. Quelquefois, je croise mon patron à la promenade. Lui-aussi est en prison, j’espère qu’il y restera longtemps. Tout ce qui s’est passé me fait croire que la justice n’est qu’une illusion. Je continue quand même à rêver… La fenêtre de la cuisine de la prison est un symbole. C’est là que je canalise mes émotions, mes sentiments de haine, d’angoisse, mais à la fois je reçois des espoirs. Par cette fenêtre je vois un monde entier qui m’attend…

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Merde !

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Dring ! JAIN,Sachin Sachin a 31 ans et est né à Bombay en Inde. Ce francophile est ingénieur et s’occupe de sa propre entreprise, mais son rêve, c’est de devenir un écrivain. Il aime voyager, découvrir des nouveaux pays et voir les films étrangers.

Le train part d’Avignon Centre. Il est 18h et le soleil est en train de se coucher. Je me suis assis au coin, mes pieds étendus vers le chauffage émanant le long du compartiment. On dit que l’hiver n’est pas trop sévère en France cette année. Mais pour moi, venu de Bombay, c’est déjà trop froid. Chez nous il y a trois saisons : chaud, plus chaud et beaucoup plus chaud !

Les portes du train sonnent… tut tut tut tut tut. Il saute à l’intérieur du wagon et ajuste sa veste. Un garçon… Cheveux courts, bouclés. Peau… oui, comme moi, mais pas vraiment. Il porte une casquette de travers. En se dandinant il s’approche et s’assoit, sans aucune hésitation, directement en face. Ses pieds cherchent aussi la chaleur.

Mon portable sonne. Je sursaute. Je l’ai mis sur la place côté couloir. Je suis encore si maladroit avec mes gants. J’ai mis mes affaires n’importe où, en les enlevant. C’était toujours ma grand-mère qui rangeait mes affaires. J’ai horreur de ne pas les retrouver. Quand cela m’arrive je rentre dans une terrible fureur. C’est encore un message de publicité sur mon portable – ils veulent me vendre des frigos. Avec cette chaleur, c’est génial.

Le garçon me regarde dans les yeux et dit “Hé M’sieur, y déchire méchant !!”. Se penchant vers moi, il prend d’autorité mon téléphone sans m’avoir demandé et le regarde intensément sous toutes les coutures. Puis, il le remet à sa place avec un sobre signe de la tête.

Qui est-il ? Marocain ? Algérien ? Tunisien ? Au plus 17 ans. Au chômage, sans doute! En chemin pour prendre un pot avec ses amis arabes au Vieux Port… et puis… débattre en faisant des gestes virils avec ses potes sur la Cannebière en regardant les cagoles Marseillaises passer.

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Tout à coup la porte s’ouvre. C’est le contrôleur qui arrive. Il me dit un « bonjour » chantant, mais… rien pour le gars. Il examine mon billet, le poinçonne, me remercie, et lui demande le sien. « Billet ! » Le jeune garçon est affolé par la venue du cheminot. Il cherche dans ses poches, gauche, droite, veste, pantalon, mais ne trouve rien. Front ridé, il farfouille son sac, effiloché à l’extérieur et désordonné à l’intérieur. Le contrôleur, chevronné je crois, attend les mains sur les hanches. Ses yeux bleus, sa peau blanche et son carnet rouge. Il me fait penser au drapeau français.

Je n’aime pas les scènes comme celle qui allait certainement se produire, aussi je m’excuse et m’absente pour aller aux toilettes.

A mon retour, alors que j’ouvre la porte, le contrôleur me jette un coup d’œil complice et s’en va, les mains dans les poches en sifflotant. Le gars qui vient de se prendre une amande. Il regarde le papier vert dans ses mains que lui remit le contrôleur, avec un air abasourdit. Apparemment anéanti.

Je m’aperçois que la place côté couloir où j’ai mis mon portable est vide. – Mon portable ? Il n’y a rien. Pourtant je suis bien sûr de l’avoir laisser là. Mon regarde tombe sur mon voisin. Tout à coup, la colère monte et me dévore la tête.

« Salopard ! Non seulement tu voyages sans billet, en plus tu oses me voler mon portable? » Il ne me répond rien et me regarde ébahi.

Rapidement, je tire, sans attendre, d’un coup sec, son sac et vide ses trucs ici et là sur le fauteuil. Je suis aveuglé par la rage. Le gars proteste, « Oh mes affaires ! Qu’est-ce que tu fais ?! » Je le secoue violemment et cherche dans ses poches – vite vite, avant que le contrôleur ne s’envole, je veux le prendre à témoin ! – Je fouille sa veste, sa chemise, son pantalon. Il essaie de m’en empêcher.

« - Laisse-moi tranquille ! T’es cinglé ou quoi ? - Je suis sûr que c’est toi. Où tu l’as mis ?! - Ca suffit… arrête! »

Non. J’ai fouillé partout. Mon portable n’est pas là… Mais alors ?

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Le train approche de Marseille. Dehors, je vois les complexes massifs pétro industriels générant des poussées d’émissions de gaz, et un million de feux scintillants jusqu’à l’horizon.

Je ne sais plus quoi faire. Brusquement, je me pétrifie.

Dring dring dring!

Mon portable sonne encore. Faiblement, certes, mais sourdement. Comme s’il était dans la poche de quelqu’un qui s’éloigne.

Là-bas, le contrôleur disparaît derrière la dernière porte au loin.

Et je n’entends plus rien.

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Der Ablass LEVEN, Lydia Je m’appelle Lydia Leven, je suis d’origine allemande et je suis actuellement en Master à Euromed Marseille, Ecole de Commerce. J’ai 27 ans et je suis née à Brême, dans le nord le l’Allemagne. A travers mes études en Allemagne, Angleterre et France, j’espère donc travailler dans le commerce intra-européen.

Je suis venue à Marseille il n’y a pas si longtemps. Quelque mois peut-être, quelques semaines de clarté, de chaleur, de soleil et de mer. L’infinité de la mer. J’adore. Je peux la regarder chaque jour, ses couleurs, ses compositions de mouvements et l’énergie qu’elle me donne. Je refuse de compter les jours. Depuis quand suis-je ici ? Je ne compte jamais les choses en général. Je veux juste oublier et profiter de la nature, de l’énergie de cet endroit.

Si tu rêves, le présent est toujours loin. Ce jour là, je me balade autour du Vieux Port. Je suis un peu la Corniche et je bois un café dans un petit bar du coin. Je suis très préoccupée avec mes soucis. Je n’entends plus le monde extérieur, je suis tournée vers moi.

Je me balade et profite du soleil c’est pourquoi je ne remarque pas le clochard devant qui je passe. Il ne paye pas de mine avec son manteau vert crapoteux, un grand trou au coude et un pantalon brun en velours côtelé dont l’une des jambes est trop courte. On peut voir sa peau irritée par une allergie et sa plaie, horriblement infectée. On voit des blessures profondes sur ses avants bras, traces d’une vie qui ne l’a pas épargné.

Je le regarde vraiment, en passant, à coté du tabac. Les mois précédant, mes yeux étaient passés sur lui sans le voir. Tout à coup, ses yeux me semblent fous, malades, comme ceux de quelqu’un prisonnier de l’alcool depuis trop longtemps. Il crie des choses que je ne peux pas comprendre. Elles sont plutôt adressées à lui-même. Il bafouille des choses à son chien lui aussi en piteux état. Il se met à jeter de l’eau sur le trottoir, comme s’il voulait le laver à fond. Il répète ce mouvement comme un rituel : ouvrir la bouteille, verser l’eau, rouvrir une nouvelle bouteille, encore une autre, encore une autre. Il paraît très concentré, il est obsédé par son travail. Il semble dans un autre monde.

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Je le dépasse et tout à coup, il hurle. J’étais juste à coté de lui, vous pouvez donc imaginer que c’était un grand choc pour moi ! Ce bruit ! Je me retourne, pour savoir vers qui il hurle. Il me regarde, il ne regarde que moi. Ses yeux sont fixés sur mon visage, il attend ma réaction. Je sens la froideur et un sentiment de faiblesse monter dans ma tête. Je sais qui il est ! Là, il prend encore sa bouteille d’eau et il reprend son rituel.

Je sais pourquoi il m’a fait trembler, pourquoi j’ai froid alors que c’est une jolie journée chaude, au milieu du printemps. Il y a quelque chose dans ses yeux. Quelque chose de haineux.

Evidemment, le soir, impossible de dormir. Je ne peux penser à autre chose qu’à lui...à cette après-midi. Je ne comprends pas comment il m’a retrouvé. J’ai changé mon adresse, mon nom, ma vie. C’est vrai, j’ai fui. Je me suis fui moi-même et mes cruautés. Lui, a tout perdu. Tout ce qu’on avait construit ensemble. La maison, la voiture, les enfants et notre petite fortune.

Plus tard, nos amis m’ont dit qu’il avait commencé à boire. Il n’était plus capable de travailler. Il avait perdu son entreprise. Ils m’ont dit qu’il était parti. Personne ne sait où il est. Je n’ai pas voulu tout ça, mais j’aimais un autre homme. C’était son idée : partir, tout laisser derrière nous et recommencer ensemble. Je l’aimais et jamais je n’aurais cru qu’il puisse me tromper et disparaître avec mon argent. Finalement, moi aussi, j’ai tout perdu.

J’avais peur qu’il me trouve et qu’il se venge. Mais maintenant, je le vois devant moi, il est devenu fou. Il a beaucoup changé… la vie dans la rue. Je me sens mal. Je n’ai jamais voulu qu’il finisse comme clochard. Toute la nuit, je ne dors pas.

Le lendemain, j’y retourne avec une bouteille d’eau. Je la lui donne. Il me regarde sans me voir. Il me reconnaît. Je suis paralysée. Il prend la bouteille d’eau et il continue à nettoyer le sol. Il ne me regarde plus.

C’est devenu un rituel pour moi. Comme une thérapie. J’arrive chaque jour avec des bouteilles d’eau et parfois, j’apporte aussi des choses à manger. Il me reconnaît. Il ne me le montre pas mais il me

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reconnaît. Il m’attend. Il ne me parle pas, jamais. Parfois, il hurle. Oui, mais je le comprends. Il me déteste. Je dois m’occuper de lui. Je veux qu’il me pardonne.

Un jour, j’arrive, il n’est plus là. Un sentiment de panique m’envahit. Où est-il ? Est-il parti ? M’a-t-il oublié ? Je le cherche partout. Je réalise qu’il me manque. Je l’aime encore. Peu importe son apparence, je l’aime encore.

Je cherche dans tout le quartier où je l’ai vu la première fois. Je passe des heures et des heures à courir les rues pour le trouver…des petits coins, même à coté des poubelles je le cherche. Je suis sûre qu’il m’attend quelque part et qu’il veut recommencer avec moi. Je comprends qu’il soit déçu. Je vais tout changer, je vais tout refaire….

Aujourd’hui je dors dans la rue avec les autres. Savent-ils qui je suis ? Connaissent-ils mon histoire ? Je n’en sais rien. Dans la rue personne ne parle. Tout est secret.

J’ai tout perdu. Je récolte ce que j’ai semé. Il a souffert, je souffre. Je n’ai plus rien. J’habite partout et nulle part. Je suis comme les autres. Parfois je hurle, oui je hurle et je ne peux pas m’arrêter. Puis je nettoie le sol. Avec toute ma force. J’adore la propreté. Parfois les passants m’apportent des bouteilles d’eau avec lesquelles je lave mon âme sombre comme l’enfer…

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Coup de foudre ! KOHLER, Christina Mon nom c’est Christina. Née en Allemagne en 1983, elle est aussi italienne. Mon futur, comme moi est un peu confus. Mes préférences : voyager, la musique, le sport et les personnes avec un bon cœur.

C’est la faim qui m’a permis d’escalader la façade. Je suis devenu un squelette, à force de ne pas manger depuis des semaines. Ma vie à Munich est triste, je me sens seul, isolé et ses perfectionnistes d’allemands me gonflent. La ville est trop propre : ils trient même les poubelles, ce sont de véritables maniaques dans ce pays. Pas la moindre Weißwurst à me mettre sous la dent ! Je suis absolument inutile dans cette ville ! Par contre ils y a des villes où je suis un citoyen indispensable.

J’ai peur de me laisser attraper, mais c’est l’odeur de la bouffe qui m’oblige à avancer de plus en plus. Je me balance avec facilité sur le balcon... et là, finalement, devant moi, quelque chose à manger. Heureux, je n’observe même pas ce qui m’entoure et je commence à dévorer des espèces de croquettes. Délicieux ! Brusquement, une odeur particulièrement forte occulte celle du plat magnifique que je suis en train de manger. Je sens une présence. Une ombre se déplace derrière moi. C’est quoi ca? J'ai peur, j’angoisse. Je n’ai jamais eu une très bonne vue. Je me suis toujours plutôt fié à mon odorat, mon sens le plus développé, mais dans ce cas, je suis perdu. Je tremble. Je sens mes oreilles se rabattre vers l’arrière de ma tête. Je commence à crier comme un cochon qu’on égorge. Face à moi, un monstre énorme qui m’oblige à reculer. Le monstre est trop grand. Il m’est impossible de le défier. Je me sens petit, faible, pas dans mon état normal. Je ne peux m’empêcher d’uriner tellement je suis effrayé et sans défense. Je recule…

Tout à coup, le sol se dérobe sous moi et je tombe. Je tombe du balcon. Ma chute n’a surement duré que quelques secondes, pourquoi ai-je l’impression que cela dure une éternité ?

Je m’écrase sur le dos, mais je ne sens pas de douleurs. Comme, d’habitude, je me reprends avec facilité et je me réfugie dans une zone plus sombre. Une ombre bouge devant moi. Tout à coup quelque chose se met entre la lumière et moi. Clac. Je me retrouve dans le noir. Tout commence à bouger.

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Ce n’est pas l’obscurité qui me dérange mais plutôt ce bruit sourd et constant que j’entends. En prenant le temps, je me rends compte que je suis dans un espace confiné, qui vibre et qui est en mouvement. J’y trouve une sorte de berceau dans lequel je me cache et progressivement mon cœur ralentit. Je reste calme quelques instants, mais le manque de confort ne me laisse pas de repos. L’odeur très forte de caoutchouc autour de moi, me fait tourner la tête. Je décide d’explorer cet espace étranger et effrayant. Je dois trouver une sortie ou au moins quelque chose à manger. J’ai toujours faim !

Je remonte et sort de mon abri. J’essaie de comprendre où je suis. J’avance doucement avec prudence, remarquant une odeur de fromage fermenté...Hum ! Mais non, malheureusement, ce sont des vieilles baskets. Juste à côté un grand carton dur comme j’en trouve dans les rues des quartiers pourris de Munich. Mais je ne peux pas entrer. C’est fermé, il y a même une serrure. Je m’éloigne de la caisse et je tombe sur des trucs doux et je commence à mâchonner. Ce n’est pas de la bonne nourriture, ça m’embête. J’observe les murs qui m’entourent. Ils ne sont pas droits et ils sont feutrés d’un matériel difficile à déchirer. Désespéré, je m’enroule dans un coin et j’essaie de dormir. Je me sens faible et abandonné. Je me sens même plus seul que d’habitude. Le bruit continu qui m’entoure me berce doucement dans mes rêves, rêves d’une nouvelle vie heureuse. Je dors…Je rêve de mon enfance...

A peine étais-je sevré que ma maman nous a abandonné. Tous, frères et sœurs, nous étions seuls dans ce monde cruel. Je devais prendre très tôt ma vie en main. Ma mère me manquait. Pas mon père que je n’ai jamais connu. D’où je viens, c’est comme ça ! Souvent je me baladais dans la ville. J’ai fait de mon mieux pour devenir heureux. Souvent j’ai changé de maison et de quartier, mais ça n’a pas amélioré mon niveau de vie. Nulle part je trouve de la nourriture régulière. Depuis toujours, nous avons été en guerre avec les géants. Ils ont souvent été vainqueurs. Nous, nous n’avions aucune haine contre eux. Ils nous ont souvent accusés de leur avoir apporté des maladies pourtant…sans nous, les villes seraient bien plus sales qu’actuellement. En fait, je n’ai jamais ressenti de bien-être dans cette ville. Au fond de mon cœur, ce n’était pas seulement des amis qui me manquaient, mais c’était aussi l’âme sœur qui devait être à côté de moi, que je cherchais.

Tout à coup, je me réveille douloureusement, mon corps vient d’être projeté contre la paroi. Je me rends compte que cela fait longtemps que je suis enfermé, des heures, des jours. La voiture commence à ralentir, elle s’arrête et redémarre plusieurs fois. J’ai peur. J’entends beaucoup de bruits. D’autres voitures, de nombreux klaxons et des voix étranges et là aussi de oiseaux...des mouettes ?

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Une grande clarté illumine tout le paysage. Vite, vite, je saute hors de cette cabine étrange. Je me retrouve sur le sol sous un soleil radieux. Devant moi, le Paradis ! A droite, à gauche, devant, derrière, tout n’est que nourriture délicieuse. Je me frotte les yeux n’en croyant pas les bonnes odeurs qui me parviennent. Une voix de géant m’explique que j’ai dû voyager dans le coffre d’une de leurs voitures.

-

Ô pétard, t’as vu le Schleu avec sa Mercedes, il a failli m’écraser !

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Peuchère, il ne doit pas savoir qu’ici, à Marseille, au marché des Capucins, on ne doit pas rouler en voiture !

Marseille ! Je suis à Marseille ! Excité je regarde autour de moi. C’est merveilleux ici. Je suis paralysé à la vision de toute cette nourriture sur le sol, des légumes et fruits de toutes couleurs, blets et fraîches. Jamais dans ma vie je n’ai vu autant de choses à manger. J’observe les géants, mais ici ils n’ont pas peur de moi. C’est l’endroit de mes rêves. Mon regard se tourne vers une montagne de poubelles des plus appétissantes. Où je pourrais trouver un refuge. Mais là, soudain...la plus belle rate que je n’ai jamais vu. Elle se balade majestueusement à 50 pattes devant moi. Une rate des champs. Elle est d’un noir brillant. Elle est magnifique. Environ 19 cm, avec une queue encore plus longue. Sa bouche délicate et ses yeux, quel bonheur. Son regard me croise et ça y est, je le sais, c’est la rate de ma vie ! Je n’ai même plus faim. Maintenant, je sais que je suis chez moi, ici à Marseille et que j’ai devant moi, une vie des plus heureuses...

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« Le corps n’est souillé que si l’âme y consent » FRANKLIN-JOHNSON, Elizabeth Apprentie et étudiante ESC Master 2, je viens du pays du Rosbif. A Marseille depuis un an et demi et je veux continuer ici, pour travailler, pour vivre et pour rêver.

Cette fois il est allé trop loin. Prendre tout mon argent…me faire ça…à moi. Je monte les trois marches qui mènent à la porte du commissariat de la rue Haïfa. J’ai, collé sur ma joue gauche, un paquet de glace entouré d’un torchon sur lequel est dessinée la carte du métro de Londres. Les arrêts de Covent Garden et Leicester Square sont sur mon hématome… C’est ma petite voisine blonde qui me l’a donné, sans me poser de questions. Je sens que ma peau est meurtrie, elle me brûle, et demain il y aura sans doute un bleu monstrueux. Il a fallu que je me défende, et maintenant, à cause de ça, mon poignet gauche me fait très mal. J’arrive devant la porte sur laquelle une fiche de papier indique « tirez fort ». J’essaye, mais toute mon énergie a maintenant disparu. L’adrénaline a arrêté de courir dans mes veines et je suis naze. J’essaye encore d’ouvrir la porte mais je ne peux pas. Les larmes me viennent aux yeux et elles roulent sur mes joues, j’ai le nez qui coule, le monde autour de moi devient flou, je baisse la tête et tombe sur mes genoux. Je ne veux plus. Maintenant l’histoire de ton pouvoir et de ton contrôle sur moi est finie… Je t’assure, je vais te tuer !

Moi, c’est Lucie, la lumière dans la vie de mes parents. Pourtant, en ce qui me concerne, je ne me suis jamais sentie comme telle. Pendant 17 ans, j’ai souffert à cause d’eux. Ma mère : fragile, aveugle et victime de tout, de la société, de la colère de mon père et de ma honte. Mon père : frustré car incapable d’expliquer les choses à ma mère, il ne s’exprimer qu’avec ses poings. Ma mère ne m’a regardée qu’une seule fois dans les yeux. Pourtant aveugle, elle m’avait visé comme l’aurait fait une personne voyante. C’était le jour où je suis partie. Elle avait percé mon âme, elle m’avait fixé droit dans les yeux « Le corps n’est souillé que si l’âme y consent ». J’ai disparu de leur vie pour de bon, cette fois ce n’était pas pour jouer à cache-cache.

Je me suis retrouvée dans un train en destination de Marseille. Adieu Paris et bon anniversaire. Un changement de ville et un vrai besoin de fric. J’étais jeune, je n’avais pas les moyens et c’était facile de vendre la seule chose que j’avais, mon corps. Je n’étais pas mal faite, les hommes me regardaient, me

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désiraient, mais les choses ne furent pas si faciles. Je n’étais pas au courant qu’il existait des lois non écrites, des accords entre filles. Elles sont très violentes et je me suis retrouvée aux urgences. La deuxième fois que j’y suis retournée, il est venu. Il m’a promis de me protéger et de me guider dans ce milieu. C’était la première fois que je ressentais un sentiment d’appartenance.

Ce matin, je suis au lit avec une colère qui brûle dans mon estomac et qui siffle dans mes oreilles. Maintenant que je l’ai dénoncé à la police je suis obligée de partir. Je ne suis devenue rien de plus que ce qu’est ma mère : la prisonnière d’un piège que j’ai construit de mes peurs. Bon, après ce qui s’est passé hier soir je n’ai plus d’argent et il faut que j’aille chez le médecin. Dans le miroir je constate que, finalement, ma joue gauche n’est pas aussi gravement blessée que ça. Mais, sur mon corps, c’est une autre histoire. Je n’ose pas regarder mon dos ni même mes jambes, je m’habille et me voilà prête.

Je marche en direction de l’Obélisque pour aller chez le médecin quand, tout à coup, je me retrouve en face de deux jeunes hommes habillés de la même façon : costume et cravate de couleur noire avec une chemise blanche bien repassée. L’un d’eux commence à me parler de mon air triste, son sourire est grand et je suis captivée par ses dents qui brillent au soleil. Quand il me passe une copie de son magazine je pique son portefeuille. Je le remercie pour la lecture et je pars. Je m’assois dans le cimetière de Mazargues et j’ouvre le porte-monnaie. Je ne trouve rien d’intéressant dedans : un billet de 5€, de la monnaie, une petite fiche avec des prières inscrites dessus ainsi qu’une carte de Témoin de Jéhovah indiquant qu’il n’accepte pas les transfusions sanguines. Pendant un moment je me sens coupable… et s’il lui arrivait un accident, les pompiers ne pourraient pas connaître ses croyances… Non, c’est peut-être mieux comme cela. Je lui ai sauvé sa vie !

J’attends son retour, il passe toujours par cette ruelle. J’ai un plan en tête et le déroulement est terriblement facile… j’espère qu’il viendra. Soudain je le vois de loin, une grande taille, oui je connais cette façon unique de marcher, les épaules hautes et ouvertes. Ses yeux, hautains, méprisants ne me voient pas. Il approche, je me suis cachée comme un rat. Dans mon cerveau je lui crie des insultes. Je m’entends respirer et je suis sûre qu’il m’entend aussi. Mon cœur est dans ma gorge, je transpire. Il avance vers moi et je me mords les lèvres, le goût du sang est dans ma bouche, j’ai envie de vomir. Il est presque sur moi maintenant, j’ai peur, je sens comme le couteau est léger … C’est lui qui me l’a donné. On était sur la plage du Prophète en train de manger des nectarines, il me l’avait passé la lame encore poisseuse de jus pour que je puisse couper la mienne. La lame a pénétré 82


dans la peau et j’ai coupé le fruit en deux d’un coup. Bien que ce fût la première fois que je l’utilisais, je me suis sentie tout de suite liée à ce couteau… Maintenant il passe, je sors de ma planque et j’essaie de plonger le couteau entre ses reins. La larme ripe sur l’os, je réalise que c’est plus difficile que je croyais. Ma rage est toujours présente quand je lève le bras et j’arrive à lui asséner un coup de couteau entre les omoplates. Il tombe et un râle d’animal sort de sa bouche. Par terre, il commence à gémir, cette fois je plonge la lame dans sa cuisse; sa peau est plus dure que celle de la nectarine, et malgré toute la force dont je dispose, je sens le couteau qui s’arrête, bloqué par son os ; je perfore son squelette. J’essaye de tirer pour le récupérer mais je n’arrive pas. Mes mains sont pégueuses comme elles l’étaient à la plage. Il est en train de bouger. Je vois par terre tout autour de lui des flaques avec des reflets noirs, comme le pétrole. Il me regarde dans les yeux, tout comme ma mère l’avait fait. Il voit lui aussi au plus profond de mon être. Il essaye de bouger mais son bras droit ne fonctionne plus et seules ses épaules tournent, une sorte de tic, presque comme un danseur, un danseur avec une lame dans la cuisse. Ses yeux regardent derrière moi, comme s’il pouvait percevoir quelque chose dans le lointain. Je sors son portefeuille et je le remplace par celui du Témoin de Jéhovah. Je sens une force me pénétrer : Alors qu’il est en train de perdre connaissance je me sens libérée. Je le laisse et je marche lentement. Personne ne tentera de le sauver.

J’ai toujours son porte-monnaie dans la main quand j’arrive chez moi. A l’intérieur, il y a assez pour vivre quelques jours, mais il y a surtout un billet de train. Demain, c’est décidé, je pars. Maintenant il me faut regrouper toute mon énergie. Mon âme n’a jamais été d’accord avec tout ce que je faisais, ma mère avait raison, je devais la libérer. Je retourne à Paris.

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Aujourd’hui notre cerveau est laminé par la société de consommation. Tout est pré mâché, rien n’est laissé à la liberté d’entreprendre de l’homme. Pourtant l’information n’est jamais allé aussi vite et nous n’avons jamais eu l’accès à tant de banque de données, et cela avec autant de facilité. Alors la direction d’Euromed Marseille, école de management, sous l’impulsion de Madame Fabre, a eu la formidable idée de faire travailler les étudiants étrangers sur des nouvelles noires, écrites en langue française. Encadrés par quelques étudiants français et un écrivain reconnu, les étudiants ont mené à bien ce travail. Le résultat dépasse toute espérance cette année, la quatrième, avec un cru particulièrement bon, qui justifie, s’il en était besoin, l’extraordinaire poussée de l’imagination des étudiants et le bien-fondé de cette opération qui débouche encore une fois sur un splendide recueil.

Gilles Del Pappas

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Black Marsiho  

Polar écrit par Alvaro Galassi

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