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1. Le dessin de coin de page, un tracé aléatoire.

La paranoïa-critique Procédé artistique du peintre Dali, la paranoïa-critique tire aussi profit de ce

À l’origine de chaque effigie, deux matières se rencontrent. Le crayon s’enfonce dans la fibre, l’encre se déverse pour se répandre entre les mailles du papier jusqu’à ce que naisse le point.

.

mécanisme propre au cerveau humain. Le paranoïaque délire dans son interprétation du monde face à son « moi », auquel il donne une importance exagérée. Dans une systématisation parfaite et cohérente, sa conviction de toute-puissance le conduit à la mégalomanie et au délire de persécution.

Sur la feuille blanche prolifèrent bientôt lignes et textures. Formes, taches, nuées et poussières alors s’entrecroisent, se coupent et se tordent, se répètent pour jaillir en mers de plomb et d’encre. Là où le néant règne, la noirceur prend chair. Surgit enfin l’embryon d’un nouvel être « vivant », premières cellules d’un authentique spécimen du Dæmondala.

Selon Dali, c’est « une méthode spontanée de connaissance irrationnelle basée sur l’objectivation critique et systématique des associations et interprétations délirantes». Une

multitude

de

formes

cohérentes

accompagne

des

hallucinations

l’interprétation

des

phénomènes

et

Durant cette phase préliminaire, seule l’intuition plastique dirige l’acte. Une mémoire musculaire précise, établie par des années à répéter le même mouvement de poignet, a consolidé le geste initial de l’alchimiste conjurateur. Par un procédé semblable à l’écriture automatique, cette étape établit le squelette de l’oeuvre et les bases primordiales de la gestation.

réels.

Le paranoïaque transforme sa sensation en perception et se convint de son délire. L’autorenforcement permet l’idéation du projet, vivant et agissant dans un monde étranger qu’il domine et façonne par son désir.

Ce dessin comporte déjà, à ce stade primitif, un éventail complet de données psychiques, mentales et émotionnelles. Chaque forme cache tensions, désirs, interférences névrotiques, frayeurs, épisodes d’indifférence, silences réflexifs, joies, états de conscience altérés, jouissances des sens, souffles, angoisses, déchainements et autres. Multipliée par quatre dans l’espace d’un cercle, cette charge sentimentale remontée en “mandala” crée le canevas de base de l’oeuvre.

L’artiste qui emploie la paranoïa-critique reprend les éléments du délire systématisé pour inspirer l’oeuvre à venir. »

Le coin de page, avec son amalgame de traits, est assemblé par juxtaposition de réflexions et symétries. La répétition des points, traits et formes procurent une composition centrale, parfaite, ordonnée, imposante. DÆMONDALA – Les Effigies de la folie 18

Daemondala - Les effigies de la folie (demo)  
Daemondala - Les effigies de la folie (demo)  
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