Page 1

La Feuille

NUMÉRO SPÉCIAL ASSISES DU JOURNALISME – 14 MARS 2018

ÉDITO

JOURNALISTE, UNE PROFESSION EN QUESTIONS

La parole aux journalistes

Admirés ou détestés ? 300 professionnels, anciens de l’école de journalisme de Tours, ont répondu à notre questionnaire sur la perception des médias. page 2

Insultés ou adulés ? Méconnus ou mal-aimés ? Qui sont les journalistes, à quels défis sont-ils confrontés ? Cette année encore, les Assises du journalisme tenteront de répondre à ces questions lors de cette onzième édition, intitulée «Un journalisme utile ? ». Le point d’interrogation a son importance. Prouver son utilité peut-il permettre de renouer le lien avec les citoyens, comme le fait localement Médiacités (p.4) ? Mettre un frein à cette défiance, certifiée par le baromètre annuel de La Croix ? Notre étude, elle, témoigne de la relation ambivalente entre public et journalistes (p.2-3). L’un des enjeux sera celui de l’indépendance (p. 8). Les derniers-nés que sont Ebdo, Vraiment ou Le Média la revendiquent. La soirée d’ouverture, « Dix ans après Mediapart, ils veulent incarner le renouveau », leur est consacrée. Indépendance, oui, mais vis-à-vis de qui ? Des pouvoirs politiques ? Économiques ? Brandie comme une marque de fabrique et un gage de qualité, elle pourrait être la clé de la confiance retrouvée et ne date pourtant pas d’hier : «T  oute notre tentative serait vaine si l’entière indépendance du journal n’était pas assurée », écrivait Jean Jaurès au sujet du journal L’Humanité. C’était il y a plus d’un siècle.


2 Enquête

14 mars 2018

La Feuille

DÉTESTÉS ET ADMIRÉS

Fréquemment la cible de critiques, les journalistes suscitent aussi l’admiration. C’est ce qui ressort de notre étude, menée auprès de 300 professionnels.

J

ournalopes », « fouilles-merde », « complotistes ». Au quotidien, les journalistes sont témoins de la mauvaise réputation de leur métier. Une profession qui n’inspire pas confiance, comme le montre le dernier Baromètre des médias de La Croix, qui fait pourtant toujours rêver les plus jeunes : chaque année, les concours d’entrée débordent de candidats. Si la plupart des enquêtes d’opinion demandent leur avis aux lecteurs, auditeurs et spectateurs, nous nous sommes nous tournés vers des journalistes, et plus précisément vers les anciens élèves de l’École publique de journalisme de Tours (EPJT), qui fête cette année ses cinquante ans d’existence, pour comprendre ce phénomène. Au total, 303 personnes ont répondu à notre questionnaire. Le but : mieux cerner le climat de défiance qui entoure la profession, à l’aide de ses acteurs.

Reproches et insultes en cascade

Près d’une personne interrogée sur deux dit avoir déjà été insultée à cause de son métier. Parmi les critiques régulières : celles « d’être à la botte du pouvoir, vendu aux lobbys » ou « soumis aux élites politiques et industrielles ». Sur le terrain, les journalistes ont pu être accusés de « mentir, déformer les propos », qualifiés de « vautours » et de « voyeuristes ». Ils encaissent aussi des critiques adressées à d’autres. « On m’a reproché le traitement du conflit en Roumanie, que je n’avais

pas couvert », confie une interrogée. Sept anciens de l’école sur dix ont déjà essuyé des refus d’interviews parce que les personnes n’avaient pas confiance en eux. Ils sont même plus d’un tiers à estimer que la profession est détestée.

Une défiance en hausse ?

Pour deux tiers des interrogés, la défiance envers la profession a augmenté depuis le début de leur carrière. « Les gens nous alertent moins », résume une journaliste. « Nous sommes de plus en plus considérés comme des communicants », analyse un autre. D’après certains sondés, les journalistes méritent cette défiance : « Cela fait longtemps que notre statut est critiqué. Aujourd’hui, les citoyens ont plus de facilités à nous le dire. Mais le problème, c’est qu’il n’y a pas de véritable remise en cause de la profession », explique l’un d’eux. Un autre est conscient que le journaliste doit faire face à un défi double : réagir vite face à une information et en même temps être très scrupuleux sur la vérification. Cette contrainte est souvent difficile à respecter : « Nous devons être respectueux des gens dont on parle et des règles déontologiques… que l’on a parfois tendance à sacrifier sur l’autel du buzz ». La peur de voir ses propos déformés, l’impression que tous les journalistes font partie de l’élite... Le lien de confiance journaliste-lecteur se dégrade, alors que les moyens pour interpeller les journalistes n’ont jamais été aussi nombreux.


Enquête

14 mars 2018

3

Infographie : Lorenza Pensa /EPJT

La Feuille

Insultés sur Facebook

La défiance envers les professionnels se manifeste ainsi sur les réseaux sociaux. Certains articles publiés sur les pages Facebook des médias sont commentés de façon très violente par les internautes. « Dès que l’on parle de sujets comme l’immigration, certaines personnes se défoulent en postant des commentaires xénophobes sous nos articles », explique un salarié de Ouest-France. Sur les réseaux, il arrive aussi que des journalistes soient insultés. Dans cette enquête, plus d’un tiers d’entre eux expliquent avoir été attaqués personnellement. « Des personnes m’envoient des messages sur mon compte Facebook. “ Fils de pute ”, “ journalope ”, je suis habitué. Au début, on a envie de répondre à ces messages provocateurs mais finalement il faut plutôt les ignorer », raconte un journaliste de l’hebdomadaire 7 à Poitiers.

Mal-aimé ou mal connu ?

En dépit de tout cela, une écrasante majorité (85,4 %) a déjà ressenti de l’admiration pour ce métier. La même proportion estime exercer une profession utile. « C’est souvent extrême dans les deux sens : soit les gens sont admiratifs, soit ils crachent sur la profession », explique un des journalistes. Pour un grand nombre, la principale solution reste la communication avec le public. « Il faut discuter avec les gens pour qu’ils se rendent compte qu’ils ont une image galvaudée et instrumentalisée de notre métier, poursuit une autre. Qu’ils comprennent combien la corporation est précaire, loin des idées reçues. sur le statut socio-économique. Il faut avoir cet espace d’échange avec nos lecteurs, auditeurs et spectateurs. » 

Pablo MENGUY, Lorenza PENSA et Daryl RAMADIER

la méthode : un coup de main des anciens

P

our réaliser cet article, nous avons envoyé une enquête au x anciens de l’École publique de journalisme de Tours (EPJT), en leur demandant de répondre à de 19 questions. Sur les 303 journalistes ayant

répondu à notre étude, la parité e s t p re s q u e p a r f a i te m e nt respectée: 152 sont des hommes e t 1 5 1 d e s f e m m e s . 6 1  % travaillent en presse écrite ou sur le web, 22 % à la télévision, 12 % à la radio. Les autres sont

multi-supports. Quant au statut, si 62 % sont en CDI, 24 % sont pigistes ou indépendants et 14 % sont en CDD. En moyenne, les journalistes sondés travaillent depuis seize ans dans de domaine et sont âgés de 37 ans.

Plus d’infos sur notre site Assises. journalisme. epjt.fr.


4

Sur le vif

14 mars 2018

La Feuille

PAGES RÉALISÉES PAR L’ENSEMBLE DE LA RÉDACTION

MÉDIACITÉS, UN AN APRÈS

Photo : Médiacités

Le journal d’investigation en ligne Médiacités a fêté son premier anniversaire en décembre. Après son lancement dans quatre villes (Lille, Toulouse, Lyon et Nantes),le site a ouvert une partie de son capital. Il vient de clore sa levée de fonds, après avoir récolté près de 350 000 €. Sylvain Mor van e st l’un de s cofondateurs.

Quel premier bilan dressez-vous de cette expérience ? On est encore loin de l’objectif de 3 000 abonnés par ville couverte par Médiacités. Ça prend du temps. Mais on est sereins quant à notre capacité à y arriver. Pour ce qui est de nos enquêtes, je pense que nous avons fait nos preuves. À Toulouse, par exemple, nous avons fait des enquêtes sur les élus, les députés, mais aussi sur Airbus et La Dépêche

6

du Midi, qui sont réellement des pouvoirs locaux. En tout cas, on essaye d’offrir la même quantité de contenus pour chaque ville. On doit continuer à faire la preuve de la solidité de notre modèle et de la pertinence éditoriale de ce qu’on a inventé : un média d’investigation multivilles.

Comment vous positionnez-vous par rapport à la presse locale ? Nous souhaitons apporter un complément, puisqu’on ne se considère pas en concurrence avec la presse quotidienne régionale (PQR). On offre une information différente, toujours avec l’idée de constituer des contre-pouvoirs locaux. Notre souhait est d’être garant de l’investigation en région. Médiacités s’inscrit dans un écosystème où l’investigation locale manquait. Que pensez-vous de la notion de « journalisme utile » ? Médiacités est-il utile ? Je le pense, oui. Mais au final, c’est au lecteur de le dire. Le journalisme utile doit apporter une contribution au débat démocratique. Cela peut être une enquête, un débat, une tribune offerte à des gens qui méritent d’être entendus. Je ne supporte pas qu’on parle de journalisme positif quand on évoque les trains qui arrivent à l’heure. Cette expression signifierait que nous faisons du journalisme négatif.

millions d’euros : c’est ce que Françoise Nyssen, la ministre de la Culture, souhaite débloquer pour son plan pour l’éducation aux médias et à l’information (EMI). Elle double ainsi l’enveloppe accordée à l’EMI sans dévoiler pour l’instant la répartition des crédits.

L’ E P J T a u x Assises, ce sont aussi des Facebook Live , des livetweets (@AssisesEpjt),et des articles tous les jours sur notre site Assises . journalisme.epjt.fr.

CINQ IDÉES REÇUES SUR LES JOURNALISTES LES JOURNALISTES SONT TOUS PARISIENS Pas tous, mais en majorité. Parmi les journalistes qui possédaient la carte de presse, en 2017, 20 303 étaient Franciliens contre 14 744 provinciaux. Ce sont ensuite les Bretons qui arrivent en tête dans le classement des régions et c’est en Poitou-Charentes que les journalistes sont les moins nombreux. LA MAJORITÉ DES JOURNALISTES TRAVAILLE À LA TÉLÉ C’est dans la presse écrite, print ou web, que travaillent la plupart des journalistes. Il y avait 20 539 journalistes encartés en presse écrite contre 5 795 en télévision, en 2017. POUR ÊTRE JOURNALISTE, IL FAUT FAIRE UNE ÉCOLE La majorité des titulaires de la carte de presse n’est pas passée par une école de journalisme. Seulement 6 500 sont diplômés d’une des 14 formations reconnues en France, contre 28 700 qui ne le sont pas. Cependant, aujourd’hui, les employeurs recherchent de plus en plus des journalistes diplômés. LES JOURNALISTES GAGNENT BIEN LEUR VIE Pas tous, loin de là. Difficile pour une partie des journalistes de gagner un salaire correct, en particulier pour les pigistes. Le revenu médian d’un journaliste en CDI est de 3 549 euros. Pour les journalistes en CDD, il est de 1 896 euros et pour les pigistes de 1 969 euros. LES JOURNALISTES SONT EN MAJORITÉ DES HOMMES Pour les titulaires de la carte de presse, les journalistes masculins sont toujours en majorité : 16 500 femmes contre 18 800 hommes. Elles sont encore plus minoritaires aux postes de direction. Source : Observatoire des métiers de la presse.


5

14 mars 2018

Infographie : Lorenza PENSA

La Feuille

DEMANDEZ LE PROGRAMME ! Débats, ateliers et divers événements rythmeront ce mercredi 14 mars. 9h15 - 10h45 L’éducation aux médias et à l’information (EMI) est à l’honneur en cette journée d’ouverture. Petits et grand pourront débuter avec l’atelier « Éducation à l’info : agir dès le primaire ». Une animation organisée en partenariat avec le Centre de liaison de l’enseignement et des médias

d’information (CLEMI). De nombreux événements consacrés à l’EMI se succèderont tout au long de la journée, jusqu’à la remise des prix Éducation à l’information, à 17h30. 10h - 11h30 Pour aborder le sujet des fake news, assistez à la projection du documentaire « Le Vrai du Faux » aux cinémas Studios. Un échange avec les réalisateurs suivra. Voir page 7.

14h - 16h Après un passage à l’hôtel de ville de Tours pour découvrir des photos de l’Agence France-Presse, participez au débat : « Un journalisme utile, un journalisme porteur de solutions ». 18h15 - 19h45 Monkey, Konbini, Brut et Loopsider réunis ? Poursuivez la journée avec le débat « À la poursuite des millen-

nials : les vidéos d’information virales », animé par Chloé Woitier, journaliste média du Figaro. 20h30 - 22h30 De nouveaux médias ont fleuri récemment. Après avoir jeté un oeil à notre infographie récapitulative ci-dessus, rendez-vous à la soirée d’ouverture intitulée « Ebdo, Le Média et Vraiment : 10 ans après Médiapart, ils veulent incarner le renouveau ».


6 Focus

14 mars 2018

La Feuille

L’assurance-vie de l’info Photo : Premières Lignes

La plateforme Forbiddenstories.org, lancée le 2 novembre, permet à des journalistes en danger de sauvegarder leur travail.

Laurent Richard est réalisateur.

C

es dix dernières années, plus de 700 journalistes sont morts pour leur travail. « En cas de mort, d’enlèvement ou d’arrestation, l’enquête continuera de vivre. » C’est ainsi que Laurent Richard décrit Forbidden Stories, dont il est à l’origine. Quand un journaliste se sent menacé, la plateforme lui permet de sécuriser ses données et de donner des instructions pour permettre à ses confrères de finir l’enquête en cas de problème. Partenaire de Forbidden Stories, le Consortium

international des journalistes d’investigation (ICIJ) travaillera à sa vérification et à sa publication. « Q u an d j’é t ai s e mp r i s o nn é e n Azerbaïdjan, j’ai échangé avec une journaliste azérie qui m’a demandé de finir son enquête. » Laurent Richard, par ailleurs rédacteur en chef de Premières Lignes, a vu dans cet appel à l’aide l’occasion de « faire quelque chose de plus organisé ».

Un projet mûri dans le Michigan Son reportage a été diffusé le 7 septembre 2015 dans Cash Investigation. Bakou a poursuivi Elise Lucet et Laurent Richard pour diffamation. Ils avaient qualifié le régime de dictature. « L’Azerbaïdjan ne peut exporter sa censure au-delà de ses frontières », a déclaré Laurent Richard dans Le Monde après sa relaxe. Habitué aux enquêtes dans les pays où la liberté de la presse est menacée, Laurent Richard a dé velopp é son idé e à l’université du Michigan pendant un an. La sécurité des données est l’élément clé. « Le site utilise le système de cryptage

lancé par Edward Snowden, SecureDrop, pour assurer des échanges anonymes », explique le créateur. Les journalistes sous la menace sont aussi invités à utiliser des mails cryptés, ainsi que Signal, une application ad hoc.

Une dizaine d’organisations Pour mettre à mal la censure, Laurent R i ch a rd a m i s é s u r l’e nt r a i d e : « Nous travaillons avec une dizaine d’organisations. En parallèle, nous entretenons des relations avec des journalistes en danger. Les enquêtes sont globales et nous touchent tous. » Laurent Richard ne peut communiquer d’informations sur le nombre de contributeurs et leur profil. Il y voit surtout un moyen de défendre la liberté de la presse. « Nous pouvons protéger le journaliste de façon indirecte en donnant une assurance-vie au reportage, se réjouit-il. Nous ne rendons pas hommage au journaliste. Nous sauvons l’information pour informer le public. » 

Charles LEMERCIER

Médiateur : « Le plus beau poste »

La fonction de médiateur de presse est souvent méconnue. Pour Bruno Denaes, de Radio France, son rôle est pourtant essentiel au bon fonctionnement des médias. peut s’en passer... C’est la raison pour laquelle il y en a peu. » Il n’en existe aujourd’hui que neuf dans les médias français.

Faire face aux réseaux sociaux Bruno Denaes et ses confrères doivent faire face aux réseaux sociaux, qui permettent à chacun d’interpeller directement les journalistes. Photo : Radio France/Christophe Abramowitz

J

e reçois 3 000 messages par mois. Je les lis tous. » Bruno Denaes est médiateur des antennes de Radio France. Créer du lien entre les auditeurs et la rédaction, c’est sa mission au quotidien. Il s’occupe de répondre et de faire remonter toutes les remarques et interrogations des auditeurs dans la rédaction : ce qui les a ennuyés sur les antennes, ce qui leur a plu, ce qui les a gênés… « Les auditeurs de Radio France ne laissent rien passer. » S’il ne peut pas répondre à toutes les demandes, il prend son rôle très à cœur depuis sa nomination par Mathieu Gallet, il y a deux ans et demi. « Mettez les auditeurs au centre de Radio France », lui avait-il dit. « Mon métier est de plus en plus rare. Quand un journal veut faire des économies, ce sont souvent les médiateurs qui en font les frais. Un médiateur, on

Bruno Denaes est médiateur à Radio France depuis deux ans et demi.

« Un journaliste qui répond directement à un internaute, je trouve cela bien. Mais l’intérêt du médiateur, c’est qu’il va centraliser au maximum tout ce qui arrive pour en débattre au sein de la rédaction. » En général, les journalistes acceptent la critique et prennent au sérieux le rôle des médiateurs. Pour mieux faire connaître sa profession, Bruno Denaes a lancé en 2017 une lettre mensuelle d’information. Celle-ci est destinée aux auditeurs, en répondant à ce qu’ils ont pu commenter et reprocher aux journalistes de la station. « Mon métier est très pédagogique. L’idée est de pouvoir justifier le travail de la rédaction pour mieux correspondre aux attentes des auditeurs. C’est le plus beau poste de ma carrière ! » 

Thomas CUNY, Valentin JAMIN et Noé POITEVIN


La Feuille

14 mars 2018

Focus

7


8 Galaxie Relation immédiate

14 mars 2018

«Au début, la doxa disait qu’il ne pouvait y avoir de modèle payant sur internet, c’était le règne du gratuit. Avec Mediapart, on a réussi à être payant sans publicité. On a une liberté absolue, on ne se soucie jamais de perdre de la pub, vu qu’on n’en a pas. Beaucoup de nos lecteurs nous critiquent, nous remettent en cause dans les commentaires et c’est très bien. Je n’avais jamais connu cette intensité dans la relation avec le public. L’État devrait aider les petits médias indépendants qui veulent se lancer plutôt que de donner des millions aux journaux détenus par des milliardaires.» Fabrice Arfi, Mediapart.

La Feuille

Pas de milliardaires

«Nous sommes huit journalistes à avoir fondé Les Jours après que Drahi a racheté Libération. L’indépendance on l’avait dans nos veines. L’idée c’était de faire “notre propre truc”. Être indépendant signifie qu’on ne dépend pas d’un milliardaire. Il faut faire vivre d’autres médias à côté des grands groupes. Leur permettre d’exister, c’est le seul moyen pour atteindre le pluralisme. » Raphaël Garrigos, Les Jours. Solution : l’adhésion ?

éthique personnelle

«Notre indépendance re«Je me suis toujours senti pose sur trois piliers, elle indépendant, même est financière, commerlorsque je travaillais à ciale et éditoriale. Le France Télévision ou capital appartient aux M6. J’ai été rédacteur quatre co-fondaen chef de Capital, teurs. Il ne faut pas c’était parfois une être opaque sur lutte dingue pour qui finance. C’est faire nos sujets l’actionnariat qui mais j’étais indécrée la dépenpendant. Le mot dance. Auindépendance est jourd’hui, notre donné en pâture. modèle est sans Internet a aboli publicité et reDe plus en plus de médias se revendiquent des frontières pose sur les indépendants, mais tous n’en ont pas la entre le média et le abonnements. même définition. De qui est-on vraiment public. Cela a ouNotre nouvelle indépendant ? La liberté éditoriale est-elle vert un espace de liversion proposera liée à l’indépendance financière ? La relation berté pour la création bientôt l’adhésion à avec le public est-elle différente ? et la réalisation. À prix libre.» Spicee, on est indépenPierre Leibovici, dants financièrement, on L’imprévu. compte sur les contributions du public. La vraie seule indéLoin des annonceurs pendance, c’est l’indépendance édi«On ne peut pas être totalement toriale. On fait ce qu’on veut, on proindépendant, mais il faut choisir sa déduit ce que l’on veut avec la forme que pendance : nous avons choisi de l’être des lecl’on veut.» teurs. Environ 72 % du budget est issu de leurs dons et 20 % Jean-Bernard Schmidt, Spicee. provient de subventions. C’est ce modèle économique qui garantit notre indépendance éditoriale. La publicité ne fait pas vivre Reporterre, donc elle ne dicte pas ses choix éditoriaux. Nous n’alMultiples financeurs lons pas hésiter à publier une enquête qui va à l’encontre des «Nous avons fait le choix de diversifier grandes marques automobiles, l’un des premiers annonceurs de les recettes via des abonnements et des la presse française. Ce n’est pas anodin si nous avons révélé en publicités. La dépendance c’est le fait France que Renault explosait les seuils des tests antipollution. de compter sur un petit nombre d’acNotre indépendance vis-à-vis des grandes entreprises et des insteurs qui contribue beaucoup au chiffre titutions nous permet de publier des enquêtes qui auraient peutd’affaires.» être plus de mal à trouver leur place dans les grands médias.» Gil Mihaely, Causeur. Marie Astier, Reporterre.

Indépendant : pour quoi faire ?

La Feuille. Numéro spécial Assises du journalisme 2018. École publique de journalisme de Tours (EPJT) – IUT de Tours, 29, rue du Pont-volant, 37002 Tours Cedex, Tél. 02 47 36 75 63 Directeur de publication : Nicolas Sourisce. Rédaction en chef : Antonin Chilot, Guillaume Launay. Édition : Élodie Auffray Rédaction : les étudiants de deuxième : année, Clément Argoud, Louise Baliguet, Manon Brethonnet, François Breton, Clément Buzalka, Thomas Cuny, Margaux Dussaud, Taliane Elobo, Tiffany Fillon, Clara Gaillot, Emma Gouaille, Valériane Gouban, Valentin Jamin, Charles Lemercier, Anastasia Marcellin, Pablo Menguy, Théophile Pedrola, Lorenza Pensa, Noé Poitevin, Daryl Ramadier, Malvina Raud, Alizée Touami, Hugo Vallas. Conception graphique : Laure Colmant/EPJT sur une idée de Frédéric Pla. Site Internet : www.epjt.fr. Impression : université François-Rabelais, Tours. ISSN : 0299-3406. Dépôt légal : mars 2018. Toute reproduction interdite et passible de poursuites.

Edition du mercredi 14 mars  
Edition du mercredi 14 mars  
Advertisement