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De : “Anne-Perrine Couët” <anne. perrine.couet@free.fr> Envoyé : jeudi 21 octobre 2010 11h31 À : “lamoruenoire” <lamoruenoire@ wanadoo.fr> Objet : 48 mètres

Bonjour, /// Je me permets de vous envoyer ce message plutôt que de vous téléphoner, n’ayant plus une minute de forfait pour ce mois. Christine a probablement du vous informer que j’étais souffrante ce weekend, raison pour laquelle je n’ai pu me rendre aux Terres Neuves pour y travailler. La semaine passée, les mouvements de grève ont certains jours bloqué la circulation habituelle du tramway ; or, n’étant pas motorisée, je n’avais que cette solution pour me rendre à Bègles, et le trajet équivalait pour moi à parfois plus d’une heure et demi de route... /// Ajoutés à cela, les cours (manqués au début du mois que je me devais de rattraper tant mal que mal), et les projets menés parallèlement (absolument chronophages, nécessitant énormément de moyens humains et techniques), ne m’ont pas permis de m’investir comme je l’aurais souhaité dans ce projet de dessin mural. Je sais que je suis seule fautive, que j’ai bien mal géré mon temps et mon espace - j’ose à peine espérer que mon âge et mon inexpérience puissent justifier de ce manquement de rigueur - quand cette proposition n’avait de cesse de

m’emballer et d’occuper mon esprit les derniers mois de cet été (encore une fois, complètement embourbés par le travail administrativement lobotomisant dans lequel j’étais engagée jusqu’à début octobre - soit huit jours avant le vernissage). /// J’ai peu d’expérience, je me répète, dans de tels projets, puisque je n’avais encore jamais eu l’occasion de travailler à-même le mur sur une possibilité de telle surface - bien que j’espère sincèrement pouvoir par

le futur réitérer EN MIEUX la chose (et c’est finalement


cela, mon cheminement : penser sans cesse qu’à l’avenir je serai capable de MIEUX FAIRE) -, mais la précipitation et la pression que j’ai pu ressentir (pression dont je suis encore une fois seule dépositaire, au vu de la qualité des productions présentées par les autres exposants de la Biennale 2D) ont fait que j’ai dérogé plus ou moins grandement à mes techniques habituelles de travail et de pensée, c’est-à-dire que j’aime avoir l’illusion de maîtriser mon support ou mon sujet, pour une part maximale, afin de me prévenir des aléas et d’être la plus consciente possible de ce que j’inscris quelque part. /// Peut-être plus

tard laisserai-je une place, qui peut, et c’est légitime, paraître nécessaire à certains, au hasard ou à l’inattendu, mais j’estime ne pas avoir encore assez de pratique pour m’écarter du sérieux qu’implique le contrôle de soi, de ce que l’on avance et produit ; d’autant plus lorsqu’il s’agit

de travailler sur une façade de quarante-huit mètres. /// Probablement fus-je déstabilisée, et cet écart crée entre mes habitudes et la réalisation concrète, au jour le jour, d’un projet qui n’était pas abouti ou totalement « né » en mon esprit, a fini de me rendre honteuse du PEU fourni, quand j’aurais tant souhaité donner BEAUCOUP. /// Il me semble que j’étais inscrite au 28.10 pour les rencontres en soirée ; j’y serai présente, et j’espère d’ici-là avoir pu dégager deux jours pour « parachever », dans la mesure toute mesurée valant pour résultat de l’emploi de ce terme, les dessins sur la porte fermée et le périmètre proche l’entourant. Je ne pense pas avoir le temps ou le courage de me répandre ailleurs sur l’espace dans les conditions explicitées ci-dessus, et pour cela je tiens encore à vous présenter mes plus contrites excuses. N’hésitez-pas à me répondre même brièvement pour me donner votre sentiment, Bien cordialement, et à très

bientôt donc, Anne-Perrine

Couët /////////////


dont je suis encore une fois seule dépositaire, au vu de la

qui n’était pas abouti ou totalement «né» en mon esprit,


c’est-à-dire que j’aime avoir l’illusion de


Tout jadis. Jamais rien d’autre. D’essayé. De raté. N’importe. Essayer encore. Rater encore. Rater mieux. Samuel Beckett, Cap au pire, Paris, Éd. Minuit, 2007



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