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Nam June Paik Rabarama les personnages à la recherche du soi 1

L’artiste, c’est un chercheur qui critique, un explorateur qui s’intéresse au monde qui l’entoure et qui s’en inspire. Dans les années soixante Nam June Paik donne naissance à l’art vidéo1, c’est-à-dire à la vidéo en tant qu’expression artistique, un courant qui est influencé par la télévision et par l’avancement technologique. De nos jours, un exemple parfait de cet intérêt à la technologie serait le travail de Rabarama, DrawLight Studio et leur réalisation « Bozzolo » la première projection 3D à 360 degrés. Depuis les années 60 jusqu’à nos jours, la vidéo ne cesse pas d’évoluer. Aujourd’hui on parle d’un médium reconnu dans le domaine de l’art contemporain. Nous pouvons également considérer les projections vidéo et encore le 3D mapping comme une forme contemporaine de l’image en mouvement. « TV Buddha » est un travail emblématique de l’artiste sud-coréen Nam June Paik. En 1974, lors d’une exposition à Galeria Bonino à New York2, il présente pour la première fois l’œuvre. Elle peut être considérée comme une réflexion sur la télévision, devenue à cette époquelà un objet presque culte dans les sociétés occidentales. « TV Buddha » représente une statue de Bouddha en bronze, mise en place devant un écran télé qui émet sa propre image, filmée par une caméra placée derrière le téléviseur. L’installation pose la question de la surveillance. Le personnage de Bouddha contemple donc

son reflet électronique, mais c’est aussi l’image diffusée qui surveille la statue. Le spectateur se demande s’il y a vraiment une action ou bien il s’agit d’une simple contemplation. La vidéo telle qu’on la connaît à cette époque-là, c’est une image en mouvement, mais ce mouvement n’est pas présent dans l’œuvre de Nam June Paik. L’installation, ou plutôt la projection, n’a ni de début, ni de fin. Il s’agit d’un moment capturé, d’une image projetée en temps réel, mais ce temps semble être arrêté. Premièrement c’est la statue elle-même qui représente un instant saisi – Bouddha qui médite comme si le temps s’était arrêté pour lui aussi, un moment de détente absolue. Deuxièmement, c’est l’installation qui accentue davantage sur cette immobilité du personnage. On a l’impression d’un cercle fermé – une statue qui reste fixe et également une présentation en temps réel d’une immobilité. L’image de chacun de ces deux univers est accueillie et restituée par le média de


Nam June Paik - « TV Buddha »

Nam June Paik - « TV Buddha »

l’autre. Rien ne se passe vraiment. L’artiste nous prédispose à découvrir cet instant tellement intime.

abordées dans la perspective de l’éveil. Il s’agit donc d’une voie individuelle dont le but est l’éveil du désir égotique et de l’illusion, causes de la souffrance de l’homme. La statue de Bouddha qui contemple son image diffusée sur l’écran, évoque aussi l’effet du miroir et donc le mythe occidental de Narcisse. Mais c’est exactement ce désir égotique et cette illusion d’une fausse réalité qui attardent l’éveil. L’œuvre de Nam June Paik peut être considérée comme une critique de la société, et surtout de la télévision qui empêche notre « éveil », qui nous rend immobiles et qui nous propose une réalité déformée.

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Est-ce qu’il s’agit ici d’une critique du spectateur? A mon avis, l’artiste critique la société et le spectateur qui reste immobile pendant des heures devant son téléviseur comme s’il était en train de méditer. Regarder la télévision, c’est la nouvelle détente dans les années soixante. Nam June Paik utilise la vidéo comme un médium de travail et en même temps il questionne la télévision et l’avancement technologique. En confrontant une statue ancienne, symbole de l’histoire d’une civilisation et de sa tradition de pensée, à un médium électronique comme la télévision il nous invite à réfléchir sur les nouveaux médias qui prennent la place du spirituel. Ce qui semble le plus intéressant dans l’œuvre de Paik est le fait d’avoir choisi le personnage de Bouddha. Pourquoi Bouddha? Est-ce qu’on doit chercher la réponse de cette question dans la théorie du bouddhisme? Le bouddhisme, entre la religion et la philosophie, présente un ensemble de pratiques méditatives et éthiques, de théories psychologiques et cosmologiques,

L’artiste italienne Paola Epifani ou Rabarama, s’intéresse aussi à l’individu et sa solitude dans la société, mais également à la relation entre la terre, la nature et l’homme. Ses personnages expriment l’essentiel de la condition humaine et de ses contradictions: les relations paradoxales qu’elle entretient entre la matière corporelle et physique et l’essence profonde de la méditation. L’artiste elle-même décrit son travail comme faisant référence à une ancienne philosophie et culture dont elle s’inspire. En 2011, en collaboration avec DrawLight Studio, elle réalise la première projection 3D


Rabarama - « Bozzolo »

Rabarama - « Bozzolo » 3

d’images diverses sur une sculpture d’une forme humaine. Lors de l’exposition intitulée « ANTIconforme » à Florence, le premier vidéomapping à 360 dégrées sur une sculpture donne une nouvelle vie à son œuvre « Bozzolo ». Rabarama, comme Nam June Paik, est une artiste qui s’intéresse à la technologie, s’en inspire et découvre de nouvelles pistes de recherche. On retrouve le concept de l’immobilité dans son travail mais cette fois c’est grâce au mapping que la statue est rendue vivante. Sa « peau » change de couleur et de motifs, comme si elle était à la recherche du soi. C’est un univers où s’affrontent la réalité et la virtualité dans un ensemble indissociable. L’animation de la statue évoque une réflexion non seulement sur l’évolution mais aussi sur le caractère et les sentiments humains. La sculpture est animée, mais le personnage reste distancié, encore fermé pour tout ce qui est autour de lui. La pose suggère la solitude, la méditation et l’isolement de l’individu. L’œuvre « Bozzolo » est réalisée en aluminium blanc. Tous les motifs qui apparaissent font partie d’une projection. Les spécialistes de DrawLight studio utilisent quatre vidéoprojecteurs dans le but de ne pas accentuer sur

la technique de mapping. Elle reste cachée au profit de l’esthétique et de l’œuvre. Aujourd’hui la télévision en 3D devient de plus en plus accessible, mais la projection tridimentionnelle à 360 dégrées est plus ou moins inconnue pour le public. Dans le travail de Nam June Paik, la technique de projection et le moyen de mettre en place l’installation sont visibles. Voilà pourquoi nous pouvons parler d’une œuvre qui nous invite à réfléchir non seulement sur la télévision, mais aussi sur les dispositifs de vidéosurveillance. Contrairement au travail de Paik, en analysant l’œuvre de Rabarama et DrawLight studio, nous essayons de découvrir le moyen de sa réalisation. Les quatres vidéoprojecteurs sont invisibles pour le spectateur, les artistes ne révèlent pas leur technique de travail. Ils n’ont pas pour but d’accentuer sur l’avancement technologique qui rend possible le mapping à 360 dégrées. Ils présentent un projet qui va encore plus loin dans la création tridimensionnelle, tellement loin qu’ils arrivent à cacher la technologie et ne pas parler d’elle. Les deux œuvres commentées ont quand même une thématique commune – le moment intime,


Rabarama - « Bozzolo »

Rabarama - « Bozzolo »

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l’individu qui médite et qui est à la recherche de sa personnalité. Dans le premier cas c’est à travers l’image de Bouddha que Nam June Paik nous invite à y réfléchir, dans le travail de Rabarama c’est la projection vivante. Ces deux artistes s’intéressent non seulement à l’art créé à l’aide de la technologie, mais ils ont aussi un message commun à transmettre au public – la réflexion sur notre identité, sur notre société et la vie. Quarante ans plus tard, l’isolement de l’individu et la recherche du soi restent un sujet actuel, c’est juste le mode de représentation qui a évolué grâce à l’avancement technologique. Alexandra Bakalova M1 Arts et médias numériques

1 « Les mouvements dans la peinture », p.171 Art vidéo, Patricia Fride-Carrassat, Isabelle Marcadé, édition Larousse 2 http://www.medienkunstnetz.de - « TV Buddha »


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