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U.J.F.A UNION DES JUIFS DE FRANCE ET DE LEURS AMIS

Association culturelle régie par la loi du 1er juillet 1901 et du décret du 16 août 1901 - Déclarée à la préfecture des Bouches-du-Rhône le 3 février 1998. Siren : 500 187 216 000 14 - France-Europe 20 Euros - Autres pays : 25 Euros - 5000ex. distribués par la Poste.

5, rue Turbigo 75001 PARIS Tél. 09 77 44 65 81 & 41, rue Paradis 13001 MARSEILLE Tél. 04 91 54 88 88 ujfa@wanadoo.fr www.ujfa.com

N° 9 – Printemps/Eté 2010-5770 Le magazine de l’UJFA – Directeur de la publication : Jean-Pierre Saal

400 lieux de mémoire oubliés Un pays, qui ignore son passé, a-t-il un avenir ?

Lettre ouverte au Président de la République

(page 3)

Les Français juifs des racines multiséculaires Les rues du Moyen-Âge - Philatélie juive La Shoah et les plaques commémoratives

Avec le concours de : - Maître Sonia Valero, Présidente de l’Union Mondiale pour la Mémoire Juive - L’Union des Engagés Volontaires Anciens Combattants Juifs 1939-1945 leurs Enfants et Amis (U.E.V.A.C.J.E.A.)


Lettre ouverte au Président de la République, Monsieur le Président de la République, Nous sollicitons de votre haute bienveillance afin d’encourager les maires des communes concernées par le devoir de mémoire (Cf. liste pages ci-après). Nous aimons la France. Encore faut-il qu’elle veuille bien nous le rendre. N’est-ce pas aussi cela le respect de l’identité nationale ?

Par ailleurs, nous serions sensibles au fait que tous les Maires de France qui, comme François Bernardini, maire d’Istres (Bouches-du-Rhône) et Denis Yvanes, maire de Bazoches-sur-Vesle (Aisne), respecteront l’Histoire sans révisionnisme (ou censure), qu’ils soient promus Chevaliers de la Légion d’honneur pour avoir intégré les Juifs dans la Nation. Bien sûr, à ce sujet, nous avons sollicité la bienveillance de Brice Hortefeu, Ministre d’Etat, Ministre de l’Intérieur chargé de la promotion de cette noble décoration. La mémoire de tous ceux qui ont servi la France avec bravoure et loyauté ne devraitelle pas être respectée et honorée ? Français ou non. C’est aussi cela, l’exemple à donner dans le cadre de la défense des Droits de l’Homme. Nous voulons rendre hommage à François Bonneau, président du Conseil Régional du Centre et à Michel Vauzelle, député des Bouches-du-Rhône et président du Conseil Régional de Provence-AlpesCôte d’Azur, ancien ministre. Grâce à eux, nous avons eu droit à la liberté d’expression. Quand on entend les déclarations de Georges Frêche (à gauche), de Longuet (à droite), sans oublier les Le Penne et tous les autres, ne pensez-vous pas qu’il y a lieu de s’inquiéter ? La lettre adressée à Madame le Maire d’Orpierre n’est malheureusement pas un cas isolé (cf. page 12). On comprend mieux, à présent, les difficultés que vous avez pu rencontrer en proposant d’enseigner la Shoah, à l’école. D’avance, nous vous adressons nos plus vifs remerciements pour les mesures que vous pourriez prendre et vous prions de trouver ici, Monsieur le Président, l’assurance de nos sentiments les plus respectueux et veuillez agréer notre très haute considération. Avec toute notre confiance et notre grande estime Le président, Jean-Pierre SAAL

P.J. Lettre explicative page 4. 3


Lettre ouverte au Président de la République, au Premier Ministre, aux Ministres de l’Intérieur, de l’Education Nationale, de l’Identité Nationale et de la Culture, au Ministre de l’Industrie chargé des émissions philatéliques, aux Secrétaires d’Etat aux Anciens Combattants et à la Francophonie, ainsi qu’aux principales personnalités élues de la Nation (Présidents de Conseils Régionaux et Généraux, Députés et Sénateurs, Députés européens français, Maires des Villes concernées et des Villes préfectorales, des Villes importantes de France qui ne sont pas préfectorales (Le Havre, Mulhouse, Reims, etc.), ainsi que celles qui sont jumelées avec une cité d’Israël), au Président Directeur Général du Groupe La Poste.

La France serait-elle (re)devenue antisémite ? À qui de droit, Pendant des siècles, en France comme partout en Europe, les Juifs furent traités comme des cerfs. Ce n’est qu’en 1791 qu’ils devinrent libres et égaux en droit. Ce qui n’empêcha pas, dans les faits, l’antisémitisme de perdurer avec des pics inqualifiables : affaire Dreyfus et Shoah notamment. Aujourd’hui pour apposer, dans les « rue Juiverie » ou « rue des Juifs » une plaque commémorative attendue depuis plus de deux siècles (dans toute sa vérité historique s.v.p.) c’est le parcours du combattant ! Ici ce sont des travaux d’Hercule qui n’en finissent pas ; là on transmet le dossier à un tiers (lire on le met au fond d’un tiroir) ou encore carrément, sans complexe, on répond par la négative quand on daigne répondre… Pratiquement partout, nous rencontrons fausses objections puérils et faux-fuyants bien souvent maladroits. L’identité nationale consiste aussi de donner l’exemple. D’encourager le devoir national de mémoire. Afin que, par un geste fort, on puisse concrétiser « PLUS JAMAIS ÇA ! » (1) Certains maires, malheureusement trop peu nombreux ou si vous préférez aussi nombreux que ne l’étaient les Justes ou les résistants (en 1942), acceptent d’afficher l’authenticité historique. Comme François Bernardini (Istres) et Denis Yvanes (Bazoches-sur-Vesle) qui méritent toutes nos félicitations. À Orpierre, petit village des Hautes-Alpes, la cérémonie de l’espoir, tant promise, aura-telle lieu ? (1) Donzère, petite ville de la Drôme, dont Eric Besson (PS/UMP) est maire, abrite une « Juiverie ». La « rue des Tombades » à Toulon, anciennement « rue Juiverie » (cf. page 4 de « Toda » n° 8) dont le maire est Hubert Falco (UMP), secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants. Il en est de même à Meaux, dont le député-maire est Jean-François Copé (UMP), qui possède une ancienne « rue Juiverie » débaptisée en « rue Caro ». Nous leur avons demandé une plaque commémorative, comme partout, dans notre pays la France, le pays des Droits de l’Homme. Nous espérons recevoir un écho favorable. À Angers, dont le maire est Jean-Claude Antonini (PS), la « rue de la Juiverie », en raison de l’antisémitisme qui y régnait pendant des siècles, comme partout, et des conséquences générées, est devenue, à juste titre, la « rue Anne Frank » (2). Pour dire, par un geste fort, « Plus jamais ça ! », une plaque commémorative est un élément éducatif populaire indispensable. On ne le redira jamais assez. (2) On aurait préféré qu’on attribue cette rue à la mémoire des « Enfants d’Izieux » (Ain) ou des « Enfants de La Verdère » (Marseille) ou encore aux victimes de la « Rafle du Vel d’Hiv »… Cette volonté d’occulter les victimes françaises de l’antisémitisme français interpelle…


Peut-on compter sur vous pour : 1 – Pour être promu Chevalier de la Légion d’honneur, soutenir tous les Maires de France qui, comme Denis Yvanes (Aisne) et François Bernardini (Bouches-du-Rhône), respecteront l’Histoire dans toute sa vérité (l’UJFA a adressé une lettre dans ce sens au Préfet de l’Aisne et également au Préfet des Bouches-du-Rhône). 2 – Apprécier, comme l’a fait S. Exc. Monseigneur Franck-William Schaffner, Archevêque de l’Eglise Catholique Gallicane de France (cf. déclaration page 15), que l’ancien quartier juif médiéval, qui n’a toujours pas reçu de dénomination, devienne la « rue d’Israël », comme il existe, à Paris, la « place d’Israël » ou, à Marseille, la « rue d’Israël ». Avec bien entendu, en sous-titre, « Anciennement quartier juif médiéval ». À Marseille (8ème) 3 – Jusqu’à ce jour, la mémoire d’un engagé volontaire juif étranger, mort pour la France, parmi tant d’autres, n’a toujours pas été honorée par une plaque commémorative. Tombé héroïquement à Sainte-Menehould (Marne), dans des conditions de bravoure exceptionnelles. Faut-il attendre encore deux siècles pour obtenir satisfaction ? Dès la déclaration de la seconde guerre mondiale en septembre 1939, plus de 25 000 Juifs étrangers se sont engagés dans l’armée française, ce qui représente la quasi-totalité des hommes en âge de porter les armes (on estime la population juive étrangère en 1939 à 160 000 âmes). Ce fait a totalement été occulté. Aujourd’hui, et c’est notre profonde conviction au regard du comportement de nos Elus les plus proches (les maires) : on importe parfois un conflit étranger sous le faux prétexte d’être bon, généreux et juste, alors qu’on attise les sentiments d’antisémitisme qui, depuis 1945, ne s’étaient exprimés que par bribes…

Il faut un vrai débat télévisé sur cette question sensible. Vous remerciant par avance pour le temps que vous avez bien voulu consacrer à ce dossier et espérant une réponse positive à nos attentes, nous vous prions de croire, Madame, Monsieur, à l’assurance de notre parfaite considération. Le président, Jean-Pierre SAAL

Hier, il y avait d’un côté les Résistants et les Justes (une infime minorité) et de l’autre, les collaborateurs et les indifférents. Aujourd’hui, alors que nous sommes loin (heureusement) de vivre sous l’occupation d’une armée étrangère, on observe ceux qui sont pour honorer la mémoire dans toute sa vérité historique et, à l’opposé, les indifférents et ceux qui sont contre les plaques commémoratives (souvent sous le faux prétexte d’une laïcité qui n’existe que pour les autres ou en feignant d’être ignorant : « on ne connaît pas l’histoire de la « rue » veut-on nous dire parfois). Mais ce qui a changé, heureusement ! C’est qu’aujourd’hui, d’une part, on peut s’exprimer (librement) sans peur ni reproches. Et que d’autre part, le « réveil » des sentiments antisémites ancestraux se ressent certes, mais avec une certaine retenue… (On ne peut plus faire comme avant…). Mais avant quoi ? Pourriez-vous penser. Détruire Israël, le garant d’une vraie protection pour les Juifs du monde entier, reviendrait à ouvrir, à nouveau, les vannes d’un antisémitisme virulent, identique à celui de l’affaire Dreyfus ou de la Shoah… Toda n° 9 a été édité à 25.000 exemplaires, à la mémoire des 25.000 vaillants combattants juifs étrangers qui se sont illustrés avec bravoure pour défendre les grandes valeurs de la République lors de la dernière guerre mondiale (1939-1945). Ne les oublions jamais ! 5


Les personnalités qui ont soutenu l’UJFA Membres d’honneur de l’UJFA

Région Centre

François Bonneau

François Bonneau (PS) est né le 12 octobre 1953. Il est président de la Région Centre. Titulaire d’un DEA de lettres modernes obtenu à l’Université d’Orléans, il débute sa carrière professionnelle comme conseiller d’orientation. Il a successivement été vice-président de la communauté d’agglomération montargoise (1989-1995), conseiller municipal à Montargis (depuis 2001). Conseiller régional depuis 1998, il a présidé le groupe socialiste au Conseil régional du Centre de 2000 à 2007. Le 7 septembre 2007, il est élu président du Conseil régional suite à la démission de Michel Sapin, puis réélu aux dernières élections régionales de mars 2010. Il est également principal du Collège Robert Schuman à Amilly, commune du Loiret où il est né.

Région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) Né le 15 août 1944 à Montélimar (Drôme), ancien élève du Lycée Saint-Marc, avocat au barreau de Paris (1967), Michel Vauzelle (PS) est Député des Bouches-du-Rhône (Arles), président du Conseil Régional de la Région ProvenceAlpes-Côte d’Azur depuis 1998 et président de l’Eurorégion Alpes-Méditerranée. Il a été ministre de la Justice du Gouvernement Pierre Bérégovoy (1992-1993). Il est réélu aux dernières élections régionales de mars 2010. Michel Vauzelle (Photo Conseil Régional)

Liberté d’expression et démocratie C’est grâce à François Bonnot et à Michel Vauzel que la liberté d’expression, pour l’UJFA, a pu être préservée, c’està-dire la démocratie respectée. Deux personnalités qu’on aimerait bien voir se multiplier, en particulier pour encourager, aider à la création de la « Maison des Francophones » à Jérusalem, un havre interreligieux et interracial pour la paix.

Timbre des Nations-Unies (2003)


Parmi les initiatives de l’UJFA réalisées ou en cours, citons : Le recensement ou l’état des lieux de mémoire « oubliés » ? Au début de notre étude, nous pensions réaliser le recensement des lieux de mémoire des Français juifs, avec leur historique et notamment les photos des plaques des « rue Juiverie », « rue Judaïque » ou « rue des Juifs », (en Français dans la France dite de « l’Intérieur » et parfois en Alsacien, « Jüdegàss » en Alsace. L’Alsace est sans doute la région de France où Gondrecourt-le-Château (Meuse) il existe le plus de toponymes dédiés à la Photo de la Mairie communauté juive. On s’est très vite aperçu qu’à travers les appellations de rues et les quelques plaques commémoratives, déjà existantes, et celles que l’UJFA proposait, le Puget-Théniers (Alpes-Maritimes) Photo de la Mairie texte subissait souvent quelque censure. On occultait l’Histoire (autrement dit, certaines mairies, sciemment, malgré nos souhaits, commettaient un révisionnisme soit en modifiant du tout au tout l’histoire, soit en censurant ce qui s’était réellement passé : expulsions, spoliations, persécutions, etc.). D’autres, plus nombreuses, sentant le vent du boulet, refusaient catégoriquement toute plaque commémorative dans leur commune afin d’éviter toute critique (c’est ce qu’on appelle du révisionnisme par la censure). Donc, très vite au fil de nos échanges avec les mairies, ce recensement s’est transformé en « état des lieux et état d’esprit (2008-2010) ». L’état des lieux et l’état Diemeringen (Bas-Rhin) Photo denotre correspondante d’esprit des communes où ont vécu les Juifs Christine Buch pendant des siècles ainsi que les intentions des maires et de leur conseil. Le devoir de mémoire national poserait-il problème lorsqu’il s’agit des Français juifs ? Sauf erreur, jamais édité jusqu’à ce jour, cet ouvrage comprend, pour chacune des 400 communes, quelques renseignements qui, selon la loi, sont parfaitement légaux, notamment le nombre d’habitants ; le(s) toponyme(s) À Paris (17e) dédiés à la communauté juive (ou ayant une connotation péjorative Photo JPS (Jewish Press Service) (1) à l’égard des Juifs), le Maire, son étiquette politique et sa profession. (Comme le stipule la loi du 30 août 2001-777, chaque élu a l’obligation d’indiquer au public ces renseignements. On veut savoir pour qui on vote ou à qui on s’adresse. Quand un élu n’indique pas d’étiquette politique – surtout dans les communes de moins de 1.000 habitants, on indique « Sans Etiquette ». On rencontre souvent quelques réticences, voire des refus assez agressifs. Dans ce numéro nous nous sommes penchés surtout sur les toponymes anPhoto Ville de Metz ciens (Moyen-âge). Le prochain « Toda » sera consacré aux toponymes modernes et à leur orientation, parfois changeante : L’extraordinaire engouement, après la Shoah, à vouloir honorer et les Juifs et l’Etat d’Israël : « rue ou place d’Israël » à Marseille et à Paris ; « rue de Beer Sheva » et « boulevard David Ben Gourion » à Lyon ; « rue de la Synagogue » à Aouste-sur-Sye (Drôme). À Metz, la plaque de la « rue du Grand Rabbin Elie Bloch » indique « Belle Figure de la Résistance française » » etc. Mais elle mentionne aussi qu’il s’agit d’un rabbin… À Metz, on est fier d’être Français ! (Juif aussi !). Cette orientation bienveillante aurait-elle volontairement changé de direction depuis quelques années ?... 7


Le congrès juif mondial du Timbre et de la Vignette (1) D’une grande richesse culturelle. Dans ce domaine la France est en première position. Elle est un exemple pour la mémoire honorée. Mais il reste encore beaucoup à faire. Observons que, sur ce chapitre, la France est l’un des pays sinon le pays le plus démocratique du monde puisque chacun peut s’exprimer en toute liberté en créant son propre timbre. Il n’y a donc plus besoin de créer de vignette. Il serait intéressant de connaître les pays qui en font de même. Nous avons sollicité le ministre de l’Industrie, chargé des émissions des timbres-poste ainsi que le président-directeur général de la Poste pour songer à honorer la mémoire des 25.000 combattants juifs étrangers qui, dès le premier jour de la déclaration de guerre en 1939, se sont rués dans les bureaux de recrutement, pour défendre leur patrie d’adoption. Ils aimaient la France, leurs descendants et Amis aussi, encore faut-il qu’on veuille bien les aimer…

Le colloque international : Les « Juiverie » (ou « rue des Juifs ») sont-elles à l’origine de la Shoah ? (1) Rappelons que la France n’était pas le seul pays à « parquer » les Juifs dans ces sortes de « prison en semi-liberté ». Les « Juiverie » ont existé partout en Europe. « Juden Gasse » en Allemagne, « Judéria » en Espagne, « Ghetto » en Italie. Mais également en Afrique du Nord, « Melah » au Maroc et « Hafsia » et « Hara » à Tunis. Notons qu’en Afrique du Nord, les Juifs n’ont jamais subi les conditions d’austérité comme en Europe. Toute la lumière doit être faite sur ces lieux concentrationnaires qui, partout en Europe, ont pendant des siècles avili les Juifs et abouti à la Shoah. Du Moyen-âge aux « temps modernes », on est passé du stade « artisanal » au « stade industriel » qui a duré quatre ans… Aujourd’hui on veut faire plus vite et « mieux » car on n’a plus à transporter les Juifs dans des camps. Une ou plusieurs bombes atomiques suffiraient…

Le congrès juif mondial du Timbre et de la Vignette (1)

Timbre canadien (1985) La francophonie

Elle sera ouverte à tous les Francophones. C’est, à nos yeux, d’une importance capitale pour la francophonie. Il existe, de par le monde, une multitude d’institutions semblables. Ne serait-il pas logique qu’Israël, par les origines de sa population, l’un des pays les plus francophones du monde, puisse posséder une « Maison des Francophones » ? La Francophonie est constituée de 55 États membres et de 13 États observateurs. Sauf erreur ou omission, seuls la France et le Canada ont rendu hommage, par le timbre, à cette institution.

Connaître ou mieux connaître le monde juif, pénétrer la société israélienne : « Israël, comme à la maison » (traduction de « Israel at home »), système qui existe notamment en Suède (des familles suédoises vous invitent chez elles à passer une journée). On imagine déjà l’intérêt que représentera cette maison de paix et d’amitié entre les peuples.

Timbre français (1985)


Parmi les actions de l’UJFA L’UJFA est à l’origine de plusieurs timbres. En France, celui émis en 2006 à l’occasion du centenaire de la réhabilitation du Capitaine Alfred Dreyfus (2006), avec les félicitations du Président de la République, Jacques Chirac. En Turquie, deux timbres offerts par le Consul Général de Turquie à Marseille, Özer Aydan, qui rendent hommage à deux personnalités qui ont sauvé des Juifs, pendant la Shoah, Selahattin Ülkümen et Needet Kent. Timbre turque (2008), hommage à Salahttin Ülkumen

« Qui sauve une vie, sauve un monde » (Talmud). Reste, à présent, si ce n’est déjà fait, de consacrer à ces deux héros, une rue qui porte leur nom, dans leur ville natale ? En Biélorussie, un timbre émis à l’occasion du 65e anniversaire de l’anéantissement du ghetto de Minsk et dédié à la mé- Timbre turque (2008), hommage à Needet Kent moire des victimes de la Shoah.

Les deux pouvoirs de la mémoire Le pouvoir central (ministère de l’Industrie) qui décide d’accepter ou non les émissions philatéliques qui lui sont proposées par la commission philatélique de la Poste. Les membres de cette commission sont tenus au secret de façon à ne pas subir de pression. En dernier ressort c’est le ministre qui décide. Le pouvoir local (mairie) qui est souverain pour décider un toponyme (allée, avenue, rue, etc.) à qui ou à quoi bon lui semble. Il est évident plusieurs qu’il existe approches ou orientations pour rendre hommage à la communauté juive du pays. Emettre un timbre à l’effigie d’une synagogue constitue un hommage national, comme on émet un timbre en hommage à une église ou à une mosquée, cela peut être considéré comme un critère de liberté (et d’égalité) religieuse et indique, de la part du pouvoir, une volonté d’intégration des Juifs dans la Nation. Une « rue de la Synagogue » constitue un hommage local. En Reichschoffen (Bas-Rhin) France, il existe très peu photo de notre correspondant Paul Mehl de « rue de la Synagogue », en particulier en dehors de l’Alsace (Avignon, Dijon, Troyes) tout simplement parce que les synagogues Timbre de Biélorussie, la Shoah (2008) étaient cycliquement rasées et que, pour les reconstruire, il fallait passer par l’évêque, moyennant finances… (et dire qu’on affirme souvent que ce sont les Juifs qui aiment l’argent…). Passe encore d’avoir un lieu de culte, mais une rue, vous n’y pensez pas ! Il existe plus de « rue de la Synagogue » en Alsace (18) que dans tout le reste de la France. Ce qui peut paraître étonnant quand on sait que l’Alsace, à l’époque de Napoléon 1er, a été l’une des régions de France les plus antisémites. Et c’est par l’influence des Alsaciens que Napoléon 1er a été amené à promulguer plusieurs décrets infâmes à l’encontre des Juifs. Ceux-ci sont exclus de la Nation, déchus de leur nationalité française (cf. Toda n° 6, vous pouvez nous le demander). Il semblerait que parfois il existe un antagonisme entre le pouvoir central (éloigné du citoyen) qui respecte la mémoire (juive) en faisant fi de l’antisémitisme qui ressurgit. En revanche le pouvoir local (proche du citoyen) qui ne tient pas du tout à « froisser » la sensibilité du concitoyen en mettant en exergue le passé douloureux des heures sombres de notre histoire (Juiverie, affaire Dreyfus, Shoah).

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Mémoire sans frontière Rappelons que la Turquie est l’un des rares pays musulmans, sinon le seul à avoir honoré, par deux timbres, la mémoire d’Albert Einstein. Ne pourrait-on pas, pour la mémoire de Selahattin Ülkümen, Consul Général à Marseille penMarseille (6ème arrondissement) dant la guerre, lui dédier une rue ou une place, dans l’environneTimbre turque, Albert Einstein (1994) ment du Consulat Général de Turquie, comme on l’a fait pour Varian Fry ? Selahattin Ülkümen a sauvé des dizaines de Juifs en les faisant passer pour des ressortissants turques.

Quand quelqu’un sauve des vies humaines, peu importe sa nationalité. En Israël, Selahattin Ülkümen a été reconnu, à juste titre, comme diplomate « Juste parmi les Nations » tout comme quatre autres diplomates qui ont su désobéir aux ordres de leur supérieur. Quand on sauve une vie, peu importe la nationalité du sauveur. À Marseille, stèle érigée sur le trottoir, en face du Consulat Général des Etats-Unis d’Amérique. (Photo JPS : Jewish Press Service)

Timbre israélien en hommage aux diplomates, Justes parmi les Nations. De g. à dr. Giorgio Perlasca (Italie), Aristides De Sousa Mendes (Portugal), Charles Lutz (Suisse), Chiune Sugihara (Japon) et Selahattin Ülkümen.


Özer Aydan, Consul Général de Turquie, était présent lors de la réception donnée par le Consul Général d’Israël, à Marseille, Simona Frankel, à l’occasion du 62ème anniversaire de la résurrection de l’État d’Israël. De même on notait la présence de deux autres Consuls Généraux de pays amis, Philippe Bostem (Belgique) (1) et Daini Tsukahara (Japon) (2).

Jean-Pierre Saal (à dr.) reçu par Özer Aydan, Consul Général de Turquie On remarque, sur le mur, la photo d’Ata Turc, le fondateur de la Turquie laïque et moderne (Photo JPS : Jewish Press Service)

L’UJFA est également intervenue, par l’intermédiaire du laïque et moderne Consul Général d’Allemagne à Marseille, Wilhelm Späth, auprès du gouvernement allemand et concernant la mémoire des treize athlètes assassinés lors des Jeux Olympiques de Munich (1972). L’UJFA a proposé une émission philatélique afin que leur mémoire soit respectée. Le Ministère des Finances d’Allemagne écrit notamment à Jean-Pierre Saal : « Le Ministère des Finances chargé de l’émission des timbres, vous remercie de la pertinence de votre suggestion et la fera figurer dans la liste des thèmes proposés au programme pour 2011 et 2012. » C’est déjà une grande victoire sur l’indifférence. (1) La Belgique est, avec la France, le pays qui a le plus honoré Israël et les Juifs par sa philatélie. (2) Le Japon, tout comme la Belgique et la Turquie font partie des 104 pays amis qui ont parrainé la résolution de l’O.N.U. du 1er Novembre 2005 pour que le 27 Janvier de chaque année, jour de libération du camp d’extermination d’Auschwitz, soit la « Journée internationale de la Shoah ». Le Japon a émis un timbre à l’effigie de Chiune Sugihara (Juste parmi les Nations).

Hommage à GOLDA MEÏR, Premier Ministre israélien (timbre-poste belge 1999)

Centenaire de la Grande Synagogue de Bruxelles (timbre-poste 1978) 11


Le Concile de Latran 1215 Le Concile de Latran oblige les Juifs à porter "un habit ou un signe distinctif" : la rouelle en tissu de couleur jaune. En France il était jaune pistache, plus tard en rouge blanc. En Angleterre, il a pris la forme de deux bandes ou raies, d'abord de blanc, puis de jaune. Dans le règne d'Edward II, il a la forme des Tables de la loi. Ces signes vestimentaires distinctifs ne sont pas uniformes dans le royaume : plus tard, le bonnet pointu, le « bonnet juif » s'impose. L’autre antisémitisme

Timbre du Vatican : « Le pardon du Pape Jean-Paul II devant le Mur Des Lamentations » à Jérusalem (2000)

On sait combien le « silence » du pape Pie XII ne cesse de faire couler d’encre. Parfois, au lieu de lutter contre ce fléau ancestral, on participe (indirectement) par le silence à la résurgence de l’antisémitisme. Un antisémitisme sournois, insidieux et lâche qui ne veut pas dire son nom. Comme Monsieur Jourdain faisait de la prose (sans le savoir), d’aucuns, aujourd’hui, sont des antisémites inconscients.

Le 27 Septembre 1791, la commémoration de la liberté et de l’égalité des Juifs de France qui deviennent des Français juifs, comme il existe des Français bouddhistes, catholiques, musulmans, protestants ou agnostiques. Un événement attendu depuis plus de deux siècles : Peut-on refuser cette commémoration des droits acquis qui plus est, dans le pays des Droits de l’Homme ? (sic) 90 % au moins des Maires de France … Oui. 90 % au moins des Maires de France ne sont ni antisémites ni racistes… Mais ne peut-on pas dire qu’ils le deviennent, sous une certaine « pression » populaire ?... Aujourd’hui, disons-le, sans peur ni reproche, il y a une propension à importer un conflit étranger sous le faux prétexte d’être bon, généreux et juste ; ce qui ravit les antisémites dont la flamme s’était quelque peu altérée depuis 1945… Et avec l’importation de ce conflit étranger, ils (re)deviennent et antisémites et racistes… Céder, par faiblesse, par facilité à ce genre de sentiment négatif et malsain, ne serait-ce pas faire preuve, indirectement, d’antisémitisme ?

Venez participer aux rencontres amicales et fraternelles qui se tiendront dans votre ville ou dans votre département. Pour recevoir le programme : 06 86 41 07 81.


Le devoir national de mémoire Pour des nationaux, apposer une plaque commémorative, attendue depuis plus de deux siècles, fait partie, assurément, du devoir national de mémoire. Pendant des siècles, les Juifs ont été les proscrits, les exclus de la nation. Sont-ils, aujourd’hui, les « oubliés » de l’Histoire de leur propre pays. Leur refuser une plaque commémorative, dans le respect de l’Histoire, ne serait-ce pas un retour au Moyenâge ?… Les exclure, à nouveau, de la Nation : son histoire, sa mémoire et ses droits acquis ?... Qui veut la plaque ? C’est la question qui a été posée à près de quatre cents maires de France dont les communes abritent ou ont abrité une « rue des Juifs » ou une « rue de la Juiverie » ou encore une « rue Moïse » (1)

Des plaques commémoratives, en Europe Ne faut-il pas espérer que ce « devoir national de mémoire » se transforme en « devoir pour l’humanité » ? Si un pays doit donner l’exemple, c’est bien le pays des droits de l’homme. Déjà la philatélie onusienne, avec l’appui des 104 pays amis, a émis un timbre pour marquer la journée internationale de la Shoah. Bientôt, l’Union Mondiale pour la Mémoire Juive présidée par Maître Sonia Valero, fera la même démarche auprès des mairies européennes. Les conditions de vie des Juifs dans ces lieux concentraTimbre de l’ONU (2008) tionnaires ont, assurément, une part importante de responsabilité dans ce qui allait devenir la Shoah. On est passé du stade « artisanal » au stade industriel (la Shoah). Pour certains, seulement quelques dizaines de Juifs assassinés, de temps en temps (sic), ce n’est pas bien grave ou encore spolier les Juifs de leurs biens c’est dérisoire par rapport aux périodes bienfaisantes dites d’accalmie. Il a été plus facile d’organiser la Shoah avec des esprits préparés que s’il n’y avait jamais eu d’antisémitisme. Cette plaque commémorative, dans le respect de l’histoire, est absolument indispensable pour que, y compris dans les lieux les plus reculés, comme à Florent-en-Argonne (246 habitants), à 55 Km à l’Est de Châlons-en-Champagne, dans la Marne, on puisse dire haut et fort « plus jamais ça ! » Pour éviter que ça recommence. À Gondrecourt-le-Château, à 46 Km au Sud-Est de Bar-le-Duc (Meuse) ou encore à Schweighouse-sur-Moder (Alsace), à 33 Km. Accepter ce devoir national de mémoire, c’est manifestement intégrer les Français juifs dans la Nation. On ne le répètera jamais assez, refuser ce devoir de mémoire, c’est exclure les Français juifs de la Nation et, derechef en faire des Juifs de France. C’est un mépris des droits de l’Homme. D’aucuns sont comme Monsieur Jourdain, ils sont antisémites sans le savoir et sans le vouloir. Ils sont atteints du « syndrome de Stockholm » parce qu’ils sont sous le joug d’une influence, de plus en plus anti-israélienne (lire antisémite). Cet amalgame nuit terriblement à la bonne image de la France et à la paix. Il ne faut, en aucun cas, importer de conflit étranger sur la terre de notre douce France. On a suffisamment de problèmes à l’intérieur pour ne pas en ajouter d’autres qui ne concernent aucunement la France. Nous souhaitons vivre en harmonie et en paix, fraternellement avec toutes les composantes de notre société selon le mot de Driss Mechiouki, association des Marocains en France, à l’occasion de la cérémonie qui s’est déroulée à Istres (2008) : « Ce sont les enfants d’Abraham qui se retrouvent » ou encore la réaction de Monseigneur Frank Schaffner : « La mémoire juive fait partie intégrante des racines judéo-chrétiennes de la nation des droits de l’homme. » (1) Après le Christ et sa mère Marie (Mériem), on veut faire croire que Moïse n’est pas Juif… C’est vrai, en partie, car nombreuses sont les personnes (surtout chez les protestants) qui ont des prénoms bibliques (David, Salomon ou Sarah, Rebecca). « Répétez un mensonge plusieurs fois, il devient vérité ». Alors rendons à Moshé ce qui appartient à Moshé, c’est-à-dire sa véritable identité. Peut-on imaginer un Moïse ou un David antisémite ?... 13


Une plaque commémorative à Nice ? Filippo Benedetto Bunico (francisé en Benoît Bunico), né en 1801 à Nice, alors dans le royaume de Sardaigne et mort en 1863, était un homme politique italien, député de Nice au XIXe siècle. Avocat, Benedetto Bunico est élu député au parlement du royaume de Piémont- Sardaigne, siégeant à Turin en 1848, et en devient vice-président. Hostile à la cession du comté de Nice à la France en 1860, il refuse de prêter serment à Napoléon III. Benedetto Bunico meurt en 1863. Une rue de Nice, l’ancienne « rue de la Juiverie » (Carriera de la judaria) porte son nom francisé, « rue Benoît Bunico » parce qu’il fit abolir en 1848 l’obligation (déjà Photo Ville de Nice non respectée depuis l’occupation de Christian Estrosi Nice par les Français sous la Révolution et l’Empire) de résidence pour les Juifs dans le ghetto. Comme partout au centre de Nice, une plaque rappelle l’ancien nom nissard. L’UJFA a proposé à la Ville de Nice une plaque commémorative. Le maire, Christian Estrosi, ministre chargé de l’Industrie, Président de Nice Côte d’Azur, a répondu positivement : « J’ai aussitôt soumis votre proposition à la commission des noms de rues afin qu’elle soit examinée avec la plus grande attention, eu égard à la contribution importante de la communauté juive à l’Histoire de Nice. »

Le révisionnisme Siècle après siècle, on a martelé les esprits, dans le mauvais sens, à l’encontre d’une population sans défense. Le révisionnisme ne consiste pas seulement à vouloir affirmer le contraire de ce qui a été, c’est aussi le fait de cacher la vérité par le silence (ou la censure). Si la France, grâce à la Révolution, a été le 1er pays d’Europe à donner le 27 Septembre 1791, les mêmes droits aux Juifs, à ce jour, l’Italie est le seul pays qui a commémoré, par le timbre, l’émancipation des Juifs de 1848.

Les Juifs américains, libres et égaux avant ceux de France Lorsque les Juifs émigrèrent aux Etats-Unis après l’indépendance du pays (4 Juillet 1776), ils devinrent libres et égaux, avant ceux de France Timbre italien (1996) : 150e anniversaire de la (1791). C’est peut-être La Fayette liberté et de l’égalité pour les Juifs qui, de retour en France, auréolé de sa « victorieuse » campagne pour l’indépendance américaine, qui aurait insufflé à l’Assemblée constituante ce vent de liberté et d’égalité accordé aux Juifs, non sans mal, après de longues et âpres discussions. L’Académie française, encore aujourd’hui, dans les exemples qu’elle donne pour étayer le mot « juif », elle dit encore et toujours : « Juif de France » et non pas Juifs français ou Français juifs comme on dit Français musulmans et non pas Musulmans de France. On dit aussi Juifs américains et non pas La liberté religieuse aux USA Juifs d’Amérique… Mais ce qui interpelle surtout le lecteur c’est qu’elle insiste sur le caractère« international » de la présence juive, dans le monde, en particulier en Europe. Après les Juifs de France elle dit : « Juif de Pologne (et non pas Juif polonais pour ce qu’il en reste) ; et elle continue « Juif de Russie » (et non pas Juif russe ou Russe juif). On a l’impression de revivre ce triste temps, bien long, du « Juif errant ». Le Juif n’aurait-il toujours pas de nationalité ? Serait-il simplement toléré en France, en Pologne, en Russie, etc. ? Ou alors fait-elle allusion à la « Juiverie internationale » ?


Déclaration de Monseigneur Franck-William Schaffner, Archevêque Primat de l’Ordre Saint-André Monsieur le Président, Par la présente, j’ai l’honneur de vous témoigner du soutien de l’Eglise Catholique Gallicane de France, ainsi que de la considération et du respect que suscite votre initiative en faveur de la dignité de la mémoire juive. Ayant participé en ma qualité de Prélat d’Eglise à vos cérémonies et commémorations depuis bientôt 10 ans, j’ai pu apprécier la pertinence du devoir de mémoire que l’U.J.F.A. a initialisé à travers les villes de France qui portent l’empreinte historique de la mémoire juive, laquelle fait partie intégrante des racines judéo-chrétiennes de la nation des droits de l’homme. Aussi, je soutiens sans réserve votre projet d’inviter la Mairie d’Orpierre à concrétiser l’éthique morale de votre souhait, afin que soit apposée cérémonieusement une plaque commémorative portant comme inscription « rue d’Israël » et, en sous-titre « Anciennement quartier juif médiéval ». Ce faisant, la Mairie d’Orpierre s’honorerait de cette distinction, laquelle à travers une plaque commémorative respectant un lieu de mémoire ; qui s’inscrit tout naturellement dans le patrimoine historique de cette vénérable commune du Haut Pays Alpin. Je ne manquerai pas de vous assister en ma qualité d’ecclésiastique concernant l’aspect œcuménique du devoir de mémoire. Je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l’assurance cordiale et estimée de ma parfaite considération. Le 14 décembre 2009 A.D. Mgr F-W Schaffner (photo JPS : Jewish Press Service)

La promesse du Maire d’Orpierre, Julie Ravel… « Je me permets de vous adresser ce courrier pour vous réaffirmer tout mon soutien quant à votre initiative concernant la pose d’une plaque commémorative à l’entrée du quartier juif d’Orpierre. » Monseigneur Jean-Michel di Falco Leandri, Evêque de Gap : « Si ma présence peut effectivement s’inscrire dans le cadre du renouveau des relations judéo- chrétiennes – pourquoi pas en effet ? » Docteur Jocelyn Zeitoun (Conseiller Régional Provence-Alpes-Côte d’Azur) : « Je veux féliciter la Mairie d’Orpierre pour sa décision bienveillante. Je serai présent lors du dévoilement de la plaque MgrJ-M di Falco Leandri commémorative. » Driss Mechiouki, président des Marocains du Sud-Est : « Comme à Istres et à Carpentras, j’apporte sans réserve, mon soutien pour cette belle initiative, à Orpierre.» Dr Jocelyn Zeitoun Driss Mechioukhi 15


Lettre adressée à Madame Julie RAVEL, Maire d’Orpierre (Hautes-Alpes) Cette lettre n’aurait sans doute jamais été publiée si elle constituait une exception. Hélas elle concerne la quasi-totalité des Conseils Municipaux de France qui sont concernés quand il s’agit d’honorer la mémoire de leurs compatriotes juifs et plus particulièrement celle de la période médiévale, essentielle pour mieux comprendre et la Shoah et le destin du peuple juif. Il ne faut se faire aucune illusion, les déclarations tonitruantes, aujourd’hui encore, à l’égard des Juifs sont souvent l’expression de ce que de nombreux Français pensent tout bas. Ces propos antisémites sont tout simplement la conséquence d’une espèce de volonté consciente ou non de la part des pouvoirs publics d’importer un conflit étranger. La crise économique aidant, difficile à résoudre, alors, sournoisement, on cherche à dénoncer (indirectement) le traditionnel bouc émissaire. Accepter d’apposer une plaque commémorative, dans le respect de la vérité historique, c’est intégrer les Français juifs dans la nation. Leur refuser ce devoir de mémoire, c’est les exclure de la nation. Ces plaques commémoratives peuvent être considérées comme un critère de mesure de l’antisémitisme en France.

Le 28 janvier 2010 Madame la Maire, Comme nous vous l’avons fait savoir, une plaque commémorative, digne de ce nom, se doit de dire l’histoire, sans peur ni reproche, et donc dire la vérité (cf. p. 17, la Motion en faveur des Juifs). 1 – Que les Juifs ont subi des persécutions (au XIVe siècle, il n’y avait plus un seul Juif dans le Royaume de France. Ils ne sont pas partis de leur plein gré, on les a expulsés en spoliant leurs biens et en tuant bon nombre d’entre eux. Tous les historiens sérieux l’affirment). 2 – Que malgré ces persécutions, les Juifs ont su conserver, avec dignité, leur identité et contribuer à l’essor des sciences et des arts. 3 – Que les Juifs, traités comme des prisonniers ou des esclaves, ont acquis en France la liberté et l’égalité le 27 Septembre 1791.

Bref, reproduire, comme à Bazoches-sur-Vesle et dans d’autres communes, la plaque commémorative que nous avons apposée (cf. page 2). Vouloir écrire des histoires ou des contes de fée ne serait pas une bonne chose car d’autres écrits risquent de soulever, avec juste raison, un caractère révisionniste. Nous sommes convaincus que vous ne souhaiteriez pas vous voir confronter à ce genre de situation. Bien au contraire.

L’entrée du quartier juif médiéval : De g. à d. Me Sonia Valero, Jean.-Pierre Saal, Julie Ravel et Raymond Chauvet (photo Jacqueline Renaud)

Nous souhaiterions vivement que vous fassiez partie des maires de France que nous voulons voir récompenser. Nous sommes en train de constituer un comité de soutien, au plan national, pour remercier chaleureusement les maires concernés qui ont relaté l’histoire dans toute sa vérité. (cf. lettres p. 3 et 4 adressées au Président de la République et au Préfet de l’Aisne, lettre identique adressée au Préfet des Bouches-du-Rhône).

Il est nécessaire que vous sachiez aussi qu’Israël constitue à la fois la dignité retrouvée pour tout un peuple, humilié pendant des siècles, et un véritable bouclier indispensable pour contrecarrer toute réviviscence de l’antisémitisme. Situation déplorable que nous ressentons très fortement actuellement dans notre pays, sous diverses formes (ici ce sont des tombes profanées, là des propos insultants (par des personnalités parfaitement conscientes) ou encore un révisionnisme puéril car tout le monde connaît la vérité). Et c’est grâce à des personnalités comme vous que nous pouvons stopper ce courant inqualifiable.


Une rue sans nom ni plaque Le quartier juif médiéval d’Orpierre n’a jamais été honoré par une plaque de rue. « Rue d’Israël », comme à Marseille ou « place d’Israël », comme à Paris. En quoi cela pourrait-il être gênant ? Ce serait plutôt un honneur et justice rendue. C’est pourquoi, nous avons exprimé le souhait de voir aussi le mot Israël figurer sur la plaque. N’est-ce pas légitime ? Nous ne sommes pas les seuls à penser ainsi. Surtout, surtout, s’il vous plait, ne pas importer un conflit étranger pour donner l’occasion aux antisémites de se frotter les mains. Ce serait faire preuve de collaboration Ce qui est aussi vrai, c’est que les Juifs ont connu, en France comme dans la plupart des pays où ils se sont installés, des périodes d’accalmie tout en étant, constamment considérés comme des sujets ou citoyens de deuxième classe qui plus est, parqués, pendant des siècles, dans des lieux surveillés appelés en France « Juiverie ». Lesquels, par l’antisémitisme qu’ils ont généré si longtemps, sont très vraisemblablement à l’origine de la Shoah. Cette plaque, qui symbolise la liberté et l’égalité, nous l’attendons depuis plus de deux siècles. Elle ne peut pas avoir seulement un caractère local (Orpierre 380 habitants), nous saurons lui donner l’aura qu’elle mérite au plan et national et international. Puisque vous préférez remettre au mois de mai/juin 2010, la cérémonie, veuillez nous proposer, assez rapidement, car notre calendrier des cérémonies commence à être un peu chargé, deux ou trois dates (un dimanche en fin de matinée) pour que nous puissions les proposer au Consulat Général d’Israël. Sa représentation est indispensable. Bientôt, très bientôt les Orpierroises et les Orpierrois sauront vous témoigner de leur reconnaissance parce que vous aurez porté très haut la notoriété de leur commune. L’apport touristique et moral que conférera cette plaque ne sera pas négligeable. À condition toutefois de respecter l’Histoire. Merci de bien vouloir transmettre nos amitiés les plus chaleureuses et notre meilleur souvenir à Monsieur Chauvet, ancien maire d’Orpierre, un homme de grande sagesse et de bon sens qui est toujours de bon conseil. N’a-t-il pas devancé cette belle cérémonie en perspective ? En inscrivant sur la devanture d’un établissement fermé (certainement depuis le Moyen-âge) : « Auberge Kosher ». Nous ne manquerons pas de tenir informé le Consulat Général d’Israël. Ainsi que les autres personnalités qui attendent, comme vous le savez, cet événement.

Les persécutions des Juifs reconnues à l’Assemblée Nationale le 26 Août 1789, jour de l’adoption de 1a Déclaration des Droits de l’Homme (avant l’Affaire Dreyfus et la Shoah).

Dans l’attente de vous lire bientôt, nous vous prions de bien vouloir trouver ici, Madame le Maire, l’assurance de nos sentiments les plus respectueux et veuillez accepter notre parfaite considération.

Avec toute notre sympathie Le Président de l’UJFA Jean-Pierre SAAL

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La mémoire des Français juifs censurée ?... Demandez aux Maires de France une plaque à la mémoire d’un Juste ou des Justes… vous les verrez courir, bondir pour vous donner satisfaction (1)… En fait les Justes sont l’honneur de la France. Mais demandez une plaque, dans le respect de l’Histoire, dans les « rue Juiverie » ou « rue des Juifs », vous obtiendrez hélas, trop souvent, une fin de non recevoir. Toute compromission, quant au texte à inscrire sur la plaque, serait perçue comme une collaboration à un acte révisionniste. Il en est de même pour la mémoire d’Anne Frank, cette adolescente juive allemande. Les toponymes, en France, qui lui sont dédiés sont innombrables. C’était une Allemande que le système nazi a assassiné, mais pas les Français. Faut-il offrir, à chaque maire, une copie du film « La Rafle » ? Il faut rendre hommage au maire de Sanary-sur-Mer, le docteur Ferdinand Bernhard (Modem), à l’origine d’un des rares toponymes, « le jardin des enfants d’Izieu », dédiés à ces jeunes enfants français juifs, dénoncés par des Français aux Allemands, et qui ont subi le même sort qu’Anne Frank. Partout, mais pas chez nous… À la question : « Les Juifs ont-ils été persécutés ? » À Le Jardin de la Mémoire des Enfants d’Izieu (Photo de la Mairie de Sanary) l’exception de François Bernardini (Maire d’Istres) en 2008, et de Denis Yvanes (Maire de Bazoches-sur-Vesle), en 2009, tous ont répondu la même chose : « Certainement, mais pas chez nous. » C’est pourquoi, encore une fois, nous souhaitons vivement que ces deux remarquables personnalités soient appréciées et citées. Tout comme, tous les Maires qui auront le courage de la vérité et de la Justice. Ici, on a caché des Juifs, là on a sauvé des Juifs, partout la France a ses héros. Naturellement et c’est normal il faut remercier toutes celles et tous ceux qui ont été les auteurs de ces actes de générosité et de bravoure. Mais l’Histoire, dans toute sa vérité, doit-elle se limiter à ces actes ? Il y a, malheureusement, une autre France qu’on ne peut pas occulter. Celle des rafles, des dénonciations, de l’antisémitisme. (1) Les Justes doivent être vénérés mais doit-on, pour autant, occulter les siècles d’antisémitisme qui sont probablement à l’origine de la Shoah. Les « rue Juiverie » et les « rue des Juifs » sont des lieux de mémoire qui méritent une plaque commémorative, pour dire « Plus jamais ça ! ». Exemple de texte souhaité

Mémoire de France Reconnus par l’État d’Israël, les Justes, au péril de leur vie, ont sauvé des vies humaines. « Qui sauve une vie, sauve un monde » (Le Talmud). Malgré les persécutions, les Juifs ont su conserver leur identité. Depuis toujours ils ont fortement contribué au progrès de l’humanité dans tous les domaines. Les Juifs, en France, devinrent libres et égaux le 27 Septembre 1791. Plaque dévoilée avec la participation de l’Union des Juifs de France et de leurs Amis (UJFA)

Faut-il offrir une copie du film « La Rafle » à chaque Conseil Municipal concerné ?


Il n’y avait personne pour les secourir… Plaque apposée sur la « Place des Enfants d’Izieu » à Paris (13e). Photo JPS (Jewish Press Service)

On remarque que le texte indique que les 44 enfants d’Izieu ont été déportés et assassinés par… les Allemands ? NON ! Par les Nazis. Cette notion revient presque toujours. Unies dans la déportation, la France et l’Allemagne semblent, derechef, collaborer dans le domaine de la propagande : c’est « le gouvernement de Vichy », et non la police française qui a commis ces crimes, et ce sont les Nazis et non les Allemands qui ont assassiné six millions de victimes innocentes sans défense… Les Nazis n’étaient pas Allemands et les Allemands n’étaient pas Nazis… (sic) (1)

Pour la « Place des Martyrs juifs du Vélodrome d’Hiver », on n’a pas voulu spécifier qu’il s’agissait de la collaboration zélée de la Police française.

La Grande Synagogue de Berlin Dans le même ordre d’idée, à la Grande Synagogue de Berlin (la plus importante d’Europe qui pouvait contenir jusqu’à 4.000 personnes), on peut lire : « La Grande Synagogue de Berlin a été détruite par les bombardements américains. » Les méchants ! Que serions-nous devenus sans les Américains ?!... Paris (Photo JPS, Jewish Press Service)

(1) « Répétez un mensonge mille fois, il deviendra une vérité » Joseph Goebbels (ministre de l’Allemagne nazie, chef de la propagande).

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Les Justes, hélas trop peu nombreux Les Justes, reconnus par l’État d’Israël, ont été des hommes et des femmes admirables. Mais doit-on pour autant masquer l’autre histoire, la tragédie pour des dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants : des Français que la France, collaborant avec l’Allemagne, souvent avec un zèle de jouisseur, les a livré aux Allemands pour les faire déporter vers les camps de la mort.

L’autre mémoire Partout où il y avait des Juifs, en France, il y a eu des déportés. Sans la collaboration de la police française, il eût été impossible d’organiser de telles horreurs.

Place de l’Opéra à Marseille (Photo JPS : Jewish Press Service)


La rue de la Synagogue à Sens (Yonne) Pendant plus d’un siècle, Sens possédait l’une des rares « rue de la Synagogue » de France, probablement la plus ancienne. Quand en 1895 éclate l’affaire Dreyfus, la « rue de la Synagogue » devient la « rue Nollat Fillemin ». Félicitons Dijon qui, à cette même époque, a conservé sa « rue de la Synagogue » malgré une farouche opposition. Trois tableaux réalisés par Giovani, l’illustre peintre de l’Ecole italienne, témoignent de l’histoire de la « rue de la Synagogue » à Sens : collection de Jean-Pierre Saal)

1) Dévoilement de la plaque, « Rue de la Synagogue » à Sens, fin du XVIIe. En présence de ersonnalités civiles et religieuses. 2) Pendant qu’un officier français dégrade le Capitaine Alfred Dreyfus, un autre officier français écrase la plaque de la « rue de la Synagogue » qui a été arrachée ; On remarque un homme barbu portant manteau marron et chapeau, c’est Théodore Herzl qui assiste à la scène. Et, dans son hôtel parisien, en une nuit, il écrivit le livre l’État juif qui eut un succès mondial. Il devint le père de l’État d’Israël qui devait redonner aux Juifs du monde entier une dignité perdue pendant près de deux mille ans.

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Plaque commémorative située au 33 de la « rue Cambon » à Paris (1er), sur la façade de l’hôtel où, pendant l’affaire Dreyfus, Théodore Herzl séjourna, en tant que journaliste du plus grand et du plus prestigieux quotidien viennois Neue Freie Presse. C’est, dans cet hôtel, qu’il écrivit « L’État juif », Théodore Herzl ne s’est pas contenté d’écrire un livre sur une idée déjà bien connue. Il organisa les premiers retours en Terre promise. C’est pourquoi il est considéré, à juste titre, comme le Père de l’État d’Israël. (Photo JPS : Jewish Press Service). Depuis 1906, la « rue de la Synagogue », à Sens, n’a pas encore été rétablie, est-ce à dire que le Capitaine Alfred Dreyfus (à Sens) n’est toujours pas (totalement) innocenté ?... (page 23 / peinture du peintre Giovani de l’Ecole italienne (collection de Jean-Pierre Saal).

Plaque existant toujours en 2010 Pourquoi ne pas inscrire sur la plaque de la « rue Rue Nonat Fillemin » qui a remplacé la « rue de la ynagogue » « Anciennement rue de la Synagogue jusqu’en 1896 », conséquence de l’antisémitisme dû à l’affaire Dreyfus. Tout comme en projet, certes depuis 2005 , à Paris, la « rue Ferdinand Duval », anciennement « rue des Juifs » qui a subi le même sort, pendant l’affaire Dreyfus que la « rue de la Synagogue », à Sens. Il en est de même de la « rue de la Cité » et de la Harpe (Paris 4e), toutes deux « anciennement rue de la Juiverie, jusqu’en 1896 ». Philippe Lamy, Conseiller auprès du Maire de Paris, écrit notamment : « S’agissant de la rue de la Harpe et de la rue de la Cité, nous pourrions profiter d’une prochaine rénovation des plaques pour indiquer « ancienPlaque, en projet, depuis 2005 nement rue de la Juiverie ». Notons, en passant, que le projet de la « rue Ferdinand Duval » est moins rapide à se concrétiser que celui de la plaque à la mémoire du pape Jean-Paul II (2005). De plus, sauf erreur, Paris est la seule ville de France à posséder un toponyme dédié à un pape. Peut-être qu’un jour, Paris, première communauté juive de France et d’Europe, possédera-t-elle une « avenue de la Synagogue », comme en Avignon ? Avignon (Photo JPS : Jewish Press Service)


UJFA