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HISTORIA

L'église Saint-André à Champagne est le second témoin de cette époque. C'est une des premières églises romanes construites en Saintonge. D'après un manuscrit de la première moitié du XVIIe siècle, l'église de Champagne a été donnée à l'abbaye de Saint-Romain de Blaye en 1101 par l'évêque de Saintes, Ramnulfe. Si la datation est exacte, c'est encore une fois Guillaume Fredeland qui en est le donateur laïc. Le choix de l'abbaye atteste de nouveau l'autorité de Blaye sur Champagne. Les traces de cette double appartenance, les terres et l'église, marquent ainsi les origines répertoriées du village. Cette entrée dans l'histoire par les archives ne signifie pas que le village sortait alors du néant. Dès le paléolithique (la période précédant la naissance de l’agriculture et qui remonte à plus de 10 000 ans), des sites à sel (des vases cylindriques utilisés pour la cristallisation du sel) ont été mis au jour à l'Éguille et à Chie-Loup. Au total, c'est une vingtaine de sites archéologiques qui a été découverte tout au long de la vallée de l'Arnaise. Des fouilles archéologiques à l'Abadaire, à la Birotterie, au Pas d'Enet ont révélé du matériel gallo-romain. Des restes d'un probable pont romain en bois ont été retirés du lit de l'Arnoult à Razour. Dans les années 1960, un vaste ensemble architectural gallo-romain daté du premier siècle après Jésus-Christ était mis au jour dans le bois du Châtelet dominant l'Arnaise, dans la commune proche de Saint-Agnant. Le bulletin archéologique du Poitou-Charentes de novembre 1973 décrit ce groupe de constructions qui s'étend sur plusieurs hectares comme étant un sanctuaire en raison de la présence d'une double enceinte qui signale un lieu à caractère sacré. Ainsi, par l'archéologie, nous savons que le site de Champagne et ses environs sont occupés de longue date. Champagne surgit dans un contexte politique en mutation porté par une nouvelle croissance économique. Lorsque Guillaume Fredeland fait don de la terre des Ajots et affirme ses droits sur Champagne, la région vit une mutation progressive, entamée au Xe siècle et poursuivie aux siècles suivants. La structure du pouvoir mise en place du temps des Carolingiens (Charlemagne et ses descendants, du VIIIe au Xe siècle) s'effrite et se transforme autour de l'an mil sous le règne des premiers Capétiens. L'autorité royale est affaiblie, et ne peut guère affirmer directement son pouvoir au-delà d'un domaine royal restreint à l'Île-de-France. Les familles comtales qui conservent par héritage leurs possessions, étendent Le magazine de Champagne

progressivement leur pouvoir, à l'image des comtes de Poitiers qui, du Xe au XI e siècle, mettent la main sur le titre de duc d'Aquitaine. Ceux-ci s'appuient sur un réseau de seigneurs affiliés qui, copiant les comtes, se forgent des domaines réservés, conservés de génération en génération au sein d'une même famille. Ces seigneurs, afin de consolider leur légitimité, recherchent alors l'appui des milieux ecclésiastiques (généralement issus des mêmes familles) afin d'écrire leur postérité et d'affirmer leurs possessions, ce qui peut créer occasionnellement des tensions. Le cas de Guillaume Fredeland et de sa terre de Champagne illustre ce phénomène de dispersion de l'autorité au sein de familles fortement imbriquées entre elles. L'irruption de Guillaume et de sa famille s'inscrit donc dans un long processus de prise de contrôle des pays charentais par des familles seigneuriales locales sous l’égide des comtes de Poitiers et ducs d'Aquitaine. Nous le voyons, les milieux ecclésiastiques et en particulier les ordres monastiques sont liés à cette redistribution des cartes. Aux portes de Champagne, la redistribution foncière des églises et des dîmes attenantes au profit des communautés monastiques se multiplie. En effet, dans le cadre de la restauration de l'autorité religieuse au XIe siècle, les ordres monastiques liés à l'espace aquitain (Cluny, La Chaise-Dieu, Vendôme) s'implantent durablement en Saintonge avec l'aide des seigneurs laïcs locaux. La Saintonge est alors une région entre terre et mer, faite de golfes marécageux et de presqu'îles isolées les unes des autres. Les terres offrent un paysage cloisonné, couvert de vastes forêts avec une population clairsemée. Or cet espace se voit offrir une attractivité nouvelle : le basculement de la Méditerranée à la côte atlantique de l'économie du sel, indispensable au Moyen Âge pour la conservation des aliments, permet la reprise de l'activité saline attestée de longue date sur la côte charentaise. Plus largement, l'augmentation de la population nécessite l’ouverture d'espaces agricoles nouveaux. D'autre part, le commerce du sel en créant des routes maritimes d'envergure sert de levier à l'essor d'autres commerces dont le vin, cultivé sur les coteaux proches des salines. Les terres "douces", elles, sont occupées par les céréales pour satisfaire les besoins alimentaires d'une maind’œuvre grandissante. C'est dans ce contexte d'éveil économique que les grands seigneurs vont progressivement faire don de leurs possessions à de puissantes abbayes qui organisent les défrichements d'un espace auparavant relativement vide d'hommes et occupé par la grande forêt du Bâconnais. Celle-ci occupe

Été 2016

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Enet été 2016  

Magazine municipal de la commune de Champagne en pays Rochefortais.

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