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Hamaca Grande Productions présentent

Benkos Biohó un destin du Nouveau Monde photographies : André Laurens


2015-2024

C'est la Décennie internationale des personnes d'ascendance africaine, proclamée par les Nations Unies. Dans ce cadre, de nombreux événements auront lieu à travers le monde, et la présente exposition s'y inscrit. La France, avec son passé colonial, ses ports négriers, a été un acteur majeur du commerce triangulaire, dont la destination principale était les Antilles françaises. Les explorateurs du Nouveau Monde ont ouvert la voie à la traite des esclaves vers l'Amérique du Nord (Angleterre), la Caraïbe et l'Amérique du Sud (Espagne et Portugal). C'est ainsi qu'au XVIIe siècle, Carthagène des Indes, dans l'actuelle Colombie, devient un des principaux ports négriers de l’Amérique espagnole. En France, des héros qui ont lutté pour la libération des esclaves et l'abolition de la traite, on ne connait guère que Toussaint Louverture. Mais combien d'autres ont résisté ou donné leur vie pour cette cause, sans que l'Histoire ait retenu leur nom ?

Benkos : Rigo Ruiz Orika : Rutchy Rodriguez photographies : André Laurens


Parmi eux, BENKOS BIOHÓ est un personnage clé du passé colonial de la ville de Carthagène des Indes. Benkos est un nègre marron, esclave rebelle en révolte contre sa condition. Sa vie est une épopée tragique, entre réalité et légende, qui invite à méditer sur la tolérance, la fraternité, et le droit à la libre détermination des peuples. L'association Hamaca Grande Productions, membre de la Fédération française pour l'UNESCO, s’intéressait depuis longtemps au thème de l’africanité comme élément déterminant des cultures caribéennes, et à ses expressions à travers les musiques et danses traditionnelles afro-colombiennes. Aussi c'est tout naturellement que naît l’idée de bâtir sur l'histoire de Benkos, un projet pluridisciplinaire, porté par les artistes impliqués dans l'association, eux-mêmes originaires de Cartagène des Indes. Ce projet a plusieurs facettes : spectacles, ateliers pédagogiques, présentations multimédia, à destination du milieu scolaire (animations en collaboration avec les enseignants) et du grand public (manifestations dans divers lieux culturels).

ANDRÉ LAURENS collabore depuis longtemps avec l’association comme graphiste et

photographe. Benkos Biohó entre dans sa vie comme une rencontre avec l'histoire et un défi artistique : une exposition photographique inspirée par le destin de ce héros du Nouveau Monde. Le parti pris artistique est de mettre en scène les moments clefs de l'histoire personnelle de Benkos, en s'attachant à montrer au-delà du héros, un homme de chair et de sang, avec ses forces mais aussi ses faiblesses et ses contradictions. Ainsi, André réalise en une après-midi de studio, une série de photographies qui met en scène Benkos et sa fille Orika. Cette galerie de portraits possède la force évocatrice qui parle à tous de la dimension universelle de cette histoire: la lutte pour la liberté et la dignité de l’homme face à l’oppression.


Benkos Biohó

un destin du Nouveau Monde

Originaire de ce qui est actuellement la GuinéeBissau, Benkos Biohó est selon les historiens issu de l’ethnie Bijago. La légende dit qu’il était déjà considéré comme un roi en Afrique. En 1596 il est déporté comme esclave à Carthagène des Indes et vendu à l’espagnol Alonso de Campos. Remarqué par sa force physique, il sert dans les galères espagnoles. Le prénom chrétien donné à Biohó était Domingo, qui devint Benkos, un prénom africain toponyme d’une zone à l’est de la rivière Sénégal. Benkos et son épouse, la reine Wiwa ont un fils, Sando, et une fille, la belle princesse Orika. En 1599 il s’échappe avec un groupe d’une trentaine d’hommes et se retranche dans la région des Montes de Maria. Poursuivi sans trêve par les troupes royales sous le commandement des autorités de la ville de Carthagène des Indes, Benkos et son groupe de rebelles résistent avec bravoure et contraignent le gouverneur Garcia Giron à la capitulation. On dit que Benkos perdit son fils Sando au cours d’un terrible affrontement. .../...


.../... Un accord est signé, par lequel Benkos et les siens obtiennent le droit de circuler librement et d’occuper un village fortifié entre marécages et rivières, à une vingtaine de kilomètres de Carthagène. Il existe déjà un certain nombre de ces villages dans la région. Ils sont nommés "palenques". Ce sont des lieux où les blancs ne peuvent pas entrer et qui constituent des noyaux de résistance. La légende attribue à Benkos Biohó la fondation du seul village de ce type qui ait subsisté jusqu’à aujourd’hui : San Basilio de Palenque. La légende raconte aussi que lors d’une bataille à laquelle participe l’officier Francisco de Campos, celui-ci est blessé et abandonné par ses compagnons. Il est fait prisonnier. Wiwa et Orika, reconnaissant le fils de leur ancien maître Alonso del Campo, supplient Benkos de les laisser prendre soin de lui. Ce que Benkos ne savait pas, c’est que sa fille était tombée éperdument amoureuse du bel officier. Elle le soigne, guérit sa blessure, et au bout de quelques jours, tremblante de peur, prend la décision de s’enfuir avec lui. Poursuivis et épiés par les guerriers de Benkos Biohó, ils n’iront pas bien loin. Francisco del Campo est touché par une flèche et meurt dans les bras d’Orika. Celle-ci est ramenée au village et Benkos est sommé par tous d’appliquer à sa fille la punition qui convient dans ce cas de haute trahison : elle devra se soumettre à l’épreuve suprême de la culpabilité, et boire le breuvage rituel à base de fève de Calabar, une plante hautement toxique. Si elle meurt, justice est faite et le coupable désigné. Si elle survit, c’est qu’elle est innocente. Malgré les supplications de la reine Wiwa, Benkos reste inflexible et refuse d’épargner sa fille. Orika meurt… Benkos Biohó restera un chef craint et respecté et continuera de harceler le pouvoir colonial pendant de longues années. Mais en 1621 son histoire se termine tragiquement : il est trahi et capturé, puis pendu sur la place publique devant toute la population de Carthagène.


"On nous a arrachés à la terre de nos ancêtres, et nous voici enchaînés ici, après un interminable voyage dans les cales de ce bateau. Qu’ont-ils fait de mes frères qui n’en sont pas sortis vivants? Les ont-ils jetés à la mer? Je ne reconnais rien, tout m’est étranger, ces bruits, ces odeurs… Où sommes-nous? Pourquoi nous a-t-on rassemblés dans ce port ? Qui sont ces gens habillés de façon si ridicule? Ils regardent nos dents et le blanc de nos yeux. De quel droit nous examinent-ils comme du bétail?"


"On nous a marqués au fer rouge et maintenant nous devons à nouveau marcher sans trêve. Où allons nous? Qu’adviendra t-il de nous? Comment trouverai-je la force de lutter pour ma dignité d’homme, celle de ma famille et de mes semblables? Mon coeur saigne et mon âme appelle de toutes ses forces sa liberté perdue."


"Nous travaillons sans relâche du matin au soir aux champs, dans les mines. Ceux qui ne sont pas assez forts pour le supporter sont fouettés, enfermés, torturés, privés de nourriture. J’en ai vu qui sont partis entre deux contremaîtres et qui ne sont jamais revenus. Un de mes frères qui avait tenté de s’évader a été rattrapé et pendu devant nous tous, pour l’exemple. Les chiens du maître vivent dans sa maison et sont mieux traités que nous. Je vois souffrir ma famille et mes frères, et mon coeur se remplit de haine."




"Nous n’avons pas le droit de nous réunir : si on nous trouve, c’est la mort assurée. Mais parfois, le soir, après ces journées de travail épuisantes, nous bravons l’interdit pour nous retrouver dans la forêt humide et étouffante."


"Nous nous peignons le visage, nous frappons les peaux des tambours que nous avons fabriqués en secret et nous appelons les âmes de nos ancêtres pour qu’elles nous donnent la force de résister. Ma fille Orika connaît les danses sacrées et grâce à elle nos esprits repartent vers nos terres lointaines."



"Aujourd’hui on nous a attribué un nouveau travail : il faut maintenant servir nos maîtres dans la maison et on nous impose de nous habiller comme eux. Nous qui n’avons pas la moindre parcelle de terre à cultiver sommes obligés de leur servir d’énormes plats de nourriture. Le pire serait que ma femme et moi ayons d’autres enfants : les malheureux seraient asservis comme nous."


"J’ai peur pour ma femme et ma fille. Quand une esclave leur plaît, les maîtres n’ont de cesse que de la posséder. Autour de moi il y en a plusieurs qui ont déjà eu des enfants. Mais ce que les blancs ne savent pas, c’est que derrière nos visages placides et notre attitude en apparence résignée, nos esprits sont libres, et nous préparons la révolte."



"L’heure est venue! Nous avons rassemblé des armes au péril de nos vies, et nous voici prêts à nous enfuir vers les marécages où les soldats avec leurs lourdes armures et leurs fusils ne pourront pas nous suivre. Nous sommes rassemblés une dernière fois dans la forêt, et c’est Orika qui entame la danse guerrière. Je sens brûler en moi le feu de la rébellion, je ne connais pas la peur, je serai celui qui mènera nos frères vers la liberté!"


"Nous avons essuyé de lourdes pertes, et j’ai vu mourir mon propre fils Sando au cours de la dernière bataille. Mais ce ne fut pas un vain sacrifice, car maintenant nous sommes des hommes libres et nous vivons sur un territoire où les colons n’ont pas droit de cité. J’ai mené l’insurrection à son terme et je suis maintenant le souverain incontesté. On respecte mon avis, on vient me consulter de très loin et je rends la justice."



"Mais aujourd’hui j’ai appris que la tra immiscée dans ma propre famille. Ma fille Orika s’est enfuie avec le fils d maître. J’ai été faible, je lui ai permis voilà qu’elle a commis l’erreur de le s destin qui ne peut pas être le sien.

J’entends mes hommes qui reviennen rattrapé ma fille et ils crient vengeanc doit être la sentence : Orika devra bo si elle est innocente elle survivra. Si e ce sera la mort, et je devrai l’accepter

Ma femme pleure et me supplie, mais laisserai pas fléchir, je ne peux pas m je suis celui qui a fomenté la révolte e ont fait des sacrifices sous mes ordre boire!"


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de notre ancien s de le soigner et suivre vers un

nt. Ils ont ce. Je sais quelle oire le poison et elle est coupable, r.

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"Orika, ma fille, qu’ai-je fait ? Tu as porté la coupe à tes lèvres comme si tu acceptais ton châtiment, et tu n’as pas résisté au poison! A ta façon tu as voulu initier la réconciliation, mais il était trop tôt, personne n’était prêt pour cela. La douleur me terrasse. J’ai perdu mon fils, et voici que je tiens dans mes bras ma fille morte! Pourquoi faut-il que la liberté se gagne au prix de tant de souffrances? Lorsque j’ai débarqué dans cette contrée je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait, et maintenant je ne suis plus le même homme. La lutte n’est pas terminée : les générations qui me suivront devront tenir bon jusqu’à ce que nous soyons tous libérés et que ce système soit aboli à jamais. Certains, comme moi, ne reverront jamais la terre où ils sont nés. Mais plus loin, beaucoup plus loin dans le temps, d’autres y retourneront, et s’en iront de par le monde raconter l’histoire de Benkos Biohó et de tous ceux qui comme moi ont refusé la soumission."


André Laurens, photographe Ses premières photos, à l'âge de douze ans et à l'Instamatic, sont pour la brique rouge de sa ville natale. A quatorze ans, il découvre les joies du moyen format avec un Lubitel 6×6 et à dix-sept, celles du labo et du tirage noir et blanc. Après avoir été longtemps un adepte inconditionnel du film argentique, 24x36 et 4,5x6, il vient à la photographie numérique dans le même esprit : cadrage et exposition doivent être bons dès la prise de vue. Ses intérêts photographiques ont de multiples sources d'inspiration : les villes, l'architecture, la mer ; mais ses champs créatifs de prédilection vont à la recherche des lumières et aux compositions graphiques formelles. Les portraits présentés ici sont l'expression de plusieurs années de complicité avec les artistes qui ont redonné vie aux personnages de Benkos et Orika.

Hamaca Grande Productions L’association Hamaca Grande Productions, crée en février 2013, se consacre à la promotion de l’art et des cultures de l’Amérique Latine et des Caraïbes. Elle s’intéresse à toutes les formes d’expression artistique : musique, danse, arts plastiques, cinéma, littérature, et traditions populaires. Son domaine de prédilection est le spectacle vivant et elle se propose de faire découvrir à tous de nouveaux horizons grâce aux artistes soutenus.



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