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FINANCE & VOUS

La Newsletter électronique gratuite des décideurs financiers tunisiens

Numéro 1 – Novembre 2011

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Capital-Risque: une opportunité pour la nouvelle Tunisie ? Interview de Zouhair Ouakaa,

Senior Vice President chez Gilford Securites, New York page 12

Perspectives Actualités Perspectives Tunisiennes Internationales Tunisiennes

Tunisie: il est tant Une course de de promouvoir relais page 08 les énergies renouvelables page 26

A la lumière de l'expérience marocaine:

Réglementation sur les produits de couverture contre le risque page 20


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Sommaire

Focus

Capital-risque, une opportunité pour la nouvelle Tunisie ? Interview de Zouhair Ouakaa,

Senior Vice President chez Gilford Securites, New York

Perspectives Tunisiennes

La finance islamique: État des lieux dans le monde & perspectives en Tunisie Entretien avec Nabil Ghalleb

Finance & Vous, Newsletter électronique gratuite éditée et diffusée par l’Association Internationale des Experts Financiers et Bancaires Tunisiens (AIEFBT) www.aiefbt.org. Rédacteur en chef : Souhayel TAYEB > souhayel.tayeb@aiefbt.org Conception Graphique: Samuel Hervy > samuel.hervy@aiefbt.org Contact Newsletter Finance & Vous > newsletter@aiefbt.org Finance & Vous est une newsletter gratuite et ne peut être donc vendue. L’AIEFBT édite: Finance & Vous, la Revue Tunisienne de Banque, Finance & Gouvernance et la Revue Tunisienne de Droit des Affaires

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L'humeur d'Adenov

Edito

04 A peuple vaillant, rien d'impossible par Souhayel Tayeb

Actualité Internationale

Tous les mois, Adenov nous livre son regard sur l'actualité. Retrouvez ce mois-ci son regard sur l'évolution de la situation en Tunisie.

06 Islamic Asset Management Industry: A Growing Expansion par Sonia NSIR 08 Une course de relais par Seyf Ismail – BIAT

Focus

12 Capital-risque, une opportunité pour la nouvelle Tunisie ? Interview de Zouhair Ouakaa 16 Tunisia : Capital risk and new technologies Interview de Ghazi Ben Othman

Perspectives Tunisiennes

20 À la lumière de l'expérience marocaine: Réglementation sur les produits de couverture contre le risque par Souhayel Tayeb 26 Tunisie : il est temps de promouvoir les énergies renouvelables par Omar Jridi

28 La finance islamique: État des lieux dans le monde & perspectives en Tunisie Entretien avec Nabil Ghalleb

Compétences Tunisiennes 32 Anis Guerfali: Quand équilibre moral et quête de l’aventure deviennent le moteur de l’excellence.

Amis de la Tunisie

34 Ann Wyman, Nomura Securities

N’imprimez cette newsletter que si nécessaire, pensez à l’environnement

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Edito

À peuple vaillant, rien d'impossible es urnes ont donné leur verdict et une deuxième période transitoire se dessine à l'horizon mais cette fois-ci avec de la légitimité qui nous a tant fait défaut ces derniers mois voir même ces dernières années et quelle légitimité : celles des urnes. Notre peuple qui a fini par dire non après des décennies de dictature et de pillage des richesses de la Tunisie se retrouve aujourd'hui devant une période cruciale dans sa quête de la démocratie, de la justice et du développement. Les chantiers ressemblent à des travaux d'Hercule mais la volonté de notre peuple infaillible. La richesse humaine existe en Tunisie, il faut juste libérer les initiatives. Chaque jour des tunisiens et des tunisiennes partout dans le monde ayant fait le bonheur des plus grandes firmes internationales ne demandent qu'à travailler pour le bien de ce beau pays. La période est cruciale et la mobilisation doit être donc générale. Nous devons tous, aujourd'hui plus que jamais prendre conscience de l'ampleur des défis, mesurer la lourdeur de la tâche et agir en conséquence et en parfaite connaissance du terrain. Voici venu le temps de la sueur sur les fronts, de la mûre réflexion et de l'action concertée. Relancer l'économie et donner des emplois à ceux qui les demandent en silence depuis des années, voilà notre priorité à tous. Le monde financier a besoin de l'apport de tous, chacun dans son domaine et à travers sa spécialité, ses compétences et ses expériences. « Finance&Vous » est une initiative de l'Association Internationale des Experts Financiers et Bancaires Tunisiens – AIEFBT. Elle se veut la voix des professionnels, votre voix, notre voix à tous. Qui mieux que nous peut pointer du doigt les lacunes et apporter les solutions concrètes. Pendant des décennies, ils ont su instaurer la méfiance entre les tunisiens et édifier des murs de silence. Apprenons à se connaître, à partager nos expériences, à faire confiance aux autres tunisiens car le tunisien a prouvé à lui-même ainsi qu'au monde entier et à plusieurs reprises qu'il sait être présent dans les moments cruciaux de l'histoire du pays. Nous sommes tous responsables aujourd'hui car nos enfants et les générations futures ne nous pardonneront jamais si on rate notre rendez-vous avec l'histoire

Souhayel TAYEB, Rédacteur en Chef

Photo REUTERS, Zoubeir Souissi

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Actualités Internationales on account of new money in flows. Fixed Income, Equities, Alternative Investment did well in 2010, which was a record year for Sukuk with issuance of $50 billion. The industry is growing between 1015% annually. In the GCC, liquid wealth of shariah sensitive investors is expected to add more than $ 70 billion to Islamic funds by 2013.

fund over 2 years ago, to offer a liquid vehicle. This fund has known great success in the recent period to become one of the biggest USD denominated sukuk funds in the market.

Islamic Money Market, Equities & Alternative Investment: The Investment Way

Benefits of Islamic Asset Management

Islamic Asset Management Industry: A Growing Expansion Sonia NSIR - Asset management QIB (UK)

I

n the early days of the Islamic banking sector back in the 1980’s, Asset Management seemed to have been less exciting and less rewarding to the professionals than high-volume retail banking or highly compensated investment banking. Islamic Asset Management is far more recent, there were definitively some pioneers in Malaysia in the 70’s and in Saudi Arabia by the end of the 80’s but almost all of the mutual funds have been launched during the last 3 years. Unfortunately the expansion of the Islamic Asset Management industry has been strongly slowed down by the financial crisis. This crisis has had disastrous material impacts but it has also induced new behavior and psychology in the investment industry. The increasing likelihood of sovereign debt crisis in Europe and a double dip recession in the US will continue to influence conventional and

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Islamic Assets Managers through 2012. Today, Shariah’ investors had changed how they were looking at investment. That’s why Asset Managers had to reinvent their offering to match the new profile and appetite of investors. Now there are the tools, knowledge and an enormous demand which the market has witnessed, to make Islamic Asset Management an attractive sector.

State of Arts: The Figures The shariah compliant investment industry is still developing, but growing very rapidly. It is estimated that there are $ 58 billion in shariah compliant assets under management globally(1). The growth up from $53, 9 billion in 2009, was largely due to market performance and partially

Asset Management encompasses both Fund Management and discretionary portfolio services for institutions and High Net Worth Individuals. For private banking clients, this may involve the management of trusts, established for tax or inheritance reasons. Shariah compliance in all of these areas poses interesting, but usually solvable, challenges. Treasury, Wealth Management and investment portfolio services, including the holding of Islamic Sukuk securities, these are crucial for both private and corporate clients in the GCC. Indeed, Shariah compliant investing concerns all investors. Then, investors of all stripes are drawn to such values based investing. The features of this sector are: Less volatile: Shariah compliant equities are less volatile than their conventional equities because excessive financial leverage is prohibited. Better capitalisation and more liquidity: The underlying companies were better capitalised and more liquid than many of their conventional peers because equities must pass a rigorous screening process. Asset-backed: Sukuks are asset-backed, where there is an asset underlying every transaction and the ownership of that asset or pool is transferred to investors. More transparency and diversification.

Fixed Income: The Financing Way Companies trying to improve their balance sheet were issuing Sukuk, offering attractive yields in comparison with an equally rated conventional bond. Nevertheless, the Sukuk market is less efficient and accessible to private investors than the equity market. This has been seen as an opportunity for QIB (UK) who launched a Sukuk

We can observe that the behavior of traditional investors in the Middle East has definitively changed; they are seeking for more diversification. Therefore, investors are seeking capital protection, liquid and income producing investment. For these reasons, to meet client demand for low risk liquid products, QIB (UK) launched, 6 months ago, the first S&P AA rated liquidity fund in the market. To satisfy the market demand on capital protected product, QIB (UK) structured and launched the first Shariah compliant, 100% capital protected, structure note in the Qatari market with Qatari stock as the underlying in May 2010. The success of the first note led to two more tranches of the same product launched in June and August. Hereon, this Investment Bank Shariah compliant have launched a capital protected structured note with an underlying basket composed of stocks from Qatar, Saudi Arabia and Abu Dhabi markets. And finally, in September 2010, QIB (UK) launched the first Islamic Financial Institution Fund. The Fund invests in listed Islamic Banks and Takaful Companies.

Conclusion The products are seeing a great success and shows that the Asset Management industry just needs to be adapted to client’s requirements to be booming. Shariah compliant investing is growing rapidly as an alternative investment class for all investors. While some clients may approach Islamic Banks to ensure that their underlying investment are Shariah compliant, other investors do so for the benefits they derive, including greater stability of returns, transparency and diversification

(1) 5th annual Ernst & Young Islamic Funds and Investment Report IFIR 2011

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Actualités Internationales

Une course de relais

Nous assistons depuis 2003 à une course de relais financière, dont le « témoin » est un stock de dette de quelques milliers de milliards d’euros. Pour le moment, cette course a lieu en trois temps, dont nous vous proposons un résumé, en attendant de voir la suite, et peut être un jour la fin. Seyf Ismail – BIAT

L

e premier coureur a pour nom le secteur privé, et a couru en gros de 2003 à 2007. A cette époque, les taux directeurs étaient au plus bas (2% en zone euro, 1% aux Etats Unis), avant de remonter petit à petit, jusqu’à un plus haut en 2007, dans une tentative de calmer la surchauffe. C’était la période où le risque de crédit ne faisait que baisser tant l’appétit au risque était fort. L’indice de crédit iTraxx, mesurant le coût de couverture contre le risque de défaut d’un panier d’émetteurs standard en Europe, avait atteint un plus bas autour de 20 points de base. Ce qui voulait dire que pour assurer une dette de 100 euros pendant 5 ans, vous deviez payer 20 centimes par an. Le niveau des CDS des banques à l’époque valait autour de 4 à 5bp. Le risque n’étant plus rémunérateur, déjà depuis 2006, il fallait jouer sur les volumes. Le succès de la titrisation (les fameux ABS, CDO, subprimes, etc.) s’inscrit dans cette logique et a contribué au niveau extrêmement bas du risque observé en 2007. La conséquence que nous connaissons tous a été un endettement très important du secteur privé (l’endettement des ménages aux Etats Unis est passé de 108% du Revenu Disponible Brut en 2003 à plus de 130% en 2007). Cet endettement s’est retrouvé d’une manière ou d’une autre dans le bilan des banques (et souvent en hors bilan, notamment via le sponsoring de programmes de titrisation). La remontée des taux d’intérêt et l’éclatement de la bulle immobilière ont mis à nu cette situation de surendettement et a obligé les banques de constater d’énormes pertes (des « write

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downs ») sur leurs produits structurés et a abouti à un credit crunch. Les ménages et les entreprises n’ont eu d’autre choix que d’entamer un processus de désendettement massif, avec le risque d’aboutir à une récession sévère. Il fallait donc qu’un autre joueur prenne le relais de la dette. Ce fut le rôle de l’Etat, et selon des stratégies différentes des deux côtés de l’Atlantique. Aux États-Unis, il fallait à la fois assurer le refinancement de l’énorme stock de dette accumulé par les institutionnels, mais aussi mettre en place un programme de relance massif pour accompagner le désendettement du secteur privé. Le premier point a été pris en charge par la Réserve Fédérale. La démarche de la Fed a été, depuis 2007, de fournir toutes les liquidités dont les institutions avaient besoin, en attendant un miracle quand les marchés se seront calmés. Plusieurs programmes ont été mis en place, dont le TAF (Term Auction Facility) pour les banques, le TSLF (Term Securities Lending Facility) et le PDCF (Primary Dealers Credit Facility) pour les primary dealers (qui n’avaient habituellement pas accès au guichet de la Fed), ainsi que des programmes de financement d’achat de commercial papers pour soutenir les entreprises, l’achat de titres émis par les fonds monétaires et les mutual funds, des MBS pour soutenir le marché immobilier, et enfin des bons du trésor pour maintenir des taux d’intérêt bas et améliorer la solvabilité des ménages, dont les crédits sont essentiellement à taux variable. Tous ces programmes font que la Fed se substitue

aux prêteurs habituels sur les marchés, en tous cas provisoirement, mais sans traiter le problème de la solvabilité. Pour ce qui est de la relance, le gouvernement fédéral a engagé d’importants programmes de dépenses (dont 789mds $ en 2009). Les déficits se sont creusés de 2% en 2007 à 10% en 2009, financés par de la dette, qui passe de 64% en 2007 à 93% en 2010, et soutenus d’ailleurs par la Fed via un programme d’achat de treasuries en 2009, de l’ordre de 300mds $. Là aussi, la question de la capacité de l'État fédéral à rembourser sa dette n’a pas été traitée. Ce sujet devait avoir une réponse suite à la pression exercée par les républicains pour justifier la hausse du plafond règlementaire de la dette fixé jusque là à 14 mille milliards de dollars. Or il n’en a rien été, faute de consensus entre démocrates et républicains sur les réformes à mener. Une situation qui a abouti cet été à la dégradation de la note AAA des États-Unis par S&P. En Europe, la situation est différente. D’abord, le financement de l’économie se fait moins à travers les marchés qu’à travers les banques. En zone euro, les sociétés non financières se financement à hauteur de 70% via les banques et 30% sur les marchés. Aux États-Unis, ces ratios sont respectivement de 20% et 80%. Même constat pour les titres publics, pourtant plus liquides et donc mieux adaptés au financement par les marchés. En effet, le pourcentage de la dette publique détenu par les banques est autour de 17% en zone euro,

alors qu’il est de seulement 2% aux États-Unis. Ceci explique que la BCE n’eut pas à intervenir de la même manière que la Fed, où il fallait acheter des titres sur le marché. En zone euro, il a fallu principalement assurer le refinancement du secteur bancaire. A cette fin, des programmes non conventionnels ont été mis en place par la BCE. Il y a d’abord l’allongement des maturités du refinancement. Aux maturités de 1 semaine (Opérations Principales de Refinancement) et de 3 mois (Opérations de Refinancement à Long Terme), la BCE a ajouté des refinancements de 6 et 12 mois, à un taux fixe (1%) et pour des montants illimités. Elle a aussi mis en place un programme d’achat de « covered bonds », pour une taille de 60 mds d’euros, ainsi qu’un programme d’achat de titres souverains (Securities Market Program) pour une taille de l’ordre de 75mds d’euros en 2011. Par ailleurs, il a fallu traiter des problèmes nationaux dans le cadre d’une monnaie unique, et en l’absence d’un gouvernement fédéral. Or, chaque pays avait une situation différente. En Irlande, c’est le système bancaire qui a menacé de s’effondrer suite à une mauvaise adéquation entre ressources et emplois, et la dépendance des banques irlandaises au financement sur les

« Avec une dette qui culmine à plus de 150% du PIB, il est impossible à la Grèce de rembourser intégralement sa dette, même avec des scénarios de croissance très optimistes » Novembre 2011 FINANCE & VOUS


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marchés, au détriment des dépôts. Situation qui a obligé le gouvernement irlandais à injecter les capitaux nécessaires, et à creuser des déficits qui ont atteint 14% du PIB en 2009 et 11% en 2010. La dette publique irlandaise bondit de 25% du PIB en 2006 à 95% en 2010. En Espagne, le recul de l’activité, notamment l’éclatement de la bulle immobilière et ses conséquences sur les recettes fiscales du secteur de la construction, qui représentait 13% du PIB en 2007, a poussé l'État à mettre en place un programme de relance appuyé par une réduction des impôts (sur le revenu, sur le patrimoine, sur les sociétés, sur la succession, etc.), ce qui a abouti à des déficits budgétaires importants (11% du PIB en 2009, contre un excédent avant 2007). Dans d’autres pays (la France, l’Allemagne, le Portugal, l’Italie, etc.), c’est principalement le processus de désendettement des ménages qui est à l’origine de la récession et des plans de relance. Enfin, en Grèce, la situation était déjà critique avant la crise, avec un endettement public autour de 100% du PIB dans les 7 années précédant la crise et un déficit public autour de 4% dans la même période. Une gestion peu rigoureuse des finances publiques, aggravée donc par la crise de 2007. Pour résumer, le « témoin » reçu par les États européens alourdit la dette publique européenne, qui passe de 65% en 2007 à plus de 85% en 2011. La question de la solvabilité des États souverains fait naturellement surface. Si les États-Unis arrivent encore à reporter le problème du remboursement, grâce notamment à la confiance des marchés, et à l’absence de meilleure alternative aux bons du trésor américains pour les placements en dollars, il n’en est pas de même pour l’Europe. Et le cas de la Grèce en est le parfait exemple. Avec une dette qui culmine à plus de 150% du PIB, il est impossible à la Grèce de rembourser intégralement sa dette, même avec des scénarios de croissance très optimistes, mais raisonnablement crédibles. Assumer les pertes (entre 30% et 50% selon les dernières estimations) sur les titres grecs paraît inéluctable. Toutefois, les négociations sans fin entre Européens montrent que la situation est plus complexe. En effet, plusieurs options ont été mises sur la table, mais aucune n’est satisfaisante. Faire assumer les pertes par les créanciers de la Grèce peut se faire de 2 manières. La première serait sur la base du volontariat. Or il est peu probable que les créanciers acceptent volontairement un tel scénario, étant donnés les montants en jeu et les conséquences sur le bilan des banques, qui détiennent un stock important de dette publique grecque (56 mds d’euros chez les banques grecques, 19 mds chez les banques allemandes, et

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« A défaut de résoudre rapidement ces questions, on assistera très probablement à un autre passage de témoin, et il sera alors intéressant de connaître le nom du prochain joueur » 11 mds chez les banques françaises). La deuxième serait que la Grèce déciderait unilatéralement de ne rembourser qu’une fraction de sa dette, par exemple entre 60% et 70%. Dans ce cas, elle serait déclarée officiellement en défaut (selon la définition des agences de notation ainsi que de l’ISDA). Ce défaut aurait des conséquences graves sur la Grèce qui perdrait en crédibilité, non seulement sur le court terme (ce qui est déjà le cas), mais aussi sur le moyen et long termes. En effet, tout comme l’Argentine qui a été exclue des marchés pour plus de 10 ans, depuis son défaut en 2001, la Grèce ne pourrait plus accéder aux marchés pendant une longue période et devrait alors trouver des sources de financement alternatives et durables pour le stock de dette restant, ce qui n’est pas une mince affaire, surtout dans le contexte actuel. Ce défaut entrainerait aussi un risque de contagion aux autres pays fragiles de la zone euro, notamment l’Irlande, le Portugal, l’Espagne, et même l’Italie. L’aversion au risque serait telle que les marchés n’accorderaient plus de financement à ces pays, ce qui entrainerait leur défaut, selon le principe de la prophétie auto réalisatrice. Enfin, il est difficile de prévoir les conséquences exactes de ce défaut sur la monnaie unique, qui risquerait non seulement de s’effondrer, mais aussi de disparaitre. Autant dire que ce scénario est suffisamment cauchemardesque pour dissuader et la Grèce et les Européens de le mettre en œuvre. Seule alternative à ce scénario serait donc un plan de sauvetage européen. Sans rentrer dans les détails techniques, le plan de sauvetage imaginé par les gouvernements européens a pour objectif de permettre à la Grèce

(et aux pays qui en auront besoin) de refinancer sa dette à des taux raisonnables. Pour cela, il s’appuie sur 3 sources de financement. La première est l’Union Européenne, via son bras exécutif qu’est la commission européenne. Celle-ci dispose d’une capacité de prêt destinée, à l’origine, aux pays de l’UE ne faisant pas partie de la zone euro. Cette capacité de prêt relativement limitée, autour de 60 mds d’euros, est garantie par le budget de l’UE. Le déblocage de cette aide est voté par un seul parlement : le parlement européen, et elle est donc rapidement disponible. La deuxième source est le FESF (Fonds Européen de Stabilité Financière), tout juste créé. C’est un fonds basé au Luxembourg, et dont la vocation est de prêter de l’argent à des taux raisonnables (autour de 4%) aux pays de la zone euro en situation difficile. Pour cela, il lève de la dette sur les marchés financiers, laquelle est garantie par les pays de la zone euro, à hauteur de leur contribution à la Banque centrale européenne. Sa capacité de prêt est de 440 mds d’euros, dont une partie sera notée AAA (actuellement 255Mds selon les calculs de Natixis). Le vote sur l’intervention de ce fonds est effectué par chacun des parlements des pays de la zone euro, ce qui complique son fonctionnement. Enfin, le FMI s’est engagé à contribuer à ce plan, à hauteur de 50%, soit une

contribution de 250mds euros, et un total donc de 750 mds d’euros. Bref, avec ce plan, l’Europe récupère le témoin de la dette des mains des pays fragiles. Et c’est le 3è temps de la course. Or, ce plan ne fait pas l’unanimité. Des pays comme l’Allemagne, les Pays Bas, l’Autriche, la Finlande, etc. acceptent mal que la fourmi partage avec la cigale. Les gouvernements de ces pays se retrouvent donc partagés entre l’urgence du sauvetage et l’hostilité de l’opinion publique, ce qui explique la nervosité des marchés et le niveau de volatilité observé (le VIX, l’indice de volatilité du S&P500, a atteint 45% en octobre, contre un niveau habituel entre 15 et 20%). Par ailleurs, outre le problème d’aléa moral, et au-delà des plans de réformes qui accompagnent ce sauvetage, ce plan soulève un certain nombre de questions profondes qu’il faudra traiter. La compétitivité des pays du sud de l’Europe, l’harmonisation fiscale et le fédéralisme sont des dossiers sur lesquels les gouvernements européens devront plancher, avant que les marchés ne les poussent à le faire, dans l’urgence. A défaut de résoudre rapidement ces questions, on assistera très probablement à un autre passage de témoin, et il sera alors intéressant de connaître le nom du prochain joueur

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Focus Interview de Zouhair Ouakaa Senior Vice President chez Gilford Securites, New York Bonjour, pourriez-vous vous présenter ainsi que nous présenter Gilford Securities ?

Capital-Risque: une opportunité pour la nouvelle Tunisie ?

L

’industrie du capital-risque ne connaît pas ses meilleures années partout dans le monde. Il en demeure que le capital-risque représente une vraie chance pour la Tunisie nouvelle. La révolution et les changements qui vont suivre représentent une opportunité pour les acteurs locaux et la Tunisie demeure un pays attractif sur le plan mondial a en croire le dernier Global Capital and private equity Country attractiveness index. Nous avons pu rencontrer deux compétences tunisiennes qui travaillent dans ce domaine depuis plusieurs années chez des acteursde cette industrie.

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Je suis Zouhair Ouakaa, Senior Vice President chez Gilford Securities en charge du développement de l’activité sur la région MENA. Avant de rejoindre Gilford, j’étais Vice Président chez JP Morgan Chase pour dix ans en charge des investissements sur la région EMEA. Gilford Securities Inc. est une banque d’investissement basée à New York offrant une large palette de produits financiers à des investisseurs institutionnels et particuliers.

"Le capital-risque tunisien reste trop timide mais prometteur" Zouhair Ouakaa Pourquoi la région MENA intéresse Gilford Securities ? Gilford veut se positionner comme acteur majeur dans la région en introduisant des nouveaux produits et services. Gilford est devenu un passage obligé pour les investisseurs institutionnels. Gilford est attiré par le potentiel de croissance dans la région comme par les opportunités existantes. Nous croyons que la région MENA sera l’une des régions enregistrant la plus forte croissance dans le monde dans les prochaines six années. La région gardera cette attractivité pour une longue période malgré les évènements actuels en Libye, Syrie et Yémen. Pétrole, Gaz, Tourisme Industire et Transport seront les secteurs majeurs qui guideront cette forte croissance. Le capital- risque est devenu aujourd’hui un acteur majeur dans le paysage financier international. Personne ne peut ignorer le fait que le capital-risque est devenu une partie intégrante du paysage financier mondial. Pourtant, malgré la reconnaissance et la

croissance, les intervenants sur le marché ont exprimé à plusieurs reprises leurs craintes relatives au manque de compréhension de cet instrument financier de la part d’une grande partie des régulateurs et investisseurs potentiels. Cette industrie est aussi toujours dominée par une petite minorité d’acteurs, par des leviers excessifs, l’existence notable de certains conflits d’intérêts et d’abus de marché. Le capital risque peut améliorer l’éfficience des entreprises au niveau de leur situation financière. Cette amélioration ne peut qu’être bénéfique à l’économie en général. C’est pour ça que nous continuons à croire à cette industrie et qu’elle continuera sa croissance dans le monde. Les marchés émergents et particulièrement l’Asie et les pays de la zone MENA seront le futur de cette industrie. Cette expansion est expliquée par le croissance frénétique en Asie et l’excès de liquidité dans les pays du GCC Comment se comporte le capital-risque en Tunisie ? Je vais me baser sur mon experience ainsi que sur le dernier rapport « The Global Capital and Private Equity Country Attractiveness Index (2011). Le rapport examine l’attrait et le potentiel d’évolution du secteur capital-risque en Tunisie. L’indice qui en émane montre une évolution continue et place la Tunisie en bonne position par rapport à la moyenne continentale grâce à l’amélioration des différents facteurs affectant l’attractivité globale de cette activité. Le capital risque tunisien reste trop timide mais prometteur, une industrie extrêmement jeune en Tunisie. En dépit de quelques structures dynamiques comme Diva Sicar, le capital risque reste trop limité. Il ne représente que 10% des investissements dans les entreprises et s’apparente la plupart du temps à du capital investissement. Selon d’autres statistiques fournies par la Banque mondiale, «jusqu’à fin 2007, et après 12 ans d’activité, le capital-risque n’a participé qu’au financement de 1.300 entreprises, moyennant une enveloppe globale de 600 millions de dinars (300 millions d’euros environ)».

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www.aiefbt.org Les Sociétés d’investissement à capital-risque (SICAR) demeurent frileuses et refusent de prendre des risques alors que leur métier est justement d’en prendre. Au nombre de 40, ces mécanismes de financement alternatifs, peu développés en Tunisie, ne contribuent qu’au maigre taux de 0,5% au total de l’investissement privé. Les SICAR tunisiennes, pour la plupart filiales de banques, appliquent toujours les mêmes méthodes que leurs maisons mères et exigent de leurs clients des garanties réelles, et ce malgré la promulgation, depuis janvier 2009, d’une loi qui leur interdit d’exiger des promoteurs des garanties hors projet ou de fixer une rémunération pour leur participation au capital du projet. La loi du 30 octobre 1995 a institué plusieurs avantages fiscaux et financiers en faveur du capitalrisque tandis que la loi de finances 2009 a élargi le champ d’intervention des SICAR. Celles-ci sont habilitées à cofinancer les investissements agricoles et le rachat d’entreprises en difficulté. Elles sont autorisées à consacrer au moins 65% des fonds mis à leur disposition et de leur capital libéré, contre 50% en vigueur actuellement, au renforcement des fonds propres des projets lancés par de nouveaux promoteurs. Le capital Risque souffre encore de quelques insuffisances structurelles dont les plus importants sont un cadre légal peu adapté avec une palette d’instruments financiers encore peu étoffée en particulier pour les financements dans les TIC ainsi qu’au niveau de la protection des pactes d’actionnaires. En outre, la pratique du capital risque reste encore marquée par les procédés de crédit dans le cadre de contrats de portage avec une approche passive dans la gestion des projets.

3. Les FCPRs (Fonds Communs de Placements à Risques), qui sont, comme tous les Fonds Commun de Placement, des copropriétés de valeurs mobilières n'ayant pas de personnalité juridique mais gérés par une société de gestion ad hoc. Les dites valeurs mobilières (FCPR et SICAR) ayant pour mission de collecter des capitaux auprès d'épargnants et les employant en opérations de capital-risque. Leur vocation est d'investir dans des sociétés à fort potentiel de croissance. Quels sont les secteurs attractif en Tunisie ? Les secteurs technologiques innovants de l’information et de la communication, le secteur d’agriculture et les industries agroalimentaires et enfin les industries lourdes d’extraction.

Source : http://blog.iese.edu/vcpeindex/

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Il existe six critères de choix des projets : 1- Les critères financiers : Délai pour atteindre l’équilibre Délai de récupération Taux de retourne interne Liquidité (facilité de sortie) 2- Le critère Produit /Marché : Croissance et attractivité du marché Taille du marché 3- Equipe de management Potentiel de leadership de l’équipe de direction, des profils variés et spécialisée Potentiel de leadership de l’entrepreneur principal Expérience du secteur reconnu au sein de l’équipe Track record 4- Stratégie / Compétitivité : Facilité d’entrée sur le marché Maintenir sa position concurrentielle Nature et degré de la concurrence Forces des fournisseurs et des distributeurs 5- Investissement Type d’investissement Capacité à syndiquer l’investissement Contrôle 6- Time to market Ne pas arriver trop tôt ou trop tard sur le marché. Quelles sont les perspectives d’avenir du capital-risque en Tunisie ? La croissance économique de la Tunisie sera modérée, à cause des récentes évolutions politiques et changements de la structure gouvernementale impliquée dans la définition de la stratégie économique. Cependant, et sous réserve d’une stabilisation progressive de la situation politique, les investisseurs rassurés sont en mesure de mobiliser de plus gros volumes de capitaux pour des placements à risque et ils sont plus disposés à investir de façon plus dynamique dans des entreprises émergentes. Par ailleurs, la visibilité qu’a acquise la Tunisie contribuera à attirer les bailleurs de fonds étrangers. Le potentiel d’expansion du pays n’étant plus inhibé, cette catégorie d’investisseurs trouvera son compte à considérer plus sérieusement les perspectives qu’offre la Tunisie. De plus, les stratégies d’investissement dans le capital-risque seront plus audacieuses, et moins sujettes à des réserves relatives à la réfraction relative au manque de culture du risque. Le cadre législatif incitatif devra suivre pour amplifier ces évolutions

Quels sont les principaux acteurs du capital risque en Tunisie ? Le capital-risque est mis en oeuvre à travers trois véhicules majeurs 1- Les fonds d'amorçage (spécialisés dans le capitalamorçage), comme leur nom l’indique, se consacrent à financer par capitalisation les projets en cours d'apparition. 2- Les Sociétés d’Investissement à Capital Risque (SICARs) ; Les SICAR régionales ; fruit d’une politique de développement régional. Les SICAR de banque ; qui pratiquent essentiellement le portage et qui s’apparent plus à de la dette. Les SICAR de groupe ; utilisées comme instrument d’optimisation fiscale. Les SICAR indépendante ; qui assument le risque commercial des projets (intérêt pour le cash-flow de l’entreprise plutôt que les garanties réelles)

Quels sont les critères de choix ?

Source : http://blog.iese.edu/vcpeindex/

Propos recueillis par Souhayel TAYEB

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Focus

Tunisia : Capital Risk & New Technologies

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Technologies, Telecom and Media are investment sectors that are people and idea driven and are ideally suited for risk capital investing ».

Interview with Ghazi Ben Othman, Head of Asset Management, Malaz Capital, Riyadh Co-Founder of TechWadi (Arab Technology Executives)* Finance & Vous: Malaz and the MENA region ? Ghazi Ben Othman : The MENA region is THE focus of Malaz Capital. Our firm was founded by investors who strongly believe in the potential of the region as the next rapidly emerging economy of the world, like Brazil, Russia and China before it. From a demographic and business perspective, the region is still in its adolescence. From infrastructure to energy to technology, the MENA region offers unparalleled opportunity for investors for the next 50 years. F&V : Risk capital and Tunisia ? G.B.O : Risk capital, which is a concept pioneered by early Muslim traders in the 7th century, is a critical and necessary financial tool for the New Tunisia. Without it, a country liike Tunisia will not be able to achieve its potential. Risk Capital ensures that investors (Tunisian or foreign) are partners with Tunisian business leaders, in success and in failure, instead of being adversaries (debtor vs lender). Adding this tool to the financing

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options especially for SMEs should have the same effect that venture capital had on the US economy in the early 70s when it was institutionalized. As a small country with moderate capital requirements but unlimited potential, the Tunisian economy is perfectly suited for risk capital financing. F&V : Do you think that Technologies, Telecom and Media are interest sectors for risk capital in Tunisia? G.B.O : Tunisia is a country where our best and only natural resource is the brain capacity of our citizens. So investing in the creative and innovative ideas of the next generation of Tunisians should yield the best risk adjusted returns. Technologies, Telecom and Media are investment sectors that are people and idea driven and are ideally suited for risk capital investing. In that regard, Tunisia should be able to achieve similar levels of innovation to Singapore, Eastern Europe, Scandinavia and other innovation centers around the world.

F&V : What are the criteria for successful technology investements? G.B.O : At a macro level, the criteria for successful technology investements are: a) identifying a strong customer need, b) developing a unique solution for it, c) addressing a global market. In practice however, for technology investments to thrive, Tunisia needs to develop an ecosystem that will support entrepreneurship in the long-term. For that, we need to have great universities, multiple sources of risk capital, lawyers who understand intellectual property, entrepreneurs who want to conquer the world, public equity markets that are dynamic and an Tunisian economy that values technology. All of these elements will take time to develop, but the time to develop them is now. F&V : What is the future of risk capital in Tunisia? G.B.O : In my view, the Tunisian economy will not achieve its full potential or its employment goals if the SME sector is not dynamic and successful and the types of SMEs that we need in Tunisia is more of the innovation and technology focused than the shoe manufacturing type. And for technology focused SMEs to emerge and succeed in Tunisia, they will absolutely need risk capital, not bank lending. So I am optimistic that any new Tunisian government

will understand the critical need for risk capital to Tunisia's economic future, and will put in place the right legislation and support for it to get established in Tunisia.

« The types of SMEs that we need in Tunisia is more of the innovation and technology focused than the shoe manufacturing type » TechWadi (www.techwadi.org) is a Silicon Valleybased non-profit organization building bridges between the United States and the MENA region to promote entrepreneurship, support innovation, and foster economic development. From its early beginnings as a gathering of Arab American technology professionals in Silicon Valley, TechWadi has evolved into a powerful global platform for cooperation and collaboration – with members and events spanning across the US and MENA. With deep roots in California’s technology community, TechWadi is playing a unique role: in Silicon Valley, we bring together the technology community through conferences, networking events, workshops, and mentorship programs. In the MENA region, we work with leading regional and international organizations to empower high impact entrepreneurs and help build a sustainable infrastructure for entrepreneurship to thrive and succeed

* About TechWadi

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Perspectives Tunisiennes

A la lumière de l'expérience marocaine:

Réglementation sur les produits de couverture contre le risque Souhayel TAYEB, Juriste produits dérivés (pays émergents), Paris

P

étrole au plus haut, dollar au plus bas, crise financière se répercutant sur les taux, volatilité des cours des matières premières alimentaires et non alimentaires… Nos entreprises sont sollicités aujourd’hui pour assurer la couverture de plusieurs risques. Nos banques sont appelées à offrir des produits performants et de qualité à leur clientèle entreprise. La réglementation tunisienne offre t-elle les solutions adéquates? La réponse est négative. Les banques et les entreprises tunisiennes ont généralement peu de culture de couverture conjuguée à une réglementation restrictive. Il suffit de voir ce qu’il a fait le voisin marocain depuis 2007 sur ce plan pour se rendre compte que le retard existe et qu’il est urgent de le collmater avant qu’il ne soit trop tard. Les autorités financières gagneraient en efficacité si elles lancent des consultations de la place financière tunisienne (institutions financières et associations), préalable à toute réglementation efficace. Cet article est un premier essai pour poser les vrais problèmes et essayer d’apporter les premières solutions. FINANCE & VOUS Novembre 2011

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T

oute entreprise est confrontée généralement à plusieurs types de risque. Parmi les risques les plus récurrents, il existe notamment ceux qualifiés de risques financiers dont on peut citer les trois principales familles : le risque de change, le risque de taux de crédit et le risque de fluctuation des prix des matières premières. La crise financière, la hausse des prix des matières premières et la volatilité des taux de change ou de crédit de ces dernières années n’ont fait qu’accroitre l’importance de la maîtrise de ces risques. Dans tous pays, un des éléments importants dans la législation de change est celui relatif à la réglementation concernant la couverture contre les risques. Le texte réglementaire de référence en la matière en Tunisie est la Circulaire de la Banque Centrale de Tunisie n°201111 du 4 mai 2001 relative au marché des changes et instruments de couverture des risques de change et de taux. Cette circulaire, malgré un élargissement en 2007 (Circulaire n°2007-27 du 18 décembre 2007) par l'adoption de la réglementation sur les options de change, souffre encore de plusieurs lacunes et reste en deça des attentes des professionnels. Les premières lacunes touchent en général l'absence dans la loi tunisienne d'une législation spécifique aux contrats financiers (I). Les deuxièmes sont liées au manque de diversification des instruments financiers déjà autorisés (II) les troisièmes sont en relation, avec la documentation de telles opérations avec tout le risque juridique que peut comporter une telle absence (III). Les dernières touchent les acteurs qui peuvent recourir à ces instruments (IV).

I - Lacunes générales liées à l'absence d'une législation sur les contrats financiers Il est important de définir les instruments financiers dans la législation tunisienne. La législation française définie à travers l’Article L.211-1 du Code monétaire et financier les instruments financiers en général. «I. Les instruments financiers sont les titres financiers et les contrats financiers. II. - Les titres financiers sont : 1. Les titres de capital émis par les sociétés par actions ; 2. Les titres de créance, à l'exclusion des effets de commerce et des bons de caisse ; 3. Les parts ou actions d'organismes de placement collectif. III. – Les contrats financiers, également dénommés "instruments financiers à terme", sont les contrats à terme qui figurent sur une liste fixée par décret. L’article D211-1 du même code donne une liste comprenant (1) Les contrats d'option, contrats à terme fermes, contrats d'échange, accords de taux futurs et tous autres contrats à terme relatifs à des instruments financiers, des devises, des taux d'intérêt, des rendements, des indices financiers ou des mesures financières qui peuvent être réglés par une livraison

www.aiefbt.org physique ou en espèces; (2) les contrats d'option, contrats à terme fermes, contrats d'échange, accords de taux futurs et tous autres contrats à terme relatifs à des marchandises qui doivent être réglés en espèces ou peuvent être réglés en espèces à la demande d'une des parties autrement qu'en cas de défaillance ou d'autre incident conduisant à la résiliation; (3) les contrats d'option, contrats à terme fermes, contrats d'échange et tous autres contrats à terme relatif à des marchandises qui peuvent être réglés par livraison physique, à condition qu'ils soient négociés sur un marché réglementé ou un système multilatéral de négociation; (4) les contrats à terme servant au transfert du risque de crédit (5) les contrats financiers avec paiement d'un différentiel; (6) les contrats d'options, contrats à terme fermes, contrats d'échanges, accords de taux futurs et tous autres contrats à terme relatifs à des variables climatiques, à des tarifs de fret, à des autorisations d'émissions ou à des taux d'inflation ou d'autres statistiques économiques officielles qui doivent être réglés en espèces ou peuvent être réglés en espèces à la demande d'une des parties autrement qu'en cas de défaillance ou d'autre incident amenant la résiliation (7) et tout autre contrat à terme concernant des actifs, des droits, des obligations, des indices et des mesures. Une telle définition, qui doit être législative, aussi complète et claire, peut être adaptée à la réalité tunisienne en supprimant quelques contrats financiers trop complexes et non encore liés tant à l’économie tunisienne qu’à l’expérience des praticiens tunisiens. Cettedéfinitionpourramettrelesbasesd’unelégislation tunisienne sur les produits dérivés. L’argument principal étant de lier l’utilisation de ces produits à une réalité économique et financière évitant ainsi la tentation spéculative que peut donner l’utilisation de ces produits. L’utilisation de ces instruments doit servir à la couverture d’un risque réel et ainsi toujours annexée à l’existence d’un contrat commercial, industriel, financier ou de prestation de services. Plus de liberté peut être octroyée aux banques afin d’utiliser ces produits pour gérer les ressources financières dont elles disposent.

II – Lacunes en matière de diversification des instruments de couverture contre les risques A l’étude de la circulaire de la Banque centrale de Tunisie de 2001, on se retrouve face à une législation restrictive en matière de gestion de risque de change (1), peu diversifiée en matière de gestion de risque de taux de crédit (2) et absente en matière de gestion de risque de fluctuation des prix des matières premières (3). 1. Législation restrictive en matière de gestion de risque de change La volatilité des taux de change peut pénaliser les résultats des entreprises de manière très diverse, en

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influant sur la valeur des actifs, des engagements et des flux de trésorerie, en particulier lorsqu'ils sont libellés dans une devise étrangère. Si une entreprise est engagée à vendre ou acheter des biens ou des services dans une devise étrangère et que le taux de change fluctue entre la date de l'accord et la date de paiement, son bénéfice global sur une affaire risque de chuter voire, s'il s'agit de transactions à faible marge bénéficiaire, d’être entièrement perdue. Le risque de change est lié à de nombreux facteurs tels que la durée de l'exposition et la volatilité des devises. En gérant le risque, les entreprises peuvent optimiser leurs bénéfices ou réduire les risques. Chaque entreprise encourt le risque de fluctuations

imprévisibles des taux de change. Néanmoins, les risques de change peuvent être limités par l'utilisation d'instruments de couverture adaptés. La circulaire de la Banque centrale prévoit quelques instruments financiers pour gérer le risque de change. Le rapport annuel de la Banque centrale de Tunisie soulève ces chiffres. Pour les opérations à terme de change, le montant total est passé de 3.928 MDT en 2008 à 4.469 MDT en 2009, enregistrant une hausse de 541 MDT ou 14%. La part des opérations effectuées entre les I.A.T et les entreprises dans le volume global est passée, d’une année à l’autre, de 96% à 98%. Le volume des opérations de swap de change est revenu de 1.565,4 MDT en 2008 à 821,5 MDT en 2009, en baisse de 743,9 MDT. Le volume cumulé de ces

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opérations depuis leur création, en juin 2001, s’est élevé à 9.962 MDT, soit une moyenne annuelle de 1.234 MDT. La part des opérations de swap de change réalisées avec les entreprises s’est située à 46%. La faiblesse de ce marché peut résulter d’un manque de vulgarisation de ces produits auprès de la clientèle locale, de la faiblesse du marché interbancaire et des règles restrictives notamment en matière de durée où la maturité maximale est souvent de 12 mois pour les swaps et 3 ans pour les options de change . A signaler que seules les options dites européennes peuvent être utilisées, à savoir celles qui ne peuvent être exercées qu’à l’échéance en contradiction avec celles dites américaines qui peuvent être exercées à tout moment jusqu’à l’échéance. La circulaire marocaine qui gouverne la couverture contre le risque de change est celle de l’Office de Change n°1723. Elle prévoit ces instruments financiers : les opérations de change à terme ; les options de change, les opérations à terme devises contre devises, les contrats de swap devises contre devises, et les contrats de swap devises contre dirhams. Les opérations de couverture contre le risque de change doivent être libellées dans les devises cotées par Bank Al-Maghrib. Bank Al-Maghrib a annoncé en mars dernier sa volonté d’élargir cette liste de devises cotées. «Elle comprendra les devises des pays ayant une importance grandissante dans les échanges commerciaux tels que ceux du BRIC, l’Australie et l’Afrique du Sud. Elle va inclure également les pays avec lesquels le Maroc a signé des accords de libre-échange tels que ceux arabes et de la Turquie. Elle va intégrer par ailleurs les devises cotées en billet de banque, et non en virement, telles que le Riyal qatari, le Dinar bahreini et le Riyal omanais. Aussi, il sera décidé l’intégration du Franc CFA au regard de l’intérêt grandissant des opérateurs marocains pour l’Afrique de l’Ouest » . 2- Législation peu diversifiée en matière de gestion de risque de taux de crédit Le principal outil offert par la Circulaire de la Banque centrale pour se couvrir contre le risque de taux de crédit est celui des «Accords de Garantie de Taux d’Intérêts» connu sous le nom de «Forward Rate Agreement» ou «FRA». L'acheteur et le vendeur d'un FRA conviennent d'une opération hypothétique sur le marché monétaire, située dans le futur. La durée du contrat, le montant et le taux d'intérêt sont déterminés à l'avance. A l'échéance, c'est-à-dire à la date prédéterminée de début de la période pendant laquelle l'opération sur le marché monétaire peut avoir lieu, le taux convenu est comparé avec le taux du marché et la différence est comptabilisée entre les partenaires. Le capital négocié ne change pas de mains; il s'agit uniquement de couvrir le paiement des intérêts.

En sa qualité d'instrument de couverture, le FRA présente une base de calcul sûre. Il offre en effet aux deux parties une protection contre une évolution défavorable des taux: contre une hausse pour le preneur de crédit (l'acheteur du FRA) et contre une baisse pour l'investisseur (le vendeur du FRA). Mais l’inconvénient principal de cet instrument en tant qu’opération sur les différences de taux, le FRA n’offre pas d’accord portant sur les liquidités. L'entreprise doit constituer elle-même le capital. Le marché tunisien utilise rarement les FRA comme instrument de couverture contre le risque de taux de crédit. Les établissements bancaires préfèrent utiliser les swaps de taux. La circulaire de la Banque centrale a ignoré l’un des instruments importants pour la gestion de risque de taux de crédit, à savoir le «swap de taux» (Interest Rate Swap ou aussi IRS). Un swap de taux est un contrat de gré à gré qui permet d'échanger un taux fixe contre un taux variable. En fait, les 2 contreparties A et B simulent deux opérations: l'une où A prête à B le montant nominal Une refonte de la réglementation devrait certainement prendre en considération cet instrument. Ce type d'opération permet de se couvrir contre les fluctuations des taux. Par exemple, une société anticipant une baisse des taux peut transformer un endettement à taux fixe en un endettement à taux variable: il lui suffit de trouver une contrepartie acceptant de lui payer le taux fixe en échange du taux variable. Comme par ailleurs la société paie le taux fixe à son créancier, tout se passe dès lors comme si elle avait emprunté à taux variable. D’autres produits peuvent être utilisés, à savoir: * Swap de taux à départ différé: sert à fixer un taux à moyen/long terme mais pour un financement prévu d’ici quelques mois ou années; * Options sur taux (Cap, Floor, Collar) permettent de fixer un taux maximum pour un emprunt à moyen/long terme, voire de déterminer une bande de fluctuation avec un taux plafond et un taux plancher; * Swaption: donne le choix, moyennant paiement d’une prime, d’entrer ou non dans un swap de taux à une date définie. Les conditions de ce swap sont fixées aujourd’hui. La Banque Centrale de Tunisie a donné quelques autorisations à des entreprises pour traiter d’autres produits dérivés sur le taux de crédit à part le FRA prévu par la circulaire. Nous pensons qu’à travers ces expériences précises, la Banque Centrale peut adopter une réglementation. La circulaire marocaine de l’Office de Change n°1706 relative à la Couverture contre le risque de fluctuation des taux d'intérêt donne une liste des produits autorisés. Outre le FRA, les instruments autorisés sont le Swap de taux en devises et les options sur taux notamment le Cap qui est un instrument de couverture qui permet

de garantir à l'opérateur économique contractant un crédit extérieur un taux plafond (Cap) pour un emprunt à taux variable et ce, moyennant le paiement d'une prime. 3- Législation absente en matière de gestion de risque de fluctuation des prix des matières premières On constate l’absence de toute référence au risque de fluctuation des prix des matières premières dans les circulaires de la Banque centrale. Il est indéniable que les entreprises tunisiennes sont entrain de perdre de l’argent et ainsi de notoriété en ne se couvrant pas contre ce risque bien réel. Il suffit d’étudier la tourmante de la hausse des prix des matières premières durant ces dernières années et leur impact sur la solidité financière de nos entreprises pour s’en aperçevoir. Les instruments les plus communs sont des contrats à terme (les "futures" et "forwards"), les "swaps" et les options. Le ‘commodity swap’ est l’instrument idéal pour se protéger contre les fluctuations de prix via l’échange de flux de trésorerie. Il n’y a aucune livraison physique de matières premières. Les entreprises qui utilisent les matières premières conviennent d’un prix fixe avec la banque pour une période donnée. Si le prix sur le marché est inférieur au prix convenu le jour du règlement, l’entreprise paie à la banque la différence entre le prix du marché et le prix convenu. Si le prix du marché est plus élevé, la banque versera la différence à l’entreprise. La Banque Centrale de Tunisie a donné quelques autorisations à des entreprises pour traiter des produits dérivés sur matières premières avec une exigence de reporting et de communication. Nous pensons qu’à travers ces expériences précises, la Banque Centrale peut adopter une réglementation qui répondrait aux attentes des professionnels. Le Maroc s’est doté d’une législation en ce sens à travers la Circulaire de l’Office des changes marocain n°1699 du 13 janvier 2004 relative à la couverture contre le risque de fluctuation des prix de certains produits de base complétée par la Circulaire de Bank Al-Maghrib n°8/DTGR/04 du 16 janvier 2004. Les circulaires ne précisent pas le type de produit dérivé à conclure mais établissent des conditions et des restrictions notamment en matière de reporting. Nous pensons que la Banque Centrale sur la base de son expérience acquise lors des autorisations spécifiques et à la lumière de l’expérience marocaine peut mettre en place une réglementation pour donner la possibilité aux entreprises de se couvrir contre le risque de fluctuation des prix des matières premières.

III- Lacunes en matière de documentation des opérations sur les produits dérivés La conclusion de transactions sur des instruments financiers à terme avec (i) des entreprises (ii) d’autres

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www.aiefbt.org banques locales ou (iii) des banques étrangères peut s'avérer une activité très risquée pour les banques tunisiennes du fait de l'absence d'une documentation juridique sûre et fiable assurant les droits et obligations de chaque contrepartie. De l’étude de la circulaire de la Banque centrale, il est important de signaler l’importance de la mise en place d’une convention-cadre de la place (1) et de la vulgarisation de la convention-cadre ISDA auprès des professionnels de la banque en Tunisie (2). 1. Importance de la mise en place d'une convention-cadre de la place La circulaire de la Banque centrale de 2001 mentionne, à tort dans l'article 51, que «Les Intermédiaires Agréés sont tenus de signer avec leur clientèle une convention-cadre du type “ISDA“ régissant leur activité sur options de change». Cet article commet deux importantes aberrations: d'une part, il se réfère à la signature d'une convention-cadre de type ISDA entre une banque tunisienne et son client tunisien, or l'ISDA est un contrat cadre censé régir la relation entre deux parties situées dans deux juridictions différentes (d’où le fait que le contrat cadre ISDA est généralement soumis au Droit anglais ou celui de l'Etat de New York). La deuxième aberration est celle de se contenter seulement d'encadrer les opérations sur options de change, or les conventions-cadre sont appelées à régir la relation entre les deux parties sur tous les produits financiers à terme. Nous pensons que la place financière tunisienne gagnerait en efficacité et transparence si les banques tunisienne adoptent une convention-cadre locale tunisienne régissant la relation entre les banques elles-mêmes ou entre les banques et leur clientèle entreprises ayant recours aux différents produits de couverture. Les risques tant juridiques que financiers dans la relation entre la banque et sa contrepartie sont multiples: risque de défaut de paiement, risque

« L’AIEFBT propose de coordonner une initiative d’adoption d’une convention-cadre de la place financière tunisienne » d'insolvabilité ou de faillite, risque des cas de force majeure, risque d'illégalité de la transaction, nonrespect des engagements, différents risques financiers/ juridiques liés à chaque contrepartie (dégradation des états financiers, dégradation de la notation, départ de personnes clés dans la direction, fusion, événement fiscal, modification très significative dans la vie de la contrepartie, la modification de la composition du capital). Tous ces risques doivent alerter les banques tunisiennes sur la nécessite d'établir une convention-cadre locale

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qui pourra régir la relation entre les banques ellesmêmes dans les transactions entre intermédiaires agréés et aussi entre les banques et leur clientèle qui peut être des entreprises publiques ou privées. Cette convention-cadre doit être un mélange subtile entre les meilleures clauses de la convention-cadre française FBF de 2007 et la convention-cadre ISDA 2002 publié par l'International Swap and Derivatives Association. L’erreur serait de se contenter d’adapter la convention-cadre FBF à la «sauce» tunisienne car cette convention montre déjà des limites. L’Association Internationale des Experts Financiers et Bancaires Tunisiens (AIEFBT) se propose de coordonner cette initiative. Des études préliminaires sont en cours pour la mise en place d’un comité ad-hoc en charge de cette initiative. 2. Importance de la vulgarisation de la convention-cadre ISDA Les premières conventions-cadre ISDA datent de 1987, abandonnées pour une nouvelle version en 1992, toujours utilisée malgré ses limites et une autre version en 2002 plus élaborée répondant plus aux exigences des différents membres de l’ISDA. Dans leur relation avec les correspondants étrangers, les banques tunisiennes sont souvent confrontées à une exigence de la part de ces correspondants étrangers, constitués essentiellement des grandes institutions financières internationales, de signer des contrats-cadre ISDA. Face à des services juridiques souvent classiques et adaptés à la banque de détail et à la complexité des conventions-cadres ISDA, beaucoup de banques tunisiennes refusent ou demandent la signature d’une convention-cadre FBF soumise au droit français. Les banques tunisiennes doivent pourtant savoir que la signature d'un contratcadre, généralement ISDA étant donné que ce contrat-cadre est cross-border, est importante tant pour leurs correspondants étrangers que pour ellesmêmes puisqu’une telle convention offre une sécurité juridique pour les transactions effectuées entre la banque tunisienne et son correspondant étranger. La faillite de Lehman Brothers témoigne qu'aucune institution financière n'est à l'abri et qu'il est important pour les banques tunisiennes de maîtriser ce genre de documentation afin de pouvoir négocier les contratscadre sur des bonnes bases avec leurs correspondants. Une clause de maintenance de propriété dans le capital négocié ou une clause de dégradation de la notation du correspondant étranger permet parfois de sortir d'une situation délicate. La soumission de la convention au droit anglais offre plus de flexibilité étant donné des avantages qu’offre le common law par rapport au droit français. L’expérience des tribunaux est essentielle aussi étant donné que les tribunaux anglais possèdent une large expérience dans ce domaine. D’ailleurs, l’établissement d’une convention de reconnaissance mutuelle des

jugements entre la Tunisie et la Grande-Bretagne serait une étape importante afin d’éviter la procédure de l’arbitrage certes plus rapide mais plus coûteuse. J’ai animé en avril dernier à l’Institut de Formation de la Banque Centrale de Tunisie un séminaire de formation destiné aux banquiers pour présenter les produits dérivés et leur documentation. Cette initiative louable de la part de la Banque Centrale doit être encouragé par d’autres initiatives notamment à destination des décideurs financiers des entreprises qui gagneront à mieux gérer le risque et le documenter. L’AIEFBT est entrain de réfléchir un organiser un évènement dans ce sens. L’ISDA est un document connu par la Banque Centrale qu’elle signe avec des contreparties étrangères. Les banques tunisiennes restent très hésitantes à signer une telle documentation. Il est à noter enfin que l’ISDA s’est mis aussi à la mode «finance islamique» en mettant en place, avec l’aide de l’International Islamic Financial Market (IIFM), dès mars 2010, de l’ISDA/IIFM Tahawwut (Hedging) Master Agreement. Cette convention-cadre est appelée à régir les opérations de dérivés islamiques. Les différentes parties travaillent actuellement sur la mise en place des documents annexes (définitions, modèles de confirmation des transactions, etc.). Les banques marocaines ont acquis une vraie expérience dans la négociation des contrats-cadre ISDA. La majorité de ces banques ont d’ailleurs mis en place des services juridiques propres à la salle de marché.

IV- Limites relatives aux acteurs La réglementation tunisienne n’évoque la possibilité de conclure des instruments de couverture contre le risque que pour les banques et leur clientèle entreprise. Aucune référence n’est faite aux compagnies d’assurances, les organismes de retraite et aux OPCVM et ce contrairement à la réglementation marocaine. La circulaire 1723 de l’Office de Change dispose que « les banques intermédiaires agréés sont autorisées à effectuer, pour leur propre compte ou pour le compte des entreprises d'assurances et de réassurance, des organismes de retraite et des Organismes de Placement Collectif en Valeurs Mobilières (OPCVM), les transferts au titre de leurs opérations de placements en devises à l'étranger. Ces opérations de placements en devises doivent être effectuées dans les pays membres de l'Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE) et/ou les pays membres de l'Union Européenne et/ou dans les pays de l'Union du Maghreb Arabe (UMA) sous forme de dépôts auprès de banques établies dans ces pays, d'acquisition de titres de créances et/ou d'instruments financiers cotés ou négociés sur des marchés réglementés ». Les opérations de placements en devises à l'étranger par les entreprises d'assurances et de réassurance doivent intervenir dans la limite de 5% du montant total de leur

actif du dernier bilan clos. Avant l'exécution de chaque transfert, l'entreprise d'assurances et de réassurance doit produire à sa banque une déclaration établie conformément à un modèle précisant qu'elle respecte les dispositions prévues par le code des assurances et que le taux de 5% du montant total de l'actif du dernier bilan clos n'est pas dépassé compte non tenu des montants détenus par les cédantes étrangères en représentation de leur part dans les provisions techniques relatives aux opérations d'acceptation. Les organismes de retraite peuvent effectuer eux aussi des opérations de placements en devises à l'étranger dans la limite de 5% du montant total de leurs réserves telles qu'elles figurent sur le dernier bilan clos. Avant l'exécution de chaque transfert, l'organisme de retraite doit présenter à sa banque une déclaration établie conformément à un modèle . Les OPCVM peuvent effectuer des opérations de placements en devises à l'étranger dans la limite de 10% de la valeur de leur actif. Avant l'exécution de chaque transfert, l'OPCVM ou sa société gestionnaire doit produire à la banque intermédiaire agréé une déclaration établie. La nature des placements à effectuer à l'étranger ainsi que les modalités et conditions y afférentes ont été fixées par le Conseil Déontologique des Valeurs Mobilières (CDVM). La circulaire rajoute que dans le cas où les opérations de placements en devises nécessiteraient l'achat à l'étranger d'instruments de couverture contre les risques de change, de taux ou de prix ou l'ouverture de comptes à l'étranger, les banques intermédiaires agréés, les entreprises d'assurances et de réassurance, les organismes de retraite, les OPCVM et les sociétés gestionnaires pour le compte des OPCVM dont elles assurent la gestion, sont autorisés à ouvrir lesdits comptes et à acquérir lesdits instruments dans la limite des positions autorisées. Les banques intermédiaires agréés sont tenues de faire parvenir à l'Office des Changes un état mensuel des transferts effectués pour leur propre compte ou pour le compte des entreprises d'assurances et de réassurance, des organismes de retraite ou des OPCVM. Cet élargissement a eu comme effet la dynamisation du marché marocain. Rien ne s’oppose à un tel élargissement en Tunisie afin de donner la possibilité aux compagnies d’assurances ainsi qu’aux OPCVM de traiter ce type de produits au moins avec les banques locales (1) Cet article est actualisation d’un article paru sur le site www.webmanagercenter.com (2) Souhayel TAYEB, Tunisie : Les options de change, pourquoi le marché ne décolle t-il pas ? http://www. webmanagercenter.com/management/article-100443 (3)http://www.financenews.press.ma/portail/index.php?/La-Une/la-journee-de-formation-initieerecemment-par-la-cimr-sest-penchee-entre-autres-sur-les-trois-piliers-dun-systeme-de-retraite-le-premierest-relatif-a-la-prevoyance-etatique-et-garantit-le-minimum-vital-le-second-pilier-concerne-la-prevoyanceprofe (4) Souhayel TAYEb, Les entreprises tunisiennes face au risque de fluctuation des prix des matières premières, http://www.webmanagercenter.com/management/article-99813-les-entreprises-tunisiennesface-au-risque-de-fluctuation-des-prix-des-matieres-premieres

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Perspectives Tunisiennes Tunisie : Il est temps de promouvoir les énergies renouvelables

Omar Jridi, Doctorant en sciences économiques.

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Figure 1 : Banque Mondiale Consommation et production d’énergie en Tunisie (1971 – 2010).

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ujourd’hui, tout le monde s’accorde à reconnaitre que la situation énergétique de la Tunisie s’aggrave considérablement. En effet, dès l’année 2000 le secteur énergétique paralyse la croissance du produit national brut. Depuis, la Tunisie s’est classée parmi les pays importateurs net d’énergie suite à un déficit qui se creuse à un rythme qui vari d’une année à l’autre. Selon les données de l’Agence Nationale pour la Maitrise de l’Energie (ANME), les trois premiers mois de 2011 tablent sur un déficit de 600 Ktep, soit une perte de 85 MDT et un déficit cumulé de -291.9 MDT, atteignant ainsi un taux de couverture de 72,9% (alors qu’il était de 78,4% à la même période en 2010). Parmi les motifs de creusement du déficit énergétique on peut citer principalement la demande croissante et pressante des secteurs économiques en énergie, dont l’industrie et les transports sont les plus gloutons à hauteur de 36% et 31%, respectivement. Comme le montre la figure 1, la croissance de la consommation énergétique est exponentielle depuis les années 70. Pour la période 2000-2010, elle s’élève à un taux de 33.22% (selon les données de la Banque Mondiale), un rythme difficile à asservir par une production très instable et non diversifiée, reposant principalement sur des ressources fossiles limitées, épuisables et non renouvelables.

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www.aiefbt.org Suite à une telle détérioration du secteur, la Tunisie se trouve aujourd’hui confrontée à un problème énergétique sérieux. Pour y faire face, l’État décide, dès 2005, l’augmentation de sa capacité de production en hydrocarbures : le nombre des permis de recherche d'hydrocarbures atteint les 56 permis en 2010 contre 41 permis en 2005. Parallèlement, le nombre des puits de forage passe à 32 en 2010 contre 14 forés en 2005 (ce qui explique l’augmentation de la production de 6 681Ktep à 8 708Ktep entre 2005 et 2010). En revanche, cette politique est restreinte au court terme, elle vise à solder le déficit et à diminuer les dépenses énergétiques affectées aux importations par le recours massif à l’exploitation des ressources rares et non renouvelables. Une telle gouvernance sert à gérer la situation par ce qui est disponible dans l’instant, sans investigations sur le coût d’opportunité à assumer dans futur et sans mettre le point sur la durabilité de la voie admise (l'épuisement inévitable des ressources exploitées). Cette politique se trouve en contradiction avec un contexte international marqué par l’augmentation des prix de l’énergie et la nécessité de réduire les émissions de Gaz à Effet de Serre (GES), c’est ainsi que la Tunisie se trouve face à un défi majeur et prioritaire : moderniser et diversifier son mix énergétique. Ces pressions économico-environnementales mettent la Tunisie face à la servitude de la réorientation de sa politique énergétique vers le développement durable, en focalisant l’attention sur l’efficacité énergétique, la réduction de l’intensité énergétique (consommation d’énergie par unité de PIB) et surtout la promotion des énergies renouvelables. Actuellement, le mix énergétique de la Tunisie est composé à hauteur de 40% de cycles combinés gaz (CCG), 14% turbine à gaz, 45% thermique vapeur et 1% d’énergies renouvelables et qui ôte le gaz naturel à raison de 53% et les produits pétroliers, y compris pétrole coke, à raison de 47%. Il en ressort de ce paquet énergétique un recours total aux énergies fossiles au détriment des énergies renouvelables, avec une contribution à hauteur de 1% seulement. La question du faible taux des énergies renouvelables impose des préoccupations qui doivent être prisent au premier rang, vue qu’elle constitue un facteur de développement économique dont les effets sont directs sur la diminution des dépenses énergétiques, d’une part, et la création de nouvelles activités et postes d’emplois, de l’autre part. Au niveau mondial, le marché des énergies renouvelables est en progression colossale. Selon les projections de l'évaluation de l'énergie mondiale, réalisées récemment par le Programme des Nations Unis pour l'Environnement, le marché

mondial des énergies renouvelables devrait atteindre entre 40 et 78 milliards de dollars par an d'ici 2010, un marché dont la contribution à la production de l’électricité augmente d'environ 30 % par an. Une tendance consolidée par des décisions politiques comme celle du « paquet énergie-climat » de l’Union européenne qui table sur une part de 20% des énergies renouvelables dans la consommation énergétique de l’Europe en 2020, soit 23% pour la France. Cette orientation européenne vers les énergies renouvelables prolifèrera un afflux important de demande vers les pays Méditerranéen du sud, surtout suite au communiqué du 09 septembre 2011 de la Commission Européenne qui vise la création d’un marché intégré d’énergie par le lancement de centrales solaires pilotes qui englobe le "grand voisinage" de l'UE, en précisant que : « Notre dépendance à l'égard des importations augmentera au cours des prochaines décennies, nos voisins joueront un rôle de plus en plus important dans la fourniture et l'acheminement d'énergie vers l'UE ».

« La Tunisie se trouve aujourd’hui confrontée à un problème énergétique sérieux » C’est ainsi que la modernisation du mix énergétique constitue une éventualité de relance économique pour la Tunisie. En effet, avant d’être une infliction, promouvoir et s’immigrer vers les énergies renouvelables est un choix logique, apporteur de technologie moderne et économiquement efficace, en vertu de l’importance du potentiel de valorisation des énergies renouvelables modernes estimé selon le rapport de ANME en 2004 à 1,3 Mtep cumulé à l’horizon 2010, à 7 Mtep à l’horizon 2020 et à 19 Mtep à l’horizon 2030 (1Mtep = 1000Ktep). Selon le même rapport « La mobilisation de ce potentiel permettra d’améliorer sensiblement l’apport des énergies renouvelables dans la consommation d’énergie primaire : 2,7% à l’horizon 2010, 5,6% à l’horizon 2020 et 6,5% à l’horizon 2030. ». L’apport de ce secteur ne se limite pas seulement à la contribution non futile au paquet énergétique, mais il constitue un potentiel d’exportation pour riposter la demande effective extérieure. Si la croyance en la nécessité d’une réorientation vers les énergies renouvelables semble avoir l’unanimité, autres points restent ambigus tels que l’alternative entre le solaire, l’éolien ou la combinaison entre les deux, et dont les coûts d’investissement, l’échéance de réalisation et la stabilité de production pèsent bien parmi les critères de décision

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Perspectives Tunisiennes La Finance Islamique :

État des lieux dans le monde & perspectives en Tunisie Entretien avec Nabil Ghalleb, Banque Islamique de Développement, Jeddah.

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a finance islamique suscite l’engouement depuis plusieurs années partout dans le monde. En Tunisie, la finance islamique existe depuis plusieurs années à travers certaines expériences réussies. Pourtant, l’engouement populaire n’existe que depuis le lancement de la Banque Zitouna. Aujourd’hui, beaucoup se posent la question sur l’intérêt de recourir à cette indsutrie en Tunisie. Afin de répondre à nos questions, nous avons eu le plaisir de s’entretenir avec une compétence tunisienne qui brille dans ce domaine depuis des années au point d’être cherché par un mastodonte de cette industrie à savoir la Banque Islamique de Développement.

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Nabil Ghalleb

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inance & Vous : Si on peut faire la connaissance de Nabil en quelques lignes ?

Nabil Ghalleb : Nabil Ghalleb, tunisien résident en Arabie Saoudite depuis 4 ans. Je suis titulaire d’une Maîtrise en Finance de l’Institut Supérieur de Gestion (ISG) de Tunis, d’un Master en Ingénierie Financière et d’un Doctorat en Finance obtenus tous les deux de l’École des Hautes Études Commerciales (HEC) de Montréal. Je suis également Banquier Islamique Certifié du Conseil Général des Banques et Institutions Financières Islamiques. Avant d’intégrer la Banque Islamique du développement (BID) vers la fin de l’année 2009, j’étais professeur visiteur à L’International School of Management de Paris, Professeur Adjoint à l’Université de Pétrole et de Minéraux en Arabie Saoudite et chargé de cours aux HEC Montréal. J’ai travaillé aussi comme consultant auprès de certaines firmes Canadiennes. À la BID, je suis présentement spécialiste en investissement chargé du portefeuille des investissements dans les fonds propres (Equity investment portfolio) dans la région MENA. Je suis auteur de plusieurs articles académiques sur la gouvernance des entreprises, l’assurance, la gestion des risques et la finance islamique. Je suis toujours chercheur en finance islamique et conventionnelle et aussi conférencier régulier dans les conférences internationales. F&V : Quel regard portez-vous comme practicien sur l'évolution de la finance islamique dans le monde ces dernières années ? N.G : Comme vous le savez, la finance Islamique se développe à un rythme spectaculaire. Depuis la création de la première banque Islamique en 1975, le nombre des institutions financières Islamiques n’a pas cessé de croître; on compte aujourd’hui plus de 500 institutions éparpillées dans plus de 75 pays travers le monde. La finance Islamique représente aujourd'hui entre 800 milliards et 1 trillion de dollars d'actifs gérés selon les principes de la Charia jouissant d’une croissance estimée entre 10% et 15% sur les dix dernières années. L’émission des Sukuks, quant à elle, a dépassé 100 milliards de dollars en 2010 versus un

milliard seulement en 2002. Cette croissance s’est vu encore stimulée après la crise financière de 2008 qui a érodé la confiance des investisseurs dans le système financier conventionnel et a suscité le débat sur l’obligation d’instaurer un nouveau système financier plus éthique et plus transparent comme le système financier Islamique. En effet, la finance islamique a montré, en général, une bonne capacité à résister la crise et à bien gérer ses conséquences désastreuses principalement en raison de son aversion aux produits dérivés. L'industrie financière islamique est donc en plein essor et concerne actuellement tant les pays musulmans que non musulmans. Toutefois, comme toute industrie naissante, la finance islamique n'est pas à l'abri de certains défis en particulier la nécessite des aménagements de la loi bancaire pour accommoder le fonctionnement des banques islamiques; la faible capitalisation de la plupart des institutions financières islamiques; le manque de compétences humaines hautement qualifiées dans les modes de financement islamiques; l'intensification de la concurrence occasionnée par la croissance de la globalisation financière; l'harmonisation des avis religieux et la bonne interaction des règles de la charia islamique avec les systèmes juridiques et le droit civil en place; et la bonne gouvernance et la gestion efficace des risques. F&V : La Finance islamique est pour vous donc une chance notamment pour la nouvelle Tunisie ? N.G : Tout d’abord, il faut signaler que la finance islamique n’est pas nouvelle en Tunisie. La Tunisie a fait coexister la finance islamique et celle conventionnelle depuis a peu près 30 ans, plus précisément en 1983 quand Banque Al Baraka Tunisie (précédemment BEST Banque) a commencé ses activités au pays. Il faut aussi se rappeler que la Tunisie était un des pays fondateurs de la BID en 1973. Ceci étant dit, les besoins de l’économie tunisienne dans les circonstances actuelles peuvent se résumer en deux mots : Emploi et infrastructure notamment dans le pays profond. Pour promouvoir l’activité économique, éradiquer le chômage et contrôler le déficit enregistré, l’État tunisien a besoin non seulement de drainer le maximum possible des

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capitaux de l’intérieur et de l’extérieur mais aussi a besoin de mobiliser l’épargne nationale dont une bonne partie est en dehors du système bancaire. Les Sukuks est un outil de financement  notamment pour les Méga projets  mais aussi un moyen de mobilisation de l’épargne. Ce mode de financement permettra à l’État de se dissocier graduellement de l’endettement extérieur qui a atteint en 2010 a peu près le tiers du PNB national. Les fonds d’investissement conformes au Charia peuvent jouer aussi un rôle important dans la canalisation des capitaux islamiques en recherche active des alternatives d’investissements rentables et diversifiées aussi bien en termes géographiques qu’en termes de produits. Awqafs et Zakat sont aussi des outils financiers islamiques intéressants mais souvent négligés par les gens parce qu’ils ont été toujours synonymes (wrongly or rightly) de mal organisation et d’abus. Toutefois ces deux outils se sont beaucoup développés à travers le temps ; En effet, on parle aujourd’hui des banques basées sur les Awqafs ainsi que des fonds du Zakat de large taille. À titre d’exemple, selon une étude récente, le montant annuel minimal du Zakat qui pourrait être ramassé des Algériens est 2.5 milliard de dollars. Ce montant peut créer 27,000 emplois ce qui est l’équivalent de 1.6% additionnelle de croissance économique. Par conséquent, j’estime qu’un débat sérieux quant à la pertinence de ces deux outils dans le contexte tunisien devrait être déclenché. F&V : Qu'est ce qui manque à la place financière tunisienne pour être un hub de la finance islamique? N.G : La Tunisie a des atouts non négligeables pour devenir une plateforme de services complets pour des banques internationales, off shore régionales et internationales, en particulier l’emplacement

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géographique stratégique situant entre une Europe en détresse, une Afrique pleine d’opportunité et un moyen orient riche en ressources et en capitaux. Toutefois, pour hisser la place financière tunisienne au rang d’un hub de la finance islamique, il faut y mettre les moyens réglementaires, humains, technologiques et communicationnels. Les autorités politiques devraient réviser le cadre de la réglementation financière et bancaire permettant de répondre aux nouvelles exigences de l’économie tunisienne et aux attentes des investisseurs locaux et étrangers. Sur un plan pratique, il s’agit de miser sur un système financier de haute croissance permettant de garantir des modes de financement moins coûteux pour l’État (exp. Sukuk souveraines) et offrir des solutions adéquates aux investisseurs soucieux de conjuguer investissement et principes de la Charia. Dans ce contexte, Le ministre des finances, Mr. Jalloul Ayed a déclaré au Forum Maghrebin sur la Finance Islamique, qui a eu lieu à Tunis il y a quelques mois, qu’un cadre réglementaire sera créé en Tunisie avant la fin de cette année. L’État devrait aussi prévoir des programmes d’enseignement et de formation académiques et professionnelles en finance islamique permettant une meilleure exploitation des ressources humaines et des compétences tunisiennes, il s’agit évidemment d’une source importante de création d’emploi. Des technologies avancées en services financiers islamiques et télécommunications et une communication transparente jumelées à une diversification des produits financiers et des prestations innovatrices sont tous des ingrédients nécessaires aussi pour la réussite d'un hub financier islamique. Il faut noter que devenir un hub régional de la finance islamique est un processus de longue

haleine mais nous avons intérêt de l’entamer dans les plus brefs délais parce que plusieurs concurrents essayent également de saisir ce ‘’momentum’’ surtout dans une telle conjoncture économique ou les remèdes sont recherchés par tout le monde à la loupe. F&V : La microfinance islamique sont une chance aussi pour la Tunisie afin d'éradiquer le chômage. N.G : Le nombre des chômeurs en Tunisie avoisine les 700.000 et s’est accru fortement au cours des derniers derniers mois. D’un autre côté, le volume des investissements enregistrés est loin de pouvoir absorber ce niveau de chômage inquiétant. Quant à l’État, son rôle à mon avis n’est pas de créer d’emploi pour tous les citoyens, son rôle consiste plutôt à aider à réduire le chômage à travers le recrutement dans le secteur public mais surtout à créer un environnement favorable à l’initiative individuelle et/ou collective et à l’innovation; les institutions de la Microfinance islamique devraient en fait partie. Les expériences passées nombrables dans les quatre coins du monde ont démontré que la Microfinance islamique est un moyen efficace pour lutter contre la pauvreté et éradiquer le chômage, alors pourquoi pas en Tunisie ? Elle encourage l’entreprenariat à la base en offrant un accès approprié et durable au financement et en assurant une panoplie de produits financiers (en plus des prêts) pour les personnes à revenus faibles et modérés qui ne peuvent pas accéder au financement bancaire traditionnel. C’est vrai que la Banque de Solidarité a fait des efforts considérables dans ce sens mais c’est clair que le pays a besoin de plus d’instituions de Microfinance puissantes et innovatrices pour contribuer d’avantage dans l’effort national visant à éradiquer le chômage en particulier parmi les jeunes diplômés universitaires.

Toutefois, pour que la Microfinance islamique soit une chance réelle pour le pays, la mise en place d'un cadre juridique et réglementaire approprié au fonctionnement des institutions de Microfinance islamique est, encore une fois, nécessaire. Il est également important d'établir des passerelles entre le secteur de l'éducation et de la formation avec le secteur privé.

« Je demeure optimiste quant au future de la finance islamique en Tunisie. Le pays a sans doute une opportunité historique pour devenir un hub régional de la finance islamique et possède tous les atouts pour réussir. Toutefois, dans un monde dynamique comme le nôtre, il faut agir de façon vite et efficace ». F&V : Un mot de la fin? N.G : Tout d’abord, merci pour m’avoir accordé cette occasion pour s’exprimer à travers votre magazine électronique « Finance & Vous ». Je termine en disant que je demeure optimiste quant au future de la finance islamique en Tunisie. Le pays a sans doute une opportunité historique pour devenir un hub régional de la finance islamique et possède tous les atouts pour réussir. Toutefois, dans un monde dynamique comme le nôtre, il faut agir de façon vite et efficace

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Compétences Tunisiennes Anis Guerfali

Quand équilibre moral et quête de l’aventure deviennent le moteur de l’excellence. Il est l’un des fondateurs de l’Association Internationale des Experts Financiers et Bancaires Tunisiens (AIEFBT) où il occupe actuellement le poste de secrétaire général. Son engagement et son engouement pour la nouvelle Tunisie sont indescriptibles. Nous vous présentons ce tunisien plein d’énergie en espérant que son parcours inspirera nos jeunes. Une personne attachante comme beaucoup de compétences tunisiennes qui portent la Tunisie dans leur cœur.

Anis Guerfali

De la rue de Lénine à l’Université de Kalinin

Changement de cap et nostalgie du pays

Né a Bizerte il y a 43 ans dans une famille qui valorise la discipline morale et les études, Anis déménage à Tunis où il effectue ses études primaires à l’école de la rue de Lénine. A cette période, il est poussé à l'excellence par émulation de ses frères et soeurs qui sont brillants mais aussi par le contact de camarades de classe dont feu Hichem Bel Hadj Ali, un génie tunisien disparu à la fleur de l’âge. Ses parents l'encouragent non seulement à étudier mais aussi à participer aux activités extra-scolaires. C'est ainsi que dès l’âge de 5 ans il intègre les scouts et commence la natation au Club Africain au Gorjani. Ses études secondaires, c'est à Bizerte qu'il les effectue où il obtient son bac mathsciences en 1986. Il continue la natation au SNB (Sport Nautique de Bizerte) et joue au tennis au sein du TCB (Tennis Club de Bizerte) à un niveau qui lui permet d'être classé. Ses années Lycée à Bizerte sont marquées par la révolte de 1984, les grandes manifestations étudiantes et les revendications syndicales et sociales. La société tunisienne est en ébullition. Il dévore les livres et se forge une identité basée sur les principes et idéaux de références arabo-musulmanes éclairés. Son parcours universitaire est atypique. Poussé par le goût de l’aventure et le besoin de sortir de la norme, Il opte pour des études dans l'ex-Union Soviétique. Il passe donc ses deux premières années a l’université de Kalinin (maintenant appelée Tver) et à Moscou où il apprends le russe et intègre le fameux Institut d’Énergie de Moscou où il s’intéresse pour la première fois au secteur de l’énergie et du pétrole.

En 1988, l’Union Soviétique commence à montrer ses premiers signes d’éffondrement, il décide alors de retourner en Tunisie et de changer complètement de cap afin d'intégrer une filière littéraire et d'obtenir une maîtrise combinée de langues à l’Institut Bourguiba des Langues Vivantes de Tunis. Cette reconversion satisfait sa passion pour les langues et les cultures étrangères. Elle lui permet aussi de capitaliser sur sa maîtrise du russe et de l'anglais et d'obtenir un diplôme universitaire polyvalent en langues et économie avec honneurs et une bourse d’études aux USA octroyée au major de promotion. Il part à Minneapolis où il obtient en 1996 un Master en Études de Développement International, de l’Université du Minnesota. Conduit par son amour de Bizerte et de la Tunisie, il participe avec des amis et d’autres étudiants à la création de plusieurs associations visant à promouvoir les intérêts des Tunisiens aux États Unis et au Minnesota en particulier. Il parcourt les écoles primaires de Minneapolis pour raconter et partager avec des enfants fascinés, la beauté de notre pays, notre culture, nos traditions, notre langue et notre religion. Il participe aussi à plusieurs séminaires et conférences dans le même but au sein de l’Université du Minnesota et de la communauté de Minneapolis. L’expérience universitaire américaine le marque : un air de liberté d’entreprendre et de penser, un campus à 80 milles étudiants, des infrastructures ultra-modernes, une polyvalence du programme d’études mais aussi la conjoncture favorable et l’étendue du boom de l’économie américaine des années 90 surfant sur la vague de la bulle d’internet lui donnent ainsi un nouvel élan international qui ne pouvait être satisfait que par une carrière professionnelle dans un domaine qui serait international. Il rentre en Tunisie où il est, pendant deux ans, le responsable du programme d’anglais comme langue étrangère et conseiller pédagogique à l’AMIDEAST-Tunis. Durant ces deux années, cette organisation prend une dimension locale accrue et devient une référence dans l’apprentissage de l’anglais et le tremplin incontournable pour faire des études aux États-Unis.

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L’engouement pour le secteur de l’énergie Après ces deux ans, il décide de repartir une seconde fois aux États-Unis. Ainsi, après une première année dans une institution financière, Wells Fargo, comme apprenti trader des Corporate CDs, il intègre finalement une équipe de trading de pétrole au sein d’une compagnie d’Électricité de dimension mondiale. Ce rush d’adrénaline constant lui convient. Le monde du trading de pétrole est fascinant et exigeant. Les enjeux financiers sont gros. Le rythme est rapide et stressant. Le prix de l’or noir répond à des facteurs économiques fondamentaux, à des projections techniques et à la géopolitique, surtout celle du Moyen Orient. La fluctuation du prix du brut affecte le prix du carburant qu’on paye à la pompe, mais aussi divers autres éléments dont certains sont liés aux taxes locales, ou d’ordre opérationnel et d’autres de nature purement spéculative. Des USA, il atterrit en Suisse en 2003. A Genève, il passe quatre ans comme courtier dans le secteur du transport maritime de pétrole. Une autre facette tout aussi intéressante du commerce international de l’or noir. Il voyage beaucoup et développe des relations avec des compagnies pétrolières dans les quatre coins du globe, et surtout dans la région de l’Afrique du Nord et du Moyen Orient.

Cette expérience va lui permettre de se reconvertir encore une fois, toujours dans le même domaine, au sein de l’équipe de trading de la plus grande compagnie privée de pétrole russe. Genève offre un terrain idéal pour le négoce des matières premières avec une législation souple et un cadre attrayant pour les plus grandes sociétés du monde. Il travaille avec l’équipe qui a fait que sa compagnie est devenue le plus grand exportateur d’essence et de gasoil en Tunisie durant les dernières années. Depuis un an il fait partie de l’équipe qui se charge du développement de nouveaux marchés. C’est la fonction la plus polyvalente de la compagnie puisqu'elle fait appel à toutes les compétences requises dans le domaine de négoce du pétrole et produits raffinés en matière de gestion de projet, contrats, due diligence, financement, opérations et trading à court et à long terme. Cette fonction fait aussi appel à un aspect primordial dans le trading de pétrole : les relations professionnelles et humaines construites au fil des années.

La nouvelle Tunisie Cette qualité d’ouverture sur le monde et sur les autres, comme le veut la bonne tradition tunisienne depuis l’époque phénicienne, était naturelle pour lui. Aujourd’hui avec sa femme, tunisienne ayant toujours vécu à l’étranger mais tout aussi attachée à ses origines, sa culture et son pays, ils ne ménagent tous les deux aucun effort pour inculquer cette amour de la Tunisie, sa beauté, ses traditions, son dialecte qu’il considère moins sensuel par rapport au dialectes égyptien, libanais ou syrien par exemple mais beaucoup plus franc et cette envie de briller à leurs deux filles nées en Suisse. Il est vrai que depuis le 17 décembre 2010, et l’acte du martyr Mohamed Bouazizi et la révolution qui s’en est suivi bouleversant tout sur son passage, et tordant le cou aux discours sur la léthargie du monde arabe," nous pouvons exprimer d’avantage, plus haut et plus fort notre fierté de notre chère Patrie qui s'est toujours distinguée par son avant-gardisme et sa modernité dans le respect de sa tradition culturelle et religieuse" explique t-il avant finir par ses mots qui résument son état d'esprit :" être tunisien n'est pas seulement qui je suis mais surtout ce que je suis"

PROFILS

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Nous publions dans cette rubrique les profils de jeunes diplômés tunisiens à la recherche de travail ou de stage dans le secteur bancaire et financier. Nous espérons leur donner un espace pour se présenter et convaincre les décideurs à leur donner une chance.

Wassim Ben Ayed

 14, Rue Wajda 2010 Manouba  Téléphone : (+216) 99.104.087 / (+216) 25.082.773  wasso66@yahoo.fr é le 10 avril 1987, Wassim Ben Ayed est titulaire d’une licence fondamentale en science comptable de l’Institut Supérieur de Comptabilité et d’Administration des Entreprises ( ISCAE Manouba) en mai 2009. Il prépare est en cours d’obtention d’un Master de recherche en sciences comptables de l’ISCAE Manouba après avoir travaillé sur un sujet d’actualité : « les déterminants de l’efficience des banques islamiques ». Il a effectué des stages de trois mois au sein de la Direction Régionale des Télécommunications à Manouba et un mois à ACTEL Manouba. Aujourd'hui, il souhaite rejoindre une équipe dynamique avec laquelle il pourra mettre à profit ses compétences, ses qualités de contact et d'organisation et sa capacité de travail

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Amis de la Tunisie

Les vrais amis de la Tunisie, ceux qui la portent dans le coeur, sont nombreux. Parmi eux, Mme Ann Wyman, Managing Director et Head of Emerging Markets Thematic Research chez Nomura Securities. Mariée à un tunisien, elle adore la Tunisie et le témoigne dans ce plaidoyer qu'elle a adressé le 25 octobre à la commission de la politique étrangère du parlement britannique.

Ann Wyman, Nomura Securities “Because Tunisia is the first in the region to carry out a revolution, because it is a relatively homogenous population that doesn’t have any long-standing tribal, religious or ethnic divides, and because it is small and therefore would take much in the way of resources—it provides a unique opportunity for the UK and other western countries to show that they support the democratic processes underway in the middle east, even if the winners might not have been preferred partners” Thank you very much for inviting me here to speak with you today. As you may be aware from news coverage of Tunisia’s historic election this past weekend— which I had the good fortune to witness in person—these are important times in the process of political change that began in the country on January 14th of this year, with the ouster of former President Ben Ali, who had governed the country for the past 23 years. Although I’d like to focus most of my remarks on thoughts about Tunisia’s future, and how it may influence the course events across the Middle East, I wanted to spend just a minute on the recent past, to provide a brief interpretation of how this small Mediterranean country of 11 million people toppled a dictator and sparked a series of revolutions around the MENA region, the reverberations of which are still being felt today. As with most major historical shifts, the causes of the Tunisian revolution can be found in confluence of several factors: There is no doubt that economics

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played an important role, particularly as youth unemployment has soared to well beyond 30 percent in recent years, leaving many young Tunisians with little in the way of assurances that they will be able to provide for themselves or their families in the future. High food and energy prices have eaten away at disposable income across the economic spectrum, hitting the poor the hardest. Meanwhile some export-oriented industries that had previously thrived on account of relatively cheap labor have seen their trade shares dwindling as a result of competition from goods produced in Asia. Yet this story is not unique to Tunisia—in fact, such economic plight will sound familiar to many even right here in Europe. What made the situation in Tunisia ripe for revolution was the combination of this economic discontent and a deep frustration on the part of a people who had not been allowed to express their opinions through democratic elections in

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decades. At the same time, these people began to discover through increasingly available social media how their president, Zine El Abedine Ben Ali, and his family were enriching themselves, while the economic prospects of most of the population deteriorated. When asked, most Tunisians will tell you that it was ultimately this sense of economic injustice that pushed them to take to the streets and demand the ouster of their much-despised leader at the start of this year. Viewed even the context of the last nine months of history—where revolutionary movements have taken much more violent turns—the departure of Ben Ali and his family, and the relatively peaceful transition to a new government is being viewed— both within and outside the country, as a success. For the West, this popular demand for justice and greater democratic freedoms has been pronounced a triumph, even as many Western governments had never taken a particularly critical approach to the former regime until its very last days. It is important to note, however, that neither Tunisian leaders nor the population hold a particularly negative opinion of either Europe of the United States as a result, channeling most of the blame for past injustices to the regime itself. Against this backdrop, just this past weekend, I had the pleasure to watch from the ground a nascent democracy coming into its own. On Sunday, Tunisia held its first free and fair elections in more than two decades. Voters, who often stood in line for more than four hours to cast votes for the first time in their lives—were selecting amongst more than 80 parties and independent candidates to elect members of a constituent assembly that will rewrite the country’s constitution and appoint a transition government before new legislative and presidential elections can be held in approximately one year’s time. From a logistical, administrative and participatory point of view, the elections were an unmitigated success. There were limited irregularities, and the state election board has indicated that participation was in the range of 90% of registered voters. In addition, news laws in Tunisia required that all party lists were made of 50% men and 50% women, and ballots were made accessible to even those who couldn’t read, all of which helped to encourage participation. By any account, the weekend’s elections were extraordinary result for the Tunisian people. But it is the interpretation of the results, which are still being finalized—with an announcement expected in just several hours, in fact—that will require the most diligent analysis, and careful response. By all accounts, it appears that the Islamist Ennahda

party has secured a strong victory, and will likely take a plurality of the 217 seats in the constituent assembly. By some estimates they may have even taken close to 50% of the popular vote, with expectations that they may end up with more than 30% of the seats. The remainder of the seats will likely be taken by a combination of secular parties, the largest of which are the CPR, which has a more populist appeal, and the centrist Ettakatol. While the Islamists were always expected to do well, their strong showing in the end will likely exceed most expectations. Amongst the secular elite in many of the coastal cities and particularly the capital Tunis, this resounding victory has struck a chord of fear and concern—mainly about the potential effects of a rise in social conservatism— not unlike that experienced when the AKP came to power through a landslide victory in Turkey in 2002. It is important to note that these are very early days, and so it is difficult to gauge where the center of gravity will lie in this new assembly. Nonetheless, I thought it might be useful to provide a brief snapshot of the Ennahda party, since they will inevitably carry a great deal of influence over the coming year. The party was formed in the late 1980s, but was effectively banned in Tunisia until the end of the Ben Ali regime. Its leader, Rachid Ghannouchi, lived in exile here in the UK for much of that time, and he returned to Tunisia in March of this year when the party was legalized. He remains the party’s most influential leader, even though he did not feature on any of the electoral lists. Ennahda’s successful election platform can be attributed to a few key factors : (1) It was able to successfully project a “clean” image, with the religious piety of its candidates viewed by many voters as an insurance against the return of the widely discredited and corrupt practices of the Ben Ali regime. (2) Its’ party infrastructure was far more organized than any other contender, allowing it to take advantage of grass roots appeals, particularly in the country’s interior sections. (3) There is little transparent information available about any of the parties’ finances, but it is believed that Ennahda may have been more successful at tapping into sources of international funding, particularly from the Gulf. Throughout the campaign and after the elections, the Ennahda discourse has centered on a moderate form of political Islam, one not dissimilar to that of the AKP in Turkey. They insist that their aim is to remain commercially friendly and respectful of women’s rights. They have also indicated that they are willing to form a coalition with some of the secular parties that have gained seats in the

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www.aiefbt.org truly democratic process is underway? There will undoubtedly be concerns in the West about the direction an Islamist-heavy government in Tunisia may take, not least because it may inspire Islamist parties and voters across the region, particularly in Egypt. But most Tunisians are neither looking to implement sharia law, nor roll back women’s rights, which have been a particular strength in Tunisia. This is likely to keep extremism in check, so long as democracy continues to thrive. This is where foreign support remains important. Via the G20, many promises of significant financial aid have been made to both Tunisia TUNISIA 2010 2011 2012 and Egypt. Through the so3.053 0.007 3.93 Gross domestic product (% growth) called Deauville partnership, 44.278 48.932 52.239 Gross domestic product, current prices (USD bn) some US$20bn in assistance Gross domestic product per capita, current prices (USD) 4,199.35 4,592.60 4,852.07 has already been promised, with half of that expected to 4.444 3.5 4 Inflation, average consumer prices come through multilaterals, 2.653 3.249 3.464 Value of oil imports (USDbn) and some through bilateral 2.315 2.818 2.892 Value of oil exports (USDbn) aid. To date, precious little 13 14.7 14.4 Unemployment rate of this aid has thus far been 10.544 10.655 10.766 Population disbursed, waiting either for -1.33 -3.679 -4.141 Budget balance (% of GDP) approvals, or for the private sector to co-invest. But the 40.425 41.719 48.047 General government gross debt (% of GDP) reality is that these countries -4.796 -5.742 -5.464 Current account balance (% of GDP) were promised large headline amounts of assistance, and in APPENDIX 1 progress, and they want their country to return the end little has materialized thus far. Now that a Key Indicators to the sense of security that they have enjoyed in democratically elected government will soon be in years past. This will be hard to deliver, particularly place, it will be important to ensure that the pace rapidly, and all of those who have been voted into of disbursements is sped up. power will face strong scrutiny in a year’s time. What does this mean for financial markets and the Because Tunisia is the first in the region to carry out economy? a revolution, because it is a relatively homogenous The initial response has been mildly negative with population that doesn’t have any long-standing the local stock market falling yesterday by almost tribal, religious or ethnic divides, and because it is 2%. But it is still much too early to conclude that small and therefore would take much in the way foreign investors or tourists will continue to shy away of resources—it provides a unique opportunity for from Tunisia as result. The economy has suffered as the UK and other western countries to show that a result of the revolution, with tourism revenues they support the democratic processes underway down by some 50%, and the economy expected in the middle east, even if the winners might not to contract by about 2% this year. If Ennahda is to have been preferred partners. Ennahda in Tunisia, remain in power longer than a year, they will need the Muslim Brotherhood in Egypt and other Tunisia’s citizens to feel as though their victory Islamist parties that may rise to power in Libya or has delivered meaningful progress, and for most Syria and beyond are supported by large numbers Tunisians, this will be measured in their wallets. This of these countries’ populations—and we are means being true to their election promises to be learning this democratically, rather than seeing it open to foreign investment, and commercially fair. rise up in opposition. We, along with the countries’ And most of all, it will mean creating jobs—which own citizens must continue to assess whether, and can only be done in an environment where social under what circumstances these more religious conservatism doesn’t get in the way of economic parties can exist within democracies. But for now, progress. While it is still early days, it would appear the best way to help them to do so, is for the West that most of the influential Ennahda members to continue to support the building of democratic understand this. institutions and the rebuilding of economies. What role can and should the West play, now that a Thank you”

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elections, in order to smooth the process of writing the constitution, and to reassure those who may be concerned about their conservatism, including investors and international economic partners. The big challenge ahead for the new assembly and for Ennahda will be to meet voters’ very high expectations. It is not surprising that post revolution, Tunisians are expecting a lot from their new government. They want former leaders and businessmen who profited from the regime brought to justice, they want jobs and economic

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