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La nouvelle campagne marketing du Mazagan Beach resort suscite bien des interrogations. La partie casino du projet avait été «vendue» comme un produit d’appel pour touristes étrangers à fort pouvoir d’achat. La campagne «Catch the Bus» ou «prenez le bus» est copiée des stratégies des casinos d’Atlantic city et autres destinations de jeux célèbres dans le monde. Elle permet d’attirer des joueurs moins fortunés, de la classe moyenne, qui sont tout aussi cruciaux pour la profitabilité d’un casino. Notre reportage confirme cette orientation marketing des gestionnaires du groupe Mazagan Beach Resort. Où est le problème ? D’abord une question d’honnêteté. Le groupe Kerzner et les dirigeants marocains n’ont-ils pas fait preuve de duplicité lorsqu’ils ont voulu justifier les formidables aides financières octroyées au projet ? Et puis, cette hypocrisie qui consiste à justifier la construction de casinos, comme la vente d’alcool, d’ailleurs, n’est pas sans conséquences. L’idée que mentir au peuple, cela a parfois du bon parce qu’on doit bien faire avec son temps et qu’on doit en même temps éviter de donner du grain à moudre aux islamistes peut être socialement destructrice. En acceptant dans les faits le développement de ce type de phénomène tout en niant leur existence, on ne se donne pas les moyens d’en limiter l’impact néfaste sur la société. Car le jeu est aussi une addiction. Si on peut se mettre d’accord pour ne pas l’interdire, mettons alors en place des structures et des mécanismes qui permettent d’en limiter les effets dévastateurs sur la vie de nos concitoyens addicts et de leur familles.

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Mazagan Beach Resort, situé entre El Jadida et Azemmour, à 90 km de Casablanca, a ouvert ses portes le 15 octobre dernier. Si cette station du Plan Azur a l'ambition d'implanter la marque «Maroc» aux quatre coins de la planète, elle répond surtout aux besoins d'une clientèle locale. Reportage. PAR AÏDA ALAMI ET CHRISTOPHE GUGUEN

Mazagan Marocain(e)s, faites vos jeux ! alace d'Anfa, Casablanca, un lundi à 19h. Une navette gratuite affrétée par Mazagan Beach Resort attend des clients sur le boulevard d'Anfa afin de les transporter au complexe fraîchement ouvert par le milliardaire sud-africain Sol Kerzner. Ça faisait des semaines que l'on entendait partout parler de Mazagan dans les journaux, même sur Facebook où les gens ont posté des photos et des vidéos. Une excitation générale due en partie à la venue de plusieurs célébrités a accompagné l'ouverture du gigantesque complexe touristique se trouvant à proximité de Casablanca. En voyant la pub dans plusieurs magazines, une dizaine de SMS reçus sur nos téléphones et sur plusieurs panneaux d'affichage

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Le casino de la station, «l’un des plus grands d’Afrique du Nord», est au cœur de la stratégie de Mazagan Beach Resort, bien que le mot «casino» n'apparaisse pas sur la plupart des communiqués officiels du ministère du Tourisme.

dans tout Casablanca, nous n'avons pas pu résister à l'appel «Et toi? Qu'est-ce que tu fais ce soir?» Le tout s'est organisé très rapidement : nous appelons le numéro sur la pub, l'employé chargé des réservations nous explique que la navette coûte 200 dirhams le weekend, incluant l'entrée en boîte de nuit. Elle est en revanche gratuite en semaine. Le bus, sur lequel est inscrit «Magic Mazagan, catch the bus», s’apprête à partir. Une hôtesse aide les passagers à prendre place dans le bus. Et l'aventure commence.

«Sensations et adrénaline» Mazagan, qui se veut une nouvelle destination touristique «branchée», se démarque des autres stations du Plan Azur, plus axées sur la promo-

tion immobilière (voir encadré). C’est un resort complètement intégré, regroupant hôtel, restaurants, casino, golf, un des plus grands centres de conférence du Maroc. Une offre de loisirs destinée autant aux touristes européens qu’à une clientèle marocaine aisée, le complexe se situant à une centaine de kilomètres seulement du plus grand creuset de population du royaume. Après un trajet d'environ 90 minutes, Mazagan est soudainement apparu telle une oasis au milieu d'un désert sombre. On se serait cru devant le palais illuminé de mille feux, gigantesque et fastueux d'un maharadja. Une partie de la forêt d’El Haouzia a été rasée pour laisser place au complexe s'étalant sur une superficie de 250 hectares et bordé par 7 kilomètres de plage. Le hall d'entrée est tellement grand et les

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Entrée du complexe Mazagan.

Mazagan, qui se veut une nouvelle destination touristique «branchée», se démarque des autres stations du Plan Azur, plus axées sur la promotion immobilière.

Grâce à un contrat

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d’exclusivité dans un rayon de 130 km, le groupe Kerzner à l’assurance d’y attirer les «high rollers».

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faut d'ailleurs traverser le casino pour parvenir à la boîte de nuit, fermée ce soir-là. Le casino dispose également d'une salle, «Le Privé», pour les joueurs misant gros et préférant l'intimité. Le casino de la station, «l’un des plus grands d’Afrique du Nord», est au cœur de la stratégie de Mazagan Beach Resort, bien que le mot «casino» n'apparaisse pas sur la plupart des communiqués officiels du ministère du Tourisme. «Il correspond aux attentes d’une partie de notre clientèle haut de gamme», explique aux médias la direction du groupe. Grâce à un contrat d’exclusivité dans un rayon de 130 km, le groupe Kerzner a l’assurance d’y attirer les «high rollers» qui logent à l’hôtel cinq étoiles de la station, mais aussi les joueurs de la région de Rabat et Casablanca. «Il n’est pas dans l’intention du gouvernement de développer l’activité Casino en tant que telle», a cependant affirmé le ministre du Tourisme Mohammed Boussaïd, lors de la soirée d’inauguration de la station. Et d’ajouter : «Il

s’agit d’une autorisation exceptionnelle basée sur un cahier de charges qui fixe les critères. L’activité du casino est très réglementée et très encadrée au Maroc».

Rien ne va plus! Nous décidons donc d'aller directement au casino, moins impersonnel que le reste du complexe. Il se trouve dans l'aile gauche de Mazagan. La salle est immense. On y

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plafonds si hauts que l'on a encore froid une fois à l'intérieur. De plus près, on a moins l'impression d'être dans un palais et la décoration tapeà-l'œil, les finitions en plastique et les couleurs clinquantes nous font plutôt penser aux hôtels kitchs de Dubaï. Il y a huit restaurants dont seulement trois sont ouverts pour l'instant, chacun avec un thème culinaire différent. Les 500 chambres de l'hôtel, le casino et la boîte de nuit sont tous reliés entre eux. Il


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Projet Mazagan et le plan Azur Mohamed Boussaïd, ministre du Tourisme,

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trouve 50 tables de jeux (roulette, black jack et poker), et 415 machines à sous. On y trouve également un bar-restaurant. La clientèle, principalement masculine, est pour la plupart en tenue décontractée. Il y en a pour tous les goûts et tous les budgets. On peut miser dans les machines à partir de 50 centimes. Nous jouons des petites sommes pendant quelques instants, mais on ne peut s'empêcher d'arrêter et de se rapprocher des tables où règne une ambiance plutôt sérieuse et tendue avec des «high rollers», des joueurs invétérés qui risquent gros, gagnent parfois beaucoup, et perdent le plus souvent. Un croupier se penche légèrement en avant, annonce le fameux «rien

Soirée d’inauguration du projet Mazagan.

ne va plus» lance du bout des doigts une boule blanche sur la machine a roulette. La boule commence à tourner rapidement, un homme, assis sur un tabouret, la tête entre ses mains, a misé 200 dirhams sur le chiffre 7. Il tire nerveusement sur sa cigarette et boit une gorgée de son whisky-coca. Un autre homme assis à côté de lui retient sa respiration, il a misé 400 dirhams sur la noire. Ils attendent fébrilement que la boule s'arrête. Finalement c’est le 13 rouge ! Ils viennent tous deux de perdre leur mise en seulement quelques secondes. Les deux hommes sont dépités, mais néanmoins poussent d'autres jetons sur le tapis pour tenter à nouveau leur chance. Une femme à quelques mètres d'eux pousse un cri de joie, on entend la sonnerie de la machine

«Je voudrais dire toute la satisfaction du gouvernement marocain de pouvoir offrir dans la même année et dans un contexte international difficile deux stations balnéaires, Saïdia et Mazagan», s’est réjoui Mohammed Boussaïd, ministre du Tourisme, lors de la grande soirée d’inauguration de la première tranche de Mazagan Beach Resort. Quel type de clientèle est visée par ce nouveau concept de «resort intégré» ? La «cible» avait été présentée lors des Assises du tourisme en 2007: des touristes européens privilégiant le tourisme balnéaire et/ou le tourisme actif, âgés de 25 à 44 ans et de classes socioprofessionnelles (CSP) moyenne et supérieure. Étaient également visés les touristes nationaux «cherchant le produit Soleil et Plage, nécessitant un cadre paisible et éloigné des nuisances des grandes agglomérations et les couples habitant les grandes villes». Le projet, étalé sur trois tranches, prévoit au final une capacité d’accueil de 7.600 lits, répartis entre les unités hôtelières et 150 villas. Mais «on ne vend pas des chambres d’hôtels, on vend de l’émotion, du rêve», souligne la direction du groupe. Contrairement aux autres stations du plan Azur, Mazagan ne mise pas sur la promotion immobilière et privilégie un «mix» entre offre hôtelière, loisirs et tourisme d’affaires. Au niveau de la capacité d’accueil, la première tranche de Mazagan Beach Resort comprend un hôtel cinq étoiles de 500 chambres, dont les prix varient entre 2000

et 6000 DH la nuit selon les modalités de réservation. La clientèle visée se partage à part égale entre étrangers et nationaux. Soixante sept villas sont commercialisées entre 9 et 25 millions de dirhams (cinquante et une ont déjà été vendues, en grande majorité à des Marocains, investisseurs ou particuliers). La puissance marketing et commerciale du groupe Kerzner, très bien implanté en Europe, doit permettre de «créer une nouvelle destination, Mazagan» et de renforcer la notoriété de la marque «Maroc» à l’étranger. Maintenant que la première tranche est sur les rails, que va-t-il se passer pour les phases 2 et 3 du projet, sur les 250 hectares restants ? «Kerzner International va laisser passer l’hiver et le début de la saison d’été pour mieux identifier les demandes des clients et agir en conséquence», a indiqué à la MAP la patronne de Mazagan Beach Resort, MarieBeatrice Lallemand. Selon elle, «le groupe ne manquera pas de mettre en place un produit dédié à la classe moyenne s’il identifie un besoin dans ce sens». Le groupe attend un chiffre d’affaires de 1,35 MRDH dès la première année et 4 millions de visiteurs annuels. Mais attention, cela ne veut pas dire 4 millions de touristes, comme nous le précise la direction : «Il peut s’agir de gens qui viennent simplement prendre un repas dans un des restaurants et qui repartent vers Casablanca, ou encore ceux qui viennent participer aux activités». Comme le casino ? ■ hebdomadaire du 28 novembre au 4 décembre 2009 | 23


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décryptage Une offre de loisirs autant destinée aux touristes européens qu’à une clientèle marocaine aisée, le complexe se situant à une centaine de kilomètres seulement du plus grand bassin de population du royaume.

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indiquant un gain important. Elle vient de gagner plusieurs centaines de dirhams sur une machine à sous, qu'elle s'empresse de réclamer au guichet et décide d'arrêter de jouer. Autre ambiance à quelques pas de là. A une table de Black Jack, un joueur furieux d'avoir à payer un paquet de cigarettes s'exclame «on paie les cigarettes ici ?», avant de lancer en l'air le paquet lorsque la serveuse annonça d'une tout petite voix que cela coutait 50 DH. Le croupier ne peut s'empêcher de pousser un cri qui plonge le joueur dans une colère noire, le manager arrive pour calmer les choses et le joueur lui dit «Vous devriez mieux former votre personnel. J'en emploi des centaines comme lui !» Dans une autre partie du casino, plus sélecte, se trouvent les tables de poker. Le staff, essentiellement étranger, est aux petits soins avec les joueurs de poker. Toutes les boissons sont offertes par la maison, la retauration leur est également of-

ferte. Selon Frédéric Abadie, rédacteur en chef du Journal des Casinos, un organisme indépendant français

Mazagan Beach Resort

spécialisé dans l'étude des casinos dans le monde, le casino a tout autant intérêt à attirer de gros clients

Qui finance quoi ?

En juillet 2004, le gouvernement Jettou signait à Rabat un accord la moitié de l’actionnariat (voir graphique). Le groupe Kerzner, avec un groupe d’investisseurs pour la réalisation d’une station unique développeur et gestionnaire de la station, n’entre en effet touristique dans la province d’El Jadida. À la tête du projet, un qu’à hauteur de 50% dans le tour de table (dont 25% pour sa groupe sud-africain reconnu de l’industrie hôtelière de luxe et filiale Dubaï World). La première tranche du projet, inaugurée des casinos, Kerzner international, appuyé par des partenaires fin octobre, a coûté la bagatelle de 3,1 milliards de dirhams (hors marocains : la CDG, la Société Maroc-Emirats pour le dévelop- résidentiel). ■ pement (Somed), la Mutuelle Centrale Marocaine d'Assurance (MAMDA) et la Mutuelle centrale marocaine d’assurances (MCMA). À l’époque, le taux de participation de chaque société à l'investissement global n'avait pas été précisé. Au cours des discussions qui ont suivi avec l’Etat, notamment pour l’attribution Kerzner de la licence de casino, Sol Kerzner, redoutaMAMDA International ble négociateur, mettait en avant le montant MCMA astronomique de l’investissement : 5,3 milliards de dirhams. Au final, qui a payé quoi ? Les 500 hectares du site, implanté sur le domaine forestier d’El Haouzia, ont été «débloqués» par l’Etat dans le cadre du Plan CDG Azur. Le Fonds Hassan II a pour sa part pris en charge les investissements hors site (notamment l’aménagement des infrastructures routières, avec la création d’une bretelle reliant la N1 au complexe de Mazagan) à hauSomed teur de 86 millions de dirhams. Au niveau du tour de table de la société Mazagan Beach Source : Mazagan Beach Resort Resort, les partenaires marocains constituent

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qui dépenseront beaucoup aux tables de jeux que d'attirer ceux qui vont moins dépenser aux machines à sous, notamment avec la navette transportant des clients gratuitement de Casablanca. «Mazagan mise d’avantage sur une clientèle de prestige, et essaie d'attirer les gros joueurs. C'est la notion même du Resort», explique-t-il. «Les machines à sous rapportent quant à elle régulièrement de l'argent même si c'est de manière moins spectaculaire. Il faut noter qu'il est rare qu'un milliardaire perde un million de dollars à une table de poker et qu'il est donc important de remplir le casino avec les joueurs occasionnels».

Un bonheur pour les amateurs Certains des clients du resort ont fait le voyage de l'étranger, d'autres sont venus de Casablanca en voiture ou dans la navette gratuite affrétée par le casino, pour y passer la soirée. Après minuit, de plus en plus de jeunes arrivent en groupe de trois ou quatre. Samir, un jeune cadre casablancais, vient assez souvent au complexe Mazagan depuis son ouverture. C'est un régulier des casinos européens et marocains, notamment celui de la Mamounia à Marrakech et du Mirage à Tanger. Il apprécie Mazagan pour sa proximité mais aussi pour le standing élevé de l'endroit. «C'est un casino très bien équipé et très professionnel. C'est la copie conforme d'un autre casino, Sun City, en Afrique du Sud (construit aussi par Krezner) où j'ai eu l'occasion de jouer», nous racontet-il. Samir a une carte de fidélité à Mazagan. Grâce a cette carte, il accumule des points et s'est déjà vu offrir par le casino boissons et même une nuit d'hôtel gratuite, au bout de quelques nuits de jeu. «Je joue pour m'amuser, mais certaines personnes sont véritablement des addicts du jeu. Je connais un médecin casablancais qui a mis trois appartements en vente pour avoir de quoi jouer et a tout perdu en moins de deux ans», ajoute le jeune Casablancais. Selon un psychiatre spécialiste des addictions, le docteur Jalal Taoufiq, cette dépendance au jeu est un problème sérieux auquel on ne fait pas suffisamment attention au Maroc. «Il existe ce que l'on appelle le jeu pa-

Casinos Des taxes en toute discrétion

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Assujetis comme toute entreprise aux diverses taxes et impôts sur les sociétés, les casinos marocains sont également soumis à un prélèvement un peu particulier. Un

Nationale, la deuxième va dans les caisses de la Mutuelle des Forces Armées Royales (FAR). Chacune correspond à 7% du chiffre d’affaires annuel des casinos. Une troisième taxe a été instituée, à hauteur de 6% du CA, au profit des collectivités locales. Ces taxes parafiscales ne sont pas inscrites au budget de l’Etat et échappent donc à tout contrôle ou débat parlementaire. Le montant total de cette manne financière reste un mystère. Les différents établissements de jeux contactés par le Journal Hebdomadaire n’ont pas souhaité communiquer le chiffre d’affaires de leur activité casino. Le 19 novembre dernier, le Conseil de gouvernement a examiné un projet de décret pour abroger les taxes destinées à l’Entraide natio-

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décret du 30 décembre 1987, créé à l’ouverture du casino de la Mamounia, prévoit deux taxes parafiscales sur les jeux de hasard pratiqués dans les casinos. La première est destinée à alimenter le budget de l’Entraide

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nale et à la Mutuelle des FAR. Vu l’état actuel des finances publiques, l’Etat peut-il vraiment se passer de cette manne financière qui représente annuellement plusieurs millions de dirhams? «Les casinos sont déjà très lourdement taxés, explique un avocat fiscaliste casablancais. En plus, l’Etat commence à réclamer la TVA aux casinotiers, que ces derniers refusent de restituer depuis des années». Le gouvernement tient à cette rentrée d’argent et a engagé des procédures en contentieux à l’encontre des casinos. La suppression programmée de deux taxes parafiscales (qui correspondent à 14% du chiffre d’affaires des casinos) sur trois peut donc être interprétée comme une «concession» de l’Etat envers les casinotiers afin de récupérer une TVA qui, elle, est à 20 %. ■ hebdomadaire du 28 novembre au 4 décembre 2009 | 25


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thologique qui est un besoin impérieux de jouer, ce n'est pas l'euphorie du gain qui est recherchée mais l'excitation de l'attente du résultat. Très souvent il y'a désillusion, la personne refroidit et puis il y'a un besoin impétueux de rejouer. Le jeu, comme une drogue, contrôle la personne», explique le médecin. «Ceci entraîne chez beaucoup de gens des catastrophes économiques, relationnelles et sociales car ils sacrifient tout pour jouer». Le docteur Taoufiq explique qu'il existe deux centres qui prennent en charge les joueurs compulsifs à Casablanca et à Salé mais que très peu de gens consultent car il n'y a pas un accompagnement informatif, sous forme d'émissions télévisées ou autres, pour faire connaître au grand public les réalités de cette maladie. Ce lundi 23 novembre, il y a une large majorité de Marocains présents au Casino. Une hôtesse nous explique que lors de la première semaine d'ouverture, il y avait davantage de touristes mais que la tendance s'est inversée et qu'il y a

qui prennent en charge les joueurs compulsifs à Casablanca et à Salé.

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Il existe deux centres

désormais un plus grand nombre de locaux qui fréquentent l'établissement. Après avoir gagné un peu d'argent aux machines, et puis tout

reperdu, l'heure de quitter Mazagan arrive. Le bus nous ramène dans la nuit vers l'autre Maroc, loin des paillettes, des lumières et du faste. ■

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Ouverture en grandes pompes

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People

a été rasée pour laisser place au complexe s'étalant sur 250 hectares en tout et sur 7 kilomètres de mer.

De gauche à droite: Sol Kerzner et sa femme; l’actrice américaine Naomi Watts accompagnée de son époux; la scandaleuse Lindsay Lohan et la Top Model Naomi Campbell.

La soirée de lancement du complexe touristique monté par le magnat du tourisme sud africain Sol Krezner, un resort qui a coûté 5,3 MRDH, avait pour mots d'ordre: démesure et tapage médiatique. Aucun souci d'économie pour réaliser un super coup médiatique et faire connaître le Mazagan Beach Resort, un hôtel cinq étoiles, le tout s'étendant sur 250 hectares et sept kilomètres de plage. Un endroit vendu au monde entier comme un paradis au climat clément à seulement une heure de Casablanca et pas plus de trois heures d'avion de Paris ou Londres. Cette recette miracle a déjà marché lors de l'ouverture des autres casinos de Sol Krezner. Ce 31 octobre, 1500 invités de marque, dont des célébrités internationales, ont réussi à attirer la presse du monde

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entier: on y a vu le top model Naomi Campell accompagnée de son petit ami, un milliardaire russe, l'acteur irlandais Gerard Butler, le cinéaste anglais Guy Ritchie, ex-mari de Madonna ou encore les actrices américaines Lindsay Lohan et Naomi Watts. Plusieurs célébrités françaises étaient aussi présentes: Patrick Bruel, JeanMichel Jarre, Clotilde Courau ont eux aussi été conviés au lancement du méga-complexe touristique. Des moyens énormes ont été déployés pour faire connaître l'endroit: un feu d'artifices qui a coûté 8 millions de dirhams, un accueil folklorique, des charmeurs de serpents et des musiciens locaux, 1500 bouteilles de champagne, et 100 000 roses ont décoré l'hôtel à l'occasion des festivités.■


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Portrait Sol Kerzner

Le «Bill Gates» du tourisme es hôtels du tycoon du tourisme, Sol Kerzner, 74 ans, sont à l'image de son mode de vie : il se déplace en jet privé, s'est marié quatre fois, possède des propriétés dans le monde entier et n'en finit pas de fasciner le monde entier avec ses projets par leur grandeur et leur extravagance. Le dernier en date : Mazagan Beach Resort. Salomon Kerzner, fils d'immigrés juifs de l'Europe de l'Est installés en Afrique du Sud, est né en 1935 à Johannesburg. C'est un véritable self-made man. A l'âge de 29 ans, il laisse tomber une carrière prometteuse d'expert-comptable, vend la guest house familiale et rachète un hôtel dans la ville de Durban où il adopte une stratégie d'investissement qui lui permettra par la suite de bâtir un empire touristique s'élevant à 17 milliards d'euros. Sa stratégie: investir l'argent de ses clients. Pour son premier hôtel, un client investit 200 000 dollars qui permettent à Sol Kerzner de sur-développer l'affaire. Selon son biographe non officiel, Alan Greenblo, «l'approche de Sol a toujours été de ne pas risquer son propre argent mais de manger des parts des actions pendant que l'affaire se développe». Son premier hôtel allie luxe et divertissement et cible surtout une clientèle de prestige. Il crée une franchise hôtelière, Southern Sun Hotel qui, en 1970 possède déjà 31 hôtels. En 1979, Sol Kerzner s'inspire de Las Vegas et décide d'implanter le concept d'hôtel-casino en Afrique du Sud. Un obstacle: les lois anticasinos dans le pays ségrégationniste de l'époque. Il trouve cependant une manière de contourner l'interdiction en s'implantant dans une zone politique indépendante du Bophuthatswana, utilisée comme dortoir pour les travailleurs noirs, ou il négocie l'exclusivité de construire des casinos. L'endroit s'appelle Sun City, et fait connaître Kerzner dans le monde entier. Sa montée fulgurante ne s'arrêtera jamais malgré quelques démêlés avec la justice sur plusieurs affaires

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Le 19 juin 2009, Mohammed VI décorait Sol Kerzner du Ouissam alaouite.

de corruption qui n'ont jamais abouti. Cependant, cette réputation de corrupteur le précède partout où il se rend. Il y a quelques années, dans le New Jersey, une demande de projet lui a été refusée. Il est spécialiste des resorts extravagants et démesuré. Il construit des complexes partout dans le monde, au Bahamas et à Dubaï entre autres. Quelques mois avant d’implanter le premier complexe casino-hôtel du royaume, le 19 juin dernier, Mohammed VI l’a décoré du Ouissam alaouite. Après le Maroc, il compte lancer un projet en Amérique Centrale. ■ hebdomadaire du 28 novembre au 4 décembre 2009 | 27


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