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culture

PHOTOS AFP

Festival

Les membres du jury lors de la cérémonie d’ouverture.

Sous les paillettes Au terme de neuf années d’existence, après avoir essuyé les critiques les plus diverses, trop de paillettes ou au contraire, pas assez de grandes stars, le Festival international du film de Marrakech semble avoir trouvé sa vitesse de croisière et parvient avec cette nouvelle édition à s’imposer comme le grand rendez-vous international des cinéphiles. a foule s’est attroupée face au Palais des Congrès de Marrakech, illuminé par les lustres et les projecteurs. Le long du tapis rouge, les Marrakchis se pressent pour voir sortir des luxueuses voitures noires les célébrités qui arrivent pour la cérémonie d’ouverture. Ils guettent les stars telles que l’actrice française Fanny Ardant, l’Italienne Isabella Ferrari ou l’acteur américain Christopher Walken. Devant eux, les caméras des chaînes de télévision du monde entier, les photographes et les journalistes sont pos-

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tés, prêt à l’assaut. Flashes, strass et paillettes marquent donc le lancement de la neuvième édition du Festival international du film de Marrakech qui s’ouvre en ce soir du 4 décembre. Un pur moment de glamour qui annonce pourtant une édition bien plus cinéphile que les précédentes.

Résolument cinéphile. Il suffit pour s’en convaincre de voir la liste des membres du jury de cette 9è édition : présidé par le grand cinéaste iranien Abbas Kiarostami, il réunit de véritables pointures du cinéma international comme le Britannique Mike

Figgis, le Français Christophe Honoré, le Palestinien Elia Suleiman, le Marocain Lahcen Zinoun ou encore Fanny Ardant (France), Isabella Ferrari (Italie), Marisa Paredes (Espagne)… Côté programmation, elle est tout bonnement foisonnante : entre les films en compétition et hors compétition, les coups de cœur et les hommages, plus de 150 films sont ainsi proposés aux festivaliers. De quoi faire taire ceux qui reprochaient au festival de n’être qu’un prétexte pour faire briller l’image marocaine dans les médias du monde entier. «Il faut trouver l’alchimie entre la cinéphilie et les vedettes», précise Mélita Toscan du Plantier, la directrice du Festival. Au delà du vedettariat nécessaire à la renommée de l’événement, ce sont surtout de grandes personnalités du cinéma que le Festival accueille cette semaine, en rendant hommage au cinéma sud-coréen (voir encadré), au cinéaste Emir Kusturica (voir encadré), de même que les comédiens Christopher Walken, Sir Ben Kingsley et Saïd Taghmaoui. Sans compter les Master Class qui permettent aux festivaliers d’écouter les leçons de cinéma d’Emir Kusturica, Jim Jarmusch et Alfonso Cuaron (voir encadré). En


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HOMMAGE

La Corée du Sud à l’honneur Le festival du film de Marrakech s’est ouvert au son d’un groupe sudcoréen de danse et musique traditionnelle, dont les rythmes se sont harmonieusement mêlés à ceux du groupe folklorique marocain également présent sur scène. Tout un symbole pour donner le coup d’envoi de cette 9è édition qui a choisi cette année de mettre à l’honneur la Corée du Sud. La programmation du festival compte ainsi une quarantaine de films ayant marqué l’histoire du cinéma sud-coréen, encore méconnu à l’échelle internationale, contrairement à d’autres pays asiatiques. Ce manque de notoriété s’explique par le joug de la dictature subie par le pays : le cinéma sud-coréen n’a véritablement commencé à s’exporter qu’à la fin des années 1990, avec l’émergence de jeunes cinéastes talentueux et grâce à une volonté politique de soutenir le cinéma et surtout de promouvoir la culture sud-coréenne dans le monde. En effet, dans les années 1980, en pleine mondialisation, la Corée du Sud se trouve en concurrence avec d’autres cinémas et commence doucement à s’ouvrir au monde. Le véritable bouleversement a lieu à partir de 2000 ; les films sont alors diffusés dans le monde entier. Parmi les films sélectionnés cette année, on découvre l’œuvre du cinéaste Im Kwan-Taek, une figure mythique du cinéma coréen dont la carrière totalise plus d’une centaine de films. «Je suis comblé par cette initiative. Cette occasion unique va permettre au public marocain de connaître la Corée et de démarrer un échange culturel entre les deux nations», a-t-il déclaré le dimanche soir lors de la cérémonie d’hommage au cinéma sud-coréen, qui a réuni sur scène les plus grands acteurs et réalisateurs de ce pays.

Les habitants de la ville ont massivement répondu présents dans tous les lieux de projection du Festival.

es, le cinéma ce qui concerne plus particulièrement les films de la programmation officielle, le Festival de Marrakech a fait le choix de miser sur de jeunes réalisateurs en ne sélectionnant que des premiers longs métrages. «Nous nous sommes vite aperçus que même si nous grandissions, il s’agit quand même d’un jeune festival et que nous ne pouvions pas programmer le dernier film de Lynch qui choisira plutôt d’aller à Cannes qu’à Marrakech. Nous avons donc choisi de faire découvrir de nouveaux talents afin de fidéliser les futurs Scorsese et Lynch», explique Mélita Toscan du Plantier.

Retombées marocaines. L’autre reproche généralement adressé au Festival, c’est de ne pas suffisamment impulser un véritable marché du film marocain. «Ce qui est déjà formidable, c’est qu’en neuf ans nous réussissons à remplir des salles avec des films du monde entier : hollandais, chinois, danois… Le public commence à avoir la curiosité d’aller découvrir d’autres films en dehors du cinéma américain. C’est pour nous la plus grande réussite du festival», défend Mélita Toscan du Plantier. Les habitants de la ville répondent →

FILM

Le Maroc dans la compétition officielle Le second long métrage des jeunes frères Noury, Swel et Imad, a été présenté pour la première fois au public à l’occasion du Festival de Marrakech. Seul film marocain en compétition officielle, The man who sold the world a suscité des applaudissements chaleureux mais des réactions mitigées. S’ils saluent unanimement le talent des deux réalisateurs, la maîtrise de l’image et des effets, la qualité de la photographie ou encore de la lumière, certains spectateurs avouent ne pas avoir été « pris aux tripes» face à un film «avant tout esthétique » dont les longueurs les ont ennuyés. Swel Noury, co-réalisateur et auteur du scénario, n’est guère surpris par ce manque d’engouement : « C’était clair que les gens allaient soit adorer soit détester, mais nous ne réalisons pas un film pour plaire, nous voulons d’abord raconter nos histoires », réagit-il. Il faut dire que l’entreprise était périlleuse : The man who sold the world, qui doit son titre à un tube de David Bowie, est une adaptation d’un roman de Dostoïevsky, Un cœur faible. Le pitch : Deux amis, X et Ney, travaillent et habitent ensemble, dans une ville inconnue au sein d’un pays en guerre. X annonce à Ney qu’il va se marier. Il est fou amoureux de Lili qui l’aime en retour. Avant le mariage, il veut solder le retard qu’il a accumulé dans son travail, qui consiste à copier des documents administratifs. Il s’enferme donc pour écrire et peu à peu sombre dans la folie. « Le film est construit comme une réflexion sur le bonheur. La folie n’en est qu’une conséquence, parce que le héros ressent trop de bonheur » explique Swel Noury. Bien que transposé dans un univers imaginaire, le film est particulièrement fidèle à l’œuvre. Malgré cela, « il faudrait avoir lu le livre pour mieux apprécier le film, or un film doit se suffire à lui-même sans qu’on lui livre le mode d’emploi », fait remarquer un autre spectateur. Reste à attendre le palmarès pour savoir ce qu’en aura pensé le jury. Mais « le seul maître et seul juge d’un film, c’est le temps qui passe », déclare Swel Noury. hebdomadaire du 12 au 18 décembre 2009 | 57


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en effet massivement présents dans tous les lieux de projection du Festival. Outre le Palais des Congrès, il suffit de faire un tour au cinéma le Colisée qui fait salle comble à chaque séance, ou sur la place Jemaâ El Fna où se pressent les Marrakchis chaque soir face à l’écran géant, pour se convaincre que le Festival sait transmettre le goût du cinéma. Lahcen Zinoun : «Une salle de 2000 places remplie le matin à 10 heures, je n’ai vu cela nulle part ailleurs. Les autres festivals ont habituellement très peu de public.» Le réalisateur marocain souligne également l’importance des liens qui se tissent entre les professionnels à l’occasion de ce grand rendez-vous du cinéma : «J’ai noué des relations avec Abbas Kiarostami qui veut m’inviter en Iran, avec Fanny Ardant, avec Isabella Ferrari qui veut que je lui monte un spectacle dansant pour un one woman show, c’est extraordinaire !», confie-til d’une voix émerveillée. Le Festival veille également à favoriser les rencontres en organisant chaque midi un déjeuner réunissant les réalisateurs marocains et internationaux.

«En neuf ans, nous avons réussi à remplir des salles avec des films du monde entier.» De même, le côte «off» du Festival connaît cette année une effervescence sans précédent : cinéastes, acteurs, mais aussi journalistes, se retrouvent après les projections et les hommages dans les lounges du Palace Saâdi ou de l’hôtel Atlas Médina ainsi que dans les soirées organisées par les sponsors. À l’instar d’Anas El Baz, l’acteur principal de Casanegra qui a inlassablement arpenté tous les recoins du Festival, tous profitent de ces occasions pour créer un réseau de contacts, mais surtout pour des èchanges entre cinephiles. Parce que c’est avant tout cela le Festival : une formidable occasion de faire vibrer à l’unisson public et professionnels autour d’une passion commune. La réussite du cru 2009 aura été de poser l’événement comme un grand rendez-vous cinéphile, n’en déplaise à ceux qui n’y voient que l’aspect mondain et médiatique. Comme le fait remarquer Audrey Marnay, l’actrice française qui tient le principal rôle féminin dans le dernier film de Swel et Imad Noury, The man who sold the world : «Le cinéma sert avant tout à faire rêver, donc le côté paillettes est normal. Cela ne diminue pas l’intérêt cinéphile du festival pour autant.» AÏDA ALAMI ET LAETITIA DECHANET

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Master Class : Entretiens avec des Maîtres

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la manière de l’Actor Studio, l’émission américaine animée par James Lipton qui s’entretient avec les personnalités du cinéma les plus influentes, le Festival international du Film propose cette année des Master Class animés par le critique de cinéma français Jean-Pierre Lavoignat. C’est une salle comble à chaque fois qui a ainsi eu la chance d’assister à deux entretiens avec deux des plus grands cinéastes internationaux, venus expliquer leur carrière, leurs rencontres, leurs choix et leurs sources d’inspiration. «C’est vraiment motivant de rencontrer des génies du cinéma. Je vais garder en tête leurs conseils et essayer de m’en inspirer dans mon travail», témoigne avec émerveillement Anis, un jeune étudiant en cinéma.

Kusturica: le général Maître incontesté du cinéma, Emir Kusturica raconte le mardi 8 décembre comment il a fait carrière par hasard dans le septième art, en renonçant à devenir le gangster qu’il aurait été sans le cinéma. L’audience a pu revoir quelques extraits de la filmographie du réalisateur serbe, agrémentés de ses commentaires : Papa part en voyage, Le Temps des Gitans, Arizona Dream et Underground… Tous des films où l’on retrouve un univers propre au cinéaste avec des chansons originales, des mariées, des dindons et un voyage assuré dans un univers qui paraît parallèle. Kusturica, par ailleurs musicien, explique que «l’arme la plus forte dans le cinéma, ce n’est pas ce que l’on voit, mais plutôt ce que l’on ne voit pas. C’est le sentiment que l’on crée grâce à la musicalité», enseigne-t-il. Pour Emir Kusturica, «rien n’est plus proche du monde militaire que le cinéma. C’est une sorte de dictature douce, c’est également une activité très narcissique». Le cinéaste confie qu’il ne laisse rien au hasard, il veut être maître de chacun des éléments du film, mais des lieux aussi : «à chaque fois que je quitte un décor je me demande si j’en ai bien exploité chaque angle, chaque recoin», affirme-t-il. Son conseil à un jeune étudiant ? «Je lui dirais que seules les histoires personnelles peuvent toucher le public».

Jim Jarmusch: le navigateur Un Jim Jarmusch souriant et détendu s’est à son tour entretenu avec JeanPierre Lavoignat le mercredi 9 décembre. «Il faut aller vers les choses que l’on ne contrôle pas», conseille le cinéaste américain. Jarmusch explique sa façon particulière de travailler: il ne planifie rien, même pas les scènes qui vont être filmées, et demande souvent à ses acteurs d’improviser afin de l’aider à améliorer le scénario. Il écrit à chaque fois un script, sans pour autant se sentir obligé de le suivre, et fait très souvent des changements à la dernière minute. L’auteur de Stranger than Paradise, Dead Man, et Ghost Dog raconte qu’il aime se définir comme le navigateur sur un bateau et non le capitaine. «Chaque personne sur un tournage est super importante. Je ne suis là que pour diriger le bateau», déclare avec humilité le réalisateur.

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