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Recherche Agronomique Suisse 2 0 1 3

|

N u m é r o

Agroscope | OFAG | HAFL | AGRIDEA | ETH Zürich

M a r s

Economie agricole   Série AlpFutur: Efficience économique des alpages suisses Page 108 Société

 Situation sociale de la population agricole en Suisse Page 132

Production végétale PRAMIG: un projet de développement pour ­mieux valoriser les prairies au sud des Alpes Page 138

3


Les pâturages d’alpage et d’estivage façonnent le paysage agricole suisse. Les changements é­ conomiques, politiques et s­ ociétaux en cours, ainsi que le changement climatique, modifient l’utilisation des régions d’estivage. Le programme de recherche AlpFUTUR est axé sur cette thématique. Dans ce numéro de Recherche Agronomique Suisse et dans les numéros suivants paraîtront des articles sur le projet transversal AlpFUTUR. (Photo: Gabriela Brändle, ART) Impressum Recherche Agronomique Suisse / Agrarforschung Schweiz est une publication des stations de recherche agronomique Agroscope et de leurs partenaires. Cette publication paraît en allemand et en français. Elle s’adresse aux scientifiques, spécialistes de la recherche et de l’industrie, enseignants, organisations de conseil et de vulgarisation, offices cantonaux et fédéraux, praticiens, politiciens et autres personnes intéressées. Editeur Agroscope Partenaires bA  groscope (stations de recherche Agroscope Changins-Wädenswil ACW; ­ Agroscope Liebefeld-Posieux et Haras national suisse ­ALP-Haras; Agroscope Reckenholz-Tänikon ART) b Office fédéral de l’agriculture OFAG, Berne b Haute école des sciences agronomiques forestières et alimentaires HAFL, Zollikofen b Centrale de vulgarisation AGRIDEA, Lausanne et Lindau b Ecole polytechnique fédérale de Zurich ETH Zürich, Département des Sciences des Systèmes de l'Environnement Rédaction Andrea Leuenberger-Minger, Recherche Agronomique Suisse / Agrarforschung Schweiz, Station de recherche Agroscope Liebefeld-Posieux ALP, Case postale 64, 1725 Posieux, Tél. +41 26 407 72 21, Fax +41 26 407 73 00, e-mail: info@rechercheagronomiquesuisse.ch Judith Auer, Recherche Agronomique Suisse / Agrarforschung Schweiz, Station de recherche Agroscope Changins-Wädenswil ACW, Case postale 1012, 1260 Nyon 1, e-mail: info@rechercheagronomiquesuisse.ch Team de rédaction Président: Jean-Philippe Mayor (Directeur général ACW), Sibylle Willi (ACW), Evelyne Fasnacht (ALP-Haras), Etel Keller-Doroszlai (ART), Karin Bovigny-Ackermann (OFAG), Beat Huber-Eicher (HAFL), Esther Weiss (AGRIDEA), Brigitte Dorn (ETH Zürich) Abonnements Tarifs Revue: CHF 61.–*, TVA et frais de port compris (étranger + CHF 20.– frais de port), en ligne: CHF 61.–* *Tarifs réduits voir: www.rechercheagronomiquesuisse.ch Adresse Nicole Boschung, Recherche Agronomique Suisse/Agrarforschung Schweiz, Station de recherche Agroscope Liebefeld-Posieux ALP, Case postale 64, 1725 Posieux, tél. +41 26 407 72 21, Fax +41 26 407 73 00, e-mail: info@rechercheagronomiquesuisse.ch Changement d'adresse e-mail: verkauf.zivil@bbl.admin.ch, Fax +41 31 325 50 58 Internet www.rechercheagronomiquesuisse.ch www.agrarforschungschweiz.ch ISSN infos ISSN 1663 – 7917 (imprimé) ISSN 1663 – 7925 (en ligne) Titre: Recherche Agronomique Suisse Titre abrégé: Rech. Agron. Suisse © Copyright Agroscope. Tous droits de reproduction et de traduction réservés. Toute reproduction ou traduction, partielle ou intégrale, doit faire l’objet d’un accord avec la rédaction.

Indexé: Web of Science, CAB Abstracts, AGRIS

Sommaire Mars 2013 | Numéro 3 107 Editorial 108

Economie agricole – Série AlpFutur

 fficience économique des E alpages suisses Thomas Blättler et al.

Economie agricole – Série AlpFutur ALPIS – Un concept pour un système 116 

d’information sur l’économie alpestre Bernadette Oehen, Ingrid Jahrl et Christine Rudmann Economie agricole Grandes cultures bio sans bétail: ­résultats 124 

après 12 ans sur la ferme pilote de Mapraz Josy Taramarcaz et Maurice Clerc Société Situation sociale de la population agricole 132

en Suisse Sigrid Haunberger Production végétale PRAMIG: un projet de développement 138 

pour ­mieux valoriser les prairies au sud des Alpes Emiliano Nucera et al. Eclairage Culture biologique d’orge de brasserie 146 

en zone de montagne: essais variétaux Peer Schilperoord et Padruot Fried Eclairage Foodle.ch – la plateforme suisse des den150

rées alimentaires et de l’alimentation Judit Valentini 153 Portrait 154 Actualités 159 Manifestations


Editorial

L’avenir des pâturages d’estivage en Suisse Chère lectrice, cher lecteur, Les montagnards et les randonneurs le savent: les pâturages d’estivage sont en train de changer. Cette approche émotionnelle et concrète, avec «le cœur et les yeux», est importante, au même titre que l’approche avec «la tête», par le biais d’études, de statistiques et de graphiques.

Urs Gantner, chef du secteur ­r echerche et vulgarisation, ­O ffice fédéral de l’agriculture OFAG

L’approche avec «le cœur et les yeux» L’ouvrage «Hirtenstock und Käsebrecher» (littéralement «bâton de berger et caillé de fromage») nous livre entre autres le témoignage suivant1: «Je suis simplement un ancien armailli qui aimerait revenir sur les alpages. Parce que ça fait du bien de mouiller sa chemise pour un travail utile, parce que c’est beau de travailler avec des animaux, dans un paysage qui vous rend pleinement heureux. Parce que cet endroit me touche au plus profond de mon cœur.» Il suffit de se promener dans les alpages par une belle journée d’été et d’admirer les somptueuses couleurs de la montagne pour mesurer tout ce que nous devons à ces bergers. L’approche avec «la tête»: le projet intégré AlpFUTUR Les pâturages d’alpage et d’estivage caractérisent d’autant plus le paysage cultivé de la Suisse qu’ils représentent un huitième du territoire national, soit un tiers de la surface utilisée à des fins agricoles. L’utilisation des régions d’estivage est en train de changer. Un phénomène qui est surtout dû à l’évolution des conditions-cadre économiques, politiques et sociétales, mais aussi aux changements climatiques. C’est donc tout naturellement que le programme de recherche AlpFUTUR a vu le jour en 2009. AlpFUTUR a été conçu sous la forme d’un projet intégré. En d’autres termes, des chercheurs issus de différents instituts et domaines ont travaillé ensemble avec le concours de praticiens tout au long du processus de recherche. Les divers sous-projets ont une valeur propre, tout en contribuant également à la synthèse des résultats, qui a permis d’avoir une vue d’ensemble. AlpFUTUR met l’accent sur les échanges réguliers de connaissances entre scientifiques et praticiens dans les domaines de l’agriculture et de la politique. Rien d’étonnant donc à ce que les résultats d’AlpFUTUR aient déjà été pris en considération dans le développement de la Politique agricole 2014 – 2017. Le projet AlpFUTUR est coordonné par Agroscope et l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage WSL. Il comprend 22 sous-­ projets, qui sont traités par 15 instituts axés sur la recherche et la pratique. AlpFUTUR est financé par des fondations, des cantons, des offices fédéraux et des fonds propres des instituts de recherche impliqués. Nous en profitons d’ailleurs pour remercier ici tous les bailleurs de fonds. Dans ce numéro de Recherche Agronomique Suisse ainsi que dans les prochains, différents articles présenteront les possibilités d’utilisation des régions d’estivage à l’avenir. Ces articles «AlpFUTUR» montreront la nécessité d’agir sur le plan politique et entrepreneurial tout en émettant des recommandations ad hoc. Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une agréable lecture, qui, je l’espère, vous ouvrira de nouveaux horizons.

«Hirtenstock und Käsebrecher, Älplerinnen und Älpler im Portrait», Giorgio Hösli et al., zalpverlag, 2010, p. 311. 1

Recherche Agronomique Suisse 4 (3): 107, 2013

107


E c o n o m i e

a g r i c o l e

Série AlpFUTUR

Efficience économique des alpages suisses Thomas Blättler, Bruno Durgiai, Didier Peguiron, Martin Raaflaub et Lucie Winckler Haute école des sciences agronomiques, forestières et alimentaires HAFL, 3052 Zollikofen, Suisse Renseignements: Bruno Durgiai, e-mail: Bruno.Durgiai@bfh.ch, tél. +41 31 910 21 45

Figure 1 | L’efficience économique des alpages suisses est très hétérogène. Elle dépend de la capacité de venir à bout des défis actuels avec des structures traditionnelles adaptées de manière ciblée. (Photo: HAFL)

Introduction Le projet «Economie alpestre» d’Alpfutur avait deux objectifs principaux: l’élaboration d’un glossaire et le développement d’un instrument de calcul pour les alpages. L’instrument de calcul «VokoAlp» sera brièvement présenté ci-après et, sur la base des premiers calculs effectués sur 18 alpages pilotes, les résultats et les réflexions sur la rentabilité économique des alpages suisse seront exposés. Etant donné que l’environnement futur réserve de grands défis à l’économie alpestre tradi-

108

Recherche Agronomique Suisse 4 (3): 108–115, 2013

tionnelle développée depuis des siècles, l’instrument «VokoAlp» n’a pas seulement été conçu pour l’analyse des exploitations d’alpages mais également pour le calcul de la mise en œuvre de planifications. Des simulations peuvent être effectuées afin de répondre à la question de l’influence sur la rentabilité économique de diverses modifications planifiées sur les catégories d’animaux estivés (par exemple vaches mères à la place de vaches laitières). Des exemples de calculs pour deux des 18 alpages pilotes seront finalement présentés.


Efficience économique des alpages suisses | Economie agricole

La collecte des données pour «VokoAlp» a été menée conjointement avec les différents acteurs actifs au niveau des alpages (personnel d’alpage, président de corporation, maître d’alpage, etc.) et s’est basée sur le processus de la chaîne de création de valeur selon Porter (1985). Finalement, les coûts et les prestations pour différents groupes d’intérêt tels que le personnel d’alpage, les exploitants, les consortages d’alpage et les autorités publiques (communes, cantons, Confédération) ont pu être calculés. Les coûts et les prestations pour chaque étape de la création de valeur ajoutée, par exemple la transformation du lait, peuvent ainsi être relevés et discutés aussi bien dans le contexte global de la chaîne de mise en valeur qu’individuellement. De plus, des planifications concrètes émergeant d’idées d’optimisation (par exemple transformer le lait au lieu de le vendre directement à l’alpage) peuvent être simulées mathématiquement et ainsi étoffer la base décisionnelle. Lors du choix des alpages pilotes pour les premiers calculs effectués avec «VokoAlp», une attention particulière a été portée afin que l’échantillon constitué soit typiquement représentatif de toutes les régions d’étude du projet AlpFutur (von Felten et al. 2012), de toute la diversité des combinaisons possibles de formes de propriétés et d’exploitation (Götter 2008) ainsi que de toutes les régions d’alpage suisses possibles. Toutefois, ou justement à cause de cela, aucune conclusion sur la rentabilité économique des alpages en Suisse n’a pu être tirée. En effet, en raison du faible nombre d’alpages et de la grande hétérogénéité de ces derniers, il a été jugé préférable de renoncer à présenter des chiffres moyens. Des tendances générales seront présentées sur la base des résultats individuels.

Résumé

Matériel et méthodes

Dans le cadre du projet «économie alpestre», l’instrument de calcul «VokoAlp», destiné à la collecte de données, à l’analyse et à la planification, a été développé par la HAFL. Cet instrument a été conçu pour permettre de déterminer l’efficience économique sur différents types d’alpages et selon différentes perspectives (personnel d’alpage ou exploitants). Les calculs effectués sur 18 alpages pilotes ont montré que les différences structurelles et organisationnelles au niveau des alpages conduisent à d’importantes disparités de revenus. Les alpages de grande taille sont économiquement plus rentables, aussi bien pour les exploitants que pour le personnel d’alpage. Ce dernier y accomplit une plus grande part du travail et réalise ainsi un revenu net du travail plus élevé que sur les alpages de petite taille. En moyenne, sur les 18 alpages pilotes, plus de deux tiers des prestations proviennent de la vente des produits, le reste des paiements directs. De manière générale, pour ces derniers, plus la part de la production laitière et du lait fromagé est importante, plus le revenu est élevé. Les simulations effectuées sur deux alpages confirment que la spécialisation est payante, en particulier si l’utilisation du potentiel de production laitière et fromagère est poussée à son maximum. L’importante plus-value du lait d’alpage rend la détention de vaches laitières – vis-à-vis de celle des vaches allaitantes – plus concurrentielle sur les alpages que sur les exploitations principales.

Structure de production des 18 alpages pilotes Les exploitations d’alpage évaluées ont des structures très différentes (tabl. 1). Le nombre de pâquier normaux se situe entre 20 et 154. La production laitière varie de 8000 à 150 000 kg et 0 à 100 % de cette dernière est fromagée. La durée d’estivage oscille entre 65 et 130 jours. Sur les deux plus petits alpages du point de vue des pâquier normaux, la moitié des animaux estivés sont des génisses, tandis que sur 6 exploitations d’alpage, plus de 80% des animaux estivés sont des vaches laitières. La plus grande quantité de lait produite par pâquier normal s’élève à 1711kg sur l’alpage ayant la part maximale de vaches laitières et la plus longue durée d’estivage,  soit 120 jours de traite (tabl. 1).

Recherche Agronomique Suisse 4 (3): 108–115, 2013

109


Economie agricole | Efficience économique des alpages suisses

Dont lait transformé

Fromage produit

Lait produit par PN

Lait produit par animal laitier

Lait produit par jour d'estivage

Lait produit par jour et animal laitier

Travail fourni

kg

%

kg

kg / PN

kg / UGB

kg / jour

kg / jour

hMO

20

61 %

65

7850

0 %

387

413

121

8,7

712

25

42 %

65

9674

100 %

967

395

605

149

10,7

1080

29

100 %

130

35 546

26 %

930

1243

1616

273

12,4

1441

11

hMO / jour

hMO / PN

hMO / PN

kg lait par hMO

11

35

16

11

17

44

13

9

50

50

25 19

31

85 %

84

34 891

100 %

3323

1138

1126

415

14,8

1872

22

61

61

43

0 %

100

27 500

100 %

2200

640

158

275

2,1

2291

23

53

29

12

51

79 %

88

50 000

100 %

5000

980

1087

568

12,4

2772

32

54

10

18

52

47 %

82

23 600

97%

2190

454

787

288

10,5

1574

19

30

30

15

53

57 %

121

37 070

43 %

1500

705

2059

306

17,2

1804

15

34

34

21

67

100 %

120

115 000

96 %

9500

1711

2054

958

17,1

2893

24

43

18

40

78

42 %

110

41 139

99%

4073

529

1371

374

12,5

3438

31

44

15

12

95

84 %

96

88 362

87 %

7662

934

1065

920

11,1

4046

42

43

3

22

101

45 %

90

41 680

100 %

3738

413

834

463

9,3

3473

39

34

3

12

101

49 %

110

50 000

100 %

4800

495

1111

455

10,1

3615

33

36

3

14

105

94 %

120

120 000

100 %

10 800

1143

1463

889

12,2

3990

30

38

9

30

107

100 %

94

89 000

100 %

8010

832

832

947

8,8

3897

41

36

6

23

146

69 %

104

88 654

62 %

5450

609

923

852

10,6

4154

40

29

4

21

146

39 %

100

56 907

0 %

388

998

474

10,0

2110

18

14

2

27

154

49 %

105

86 846

114 %

10 000

563

1206

827

15,7

5447

52

35

9

16

La quantité de lait produite par vache et par saison varie entre 400 et 1700 kg; elle dépend de la durée de l’estivage, du potentiel de production laitière des pâturages ainsi que des conditions spécifiques des vaches laitières (potentiel de performance laitière et stade de lactation). Lorsque la quantité de lait produite par jour et par animal augmente, les bases techniques de production et l’exploitation des pâturages sont meilleures; ainsi, plus d’animaux restent en lactation durant la période d’estivage. Economie du travail des 18 alpages pilotes: chiffres clé Le temps de travail sur les petits alpages augmente de façon constante en fonction du nombre croissant de pâquiers normaux. Dès environ 80 pâquiers normaux estivés, il n’apparaît plus aucune relation entre le nombre de pâquier normaux et le travail fourni (tabl. 1). Au niveau du temps de travail par jour d’estivage, les exploitations d’alpage de petite taille ayant une seule unité de main d’œuvre peinent à venir à bout elles-

110

Productivité du travail

Lait produit

jours

Travail par PN (seulement exploitants)

Jours d'estivage (animaux laitiers)

%

Travail par PN

Part des vaches laitières

PN

Travail fourni par jour d'estivage

Pâquiers normaux estivés

Tableau 1 | Chiffres clés relatifs à la structure, à la production laitière et à l’économie du travail des 18 alpages pilotes (l'alpage ayant 43 pâquiers normaux est un alpage pour les chèvres)

Recherche Agronomique Suisse 4 (3): 108–115, 2013

mêmes du travail. Souvent, ces petites exploitations sont gérées en famille, parallèlement à l’exploitation principale. Dans certains cas, un travailleur est employé et de nombreux travaux (clôturer, hivernage, soins aux prairies, etc.) sont effectuées par les exploitants. Le temps de travail journalier augmente avec la taille de l’exploitation d’alpage. Par pâquier normal, le temps de travail journalier régresse avec l’augmentation du nombre d’animaux estivé, toutefois de façon moins prononcée pour les alpages avec plus de 100  pâquiers normaux. Dès 67 pâquiers normaux, la part du travail des exploitants est nettement inférieure (tabl. 1). Une relation entre la productivité du travail (kg de lait produit par heure de travail) et le nombre de pâquiers normaux n’a pas pu être constatée dans notre échantillon, en raison des différentes proportions de vaches laitières présentes sur les alpages étudiés. En revanche, la productivité du travail s’accroît avec l’augmentation de la proportion de vache laitière par pâquier normal.


Efficience économique des alpages suisses | Economie agricole

4,50

4,00

3,50

CHF par kg de lait

3,00

2,50

2,00

1,50

1,00

0,50

0 20

25

29

31

43

51

52

53

67

78

95

101

101

105

107

146

146

154

Pâquiers normaux (PN) estivés Paiements direct

Prestations estimées de l‘accroissement

Prestations des produits

Coûts de structure calculés

Coûts réels de structure

Coûts spécifiques

Figure 2 | Coûts (colonne de gauche; coûts spécifiques = charges directement attribuables, charges calculées = prétention de salaire et ­i ntérêt calculé) et prestations (colonne de droite) au niveau de l’exploitant de l’alpage en CHF/kg de lait sur les 18 alpages pilotes étudiés, ­o rdonnés de façon croissante en fonction du nombre de pâquiers normaux.

Calcul des coûts La figure 2 présente, dans l’ordre croissant du nombre de pâquiers normaux, pour les 18 alpages pilotes étudiés, les coûts (colonne de gauche) et les prestations (colonne de droite) par kilogramme de lait, du point de vue de l’exploitant. D’importants écarts se remarquent clairement, ce qui n’est pas étonnant au vu de la grande hétérogénéité des alpages. La figure 3 montre que les grands alpages ont des coûts de personnel par pâquier normal plus élevés. Cela vient du fait qu’ils transfèrent plus de travail à des employés rétribués. Le revenu par pâquier normal est réduit en conséquence. Inversement, un nombre plus faible d’heures de travail des exploitants doit être rétribué avec le revenu restant, ce qui augmente à nouveau le revenu par heure de travail. Les exploitations d’alpage ayant des vaches laitières mais sans ou avec une faible production fromagère ont tendance à dégager un revenu plus faible que les exploitations avec une production fromagère

élevée par pâquier normal. La transformation du lait en fromage contribue sensiblement à la création de valeur issue du lait et ainsi à un revenu élevé. Les paiements directs ont également une influence importante sur le revenu, ils en représentent en moyenne environ deux tiers. Calculs de planification pour un petit alpage Un alpage de 25 pâquiers normaux, utilisé de manière extensive et tardivement au cours de la saison, a été assaini dans les années 1990: construction d’une voie d’accès, de nouveaux bâtiments d’alpage et d’une petite fromagerie. Actuellement, 15 vaches en lactation, 5 vaches taries et 45 génisses y sont estivées. Du point de vue de la production fourragère, le potentiel de production laitière n’est ainsi pas utilisé de manière optimale. Ce qui est aussi le cas pour les installations et les capacités de travail des employés d’alpage. Une plus grande quantité de fromage pourrait donc être produite. En conséquence, les exploitants de cet 

Recherche Agronomique Suisse 4 (3): 108–115, 2013

111


Economie agricole | Efficience économique des alpages suisses

1800 1600 1400

CHF par PN

1200 1000 800 600 400 200

154

146

146

107

105

101

101

95

78

67

53

52

51

43

31

29

25

20

0 Pâquiers normaux (PN) estivés Revenu / PN

Coûts de personnel / PN

Figure 3 | Revenu (colonne de gauche, bleu) et coûts du personnel (colonne de droite, jaune) en CHF par pâquier normal, ordonnés en fonction du nombre de pâquiers normaux selon un ordre croissant.

alpage réalisent un revenu par pâquier normal de CHF  164.– inférieur à la moyenne des exploitations étudiées. (fig. 4). En renonçant à la transformation du lait et en estivant uniquement du jeune bétail, il serait alors possible d’économiser une unité de main d’œuvre. Les agriculteurs devraient alors eux-mêmes effectuer le contrôle régulier des animaux. Grâce aux paiements directs, les coûts réels peuvent également être couverts dans cette variante. Le revenu s’élèverait alors à environ CHF 11 300.–, mais ceci en ayant inclus l’accroissement des animaux, soit un peu plus que dans la situation initiale. La spécialisation apporte donc une légère amélioration de la rentabilité économique compte tenu de l’accroissement des animaux. En raison des rondes de contrôle devant être effectuées plus fréquemment sur l’alpage et des trajets supplémentaires que cela engendre, les exploitants devront effectuer environ 100 heures de travail supplémentaires par estivage (fig. 4). Dans la variante avec optimisation de la production laitière et fromagère, les calculs ont été effectués avec 20 vaches laitières ayant vêlé entre novembre et février (niveau de performance laitière: 6000 kg / vache / an). Le nombre de génisses et la répartition des pâturages effectués jusqu’ici ont pu être maintenus. Pour la transformation du lait supplémentaire, des investissements à hauteur de CHF 17 000.– ainsi qu’une augmentation de salaire de 30 % pour le personnel ont été pris en compte.

112

Recherche Agronomique Suisse 4 (3): 108–115, 2013

Le revenu après optimisation de la transformation du lait s’élève à CHF 13 600 et à CHF 19 000.– le produit sur l’accroissement inclus. Les deux variantes de planification calculées sont donc économiquement plus rentables que la combinaison actuelle avec transformation du lait et jeune bétail. Avec la spécialisation dans l’estivage du jeune bétail, bien que le revenu issu de l’exploitation de l’alpage puisse être amélioré, la charge en travail augmente aussi sur l’exploitation de base durant l’été car les vaches laitières doivent y être détenues. L’optimisation de la transformation du lait serait la solution la plus intéressante économiquement, mais présuppose également des investissements supplémentaires, de nouveaux clients pour l’écoulement des fromages, et du personnel d’alpage motivé et qualifié. Calcul de planification pour un grand alpage Cet alpage de 101 pâquiers normaux était autrefois utilisé avec des vaches laitières et des animaux d’élevage. Durant les 20 dernières années, différentes exploitations prenant part à l’estivage sur cet alpage ont arrêté la production laitière et se sont lancées dans l’élevage de vaches allaitantes. Actuellement, 45 vaches laitières et 65 vaches allaitantes y sont estivées. Les infrastructures sont prévues pour que la production laitière et la transformation du lait soient efficientes. Avec une traite mobile à 3 postes de traite, les pâturages peuvent être utilisés de manière optimale, le personnel d’alpage


Efficience économique des alpages suisses | Economie agricole

800

60

700

50

hMO par PN

500

30

400 300

20

200 10

100

0 Situation initiale

jeune bétail

0

Revenu par PN (CHF)

600 40

hMO des exploitants hMO du personnel Revenu avec l‘accroissement Revenu sans l‘accroissement

prod. lait

Figure 4 | Les heures de travail des propriétaires et du personnel ainsi que le revenu avec et sans l'accroissement des animaux, dans la situation initiale et dans les 2 variantes planifiées.

transforme environ 50 000 kg de lait en fromage d’alpage haut de gamme à l’aide d’une cuve à fromage de 800 kg. Sur l’alpage, trois personnes sont employées, y compris pour la garde des vaches allaitantes. Les produits de la vente du fromage couvrent presque intégralement l’ensemble des coûts. En tenant compte de l’accroissement estimé des veaux des vaches allaitantes, un revenu de presque CHF 700.– par pâquier normal peut être dégagé. En estivant uniquement des vaches allaitantes, les coûts de la main d’œuvre salariée pourraient être réduits d’un tiers et le temps de travail des exploitants diminué pratiquement de moitié (fig. 5). Avec la suppression de la vente des fromages, les recettes diminuent également massivement. L’accroissement supplémentaire des animaux ne permet pas de compenser la perte de revenu. Ainsi, le revenu par pâquier normal se réduit fortement pour atteindre CHF 400.–. Les exploitations de base devraient donc compenser CHF 300.– par pâquier normal grâce au temps de travail ainsi économisé, ce qui ne devrait pas être facile au vu de l’importance du revenu du travail sur l’alpage. A l’inverse, un passage complet aux vache laitières nécessiterait, pour des raisons techniques d’utilisation des pâturages, de devoir tarir environ la moitié des animaux dès la mi-été; ceci afin de pouvoir pâturer les prairies les plus éloignées avec les vaches taries et de pouvoir ainsi conserver celles facilement atteignables pour la production laitière. Dans ce contexte, le personnel

serait bien plus sollicité dans la mesure où, avec la cuve de fabrication actuelle, il faudrait fromager deux fois par jour durant la première moitié de l’été. Dans le programme «VokoAlp», ceci a donc été simulé de manière correspondante au niveau du bilan du temps de travail et des coûts de main d’œuvre. L’augmentation de la charge de travail des exploitants entraîne des revenus supplémentaires dans la vente des fromages. Dès lors que la demande correspondante existe, cette variante permet d’augmenter le revenu par pâquier normal de CHF 700.– actuellement à plus de CHF  900.– (fig. 5). Pour les exploitations participant à l’alpage, cette amélioration du revenu peut représenter individuellement jusqu’à CHF 10 000.–! Sur l’alpage, il est ainsi possible de générer sensiblement plus de revenu avec proportionnellement peu de charge supplémentaire de travail, à l’inverse de ce que la situation de l’exploitation de base permettrait. Cet exemple montre de façon saisissante comment des exploitations d’alpage conduites de manière efficiente peuvent fournir une contribution essentielle au revenu des exploitations de base. La transformation du lait peut donc améliorer de façon significative la valeur ajoutée, à condition toutefois de disposer de personnel qualifié et d’avoir suffisamment de potentiel d’écoulement du fromage à des prix élevés. Tout comme sur les exploitations de base, la détention de vaches allaitantes sur l’alpage permet de réduire le temps de travail effectif par rapport à la production 

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Economie agricole | Efficience économique des alpages suisses

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900 800

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hMO par PN

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5 0

Revenu par PN (Fr.)

700

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100 Situation initiale

vaches allaitantes

vaches laitières

0

hMO des exploitants hMO du personnel Revenu avec l'accroissement Revenu sans l'accroissement

Figure 5 | Les heures de travail des propriétaires et du personnel ainsi que le revenu avec et sans l'accroissement des animaux, dans la situation initiale et dans les 2 variantes planifiées avec uniquement des vaches allaitantes ou uniquement des vaches laitière.

laitière; mais pour l’exploitant, la perte de revenu est cependant plus élevée que les frais de main d’œuvre ainsi économisés. La tendance générale en zone de montagne à s’éloigner de la production laitière pour la production de viande a des conséquences sur les revenus générés par l’agriculture elle-même; durant la période d’estivage, les exploitations d’alpage avec production laitière et transformation du lait génèrent deux à trois fois plus de revenus que celles avec des vaches allaitantes! Le rapport entre les paiements directs générés et les revenus réalisés est lui aussi intéressant. En effet, dans cet exemple, en détenant uniquement des vaches allaitantes, l’exploitant perçoit CHF 1,20 de revenu pour l’exploitation de l’alpage pour CHF 1.– de paiement direct touché, alors que pour ce même franc de paiement direct, il touche CHF 1,70 de revenu avec la variante initiale et plus de CHF 2.– en détenant uniquement des vaches laitières.

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Sur cet alpage, l’effet du revenu des paiements directs dans la production laitière et la transformation du lait est ainsi sensiblement meilleur que dans la détention de vaches allaitantes et probablement aussi plus élevé que l’efficience générale du revenu des paiements directs en n zone de montagne.

www.alpfutur.ch


Economia dell’alpeggio in Svizzera Nell’ambito del progetto AlpWirtschaft la HAFL ha concepito lo strumento di calcolo, VokoAlp, per la raccolta, analisi di dati e la pianificazione in modo d’eseguire studi sulla sostenibilità economica di diversi tipi di alpeggio partendo sulla base di diversi livelli (ad esempio dal personale, dai gestori). I calcoli effettuati su 18 alpeggi pilota mostrano che, a dipendenza della conduzione vi sono grandi differenze di reddito. Le alpi più grandi tendono ad essere in generale più economiche sia per i gestori, sia per il personale che svolgendo la gran parte del lavoro raggiunge il maggior utile netto rispetto ai più piccoli. Mediamente sui 18 alpeggi pilota, due terzi delle prestazioni sono realizzate attraverso la vendita di prodotti e il resto proviene dai pagamenti diretti. Laddove la produzione e la trasformazione del latte è più importante, anche il reddito è migliore. Simulazioni per due alpeggi confermano la convenienza della loro specializzazione è conveniente. Soprattutto lo sfruttamento del potenziale di produzione e trasformazione del latte è economicamente interessante. L’alto valore aggiunto del latte alpestre fa si che le vacche lattifere all’alpeggio siano più produttive, rispetto alle vacche nutrici tenute in azienda.

Summary

Riassunto

Efficience économique des alpages suisses | Economie agricole

Economic efficiency of seasonal used mountain pasture farms in Switzerland In the project AlpWirtschaft the application VokoAlp was developed for compiling and analyzing data and for budgetary accounting. Cost-­ efficiency studies for 18 typical Swiss alpine summer farming units were done for different levels (staff, farmers). Large differences in income between different alpine pasture farms were found. The larger alpine farms were more profitable with higher net incomes; both, at the level of individual farmers and of the management unit. The income generated by products (milk, cheese, butter etc.) represented approximately two-thirds of the entire income; the rest of the income came from subsidies. The more milk produced and processed per cow, the higher was the income. Simulations for two alpine pasture farms show that specializing is profitable. Using the potentials of producing and processing is very profitable. The relative competiveness of dairy production and processing in alpine pasture farms is better than in the home farms, where suckler cows, heifers or calves are kept, due to the high value added in the dairy operation in alpine summer pastures. Key words: alpine summer farming, cost-efficiency, dairy production and processing, value added in the dairy operation.

Bibliographie ▪▪ Götter J., 2008. Verfügungsrechte und Wirtschaftsweisen in Alpbetrieben Graubündens. Stärken und Schwächen unterschiedlicher Eigentumsund Organisationsformen. Diplomarbeit im Studiengang Landschafts­ ökologie und Naturschutz am Institut für Botanik und Landschaftsöko­ logie, Universität Greifswald. ▪▪ Porter M. E., 1985. Competitive advantage. Creating and sustaining ­superior performance, Free Press New York. ▪▪ Von Felten S., Fischer M. & Lauber S., 2012. Economie alpestre en Suisse: enquêtes sur la situation et le choix des exploitations d’estivage. Recherche Agronomique Suisse 3 (4), 186–193.

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E c o n o m i e

a g r i c o l e

Série AlpFUTUR

ALPIS – un concept pour un système d’information sur l’économie alpestre Bernadette Oehen1, Ingrid Jahrl1 et Christine Rudmann2 1 Institut de recherche de l'agriculture biologique FiBL, 5070 Frick, Suisse 2 Strickhof, 8315 Lindau, Suisse En collaboration avec le groupe de travail ALPIS, nommément Manfred Tschumi, OFAG Rudolf Bucher et Walter Marchion, Office de l’agriculture et géoinformation du canton des Grisons ALG Heinz Aebersold, Société Suisse d’Economie Alpestre – SAV Renseignements: Bernadette Oehen, e-mail: bernadette.oehen@fibl.org, tél. +41 62 865 72 72

En Suisse, les données dont on dispose sur les régions d’estivage et sur l’économie alpestre sont périmées, incomplètes et en partie imprécises. Le nouveau système sur l’économie alpestre «ALPIS» devrait permettre de combler ces lacunes. Il sert de base à une exploitation durable du réseau d’habitats sensibles que représentent les Alpes et le Jura et rendra visibles les prestations des régions d’estivage.

Introduction Les régions d’estivage marquent l’image de la Suisse dans le pays et à l’étranger. Ces herbages des régions de montagne utilisés par des vaches, des moutons et des chèvres, représentent un tiers de la surface agricole utile de la Suisse et forment un réseau d’habitats caractérisés par une grande biodiversité. Plus de 100 000 vaches laitières, 33 000 vaches mères, 100 000 génisses et 25 000 moutons ont été estivés dans ces régions en 2011 sur 7139 exploitations et 0,1 mio t de lait y ont été produites (OFAG 2012).

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La diversité des régions d’estivage, qu’une utilisation adaptée permet de conserver, est soumise aux intérêts souvent divergents de la politique, de l’agriculture, de la foresterie, du tourisme, des transports ou de la production d’énergie, ce qui la rend vulnérable. Des concepts solides d’exploitation durable ne peuvent être développés dans un contexte qui évolue rapidement que si on connaît suffisamment bien la situation, le type, la grandeur et l’utilisation actuelle des alpages. Vu que les contributions d’estivage sont payées par pâquier normal ou par unité de gros bétail consommant


des fourrages grossiers (UGBFG), il n’y avait jusqu’ici pas de besoin urgent d’effectuer un inventaire exact des surfaces des régions d’estivage. Pour obtenir des informations sur les régions d’estivage, on utilise aujourd’hui encore la statistiques de la superficie (BfS 2005) ou le cadastre alpestre de Werthemann/Imboden (1982), qui se base sur les données des années 1950 à 1970. Ces sources de données sont imprécises, surtout en ce qui concerne la situation, la taille et le type d’utilisation des surfaces utilisées pour l’économie alpestre (Lauber et al. 2008); en effet, depuis le recensement de ces données, la surface des forêts s’est agrandie dans les régions d’estivage (OFS 2012) et des alpages ont été abandonnés, tandis que d’autres alpages intensifiaient leur production et investissaient dans de nouvelles infrastructures. Un concept a donc été développé dans le cadre du projet intégré AlpFUTUR pour concevoir un cadastre alpestre suisse «moderne» sous forme d’un «système d’information sur l’économie alpestre – ALPIS». Les objectifs principaux étaient les suivants: ••obtenir une vue d’ensemble nationale en identifiant quelles données sur les régions d’estivages existent et où (niveau cantonal, niveau fédéral, organisations privées) et quelles bases légales existent pour le recensement des données, ••déterminer les données qui doivent être rassemblées (ensemble minimal de données) dans le futur nouveau système suisse d’informations sur l’économie alpestre.

Méthode et résultats Méthode pour l’élaboration d’ALPIS Le projet ALPIS a permis d’ouvrir une discussion structurée sur le renouvellement complet et la poursuite du développement du Cadastre alpestre suisse. L’élaboration d’ALPIS s’est faite selon une approche participative pour pouvoir tenir compte des exigences des cantons, de la Confédération et de l’économie alpestre, et pour bénéficier des connaissances actuelles des différents acteurs. L’intégration précoce des services concernés était importante pour que l’élaboration du concept d’ALPIS bénéficie d’un large soutien lui permettant ensuite de passer en phase de réalisation. Le concept du futur nouveau cadastre alpestre a été élaboré lors de cinq ateliers réunissant des représentants1 de la Confédération, des cantons et de l’économie 

Résumé

ALPIS – un concept pour un système d’information sur l’économie alpestre | Economie agricole

L’économie alpestre est en constante mutation: les développements de la politique régionale et les considérations environnementales sont confrontés à des exigences de rentabilité et d’exploitation efficiente. Par manque de données récentes, les décisions d’économie alpestre se basent dans de nombreux cantons sur des cadastres alpestres datant des années 1950 à 1970. Bien que ces données soient depuis longtemps considérées comme insuffisantes et incomplètes, les tentatives de mettre à jour le cadastre alpestre pour la Suisse entière ont échoué. La réactualisation complète du cadastre alpestre n’est en cours que depuis le lancement du projet AlpFUTUR. Pendant l’élaboration du concept pour un nouveau cadastre alpestre suisse qui prendrait la forme d’un système d’information sur l’économie alpestre nommé ALPIS, nous avons constaté que la révision complète du cadastre alpestre suisse était possible et souhaitée aussi bien par des représentants de l’économie alpestre que des autorités cantonales. La réalisation sera favorisée par l’application en cours de la Loi sur la géoinformation, qui va provoquer le recensement et l’entretien d’une vaste palette de géoinformations. ALPIS doit cependant non seulement fournir des données spatiales sur l’utilisation agricole des régions d’estivage, mais aussi relier ces données avec des informations sur la productivité des pâturages alpins, les dessertes, la commercialisation des produits ou encore les possibilités d’hébergement et de restauration. ALPIS contribuera donc à rendre visibles les prestations des régions d’estivage.

Le groupe de travail ALPIS comprenait des représentants de l’Office fédéral de l’agriculture OFAG, de l’Office fédéral de l’environnement OFEV, de l’économie alpestre (Société suisse d’économie alpestre SSEA et Alporama), ainsi que des représentants des cantons AR, BE, GL, GR, LU, NE, NW, OW, SG, SZ, TI, UR, VS.

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Economie agricole | ALPIS – un concept pour un système d’information sur l’économie alpestre

Figure 1 | Le système d’information d’ALPIS a été élaboré au cours de cinq ateliers qui ont réuni des représentant-e-s de la Confédération, des cantons et de l’économie alpestre. Une approche participative a été choisie pour mettre au point ce concept, afin d’y intégrer les connaissances disponibles et les besoins des autorités et des associations. Car ALPIS doit être à la fois une aide à l’exécution et soutenir l’économie alpestre.

alpestre. Les recherches de l’équipe du projet et des enquêtes effectuées auprès des cantons ont aussi fourni des inputs supplémentaires pour le développement du concept. Etat actuel des données dans les régions d’estivage Les enquêtes sur la récolte des données effectuées auprès des cantons ont révélé que la Suisse dispose de plus de données sur les régions d’estivage et sur l’esti-

vage lui-même que ce à quoi on s’attendait. Tous les cantons recensent l’effectif des troupeaux pendant l’année de paiement des contributions d’estivage («année de contributions») ainsi que les contributions d’estivage effectivement payées. Certains cantons actualisent leur cadastre alpin et d’autres recensent aussi électroniquement les surfaces des alpages et des pâturages (tabl. 1). Certains cantons (Grisons, Nidwald et Valais) donnent ainsi la priorité à la simplification et à l’amélioration de

Tableau 1 | État du renouvellement du cadastre alpin (depuis 1995) et de la numérisation des surfaces d’estivage (périmètres des alpages, pâturages) dans les différents cantons (état octobre 2011). Le canton BS manque parce qu’il n’a pas de surfaces d’estivage. Les bêtes du canton de Bâle-Ville sont estivées dans d’autres cantons. État du cadastre alpestre – Précision de la numérisation

Renouvellement du cadastre papier depuis 1995

Périmètre des alpages

Surface des pâturages

Surfaces cantonales de protection de la nature1

Autres relevés des ­surfaces

Pas de relevé des surfaces des alpages

AI, AR, BE, FR, SG, LU, TI

AR, AI, GR, LU, NE, SG, UR

AR, AI, GL, GR, LU, SO, TI (seulement si plans de gestion)

AR, AI, BE, LU, NE, NW, SZ, SO, SG, TI, OW, GR, FR (si plans de gestion)

NE: surfaces fertilisables; LU: prairies à foin; OW: surfaces avec restrictions d’exploitation

AG, BE, BL, OW, NW, SZ, ZG, SH, FR, VS, VD, GE, JU

Il s’agit ici des inventaires cantonaux, des données cantonales et des surfaces sous contrat LPN.

1

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ALPIS – un concept pour un système d’information sur l’économie alpestre | Economie agricole

l’exécution de l’Ordonnance sur les contributions d’estivage, tandis que les cantons du Tessin, de St-Gall et de Lucerne ont lié les données cadastrales à des informations sur l’économie alpestre et à des données sur les prestations fournies dans les alpages, récoltant ainsi beaucoup plus d’informations qu’il n’est d’usage pour un cadastre. Les cantons de St-Gall (Hobbi 2001) et de Lucerne (Hofstetter et al. 2005) ont géoréférencé les surfaces des alpages et mettent ces données à disposition du public via leur application cantonale WebGis. Ils créent ainsi une plateforme publicitaire et d’information pour l’économie alpestre. Le dépouillement national de ces données continue cependant d’être problématique puisque la moitié des cantons qui ont des surfaces d’estivage n’accordent aucune priorité à l’actualisation des données sur l’économie alpestre. Dans les cantons qui ont relevé le périmètre des alpages, la délimitation entre les surfaces productives et improductives de haute montagne n’a pas suivi partout les mêmes règles, ou alors c’est la surface et non le périmètre des alpages qui a été relevée (tabl. 1). Cela provoque au niveau national non seulement des lacunes d’information, mais aussi la présence d’une multitude de systèmes cantonaux différents, incompatibles entre eux et dont les données ne peuvent pas être comparées. En outre, toutes les données relevées par les cantons ne sont pas archivées, ce qui rend impossible l’établissement de séries chronologiques. Tous les cantons manquent de données sur la productivité et la rentabilité des pâturages alpins. Le concept ALPIS Le groupe de travail considère que la saisie des surfaces des alpages est importante mais que les données doivent être à disposition des politiques, de la Confédération, des cantons et des privés pour faire des évaluations et prendre des décisions. L’enregistrement des surfaces n’apportera une plus-value pour l’économie alpestre que s’il est relié par ALPIS à des données sur leur utilisation et sur les dessertes, les offres touristiques et la commercialisation des produits des alpages. Pour la réalisation, il faut avoir une base de données ALPIS qui recense, enregistre, administre et met en valeur les informations issues de l’application de la législation. Elle devrait comporter une partie principale et une partie complémentaire2. La partie principale comprend un ensemble minimal de données recensées régulièrement par tous les cantons. Cet ensemble minimal de données est complété par des données reposant sur une base légale mais pas pré-

sente dans toute la Suisse. En font partie les plans de gestion ainsi que les informations sur les améliorations foncières et structurelles. Ces données de la partie principale proviennent des bases de données actuelles des offices fédéraux, des cantons et des communes. La partie complémentaire comprendra essentiellement des données enregistrées par les cantons dont la publication est soumise à l’autorisation des exploitants ou des propriétaires des alpages ou dont les cantons pensent que le recensement engendrerait des frais très importants. En font partie les dessertes des alpages, les dates de montée et de descente à l’alpage, les données sur l’approvisionnement en eau pour les animaux, les données sur l’équipement des bâtiments des alpages. Il faut donc s’attendre à ce que ces données ne soient pas disponibles dans toute la Suisse. ALPIS peut donc devenir un portail qui permettrait aux alpages de faire de la publicité pour leurs produits et prestations, qui mettrait à disposition des informations importantes pour le personnel des alpages ou qui rassemblerait des données sur les possibilités d’hébergement et de restauration pour les randonneurs. Les nouveaux cadastres des cantons de St-Gall et de Lucerne, ou encore le site internet «alporama», vont dans cette direction. L’ensemble de données d’ALPIS Au centre d’ALPIS se trouve un ensemble minimal de données qui contient essentiellement des indications provenant de l’exécution de l’Ordonnance sur les contributions d’estivage (OCEst, RS 910.133) par les cantons. Ces données sont reliées avec celles de la Banque de données sur le trafic des animaux BDTA (déplacements des animaux, situation des stabulations), celles de la banque de données BDLait (quantités de lait) et avec celles des surfaces inventoriées et sous contrat selon la Loi sur la protection de la nature et du paysage (LPN) disponibles auprès de l’OFEV et des cantons. Le périmètre des alpages, qui décrit la surface faisant partie d’un alpage et qui n’existe pas encore dans tous les cantons qui ont des surfaces d’estivage, est un nouvel élément important de cet ensemble minimal de données (tabl. 1). La délimitation entre les surfaces productives et improductives n’a pas suivi partout les mêmes règles dans les cantons qui ont déjà relevé les périmètres des alpages. Il est donc nécessaire d’élaborer une définition pour la délimitation entre les surfaces productives et improductives (rochers, éboulis) de haute montagne afin que tous 

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Le concept d’ALPIS parle de partie obligatoire et de partie facultative.

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Economie agricole | ALPIS – un concept pour un système d’information sur l’économie alpestre

Nordöstlic

alpen Westliche Hochalpen

he tli c Ös

Surfaces alpages 2009 Structure de propriété

Alpages privés Alpages de communautés agricoles

lpen cha Ho d d -Sü Alpe nost ran

alpen Westliche Hochalpen

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Bio

Non bio

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Alpages communautaires Autres pâturages alpins

Nordöstlic

Surfaces alpages 2009 Exploitations biologique

he Kalkalpen

Source: Quelle: INVEKOS 2009 Kartographie: Philipp Gmeiner, © BABF 05/2010 Cartographie: 0

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t s Ö  N

Quelle: INVEKOS 2009 Source: Cartographie: Kartographie: Philipp Gmeiner, © BABF 05/2010 0

25

50

Figure 2 | Exemple de représentation de l’économie alpestre réalisée en Autriche sur la base des données d’IVEKOS. En haut, la structure de ­p ropriété ­d es alpages; en bas, la répartition des alpages certifiés conformes aux exigences de l’Ordonnance bio de l’UE.

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100 km


ALPIS – un concept pour un système d’information sur l’économie alpestre | Economie agricole

les cantons qui n’ont pas encore relevé les périmètres des alpages lors de la réalisation d’ALPIS puissent le faire correctement. Comme mentionné précédemment, certains cantons disposent déjà aujourd’hui de plus de données sur l’économie alpestre que ce qui serait nécessaire pour l’application de l’OCEst. Il y a des données concernant les exploitants des alpages, les dessertes, l’infrastructure, le nombre de tas de fumier et sur la situation des bâtiments des alpages, ou encore des données sur les apports d’engrais produits hors des alpages. Les bases de données existantes peuvent servir de modèles aux cantons qui aimeraient encore récolter ces informations, garantissant ainsi que ces dernières pourront être introduites sans problèmes dans la banque de données centrale. Bases légales pour transférer les données dans ALPIS Le paiement des contributions d’estivage n’étant actuellement pas directement lié à la surface ou à la productivité mais à ce qu’on appelle les pâquiers normaux, il manquait jusqu’à peu une base légale claire pour un relevé détaillé des surfaces dans les régions d’estivage. Cette lacune est comblée par la Loi sur la géoinformation (LGéo, RS 510.62), qui doit permettre une large utilisation des informations géographiques par les autorités, l’économie, la société et la science. L’Ordonnance sur la géoinformation (OGéo, RS 510.620) stipule que les services de la Confédération définissent avec la collaboration des cantons des modèles de géodonnées minimaux. Le modèle de géodonnées «Surface agricole utile», qui doit être réalisé d’ici 2017, prévoit le relevé des périmètres des alpages des régions d’estivage (OFAG 2011). Un modèle de géodonnées «Infrastructures», qui recensera les dessertes, le nombre de bâtiments et les investissements dans l’amélioration des infrastructures, est aussi en cours d’élaboration. Les bases légales permettant le recensement des surfaces dans les régions d’estivage existent presque partout. La partie complémentaire d’ALPIS doit permettre de relier ces recensements des surfaces à des informations sur les exploitants, les prestations et les produits. Il faut une autorisation explicite de l’exploitant pour que ces informations puissent être rendues publiques. Font exception les informations sur les propriétaires des alpages, car elles peuvent être transmises à des tiers sur la base de la réglementation spéciale des registres fonciers. Les services exécutifs centraux de l’Ordonnance sur les contributions d’estivage sont les cantons, qui utilisent et administrent cinq systèmes cantonaux différents pour recenser ces données. Le portail AGATE

(www.agate.ch) doit relier ces systèmes cantonaux avec d’autres systèmes et permettre un accès uniformisé à ces données. Il est prévu que les agriculteurs et les collaborateurs des administrations communales ainsi que les collaborateurs des organisations (p. ex. interprofessions, labels) puissent utiliser AGATE pour acquérir les données qui sont importantes pour eux. Un concept a été élaboré à cet effet pour permettre d’accéder avec une seule inscription à tous les domaines protégés d’informations, de données et de recensement qu’on est habilité à consulter. L’architecture du système sera harmonisée («service oriented architecture», SOA) le plus possible et autant que nécessaire pour permettre l’interconnexion de ces processus. Il sera avantageux d’intégrer ALPIS dans AGATE comme c’est le cas pour la BDLait (depuis 2011) ou la BDTA (depuis 2012) pour qu’il soit intégré à la SOA et pour que les droits d’accès qui sont déjà définis puissent être utilisés.

Conclusions La Suisse ne dispose que de données obsolètes, en partie estimées et lacunaires, sur les régions d’estivage et l’économie alpestre, tandis qu’il existe pour la surface agricole utilisée toute l’année un Système d’information sur la politique agricole (SIPA) permettant diverses analyses des entreprises agricoles et des surfaces qu’elles utilisent. Ces informations forment une base indispensable pour la poursuite du développement de l’agriculture et des politiques nationales et régionales. Le système de recensement actuel est continuellement amélioré par la Confédération et les cantons, ce qui permet de disposer d’informations toujours plus précises et actuelles sur les surfaces utilisées par l’agriculture et sur la productivité des entreprises agricoles permanentes. L’actuel déficit d’informations continuera de s’aggraver si on ne fait pas avancer le renouvellement du cadastre alpestre. Le projet ALPIS montre que le renouvellement complet du cadastre alpestre suisse est possible et largement souhaité. Le relevé de la surface des pâturages et du périmètre des alpages revêt une importance capitale pour ALPIS. Ces données sur les surfaces doivent permettre de constater les modifications des surfaces utilisées, de planifier les changements d’utilisation et d’avoir une documentation au goût du jour sur les alpages. Reliées aux informations sur les exploitants et les propriétaires des alpages, ces données sur les surfaces sont en outre une base fondamentale pour l’introduction des contributions pour la biodiversité dans les régions d’estivage qui sont prévues par la nouvelle poli tique agricole.

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Economie agricole | ALPIS – un concept pour un système d’information sur l’économie alpestre

Indépendamment de l’introduction d’ALPIS, les données sur les surfaces devront être mises à disposition par les cantons d’ici 2017 dans le cadre de l’introduction du modèle minimal de géodonnées «Surface agricole utile» en se basant sur la Loi sur la géoinformation. Un modèle minimal de géodonnées sur les mesures d’amélioration des infrastructures, qui contiendra un recensement géographique et une visualisation des infrastructures subventionnées, sera aussi élaboré au cours des prochaines années pour que de meilleures données sur les infrastructures des régions d’estivage soient disponibles. Ces processus en cours ouvrent une intéressante fenêtre temporelle qui devrait être mise à profit pour l’introduction d’ALPIS. Les responsabilités et le financement du développement, de l’exploitation et du développement futur de l’application doivent encore être réglés entre les intéressés avant de passer à la réalisation d’ALPIS. Les représentants de l’économie alpestre et des cantons n’attendent pas seulement qu’ALPIS soit une aide à l’exécution mais aussi un instrument qui contribue à la poursuite du développement et à la visibilisation de l’économie alpestre. Le cadastre alpestre autrichien, qui relie les données structurelles des alpages (taille, situation, utilisation et conditions de propriété, etc.) qui proviennent de la banque de données IVEKOS3, avec des informations sur les produits et les prestations des alpages et les rend publique via WebGis (Gmeiner 2011), peut être un modèle pour ALPIS. L’exemple autrichien montre que d’autres pays alpins se sont dotés d’outils formidables pour soutenir la valorisation des alpages et de leurs produits. À part quelques rares initiatives cantonales, la Suisse a incontestablement pris du retard dans ce domaine (fig. 2).

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Alors que la partie principale d’ALPIS peut se baser sur la Loi sur l’agriculture et sur la Loi sur la géoinformation, il n’y a encore aucune structure contraignante ni point de contact pour le recensement et la mise en valeur des données destinées à la partie complémentaire. La Société suisse d’économie alpestre (SAV) devra assumer dans ce domaine un rôle central pour le développement et l’entretien d’ALPIS ainsi que pour la mise en valeur de ses données. La réalisation d’ALPIS permettra de rendre visibles les prestations fournies par les exploitants des alpages des régions d’estivage et de contribuer au développement et à l’utilisation durables des ces paysages n uniques. 3 www.gruenerbericht.at. On trouve la description de l’ensemble de données IVEKOS en suivant le lien «Datenpool und GIS» qui se trouve dans la rubrique «Download Kategorien» sur le site «Grüner Bericht – Der Agrarbericht Österreichs».

www.alpfutur.ch Remerciements

Le concept d’ALPIS a été élaboré dans le cadre du sous-projet n° 7 «ALPIS» d’AlpFUTUR. Le financement a été assuré par le canton des Grisons (ALG), la Société suisse d’économie alpestre et l’Office fédéral de l’agriculture.


ALPIS – Un concetto per un sistema d’informazione sull’economia alpestre L’economia alpestre è sottoposta a continui cambiamenti. Lo sviluppo politico regionale e le questioni ambientali devono far fronte a richieste di redditività e efficienza nella gestione. In alcuni cantoni, in mancanza di dati base recenti, durante i processi decisionali riguardanti l’economia alpestre, si sono consultati i catasti della produzione alpestre che si riferiscono a indagini degli anni ’50 – ’70. Malgrado questi dati siano considerati inadeguati e incompleti, non si è mai riuscito ad aggiornare i catasti a livello svizzero.. Solamente nell’ambito del progetto di collaborazione AlpFUTUR la questione è stata nuovamente affrontata. Durante l’elaborazione del concetto per un catasto degli alpeggi svizzeri rinnovato, sotto forma di un sistema d’informativo per le economie alpestri ALPIS ha mostrato che il rinnovamento del catasto alpestre svizzero non è solo possibile, ma è richiesto dai rappresentanti delle economie alpestri e dalle autorità cantonali. La sua attuazione sarà favorita dalla legge sulla geoinformazione, che comporterà l’acquisizione e il mantenimento di un’ampia gamma di geoinformazioni. Oltre a fornire dati geografici sull’utilizzo delle regioni di estivazione, il compito di ALPIS sarà anche quello di collegare questi dati con informazioni relative alla produttività dei pascoli alpestri, lo sfruttamento, la commercializzazione dei prodotti oppure la possibilità di vitto e alloggio. In questo modo, ALPIS contribuirà a rendere visibile il lavoro compiuto nelle regioni alpestri.

Bibliographie ▪▪ Office fédéral de l’agriculture (OFAG), 2011. Modèles de géodonnées ­minimal Exploitation agricole. Accès: http://www.blw.admin.ch/dienstleistungen/00568/01328/01329/index.html?lang=fr ▪▪ Office fédéral de l’agriculture (OFAG), 2012. Rapport agricole 2012. ­A ccès: http://www.blw.admin.ch/dokumentation/00018/00498/index. html?lang=fr. ▪▪ Office fédéral de la statistique (OFS), 2012. Le paysage suisse en mutation. La progression des forêts dans les Alpes. Accès: Office fédéral de la statistique (OFS), 2005. Arealstatisik Schweiz – Zahlen-Fakten-Analysen. Neuchâtel 2012, ISBN:3-303-02090-6. Accès: http://www.bfs.admin.ch. ▪▪ Gmeiner P., 2011: Projekt Datenpool und Alpstatistik Österreich. Input am Kickoff-Meeting des Projektes ALPIS, 14 janvier 2011.

Summary

Riassunto

ALPIS – un concept pour un système d’information sur l’économie alpestre | Economie agricole

ALPIS – concept for a new alpine agricultural information system The alpine economy is in a state of constant change: regional political developments and environmental concerns are offset by the need for profitability and efficient management. A lack of recent data means that many cantons use the alpine cadastral land register, which is based on surveys carried out in the 1950s to the 1970s, for their decisions. Although these data have long been considered to be inadequate and incomplete, attempts to update the alpine cadastral land register on a national scale have been unsuccessful. A renewed attempt to address this concern has been initiated under the framework of the joint project: AlpFUTUR. During the elaboration of the concept of a renewed Swiss alpine cadastral land register, in the form of an alpine agricultural information system ALPIS, it was found that a total renewal of the register is both possible and desired by representatives of the alpine farmers and the cantonal authorities. The renewal is facilitated by the ongoing implementation of the Geographic Information Law, which will result in the collection and maintenance of a wide range of geographical information. ALPIS will deliver more than just spatial data on the agricultural use of the summer grazing areas and will combine this data with information on the productivity of pastures, land development, product marketing, and or accommodation and catering possibilities. ALPIS thereby contributes to making the performance of the alpine grazing areas more visible. Key words: alpine pastures, agricultural economics, ecology, agricultural policy, agrar sector administration.

▪▪ Hobi M., 2011. Der Alpkataster des Kantons St. Gallen. Input am KickoffMeeting des Projektes ALPIS, 14 janvier 2011. ▪▪ Hofstetter P., Baumann H., Boltshauser A., Emmenegger A. & Zemp H.,2005. Schöne Aussichten. Kultur- und Wanderführer Luzerner Alpen, Druckerei Schüpfheim, Schüpfheim, ISBN 3-907821-31–9. ▪▪ Lauber S., Böni R., Seidl I. & Herzog F., 2008. AlpFUTUR. Zukunft der Sömmerungsweiden in der Schweiz. Schlussbericht Vorstudie, April 2008. Agroscope Reckenholz-Tänikon ART, Zurich, et Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage WSL, Birmensdorf. ▪▪ Werthemann A., & Imboden A., 1982. Die Alp- und Weidewirtschaft in der Schweiz. Ed.: AfL (aujourd’hui Office fédéral de l’agriculture) du DFE, Berne.

Recherche Agronomique Suisse 4 (3): 116–123, 2013

123


E c o n o m i e

a g r i c o l e

Grandes cultures bio sans bétail: résultats après 12 ans sur la ferme pilote de Mapraz Josy Taramarcaz1 et Maurice Clerc2 AGRIDEA, 1000 Lausanne 6, Suisse 2 Institut de recherche de l'agriculture biologique FiBL, 5070 Frick, Suisse Renseignements: Josy Taramarcaz, e-mail: josy.taramarcaz@agridea.ch, tél. +41 21 619 44 24

1

Figure 1 | Deux rotations de cultures, avec un et deux ans de prairie temporaire, sont comparées à Mapraz.

Introduction Le nombre d’exploitations de grandes cultures bio sans bétail ne cesse d’augmenter. La demande en produits biologiques de grandes cultures est vive et les prix à la production sont attractifs. Des agriculteurs-trices sans bétail se posent la question de la faisabilité d’une reconversion en bio, mais les références sur la durabilité et la viabilité d’un tel système manquent. Malgré les progrès de la recherche durant ces dernières années, il reste encore des questions ouvertes sur le plan technique, économique et de la durabilité. Pour apporter des réponses pratiques à ces questions, le distributeur COOP, leader de la commercialisation des produits biologiques, finance un essai de longue durée sur ce thème. L’essai est mené par l’Institut de recherche de l’agriculture biologique FiBL. Le suivi et la mise en valeur de l’essai sont effectués par AGRIDEA.

124

Recherche Agronomique Suisse 4 (3): 124–131, 2013

Un essai de rotation culturale en grandes cultures biologiques sans bétail est conduit sur la ferme pilote de Mapraz à Thônex, Genève, depuis l’automne 1999. Une première période d’essai de six ans, de 1999 à 2005, comparant deux procédés (avec et sans fumure) sur une même rotation, a permis d’identifier quelques potentiels et risques de la grande culture bio sans bétail dans les sols lourds de Mapraz. Les rendements moyens n’ont pas été influencés par la fumure (compost de déchets verts) et sont restés stables d’année en année; ils n’ont été que légèrement inférieurs aux références (Catalogue des marges brutes AGRIDEA-FiBL 2005), sauf pour la féverole, le trèfle violet et le blé après tournesol, pour lesquels ils ont été inférieurs aux références. Deux mauvaises herbes ont causé des limitations de rendements pendant cette première période, le chardon des champs et le vulpin des champs (voir plus de


Grandes cultures bio sans bétail: résultats après 12 ans sur la ferme pilote de Mapraz | Economie agricole

Rotation A

Sole

Rotation B

Blé d'automne

1

Blé d'automne

Pois protéagineux de ­printemps*

2

Avoine de printemps

Blé d’automne

3

Féverole d'hiver

Féverole d'hiver

4

Blé d'automne

Blé d’automne

5

Prairie temporaire avec luzerne (2 ans)

Prairie temporaire avec ­luzerne (1 an)

6

Prairie temporaire avec luzerne (2 ans)

Résumé

Tableau 1 | Les deux rotations de cultures à Mapraz de 2006 à 2011

*Rotation A: le pois protéagineux a été cultivé en association avec des céréales en 2008 pour l’ensilage et depuis 2011 pour le grain.

détails dans le le rapport intermédiaire 2000 – 2005 sur: www.srva.ch/files/mapraz_rapportintermediaire.pdf). L’essai s’est poursuivi de 2006 à 2011, sur la base suivante: ••abandon de la fumure et de la comparaison entre les procédés avec et sans fumure; ••introduction de la comparaison entre deux rotations culturales de six ans, comportant une, respectivement deux années de prairies temporaires (PT) à base de luzerne.

La ferme pilote de Mapraz a été mise sur pied pour répondre aux questions posées par la reconversion de fermes sans bétail à l’agriculture biologique. Après douze ans d’exploitation, dont les six dernières années ont comparé deux rotations (avec un ou deux ans de prairie temporaire PT), les rendements moyens sont inférieurs aux références de 8 % pour le blé ou comparables aux références bio pour la féverole et l’avoine. Les marges brutes sont inférieures de CHF 250/ha à CHF 670/ha aux références en agriculture biologique avec bétail. La rotation avec deux ans de PT présente une meilleure marge brute (CHF 200/ha) et demande moins de travail (-2 heures/ha) que la rotation avec un an de prairie. Le chardon des champs a pu être diminué par l’introduction de deux ans de PT dans la rotation. L’introduction de la pratique des faux-semis a permis de maîtriser le vulpin des champs. Les autres mauvaises herbes ne posent pas de problème.

Cet article fait le bilan des expériences acquises pendant la deuxième période de six ans d’essai.

Matériel et méthodes Deux rotations culturales de six ans sont conduites en conditions bio sans bétail sur la ferme pilote de Mapraz depuis 2006 (tabl. 1). Le dispositif comprend douze parcelles de 92 × 30 m = 27,6 ares chacune. La largeur de 30 m est bien adaptée aux travaux des machines. Le sol de Mapraz est lourd (39 à 49 % d’argile; 36 à 46 % de silt), profond (> 80 cm), riche en calcaire, avec un pH de 7,7 à 7,9, une bonne capacité de rétention en eau et un taux d’humus entre 3,8 et 5,4 %. Le sol des douze  parcelles n’est pas homogène.

Tableau 2 | Rendements moyens 2007-2011 (en dt/ha; dt MS/ha pour les praires) Rotation A Rotation B

Blé

Pois

Blé

Féverole

Blé

PT 91,0

35,4

10,2

39,8

31,6

38,3

Blé

Avoine

Féverole

Blé

PT

PT

41,0

45,9

21,9

39,1

88,2

90,4

Recherche Agronomique Suisse 4 (3): 124–131, 2013

125


Economie agricole | Grandes cultures bio sans bétail: résultats après 12 ans sur la ferme pilote de Mapraz

50

38,3

35,4 31,6

30

39,1

40

31,8

30

10,2

dt/ha

45,9 41,0

dt/ha

Blé après féverole

Blé après 2 ans PT

Blé après féverole

Féverole

0 Blé après pois

0 Pois protéagineux

10

Blé après 1 an PT

10

Féverole

20

20

Avoine de printemps

40

50

39,8

Figure 2 | Rendements moyens des cultures dans les rotations A et B (moyenne de 2007 à 2011).

Commentaires pour la prairie temporaire: La rotation «A» comprend un an de prairie temporaire à base de luzerne, trèfle violet, dactyle, fléole et ray-grass hybride (mélange standard 320) et la rotation «B», deux ans de prairie temporaire du même mélange standard. Mapraz est une ferme pilote où l’on fait des observations sur un système mis en place, sans répétition. Plusieurs paramètres sont suivis et / ou analysés sur les deux rotations en place: rendements, état sanitaire des cultures, interventions culturales, observations du sol. Les données de l’année 2006 n’ont pas été prises en compte car il n’y a pas eu d’effet précédent (année de transition entre la première et la deuxième rotation). Nous avons toujours utilisé les données du «Catalogue de marges brutes 2011» d’AGRIDEA/FiBL comme référence ou pour les comparaisons.

Le rendement moyen est de 37,8 dt/ha pour les blés de la rotation A et de 40,1 dt/ha pour ceux de la rotation B. La différence des rendements entre les blés des deux rotations est faible (2,3 dt/ha en moyenne). Le niveau des rendements des différents blés est assez proche et l’influence du précédent cultural n’est pas marquée. Le rendement moyen des blés de la rotation A s’explique entre autres par trois situations particulières: ••blé sale après pois protéagineux en 2007: rendement de 31,3 dt/ha; ••mauvaise levée et nombre insuffisant de plantes et d’épis par m2 après prairie temporaire en 2008: rendement de 33,2 dt/ha; ••blé après prairie temporaire où les légumineuses étaient absentes sur la moitié de la parcelle (dégâts de limaces) en 2009: rendement de 31,0 dt/ha.

Résultats et discussion

Pois protéagineux La culture de pois protéagineux en culture pure nous a conduits d’échec en échec, jusqu’à ce que nous ayons adopté la culture du pois en association avec l’orge. Sur cinq ans, la culture a dû être détruite deux années et ensilée une année. La raison de cet échec est la non maîtrise des mauvaises herbes. Les rendements moyens pour la période 2007 à 2011 sont de 10,2 dt/ha. La culture associée pratiquée depuis 2011 a présenté un bon résultat (29,8 dt/ha) qui sera encore amélioré par la suite.

Rendements Le niveau des rendements obtenus lors de la deuxième période d’essai (tabl. 2; fig. 2) est équivalent aux références pour la féverole d’hiver et l’avoine de printemps, légèrement inférieur aux références pour le blé et la prairie temporaire PT et catastrophique pour les pois protéagineux. Blé d’automne Le rendement moyen pondéré de tous les blés de 2007 à 2011 s’élève à 38,7 dt/ha. Ce résultat est inférieur de 3,3 dt/ha (ou de 8 %) au rendement de référence du blé bio qui est de 42 dt/ha. C’est un résultat acceptable si l’on tient compte du fait que les cultures de Mapraz se pratiquent sans fumure.

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Féverole Le rendement moyen de la féverole d’hiver (31,7 dt/ha) est équivalent à la référence, avec des variations de 26,4  à 38,2 dt/ha selon les années et les parcelles. Le niveau de rendement de la féverole est le même pour les deux rotations de cultures.


Grandes cultures bio sans bétail: résultats après 12 ans sur la ferme pilote de Mapraz | Economie agricole

Avoine L’avoine a donné de bons rendements (45,9 dt/ha en moyenne), équivalents à la référence, mais avec un poids/hl moyen de 52,1 kg/hl, insuffisant trois années sur cinq (fourchette de 40,4 kg/hl en 2010 à 68,0 kg/hl en 2007). Prairies temporaires La prairie temporaire a été semée dans le blé ou après la récolte du blé. Deux à trois coupes sont effectuées par année. Le fourrage est vendu, sauf la dernière pousse, qui est laissée sur pied. En raison des problèmes répétés de limaces à la levée des prairies temporaires, il a fallu ressemer ou pratiquer des sursemis à de fréquentes reprises. Cela a bien sûr péjoré le rendement, dont le niveau moyen est de 90 dt MS/ha sans compter la dernière coupe qui est laissée sur pied, c’est-à-dire 18 dt de moins que la référence. Les niveaux de rendement des prairies temporaires sont semblables pour les deux rotations de cultures. Fertilisation La fertilisation s’appuie sur trois piliers principaux: ••fixation maximale d’azote par les légumineuses (deux légumineuses à graines et une prairie temporaire d’une année dans la rotation A; une légumineuse à graines et une prairie temporaire de deux ans dans la rotation B); ••restitution de toutes les pailles dans les deux rotations; ••engrais verts avec légumineuses quand cela est possible (peu utilisé en raison des déchaumages répétés pour lutter contre le chardon). ••Les taux d’humus sont en légère augmentation de 1999 à 2012 et il n’y a pas de différence entre la rotation avec un an ou deux ans de PT. ••Le bilan humique, calculé avec la méthode des unités humiques de Leithold et Hülsbergen, présente: ••un solde légèrement positif pour la rotation avec un an de PT (+0,3 unités humiques); ••un solde clairement positif pour la rotation avec deux ans de prairie (+2,3 unités humiques). ••La restitution intégrale des pailles est un élément primordial de ces soldes positifs sur les deux rotations. Pour comparaison, dans l’essai DOC (essai de longue durée mis en place à Therwil / BL en 1978), la teneur en humus a baissé pour le procédé sans aucune fumure de 2,7 % à 2,1 % en 21 ans. Seul le procédé avec des apports d’engrais de ferme équivalent à 1,4 UGBF et le mode de culture biodynamique ont réussi à maintenir le taux d’humus à son niveau initial (sol avec 15 % d’argile et

70 % de silt; rotation culturale avec deux ans de prairie temporaire sur sept) (Fliessbach et al., 2006). Dans ce même essai DOC, le rendement du blé d’automne du procédé sans fumure a progressivement chuté pendant les 15 premières années, puis s’est stabilisé entre 65 à 70 % du rendement des procédés avec fertilisation (Fliessbach et al., 2006). Approvisionnement en azote A Mapraz, l’approvisionnement en azote se base sur la mise à disposition de l’azote synthétisé par les légumineuses aux autres cultures de la rotation. Dans la rotation A, les deux légumineuses à graines (pois et féverole) et la prairie temporaire (avec luzerne et trèfle violet) reviennent tous les six ans. Il peut également y avoir des engrais verts comprenant des légumineuses. Le pois est cultivé un an sur six au lieu des un an sur sept préconisés en Suisse pour prévenir les maladies de rotation comme Aphanomyces euteiches, mais aucune maladie de rotation n’a encore été observée. Nous ne savons pas s’il y a une interaction négative entre les différentes légumineuses de la rotation concernant les maladies de la rotation. De tels problèmes ne sont pas à exclure. Dans la rotation B, il y a une seule légumineuse à graine (féverole) et une prairie temporaire de deux ans (avec luzerne et trèfle violet). Le risque d’interactions négatives entre légumineuses est nettement plus faible. Tous les blés avaient une légumineuse à graine ou une prairie temporaire PT comme précédent: PT de un an, pois protéagineux ou féverole dans la rotation A et PT de deux ans ou féverole dans la rotation B. Composition des PT et approvisionnement en azote La part de légumineuse d’une prairie temporaire joue un rôle dans la capacité de celle-ci à fournir de l’azote aux cultures suivantes. La levée de la prairie temporaire a été très irrégulière (légumineuses mangées par les limaces sur la partie sud) sur la parcelle A6 en 2008. Cette mauvaise levée nous a poussés à ressemer une moitié de la parcelle. Au final, la partie ressemée était bien fournie en luzerne, alors qu’aucune légumineuse n’était présente sur l’autre ­moitié. Le rendement du blé mis en place sur cette parcelle l’année suivante a été particulièrement faible (31,0 dt/ha). En récoltant séparément ces deux moitiés de parcelle, nous avons constaté un rendement de 25,5 dt/ha sur la partie sans légumineuses dans la prairie temporaire précédente, alors qu’il a atteint 36,8 dt/ha sur l’autre moitié. Cette observation montre l’importance d’une forte proportion de légumineuses dans une prairie tempo raire pour fertiliser correctement la culture suivante.

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Economie agricole | Grandes cultures bio sans bétail: résultats après 12 ans sur la ferme pilote de Mapraz

7

7 6,1

6 5 4

6 5,2

5

4,6 3,9

3,5

3

3

2,5 1,8

2

3,7 3,1

2007

2008

2009

2010

2011

Moyenne

0

Temps de désherbage manuel moyen (parcelles A)

2,3

2,0

1

2006

3,3

2

1 0

4

0,9

0,7 2006

2007

2008

2009

2010

2011

Moyenne

Temps de désherbage manuel moyen (parcelles B)

Figure 3 | Temps moyen de désherbage manuel du chardon en heures/ha.

Les rendements du blé après féverole ou pois sont comparables à ceux obtenus après prairie temporaire. Adventices Les deux adventices ayant posé problème entre 2006 et 2011, le vulpin des champs (Alopecurus myosuroides) et le chardon des champs (Cirsium arvense), étaient fortement présentes lors de la 2e période de l’essai. Chardon La taille restreinte des parcelles ainsi qu’un moins bon recoupement des passages de machines de déchaumage ou des espaces non semés (de 30 à 80 cm parfois) sur les bords des parcelles favorisent aussi la multiplication du chardon. La stratégie de maîtrise du chardon se base sur des déchaumages soutenus et un labour presque systématique. La part de PT dans la rotation (un ou deux ans de PT) influence aussi cette mauvaise herbe. Les chardons sont également coupés chaque année lorsqu’ils sont au stade bouton – début floraison. ••Lors de la première période d’essai, le temps de coupe manuel du chardon avait augmenté régulièrement d’année en année, pour atteindre 2,9 heures/ha en 2005 (fig. 3). ••La conjonction des déchaumages intensifs et de 2 années de prairie temporaire a permis une réduction du chardon dans la rotation B et une stabilisation dans la rotation A, avec seulement un an de PT. Vulpin des champs La part en semis d’automne est élevée et la pression du vulpin des champs est importante, particulièrement dans le

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blé et la féverole. On a dénombré jusqu’à 150 plantules de vulpin par m2 sur certaines parcelles en automne. La herseétrille n’a que peu d’efficacité contre le vulpin dans les cultures. Le blé et la féverole prennent toutefois le dessus après le démarrage de la végétation au printemps. Au moment de la récolte, la présence de vulpin est en général visuellement acceptable dans ces deux cultures, mais les rendements sont prétérités. Dès l’automne 2009, des faux semis systématiques ont été pratiqués avant l’installation de toutes les cultures, avec pour résultat une forte diminution du vulpin, le reléguant au niveau d’adventice secondaire. Les autres adventices étaient présentes en faibles quantités. Elles ont été facilement combattues par le désherbage mécanique et leur densité n’a pas augmenté. Le nombre d’interventions mécaniques est resté stable de 2007 à 2011. A part la rotation, la gestion des adventices s’appuie à Mapraz principalement sur des déchaumages réguliers de l’interculture, un labour presque systématique et une lutte directe avec la herse étrille (fig. 4). ••2,5 déchaumages/an de culture en moyenne, avec une herse à disque, un chisel léger ou un chisel lourd. ••La lutte directe contre les mauvaises herbes s’est faite à la herse étrille avec en moyenne: ••1,8 passages dans le blé; ••1,3 passage dans la féverole; ••1,0 passage dans l’avoine. Maladies et ravageurs Les limaces (principalement les coîtrons Deroceras reticulatum) ont causé des dégâts notoires à la luzerne et au trèfle violet à la levée des prairies temporaires. Des rese-


Grandes cultures bio sans bétail: résultats après 12 ans sur la ferme pilote de Mapraz | Economie agricole

Figure 4 | Déchaumage à Mapraz.

mis ou des sursemis ont été nécessaires quatre ans sur six, dans trois quarts des situations à cause des limaces. Les maladies n’ont posé aucun problème particulier. Marge brute comparable La marge brute comparable de chaque culture et chaque parcelle a été calculée de la manière suivante: rendements moyens 2007 à 2011 et prix 2011 (tabl. 3). Une «marge brute comparable d’assolement» a été calculée pour chacune des deux rotations de cultures. Les marges brutes comparables sont comparées avec une valeur de référence (catalogue marges brutes 2011). Les meilleures marges brutes comparables sont celles des blés avec une légumineuse ou une PT comme précédent, et les moins bonnes sont celles du pois pur et des PT. La «marge brute comparable d’assolement» obtenue sur la rotation B est supérieure d’environ CHF 200.–/ha à celle obtenue sur la rotation A.

Le remplacement des pois protéagineux par une association pois-orge, dans la rotation A aurait permis d’améliorer la marge brute comparable moyenne de l’assolement de l’ordre de CHF 350.–/ha. La marge brute comparable de la rotation B est inférieure de CHF 255.–/ha à la référence. La marge brute comparable de la rotation A est inférieure de CHF 672.–/ ha à la référence. Ceci s’explique principalement par l’échec de la culture des pois protéagineux purs. La rotation avec deux ans de prairie temporaire présente une meilleure marge brute comparable, avec moins de travail manuel. Temps de travail Les temps de travail (ne comprenant que les travaux des champs, sans les travaux complémentaires) ont été calculés d’après le nombre réel de passages effectués à Mapraz pour les travaux avec les machines (temps à

Tableau 3 | Marges brutes comparables par culture et «d’assolement» 2007-2011 (en CHF/ha) Rotation A Rotation B

Blé

Pois

Blé

Féverole

Blé

PT

Assolement

Référence

2939

3611

3137

3393

3610

854

4057

3265

3905

1955

Blé

Avoine

Féverole

Blé

PT

PT

4179

2832

3282

3986

2259

2325

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Economie agricole | Grandes cultures bio sans bétail: résultats après 12 ans sur la ferme pilote de Mapraz

Tableau 4 | Temps de travail moyen à Mapraz (2007-2011) Traction

Total

Rotation A

9,6

3,9

13,5

Rotation B

9,2

2,3

11,5

l’unité repris du rapport ART) et selon le temps réel pour les travaux manuels sur les parcelles (coupe des chardons). Les temps de travail moyens sont supérieurs dans la rotation A (tabl. 4). Ceci est principalement dû aux travaux d’arrachage des chardons qui y sont 1,6 heures/ha plus élevés.

Conclusions pour la pratique Après 12 ans d’essai de grandes cultures bio sans bétail, les enseignements suivants peuvent être tirés pour les conditions de Mapraz: ••Le bilan humique d’une ferme en grandes cultures biologiques sans bétail peut être positif si toutes les pailles sont restituées au sol. L’allongement de la prairie temporaire à deux ans permet d’améliorer notablement ce bilan. ••L’allongement de la durée de la PT à deux ans au lieu d’une année permet de réduire les chardons. ••Le vulpin des champs peut être maîtrisé par la pratique régulière du faux semis. ••La culture des pois protéagineux en association avec de l’orge permet d’obtenir des cultures propres avec des rendements bien supérieurs à ceux des cultures pures. ••La rotation avec deux ans de PT a demandé moins de travail que celle avec un an de prairie. C’est surtout le temps de travail pour l’arrachage des chardons qui fait la différence.

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Manuel

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••Les rendements sont équivalents aux références bio pour la féverole et l’avoine, et inférieurs de 8% pour le blé et de 16% pour les PT. ••La «marge brute comparable d’assolement» obtenue sur la rotation B est supérieure d’environ CHF 200.– /ha à celle obtenue sur la rotation A. En comptant le potentiel d’amélioration de cette marge par la culture des pois en association, la rotation A présenterait une meilleure marge d’assolement d’environ CHF 150.–/ha. ••La rotation avec deux ans de PT présente des avantages agronomiques et économiques par rapport à la rotation A (diminution des chardons et du temps de travail, meilleure marge brute, meilleur bilan humique). ••La marge brute comparable d’assolement est inférieure à la référence, de CHF 670.–/ha pour la rotation A et de CHF 250.–/ha pour la rotation B. ••L’essai se poursuit et permettra d’affiner les conclusions et de mieux déterminer si un tel système est praticable à long terme. Le rapport complet se trouve sous: www.agridea-lausanne.ch (Domaines de compétences / production et techniques / Agriculture biologique / Rapports d’essais). n


Campicoltura bio senza bestiame: risultati dopo 12 anni sull'azienda pilota di Mapraz L’azienda pilota Mapraz è stata istituita per rispondere alle domande poste dalla conversione di aziende agricole senza bestiame all’agricoltura biologica. Dopo 12 anni di attività, in cui negli ultimi 6 anni si sono confrontate 2 rotazioni (con 1 o 2 anni di prato artificiale -PA), le rese medie sono inferiori dell’8 % dei valori di riferimento per il frumento o risultano confrontabili ai valori di riferimenti bio per fava e avena. I margini lordi sono compresi tra CHF 250.– e 670.–/ha al di sotto dei valori di riferimento in agricoltura biologica con bestiame. La rotazione con 2 anni di PA presenta un margine lordo migliore (CHF 200.–/ ha) e richiede meno lavoro (-2 ore/ha) rispetto alla rotazione con un anno di prateria. Il cardo dei campi è stato ridotto con l'introduzione di 2 anni di PA nella rotazione. L'introduzione della pratica di falsa-semina ha consentito di controllare la coda di volpe. Le altre malerbe non rappresentano alcun problema.

Bibliographie ▪▪ Ryser J. & Vuilloud P., 2003. Bilan d’un essai de fumure phosphopotassique de 30 ans dans un sol argileux, Revue suisse d’Agriculture 35, 77–81. ▪▪ AGRIDEA, FiBL, 2011. Marges brutes, édition 2011 (ou: Catalogue marges brutes). ▪▪ Schmidt H., 2003. Viehloser Ackerbau im ökologischen Landbau. Evaluierung des derzeitigen Erkenntnisstandes anhand von Betriebsbeispielen und Expertenbefragungen. Justus-Liebig-Universität Giessen. Accès: http://orgprints.org/5020/

Summary

Riassunto

Grandes cultures bio sans bétail: résultats après 12 ans sur la ferme pilote de Mapraz | Economie agricole

Organic farming without cattle: results after 12 years on the pilot farm Mapraz The pilot farm Mapraz was set up to give an answer to various questions related to the conversion of farms without livestock to organic farming. After twelve years of evaluation whereof during the last six years two crop rotation systems were compared (one with one year temporary ley -TL and one with two years of TL) the result shows that the average wheat yields are 8 % lower than the comparability index for wheat or matchable to the organic comparability index for field bean and oat. The contribution margins are between CHF 250.–/ha and CHF 670.–/ha lower than the comparability index in organic agriculture with livestock. The crop rotation system with 2 years of TL presents a better contribution margin (CHF 200.–/ha) and is less labour intensive (-2 hours/ha) than the crop rotation system with 1 year of TL. Key words: organic farming, organic field cropping, weed control without herbicides.

▪▪ Gazzarin C, 2011. Coûts machines 2011, Rapport ART 747, 1–56. ▪▪ Leithold G., Hülsbergen K.-J., Michel D. & Schönmeier H., 1997. Humusbilanzierung: Methoden und Anwendung als Agrar-Umweltindikator. In: Deutsche Bundesstiftung Umwelt (éd.). Initiativen zum Umweltschutz 5, Umweltverträgliche Pflanzenproduktion, Zeller Verlag Osnabrück, 5, 43–54.

Recherche Agronomique Suisse 4 (3): 124–131, 2013

131


S o c i é t é

Situation sociale de la population agricole en Suisse Sigrid Haunberger, Station de recherche Agroscope Reckenholz-Tänikon ART, 8356 Ettenhausen, Suisse Renseignements: Sigrid Haunberger, e-mail: sigrid.haunberger@fhnw.ch, tél.: +41 62 957 25 34

Une base de données solide dans le cadre d’un rapport sur les questions sociales fournit des informations sur la situation sociale de la ­p opulation agricole. (Photo: Ruth Rossier)

Introduction Changement structurel de l’agriculture Les modes de vie ruraux traditionnels sont en plein bouleversement dans de nombreux pays d’Europe du fait de la modernisation. Les zones rurales voient leur structure sociale et professionnelle complètement transformée. Les mondes ruraux, constate-t-on, traversent une crise profonde; les gros titres comme «Les paysans entre ESB1, fièvre aphteuse et agriculture biologique» (Schridde et al. 2011) ou la question des excédents de production de lait, de beurre, de viande bovine et de sucre qui sont sources

132

Recherche Agronomique Suisse 4 (3): 132–137, 2013

de pertes importantes reviennent de plus en plus souvent sur le tapis. Par conséquent, il n’est pas étonnant que la modernisation soit principalement considérée comme la mort de la paysannerie et des villages. Le changement structurel qu’a connu l’agriculture dans les pays européens ces dernières décennies et dont il est question ici a considérablement transformé le mode de vie et le travail agricole. On peut dès lors se demander si ces conditionscadres sociales se répercutent sur les orientations et les valeurs fondamentales des agricultrices et des agriculteurs, ESB: Encéphalopathie spongiforme bovine.

1


et comment ces dernières se différencient de celles des autres catégories socio-­professionnelles (Wiesinger 2005). Evaluation de la situation sociale personnelle Dans le cadre d’un rapport sur les questions sociales, et dans le but de déterminer la situation sociale des agriculteurs et agricultrices par rapport à d’autres catégories socio-professionnelles dans la société, nous nous sommes référés au concept de situation développé par Hradil (1987; tabl. 1). La situation sociale permet de différencier trois types de besoins: Les besoins économiques traditionnels (bien-être, réussite, pouvoir) se traduisent par des conditions de vie inégales en termes d’argent, d’éducation formelle, de prestige professionnel, et de pouvoir formel. Les besoins associés à l’Etat-providence (sécurité, décharge, santé, participation) se traduisent par des conditions de vie inégales en termes de risque de pauvreté, de chômage, d’assurance sociale, de conditions de travail, de loisirs, de conditions de logement, et d‘institutions démocratiques. Les besoins sociaux (intégration, épanouissement personnel, émancipation) se traduisent par des conditions de vie inégales en termes de relations sociales, de rôles sociaux, de privilèges et de discriminations.

Résumé

Situation sociale de la population agricole en Suisse | Société

Dans le cadre d’un rapport sur les questions sociales, cet article présente, sur la base du sondage European Social Survey (ESS), la situation sociale des agriculteurs et agricultrices en Suisse par rapport à d’autres catégories socio-professionnelles. La situation sociale qui reflète la qualité de vie et les chances des différents groupes de population dans la vie, prend en compte plusieurs facteurs comme la profession, le revenu, le chômage, les valeurs et l’intégration dans la société. Pour interpréter les résultats, il est important de savoir quelle est la catégorie socio-professionnelle de référence avec laquelle les agricultrices et les agriculteurs sont comparés. Du point de vue de la situation économique, la population agricole se distingue peu des autres catégories socio-professionnelles; en termes d’intégration dans la société, critère dont l’appréciation est subjective, la population agricole n’est pas non plus à la traîne derrière les autres catégories socio-professionnelles. Sur le plan des valeurs, la population agricole s’avère, suivant les références, moins universaliste, moins traditionnelle et plus orientée sur les résultats.

Mal-être de la population agricole? Dans le cadre d’une enquête auprès des agriculteurs travaillant à plein temps en Allemagne, Pongratz (1987) a relevé plusieurs signes de résignation: une évaluation pessimiste des perspectives d’avenir et une impuissance par rapport aux événements politiques et économiques, à laquelle de nombreux agriculteurs et agricultrices se sont déjà résignés. Il est frappant de constater à quel point les agriculteurs se distancient du reste de la société par rapport à leur profession. Hildenbrand et al. (1992) mentionnent également le rapport contradictoire et souvent difficile à articuler entre tradition et modernité 

Tableau 1 | Modèle de la situation sociale de la population agricole (selon Hradil 1987)

Exemples

Indicateurs

Besoins économiques ­traditionnels

Besoins liés à l’Etat-Providence

Besoins sociaux

Bien-être Réussite Pouvoir

Sécurité Décharge Santé Participation

Intégration Epanouissement personnel Emancipation

Argent, éducation formelle, prestige professionnel, pouvoir formel

Chômage, pauvreté

Relations sociales, rôles sociaux discrimination, privilèges

Recherche Agronomique Suisse 4 (3): 132–137, 2013

133


Société | Situation sociale de la population agricole en Suisse

Tableau 2 | Groupement des principales catégories socio-professionnelles (schéma de Goldthorpe simplifié) Catégorie socioprofessionnelle principale 1

Membres du législatif, cadres supérieurs de l’administration publique et personnel de direction de l’économie privée

2

Scientifiques (universitaires)

3

Techniciens et professions non techniques de même niveau

4

Employés de bureau, employés commerciaux

5

Professions liées aux services, vendeurs dans les magasins et sur les marchés

6

Main-d’œuvre spécialisée de l’agriculture et de la pêche

7

Artisanat et professions associées

8

Opérateurs de machines et d’installations, monteurs

9

Main-d’œuvre auxiliaire

dans les familles paysannes. Sur la base d’études de la littérature agro-sociologique par rapport à l’agriculture et la société, Pongratz (1988, p. 50) pense que «dans notre société, l’agriculture joue un rôle marginal» et pas seulement dans le domaine économique, mais aussi dans tous les domaines sociaux. On peut lire des constats tout aussi explicites pour la Suisse; certes la situation financière des milieux agricoles s’est consolidée, mais la population agricole n’en considère pas moins sa situation générale de manière plus problématique et aborde l’avenir avec plus de pessimisme que le reste de la population (Abele 2009). Valeurs de la population agricole L’observation des valeurs est basée sur la théorie des valeurs de Schwartz (1992): l’hédonisme se réfère à la recherche du plaisir et donne la priorité à la jouissance. L’universalisme englobe les objectifs d’égalité, de protection de la nature et de paix ainsi qu’une préférence pour les relations sociales (prosocialité). Les personnes qui adhèrent particulièrement au traditionalisme souhaitent vivement conserver les coutumes acquises et préfèrent l’obéissance ainsi que la sécurité sociale et familiale. La réussite par contre se réfère à la volonté de contrôler et d’avoir de l’influence sur les autres (pouvoir) et est très axée sur le succès (performances). Les valeurs attribuées aux paysans sont typiquement et essentiellement conservatrices: lien avec la nature, vision par générations, décence et convenance, application, attachement au terroir, religiosité, opiniâtreté, incorruptibilité, esprit orienté sur la sécurité, force mais aussi santé, résistance, ordre, assiduité, modestie, autosuffisance, perspective holistique, ténacité (Hradil 2005). En dépit de l’influence de la modernisation, les princi-

134

Recherche Agronomique Suisse 4 (3): 132–137, 2013

Catégorie des services

Employés

Catégorie de référence Ouvriers qualifiés, spécialisés Ouvriers non qualifiés ou apprentis

paux résultats de recherche montrent que le schéma de pensée et de comportement rural traditionnel se maintient (Pongratz 1996).

Matérial et méthode Sondage European Social Survey (ESS) Le sondage European Social Survey (ESS; 2002−2010) a été utilisé comme base de données, car les agriculteurs et les agricultrices peuvent y être identifiés en nombre suffisant. Ce sondage intègre à la fois des pays de l’Union européenne et des pays associés comme la Suisse. L’aspect temporel obtenu grâce à la mise en commun des données est contrôlé dans les analyses par une variable périodique intégrée à macro-échelle (campagne ESS). L’ESS est une enquête sociologique représentative de la population. Un questionnaire homogène permet d’étudier les opinions politiques et sociales des citoyens et citoyennes de plus de 20 pays européens différents (Neller 2004). Description des variables indépendantes Les variables indépendantes sont à la fois des remarques individuelles, qui ont été relevées dans le cadre de l’ESS, et des variables qui ont été ajoutées après la compilation de données. Classification des professions selon ISCO-88 COM. Pour la classification des professions, on a utilisé le «International Standard Classification of Occupations» (ISCO-88 COM). Dans les présentes analyses, pour des questions de méthodologie, les principaux groupes de professions ISCO ont été réunis en un schéma Goldthorpe simplifié comprenant cinq catégories (tabl. 2; Erikson et Goldthorpe 1992).


Situation sociale de la population agricole en Suisse | Société

Tableau 3 | Variables dépendantes (moyennes et écarts-types (SD)

Variables dépendantes

Total

Secteur des services

Employés

Ouvriers ­qualifiés

Agriculteurs

Ouvriers non qualifiés

moyenne/SD

moyenne/SD

moyenne/SD

moyenne/SD

moyenne/SD

moyenne/SD

Situation sociale Confiance sociale (0–10)

5,87 (1,59)

6,19 (1,51)

5,84 (1,58)

5,66 (1,62)

5,87 (1,55)

5,55 (1,71)

Confiance dans les institutions (0–10)

5,59 (1,55)

5,77 (1,46)

5,56 (1,50)

5,43 (1,62)

5,41 (1,55)

5,33 (1,73)

Contacts sociaux (0–10)

5,26 (1,26)

5,19 (1,24)

5,28 (1,22)

5,20 (1,31)

4,93 (1,32)

5,09 (1,40)

Peur du chômage (1–4)

1,81 (0,94)

1,77 (0,92)

1,82 (0,93)

1,82 (0,95)

1,77 (0,95)

1,91 (0,94)

Soucis d’argent (1–4)

1,92 (0,84)

1,94 (0,88)

1,91 (0,83)

1,90 (0,81)

1,94 (0,86)

1,96 (0,84)

Suppression des inégalités de revenus (1–5)

3,63 (1,04)

3,31 (1,16)

3,67 (1,03)

3,73 (0,97)

3,72 (0,96)

3,97 (0,84)

Valeurs (Schwartz) (1-6) Universalisme

5,06 (0,57)

5,07 (0,56)

5,10 (0,56)

4,98 (0,59)

5,06 (0,52)

5,00 (0,60)

Traditionalisme

4,14 (0,81)

3,94 (0,82)

4,16 (0,79)

4,28 (0,77)

4,34 (0,76)

4,36 (0,81)

Hédonisme

4,23 (0,82)

4,27 (0,77)

4,22 (0,80)

4,26 (0,85)

4,09 (0,82)

3,99 (0,88)

Réussite

3,56 (0,92)

3,67 (0,90)

3,49 (0,90)

3,67 (0,94)

3,45 (0,92)

3,39 (0,95)

8774

1754

4061

1266

321

656

N

ESS 2002−2010, pondéré, plus la valeur est élevée, plus la concordance est importante.

On a également introduit comme variables le produit intérieur brut en termes réels par habitant (PIB) ainsi que le taux de chômage existant en Suisse au moment de la campagne de relevés. Enfin à l’échelle individuelle, des variables de contrôles ont été prises en compte pour compléter les analyses empiriques, à savoir le sexe (53,6 % de femmes et 46,4 % d’hommes) et l’âge des personnes interrogées (personnes entre 21 et 85 ans, M = 49,42, SD = 16,23). De plus, le revenu net des ménages a été introduit comme valeur objective de la situation sociale. Description des valeurs dépendantes Le concept de situation sociale d’Hradil (1987) a été opérationnalisé en lui apportant différentes dimensions: a) la dimension des besoins traditionnels économiques et liés à l’Etat-Providence (ressources matérielles: soucis d’argent/peur du chômage/demande à l’Etat de réduire l’inégalité des revenus), et b) la dimension des besoins sociaux (valeurs: traditionalisme, universalisme, hédonisme et réussite); confiance sociale, confiance dans les institutions et contacts sociaux (un récapitulatif est présenté dans le tableau 3). Pour une description détaillée des variables dépendantes et indépendantes utilisées, nous renvoyons le lecteur à Haunberger et al. (2011). Valeurs. Les valeurs ont été mesurées avec le «Portraits Value Questionnaire» (PVQ). Une analyse factorielle (analyse des principaux composants, rotation Varimax) a déterminé quatre facteurs et les a soumis à une analyse de fiabilité. Le chiffre clé de la consistance interne de

l’échelle, coefficient alpha Cronbach, est à chaque fois indiqué entre parenthèses: Traditionalisme (α = 0,70): Les six points suivants se rapportent à ce facteur: «se comporter correctement», «respecter les règles», «suivre les traditions et les coutumes», «habiter dans des quartiers sûrs», «faire preuve de réserve et de modestie» ainsi que la conviction selon laquelle «L’Etat doit assurer la sécurité». Universalisme (α = 0,65): cinq points se rapportent à ce facteur: «compréhension des autres», «loyauté par rapport aux amis», «protection de l‘environnement», «aide aux autres» et «traitement équitable de tous». Hédonisme (α = 0,71): ce facteur se compose de quatre points: «s’amuser», «se faire plaisir», «rechercher l’alternance» et «penser que les aventures et les risques font partie de la vie». Réussite (α = 0,67): ce facteur se compose de quatre points: «être admiré pour ses capacités», «avoir du succès», «avoir beaucoup d’argent», et «être respecté, exercer le contrôle».

Résultats Les analyses ont été effectuées à l’aide de régressions OLS. Pour l’interprétation des résultats, il est important de savoir quelle est la catégorie socio-professionnelle de référence à laquelle sont comparés les agricultrices et les agriculteurs. Dans l’appréciation subjective de sa situation économique, la population agricole se distingue peu des autres catégories socio-professionnelles (exprimé en termes de soucis d’argent et de chômage). 

Recherche Agronomique Suisse 4 (3): 132–137, 2013

135


Société | Situation sociale de la population agricole en Suisse

Tableau 4 | Situation sociale de la population agricole en Suisse (régressions OLS) Besoins économiques / liés à l'Etat-Providence

0,504

*

0,088

0,392

*

0,647

*

0,169

0,003

0,225

*

0,141

0,225

0,025

-0,484

*

-0,130

-0,594

*

-0,813

*

-0,116

0,079

-0,245

*

-0,046

-0,135

Taux de chômage

0,037

-0,167

*

-0,02

-0,150

*

-0,213

*

-0,023

0,036

-0,079

*

0,017

-0,055

Réussite

Hédonisme

Chômage

Contacts sociaux

Traditionalisme

0,025

Produit intérieur brut

Soucis d'argent

Campagne ESS

Confiance dans les institutions

Universalisme

Valeurs

Suppression des inégalités de ­revenus

Confiance sociale

Besoins sociaux

*

Catégories socio-professionnelles (référence: agriculteurs) Secteur des services

0,074

*

0,057

*

0,008

-0,002

-0,020

-0,032

*

Employés

-0,042

*

-0,017

Ouvriers qualifiés

-0,058

*

Ouvriers non qualifiés

-0,074

0,023

-0,020

0,003

0,080

-0,038

*

-0,008

-0,018

0,003

0,110

*

-0,042

*

-0,021

0,011

0,035

*

0,118

-0,069

*

0,008

*

-0,014

-0,114

*

0,043

*

-0,007

0,007

*

-0,001

-0,023

0,075

*

-0,020

*

-0,026

0,069

*

-0,050

-0,049

*

-0,010

-0,087

*

-0,110

-0,038

*

*

*

-0,021 -0,059

-0,065

-0,034

*

0,015

*

0,090

*

-0,026

*

0,136

*

*

0,213

*

-0,203

*

0,007

-0,013

-0,169

Sexe: masculin

-0,044

*

-0,024

*

0,006

0,019

Âge

0,053

*

-0,074

*

-0,227

0,011

-0,267

N

8044

8039

8042

7276

5464

7937

8022

8021

8019

8022

R2

0,024

0,018

0,055

0,068

0,028

0,038

0,025

0,087

0,087

0,076

-0,056

0,009 *

-0,046

*

*

*

Revenu net des ménages

*

*

0,043

0,020

*

ESS 2002-2010 pondéré. *p ≤ 0,05.

Seule la demande de supprimer l’inégalité des revenus est moins appuyée par les agriculteurs que par les employés, les ouvriers qualifiés et le personnel non qualifié, mais plus cependant que par les représentants du secteur des services (tabl. 4). Pour la perception subjective de l’intégration dans la société (besoins sociaux) la population agricole n’est pas en retrait par rapport aux autres catégories socio-professionnelles. Les agriculteurs et les agricultrices ont plus de confiance sociale et institutionnelle que les ouvriers qualifiés et non qualifiés, mais moins que les membres du secteur tertiaire. En termes de fréquence des contacts sociaux, il n’existe aucune différence par rapport aux autres catégories socio-professionnelles. Pour les valeurs, il semble également approprié de différencier en fonction des catégories socio-professionnelles. Les agricultrices et les agriculteurs s’estiment moins universalistes que les membres du secteur des services et que les employés, mais plus toutefois que les ouvriers non qualifiés. Les agriculteurs s’avèrent uniquement plus hédonistes que les ouvriers non qualifiés. La population agricole se considère plus traditionaliste que les membres du secteur des services, et plus orientée vers la réussite que les employés et les ouvriers non qualifiés.

136

Recherche Agronomique Suisse 4 (3): 132–137, 2013

Discussion et conclusions L’ébauche faite ici de la situation sociale de la population agricole se caractérise par une position ni particulièrement pessimiste, ni particulièrement optimiste. Au contraire, les agriculteurs et les agricultrices se situent souvent au même niveau que les autres catégories socioprofessionnelles, lorsqu’il est question d’évaluer leur statut social de manière subjective. Une comparaison, non pas avec la totalité de la population, mais avec des catégories socio-professionnelles précises, semble plus prometteuse car la population agricole ne s’avère pas plus traditionaliste d’une façon générale, mais seulement plus traditionaliste que les représentants du secteur des services. Dans le cadre d’un rapport sur les questions sociales sur la base d’analyses secondaires, cet article peut être considéré comme une contribution à la recherche sur les indicateurs sociaux, permettant de représenter le changement socio-structurel dans le domaine agricole de n manière quantitative. 


La situazione sociale della popolazione agricola elvetica Nel quadro di un resoconto sugli aspetti sociali, il presente contributo confronta, sulla base dello European Social Survey (ESS), la situazione sociale degli agricoltori svizzeri con quella di altre categorie professionali. Nell'analisi della situazione sociale, che ingloba qualità e opportunità di vita vengono considerati dei gruppi di popolazione, diversi fattori quali professione, reddito, disoccupazione, valori e integrazione nella società. Nell'interpretazione dei risultati è decisivo il gruppo professionale di confronto. Nella valutazione della situazione economica, la popolazione agricola si differenzia poco dagli altri gruppi e anche per quanto concerne l'opinione personale sull'integrazione nella società non è da meno ad altre categorie professionali. Dal punto di vista dei valori, a seconda del gruppo di confronto emerge il quadro di una popolazione agricola meno universalista, meno tradizionalista e più orientata ai risultati.

Bibliographie ▪▪ Abele M., 2009. Befindlichkeit und Lebensqualitätsindex der landwirtschaftlichen Bevölkerung. Schlussbericht einer repräsentativen telefonischen Bevölkerungsbefragung im Auftrag des Bundesamtes für Landwirtschaft BLW. gfs-zürich. ▪▪ Erikson R. & Goldthorpe J. H., 1992. The Constant Flux: A Study of Class Mobility in Industrial Societies. Clarendon Press, Oxford, 445 p. ▪▪ Haunberger S., Hadjar A. & Hegi U., 2011. Zur sozialen Lage von Landwirten in Europa. Eine empirische Analyse. Schweizerische Zeitschrift für ­S oziologie 37 (3), 395−418. ▪▪ Hildenbrand B., Bohler K. F., Jahn W. & Schmitt R., 1992. Bauernfamilien im Modernisierungsprozess. Campus Verlag, Frankfurt am Main et New York, 187 p. ▪▪ Hradil S., 1987. Sozialstrukturanalyse in einer fortgeschrittenen Gesellschaft. Von Klassen und Schichten zu Lagen und Milieus. Leske + Budrich, Opladen, 213 p. ▪▪ Hradil, S., 2005. Soziale Ungleichheiten in Deutschland. Nachdruck der 8. Auflage. VS Verlag für Sozialwissenschaften, Wiesbaden, 545 p. ▪▪ Neller K., 2004. Der European Social Survey (ESS). Neue Analysemöglichkeiten für die international vergleichende empirische Sozialforschung. Politische Vierteljahresschrift 45, 259–261. ▪▪ Pongratz H., 1987. Bauern – am Rande der Gesellschaft? Eine theoretische und empirische Analyse zum gesellschaftlichen Bewusstsein von Bauern. Soziale Welt 38, 522–544.

Summary

Riassunto

Situation sociale de la population agricole en Suisse | Société

On the social situation of the farming population in Switzerland As part of a social report, this paper traces the social situation of farmers in Switzerland in comparison with other occupational groups on the basis of the European Social Survey (ESS). With the social situation – which encompasses the quality of life and life opportunities of population groups – various factors such as job, income, unemployment, values, and integration in society are taken into account. The reference occupational group with which farmers are compared is critical for the interpretation of the results. In the assessment of their economic situation, the farming population differs little from other occupational groups; in terms of their subjectively perceived integration into society, the farming population does not fall behind other occupational groups. As far as values are concerned, depending on the reference, the farming population turns out to be less universalistic, less traditional, and more success-oriented. Key words: agricultural population, social position, subjective well-being, values.

▪▪ Pongratz H., 1988. Abhängigkeit und Fremdbestimmung der Bauern als Herausforderung einer Emanzipatorischen Sozialforschung. In: Für eine bäuerliche Landwirtschaft, Hugo Gödde und Dieter Voegelin (éd.). ­S chriftenreihe des Fachbereichs Stadtplanung/Landschaftsplanung der Gesamthochschule Kassel, Band 14. Printex Offset, Kassel, 49−53. ▪▪ Pongratz H., 1996. Ländliche Lebenswelt und agrarpolitische Krise in ­ihren Auswirkungen auf das gesellschaftlich-politische Bewusstsein der bäuerlichen Bevölkerung. In: Die Politisierung des Menschen. Instanzen der Politischen Sozialisation (éd. B. Claussen & R. Geissler). Leske & Budrich, Opladen, 339−352. ▪▪ Schridde P. & Fischer T., 2001. Bauern zwischen BSE, MKS und Biolandwirtschaft. Aktuelle Cornelsen Landkarte. Ausgabe 6/2001. Cornelsen Verlag, Berlin.. ▪▪ Schwartz S. H., 1992. Universals in the Content and Structure of Values. Theoretical Advances and Empirical Tests in 20 Countries. In: Advances in Experimental Social Psychology, (éd. M. Zanna), vol. 25. Academic Press, San Diego et Londres, 1−65. ▪▪ Wiesinger, Georg. 2005. Landwirtschaft zwischen Tradition und Moderne – Über den Struktur und Wertewandel in der bäuerlichen Lebenswelt. In: Agrarökonomie zwischen Vision und Realität, (éd. I. Darnhofer, M. Penker & H. K. Wytrzens). Band 10. Facultas Verlag, Vienne, 165−180.

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P r o d u c t i o n

v é g é t a l e

PRAMIG: un projet de développement pour ­mieux valoriser les prairies au sud des Alpes Emiliano Nucera1, Luca Boccardo1, Daniele Garzoli2, Giovanni D’Adda3 et Mario Bertossa4 AGRIDEA – antenne suisse italienne, 6593 Cadenazzo, Suisse 2 Ufficio Consulenza Agricola Canton Ticino, 6500 Bellinzone, Suisse 3 Scuola ed azienda agraria cantonale di Mezzana, 6828, Balerna, Suisse 4 Agroscope ACW, Centre de Cadenazzo, 6593, Cadenazzo, Suisse Renseignements: Emiliano Nucera, e-mail: emiliano.nucera@agridea.ch, tél. +41 91 858 19 66

1

Prairies sur mayen dans le Val Blenio (région de Nara).

Introduction Selon l’Office de la statistique du canton du Tessin (USTAT 2012), la surface agricole utile (SAU) du Tessin comptait en 2010 14 231 ha, dont 11 552 étaient des prairies permanentes et des pâturages (sans les surfaces d’estivage) et 415 ha des prairies temporaires. Les prairies et les pâturages occupent donc la plus grande partie de la SAU et sont à la base de la production laitière, production animale la plus importante du canton. Le produit brut de cette production s’élève à CHF 17 millions, au 3e rang derrière les cultures maraîchères et la viticulture (respectivement CHF 28 et 26,5 millions). Les surfaces fourragères ont donc une importance économique primordiale, non seulement en termes de production agricole, mais aussi pour le tourisme.

138

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En 2007, AGRIDEA, Agroscope Changins-Wädenswil ACW, le canton du Tessin et la section suisse italienne de l’Association pour le développement de la culture fourragère (APF) ont lancé un projet visant à soutenir les exploitations agricoles et à améliorer la production fourragère au sud des Alpes par la création et la mise en place d’outils spécifiques à cette région. Une enquête a tout d’abord été réalisée sur trentecinq exploitations situées dans quatre régions de montagne du canton du Tessin afin d’identifier leurs stratégies, de caractériser leurs conditions socioéconomiques et de déterminer les actions à entreprendre. Sur la base de ces premiers résultats, un projet de trois ans a été lancé. Ce projet comprenait la mise en place d’essais démonstratifs sur un réseau de dix exploitations et l’organisation d’activités de développement, telles que des enquêtes sur le développement phénologique des prairies et la détermination de la croissance de l’herbe. D’autres activités ont été ajoutées au cours du projet, comme l’introduction d’une approche typologique pour apprécier la végétation des prairies permanentes. Cet article donne une vue d’ensemble du projet et présente le travail effectué, les résultats obtenus, les difficultés rencontrées et les principaux enseignements.

Objectifs et organisation du projet L’objectif principal du projet PRAMIG (Miglioramento dei prati al Sud delle Alpi) était d’améliorer la durabilité des exploitations agricoles au sud des Alpes grâce à une production fourragère adaptée au territoire, conforme aux besoins des animaux et gérable par la famille paysanne. Les objectifs spécifiques du projet étaient: ••Former un réseau de 10 exploitations avec enregistrement et mise en valeur individuelle et en groupe des résultats technico-économiques.


••Réaliser au moins un essai démonstratif (techniques et/ou adaptations de pratiques) sur chaque exploitation. ••Etablir la courbe de croissance de l’herbe pour au moins deux prairies. ••Caractériser le développement phénologique des prairies au travers d’enquêtes spécifiques. ••Diffuser régulièrement les résultats du projet: – en organisant une rencontre annuelle des exploitants du réseau, en étroite collaboration avec les acteurs locaux; – en mettant sur pied une journée annuelle ouverte à tous les membres de l’APF et à tous les agriculteurs (organisation conjointe APF-PRAMIG) organisée sur les exploitations du réseau, dans une stratégie de diffusion des résultats (groupes d’intérêt, publications, articles de presse). Le projet a été dirigé par un «groupe de pilotage» formé par des représentants de l’APF, d’AGRIDEA, d’Agroscope ACW, du Service de vulgarisation agricole du canton du Tessin, de l’Ecole cantonale d’agriculture de Mezzana et du SEREC (Association suisse pour le service aux régions et communes). Ces personnes se sont rencontrées deux fois par année pour discuter et valider les résultats obtenus, et identifier les stratégies et les activités pour les années suivantes. Le travail de terrain et la coordination ont été assurés par les collaborateurs de l’antenne d’AGRIDEA à Cadenazzo. L’appui scientifique pour la mise en valeur des données provenant des enquêtes phénologiques, des mesures de croissance, des relevés botaniques et des autres activités a été assuré par ACW. Les décisions opérationnelles, les publications et l’organisation des journées de diffusion ont été planifiées et validées par l’équipe du projet et la commission technique de l’APF. Le «coaching» de l’équipe de projet a été assuré par le SEREC.

Réalisations et résultats Activités sur les exploitations Un des objectifs de PRAMIG était la création d’un réseau d’exploitations et d’essais démonstratifs sur des parcelles dont l’agriculteur n’était pas satisfait. Différentes thématiques ont été abordées (tabl. 1): lutte contre les mauvaises herbes (rumex, ombellifères, etc.), sursemis, optimisation de la fertilisation ou de la gestion de la pâture. La grande dispersion des exploitations sur le territoire a rendu difficile le suivi de toutes les phases d’essais et requis beaucoup d’énergie pour motiver les agriculteurs à exécuter les travaux (par exemple, la suppression momentanée de la fertilisation azotée ou l’introduction

Résumé

PRAMIG: un projet de développement pour ­m ieux valoriser les prairies au sud des Alpes | Production végétale

Au sud des Alpes, les prairies et les pâturages jouent un rôle économique primordial tant pour l’agriculture que pour le tourisme. L’objectif principal du projet PRAMIG (Miglioramento dei prati al Sud delle Alpi) était d’améliorer la durabilité des exploitations agricoles au sud des Alpes grâce à une production fourragère adaptée au territoire, conforme aux besoins des animaux et gérable par la famille paysanne. Les principaux acteurs concernés (AGRIDEA, APF, ACW, Vulgarisation agricole, Ecole de Mezzana, SEREC) ont collaboré pendant trois ans (de 2009 à 2011) pour développer des essais démonstratifs sur une dizaine d’exploitations agricoles, suivre le développement phénologique des prairies, mesurer la croissance de l’herbe et caractériser la végétation des prairies permanentes. Diffusés à travers les canaux habituels, tels que journées de vulgarisation, articles dans la presse agricole et fiches techniques, les résultats obtenus ont permis de mieux évaluer les principales caractéristiques des surfaces fourragères au sud des Alpes et d’identifier les pratiques d’exploitation et les interventions les mieux adaptées pour valoriser leurs potentialités. Ce projet a relancé le débat autour de la culture fourragère (notamment en montagne) et encouragé les acteurs concernés à construire ou renforcer le réseau de relations à différents niveaux (agricole, institutionnel).

d’une coupe de nettoyage précoce dans le cas des sursemis). Cette situation a parfois nécessité un suivi individuel de certaines exploitations, d’où une comparaison difficile avec les résultats des autres exploitations. Ce travail a cependant été utile pour l’équipe de projet qui a pu ainsi améliorer sa connaissance du territoire, mieux comprendre les enjeux et faire connaître ses activités. Activités de développement Enquêtes phénologiques Trois années d’enquêtes phénologiques (2009 – 2011) ont permis d’enregistrer les premières données tessinoises (tabl. 2) et de former les observateurs. La publication hebdomadaire d’un bulletin dans la presse et sur le site www.agrometeo.ch a commencé en 2011. Ce bulletin donne le stade phénologique moyen atteint par les prai- 

Recherche Agronomique Suisse 4 (3): 138–145, 2013

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Production végétale | PRAMIG: un projet de développement pour ­m ieux valoriser les prairies au sud des Alpes

Tableau 1 | Synthèse des activités sur les exploitations Exploitation

Essais prévus

Essais réalisés et modalités

Résultats et remarques

1

Introduction de fétuque élevée (Festuca arundinacea)

Sursemis dormant (mélange standard 462, 200 g/are) réalisé en novembre 2009 en ­semis direct. Les effets de l'intervention ont été contrôlés grâce à des relevés botaniques.

L'agriculteur n’a pas adapté la gestion (pas de fauche de ­nettoyage). Actuellement, cette parcelle a été mise en culture ­(céréale).

2

Lutte contre le rumex

Modifications de la gestion (fertilisation ­ ieux adaptée) dans le cadre des changem ments structurels de l’exploitation (nouvelle fosse à lisier).

Lutte contre le rumex réalisée avec succès

3

Optimisation de la gestion des pâturages maigres d’été

Relevés botaniques et proposition d’un ­nouveau calendrier de pâture

Le calendrier proposé a été adopté et s’est révélé efficace. Un suivi à moyen et long terme sera mis en place.

4

Sursemis sur prairies endommagées, contrôle des ombellifères et rumex

Sursemis au printemps (avril 2009) avec ­semoir pneumatique (mélange standard 440, 320 g/are)

Pas de coupe de nettoyage. La composition botanique est t­ outefois bonne: moins de 10 % d’ombellifères. Le sursemis n’est pas ici la technique la mieux adaptée. Pour améliorer la composition, une utilisation précoce au printemps et une anticipation des coupes suivantes (surtout la deuxième) seraient ­nécessaires.

5

Lutte contre le rumex

Des relevés botaniques ont été réalisés, mais pas d’essai mis en place

Conflits d'intérêt: l’intensification excessive, inadaptée à une zone de montagne est à l’origine du problème de rumex

6

Lutte contre le rumex

7

Amélioration des prairies et pâturages

Recommandations pas suivies par l'agriculteur qui a préféré son approche (labour sans destruction complète de l’ancienne prairie, après plusieurs interventions sélectives sur les rumex). Chaulage après le pâturage d’automne. ­Relevés botaniques

Intervention pas très utile, peu d’effet sur la composition ­botanique de ce pâturage de montagne

8

Lutte contre le rumex et les ombellifères

Sursemis manuel avec le mélange standard U431

Pas de coupe de nettoyage. La composition botanique est t­ outefois bonne: moins de 10 % d’ombellifères. Le sursemis n’est pas ici la technique la mieux adaptée. Pour améliorer la composition, une utilisation précoce au printemps et une anticipation des coupes suivantes (surtout la deuxième) seraient ­nécessaires.

9

Lutte contre le rumex et les orties

Relevés botaniques (situation de départ) et indications techniques sur les modalités de désherbage

Après les premiers contacts avec l'agriculteur, aucun ­programme d’action n’a été mis en œuvre

10

Plan de gestion, restaura­ tion de surfaces dégradées

Relevés botaniques, caractérisation des ­surfaces

Difficulté à réaliser et établir un programme opérationnel

11

Plan de gestion et sursemis

Plan de gestion et sursemis réalisés

Assistance dans le changement de génération.

12

Lutte contre le rumex

Désherbage et semis de la prairie

Abandon des activités agricoles

13

Lutte contre le rumex

Désherbage sélectif

Changement d’exploitation en 2011. L’intervention a été faite avec une semaine de retard et a abouti à un succès partiel

ries dans les principales zones thermiques. Les résultats des enquêtes ont aussi été publiés dans le classeur AGRIDEAADCF «Production herbagère» (AGRIDEA-ADCF 2011). Pendant les trois années, la variabilité interannuelle a été très élevée: 2009 et 2011 ont été des années précoces, plus particulièrement dans les zones thermiques «chaude» et «torride», avec environ deux semaines d’avance par rapport à l’année 2010. Les coupes traditionnellement faites à la même période ont dès lors produit du fourrage avec des valeurs nutritives très différentes selon les années.

140

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Détermination des courbes de croissance de l’herbe L’étude sur la croissance de l’herbe a permis d’obtenir les premiers résultats sur la distribution saisonnière de la production de quelques prairies situées au sud des Alpes. L’objectif de cette activité était de comparer la situation au sud des Alpes avec celle du reste de la Suisse et d’identifier les spécificités du territoire analysé. En 2009, deux dispositifs (Corrall et Fenlon 1978; modifié par Mosimann 2011) ont été mis en place, un à Cadenazzo (Tessin) et un à Lostallo (Valle Mesolcina,


PRAMIG: un projet de développement pour ­m ieux valoriser les prairies au sud des Alpes | Production végétale

Tableau 2 | Stade de développement des prairies permanentes au sud des Alpes de 2009 à 2011 selon la date de coupe et la zone thermique. Stade 4 = stade pleine épiaison du dactyle (Jeangros et Amaudruz 2005) 2009 Zone thermique

Frais

2010

Doux

Chaud

3-5 avril

1,5

1,5

2,0

6-8 avril

1,5

1,5

9-11 avril

1,5

12-14 avril 15-17 avril

Chaud

Torride

2,5

2,0

2,0

2,5

2,0

2,5

2,5

2,5

3,0

2,0

2,0

3,0

1,5

2,0

2,5

2,5

3,5

2,0

2,5

3,5

1,5

2,0

3,0

3,0

4,0

18-20 avril

2,5

2,5

3,5

1,5

2,0

2,5

3,0

3,5

4,5

21-23 avril

2,5

3,0

4,0

2,0

2,5

2,5

3,5

3,5

4,5

Doux

Chaud

Torride

Frais

(1,5)

24-26 avril 27-29 avril

Frais

2011 Doux

31 mars-2 avril

Torride

(1,5)

2,0

3,0

3,0

4,5

1,5

2,5

3,0

2,5

3,5

4,0

5,0

3,0

3,5

4,5

1,5

2,5

3,0

3,0

4,0

4,5

5,5

30 avril-2 mai

2,0

3,0

4,0

5,0

1,5

2,0

3,0

3,5

3,0

4,5

4,5

5,5

3-5 mai

2,5

3,5

4,0

5,5

1,5

2,0

3,0

4,0

3,5

4,5

5,0

6,0

6-8 mai

2,5

3,5

4,5

5,5

1,5

2,5

3,5

4,0

3,5

5,0

5,5

6,0

9-11 mai

3,0

4,0

5,0

6,0

2,0

3,0

4,0

4,5

4,0

5,5

5,5

6,5

12-14 mai

3,5

4,5

5,0

6,0

2,0

3,0

4,0

5,0

4,5

5,5

6,0

6,5

15-17 mai

3,5

4,5

5,5

6,5

2,5

3,5

4,5

5,0

4,5

6,0

6,5

18-20 mai

4,0

5,0

5,5

6,5

2,5

4,0

4,5

5,5

5,0

6,5

6,5

21-23 mai

4,0

5,5

6,0

7,0

3,0

4,0

5,0

5,5

5,0

6,5

24-26 mai

4,5

5,5

6,0

7,0

3,5

4,5

5,0

5,5

5,5

27-29 mai

5,0

5,5

6,5

7,5

3,5

4,5

5,5

6,0

6,0

30 mai-1 juin

5,0

6,0

6,5

4,0

5,0

5,5

6,0

2-4 juin

5,5

6,0

7,0

4,5

5,0

6,0

5-7 juin

5,5

6,5

7,0

5,0

6,0

6,0

8-10 juin

5,5

6,0

7,0

5,0

6,0

11-13 juin

5,5

6,5

7,0

5,5

6,0

14-16 juin

6,0

7,0

5,5

17-20 juin

6,0

7,0

6,0

20-22 juin

6,0 6,5

6,0

Grisons), et suivis durant trois ans. En 2011, un troisième dispositif a été ajouté à Semione (Val Blenio, Tessin, fig. 1). Les lieux représentent trois niveaux de production différents: élevé (Cadenazzo), moyen (Semione) et faible (Lostallo). En 2010 (tabl. 3 et fig. 2), la courbe de croissance de l’herbe a une forme classique: un pic de production au printemps (90 kg MS ha-1 j-1 à Cadenazzo et 47 à Lostallo) et un deuxième pic moins important en été (76 kg MS ha-1 j-1 seulement à Cadenazzo). En 2009 à Cadenazzo, le pic de production du printemps a été plus faible que celui de l’été (respectivement 80 et 110 kg MS ha-1 j-1). En 2011 à Cadenazzo et Semione, on a enregistré le minimum de production au mois de mai (54 et 30 kg MS ha-1 j-1).

Figure 1 | Dispositif de mesure de la croissance de l’herbe à Semione. (Photo: E. Nucera)

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Production végétale | PRAMIG: un projet de développement pour ­m ieux valoriser les prairies au sud des Alpes

Cadenazzo (2009-2011)

120

kg MS/(ha*T)

100 80 60 40 20 0

06 avr.

15 avr. 58,8 67,8

29 avr. 13 mai 78,5 56,1 71,2

27 mai

10 juin

24 juin

68,1 85,5 54,3

57,2 71,6 64,4

64,7 78,4 74,6

75,0 90,4 53,8

07 juill. 22 juill. 06 août 20 août 2 sept. 63,0 65,7 70,4

61,9 49,4 66,5

83,1 65,8 82,0

102,9 76,6 93,0

91,6 63,8 72,5

16 sept. 01 oct. 73,1 46,0 43,0

50,2 29,3 33,9

16 oct.

28 oct.

27,9 15,0

11,3

2009 2010 2011

Lostallo (2009-2011)

60

kg MS/(ha*T)

50 40 30 20 10 0

24 mai

27 mai

10 juin

27,8 12,3

40,0 15,8

24 juin 33,4 46,9 19,2

07 juill. 18,1 39,3 21,8

22 juill. 18,8 22,8 22,8

06 août 27,7 22,0 24,8

20 août 28,5 22,0 23,0

02 sept. 25,3 22,0 17,9

16 sept. 20,9 22,2 15,8

01 oct. 17,1 15,6 11,4

28 juill. 50,4

16 août 55

29 août 52,1

13 sept. 43,8

27 sept. 32,1

2009 2010 2011

Semione (2011)

120

100

kg MS/(ha*T)

80

60

40

20

0

03 mai 49,6

19 mai 30,2

31 mai 40,2

16 juin 63,3

30 juin 58,1

14 juill. 47,9

2011

Figure 2 | Courbes de croissance de l’herbe de 2009 à 2011 à Cadenazzo, Lostallo et Semione.

Les résultats obtenus s’expliquent en grande partie par les particularités météorologiques des années 2009 et 2011 caractérisées par une importante sécheresse au printemps, suivie par un été très pluvieux (Meteosuisse, rapports annuels). Dans l’analyse des courbes, il faut tenir compte de la présence de millets (Setaria spp., fig.  3), graminées estivales qui ont une faible valeur fourragère mais des rendements élevés (à Cadenazzo et Semione surtout).

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En conclusion, deux années sur trois, les conditions climatiques ont été très différentes des conditions moyennes au sud des Alpes. Il a ainsi été décidé de poursuivre cette activité pour obtenir des données représentatives pour le Sud des Alpes. Caractérisation de la végétation En 2008, une caractérisation sommaire de la végétation d’une partie des prairies du réseau initial a été réalisée


PRAMIG: un projet de développement pour ­m ieux valoriser les prairies au sud des Alpes | Production végétale

Vulgarisation et diffusion des résultats En 2009, deux journées de vulgarisation sur l’amélioration des prairies et la présentation des données recueillies en 2008 ont été organisées. D’autres actions de vulgarisation ont été mises en place les années suivantes, une dans une exploitation du sud du Tessin (2010) et deux dans une exploitation de la Riviera (2011). La participation des agriculteurs a toujours été inférieure aux attentes. Seuls les agriculteurs les plus motivés ont participé à ces journées. Par contre, la participation des élèves de l’école agricole de Mezzana a été bonne et en augmentation. La collaboration entre AGRIDEA et la commission technique de l’APF dans l’organisation des journées s’est progressivement renforcée de même que la participation des conseillers cantonaux. Outre les journées de vulgarisation, les instruments de diffusion adoptés pour communiquer les initiatives et les résultats de PRAMIG durant le projet ont été les suivants: • visites individuelles aux agriculteurs, • articles dans la presse agricole (Agricoltore ticinese), • site web pour le bulletin sur le développement phénologique des prairies (www.­agrometeo.ch), • fiches techniques dans le classeur AGRIDEAADCF «Production herbagère» (2011).

Les prairies de deux exploitations intensives de montagne, dans le Val Blenio et la Vallée Leventina, d’une exploitation mi-intensive dans les collines de la Riviera et d’une exploitation extensive de montagne en Malcantone ont été analysées. La mise en valeur des 51 relevés effectués en 2010 et 2011 montre que la plus grande partie des prairies analysées appartient aux types équilibré (E: 41%) et riche en autres plantes (D: 43 %). Les prairies riches en graminées sont rares (type G: 8 %) et il n’y a pas de prairies dominées par les ray-grass (Lolium spp.). Cette enquête montre que l’espèce qui influence le plus les caractéristiques des prairies est le dactyle (Dactylis glomerata). Selon Daccord et al. (2002), la diminution de la teneur en NEL (énergie nette pour la lactation) dans les premières semaines après le stade début épiaison (stade 3) est plus marquée chez le dactyle que chez le ray-grass. Par contre, la même étude a relevé que les teneurs en protéines (PAIE et PAIN) sont plus élevées chez le dactyle que chez le ray-grass. Ces premiers résultats indiquent qu’il est nécessaire d’approfondir ces enquêtes botaniques pour avoir des données plus précises et définir les pratiques agronomiques les mieux adaptées aux caractéristiques des prairies permanentes au sud des Alpes dominées par le dactyle et non par des ray-grass. Les résultats des relevés botaniques approfondis réalisés selon la méthodologie de Daget-Poissonet (1971) ont permis d’identifier 5 principaux types de végétation qui ont été décrits dans des fiches techniques spécifiques.

Evaluation et perspectives Réalisée en trois étapes, l’évaluation du projet a été a permis d’identifier les forces et les faiblesses du projet. L’échec de la création d’un véritable réseau de dix exploi- 

selon la méthodologie proposée par Sahli et al. (1996). Le but de cette caractérisation était de faciliter la fixation des objectifs de PRAMIG. Ces enquêtes ont révélé la grande variabilité de la végétation des prairies permanentes au sud des Alpes. Dès lors, il était important d’étudier la végétation des prairies d’une façon systématique pour identifier les types dominants, décrire leurs caractéristiques agronomiques et écologiques et préciser leur distribution. A partir de 2010, des relevés botaniques plus approfondis ont ainsi été réalisés sur quatre exploitations du réseau PRAMIG selon la méthodologie proposée par Daget et Poissonet (1971).

Figure 3 | Prairie à Cadenazzo avec une forte abondance de millets (Setaria spp). pendant l’été. (Photo: L. Boccardo)

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Production végétale | PRAMIG: un projet de développement pour ­m ieux valoriser les prairies au sud des Alpes

Tableau 3 | Description des parcelles de suivi de la croissance de l’herbe et production annuelle de fourrage de 2009 à 2011 2009 Altitude m

Parcelle Cadenazzo 1

«Meteo»

Sol

Coordonnées

202

113154

2010

2011

Production dt MS/ha

Fumure kg N/ha/ an

Production dt MS/ha

Fumure kg N/ha/ an

Production dt MS/ha

Fumure kg N/ha/ an

142

140

131

160

156

140

Cadenazzo 2

«Stalon»

202

profond

715541

113160

141

140

129

160

116

140

Lostallo 1

«Sem»

425

superficiel

735820

130549

29*

100

38

100

36

120

Lostallo 2

«Caio»

430

superficiel

735769

131327

271*

100

50

100

29

120

Semione 1

«Ponzella»

370

profond

718063

140673

– 

87

130

Semione 2

«Fiume»

370

profond

718063

140673

89

130

*Le suivi a commencé après la première coupe.

tants a été un point faible. Au fil du temps, ce réseau a pris la forme d’un réseau d’essais démonstratifs plutôt qu’un réseau de personnes. Les principaux points forts concernent le rapprochement des acteurs locaux (canton, APF, agriculteurs), l’utilité des informations fournies par le projet et les perspectives futures. Les résultats technico-scientifiques ont aussi été reconnus comme des succès: enquêtes phénologiques, courbes de croissances de l’herbe et approche typologique de la végétation des prairies. Correctement intégrés, ces trois éléments permettent d’évaluer soigneusement les caractéristiques qualitatives et quantitatives des surfaces fourragères. Ils permettent également d’identifier les pratiques d’exploitation et les interventions les mieux adaptées pour valoriser leurs potentialités. Les collaborations et les synergies développées dans le cadre du projet PRAMIG permettent d’envisager la continuation de certaines activités, à savoir: ••Poursuite des enquêtes phénologiques, tout en améliorant la représentativité des parcelles; ••Poursuite du suivi de la croissance de l’herbe, si possible en augmentant le nombre des parcelles grâce à des simplifications méthodologiques; ••Amélioration des connaissances sur la végétation des prairies (caractérisation écologique et agronomique) et leurs fonctions dans les exploitations pour permettre aux agriculteurs et aux autres acteurs de mieux répondre aux défis et besoins des exploitations agricoles et de mieux valoriser les produits basés sur les ressources locales; ••Diffusion des nouvelles connaissances et expériences acquises par des moyens adaptés: fiches techniques, internet, etc. ••Animation de groupes de discussion sur la production fourragère et en particulier sur l’amélioration de l’utilisation des ressources locales. Ces groupes seront formés d’agriculteurs et de conseillers. Leur but sera

144

Recherche Agronomique Suisse 4 (3): 138–145, 2013

de faciliter les échanges sur les questions techniques, sur l’adaptation des stratégies individuelles et sur la participation à des projets collectifs à l’échelle régionale. L’antenne suisse italienne d’AGRIDEA aura pour tâche de coordonner la concrétisation de ces différentes activités.

Conclusions Les résultats obtenus ont permis d’augmenter les connaissances de base sur les caractéristiques des prairies et pâturages du sud des Alpes ainsi que sur les enjeux de la production herbagère pour les exploitations agricoles. Les points forts de ce projet sont les connaissances pluridisciplinaires et les expériences acquises, tant du point de vue méthodologique (enquêtes phénologiques, relevés botaniques et mesures de croissance de l’herbe) que du point de vue de l’organisation et des collaborations (animation des groupes de travail). Le projet a permis d’identifier plusieurs sujets importants et d’élaborer des outils techniques utiles pour le développement de la production herbagère au sud des Alpes. Des personnes de différents milieux et appartenant à différentes structures (chercheurs, conseillers, techniciens, agriculteurs et autres acteurs de la production fourragère) ont travaillé ensemble, privilégiant une approche holistique et pluridisciplinaire. Le projet a non seulement permis d’aborder des enjeux d’ordre technique ou de développement, mais il a joué un rôle essentiel pour stimuler les acteurs concernés et pour construire ou renforcer le réseau de relations à différents niveaux (agricole, institutionnel). Grâce à PRAMIG, le débat autour de la culture fourragère (particulièrement en montagne) a été relancé et n une démarche d’accompagnement initiée.

Remerciements

Les auteurs remercient l’ADCF pour son soutien financier (fonds semences).


Progetto PRAMIG: miglioramento della gestione dei prati al sud delle Alpi Al sud delle Alpi, i prati e i pascoli rivestono un ruolo economico primario sia per l’agricoltura, sia per il turismo. L’obiettivo prinicipale del progetto PRAMIG (Miglioramento dei prati al Sud delle Alpi) era di migliorare la sostenibilità delle aziende agricole al sud delle Alpi grazie ad una produzione foraggera adattata al territorio, conforme ai bisogni animali e gestibile dalla famiglia contadina. I principali attori coinvolti (AGRIDEA, APF, ACW, Sezione cantonale dell’agricola, Azienda agraria cantonale di Mezzana, SEREC) hanno collaborato per tre anni (dal 2009 al 2011) per sviluppare delle prove dimostrative su una decina di aziende agricole, per seguire lo sviluppo fenologico dei prati, per misurare la crescita dell’erba e per caratterizzare la vegetazione dei prati permanenti. Diffusi attraverso i canali ordinari, come giornate di volgarizzazione, articoli su periodici agricoli e schede tecniche, i risultati ottenuti hanno permesso valutare al meglio le principali caratteristiche delle superfici foraggere al sud delle Alpi e d’indentificare le pratiche di utilizzazione e gli interventi più idonei per valorizzare le loro potenzialità. Questo progetto ha rilanciato il dibattito attorno alla coltura foraggera (specialmente in montagna) e incoraggiato i soggetti implicati a formare o rinforzare la rete di relazioni a diversi livelli (agricolo, istituzionale).

Bibliographie ▪▪ Agridea – ADCF, 2011. Classeur Production herbagère, fiches techniques. ▪▪ Corrall A. J. & Fenlon J. S., 1978. A comparative method for describing the seasonal distribu-tion of production from grasses. Journal of Agricultural Science 91, 61–67. ▪▪ Daget P. & Poissonet J., 1971. Analyse phytologiques des prairies. Annales Agronomiques 22 (1), 5–41. ▪▪ Jeangros B. & Amaudruz M., 2005. Dix ans d’observations sur la phénologie des prairies permanente en Suisse romande. Revue suisse Agric . 37 (5), 201–209. ▪▪ Daccord R., Arrigo Y., Jeangros B., Scehovic J., Schubiger F. X. & Lehmann J., 2002. Valeurs nutritives des plantes des prairies. 6. Valeurs azotées et énergétiques. Revue suisse Agric. 34 (2), 73–78.

Summary

Riassunto

PRAMIG: un projet de développement pour ­m ieux valoriser les prairies au sud des Alpes | Production végétale

PRAMIG: a development project to enhance grassland management in the Swiss Southern Alps Meadows and pastures play a vital economic role for both agriculture and tourism along the Southern side Alps. The main objective of the PRAMIG (Miglioramento dei prati a Sud delle Alpi) project was to promote sustainable management methods for farms located in the Southern side Alps, by means of a fodder production system adapted to the local conditions, as well as suited to the animals’ needs and manageable by the peasant families. For three years, key stakeholders (AGRIDEA, APF, ACW, Agricultural Extension of TI, Agricultural School of Mezanna, SEREC) run demonstrative tests and trials on ten farms, follow the phenological development of meadows, measure the growth of grass and characterize the vegetation of permanent grasslands. Disseminated in the usual channels, such as extension days, specialized agricultural press and datasheets, the results of such an approach led to better evaluate the main characteristics of grassland areas in the Southern Alps, and to identify the operating practices and interventions best suited to develop their potentials. This project has revived the debate on forage (especially in mountain areas) and encouraged stakeholders to build and strengthen their network of partnerships at different levels (agricultural, institutional). Key words: Swiss Southern Alps, grassland, forage production, extension methods, management recommendations.

▪▪ Meteosuisse. Rapports annuels. Accès: http://www.meteoschweiz.admin.ch/web/fr/climat/climat_aujourdhui/retrospective_annuelle.html ▪▪ Mosimann E., 2011. Protocole de mesure de la croissance de l’herbe des pâturages. Document interne ACW, non publié. ▪▪ Sahli A., Thöni E., Amaudruz M., Koenig A. & Jeangros B., 1996. Appréciation des prairies. Fiche technique ADCF-AGRIDEA 8.1.1., 8 p. ▪▪ USTAT, 2012. Accès: http://www3.ti.ch/DFE/DR/USTAT/index. php?fuseaction=dati.home&p1=43&p2=285&p3=288

Recherche Agronomique Suisse 4 (3): 138–145, 2013

145


E c l a i r a g e

Culture biologique d’orge de brasserie en zone de montagne: essais variétaux Peer Schilperoord1 et Padruot Fried2 Hauptstrasse 16, 7492 Alvaneu Dorf, Suisse 2 Sur Auas, 7543 Lavin/GR, Suisse Renseignements: Peer Schilperoord, e-mail: schilperoord@bluewin.ch, tél. +41 81 404 22 29 1

Figure 1 | Essais en petites parcelles à Alvaneu le 24.07.2010. Devant, au centre, la variété ­E xtase, à droite Quench et à gauche un triticale de printemps.

La culture de l’orge de brasserie est devenue un important pilier de l’agriculture de montagne aux Grisons, où les zones situées au-dessus de 1000 m d’altitude risquent de ne plus être cultivées. L’orge de brasserie sert à produire des bières spéciales. La surface cultivée était de 32 ha en 2012. La variété Ria a dû être remplacée car elle était devenue sensible à la rouille noire et a été retirée du marché. Pendant trois ans, de 2010 à 2012, quatorze variétés modernes ont été testées dans des essais en petites parcelles et dans des essais en bandes. La variété Quench s’est révélée la meilleure alternative. Comparativement à Ria, son rendement est supérieur de 25%, sa teneur en protéines est significativement plus basse et elle est nettement mois sensible à la rouille noire, à l’helminthosporiose et à la rynchosporiose. Le rendement de la paille est bon, grâce au tallage qui est fort, même si la variété est courte.

146

Recherche Agronomique Suisse 4 (3): 146–149, 2013

La culture biologique des variétés conventionnelles en zone de montagne est en principe possible. Quelquefois, les épis ne sortent pas complètement de la dernière feuille, phénomène qui indique une croissance réduite en conditions biologiques.

Introduction La culture de l’orge de brasserie à plus de 1000 m d’altitude est devenue une niche importante aux Grisons. Comme les variétés modernes ont été sélectionnées pour la culture conventionnelle, plusieurs questions se posent: comment se comportent-elles dans les conditions de la culture biologique? Les rendements sont-ils satisfaisants? Ces variétés sont-elles résistantes à la rouille noire endémique dans cette région?


Culture biologique d’orge de brasserie en zone de montagne: essais variétaux | Eclairage

Tableau 1 | Liste des variétés testées et recommandation pour leur culture en zone de montagne. La variété la plus ancienne est Ria, inscrite en 1998, et devenue sensible à la rouille noire. Elle n’était plus disponible à partir de 2012. *Rasmusson est une orge à six rangs avec des arêtes lisses. Toutes les autres variétés de brasserie ont deux rangs avec des arêtes rugueuses.

Variété Conchita

Année de test 2010

Obtenteur

Pays

Année d’inscription

Recommandation pour la mise en ­culture

KWS Lochow

DE

2007

Non

Grace

2010

Ackermann

DE

2009

Non

Margret

2010

Saatbau Linz

AT

2003

Non

Marthe

2010

Nordsaat

DE

2005

Non

Extase

2010

2011

Lemaire-Deffontaines

FR

2004

Non

Primadonna

2010

2011

Saatzucht Firlbeck GmbH

DE

2006

Non

Saatzucht Hadmersleben

DE

1998

Non

Syngenta Seeds GmbH

DE

2006

Oui

Ria

2010

2011

Quench

2010

2011

2012

Streif

2010

2011

2012

Streng

DE

2007

Oui

Sunshine

2010

2011

2012

Josef Breun

DE

2009

Non

Bambina

2011

2012

KWS Lochow

DE

2009

Ouverte

Rasmusson*

2011

Minnesota University

USA

2008

Non

Beatrix

2012

Nordsaat

DE

2004

Ouverte

Tatum

2012

Minnesota University

USA

2010

Non

Matériel et méthodes Les essais variétaux avec des orges de brasserie se sont étendus sur trois ans, de 2010 à 2012. Quatorze variétés d’orge de printemps ont été testées. Les essais ont démarré avec dix variétés. Quelques-unes d’entre elles ont montré clairement après une année déjà qu’elles n’étaient pas adaptées pour la culture dans les conditions requises. Elles ont été remplacées par d’autres variétés dès la deuxième année. Des huit variétés testées en 2011, quatre ont été éliminées et, pour 2012, deux nouvelles variétés ont été ajoutées (tabl. 1). Des variétés locales des Grisons avaient déjà été testées auparavant. Le risque de verse de ces variétés est si élevé qu’elles n’ont pas pu être incluses dans nos essais (Schilperoord 2003 et résultats non publiés). Les variétés ont été testées dans des essais exacts et dans des essais en bandes. Les essais exacts ont été effectués en petites parcelles randomisées avec trois répétitions sur les fermes bio de MM. Daniel Berther à Alvaneu, Vallée de l’Albula, et Andreas Melchior à Andeer, Schams (fig. 1). Les parcelles mesuraient 9,3 m² et la densité de semis était de 450 grains/m². Les semis ont été effectués dès que possible au mois d’avril, avec une machine pour petites parcelles. La récolte a été faite pendant la deuxième moitié du mois d’août. Les travaux de sarclage et de désherbage ont été faits à la main. La station de recherche Agroscope Reckenholz-Tänikon

ART a semé, préparé les échantillons de récolte et effectué les calculs statistiques. Les essais pratiques étaient des essais en bandes dans des champs d’orge de printemps situés en Engadine à Ardez, Ftan, Scuol et Ramosch, ainsi que dans la vallée de l’Albula à Bravuogn et Lantsch. Les paramètres suivants ont été déterminés: rendement en grains, date d’épiaison, hauteur des plantes, résistance à la verse, nombre d’épis/m², proportion commercialisable de la récolte, apparence visuelle des grains, teneur en protéine (NIT), poids de 1000 grains, poids à l’hectolitre, et, pour les maladies: rouille noire (Puccinia graminis Per.), helminthosporiose (Pyrenophora teres (Died.), septoriose (Septoria nodorum ( Berk.) Berk.) et rynchosporiose (Rynchosporium secalis (Oudem)).

Résultats Tous les résultats sont disponibles sur Internet (Schilperoord 2012). Seuls les résultats les plus importants sont présentés ici. La comparaison avec la variété Ria (tabl. 2) montre que les variétés nouvelles ont un rendement plus élevé, sont plus courtes et ont une teneur en protéines plus basse. Les différences relevées après deux ans d’expérimentation entre les variétés Quench, Streif et Sunshine ont été confirmées dans les comparaisons après trois ans d’expé rimentation (tabl. 3).

Recherche Agronomique Suisse 4 (3): 146–149, 2013

147


Eclairage | Culture biologique d’orge de brasserie en zone de montagne: essais variétaux

Tableau 2 | Comparaison des résultats de deux années d’essais en petites parcelles 2010-2011. La variété Ria présente les résultats les plus faibles pour le rendement et la teneur en protéines. Chez les variétés de brasserie, la teneur en protéines ne devrait pas dépasser les 11,5%. Malgré sa teneur élevée en protéines, Ria s’était avérée bonne pour la brasserie. Toutes les nouvelles variétés sont plus précoces que Ria, mais les différences sont négligeables en culture. Toutes les nouvelles variétés sont très courtes. PPDS = plus petite différence significative.

  Variété

Rendement  dt / ha

Rend. relatif  %

Poids de mille grains  g

Poids à l’hectolitre  kg

Précocité à l’épiaison +/- jours

Hauteur des ­plantes  cm

Teneur en protéines  %

EXTASE

37,2

112,4

47,5

65,8

-5,3

77,9

12,4

PRIMADONNA

37,8

114,5

46,7

63,2

-1,3

73,8

12,4

RIA

32,7

100

41,6

64,8

0

77,5

13,2

QUENCH

45,9

139

43,9

63,7

-1,8

67,5

11,7

STREIF

41,9

126,9

48,0

63,9

-3,3

67,5

12,5

SUNSHINE

39,3

118,7

46,6

62,5

-3,2

74,2

13,1

Référence

32,7

100

41,6

64,8

0

77,5

13,2

Moyenne

39,1

118,6

45,7

64,0

-2,5

73,1

12,5

5

2,7

2,9

1,5

2,9

4,9

PPDS 5%

Coefficient de variation %

1,6

4,8

1,9

0,8

1,8

1,7

0,5

PPDS 1 %

2,1

6,5

2,7

1,1

2,5

2,3

0,7

Variance

3,9

10,4

1,7

1,0

1,5

4,5

0,4

Nombre d’observations

12

4

4

12

4

12

12

Nombre de lieux

4

4

4

4

4

4

4

Maladies: la pression naturelle des maladies était très inégale suivant les années et les lieux. L’année 2010 était une année marquée par la rouille noire (tabl. 3). La pression la plus élevée a été relevée à Ardez où la plante de Berberis vulgaris, l’hôte secondaire de la rouille noire, est présente juste à côté des champs d’expérimentation. En 2011, une attaque massive de rynchosporiose et d’helminthosporiose a été observée dans les essais en bandes à Lantsch et à Ftan sur les variétés Ria et Extase. La troisième variété, Quench, était nettement moins

sensible. Lors de la troisième année, Sunshine a été fortement attaquée par la septoriose. Juste avant la récolte, cette maladie a causé une forte réduction de rendement en attaquant le dernier internoeud de la plante et en provoquant de la verse. La variété Extase, la seule recommandée par l’obtenteur pour la culture conventionnelle et la culture biologique, était la plus précoce et celle avec la paille la plus longue. Elle a été éliminée à cause de ses rendements très variables et sa sensibilité à l’helminthosporiose.

Tableau 3 | Comparaison des trois années de tests pour les variétés Quench, Streif et Sunshine. Légende: Note à maturité: impression générale juste avant la récolte; Note des grains: remplissage et aspect général. Notes: 1 = bon; 9 = mauvais. PPDS = plus petite différence significative.

Rendement dt/ha

Rend. relatif %

Précocité à l’épiason +/-Tag

Hauteur des plantes cm

Note à ­maturité Note

Pois de ­mille grains g

Poids à l’hectolitre kg

Note des grains Note

Nombre d’épis pro m2

Teneur en protéine %

42

100

0

68,1

2,6

42,5

62,1

4,5

830,7

11,7

STREIF

38,6

93,2

-1,4

68,1

2,4

47,6

63

4,8

743,9

12,6

SUNSHINE

34,1

80,1

-1,4

73,6

4,1

44,3

60,6

5,5

687,9

13,1

QUENCH

148

Référence

42

100

0

68,1

2,6

42,5

62,1

4,5

830,7

11,7

Moyenne

38,2

91,1

-0,9

69,9

3

44,8

61,9

4,9

754,2

12,5

13,9

Coeff. de variance %

5,1

3,2

3

32,8

2,9

1,6

1

5

PPDS 5 %

1,3

3,4

1,4

0,7

1,6

0,7

6,4

0,4

PPDS 1 %

1,7

4,7

1,8

0,9

2,1

0,9

8,6

0,6

Variance

3,7

8,2

3,7

4,3

1

1,7

1

0,5

61,2

0,4

Nb. d’observations

18

6

6

18

18

6

18

4

12

18

Nombre de lieux

6

6

6

6

6

6

6

4

4

6

Recherche Agronomique Suisse 4 (3): 146–149, 2013


Culture biologique d’orge de brasserie en zone de montagne: essais variétaux | Eclairage

Tableau 4 | Les attaques de rouille noire varient fortement d’une année à l’autre. L’année 2010 était une année à rouille noire. A Ardez, l’hôte secondaire de la rouille noire, Berberis vulgaris , est présent tout près des champs. Pendant les trois années d’essais, la pression de la maladie était la plus forte à Ardez. PPDS = plus petite différence significative

Année d’essais 2010  Variété

Moyennes des essais en petites parcelles Alvaneu et Andeer

Essais en ­bande

rouille noire note

rouille noire note

CONCHITA

3,5

3,8

EXTASE

2,5

4,3

GRACE

5,3

7,3

4

6,3

MARGRET MARTHE

3,5

5,8

PRIMADONNA

4,5

5,3

QUENCH

2,7

4

RIA

5,2

6,3

4

4

STREIF SUNSHINE

2,3

3,3

Référence

5,2

6,3

Moyenne

3,8

5

Coefficient de variation (%)

27,1

PPDS (5 %)

1

PPDS (1 %)

1,4

Nombre d’observations

0,9

Nombre de lieux

6

4

Anz. Orte

2

1

Discussion La production d’orge de brasserie dans les Grisons est unique parce qu’elle se fait en conditions biologiques et à une altitude de 1000 m et plus. Jusqu’à présent, aucune expérimentation dans de telles conditions n’a été effectuée. Les essais et tests effectués dans les pays voisins (Allemagne et Autriche) sont d’un grand secours pour la présélection des variétés, mais il n’est pas possible d’en déduire des recommandations pour les zones de montagne telles que rencontrées dans cette étude. Les deux variétés qui peuvent être recommandées, Quench et Streif, ont été sélectionnées pour la production conventionnelle. Elles ne peuvent pas exprimer tout leur potentiel de rendement en culture biologique en zone de montagne. Les plantes restent plus courtes et ont des difficultés à sortir l’épi hors de la dernière feuille. Le tallage est le plus fort chez Quench. Par cette caractéristique, cette variété produit des rendements en pailles surprenants, même si la variété a une hauteur de plantes assez courte (information des paysans). Le poids de 1000

grains est plus bas que celui de Streif. On s’attendait donc à ce que la teneur en protéines de Quench, avec la plus petite proportion de farines et un poids de 1000 grains plus bas, soit plus élevée que chez Streif. C’est le contraire qui a été relevé. La variété Quench a couvert 20% des surfaces de multiplication en Allemagne en 2011. Avec la variété Grace, elle est parmi les variétés les plus cultivées (Braugersten-Jahrbuch 2012). Aux Grisons, la variété Grace a été éliminée après la première année d’expérimentation à cause de sa forte sensibilité à la rouille noire. La variété Streif a dépassé le point culminant en Allemagne, sa part en surfaces de multiplication était d’environ 0,2% en 2011. Dans l’ensemble, la variété Quench s’est avérée être une bonne alternative à Ria, avec un rendement en grains supérieur de 25% et une sensibilité réduite aux maladies telles que rouille noire, rynchosporiose et helminthosporiose. La série d’expérimentations présentée ici a clairement montré qu’il est nécessaire de faire des essais durant plusieurs années et sur des lieux différents afin de pouvoir donner des recommandations fiables pour la culture de l’orge de brasserie en zone de montagne. C’est surtout l’apparition sporadique des maladies qui exige cette façon de faire. n

Remerciements

Les essais en plein champ avec l’orge de brasserie ont été rendus possibles grâce à contributions de Bio Suisse, Amt für Landwirtschaft und Geoinformation des Kantons Graubünden, la Fondation suisse pour la protection et l'aménagement du paysage et Pro Natura GR.

Bibliographie ▪▪ Braugersten-Jahrbuch 2012. Herausgegeben von der Arbeitsgemeinschaft zur Förderung des Qualitätsgerstenbaues im Bundesgebiet e.V. Braugerstengemeinschaft.de. Accès: http://www.braugerstengemeinschaft.de/admin/ImageServer.php?download=true&ID=72820a499@ braugerstengemeinschaft [14.01.2013] ▪▪ Schilperoord P., 2003: Sortengärten in Graubünden – In Situ Erhaltung und Vorbereitungen für die on Farm Erhaltung lokaler Bündner Gersten und Weizen Sorten. Bericht NAP 27. 21 p. Berggetreide.ch Accès: http://berggetreide.ch/Archiv/Bericht%20NAP%2027.pdf [14.01.2013] ▪▪ Schilperoord P., 2012. Abschlussbericht Sortenprüfungen für das Berg­ gebiet. 49 p. Berggetreide.ch. Accès: http://berggetreide.ch/Archiv/Abschlussbericht_Sortenpruefungen_2010-2012.pdf [14.01.2013]

Recherche Agronomique Suisse 4 (3): 146–149, 2013

149


E c l a i r a g e

Foodle.ch – la plateforme suisse des denrées ­alimentaires et de l’alimentation Judit Valentini Station de recherche Agroscope Liebefeld-Posieux ALP-Haras, 3003 Berne, Suisse Renseignements: Judit Valentini, e-mail: judit.valentini@agroscope.admin.ch, tél. +41 31 323 86 05

Une présentation graphique attractive.

En matière d’alimentation aussi, Internet offre une quantité inimaginable d’informations. Or, depuis le 1er juillet 2012, les personnes intéressées par les questions alimentaires disposent d’un nouvel outil pour obtenir des informations résumées, simples à comprendre et fiables. Lancée par Agroscope, la plateforme Foodle.ch regroupe aujourd’hui 28 partenaires provenant de divers horizons: des organisations non gouvernementales (ONG), des organismes publics ainsi que des partenaires issus de l’économie, de la formation et de la recherche. Limiter le flux d’informations Si l’on introduit le mot anglais «Food» dans la fenêtre de recherche de Google, on obtient plus de trois milliards de réponses. Autant dire que les informations sur les denrées alimentaires sont infinies! En plus des associations professionnelles, des universités et des hautes écoles, un grand nombre d’entreprises commerciales publient des informations visant à promouvoir leurs produits sur Internet. Pour l’utilisateur, il est très difficile de s’y retrouver et de séparer le bon grain de l’ivraie. Or, dans ce domaine, il est indispensable d’avoir des informations objectives, neutres et transparentes. Foodle.ch met donc à disposition des personnes intéressées des informations compréhensibles par tous; par ailleurs, elle suscite la discussion sur ces thèmes par le biais des réseaux sociaux Facebook et Twitter.

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Recherche Agronomique Suisse 4 (3): 150–152, 2013

Partenariat unique Foodle.ch a été lancée par la station de recherche Agroscope. Les domaines d’activité d’Agroscope portent entre autres sur la qualité et la sécurité des denrées alimentaires suisses, la nutrition et le développement durable en production agroalimentaire. L’idée à l’origine du projet Foodle.ch consistait à mettre sur pied une plateforme indépendante avec l’ensemble des acteurs importants du secteur agroalimentaire suisse afin de présenter les connaissances de chacun des membres d’une façon innovatrice, d’atteindre de nouveaux groupes cible et de promouvoir l’interaction entre partenaires et consommateurs. En quelques mois seulement, cette plateforme Internet s’est développée en un projet commun soutenu par un grand nombre d’institutions et d’organisations, toutes actives dans le secteur suisse des denrées alimentaires et de l’alimentation. Foodle.ch compte désormais 28 partenaires. Le mot partenariat n’est pas un vain mot, car tous ont les mêmes droits. Les partenaires de Foodle.ch proviennent de différents domaines, comme la formation et la recherche, l’économie, l’administration fédérale, les organisations non gouvernementales (tabl. 1). L’économie est présente sur Foodle.ch par le biais d’associations professionnelles uniquement. On évite ainsi que certaines entreprises commercialisent leurs produits via 


Foodle.ch – la plateforme suisse des denrées ­a limentaires et de l’alimentation | Eclairage

Tableau 1 | Partenaires de Foodle.ch Organisations non gouvernementales (ONG) Konsumentenforum kf Santé publique Suisse, groupe spécialisé Nutrition Union suisse des paysannes et des femmes rurales Société suisse de nutrition SSN Slow Food Suisse Formation et recherche Agroscope Alimentarium Haute école spécialisée bernoise des sciences agronomiques, forestières et alimentaires HAFL HES-SO Haute école spécialisée Suisse occidentale-Valais Haute école pédagogique du Nord-Ouest de la Suisse Société suisse d’hygiène des denrées alimentaires SSHDA Association suisse des diététicien-ne-s diplômé-e-s ES/HES ASDD Association suisse des ingénieurs agronomes et des ingénieurs en technologie alimentaires ASIAT Strickhof Swiss Food Research World Food System Center Haute école zurichoise de sciences appliquées ZHAW Economie Emmentaler Switzerland Fromarte Proviande Union suisse des paysans USP Association suisse des AOC-IGP Switzerland Cheese Marketing AG Offices fédéraux Office fédéral de la santé publique OFSP Office fédéral de l’agriculture OFAG Unité fédérale pour la filière alimentaire UFAL Communication Pananche SA Newcom Solution

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Eclairage | Foodle.ch – la plateforme suisse des denrées ­a limentaires et de l’alimentation

Tableau 2 | Interactions entre tous les acteurs de Foodle Domaines d'interaction

Utilisateurs

Partenaires

Foodle.ch

Informations variées et complètes

Mise en réseau; rencontres régulières entre partenaires

Crédibilité élevée; promotion par le biais des partenaires

Transmission des informations

Diffusion régulière d’informations; ­informations fiables; repères dans la jungle des informations

Davantage de visites sur les sites des partenaires grâce aux liens vers ceuxci; visibilité dans trois langues

Accès à des nouvelles intéressantes

Réseaux sociaux

Interaction avec d’autres utilisateurs et avec Foodle.ch

Visibilité élevée et interactivité

Visibilité élevée; contact direct avec la «community»

Aspect financier

Offre gratuite et sans publicité

Coûts bas, car divisés entre les ­différents partenaires

Stabilité grâce aux cotisations ­ des partenaires

Partenariats

Figure 1 | Eliane et Johann animent les discussions sur le site de Foodle.ch.

Foodle.ch. Actuellement, Foodle.ch est en contact avec d’autres partenaires potentiels afin d’élargir encore davantage son offre en informations. Un outil de promotion efficace pour l’ensemble des partenaires Autofinancée par les cotisations de ses partenaires, Foodle.ch est une plateforme très intéressante pour l’ensemble de ses membres, les coûts annuels étant bas par rapport aux prestations offertes. Les prestations de Foodle.ch comprennent la promotion régulière des activités et des publications des partenaires, la rédaction de petits textes accrocheurs, la traduction de ces articles en deux autres langues et une présence active sur les réseaux sociaux Facebook et Twitter. Le tableau 2 présente les interactions entre Foodle.ch et les utilisateurs, les partenaires de même qu’avec Foodle.ch elle-même.

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Des informations brèves et compréhensibles La plateforme Foodle.ch est conçue de manière à attirer quotidiennement l’attention des utilisateurs sur des informations actuelles en matière de denrées alimentaires et d’alimentation. Outre des articles captivants sur différents aliments et formes d’alimentation, Foodle.ch présente aussi des offres de formation et des projets de recherche portant sur de nombreux thèmes autour de l’alimentation. A cet effet, des spécialistes d’Agroscope consultent régulièrement les sites des partenaires à la recherche d’informations susceptibles d’intéresser les internautes, rédigent des textes accrocheurs et les publient sur Foodle.ch accompagnés d’une illustration correspondante. Chaque article est pourvu d’un lien qui renvoie l’internaute sur le site du partenaire concerné. Foodle.ch se compose de quatre rubriques: «Denrées alimentaires», «Formation», «Recherche» et «Community». Les informations transmises sont simples à comprendre, contrôlées quant à leur fiabilité et proviennent toutes d’organisations et d’institutions reconnues en Suisse. La plateforme Foodle.ch cherche néanmoins à se faire connaître aussi à l’étranger, raison pour laquelle les articles sont rédigés non seulement en français et en allemand, mais également en anglais. Conception du site et présence dans les réseaux sociaux Foodle.ch se distingue par un design attrayant et une interactivité rendue possible grâce à la technologie actuelle (vidéos, podcasts, etc.). Elle s’adresse donc à un large public. Les réseaux sociaux Facebook et Twitter sont également très utilisés pour la transmission des informations et permettent des échanges directs avec la communauté d’internautes. Eliana et Johann, les animateurs virtuels de foodle.ch, répondent aux questions et remarques et animent l’ensemble du site (fig.1).  n Liens: www.foodle.ch facebook: www.facebook.com/foodle.ch twitter: @foodle_ch


P o r t r a i t

Felix Herzog ou la passion des grands projets au service de la biodiversité Le projet de recherche UE BioBio (PR7) s’est achevé en 2012 après avoir testé vingt-trois indicateurs de biodiversité pour l’agriculture européenne1. Felix Herzog, coordinateur du projet, s’y est beaucoup investi. La rédaction du rapport final qui englobait seize institutions participantes dans quatorze pays différents pour un total d’environ 80 personnes, fut notamment un défi de taille. «Pour appliquer un monitoring de la biodiversité dans environ 50 000 exploitations, il suffirait de disposer de 0,25 % des dépenses de la politique agricole de l’UE. Nous avons posé les premières pierres de l‘édifice en notre qualité de chercheurs», déclare-t-il, «le reste est une question de volonté politique.» L’application en Suisse est rapide Felix Herzog apprécie le fait que la Confédération suisse, contrairement à l’UE, fasse rapidement appliquer les études par des mesures concrètes, comme le montre le projet AlpFUTUR2 d’Agroscope et du WSL: «Sachant que les paysages alpins sont une évidence culturelle en Suisse, nous nous sommes demandés comment le changement du mode d’exploitation (reboisement, intensification de l’exploitation dans les situations privilégiées) des zones d‘estivage se répercuterait sur l’agriculture, le paysage, la biodiversité et la société. Avec un demi million d’hectares, les zones d’estivage ne représentent pas moins d’un tiers de la surface utilisée par l'agriculture.» Il s’agissait d’arriver à une prise de conscience politique du problème. «Dans une phase préalable du projet, nous avons recueilli des questions de recherche auprès des parties prenantes, avons réuni les chercheurs et les parties prenantes, défini des axes prioritaires et ébauché les différents projets.» Puis a commencé la pénible recherche de fonds. «Grâce à la généreuse contribution d’une fédération, nous sommes finalement parvenus à réaliser AlpFUTUR», se souvient Felix Herzog. «En outre, environ une trentaine de sponsors ont financé vingt-deux autres projets et le travail de coordination.» «Si nous avons si bien réussi, c’est qu’avec l’économie alpestre, nous avions trouvé un sujet charismatique, que nous avions à nos côtés deux institutions solides et complémentaires, Agroscope et WSL, et que nous tentions d’offrir un service aux chercheurs plutôt que de

www.biobio-indicator.org www.alpfutur.ch

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les accabler avec des rapports obligatoires», déclare Felix Herzog. «A présent, nous arrivons au terme de l‘aventure, nous rédigeons la synthèse et préparons la manifestation de clôture qui aura lieu le 1er octobre 2013 à Schüpfheim.» Felix Herzog a étudié la production végétale à l‘EPF et fait son doctorat au Centre suisse de recherches scientifiques en Côte d’Ivoire. Ensuite, il a travaillé au centre de recherches environnementales à Leipzig, dans le domaine de l’écologie du paysage. En 2000, il a rejoint Agroscope en qualité de responsable du groupe de l’évaluation des mesures écologiques; depuis 2008, il y dirige le groupe de recherche Paysage agricole et biodiversité. C’est également à Leipzig qu’il a rencontré sa femme. Tous les deux aiment faire de grands voyages avec leurs deux enfants âgés de 13 et 18 ans. Récemment, ils sont par exemple partis en croisière sur le Nil. L’année dernière, ils étaient au Sri Lanka. Preuve que Felix Herzog semble être attiré par les nouveaux paysages et leur diversité. Etel Keller-Doroszlai, Station de recherche Agroscope ReckenholzTänikon ART, 8046 Zurich

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A c t u a l i t é s

Nouvelles publications

Aires de repos perforées dans l’engraissement porcin

Rapport ART 758

Aires de repos perforées dans l’engraissement porcin Propretés des boxes et des animaux

Novembre 2012

Auteurs Roland Weber1, Beat Wechsler2, Urs Marolf1, Felix Grob3, Werner Humbel3, Edi Peterhans3, Urs Thalmann4 1 Station de recherche Agroscope Reckenholz-Tänikon ART, Centre spécialisé dans la détention convenable des ruminants et des porcs, CH-8356 Ettenhausen 2 Office vétérinaire fédéral, OVF, Centre spécialisé dans la détention convenable des ruminants et des porcs, CH-8356 Ettenhausen 3 Suisseporcs, Fédération suisse des éleveurs et producteurs de porcs, Allmend 8, CH-6204 Sempach 4 Krieger AG, Rütmattstrasse 6, CH-6017 Ruswil Impressum Edition: Station de recherche Agroscope Reckenholz-Tänikon ART, Tänikon, CH-8356 Ettenhausen, Rédaction: Etel Keller, ART Traduction: Regula Wolz, ART Les Rapports ART paraissent environ 20 fois par an. Abonnement annuel: Fr. 60.–. Commandes d‘abonnements et de numéros particuliers: ART, Bibliothèque, 8356 Ettenhausen T +41 (0)52 368 31 31 F +41 (0)52 365 11 90 doku@art.admin.ch Downloads: www.agroscope.ch ISSN 1661-7576

Depuis la révision de la législation sur la protection des animaux en 2008, les aires de repos présentant un petit pourcentage de perforations pour l’écoulement des liquides sont autorisées dans la production porcine. Pour les porcheries d’engraissement existantes, ce pourcentage de perforations ne doit pas dépasser 5 %. Jusqu’à présent, aucune étude n’a été faite pour savoir si ce type d’aires de repos convenait pour la propreté des logettes et des animaux. L’étude réalisée par ART en collaboration avec Suisseporcs avait pour but d’examiner si les aires de repos avec un pourcentage réduit de perforations étaient adaptées aux porcs à l’engrais. Par conséquent, différentes aires de repos ont été installées dans quatre exploitations équipées de boxes à caillebotis intégral. Ces aires de repos présentaient des pourcentages de perforations variables et étaient construites dans des matériaux différents. Il s’agissait de grilles en béton d’un pourcentage de perforations de 5 %, 6 %, 6,4 % et 8 %, de tapis en caoutchouc d’un pourcentage de perforations de 5 % et

10 % ainsi que du système Click In (éléments en plastique pour obturer les fentes) avec un pourcentage de perforations de 5 %. Les chefs d’exploitation euxmêmes ainsi qu’un collaborateur d’ART ont évalué la propreté des sols et des animaux à intervalles réguliers pendant une année. Les résultats de l’étude montrent que les aires de repos et les animaux sont d’autant plus sales que le pourcentage de perforations est bas. Dans les boxes équipés de tapis en caoutchouc avec 10 % de perforations, la saleté des aires de repos et des animaux étaient au même niveau que dans les boxes avec caillebotis intégral. De même avec les revêtements ayant 5 % de performations, la saleté des aires de repos et des animaux se situait entre le niveau «propre» et le niveau «peu sale». Le pourcentage de perforations maximal prescrit par la législation sur la protection des animaux, à savoir 5 %, n’a par conséquent pas conduit à un niveau de saleté qu’il faudrait considérer comme inacceptable du point de vue du bien-être des animaux.

Rapport ART 758 Depuis la révision de la législation sur la protection des animaux en 2008, les aires de repos présentant un petit pourcentage de perforations pour l’écoulement des liquides sont autorisées dans la production porcine. Pour les porcheries d’engraissement existantes, ce pourcentage de perforations ne doit pas dépasser 5 %. Jusqu’à présent, aucune étude n’a été faite pour savoir si ce type d’aires de repos convenait pour la propreté des logettes et des animaux. L’étude réalisée par ART en collaboration avec Suisseporcs avait pour but d’examiner si les aires de repos avec un pourcentage réduit de perforations étaient adaptées aux porcs à l’engrais. Différentes aires de repos ont été installées dans quatre exploitations équipées de boxes à caillebotis intégral. Ces aires de repos présentaient des pourcentages de perforations variables et étaient construites dans des matériaux différents. Il s’agissait de grilles en béton d’un pourcentage de perforations de 5 %, 6 %, 6,4 % et 8 %, de tapis en caoutchouc d’un pourcentage de perforations de 5 % et 10 % ainsi que du système Click In (éléments en plastique pour obturer les fentes) avec un pourcentage de perforations de 5 %. Les chefs d’exploitation eux-mêmes ainsi qu’un collaborateur d’ART ont évalué la propreté des sols et des animaux à intervalles réguliers pendant une année. Les résultats de l’étude montrent que les aires de repos et les animaux sont d’autant plus sales que le pourcentage de perforations est bas. Dans les boxes équipés de tapis en caoutchouc avec 10 % de perforations, la saleté des aires de repos et des animaux étaient au même niveau que dans les boxes avec caillebotis intégral. De même avec les revêtements ayant 5 % de performations, la saleté des aires de repos et des animaux se situait entre le niveau «propre» et le niveau «peu sale». Le pourcentage de perforations maximal prescrit par la législation sur la protection des animaux, à savoir 5 %, n’a par conséquent pas conduit à un niveau de saleté qu’il faudrait considérer comme inacceptable du point de vue du bien-être des animaux. Roland Weber et al., ART

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A c t u a l i t é s

Racleurs d’évacuation pour porcheries Rapport ART 759

Racleurs d’évacuation pour porcheries Dimensions adéquates et essais sur la compatibilité avec les besoins des animaux

Mars 2013 Auteurs Roland Weber, Alexandra Ettinger, Station de recherche Agroscope Reckenholz-Tänikon ART, Centre spécialisé dans la détention convenable des ruminants et des porcs, CH-8356 Ettenhausen Beat Wechsler, Lorenz Gygax, Office vétérinaire fédéral, OVF, Centre spécialisé dans la détention convenable des ruminants et des porcs, CH-8356 Ettenhausen Beat Steiner, Station de recherche Agroscope Reckenholz-Tänikon ART, Bâtiments, animaux et travail, CH-8356 Ettenhausen Renseignements: Roland Weber, courriel: roland.weber@art.admin. ch, Tél. +41 52 368 33 74 Impressum Edition: Station de recherche Agroscope Reckenholz-Tänikon ART, Tänikon, CH-8356 Ettenhausen, Rédaction: Etel Keller, ART Traduction: Regula Wolz, ART Les Rapports ART paraissent environ 20 fois par an. Abonnement annuel: Fr. 60.–. Commandes d’abonnements et de numéros particuliers: ART, Bibliothèque, 8356 Ettenhausen T +41 (0)52 368 31 31 F +41 (0)52 365 11 90 doku@art.admin.ch Downloads: www.agroscope.ch ISSN 1661–7576

Les porcs sont curieux et s’intéressent au racleur d’évacuation. L’élevage porcin emploie pour l’instant des racleurs d’évacuation conçus pour les bovins ou des dispositifs sur mesure réalisés selon les indications des agricultrices et agriculteurs. Comme les porcs sont plus petits que les bovins, ils ont plus de mal à passer par-dessus un racleur à fumier en mouvement. L’étude réalisée par le Centre de détention convenable d‘ART avait pour but d’indiquer quelles dimensions et quels modèles de racleurs convenaient pour les porcs. Dans un premier temps, les chercheurs ont étudié le comportement des porcs avec les racleurs d’évacuation existant dans la pratique. Ces résultats ont servi de base pour développer de nouveaux racleurs pour les porcs d’élevage et d’engraissement. Dans un deuxième temps, les chercheurs ont voulu savoir quelles améliorations ces racleurs avaient

apporté pour les truies d’élevage et d’engraissement. Les résultats ont montré que les porcs d’engraissement notamment pouvaient mieux passer par-dessus des racleurs qui présentaient un pourtour (somme de la hauteur et de la profondeur d’un racleur) plus faible. Les racleurs pliants combinés peuvent être évités plus facilement par les animaux lorsqu’ils reculent car les volets latéraux se rabattent dans l’axe de glissement ou car le racleur avance en «V». Les différents racleurs d’évacuation utilisés actuellement chez les porcs peuvent être considérés comme respectueux des besoins des animaux. Toutefois, il faut également tenir compte de certains aspects relatifs à la construction et à l’organisation du travail pour assurer un emploi des racleurs adaptés aux animaux.

Rapport ART 759 L’élevage porcin emploie pour l’instant des racleurs d’évacuation conçus pour les bovins ou des dispositifs sur mesure réalisés selon les indications des agricultrices et agriculteurs. Comme les porcs sont plus petits que les bovins, ils ont plus de mal à passer par-dessus un racleur à fumier en mouvement. L’étude réalisée par le Centre de détention convenable d‘ART avait pour but d’indiquer quelles dimensions et quels modèles de racleurs convenaient pour les porcs. Dans un premier temps, les chercheurs ont étudié le comportement des porcs avec les racleurs d’évacuation existant dans la pratique. Ces résultats ont servi de base pour développer de nouveaux racleurs pour les porcs d’élevage et d’engraissement. Dans un deuxième temps, les chercheurs ont voulu savoir quelles améliorations ces racleurs avaient apporté pour les truies d’élevage et d’engraissement. Les résultats ont montré que les porcs d’engraissement notamment pouvaient mieux passer par-dessus des racleurs qui présentaient un pourtour (somme de la hauteur et de la profondeur d’un racleur) plus faible. Les racleurs pliants combinés peuvent être évités plus facilement par les animaux lorsqu’ils reculent car les volets latéraux se rabattent dans l’axe de glissement ou car le racleur avance en «V». Les différents racleurs d’évacuation utilisés actuellement chez les porcs peuvent être considérés comme respectueux des besoins des animaux. Toutefois, il faut également tenir compte de certains aspects relatifs à la construction et à l’organisation du travail pour assurer un emploi des racleurs adaptés aux animaux. Roland Weber et Alexandra Ettinger, ART

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Actualités

Controlled Traffic Farming Rapport ART 761

Controlled Traffic Farming Des voies de passage permanentes pour une meilleure protection du sol

Février 2013

Auteurs Martin Holpp, Thomas Anken, Hansrudolf Oberholzer, René Reiser, Jan Rek, Peter Weisskopf, Urs Zihlmann, ART Oliver Hensel, Universität Kassel, Agrartechnik Witzenhausen martin.holpp@art.admin.ch Impressum Edition: Station de recherche Agroscope Reckenholz-Tänikon ART, Tänikon, CH-8356 Ettenhausen, Rédaction: Etel Keller, ART Traduction: Regula Wolz, ART Les Rapports ART paraissent environ 20 fois par an. Abonnement annuel: Fr. 60.–. Commandes d’abonnements et de numéros particuliers: ART, Bibliothèque, 8356 Ettenhausen T +41 (0)52 368 31 31 F +41 (0)52 365 11 90 doku@art.admin.ch Downloads: www.agroscope.ch ISSN 1661–7576

Récolte de céréales sur des voies de passage CTF permanentes en Grande-Bretagne – le plan de circulation protège le sol. (Source: Julian Gold, Hendred Farm Partnership) De nos jours, les véhicules circulent généralement de manière aléatoire sur les surfaces agricoles utiles, c’est-à-dire sans suivre de voies de passage fixes. Le compactage qui en résulte dans les grandes cultures doit être réparé régulièrement, ce qui demande beaucoup de temps et d’énergie. Dans les prairies permanentes, ces dégâts demeurent avec les conséquences négatives que cela suppose pour la composition du peuplement, le rendement et les fonctions du sol. Une réduction du compactage du sol pourrait rendre les procédés culturaux nettement plus efficients, plus fiables et plus productifs, et améliorer les fonctions du sol comme l‘infiltration et la rétention de l‘eau. Toutefois, jusqu’à présent, les systèmes de guidage permettant de séparer zones de circulation et zones de croissance des végétaux n’ont été mis en pratique que dans les grandes cultures pour les voies de passage spécifiques à l‘entretien employées pour la protection phytosanitaire et la fumure. Des systèmes de

guidage basés sur satellites permettent aujourd’hui de définir des voies de passage permanentes pour plusieurs années. Ces systèmes de guidage aussi appelés Controlled Traffic Farming (CTF) sont utilisés depuis le milieu des années 1990 à grande échelle dans les cultures de céréales en Australie. Du fait de la réduction du compactage de la couche superficielle du sol, le régime de l’eau et de l’air dans le sol s’est amélioré. Les rendements des systèmes culturaux sont devenus plus stables pendant les périodes de sécheresse et de fortes précipitations. Des résultats d’essais actuels montrent que les systèmes CTF adaptés aux conditions locales peuvent également améliorer durablement l’efficacité de la protection du sol et de la production végétale en Europe. Le présent rapport donne un aperçu des développements et de l’utilisation des systèmes CTF et présente les aspects essentiels pour leur mise en pratique dans les différentes grandes cultures.

Rapport ART 761 De nos jours, les véhicules circulent généralement de manière aléatoire sur les surfaces agricoles utiles, c’està-dire sans suivre de voies de passage fixes. Le compactage qui en résulte dans les grandes cultures doit être réparé régulièrement, ce qui demande beaucoup de temps et d’énergie. Dans les prairies permanentes, ces dégâts demeurent avec les conséquences négatives que cela suppose pour la composition du peuplement, le rendement et les fonctions du sol. Une réduction du compactage du sol pourrait rendre les procédés culturaux nettement plus efficients, plus fiables et plus productifs, et améliorer les fonctions du sol comme l‘infiltration et la rétention de l‘eau. Toutefois, jusqu’à présent, les systèmes de guidage permettant de séparer zones de circulation et zones de croissance des végétaux n’ont été mis en pratique que dans les grandes cultures pour les voies de passage spécifiques à l‘entretien employées pour la protection phytosanitaire et la fumure. Des systèmes de guidage basés sur satellites permettent aujourd’hui de définir des voies de passage permanentes pour plusieurs années. Ces systèmes de guidage aussi appelés Controlled Traffic Farming (CTF) sont utilisés depuis le milieu des années 1990 à grande échelle dans les cultures de céréales en Australie. Du fait de la réduction du compactage de la couche superficielle du sol, le régime de l’eau et de l’air dans le sol s’est amélioré. Les rendements des systèmes culturaux sont devenus plus stables pendant les périodes de sécheresse et de fortes précipitations. Des résultats d’essais actuels montrent que les systèmes CTF adaptés aux conditions locales peuvent également améliorer durablement l’efficacité de la protection du sol et de la production végétale en Europe. Le présent rapport donne un aperçu des développements et de l’utilisation des systèmes CTF et présente les aspects essentiels pour leur mise en pratique dans les différentes grandes cultures. Martin Holpp et al., ART

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Actualités

Branchentreffen

im Rahmen der Tage der offenen Tür

Obst, Gemüse und Wein

Forschung erleben

Agroscope in Wädenswil Freitag, 7. Juni, 8.30 – 13 Uhr

Agroscope in Wädenswil, 7. und 8. Juni 2013

Gemüsebau, 8.30 – 11.30 Uhr, Aula der ZHAW, Wädenswil Grundlagen sowie phytopathologische und pflanzenbauliche Aspekte der Gründüngung.

Agroscope und die Zukunft, 11.45 Uhr, Agroscope Referat von Bernard Lehmann, Direktor des Bundesamtes für Landwirtschaft

Weinbau, 9.00 – 11.20 Uhr, Festzelt, Agroscope 18. Hefe- und Weinbautagung: Hefeversuche bei RieslingSilvaner und Blauburgunder. Blauburgunder-Klone im Vergleich. Anmeldung erforderlich: www.agroscope.ch Obstbau, 9.15 – 11.20 Uhr, Sandhof, Wädenswil Pflanzenschutzstrategien zur Rückstandsvermeidung, Totaleinnetzung, Einfluss von Pflanzenschutzstrategien auf Lagerung und Qualität.

RecheRche AgRonomique SuiSSe

Gemeinsamer Apéro der Branchen, 12.15 Uhr, Agroscope. Freier Rundgang Tage der offenen Tür, ab 13 Uhr Anfahrt mit dem Auto: Ausfahrt Wädenswil und Wegweiser Parkplatz Geeren folgen. Shuttle-Bus zur Hochschule (Gemüsebau), zur Forschungsanstalt (Weinbau) und zum Sandhof (Obstbau). Anfahrt mit dem Zug: Bis Bahnhof Wädenswil, Bus 123, 126 oder 150 bis «Hochschule» (Gemüsebau); Bus 123 oder 126 bis «Forschungsanstalt» oder Bus 150 oder 160 bis «Mühlebach» (Weinbau); Bus 150 oder 160 bis «Sandhof» (Obstbau).

www.agroscope-forschung-erleben.ch Schweizerische Eidgenossenschaft Confédération suisse Confederazione Svizzera Confederaziun svizra

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AgRAR foRSchung Schweiz

Landwirtschaft – Lebensmittel – Umwelt

Eidgenössisches Departement für W irtschaft, Bildung und Forschung WBF Agroscope

Informations actuelles de la recherche pour le conseil et la pratique : Recherche Agronomique Suisse paraît 10 fois par année et informe sur les avancées en production végétale, production animale, économie agraire, techniques agricoles, denrées alimentaires, environnement et société. Recherche Agronomique Suisse est également disponible on-line sous www.rechercheagronomiquesuisse.ch Commandez un numéro gratuit! Nom / Société

Recherche Agronomique Suisse/ Agrarforschung Schweiz est une publication des stations de recherche agronomique Agroscope et de leurs partenaires. Les partenaires sont l’office fédéral de l’agriculture ofAg, la haute école des sciences agronomiques, forestières et alimentaires hAfL, AgRiDeA Lausanne & Lindau et l’ecole polytechnique fédérale de zurich eTh zürich, Département des Sciences des Systèmes de l’environnement. Agroscope est l’éditeur. cette publication paraît en allemand et en français. elle s’adresse aux scientifiques, spécialistes de la recherche et de l’industrie, enseignants, organisations de conseil et de vulgarisation, offices cantonaux et fédéraux, praticiens, politiciens et autres personnes intéressées.

Prénom Rue/N° Code postal / Ville Profession E-Mail Date Signature Talon réponse à envoyer à: Rédaction Recherche Agronomique Suisse, Agroscope Liebefeld-Posieux ALP-haras, case postale 64, 1725 Posieux, Tél. +41 26 407 72 21, fax +41 26 407 73 00, e-mail: info@rechercheagronomiquesuisse.ch www.rechercheagronomiquesuisse.ch

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Actualités

M C oem d ime un nmi iqtut e é isl ud ne gperne s s e

www.agroscope.admin.ch/medienmitteilungen www.agroscope.admin.ch/communiques 25.02.2013 Le souchet menace les grandes cultures et les cultures maraîchères!

07.02.2013 Site pour les essais en plein champ sur les plantes génétiquement modifiées

Le souchet (Cyperus esculentus) est une mauvaise herbe répandue dans le monde entier, qui s’installe en Suisse principalement dans les surfaces agricoles. Il passe l’hiver et se multiplie grâce à ses petits tubercules souterrains. Sa propagation est liée aux activités agricoles. Les cultures maraîchères, de pommes de terre et de betteraves sont les plus touchées et aucun herbicide n’est vraiment efficace. Les méthodes conventionnelles de lutte contre les mauvaises herbes sont impuissantes pour éviter la propagation croissante du souchet en milieu agricole.

Pour identifier les possibilités et les limites offertes par le génie génétique vert, il est prévu de réaliser de nouveaux essais de dissémination en Suisse à partir de 2014 avec des plantes génétiquement modifiées. Dans ce but, Agroscope établit sur le site de Reckenholz (ZH) une parcelle d’essai au service des chercheurs. L’Université de Zurich a déposé une demande d’autorisation pour la dissémination de blé génétiquement modifié auprès de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV).

21.02.2013 Sécurité et qualité assurées dans les aliments pour animaux commercialisés en Suisse

La puéraire hirsute, appelée aussi kudzu (Pueraria lobata Willd. Ohwi., Fabaceae), est classée par l’IUCN* dans les 100 néophytes envahissantes les plus agressives de la planète. En quelques années, elle est capable de recouvrir et de détruire totalement la végétation existante si les conditions lui sont favorables. La tige peut croître de 27 cm par jour (!), avec des effets dévastateurs sur la biodiversité et les espaces cultivés. En Suisse, la puéraire hirsute est présente depuis près de 20 ans au Tessin, où les 35 foyers d’infestation répertoriés sont placés sous surveillance. Sa croissance très rapide a incité Agroscope à mener des essais pour étudier son potentiel de prolifération et mettre au point des stratégies de lutte.

La station de recherche Agroscope est mandatée pour contrôler les aliments pour animaux de rente et de compagnie (petfood) commercialisés en Suisse. Elle représente ainsi le premier maillon de la sécurité dans la chaîne alimentaire. Durant l'année écoulée, Agroscope a prélevé et analysé 1311 échantillons. La proportion d'aliments pour animaux de rente non conformes a diminué par rapport à l'année précédente et la situation a continué à s'améliorer en ce qui concerne le petfood.

12.02.2013 Opération commando contre les champignons résistants En médecine comme en agriculture, la résistance des champignons pathogènes aux antifongiques devient un  problème de plus en plus inquiétant. Etant donné le peu de produits antifongiques disponibles en médecine, la découverte de nouveaux composés permettant de contourner ce phénomène est devenue cruciale. Agroscope a initié une recherche novatrice fédérant 3  institutions de l’Arc lémanique (Agroscope, IMUL, UNIGE/EPGL) pour découvrir une nouvelle génération de produits naturels antifongiques. Les résultats de cette synergie permettront, à terme, d’élaborer de nouveaux traitements efficaces, de limiter les problèmes de résistance actuels et de parer au manque de produits antifongiques en médecine.

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04.02.2013 Une légumineuse surprenante: la puéraire hirsute

*International Union for Conservation of Nature.


Actualités

Liens internet

Manifestations

Divers liens sur les abeilles et la ­recherche apicole en Suisse Centre suisse de recherches apicoles www.agroscope.admin.ch/imkerei/index.html?lang=fr Connaissances sur les abeilles www.landwirtschaft.ch/de/wissen/tiere/weitere-tiere/bienen (seulement en allemand) Initiative pour la protection des abeilles en Suisse www.protegeonsabeilles.ch

Dans le prochain numéro Avril 2013 / Numéro 4 La recherche appliquée et le développement doivent être efficaces. Sans connaissances pratiques, la ­recherche ne peut résoudre aucun problème et sans diffusion des connaissances, les meilleures découvertes ne servent à rien. Les 7 et 8 juin, vous aurez l’occasion de découvrir les activités fascinantes d’Agroscope à Wädenswil, spécialisée dans l’arboriculture, la viticulture, la culture maraîchère, l’alimentation et l’analytique.

••Série AlpFUTUR: L’infrastructure en région d’estivage: Témoins historiques et aménagement du territoire, Stefan Lauber et Benno Furrer, WSL et Étude des maisons rurales de Suisse ••Série AlpFUTUR: Biodiversité précieuse dans les herbages de pâturages alpestres envahis par les broussailles, Bärbel Koch et Sarah Schmid, ART ••Quel serait l’aspect d’une Suisse, pays bio? Stefan Mann et al., ART ••Composition de la ration fourragère dans l’élevage de vaches laitières en Suisse, Dierk Schmid et Simon Lanz, ART et BLW ••Analyse de cycle de vie de deux systèmes de production laitière (garde au pâturage vs garde à l’étable), Michael Sutter et al., HAFL et ART

Mars 2013 20. – 21.03.2013 4. Täniker Melktechniktagung Agroscope Reckenholz-Tänikon ART Ettenhausen Avril 2013 25. April 2013 8e réunion annuelle du Réseau de recherche équine en Suisse Haras national suisse HNS Avenches 28.04. – 01.05.2013 GCIRC technical meeting 2013 Agroscope Changins-Wädenswil ACW Nyon Mai 2013 07.05.2013 Frühjahrstagung: Sind hohe Leistungen «Bio-kompatibel»? Herausforderungen für die Tierernährung Manifestation commune de ETH Zurich, Vetsuisse ­Berne et Zurich, et d‘Agroscope ETH Zentrum, Zurich 30.05.2013 AGFF-Tagung AGFF / Agroscope / Inforama Innereriz BE Juin 2013 07. – 08.06.2013 Journées porte ouverte 2013 Agroscope Changins-Wädenswil ACW Wädenswil 19. – 20.06.2013 Agrartechniktage Tänikon Agroscope Reckenholz-Tänikon ART Ettenhausen

••Indicateurs de l'utilisation de produits phytosanitaires (PPS) en Suisse, Simon Spycher et al., ACW et BLW ••Où en est la recherche en agriculture biologique? Markus Kellerhals et al., ACW, ART, ALP-Haras et FiBL ••La calèche à assistance électrique, un projet original d’ALP-Haras, Ruedi von Niederhäusern, ALP-Haras

Informationen: Informations: www.agroscope.admin.ch/veranstaltungen www.agroscope.admin.ch/manifestations

Recherche Agronomique Suisse 4 (3): 154–159, 2013

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Mittwoch/Donnerstag, 20./21. März 2013

4. Tänikoner Melktechniktagung Agroscope, CH-8356 Ettenhausen TG

Thema: Automatisierung rund ums Melken • Hygiene • Qualität • Rationalisierung Siehe Programm unter: www.agroscope.ch/veranstaltungen www.agroscope.ch

Tagungsort Agroscope Tänikon CH-8356 Ettenhausen TG Detailprogramm und Anmeldung www.agroscope.ch/veranstaltungen oder an: diana.niederer@art.admin.ch Schweizerische Eidgenossenschaft Confédération suisse Confederazione Svizzera Confederaziun svizra

Eidgenössisches Departement für W irtschaft, Bildung und Forschung WBF Agroscope

harasnational.ch

8e réunion annuelle du Réseau de recherche équine en Suisse 25 avril 2013 9 h - 17 h, Théâtre du Château, Avenches -

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Journée ouverte à tout public avec exposés et posters Echange et transmission d’un savoir scientifique aux personnes qui détiennent, montent, mènent et élèvent des chevaux Thèmes: Prévention et maladies ; Elevage et génétique ; Bien-être et détention ; Définition des besoins Prix (y. c. les repas): Tarif normal CHF 120.- (€ 100.-) CHF 100.- (€ 85.-) Participant-e-s Equigarde® Etudiant-e-s et doctorant-e-s CHF 40.- (€ 35.-) Inscription* obligatoire

Achte Jahrestagung Netzwerk Pferdeforschung Schweiz 25. April 2013 9 - 17 Uhr, Théâtre du Château, Avenches - Öffentliche Tagung mit Vorträgen und Ausstellung - Wissenschaftlicher Austausch und Wissenstransfer zu Personen, die Pferde halten, reiten fahren und züchten - Themen: Prävention und Krankheiten; Zucht und Genetik; Wohlbefinden und Haltung; Definition der Bedürfnisse - Tagungsgebühren (inkl. Verpflegung): Normaltarif CHF 120.- (€ 100.-) CHF 100.- (€ 85.-) Equigarde®- Reduktion Studierende, Doktorierende CHF 40.- (€ 35.-) - Anmeldung* obligatorisch *Anmeldungen und Infos: / * Inscriptions et renseignements : Tel. 026 676 63 75 Fax: 026 676 63 05 katja.sprenger@haras.admin.ch


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