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Interview VIP

Que doit-on mettre en ligne et que doit-on garder pour soi ? Auteur : Laurent Chrzanovski

Arnaud Velten

Laurent Chrzanovski : M. Velten, lors du «Grappa Hat» d’Aoste et ensuite dans d’autres conférences, vous avez marqué le public avec une conférence intitulée «Are you what you sign? I say no», un véritable manifeste sur les précautions à prendre avant d’accepter ou de signer quoi que ce soit en ligne. Parmi tous les sujets que vous maîtrisez, liés à la cyber sécurité, pourquoi avoir privilégié ce thème ? Arnaud Velten : Ce sujet me tient à cœur car il est le reflet d’une expérience personnelle. A mon entrée dans l’âge adulte, j’étais plutôt timide et introverti. Comme je travaillais

BIO Expert en stratégie et tactiques digitales, Arnaud Velten (@bizcom) a fait ses premiers pas dans l’underground informatique à l’adolescence, avant d’étudier la communication, l’audiovisuel puis le marketing et de se spécialiser en intelligence stratégique. Tout au long de ses expériences (Journalisme, Blogging, Arts, Evénementiel) il met à profit les savoir-faire acquis dans la scène underground pour les appliquer à la communication digitale. Ainsi, en 2007 il met au point un cv isométrique (l’isomap) et, en 2009, il invente une méthode de Brainstorming nommée «Emerge map» … Observateur discret, connecteur hors pairs, il contribue à de nombreux événements en qualité d’influenceur et d’animateur depuis 2010. En 2014 il rejoint le staff de la Cybersecurity Alliance et du sommet IE2S.

entre autres à des projets graphiques, l’une des premières communautés à m’avoir accepté fut celle des artistes des soirées que je fréquentais : musiciens, DJs, clubbers. Mon besoin de reconnaissance, qui s’est vu «consacré» par une invitation à participer à des discothèques privées sur les plages du lac d’Annecy, était alors accompagnée d’un surnom dont je n’ai pas mesuré, sur le coup, la portée. Très maigre à l’époque, cette communauté m’avait appelé «Auschwitz». Pour conserver ce premier cercle d’amis, je n’ai rien dit et je ne me suis pas posé de questions jusqu’au jour où, plusieurs années plus tard, j’ai appris que mon grand-père, résistant de la première heure, avait été arrêté par la Gestapo et jeté dans un wagon à destination de Dachau, après avoir participé à l’une des grandes opérations de la résistance, le maquis du Plateau des Glières. Il n’a dû sa survie qu’au fait qu’il a réussi à s’échapper du convoi, à Dijon pour rejoindre le maquis du Jura. C’est à ce moment que j’ai réalisé que je n’accepterai plus de blagues ou de surnoms stupides juste pour faire partie d’une «communauté». Laurent Chrzanovski : votre réflexion, qui aurait pu s’arrêter aux «amis», va bien plus loin. Arnaud Velten : Oui, car le fait somme toute banal pour un adolescent d’accepter même «le pire» pour s’intégrer est le début d’une résignation du citoyen qu’il sera demain. S’il ne remet pas en question l’acceptation de chaque «ami» sur les réseaux sociaux, s’il «signe», même par un simple clic, son adhésion à n’importe quel site dont il choisit d’ignorer les clauses, il finira par ne même pas lire les conditions, les devoirs et les obligations d’un contrat de travail. En gros, sa vie sera à tout moment dictée par d’autres, sans même que la personne concernée ne s’en rende compte, du moins au début… Laurent Chrzanovski : comment pouvons-nous véritablement agir, à ce jour, dans un monde digital dont l’énorme majorité des adultes ignorent les risques ? Arnaud Velten : en ce qui me concerne, j’avais deux options, compte tenu de mon parcours professionnel : devenir un «black hat» et «casser des systèmes», ou œuvrer à contribuer à des projets de transparence et de prise de conscience. J’ai choisi la seconde voie, devenant un «White Jedi». Le problème le plus difficile à résoudre aujourd’hui consiste dans l’hyper-connectivité incomprise par ses usagers (même dans le monde des TIC !) alors qu’Internet est la plus grande archive qui ait jamais existé. Dans mes présentations de sensibilisation, j’utilise souvent des parallèles issus de l’actualité des médias, comme l’homme d’affaires faisant aveuglément confiance à Bernard Madoff, l’écologiste américain croyant rouler «propre» dans un véhicule allemand, jusqu’au jour où… tout cela s’effondre devant une réalité bien plus

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Cybersecurity Trends 2/2017 FR  

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