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Le sport s’expose à Boulogne-sur-mer Histoire des pratiques sportives, des origines aux années 50

Catalogue édité à l’occasion de l’exposition Le sport s’expose à Boulogne-sur-Mer présentée aux Archives municipales de Boulogne-sur-Mer du 30 septembre au 30 novembre 2012 sous la direction de Karine Berthaud, directrice des Archives municipales.

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oufflons un peu, après une année riche en événements sportifs, de Roland Garros aux Jeux olympiques de Londres, du championnat d’Europe de football au Tour de France, et venons, dans un dernier effort admirer l’exposition présentée par les Archives municipales, Le sport s’expose à Boulogne-sur-Mer.

Cette exposition, riche de documents inédits et originaux, rend hommage aux sportifs et associations sportives de notre ville. Elle témoigne du rôle essentiel qu’a rapidement pris l’activité physique pour les Boulonnais, pour ceux qui la pratiquent bien sûr, mais aussi pour ceux qui l’apprécient sans l’exercer. Ville pionnière en France pour nombre de sports, Boulogne-sur-Mer a engendré de grands champions, issus de nombreuses sociétés – plus d’une centaine en 120 ans - qui ont exercé jusqu’aux années 50 pas moins de 28 sports différents. La diversité de ces pratiques, la multiplicité des terrains nécessaires à un exercice parfois concomitant, ont généré épisodiquement quelques difficultés. Il est d’ailleurs intéressant de constater que certaines des problématiques qui se posent aujourd’hui sont les héritières de celles qui se posaient hier… Ville de sports, Boulogne-sur-Mer l’est toujours grâce au dynamisme de ses associations, à la qualité de ses infrastructures qui continuent à se moderniser pour offrir aux membres de ses dernières un confort leur permettant de pratiquer leurs sports dans les meilleures conditions possibles. À l’heure d’écrire ces lignes, deux de nos champions viennent d’être sacrés champion et vicechampion d’Europe en canoë. Je souhaite qu’au moment où vous les lirez, ils aient porté haut les couleurs de notre cité aux Jeux olympiques de Londres et ramené une médaille comme l’ont fait plusieurs de leurs prédécesseurs. J’invite donc tous les sportifs, de haut niveau ou du dimanche, mais aussi les amoureux de notre ville à venir aux Archives municipales découvrir notre belle histoire sportive, et remercie l’ensemble des personnes ayant contribué à cette riche exposition qui clôturera sportivement cette année 2012. Frédéric Cuvillier

Ministre délégué chargé des Transports, de la Mer et de la Pêche

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e Sport conserve l’Homme comme l’alcool conserve les cornichons… »

Comment oublier une telle conclusion mémorable d’un devoir d’élève sur le sujet ? Ce parallèle (involontairement ?) humoristique ne peut qu’être apprécié dans une « Ville d’Art et d’Histoire », une ville de grande Culture, une « Ville en Poésie » : Boulogne-sur-Mer ! Et quand on sait qu’une telle cité compte des dizaines d’associations sportives, des clubs d’élite, de grands rendez-vous sportifs, alors oui, Boulogne-sur-Mer est une ville étonnante où Sport et Culture se mêlent harmonieusement, s’enrichissent mutuellement. Et que dire, une fois de plus, de l’admirable travail de nos Archives municipales qui sous la conduite de leur directrice, Karine Berthaud - mettent en lumière cette « Histoire des pratiques sportives, des origines aux années 50 » : une histoire prestigieuse, mais une histoire d’hommes et de femmes - oui, de femmes – passionné(e)s, les Boulonnais(es), tels Abel d’Hauttefeuille, Auguste Lengagne ou Alice Seillier, mais aussi Giosue Giuppone, Lady Wood, Noël Alessandri ou encore Dimitri Stratigopoulos qui montrent que Boulognesur-Mer a toujours été une ville d’accueil, d’enthousiasme, de chaleur humaine. « Le sport s’expose à Boulogne-sur-Mer »… sans risque d’être déçu ! Max Papyle

Adjoint au maire Chargé de la Mémoire de la Ville

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Avertissement

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’exposition Le sport s’expose à Boulogne-sur-Mer et le catalogue qui l’accompagne s’achèvent sur une date symbolique, 1956. Souhaitant ne pas aborder une histoire trop contemporaine, tout en étudiant la reprise du sport dans une ville vidée de ses habitants et sinistrée à 85 %, 1956 est en effet la date clé de la reconstruction de Boulogne-sur-Mer, alors que sont inaugurés les buildings du quai Gambetta, mais aussi, symbole du retour à la normale de la vie sportive, la grande tribune du stade de la Libération. La riche histoire sportive de Boulogne-sur-Mer – on compte près de 110 sociétés fondées entre 1837 et 1956 – ne permet malheureusement pas d’être exhaustif ; il est vraisemblable que, malgré nos recherches dans les archives, annuaires, journaux…, certaines soient demeurées inaperçues. Par ailleurs, le choix des hommes et des femmes présentés est obligatoirement subjectif. Guidé à la fois par la trace qu’ils ont laissé à Boulogne, et par le nombre de documents disponibles, il n’occulte en rien la valeur des très nombreux sportifs qui se sont illustrés dans l’histoire sportive de notre ville. 9

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ratique ancestrale, les premières traces d’une activité sportive remontent à la Mésopotamie, où les recherches archéologiques ont révélé, sur des stèles liturgiques du troisième millénaire découvertes près de Bagdad, des représentations de lutteurs, puis de boxeurs sur des plaquettes de terre cuite datant de – 2 000. Les traces archéologiques se multiplient ensuite dans l’Égypte pharaonique, où est attestée la pratique de la lutte et de la boxe, mais aussi de l’athlétisme, de la course de char, de l’assaut au bâton, du tir à l’arc… Mais le sport est à son apogée, dans l’Antiquité, en Grèce ancienne puis dans l’Empire romain. Déjà pratiqué depuis le milieu du deuxième millénaire – on trouve en Crète des bas-reliefs témoignant de scènes de lutte, de courses ou de combat contre des taureaux -, le sport y est consacré en – 776 selon le poète Hésiode, lors des premiers Jeux olympiques. Organisés d’après la légende sur les conseils de la Pythie, qui les aurait préconisés pour apaiser le courroux divin ayant provoqué une épidémie de peste, ils sont les jeux les plus prestigieux parmi plus de 300 compétitions différentes, tels les Jeux héréens, strictement féminins et également organisés tous les quatre ans sur le site d’Olympie, les femmes ne pouvant ni participer ni assister aux épreuves masculines. Les Jeux olympiques sont alors l’occasion d’un rapprochement entre les différents peuples grecs, et d’une trêve entre cités en guerre ; s’ils n’arrêtent pas les conflits, ils permettent toutefois aux athlètes et aux spectateurs de circuler librement. Puis, la Grèce annexée à l’Empire romain, les Jeux olympiques y sont pérennisés en s’ouvrant à des citoyens non grecs. Outre les Jeux, Rome fait la part belle à

la course de chars dans d’immenses hippodromes, et aux combats de gladiateurs dans les arènes telles que le Colisée. Mais la forme de décadence imputée aux jeux du cirque, et l’aspect païen des Jeux olympiques ne peuvent trouver grâce auprès de l’Église chrétienne, devenue religion officielle de l’Empire depuis 380. Sous sa pression morale, l’empereur Théodose I abolit les Jeux olympiques en 393, la dernière édition connue remontant à 369. Les Goths pillent le site d’Olympie en 395, et l’empereur Théodose II le fait incendier en 426. Avec la fin de l’Empire romain d’Occident s’éteignent les Jeux olympiques et l’esprit sportif qui les entourait. Pourtant, en Gaule comme dans toutes les provinces de l’Empire ont été créés hippodromes et arènes, y introduisant une pratique sportive qui sera mise entre parenthèses durant des siècles. En effet, au Moyen Âge, puis dans l’époque moderne, le sport en France s’apparente davantage à un jeu, du tournoi au jeu de paume, en passant par les concours de tirs, la soule, le jeu de batte ou de crosse… Le tournoi, prisé depuis le IXe siècle, malgré les multiples et vaines interdictions de l’Église, regroupe plusieurs épreuves, du combat à pied à l’arme individuelle aux mêlées à cheval où l’on se bat à coups d’épées neutralisées, plus spectaculaires. La joute équestre en est une épreuve ; apparue au XIIe siècle, elle oppose deux chevaliers armés de lance qui se chargent face à face au galop. Elle devient rapidement un spectacle couru, auquel participent certains rois. Leur succès est tel qu’au printemps 1390, les joutes de Saint-Inglevert durent plus d’un mois. Mais l’accident mortel survenu en tournoi au roi Henri II en 1559 en marque la fin. 11

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S’il n’est pas possible de retrouver de traces de joute dans les archives municipales de Boulogne-sur-Mer, celles-ci ayant été détruites après la prise de la ville par les Anglais en 1544, d’autres jeux y apparaissent rapidement. Le plus ancien référencé, et qui y est évoqué comme étant d’existence bien plus ancienne encore, est le tir, en 1563. Les comptes des deniers communs révèlent alors que la Ville octroie des subsides à la confrérie des arbalétriers, à celle des arquebusiers, et aux grands archers Saint-Sébastien, premières sociétés sportives connues à Boulogne, « pour eulx récréer par chacun dimanche de l’an à jouer et tirer en leur jardin comme il s’est faict tousjours par le passé1 ». Le mois de mai est alors un mois de fête, puisque les trois premiers dimanches sont organisées les compétitions de tir à l’arbalète, à l’arquebuse, puis à l’arc, destinées à sacrer le roi de chacune de ces confréries, et qui sera désigné pour l’année. Ces concours se tiennent sur le courtil des pauvres, terrain situé à l’intérieur des fortifications de la haute ville, entre la porte Gayole et le château, « par derrière aux rampartz de la dite ville qui étoit antiennement le jardin des arquebusiers2 » ; ils sont ouverts aux membres des confréries, qu’ils soient archers du roi ou simples habitants, parfois même aux enfants, et sont récompensés par des prix offerts par la Ville, comme en 1597 la vaisselle de deux écus commandée à Le Clercq, potier d’étain3. Autre jeu pratiqué en France, descendant du jeu de mail médiéval, le croquet est à l’origine du billard, puisque selon la légende, au XVe siècle, le roi Louis XI souffrant du dos aurait commandé à un ébéniste la confection d’une table lui permettant d’y jouer sans se pencher. Plus vraisemblablement, le billard est une adaptation du croquet, permettant aux aristocrates de le pratiquer à l’intérieur, faisant fi des conditions climatiques ; on y jouait alors, non plus avec la tête des cannes, mais avec l’extrémité de leur manche. Une première mention en est faite à Boulogne, en 1684, dans une pétition : « deffences sont

faictes à tous particuliers tenant billiard ou autre jeu de permettre de jouer pendant le saint service divin à peine de 60 solz d’amende4 ». Le succès du jeu ne se dément pas - on peut dénombrer durant le XVIIIe siècle trois cabaretiers ayant la permission de faire jouer au billard, et bien d’autres devaient le pratiquer sans apparaître dans les dossiers de l’échevinage. Il passionne les joueurs, tel un certain La Rocque, qui en 1702 poursuit et frappe du plat de son épée, allant jusqu’à casser celle-ci, l’élu venu contrôler que l’on ne jouait pas durant la messe de Saint-Nicolas. Mais le jeu qui enflamme les Français depuis le Bas Moyen Âge est la paume, pratiquée successivement à main nue, puis gantée de cuir, et enfin à l’aide de battoirs puis de raquettes, et qui consiste à se renvoyer une balle par-dessus un filet. Tous peuvent s’y adonner, des rois aux pauvres en passant par quelques femmes – c’est de là que viendrait l’expression « jeu de main, jeu de vilain », les vilains ne pouvant s’offrir de raquette. On joue en plein air à la longue paume, qui oppose jusqu’à deux équipes de quatre, ou en salle, à l’arrière des cabarets, à la courte paume en individuel ou en double. À Boulogne-sur-Mer, il est répandu au XVIIIe siècle puisqu’une ordonnance de police interdit l’ouverture « des jeux de paume » le dimanche matin et après-midi lors des célébrations religieuses5. Si certains cabaretiers, tels Robert Le Vasseur qui tient avant 1505 à l’hôtel du Petit cyne, près de la cathédrale, « un jeu de palme6 », mettent des terrains à disposition de leur clientèle, le jeu de paume de Boulogne est celui situé dans le jardin, face à la rue Basse-des-Tintelleries7. Vraisemblablement, les Boulonnais le pratiquent jusque dans les années 1820, la dernière mention remontant à 1825 pour les fêtes du sacre de Charles X. Ensuite n’en reste que le souvenir, perpétué par la dénomination à cette période de la rue du Jeu-de-Paume, qui menait alors du boulevard Clocheville au boulevard Mariette, à proximité de l’ancien terrain. Enfin, le dernier précurseur des sports mentionné dans les archives de Boulogne-sur-

1. Archives municipales de Boulogne-sur-Mer, CC1, comptes des deniers communs, 1563-1564. 2. AMB, cote provisoire liasse 1687, registre des comptes de la chambre des pauvres, 1687-1691. 3. AMB, CC12, comptes des deniers communs, 1597-1598. 4. AMB, BB21, requêtes des vingt-et-un, 22 septembre 1684. 5. AMB, cote provisoire liasse 1175, ordonnance de police, 1er juillet 1778. 6. Terrier de l’abbaye de Saint-Wulmer en Boulogne-sur-Mer, 1505, in Mémoires de la Société académique de l’arrondissement de Boulogne-sur-Mer, t. X, Imprimerie Simonnaire & Cie, Boulogne-sur-Mer, 1879, p. 31. 7. Le terrain de jeu de paume se trouvait vraisemblablement dans la partie nord-ouest du jardin des Tintelleries, à l’emplacement approximatif de la gare et de la voie de chemin de fer.

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Essentiellement pratiqué aux Tintelleries, le jeu de paume se joue également dans les cafés et cabarets (1778). AMB, cote provisoire liasse 1175.

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Mer est le jeu de batte, ancêtre du cricket, dont la Ville doit interdire la pratique dans les rues et sur les places en 1789, et tout particulièrement aux enfants8. À la différence de la période d’Ancien Régime, où dominent les jeux traditionnels, le XIXe siècle est lui marqué par l’émergence du sport moderne, qui se structure et se codifie, et ce principalement en Angleterre. Outre les qualités physiques telles l’endurance, la résistance, l’adresse, la force… nécessaires dans les jeux ancestraux, le sport se caractérise en effet désormais par une codification des règles, qui doivent être appliquées internationalement sous la tutelle de fédérations, mais aussi par le développement d’un esprit de compétition. Favorisée par une révolution industrielle précoce – elle y débute dans les années 1780 – l’Angleterre voit apparaître une élite sociale qui s’approprie les jeux populaires pour constituer des clubs ; c’est l’émergence des moyens de transport et de communication, qui s’y développent plus tôt que sur le continent, qui vont permettre la diffusion rapide du sport dans la bourgeoisie industrielle. Or Boulogne-sur-Mer, de par sa proximité géographique, est peuplée au XIXe siècle par une importante colonie britannique – avec 3 063 étrangers, pour la grande majorité anglais, elle représente en 1841 plus de 10 % de la population totale. Cette communauté est suffisamment nombreuse pour y disposer de structures qui lui sont propres : écoles, églises, commerces, mais aussi médecins, journaux… Par ailleurs, le développement, toujours en Angleterre, d’un mouvement hygiéniste parant de toutes les vertus les bains de mer froids, réputés soigner la rage, l’anémie… entraîne en 1824 la construction à Boulogne d’un établissement de bains, le second de France après Dieppe, inauguré deux ans plus tôt. En quelques décennies, Boulogne-sur-Mer devient une station balnéaire extrêmement courue des touristes britanniques. Et la conjonction de la population anglaise résidente et de ces innombrables touristes qui vont venir la rejoindre va faire de Boulogne l’une des premières villes sportives de France. Les premiers sports à s’y développer le sont, souvent, à l’initiative

de notables locaux, et visent avant tout à organiser des spectacles susceptibles d’attirer et de distraire les estivants. Ainsi, les premières courses hippiques organisées à Boulogne datent de 1835, seulement un an après celles organisées à Paris par la Société d’encouragement pour l’amélioration des races de chevaux en France. De même, si les premières régates organisées en 1852 le sont par des Britanniques, la constitution de la Société des régates en 1859, puis de l’Émulation nautique en 1861, a pour objectif premier, avant de permettre aux Boulonnais de pratiquer la voile ou l’aviron, d’offrir aux touristes un spectacle de choix. Puis s’implantent à Boulogne, à l’initiative de la Ville, de la communauté anglaise ou de notables boulonnais, les sports que pratiquent les estivants et qui vont progressivement s’ouvrir à une population locale aisée, tel le tennis – le Tennis club de Boulogne est le quatrième club créé en France, et organiserait le premier tournoi international du continent. Enfin, à la fin du XIXe siècle, alors que Pierre de Coubertin réinvente les Jeux olympiques9, sont constituées des sociétés sportives tournées vers le public local, à qui elles proposent des sports qu’il va pouvoir admirer ou pratiquer, comme le football, le cyclisme, la boxe, ou la gymnastique, l’athlétisme… dans un objectif militaire assumé. Il faut attendre les années 20 pour que les sports qui se créent n’aient pour seul but, hors leurs avantages physiques, que d’agréer à leurs pratiquants, sorte de retour aux sources où le sport moderne redevient, à l’instar des jeux traditionnels pratiqués sous l’Ancien Régime, un loisir.

8. AMB, BB15, arrêté du maire et des échevins, 5 décembre 1789. 9. Les premiers Jeux olympiques modernes, à l’initiative du baron de Coubertin, sont organisés à Athènes en 1896.

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Les sports spectacles, voués à attirer les touristes

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mai 1825 : inauguration de l’établissement de bains de mer froids. 24 août de la même année : la duchesse de Berry, belle-fille du roi Charles X, vient y prendre les eaux, et lance à sa suite une véritable mode des bains de mer à Boulogne. Dix ans plus tard, alors que la fréquentation de la station balnéaire s’accroît, sont organisées les premières courses de Boulogne-sur-Mer. En effet, dans une ville prise durant la saison estivale dans un tourbillon de festivités, entre bals, pièces de théâtre, concerts…, les spectacles sportifs sont un argument publicitaire essentiel ; en attestent les nombreuses affiches touristiques du début du XXe siècle qui vantent la ville pour son casino comme pour ses courses et concours hippiques ou ses régates. Ces manifestations, rejointes après 1900 grâce aux progrès techniques par les sports mécaniques, se veulent être avant tout à leur création une attraction, à laquelle, hormis pour les régates de voile et d’aviron, ne participent que des sportifs professionnels venus de villes ou de pays étrangers. Pourtant, créées à l’intention des touristes, elles vont toucher la population boulonnaise la plus aisée pour les courses hippiques, la plus large pour les régates et courses automobiles, dont la longueur des parcours permet aux curieux de contempler un spectacle qui ne leur était pas primitivement destiné.

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L’hippisme, premier sport pratiqué à Boulogne

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e sport moderne s’implante à Boulogne-sur-Mer, dans la région de laquelle la culture équestre est grande, par la création de courses hippiques. Spectacle mondain par excellence, elles sont, de 1835 aux années 1860, la seule compétition sportive offerte aux estivants. Puis, s’ouvrant peu à peu davantage à la population, le concours hippique instauré en 1898, mêlant démonstrations des plus beaux chevaux boulonnais et épreuves de sauts d’obstacles, vient les rejoindre, faisant de Boulogne au XIXe siècle et dans la première moitié du XXe siècle l’un des pôles de l’art équestre en France.

Les courses hippiques

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ourses de chars ou cheval monté, les courses hippiques divertissent ou enflamment les populations depuis l’Antiquité : Homère les mentionne dans l’Iliade, elles figurent au programme des Jeux olympiques depuis – 776, et Tarquin l’Ancien érige un premier hippodrome à Rome vers – 600. Des régions méditerranéennes, celles-ci trouvent au Moyen Âge leur terre d’élection en Angleterre, où dès la fin du premier millénaire, les rois successifs veillent à fixer et améliorer la race des chevaux de courses. En effet, tout en posant les règles encadrant les courses hippiques, les Anglais imaginent une réelle politique d’élevage, aboutissant à la création de la race de base des compétitions hippiques, le pur-sang anglais. Ainsi, à la fin du XVIIIe siècle, l’Angleterre dispose d’une structure hippique quasiment définitive, avec un siècle d’avance sur la France, pourtant prédisposée de par son histoire riche d’épopées ou d’exploits équestres. Il faut en effet attendre 1651 pour que soit organisée dans le bois de Boulogne, en présence de Louis XIV, la première compétition entre deux pur-sang, s’apparentant davantage à un duel. Enfin, le 25 février 1683 a lieu sur la plaine d’Achères, dans les Yvelines, la première grande course internationale, opposant sept chevaux, tous d’origine anglaise. Même si l’on s’inspire alors des coutumes anglaises, l’organisation des courses hippiques demeure anarchique, et ce n’est que sous le règne de Louis XVI, alors que prospère en France l’anglomanie, que celle-ci progresse. Sous l’impulsion du comte d’Artois, frère du roi et futur Charles X, sont inaugurés en 1776 l’hippodrome de la plaine

des Sablons, à Neuilly-sur-Seine, puis en 1781 celui de Vincennes. Si la Révolution française suspend les courses hippiques, l’Empire les rétablit ; le 13 fructidor an XIII, Napoléon Ier signe au camp de Boulogne un décret décidant l’établissement de « courses de chevaux dans les départements de l’Empire les plus remarquables par la bonté des chevaux qu’on y élève ». Enfin, dans les premières années du règne de Louis-Philippe, le sport hippique devient une réelle institution, avec la création en 1833 de la Société d’encouragement pour l’amélioration des races de chevaux en France - dont émanera rapidement le Jockey Club -, et l’organisation dès 1834 de ses premières courses sur le Champ-deMars, mais aussi des premières réunions de Chantilly. Or, l’implantation du sport hippique à Boulogne-surMer est concomitante. Une première « course à cheval » avait été organisée sur la plage par la commune à l’occasion des célébrations de la fondation de la République, le 1er vendémiaire an VII ; entre la course à pied et le « tirage à la cible », « les citoyens inscrits au nombre de 18 pour la course à cheval s’étant rendus au lieu désigné d’où ils devoient partir pour parcourir leur espace, le signal donné, la course commence, l’espace est parcouru et le citoyen François Ducamp de cette commune arrive le premier au but, et est reconnu par les juges vainqueur de la course à cheval. Ayant mis pied à terre, il reçoit l’accolade fraternelle du président de l’administration aux applaudissements de tous les spectateurs10 ». Pourtant, cette épreuve reste isolée, et, hormis les courses au clocher organisées furtivement, durant lesquelles les concurrents qui devaient gagner un point sans parcours déterminé n’hésitaient pas à couper au plus court, souvent au détriment des propriétés privées ou des cultures, il faut attendre le

10. AMB, 1D10, délibération du conseil municipal, 1er vendémiaire an VII.

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Affiche annonçant les premières réunions hippiques organisées à Ambleteuse (1835).

AMB, cote provisoire 3F (NC660).

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