Le mutualiste 144 - Umen

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SOCIÉTÉ

VIVRE AVEC UN HANDICAP AUJOURD’HUI DE LA PRESSE, DU SPECTACLE ET DE LA COMMUNICATION - N° 144 • OCTOBRE 2022 • 1,88 € • TRIMESTRIEL UME ACTUALITÉ DE LA MUTUELLE Un réseau sanitaire et social au service d'Umen
Ramener les spectateurs dans les salles de cinéma

© DR

Le 43e

Le mot du président

congrès de la Mutualité française À

l’heure où ces lignes étaient imprimées, la Mutualité française tenait son congrès à Marseille les 7, 8 et 9 septembre sur la thématique : « Territoires d’engagements pour l’entraide et les solidarités ».  Créée en 1902, la Fédération nationale de la mutualité française (FNMF) fédère aujourd’hui près de 500 mutuelles.   Mouvement social, issu de la même lignée que les syndicats profes sionnels, c’est au Moyen-Âge, sous l’Ancien Régime, qu’apparaissent, avec les premières formes d’industrialisation des associations de métier : corporations, confréries, traitant indistinctement de ce qui relève des relations de travail et de la solidarité entre membres.

Les caisses de secours mutuel protègent dès lors les sociétaires face aux risques d’acci dents, maladie ou décès et parfois assurent la solidarité en cas de chômage ou de grève.

Des premières sociétés de secours mutuelles à l’adoption de la charte de la mutualité en 1898 qui donne un statut à la Mutualité française, le mouvement mutualiste à su répondre aux enjeux de la santé et de la solidarité. Aujourd’hui, comme hier, le congrès sera le moment de se réinterroger sur le rôle des mutuelles, de leur utilité sociale dans un monde en proie à de profonds bouleversements.

Si la complémentaire santé mutualiste reste au cœur des préoccupations du mouvement mutualiste, il est un sujet pour lequel les mutuelles se sont historiquement fortement investies.

Elles sont à l’origine de maisons de santé, de centres d’innovation médicale, de phar macies mutualistes qui ont permis de faire bouger les lignes sur l’accès aux médicaments avec la généralisation du tiers payant. Les mutuelles ont également développé des services d’aides aux personnes. Ces structures gérées par les mutuelles sont, dans les territoires, non seulement utiles mais indispensables pour endiguer les déserts médicaux. Elles contribuent à faciliter l’accès aux soins géographiquement et financièrement, aussi bien pour les mutualistes que les assurés sociaux. Mais comme le souligne Éric Chenut, le président de la FNMF, « est-il juste que la complémentaire qui concourt à l’accès aux soins soit taxée à 14 % ? N’est-elle pas un service essentiel qui doit être soumis à un taux réduit ? ».

À l’évidence, les établissements mutualistes qui concourent à des missions de « service public » mériteraient un vrai débat.

On peut espérer que la présence annoncée pendant le congrès de la Mutualité du président de la République et du ministre de la Santé sera l’occasion d’interpeller les responsables politiques.

Laurent Joseph, président d’uMEn

Sommaire

3-7 // ACTUALITÉ DE LA MUTUELLE

8-9 // SOCIÉTÉ

• Ramener les spectateurs dans les salles de cinéma

10-11 // MÉDECINE

• Cancer de la prostate : une nouvelle ère

12-13 // ENTRETIEN

• Guillaume Fond : « Le microbiote communique directement avec le cerveau »

14-17 // DOSSIER Vivre avec un handicap aujourd'hui

18 // PSYCHO

• Vrai/faux sur les hypocondriaques

19 // ENVIRONNEMENT

• Des produits écologiques pour l'hygiène de bébé

20-21 // LOISIRS/CULTURE

• Maisons-Alfort, joyau méconnu du Val-de-Marne

22 // INSTANT POÉTIQUE

• Arthur Rimbaud

23 // TÉMOIGNAGE

• Leah Stavenhagen

Le Mutualiste n° 144, octobre 2022. Trimestriel d’uMEn, mutuelle des professionnels de la presse, du spectacle et de la communication. Direction, rédaction, administration et publicité : 29, rue de Turbigo, 75081 Paris CEDEX 02. Site internet : lemutualiste.org. Directeur de la publication : Laurent Joseph • Responsable de la rédaction : Alain Poulet • Comité de rédaction : Michel Dursen, Jean-Jacques Hocquard, Julie Kapour, Bernard Montini, Jean-Pierre Moreux, Marc Norguez, Dominique Patte, Jean-Claude Tiphangne, Serge Vittoriano • Collaborateurs permanents : Denise Cabelli, Françoise Janin, Alain Noël • Conception graphique, réalisation et fabrication : Ciem, 12, rue de l’Église, 75015 Paris. Tél. : 01 44 49 61 00 • Commission paritaire : 0919 M. 06 967 • ISSN : 2292-2772 • Prix du numéro : 1,88 € • Abonnement annuel : 7,50 € (4 numéros par an) • Ce numéro a été tiré à 28 940 exemplaires • Couverture © Shutterstock. Origine du papier : Leipzig (Allemagne) • Taux de fibres recyclées : 100 % Ce magazine est imprimé avec des encres blanches sur un papier porteur de l’écolabel européen et de l’écolabel allemand Ange bleu (der Blaue Engel). « Eutrophisation » ou « Impact de l’eau » : PTot 0,002 kg/tonne de papier.

La complémentaire

santé de vos enfants

Une campagne organisée par votre mutuelle est actuellement en cours. Pour permettre la poursuite de la couverture de vos enfants, le centre de gestion de la mutuelle doit recevoir des justificatifs. N’oubliez pas de les lui transmettre !

S’ils sont étudiants, apprentis ou encore à la recherche de leur premier emploi, vos enfants peuvent continuer sous certaines conditions à bénéficier de votre complémentaire santé en tant qu’enfants à charge. Ils doivent remplir l’une des conditions suivantes* (voir le tableau ci-dessous) :

• être âgés de moins de 28 ans poursuivant leurs études, sous réserve qu’ils n’exercent pas d’activité rémunérée pendant plus de trois mois consécutifs ou non au cours de l’année scolaire ou universitaire ;

• être âgés de moins de 28 ans poursuivant leurs études à l’étranger et : bénéficiant du régime obligatoire de Sécurité sociale de l’un des pays de l’Union européenne ou de la Suisse, où les études sont poursuivies ; ou affiliés à la Caisse des Français de l’étranger, au titre de l’Assurance volontaire pour tous les autres pays ;

• être âgés de moins de 26 ans à la recherche d’une première activité rémunérée et pouvant justifier de cette situation par une pièce administrative ;

• être âgés de moins de 26 ans, rencontrant des difficultés particulières d’insertion professionnelle, bénéficiant à ce

Justificatifs de situation de vos enfants à charge (photocopies)

Situation de l’enfant

Scolarisé de moins de 28 ans

Étudiant de moins de 28 ans poursuivant des études à l’étranger

Moins de 26 ans en recherche d’une première activité

Justificatifs nécessaires

• certificat de scolarité ou

• carte d’étudiant

titre d’une mesure d’aide à l’emploi, selon la législation en vigueur (stage ou contrat de travail), et pouvant justifier de cette situation par une pièce administrative ; • être âgés de moins de 26 ans sous contrat d’apprentissage. De même, un enfant handicapé est couvert quel que soit son âge s’il perçoit des allocations prévues par la loi n° 2005-102 du 11 février 2005 sur les personnes handicapées, ou serait susceptible de la percevoir si ses ressources mensuelles ne dépassaient pas le plafond prévu par la loi, à condition toutefois qu’elles restent inférieures au SMIC.

Que faire en fin de droits ?

Dès que votre enfant perd le statut d’enfant à charge, il doit adhérer personnellement s’il désire conserver le bénéfice des prestations d’uMEn. Elle lui proposera une complémentaire santé dédiée et adaptée aux besoins des moins de 29 ans. Pour toute demande de mise en place d’un nouveau contrat individuel, appelez nos espaces adhérents à Nice 04 93 89 91 91 ou à Paris 01 40 20 08 18.

Pour toute question concernant la gestion, appelez le centre de gestion au 01 44 50 10 50.

* Sauf contrat spécifique

Quand

• en début d’année scolaire

• carte d’étudiant et attestation de Sécurité sociale ou caisse des Français de l’étranger

• justificatif Pôle Emploi

• au moment de l’adhésion en cours d’année scolaire

Moins de 26 ans avec contrat d’aide à l’emploi

• justificatif du contrat Moins de 26 ans en apprentissage

• au moment de l’adhésion et 1 fois par an

• certificat d’apprentissage Percevant une allocation pour handicapé avec ressources inférieures au SMIC

• justificatif des ressources

3 © Shutterstock ACTUALITÉ DE LA MUTUELLE

Un réseau sanitaire et social au service des adhérents d’uMEn

Le saviez-vous ? uMEn, du fait de son adhésion à la FNMF, vous offre l’accès au premier réseau sanitaire et social de France. En effet, les mutuelles gèrent plus de 2 800 services de soins et d’accompagnement qui favorisent, sur l’ensemble du territoire, l’accès de tous à la santé.

Ces services partagent les engagements suivants :

• respect des tarifs fixés par la Sécurité sociale sans dépassement d’honoraires (secteur 1) ;

• lutte contre les dépassements d’honoraires, facturés à titre exceptionnel pour limiter les dépenses restant à la charge des familles ;

• pratique systématique du tiers payant sur la part de la Sécurité sociale ;

• mise en place de démarches qualité avec des baromètres qualité.

Bien entendu, ils s’inscrivent également dans une démarche d’innovation et de recherche permanente.

Ainsi, une centaine de mutuelles à but non lucratif, dont uMEn est un membre actif, permettent une prise en charge coordonnée et en proximité.

Le réseau mutualiste offre des services dans de nombreux domaines

Regroupés sous la rubrique Médecine dans notre carte (voir page 5), vous y trouverez des centres de santé médicaux et polyvalents et des centres de santé infirmiers. Des établissements hospitaliers ou de rééducation comme

de l’hospitalisation à domicile (HAD) sont à votre service. Ils ont été regroupés sous la rubrique Hôpital

Le réseau mutualiste offre également des centres dentaires, d’audition et d’optique comme des pharmacies. Mais vous ne saviez peut-être pas que ce réseau permet aussi de trouver des structures qui accompagnent les personnes en perte d’autonomie du fait de l’âge ou du handicap.

On peut citer par exemple des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), des établissements et services accueillant des personnes en situation de handicap, des résidences autonomie, des services et antennes de soins et d’accompagnement à domicile.

Enfin, la petite enfance n’est pas oubliée avec des services de pouponnières, des crèches collectives, familiales et d’entreprises, des relais d’assistances maternelles, des aides éducatives en milieu ouvert, des lieux de soutien à  la parentalité, etc.

Nous ne pouvons que vous engager à rechercher si, près de chez vous, il existe un service correspondant à vos besoins. La carte vous donnera un premier aperçu du nombre de réalisations dans les régions.

Pour plus de précision, il vous suffit de vous connecter sur le site de la mutualité à la page suivante : www.mutualite.fr/services/ trouver-un-service-de-sante ou utiliser le QR code ci-contre qui vous emmènera directement à celle-ci.

4 LE MUTUALISTE 144
ACTUALITÉ DE LA MUTUELLE

Haute-Normandie (73) Médecine1 Pharmacie6 Hôpital1 Dentaire20 Audition,Optique40 Perted’autonomie5

Basse-Normandie (90) Médecine3 Dentaire11 Audition,Optique46 Petiteenfance5 Perted’autonomie25

Bretagne (138)

Médecine6 Pharmacie1 Hôpital7 Dentaire21 Audition,Optique49 Petiteenfance4 Perted’autonomie50

Centre Val-de-Loire (142) Pharmacie4 Hôpital3 Dentaire25 Audition,Optique70 Petiteenfance9 Perted’autonomie31

Pays-de-la-Loire (293) Hôpital7 Dentaire26 Audition,Optique111 Petiteenfance7 Perted’autonomie142

Poitou-Charentes (71) Pharmacie1 Hôpital1 Dentaire9 Audition,Optique40 Petiteenfance2 Perted’autonomie18

Limousin (96) Médecine1 Pharmacie3 Hôpital3 Dentaire14 Audition,Optique34 Petiteenfance18 Perted’autonomie23

Aquitaine(122)

Médecine6

Pharmacie1

Hôpital2 Dentaire17

Audition,Optique85 Petiteenfance2 Perted’autonomie9

Picardie (33)

Nord-Pas-de-Calais (136) Médecine3 Pharmacie6 Hôpital6 Dentaire29 Audition,Optique89 Perted’autonomie3

Médecine3 Pharmacie2 Dentaire7 Audition,Optique16 Perted’autonomie5

Ile-de-France (128) Médecine2 Pharmacie1 Hôpital10 Dentaire12 Audition,Optique50 Petiteenfance1 Perted’autonomie52

Champagne (57)

Médecine6 Pharmacie5 Hôpital2 Dentaire17 Audition,Optique20 Perted’autonomie7

Midi Pyrénées (222)

Médecine20 Hôpital6 Dentaire41 Audition,Optique97 Petiteenfance33 Perted’autonomie25

Auvergne (50) Médecine2 Pharmacie2 Dentaire17 Audition,Optique18 Perted’autonomie11

Languedoc- Roussillon (157)

Médecine6Pharmacie1

Hôpital5Dentaire38 Audition,Optique87Petiteenfance9 Perted’autonomie11

Lorraine (53) Dentaire16 Audition,Optique31 Perted’autonomie6

Alsace (29) Médecine1 Hôpital1 Dentaire10 Audition,Optique17

Franche-Comté (83)

Médecine4 Hôpital6 Dentaire15 Audition,Optique37 Petiteenfance2 Perted’autonomie19

Bourgogne(122) Médecine2 Hôpital2 Dentaire2 Audition,Optique46 Petiteenfance5 Perted’autonomie65

Rhône-Alpes (337)

Médecine7 Pharmacie5 Hôpital13 Dentaire69 Audition,Optique104 Petiteenfance22 Perted’autonomie117

Provence-Alpes

Côte-d’Azu r(187)

Médecine1

Pharmacie2 Hôpital5 Dentaire59 Audition,Optique74 Petiteenfance19 Perted’autonomie27

Corse (33)

Médecine2 Hôpital1 Dentaire7 Audition,Optique8 Petiteenfance5 Perted’autonomie10

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Centre de santé mutualiste René-Laborie

Votre lieu de prévention et de soins, avec plus de 40 spécialités médicales, dentaires et paramédicales.

27-29, rue Turbigo, Paris 2e.

Du lundi au vendredi, de 8 heures à 20 heures. Le samedi, de 8 h 30 à 13 h 30.

Audition Mutualiste

Durant le mois d’octobre profitez des journées de l’audition pour réaliser un dépistage et un test gratuits en prenant rendez-vous au 01 40 28 33 17

L’équilibre alimentaire, un atout pour notre santé ! Participez aux prochains ateliers diététiques.

• Jeudi 13 octobre : La place des protéines dans une alimentation équilibrée

• Jeudi 24 novembre : Quelle place donner aux sucres dans une alimentation équilibrée ?

• Jeudi 22 décembre : Comment faire du gras un allié santé ?

Pharmacie Mutualiste

Prenez rendez-vous pour votre 2e rappel de vaccination anti-Covid au 01 40 28 33 12

Des tests antigéniques sont également disponibles.

L'espace audition au 5, rue de Palestro, Paris 2e 01 40 28 33 17

La pharmacie mutualiste au 1, rue de Palestro, Paris 2e 01 40 28 33 12

L'espace optique au 27, rue de Turbigo, Paris 2e 01 40 28 33 13

L'espace dentaire au 29, rue de Turbigo, Paris 2e 01 49 27 09 20

VENIR AU CENTRE

Ehpad, la situation après le scandale Orpea

Après le scandale de la parution de l’enquête sur les Ehpad Orpea, des réformes ont été annoncées par les pouvoirs publics pour remédier à la maltraitance des résidents. Elles ont été accueillies avec scepticisme par les syndicats.

Au printemps, la publication, sous le titre

Les fossoyeurs, de l’enquête de Victor Castanet et Guillaume Gobet sur la situation dans les Ehpad d’Orpea avait causé une vive émotion.

Le groupe s’est engagé à remédier aux dysfonctionnements, et le gouvernement a annoncé des mesures dans la politique du grand âge, basées sur le « bien vieillir », à domicile ou en établissement d’hébergement.

Ces engagements comportent un renforcement de la transparence financière des établissements et services sociaux et médico-sociaux (ESSMS), des évaluations de la qualité des ESSMS, un renforcement de la qualité des ESSMS, un élargissement du champ de compétence du Conseil de la vie sociale, un renforcement des moyens d’action des équipes d’inspection dans les ESSMS et les Lieux de vie et d’accueil (LVA). Il est aussi prévu de réformer le circuit d’alerte des signalements (mise en place d’un groupe de travail dédié avec toutes les parties prenantes) et de renforcer les contrôles et le suivi des signalements avec le déploiement d’un plan de contrôle des 7 500 Ehpad de France dans les deux prochaines années. Autre mesure annoncée, le renforcement de la gouvernance nationale de l’inspection-contrôle. L’amélioration continue du plan de contrôle des Ehpad s’appuiera sur des travaux au second semestre 2022-2023 tels « le développement du partage d’informations entre les différents corps de contrôle de l’État susceptibles d’intervenir en Ehpad et des contrôles conjoints entre ces derniers (le cas échéant), au moyen d’une coordination inter-services au niveau de l’État local ».

La vraie question est ailleurs

Pour le Dr Christophe Prudhomme (urgentiste et syndicaliste CGT), le vrai sujet n’est pas là.

Quel que soit le vernis social qu’elles peuvent présenter, « les structures comme Orpea visent le profit maximum pour les investisseurs. Nous contestons ce modèle marchand de la santé ! D’autant que les ARS (agences régionales de santé), mandatées par le gouvernement pour contrôler les Ehpad, n’en ont pas les moyens ». Nombre d’Ehpad, estime-t-il, coûtent cher pour un service rendu très insuffisant ! Le grand problème est l’absence de médicalisation.

Il faut une infirmière 24 h/24 pour administrer les soins, et des médecins salariés par l’Ehpad, pas un médecin traitant « choisi » par le résident. Il est important que ce médecin passe tous les jours. Tout repose souvent sur l’aide-soignante qui n’a pas les moyens d’intervenir, et même pas accès au dossier médical !  Il faut, insiste l’urgentiste, « remédicaliser. Et assurer qu’il y ait un soignant par résident, demandé par les deux grands rapports sur le sujet – on n’y est pas ! On est à 0,65 (dans le public), 0,5 par résident (dans le privé) ! »

La solution : la fin des structures privées. « Il faut les avertir que si elles ne changent pas de mode de fonctionnement, l’agrément Sécurité sociale leur sera retiré ! » En résumé, le problème est politique. Il faut créer « un vrai service public de l’autonomie, avec un financement à 100 % par la Sécu avec une exclusion totale des activités privées à but lucratif ».

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Alain Noël

Ramener les spectateurs dans les salles de cinéma

La fréquentation des cinémas a connu une forte baisse, notamment suite à la pandémie de Covid-19 : - 55 % en 2021 par rapport à 2019. Ce constat effectué, et quelques explications élaborées (voir l’étude du Centre national du cinéma et des images animées), les professions concernées – éditeurs de films, distributeurs – ont mis en place des mesures pour inverser la tendance.

La sortie familiale au cinéma, ou les rendezvous entre jeunes pour « se faire une toile », deux modèles largement popularisés… par le cinéma lui-même, semblent en déclin dans notre pays. Même si la France reste le premier pays d’Europe en termes de fréquentation des salles.

Nous avons connu 300 jours de fermeture des salles, du 15 mars au 21 juin 2020 puis du 30 octobre 2020 au 18 mai 2021. À l’issue de cette période et deux mois après la levée des dernières restrictions sanitaires dans les cinémas, le CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée) a réalisé, en mars 2022, une étude sur un échantillon de 1 176 Français, pour identifier les causes de la baisse de fréquentation, et explorer les éventuels leviers d’une reconquête du public.

Il apparaît que les jeunes sont revenus plus facilement au cinéma que les 60 ans et plus et qu’une partie des actifs, les 25-59 ans, n’a pas retrouvé ses habitudes de fréquentation d’avant la crise sanitaire. La baisse de la fréquentation tient à une conjonction de facteurs, conjoncturels ou structurels. Parmi ces derniers, déjà présents avant la Covid : la concurrence des plateformes, accélérée par la pandémie,

et qui touche un public plus large ; un manque d’intérêt pour les films sortant en salle ; la perception du prix du billet de cinéma, notamment pour les 35-59 ans. Côté conjoncture, les raisons pour lesquelles on va moins souvent, ou plus du tout, au cinéma depuis la réouverture des salles, sont : la perte d’habitude de se rendre au cinéma (pour 38 %), la perception du prix du billet (36 %), le port du masque (33 %), la préférence de regarder des films sur d’autres supports (26 %), le manque d’intérêts pour les films proposés (23 %).

Les professionnels du CNC ont envisagé des leviers pour reconquérir le public et recréer les habitudes. Prenant acte de ce que le cinéma est un marché de l’offre, ils évoquent « une réflexion à mener sur l’offre en salles, la programmation, et les moyens de donner envie aux jeunes de voir des films français, des films d’auteur ». La séance est une expérience à revaloriser, notamment face aux plateformes : il s’agit d’organiser une « premiumisation » des salles (transformées en lieux d’accueil pour des spectateurs traités comme des personnages importants), et de revivifier la projection comme expérience sociale. Et l’étude donne aussi des pistes, lorsqu’elle met en avant les raisons pour lesquelles les spectateurs ont eu envie

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Une diminution inégalement répartie

La baisse de la fréquentation a été moins forte chez les indépendants (- 28 % en 2021 par rapport à la moyenne 2017-2019) que pour les circuits (- 64 %). De même, les cinémas Art & Essai sont un peu moins impactés : - 49 % contre - 57 % pour les autres. Selon le type d’agglomération, la baisse a été un peu plus marquée en petite couronne (- 59 %) qu’en grande couronne ou dans les communes de moins de 20 000 habitants (- 50 % pour les deux catégories).

de retrouver la séance en salle. La simple envie de voir un film a été le premier motif, pour 51 % des personnes interrogées ; est venue ensuite l’envie de bénéficier de conditions optimales de son, d’image et de confort qu’on trouve dans une salle de cinéma. Parmi les raisons invoquées viennent ensuite l’envie de passer un moment collectif entre amis, en famille ou en couple (36 %) puis le désir d’un loisir qui fait sortir de chez soi et brise la solitude (34 %). L’envie peut être stimulée grâce à une meilleure exposition et promotion des œuvres, à travers les leviers du marketing et des données recueillies par les distributeurs.

Changer les séances

Comme élément « motivateur », un spectateur évoque la tenue d’avant-premières, proposées à des spectateurs invités, à qui sont offerts des cadeaux (bon marché) personnalisés. Un autre parle « d’événements », de  festivals, avec le cas échéant la présence de l’équipe du film à la projection. « Recréer l’envie, confirme François Vila, attaché de presse, peut passer par des événements, des rencontres, avec des réalisateurs par exemple, des rendez-vous… ». En termes de programmation, cela peut être « des mini-cycles dédiés

à tel réalisateur ou telle période du cinéma ; ou la réédition des films restaurés comme on ne les verra pas à la télévision (grain de l’image, meilleur son), re-sortie d’œuvres comme La maman et la putain, qui n’est pas disponible en DVD… ». On promeut des moments de convivialité et d’échange en particulier en banlieue et en province ; « cela recrée du lien social et casse l’anonymat du cinéma, qui résulte des multiplex et autres ».

Ce que confirme Jane Roger (Syndicat des distributeurs indépendants, et JHR Films) : « une salle de cinéma est une agora, un lieu d’échanges entre spectateurs ». Elle juge essentiel de « remettre le spectateur et son engagement au cœur de l’expérience ». Puisque celui-ci « veut consommer raisonnable, profitons-en. Proposons un cinéma exigeant, qui puisse éduquer, responsabiliser. Il faut souligner qu’il existe une chaîne de fabrication de films, qui est mise en danger ; c’est le spectateur qui la soutient ». Quant au prix, certains circuits de distribution ont une politique tarifaire pour les jeunes (voire les 35-59 ans). Pour les jeunes encore, la présence sur les affiches d’un QR Code donnant les horaires des séances est un plus.

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Cancer de la prostate : une nouvelle ère

Avec un décès par cancer de la prostate toutes les heures en France, infléchir la mortalité liée à ce type de cancer est une priorité. À cette fin, la seule option consiste à dépister les hommes avant la survenue de symptômes urinaires, témoins d’un stade avancé de la maladie. Aujourd’hui, un dépistage plus personnalisé se dessine grâce aux innovations technologiques…

Chaque mois de novembre, l’événement ca ritatif international Movember sensibilise les hommes à leur santé, et notamment à l’adénocarcinome de prostate. Car cette petite glande de 20 g, pas plus grosse qu’une châtaigne, essentielle à la fertilité masculine, peut causer bien des soucis auxquels peu d’hommes échappent… Sauf en la surveillant de près. Si la moyenne d’âge au dia gnostic est de 65-67 ans, les hommes âgés ne sont pas les seuls concernés : « le cancer de la prostate peut survenir en effet dès 50 ans et même 45 ans en cas de facteurs de risque (afro-américains, origines africaines, mutation génétique BRCA2) », indique le Pr Georges Fournier, chirurgien urologue (Brest) et président de l’Association française d’urologie (AFU).

Un cancer qui se développe en silence

Cancers dont le pronostic s’est consi dérablement amélioré depuis les années 1990, les adénocarcinomes de la pros tate diagnostiqués précocement re présentent 80 % des nouveaux cancers. Dans 70 % des cas, il n’y a pas de risque d’évolution vital dans les 15 ans à venir, même sans traitement. Dans 30 % des cas, du fait de signes d’agressivité, un trai tement permet d’interrompre l’évolution vers les métastases (lorsque les cellules cancéreuses diffusent dans l’organisme). Enfin, moins de 1 % des cas sont des cancers à évolution rapide, retrouvés chez des hommes ayant une prédispo sition héréditaire. « Contrairement à une croyance, un cancer de la prostate débutant ne donnera jamais de symptômes , met en garde le Pr Fournier. Les problèmes

10 MUTUALISTES 355 MÉDECINE
Prostate saine Tumeur maligne

urinaires sont en majorité dus à une hypertrophie bénigne de prostate, une maladie très courante mais non cancéreuse ». En revanche, les cancers de la prostate avancés génèrent des symptômes, par exemple des difficultés pour uriner, un jet d’urine faible, un besoin d’une poussée abdo minale pour uriner voire un blocage complet empêchant la vessie de se vider.

Cancer de la prostate, dépister ou s’abstenir ?

Le dépistage du cancer de la prostate fait toujours débat malgré l’avènement de l’IRM (imagerie par résonance magnétique) dite multiparamétrique (IRMmp), une technologie largement utilisée depuis quelques années à peine. Ce type d’imagerie est en mesure de discriminer les cancers agressifs, tout en laissant de côté les formes indolentes ou peu agressives et dont certaines seront juste placées sous surveillance rapprochée. « Du fait des nouvelles techno logies, le fait de dépister est en mesure de réduire la mortalité, par une action précoce, résume le Pr Fournier, tout en limitant en théorie le risque de surdiagnostic et de surtrai tement. » Le choix de se faire dépister revient donc à chaque homme. Car il n’est pas question aujourd’hui pour les autorités de santé françaises d’organiser un dépistage généralisé du cancer de la prostate à l’instar de ce qui est en vigueur dans les cancers du côlon et du sein. Pour l’Institut national du cancer, le sujet reste même officiel lement du domaine de la recherche. En 2016, la Haute autorité de santé (HAS) a consenti à un dépistage « opportuniste » (au cas par cas), en laissant le choix au médecin et surtout aux hommes de décider par eux-mêmes d’un dosage de l’antigène spécifique de la prostate (PSA) à partir de 50 ans. « Le Collège de la médecine générale insiste sur la prise de décision partagée entre le médecin et le patient pour les hommes âgés de 55 à 69 ans sur l’intérêt

DE NOUVELLES PERSPECTIVES DE TRAITEMENT

Au-delà de la chirurgie, de la radiothérapie, des traitements hormonaux et de la chimio thérapie, de nouvelles pistes thérapeutiques se concrétisent, en particulier celle de la radio thérapie interne vectorisée :

« UNE BOMBE À RETARDEMENT »

Le Pr Georges Fournier* explique : « Ce cancer est une bombe à retardement que l’on peut désamorcer à temps. C’est un argument pour dépister un éventuel cancer débutant, en faisant doser son taux de PSA, idéalement complété par un toucher rectal. La crainte des effets secondaires, principalement urinaires et sexuels, est justifiée. En effet, aujourd’hui aucun traitement du cancer de la prostate n’en est dénué. Cependant, à 60 ans, et lorsque la chirurgie de la tumeur permet de préserver les nerfs de l’érection, les deux tiers des hommes conserveront une vie sexuelle globalement satisfaisante, dont une partie à l’aide de médicaments de l’érection. À l’inverse, plus on découvre la tumeur tardivement, plus on devra réaliser des chirurgies élargies et/ou des rayons associés à un traitement hormonal. Privé de testostérone, la baisse de libido est alors systématique. »

*Dans la tourmente de la prostate, Pr Georges Fournier et Pr Olivier Cussenot, Éditions Favre, 2022.

de pratiquer un dépistage », ajoute le Dr Bernard Clary, médecin généraliste et membre du conseil scientifique. Un statu quo que rejette la société savante d’urologie via son comité de cancérologie (CCAFU), soulignant que l’absence d’alternative au dépistage de la part des pouvoirs publics pour infléchir le nombre des décès par cancer de la prostate est intolérable, alors même qu’un cancer découvert tardivement est bien plus difficile à guérir.

Avec 50 000 nouveaux cas et 8 100 décès par an en France en moyenne, le cancer de la prostate est la tumeur masculine la plus fréquente.

En pratique

injecté dans le sang, un mar queur est lié à un vecteur de radiothérapie (le lutétium) qui se fixe sur les cellules cancé reuses afin de localiser la tumeur et ses métastases et de les détruire.

Si le dosage du PSA reste d’actualité, le parcours de dépistage du patient a évolué en 2022 : « on est sorti d’un algorithme pourvoyeur de biopsies (prélè vements de cellules de prostate en vue de déterminer les caractéristiques de la tumeur) trop nombreuses et de traitements inutiles », rassure le Pr Fournier. Selon le CCAFU, un dosage de PSA peut être proposé chez les hommes à partir de l’âge de 50 ans (45 ans en cas d’origine africaine et d’antécédents familiaux ; 40 ans en cas de mutation BRCA2). Un taux de PSA > 3 ng/ml et/ou un toucher rectal suspect imposent la réalisation d’une IRMmp. Si celle-ci est anormale ou s’il existe des facteurs de risque, une biopsie de la glande est réalisée et le diagnostic final posé en fonction du résultat de l’examen au microscope. À l’étude, les scores polygéniques (incluant plusieurs gènes) pourraient personnaliser davantage le dépistage : en plus des mutations constitutionnelles du cancer de la prostate héréditaire, des variants génétiques viennent d’être identifiés, utiles au calcul d’un risque relatif individuel de cancer de prostate agressif.

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ENTRETIEN

GUILLAUME FOND

Guillaume Fond est médecin psychiatre et chercheur aux hôpitaux universitaires de Marseille. Il enseigne également à la faculté de médecine de la Timone et est conférencier et formateur auprès de l’Agence nationale du développement professionnel continu.

« Le microbiote communique directement avec le cerveau »

Spécialiste du lien entre psychologie et microbiote, le docteur Guillaume Fond explique, dans son dernier livre Bien manger pour ne plus déprimer aux éditions Odile Jacob, que ce que nous mangeons a une influence sur notre santé mentale. Il délivre aussi des conseils pratiques pour adapter notre mode d’alimentation et ainsi allier plaisir et bien-être.

Vous expliquez dans votre livre que la santé mentale est influencée par notre alimentation. Comment ?

❯ Le lien entre intestin et cerveau a été popularisé dans les années 2015 avec l’explosion de l’intérêt du grand public pour le microbiote. En 2009, nous avons développé de nouvelles techniques d’analyse et, depuis, de nombreuses expériences de laboratoire

avec des rats ont montré que les bactéries de l’intestin influencent le cerveau. Bien sûr, nous ne pouvons pas faire les mêmes expériences chez l’être humain mais nous avons des démonstrations indirectes que l’alimentation peut augmenter ou, à l’inverse, protéger du risque de dépression ou d’anxiété par exemple. Plusieurs mécanismes entrent en jeu. L’alimentation va influencer les bactéries de notre intestin : deux semaines seulement après avoir changé d’alimentation, nous observons des modifications durables dans les bactéries du tube digestif. Celles-ci vont notamment favoriser la protection, au niveau immunitaire local, de l’intestin. Quand il y a des dysfonctions du microbiote, la perméabilité de l’intestin augmente, ce qui crée de l’inflammation et perturbe les autres organes y compris le cerveau. Les bactéries ont également des fonctions d’extraction des nutriments issus de l’alimentation qui sont ensuite utilisés par le cerveau pour la synthèse de ses propres neurotransmetteurs. Il y a d’ailleurs aussi une synthèse de neurotransmetteurs directement au sein de l’intestin : 95 % de la sérotonine, l’hormone du bonheur, s’y trouve. Toutefois, il reste encore à savoir si cette synthèse influence le cerveau ou pas, les chercheurs sont en train d’explorer cette piste.

Peut-on dire que le microbiote agit directement sur notre cerveau ?

❯ Il existe un mécanisme par lequel le microbiote communique directement avec le cerveau : le nerf vague, qui est le plus long nerf de l’organisme. Quatre-vingts pour cent des informations qui y circulent sont ascendantes, c’est-à-dire qu’elles vont de l’intestin vers le cerveau. Ce dernier traite donc en permanence des informations inconscientes qui proviennent de l’intestin. Celles-ci circulent aussi dans l’autre sens puisque le cerveau stressé va libérer du cortisol, l’hormone du stress, ce qui va augmenter la perméabilité de l’intestin et former un cercle vicieux : les personnes stressées souffrent souvent de troubles intestinaux et nous savons que les maladies intestinales augmentent le risque d’anxiété et de dépression.

Le meilleur mode d’alimentation pour la santé mentale est le régime méditerranéen, très proche du régime flexitarien. C’est aussi le plus facile à mettre en place. Riche en fibres et en oméga 3, il privilégie les fruits

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Quels aliments privilégier pour préserver sa santé mentale ?
©Tijana Feterman

et légumes frais, les légumineuses, les céréales complètes, le poisson et la viande mais en petite quantité. Il est anti-inflammatoire, protège le microbiote et limite la réaction de défense de l’organisme face à l’agression. À l’inverse, le pire des régimes est le régime occidental qui est trop calorique, bourré de sucres rapides, de graisses saturées et de produits ultratransformés. Tout ceci est extrêmement inflammatoire. Il a été démontré que ce type d’alimentation est un facteur prédictif de dépression : même si on n’en souffre pas, on augmente son risque d’un tiers avec ce régime. Il faut savoir, qu’en 2015, 7 % de la population française souffrait de dépression et qu’un Français sur cinq fera un épisode dépressif au cours de sa vie. Changer d’alimentation n’est pas seulement curatif, pour améliorer la dépression, mais aussi préventif.

« Changer d’alimentation n’est pas seulement curatif mais aussi préventif. »

Est-ce que les générations précédentes, qui ne connaissaient pas le régime occidental, avaient une meilleure santé mentale ?

❯ L’évaluation de la santé mentale des populations est assez récente. En France, la première enquête épidémiologique sur le sujet date de 2005. Elle a été reproduite en 2015 et nous avons constaté une augmentation de la prévalence de la dépression de 2 %. Mais il est difficile de savoir si nos grands-parents par exemple, souffraient plus ou moins de dépression. L’hypothèse serait que leur alimentation était meilleure mais qu’ils ont sans doute été plus exposés aux traumatismes dans l’enfance : Seconde Guerre mondiale, abus sexuels, violences, maltraitances… J’ai tendance à penser aussi que leur santé mentale n’était pas meilleure que la nôtre

car les psychothérapies n’étaient pas développées et que l’on parlait moins des troubles psychiatriques.

Avez-vous constaté un impact de la pandémie de Covid sur notre alimentation et donc sur notre moral ?

❯ Il y a une explosion de l’obésité, ce qui est le signe d’une mauvaise qualité alimentaire et d’une sédentarité mais c’est aussi un marqueur dans le corps d’une santé mentale dégradée. Aujourd’hui, un quart des adultes en France sont en situation de surpoids ou d’obésité. Il existe une relation très forte entre le surpoids, l’obésité, la dépression et l’anxiété. Être en surpoids signifie que l’on a un microbiote dysfonctionnel, inflammatoire, notamment quand l’obésité est abdominale, c’est-à-dire autour des viscères. La graisse périviscérale libère des facteurs immunologiques qui perturbent le fonctionnement des organes et du cerveau.

Quand on se sent stressé ou déprimé, comment peut-on savoir si cela vient de son alimentation ?

❯ Il est toujours très complexe pour un individu de connaître la cause de sa dépression car elle est souvent multifactorielle. Il est très rare d’avoir juste une mauvaise alimentation isolée et, qu’à côté, la personne pratique un sport, ne fume pas, ne vive pas dans un environnement toxique ou encore, ne soit pas issue d’une famille à prédisposition de dépression. Mais dans tous les cas, le fait de changer son mode de vie sera bénéfique.

Aujourd’hui, est-ce que vous prescrivez des modifications alimentaires en plus des médicaments ?

❯ Le fait de prescrire un antidépresseur va permettre à la personne de sortir de la dépression plus rapidement

mais si on laisse en place les facteurs d’entretien de la maladie, on augmente le risque de rechute ou de devoir prendre des antidépresseurs à vie. Quelle que soit sa situation de santé, nous avons tout intérêt à choisir l’alimentation méditerranéenne. Mais même en l’adoptant, il est compliqué d’atteindre le quota nécessaire d’oméga 3, qui sont des acides gras essentiels que notre corps ne peut pas synthétiser. En pratique, je supplémente systématiquement tous mes patients au long cours pour atteindre les apports recommandés. Par ailleurs, 80 % des Français sont carencés en vitamine D l’hiver. C’est une hormone stéroïdienne qui a une action au niveau immunologique. Pour atteindre les apports quotidiens, il faut vraiment s’exposer au soleil plusieurs heures par jour donc je recommande à mes patients la supplémentation pendant au moins trois mois à partir d’octobre-novembre.

Propos recueillis par Léa Vandeputte

Le docteur Guillaume Fond a la charge de la grande étude Alimental des hôpitaux universitaires de Marseille et de l’APHM qui s’intéresse aux liens entre alimentation et santé mentale (https://bit.ly/ alimentalAPHM). Celle-ci cible particulièrement les populations à risque de dépression (étudiants, soignants, patients suivis en psychiatrie et leurs proches). Les résultats de cette enquête devraient paraître début 2023.

Bien manger pour ne plus déprimer, prendre soin de son intestin pour prendre soin de son cerveau, de Guillaume Fond, Odile Jacob, 272 pages, 22,90 €.

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Vivre avec un handicap aujourd’hui

Prestations :

la fin d’une injustice

En France, 12 millions de personnes souffrent d’un handicap et pour 80 % d’entre elles il est invisible et complique la vie au quotidien. Dépistage, prestations, école, emploi, logement, quoi de neuf ?

C’est la fin d’une discrimination, selon les associations. Depuis la publication d’un décret en avril dernier, les personnes souffrant de troubles psychiatriques neurodéveloppementaux peuvent prétendre à la Prestation de compensation du handicap (PCH). L’entrée en vigueur de cette mesure est prévue pour janvier 2023. Les associations de défense des personnes en situation de handicap demandaient aussi que les revenus du conjoint ne soient plus pris en compte dans le calcul de l’allocation pour adultes handicapés (AAH). C'est désormais chose faite depuis le vote

14 MUTUALISTES 355 DOSSIER

par le Sénat ce 28 juillet de la déconjugalisation de cette aide. Cette mesure doit entrer en vigueur au plus tard le 1er octobre 2023. En attendant cette date et depuis janvier dernier, les revenus du conjoint non bénéficiaire de l'AAH font l’objet d’un abattement forfaitaire de 5 000 euros auquel s’ajoute un abattement de 1 400 euros par enfant à charge.

Les associations dénonçaient aussi la variabilité de la prise en charge des tarifs horaires des aides à domicile d’un département à l’autre. Depuis le 1er janvier 2022, un tarif plancher au niveau national a été mis en place. Désormais, les interventions des services d’aide à domicile sont rémunérées 22 euros de l’heure concernant les prestations d’accompagnement pour les personnes bénéficiant de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) et de la prestation de compensation du handicap (PCH). Les parlementaires ont aussi instauré un amendement qui prévoit que le tarif plancher sera réétudié tous les 3 ans. Autre bonne nouvelle pour le pouvoir d’achat : depuis le 1er janvier dernier, l’allocation journalière du proche

« L’INCLUSION

SIGNIFIE ALLER VERS

LES AUTRES », MORGANE LEGRAND, 29 ANS, MALVOYANTE

« J’ai une atteinte du nerf optique qui s’est dégradée progressivement. Aujourd’hui je n’ai pas complètement perdu la vue mais on n’est pas très loin. J’ai bénéficié d’un accompagnement et j’ai suivi un apprentissage pour apprendre à manier des outils vocaux favorisant l’autonomie. (...) Quand on perd la vue, on fonctionne avec le vocal en permanence. Je vis donc dans un monde de sursollicitation permanente. Cela demande énormément de concentration mais c’est quand même beaucoup moins fatigant que de miser sur mon peu de potentiel visuel restant. Parfois je mets un casque pour être un peu plus dans ma bulle et ne pas entendre trop de choses en même temps. Je me ménage aussi des temps pour souffler et arriver à décrocher. J’aimerais dire à ceux qui vont perdre la vue que cela va être difficile mais que la vie ne va pas s’arrêter pour autant. L’inclusion pour moi c’est très positif car cela signifie aller vers les autres. »

Podcast Pépin, n° 17, « Vivre avec optimisme malgré un handicap visuel »

aidant (AJPA) a été revalorisée au niveau du Smic (58 euros nets par jour).

Faciliter l’emploi

ENVIRON 10 000

PERSONNES

DEVRAIENT BÉNÉFICIER DU DISPOSITIF « EMPLOI ACCOMPAGNÉ » D’ICI LA FIN DE L’ANNÉE.

L’emploi représente un autre domaine capital pour l’insertion des personnes en situation de handicap. Depuis 2017, la France propose le dispositif emploi accompagné (DEA) aux personnes avec un handicap invisible, comme un handicap psychique, une déficience intellectuelle ou des troubles du neurodéveloppement (TND). Pris en charge par l’État, cet accompagnement personnalisé – dont l’intensité varie en fonction des besoins de la personne et de son employeur –est réalisé par un conseiller formé à ces handicaps invisibles. Autre mesure, le déploiement du plan de transformation des entreprises adaptées (EA). Ce fonds a été mis en place sur la période 2019-2022 afin d’améliorer l’inclusivité de ces entreprises. Il a déjà permis de soutenir 500 entreprises adaptées notamment dans les filières du textile, du numérique et de la sous-traitance automobile.

15 Photos : © Shutterstock

D’ici la fin 2022, 40 000 emplois supplémentaires devraient être créés.

Les personnes en situation de handicap qui cherchent un emploi ou qui veulent en changer peuvent aussi bénéficier du rapprochement entre Pôle emploi et Cap emploi qui permet de simplifier les démarches et d’améliorer la qualité de service. Le rapprochement a été finalisé le 1er mai dernier. Enfin, le Plan d’investissement dans les compétences (PIC) a permis de financer des actions visant à développer les compétences des demandeurs d’emploi en situation de handicap faiblement qualifiés ou sans qualification.

École : une meilleure intégration

En 2020, trois premières unités d’enseignement externalisées polyhandicap (UEEP) ont vu le jour dans l’Essonne, à Marseille et en Ille-et-Vilaine puis cinq autres en 2021. Reposant sur un partenariat entre l’Éducation nationale et les acteurs du domaine médico-social, ces unités permettent la scolarisation d’enfants polyhandicapés au sein de l’école. À savoir, 10 nouvelles unités devraient ouvrir en 2022 et en 2023 : il y en aura au moins une par académie.

L’accueil des enfants en situation de handicap passe aussi par la formation de leurs enseignants. Depuis un arrêté du 25 novembre 2020, les étudiants inscrits en master des métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation (MEEF) peuvent suivre une formation de 25 heures autour de la scolarisation inclusive. Un livret de parcours inclusif a également fait sa rentrée dans les écoles. Cette application numérique, accessible depuis un ordinateur, propose des réponses pédagogiques aux besoins éducatifs particuliers des élèves avant la mise en œuvre d’un programme personnalisé

de réussite éducative (PPRE), d’un plan d’accompagnement personnalisé (PAP), d’un projet d’accueil individualisé (PAI) ou d’un projet personnalisé de scolarisation (PPS).

Pour les enfants autistes, les unités d’enseignement en élémentaire autisme (UEEA) représentent aussi de nouvelles perspectives de scolarisation. Les unités d’enseignement en maternelle pour enfants autistes (UEM) ont été créées en 2014 et trois ans plus tard, les UEEA ont pris le relais au niveau élémentaire. Il s’agit de classes des établissements médico-éducatifs implantées dans des écoles ordinaires. En 2022, 14 UEEA vont être créées et les UEM devraient scolariser plus de 2 000 enfants en maternelle.

Un meilleur dépistage de l’autisme Depuis 2019, des plateformes de coordination et d’orientation (PCO) accueillent les enfants avec des écarts de développement. Ces structures

DES AMBASSADEURS DE L’ACCESSIBILITÉ

L’opération « Ambassadeurs de l’accessibilité » a été lancée en mai 2021. Elle s’adresse à des jeunes en service civique recrutés en binôme par des collectivités pour une mission d’une durée de 6 à 8 mois. Ils interviennent dans les gares, les commerces, les bibliothèques ou encore les centres médicaux pour renforcer l’accès aux services du quotidien des personnes en situation de handicap. Leur entrée en action a été retardée par la crise sanitaire mais 1 000 jeunes volontaires en service civique devraient être déployés avant la fin de l’année.

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EN 2021, 400 000 ÉLÈVES EN SITUATION DE HANDICAP ÉTAIENT SCOLARISÉS, SOIT 20 % DE PLUS QU’EN 2017
DOSSIER

ont pour mission de faciliter le dépistage des troubles du neurodéveloppement et d’aider les familles à avoir accès à des soins et des séances de rééducation le plus tôt possible. Ainsi, 20 000 enfants ont déjà été adressés à une PCO par un professionnel de santé et l’objectif est de donner cette chance à 30 000 enfants par an. Actuellement, il existe 76 PCO dans notre pays mais d’ici à la fin de l’année, 28 nouvelles PCO devraient être déployées pour les 0-6 ans.

L’habitat inclusif, en développement

Le maintien à domicile des personnes en situation de handicap est un véritable enjeu. L’État a mis en place en 2021 une aide à la vie partagée (AVP), dans des départements pilotes, pour développer l’offre d’habitat inclusif. Ouverte sous condition de ressources à toute personne en situation de handicap, choisissant de résider dans un habitat inclusif, cette aide est financée à 80 % par l’État et à 20 % par les départements et peut aller jusqu’à 10 000 euros par an et par  personne. Depuis 2022, 60 départements sont impliqués dans le dispositif et 10 000 personnes devraient vivre au sein d’habitats partagés à la fin de l’année ! ■

Trois questions à

Quel est le regard de l’association concernant les mesures prises ces cinq dernières années ?

Il y a eu des dynamiques autour de l’emploi et une  amélioration de la scolarisation des enfants en situation de handicap. Autre avancée, la création de la branche autonomie et le droit de vote des personnes placées sous tutelle. Dans le bilan du dernier quinquennat, nous pointons deux points noirs : la diminution de l’APL de 5 euros et la loi Élan qui instaure un seuil de 30 % de logements neufs accessibles aux handicapés.

MICHAËL JÉRÉMIASZ : LA RAGE DE VIVRE

C’est le 7 février 2000 que la vie de Michaël Jérémiasz a basculé lors de vacances à la montagne avec ses parents. À 18 ans, il est victime d’un accident de ski responsable d’une fracture de la colonne vertébrale et d’une paraplégie. Pratiquant le tennis depuis l’âge de 6 ans, il découvre le tennis fauteuil pendant sa rééducation et est sacré champion de France un an et demi plus tard, puis numéro 1 mondial, en simple et en double. « Je n’ai jamais vu le fauteuil comme un ennemi, comme quelque chose de limitant, au contraire. Quand il a fallu que j’apprenne la mobilité pour le tennis fauteuil, j’ai commencé à voir cela comme un vrai challenge », avait confié le porte-drapeau de la délégation française aux Jeux olympiques paralympiques de Rio à All About Sport. En 2011, il cofonde avec son frère Jonathan et sa femme l’association Comme les Autres qui propose un accompagnement social dynamisé par le sport et les  sensations fortes aux personnes devenues handicapées à la suite d’un accident. Michaël Jérémiasz a aussi créé Handiamo, une entreprise qui accompagne les  handisportifs dans leur carrière et organise des  événements de sensibilisation autour du handicap. https://www.commelesautres.org

Quelles sont les attentes de l’association et ses principales revendications ?

Le premier point est le pouvoir d’achat et la revalorisation des minimas sociaux. Il faut venir en aide aux bénéficiaires de l’AAH mais aussi des pensions d’invalidité. La prime de Noël exclut les bénéficiaires de l’AAH, ce que nous regrettons. Nous réclamons aussi des avancées au niveau de l’accessibilité et nous souhaitons que la notion de handicap soit inscrite dans la constitution dans le cadre de la lutte contre les discriminations. Il faudrait revoir cette notion qui ne prend pas suffisamment en compte les notions environnementales.

© Comme les autres

Enfin, nous militons pour une prestation universelle à l’autonomie des personnes âgées et handicapées sans distinction en fonction de l’âge.

Le regard de la société sur le handicap a-t-il changé ces dernières années ?

Oui, mais on entend certaines personnes dire que ce n’est pas évident d’accueillir des personnes en situation de handicap à l’école ou que l’accessibilité coûte cher.

Le point noir concerne les aides à domicile et les recrutements dans certains établissements. Certains services se dégradent et des personnes à domicile n’arrivent pas à trouver d’aide humaine.

Il y a donc un véritable enjeu de valorisation de ces métiers du médicosocial et de l’intervention à domicile.

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PATRICE TRIPOTEAU, DIRECTEUR GÉNÉRAL ADJOINT D’APF FRANCE HANDICAP
© Jérôme Deya

Vrai/faux sur les hypocondriaques

13 % des Français se disent hypocondriaques. Est-ce une maladie ? Se soigne-t-elle ?

Démêlons le vrai du faux avec Antoine Spath, coauteur d’un Petit traité à l’usage des hypocondriaques qui veulent s’en sortir.*

L’hypocondrie

est une maladie imaginaire

Faux. Les hypocondriaques sont des malades imaginaires mais l’hypocondrie existe réellement. L’hypocondrie n’est pas une maladie au sens biologique. Mais c’est un trouble mental reconnu. Il est classé dans le DSM-V (cinquième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) parmi les troubles somatoformes.

« C’est une manifestation anxieuse qui se centre principalement sur les organes du corps », explique Antoine Spath, psychologue. Pour qu’une personne soit reconnue hypocondriaque : « il faut que le trouble soit récurrent et qu’il dure au moins 6 mois, qu’il y ait une absence de pathologie biologique avérée, une absence de délire, que cela occupe l’esprit un moment suffisant par jour (au moins 2 heures), que la personne ressente une douleur morale et n’accepte pas d’être rassurée », décrit Antoine Spath. Si vous ne présentez pas ces signes, vous n’êtes pas hypocondriaque mais juste anxieux(se) !

On naît hypocondriaque

Faux. « Les enfants sont très rarement hypocondriaques On devient hypocondriaque à l’âge adulte », informe Antoine Spath. « Souvent l’hypocondrie se déclare à la suite d’un épisode traumatique ou douloureux de l’existence. Les facteurs sous-jacents seraient des processus relationnels, dans une famille pas assez prévenante ou au contraire qui l’est trop. Cela pourrait être lié au fait que dans certaines

LA CYBERCONDRIE, QUÈSACO ?

Sur l'hypocondrie peut se greffer la cybercondrie. Elle se développe au rythme des connexions à internet. C’est le besoin compulsif de chercher sur internet le pire diagnostic correspondant à ses symptômes, réels ou imaginaires.

familles le corps ne fait pas l’objet d’un investissement fort ou que dans d’autres, au contraire, il bénéficie d’un excès de protection », décrypte-t-il.

Il existe des degrés dans l’hypocondrie Vrai. « Le degré d’hypocondrie dépend de la manière dont la personne peut accepter ou pas le réconfort de l’autre », indique le psychologue. L’hypocondrie sévère peut devenir un handicap, y compris social.

« L’hypocondrie peut parfois impliquer des rituels de protection très contraignants dans la vie quotidienne. Certains hypocondriaques ne peuvent plus sortir de chez eux car ils ont trop peur d’attraper une maladie. »

L’hypocondrie ne se soigne pas Faux. L’hypocondrie peut être améliorée. « Cependant, cela est difficile, souligne Antoine Spath. Les personnes hypocondriaques sont dans une grande défiance relationnelle à l’autre. » Aussi, elles n’ont pas confiance dans les thérapeutes. « Accepter d’aller voir quelqu’un et de lui parler les aide déjà », indique le psychologue qui précise que les thérapies qui proposent un travail sur le corps (hypnose, sophrologie par exemple) sont les plus bénéfiques pour les personnes hypocondriaques. « Elles permettent de leur redonner une image de leur corps plus saine. »

Tu crois que c’est grave ? Petit traité à l’usage des hypocondriaques qui veulent s’en sortir, Antoine Spath et Caroline Michel, Éditions Larousse, avril 2021.

18 MUTUALISTES 355 PSYCHO © Shutterstock
Anne-Sophie Glover-Bondeau

Des produits écologiques pour l’hygiène de bébé

Des dizaines de produits de toilette et de soin sont proposés aux parents. Or, la plupart sont inutiles, voire dangereux pour la santé des bébés. Conseils du Dr Andreas Werner, pédiatre allergologue à Villeneuve-lès-Avignon.

Sur 341 cosmétiques pour bébés vendus sur le marché français, 299 contenaient des ingrédients ou familles d’ingrédients classés à « risque élevé » en 2016* : un allergène par contact (la méthylisothiazolinone) dans 19 produits dont 7 lingettes, un conservateur soupçonné d’effets toxiques sur la reproduction (le phénoxyéthanol) dans 54 produits dont 26 lingettes, et des parfums dans 226 produits. Or, la peau des bébés est encore plus fragile que celle des adultes face aux ingrédients chimiques, surtout les irritants et les perturbateurs endocriniens. La zone du siège, milieu humide occlusif et chaud, est particulièrement sensible car elle favorise l’absorption des substances par voie cutanée. « On a de fortes suspicions de risques liés aux perturbateurs endocriniens, notamment la diminution de la qualité de l’éjaculat masculin ou des cancers chez les filles », alerte le Dr Andreas Werner, président de l’Association française de pédiatrie ambulatoire (AFPA)**. En outre, le contact quotidien et prolongé avec certains cosmétiques peut favoriser le développement d’un terrain allergique ou eczémateux, assécher la peau ou l’irriter. Le talc est déconseillé comme tous les soins en poudre « car l’enfant risque de l’inhaler et cela passe dans les poumons », indique le pédiatre.

Une trousse de toilette saine

« La quasi-totalité des cosmétiques pour bébé sont à éviter. Moins on met de choses sur la peau des petits et mieux c’est », prévient le Dr Werner. Y compris le liniment oléo-calcaire, très à la mode pour nettoyer les fesses des bébés. « L’huile ne nettoie pas correctement. Le mieux est d’utiliser de l’eau et un savon doux qui n’agresse pas la peau », explique le pédiatre. Un savon surgras sans huile essentielle et sans parfum convient pour le bain et le shampoing mais aussi pour le change en utilisant une lingette lavable mouillée.

Nul besoin d’appliquer une crème de change ensuite. « Les fesses rouges de bébé sont dues à un changement de couche pas assez fréquent ou pas réalisé au bon moment », informe le pédiatre qui conseille de les changer vers la fin de la tétée ou du biberon. L’enfant va s’endormir ainsi dans une couche propre.

Si vraiment, vous voulez acheter un soin pour bébé, privilégiez les produits contenant le moins d’ingrédients en évitant les parabènes, les phtalates, l’alcool, les phénoxyéthanols. Les soins affichant un label bio reconnu (comme Ecocert) ou une mention Slow cosmétique n’en contiennent pas. « Les produits pour les peaux atopiques, sans ingrédients chimiques et surgras, conviennent pour les bébés », informe le Dr Andreas Werner. Vous pouvez ainsi utiliser un soin hydratant pour peau atopique si votre enfant a la peau du visage ou du corps sèche.

*Enquête de Women in Europe for a Common Future (WECF), réseau international de 150 organisations environnementales et féminines : « Cosmétiques bébés : encore trop de substances préoccupantes ». Communiqué du 15 février 2016.

**Expert du site Mpedia.fr

QUELLES COUCHES CHOISIR ?

Les couches lavables sont une bonne solution pour ne pas exposer votre enfant aux produits chimiques. « Cependant, il reste discutable qu’elles soient si écologiques car elles néces sitent beaucoup de machines, donc d’utilisation d’eau et d’électricité », remarque le Dr Werner. Le bon choix dans les couches jetables ? « Privilégiez les couches bio sans phtalates », recommande le pédiatre. L’écolabel Nordic Swan et l’Écolabel européen garantissent un recours restreint aux substances dangereuses et un impact environnemental limité sur l’ensemble du cycle de vie du produit.

19 © Shutterstock ENVIRONNEMENT

Maisons-Alfort, joyau méconnu du Val-de-Marne

Les bords de Marne n’exercent plus autant d’attraits qu’en cette fin du XIXe siècle, lorsque guinguettes et cafés attiraient les Parisiens venus s’encanailler. À tort : les passionnés d’art et d’architecture, les curieux peuvent découvrir, en métro et à pied, ou à bicyclette, un ensemble admirable de monuments classés.

Sur la ligne 8 du métro, les voyageurs connaissent, au moins de nom, la station « Maisons-Alfort – École vétérinaire ». Et pour cause : l’École nationale vétérinaire est la deuxième école de formation à la profession au monde ! Fondée en 1765, sous le règne de Louis XV, elle doit sa réputation à l’anatomiste Honoré Fragonard (cousin du peintre Jean-Honoré) et aux méthodes de dissection et de conservation qu’il pratiquait. Des visites de l’école sont organisées pendant les journées du Patrimoine et pour les groupes de plus de 10 personnes : musee@vet-alfort.fr.

En revanche, le musée Fragonard (photo 2) est ouvert au public tout au long de l’année. La visite vaut le déplacement ! 4 200 pièces dont les célèbres écorchés, momies humaines et animales conservées grâce à l’injection d’une mixture faite de graisse animale, de cire et de térébenthine, et recouvertes de vernis. Les curieux pourront s’extasier sur le mouton à six pattes, s’évanouir de peur dans la galerie des

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horreurs avec, notamment, le « cavalier de l’Apocalypse » halluciné sur son cheval en plein galop, ou encore l’homme à la mandibule brandissant une mâchoire animale et le groupe de trois fœtus humains conservés dans des bocaux. Âmes sensibles s’abstenir !

Pour retrouver la paix de l’âme, direction l’église Sainte-Agnès (photo 1), rue Nordling. Édifiée en 1933, l’église, classée Monument historique depuis 1984, est exemplaire de la période Art déco, un chef-d’œuvre d’architecture à tous égards, à commencer par le savoir-faire et le talent des bâtisseurs qui ont su exploiter au mieux un espace contraint, cerné d’habitations.

Derrière la superbe porte en chêne ornée de huit panneaux de cuivre repoussé, on est saisi par la majesté des lieux, les sublimes compositions en fer forgé dues à Richard Desvallières dont la croix et le coq du clocher, le couvercle des fonts baptismaux, les grilles du baptistère, l’autel de la Vierge, le devant des tuyaux d’orgue, les magnifiques verrières réalisées par Max Ingrand, dont l’exécution s’inscrit dans la tradition des maîtres verriers du Moyen Âge.

L’Art nouveau et l’Art déco irriguent la totalité de Maisons-Alfort avec une spécificité : l’utilisation de la brique silico-calcaire et celle dite de « laitier » à base de chaux.

Les promeneurs ne manqueront pas de s’arrêter au hasard de leur pérégrination avenue Charles-deGaulle, rue Pasteur, rue de Grenoble, rue Renard, avenue de la République,

pour admirer les façades des maisons, sans oublier les ferronneries typiques. Un arrêt prolongé s’impose square Dufourmentelle, un ensemble de logements dits « sociaux » (photo 3) qui ne manquera pas de faire des jaloux ! Le maire de l’époque, Léon Champion, n’a pas volé son nom : c’est véritablement le champion du bon goût et du désir de mettre le « beau » à la portée de tous. L’édification des « HBM » (habitations à bon marché ), en 1927, est confiée à deux architectes récompensés « Second Grand Prix de Rome », André Dubreuil et Roger Hummel. Quelque six cents appartements, une cour centrale magnifiée par un jardin à la française et un élément statuaire central représentant « Le Petit Chaperon Rouge » unanimement apprécié. Les chanceux s’enorgueillissent d’y résider ! Dans la foulée, le maire passe commande de deux groupes scolaires aux deux partenaires : Jules Ferry et Condorcet. On ne peut hélas les apercevoir que de l’extérieur et c’est bien dommage. On peut cependant admirer les façades en pâte de verre blanche et rouge vénitien, les portes en verre gravé, les vitraux illustrant les fables de La Fontaine, une sculpture en bas-relief représentant les contes de Perrault. Les deux établissements sont inscrits à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques. Les plus anciens verseront une larme

en souvenir d’une boisson emblématique presque oubliée, un apéritif célèbre que les « moins de 20 ans ne peuvent pas connaître », même (surtout ?) dans les bars à la mode : la Suze (photo 4), à base de gentiane, à l’amertume prononcée. Les passants qui longent l’avenue du Général-Leclerc sont loin d’imaginer l’importance de la distillerie, fondée en 1855 par Fernand Moureaux, La Suze, ainsi nommée en hommage à sa belle-sœur Suzanne. La célèbre bouteille dessinée par Henri Porte n’a pas changé. La liqueur, qui titrait à 32° à l’époque ne dépasse pas les 16° aujourd’hui ! Seule la façade de l’usine a été conservée. Autre spécialité aujourd’hui disparue, également fabriquée à Maisons-Alfort, les biscuits Gondolo qui enchantèrent les enfants des baby-boomers.

On mettra à profit la lecture de l’album exhaustif et passionnant publié par les éditions AAM, sous la direction de Maurice Culot et Charlotte Mus : Maisons-Alfort, 1900-1930, Art Nouveau, Art Déco

Des visites (trop rares) sont organisées par le Comité départemental du tourisme du Val-de-Marne.

www.tourisme-valdemarne.com Remerciements aux éditions AAM qui ont bien voulu nous céder les droits de reproduction des photos qui illustrent cet article.

1-Église Sainte-Agnès. 2-Musée Fragonard.

3-Square Dufourmentelle. 4-Distillerie La Suze.

Denise Cabelli et Françoise Janin
21 Photos : © AAM
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RIMBAUD

L’homme aux semelles de vent

Arthur Rimbaud naît le 20 octobre 1854 à Charleville-Mézières près de la frontière belge, d’un père Frédéric Rimbaud, capitaine d’infanterie, qui abandonne très vite femme et enfants en 1860, et d’une mère née Cuif, dirigeant la famille d’une main de fer, dont la sévérité n’a d’égal que l’austérité et la matérialité.

Dès son plus jeune âge, Arthur fait preuve d’impressionnants dons intellectuels alliés à un tempérament maussade et violent. À l’âge de 13 ans, il a déjà remporté plusieurs prix pour son écriture. Il décroche les lauriers de toutes les humanités, encouragé par son professeur et mentor Georges Izambar, et malgré les désapprobations de sa mère.

À 16 ans, il s’échappe de Charleville et se fait arrêter pour vagabondage et emprisonné.

Ramené chez lui, il ne cessera de fuguer, écrivant affamé, avec une assiduité frénétique.

Au printemps 1871, durant la Commune de Paris, il en devient le chantre illuminé et bouleversé. Peu après, il fera la connaissance de Verlaine, avec qui une violente passion amoureuse va naître. C’est à cette époque qu’il écrira son fameux poème : Le bateau ivre.

Ils voyagent ensemble à travers l’Angleterre et la Belgique. Là, il publie le seul ouvrage qu’il n’ait jamais imprimé : Une saison en enfer. Mais leur passion vire au drame. Un soir d’ivresse, Verlaine tire avec un pistolet sur Rimbaud, le blessant au bras. Rimbaud, profondément désabusé, est déterminé à abandonner l’Europe et la littérature. En 1875, il remet à Verlaine Les Illuminations qui seront ses derniers écrits poétiques.

Avec Les Illuminations, Rimbaud a dépouillé le contenu narratif et descriptif du poème pour en faire une ode le privant de tout sens logique, dédié à l’errance, à la douleur et à la rédemption… ce seront ses derniers écrits… à vingt ans il a déjà tout dit.

Après suivront des années frénétiques, parcourant l’Europe, les régions asiatiques, l’Afrique, l’Abyssinie. Il deviendra au fil des années, mandataire pour des sociétés commerciales, pourvoyeur de produits en tous genres, armes, cafetières, couvertures, brodequins, chameaux…

Usé par des marches incessantes, des fièvres, son corps malmené n’y résistera pas. Rapatrié d’Abyssinie en France au printemps 1891, il sera amputé en juillet de la jambe droite à l’hôpital de Marseille et mourra le 10 novembre dans d’indicibles souffrances, dans les bras de sa sœur Isabelle.  Rimbaud a eu le génie des images saisissantes, des associations surprenantes. Il a donné à la poésie l’urgence, la lumineuse détresse de cette volonté avortée d’un ailleurs où serait enfin réalisé le rêve d’être un autre. « Je est un autre ». Il a ceci d’étrange qu’il a commencé d’abord à rêver sa vie avant de la vivre vraiment.

Raclant des souffles coupés aux confins de ses dérades, animé par une prodigieuse nécessité à user sa vie pour traquer les sources d’une éphémère rédemption, il a ouvert tous les horizons d’une poésie absolument moderne. Revendiqué par tous les courants littéraires majeurs, il restera le « voyant » le plus inspiré, traversant tel un ovni, le bruit, la fureur et les rêves des hommes.

Oisive jeunesse

A tout asservie, Par délicatesse

J’ai perdu ma vie.

Ah ! Que le temps vienne Où les cœurs s’éprennent.

Je me suis dit : laisse, Et qu’on ne te voie : Et sans la promesse De plus hautes joies.

Que rien ne t’arrête, Auguste retraite. J’ai tant fait patience Qu’à jamais j’oublie ; Craintes et souffrances Aux cieux sont parties. Et la soif malsaine Obscurcit mes veines. Ainsi la prairie A l’oubli livrée,

Grandie, et fleurie D’encens et d’ivraies Au bourdon farouche De cent sales mouches.

Ah ! Mille veuvages De la si pauvre âme Qui n’a que l’image De la Notre-Dame ! Est-ce que l’on prie La Vierge Marie ?

Oisive jeunesse

A toute asservie, Par délicatesse

J’ai perdu ma vie.

Ah ! Que le temps vienne Où les cœurs s’éprennent !

Arthur Rimbaud, Chanson de la plus haute tour, mai 1872

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ARTHUR
« La vraie vie est absente. L’amour est à réinventer. » © DR

TEMOIGNAGE

LEAH STAVENHAGEN, franco-américaine de 29 ans atteinte de la maladie de Charcot, première malade au monde à avoir bénéficié d’un traitement expérimental qui semblerait avoir ralenti la progression de sa maladie.

Il y a 3 ans, votre vie bascule lorsque vous apprenez que vous avez une maladie de Charcot… ❯ Tout a commencé en 2019 par des crampes et des faiblesses dans les jambes. Je ne m’en suis pas inquiétée. Six mois plus tard, je suis tombée trois fois dans la rue en une semaine et j’ai attribué ces chutes à un état de stress et de fatigue. C’est seulement lorsque j’ai constaté que je marchais plus lentement que j’ai consulté un médecin qui m’a renvoyée vers un neurologue. Il a fallu 9 mois pour un diagnostic définitif de la maladie de Charcot, très difficile à accepter. Je me suis demandé si c’était de ma faute : avais-je utilisé des produits nocifs ? Mal mangé ? Je n’ai pas de forme génétique alors il n’y a que des hypothèses sur la cause.

Vous avez pu bénéficier d’un essai thérapeutique. Que vous a apporté ce traitement ? ❯ Quand j’ai su que j’étais malade, j’ai demandé un deuxième avis aux États-Unis, à Columbia. Le Dr Shneider qui me suit là-bas, m’a immédiatement parlé d’un traitement expérimental avec des cellules souches T-régulatrices.

La maladie de Charcot

L’essai clinique a été retardé avec l’épidémie de Covid mais j’ai reçu ce traitement à titre compassionnel pendant 18 mois, de juin 2020 à décembre 2021. J’ai senti le ralentissement de mes symptômes avec une progression très rapide au début puis plus lente. Depuis septembre, l’essai clinique a enfin commencé. Cela va permettre de savoir si le ralentissement de la maladie est bien lié au traitement et si celui-ci peut alors être ouvert à plus de patients.

Votre livre est un témoignage d’espoir pour tous les malades (Leah Stavenhagen est paralysée des quatre membres)… ❯ Je me sens très chanceuse d’avoir accès à un traitement même si je suis réaliste et que je sais que les chances ne sont pas de mon côté. J’espère transmettre cet espoir à d’autres malades et que d’autres patients auront accès à ces traitements expérimentaux car on peut avoir une vie plus longue que ce que les médecins annoncent. Et oui, une chaise roulante n’empêche pas de vivre. Je participe à la vie, je vais au restaurant… Je me suis même mariée en 2020 !

La sclérose latérale amyotrophique (SLA), plus connue sous le nom de maladie de Charcot, est une maladie neurodégénérative incurable. En moyenne, une personne malade ne survivra pas au-delà de 3 à 5 ans. Chaque jour en France, 5 personnes reçoivent un diagnostic de SLA et 4 personnes en meurent. Tout le monde peut être victime de la maladie de Charcot, sans aucune prédisposition.

Pourquoi avez-vous créé une association* ?

Tout d’abord pour soutenir la recherche et faire parler de la maladie. Plus nous arrivons à sensibiliser et plus nous pouvons avoir de l’argent pour trouver des traitements. Et aussi pour rassembler des jeunes femmes qui ont la maladie de Charcot. Quand j’ai cherché après mon rendez-vous chez le neurologue des témoignages sur internet, je n’ai vu que des hommes et des personnes plus âgées et des conseils de neurologue pas adaptés aux jeunes femmes. Nous n’avons pas du tout les mêmes interrogations selon l’âge. Ce qui me préoccupe moi, comme les autres jeunes femmes qui ont la maladie, c’est si je pourrai avoir une famille. Nous sommes aujourd’hui un peu plus de 40 dans l’association et je me sens moins seule.

*Her ALS story

Propos recueillis par Anne-Sophie Glover-Bondeau

J’aimerais danser encore –Ma vie avec la maladie de Charcot, Leah Stavenhagen et Sarah Gaudron, Éditions de l’Archipel, mai 2022.

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©Editions de l'Archipel © Leah Stavenhagen

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5, rue de Palestro - 75002 Paris Sur rendez-vous Tel : 01 40 28 33 17

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