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OC TOBRE 2015 : N°39 ENVIRONNEMENT

Améliorer la qualité de l'air

Un enjeu d'échelle métropolitaine CHIFFRES-CLÉS

L’amélioration de la qualité de l’air sur le territoire de la future Métropole Aix-Marseille Pro-

1 SUR 2

vence est un enjeu de société, au cœur de plusieurs thématiques croisées qui intéressent

C’est le nombre de jours où la qualité de l’air est insuffisante sur le territoire métropolitain

60%

C’est la part de la population métropolitaine qui habite dans une zone exposée au dépassement des seuils pour la protection de la santé liés à l’ozone

6,8

%

C’est la part de la population métropolitaine qui habite dans une zone exposée au dépassement des seuils pour la protection de la santé liés aux particules en suspension

1 an DE VIE GÂCHÉ

C’est 6 mois d’espérance de vie en moins liés à la mauvaise qualité de l’air et 6 mois perdus dans les bouchons (Air Paca)

l’Agam. C’est pourquoi il a semblé important de restituer les grands éléments de connaissance sur la qualité de l’air. Sur un territoire très impacté par la pollution de l’air extérieur, classée cancérigène par l’Organisation Mondiale de la Santé en 2013, le premier défi est sanitaire. Réduire durablement l’exposition de la population est indispensable pour garantir un cadre de vie de qualité. C’est en particulier le cas dans les centres urbains, appelés à être de plus en plus denses et qui cumulent d’autres nuisances comme le bruit et le phénomène d’îlots de chaleur. Il s’agit également de réduire les inégalités environnementales, spatiales et d’améliorer l’attractivité du territoire. D’autre part, tendre vers le respect des seuils de qualité de l’air définis par l’Union européenne évitera à la France les contentieux avec la Cour de justice européenne, comme c’est aujourd’hui le cas pour les particules. L’une des réponses est de conduire une politique intégrée de réduction des émissions à une échelle de territoire pertinente. Les réflexions à venir sur les politiques de logement, de mobilité et de développement dans l’élaboration du SCoT métropolitain devraient contribuer à apporter des réponses plus qualitatives et respectueuses vis-à-vis des enjeux environnementaux et de qualité de vie. Le défi est aussi d’intégrer les politiques climatique et énergétique dans une double logique : baisse des émissions de gaz à effet de serre, adaptation aux évolutions en cours.


ENVIRONNEMENT

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Qualité de l'air : un enjeu d'échelle métropolitaine

Éléments de connaissance Une mauvaise qualité de l’air...

... malgré une tendance à la baisse de la pollution de fond depuis 10 ans

La Métropole s’inscrit dans l’une des régions les plus polluées de France et dans le département le plus pollué de

C’est le cas pour les particules en suspension (- 15 %), les

PACA. L’indice de la qualité de l’air (IQA) renseigne chaque

oxydes d’azote à l’ouest du territoire (- 10 %) et le dioxyde

jour sur la pollution atmosphérique globale en une quin-

de soufre pour lequel la valeur limite pour la protection

zaine de points sur le territoire métropolitain.

de la santé n’est pas dépassée en 2013. Ces diminutions

Le territoire connaît une pollution de fond à l’ozone très mar-

s’expliquent notamment par :

quée : plus d’un habitant sur deux y est exposé. Cette pollution

 la modernisation et le renouvellement du parc de véhi-

touche particulièrement les zones périurbaines, en raison du

cules : avancées technologiques telles que les pots cata-

déplacement de la masse d’air au moment de la réaction pho-

lytiques et l’optimisation de l’injection en carburant, sous

tochimique. Depuis 10 ans, les niveaux de fond ne sont pas

l’impulsion des normes européennes d’émissions "Euro" ;

respectés. La valeur cible pour la protection pour la santé est

 la diminution des rejets industriels : réglementation

dépassée sur la quasi-totalité des stations de mesure en 2013.

contraignante, modernisation de l’outil de production,

Cette situation est d’autant plus problématique qu’à l’avenir,

changement de sources d’énergie, baisse d’activité… ;

le changement climatique pourrait générer des épisodes de

 le développement des transports en commun et des

canicule plus fréquents et des pics d’ozone plus nombreux.

modes doux porté par les collectivités territoriales.

L’année 2003 pourrait vraisemblablement devenir la norme.

Cette situation est à nuancer : la dynamique est inégale

À l’est de la Métropole, la qualité de l’air est particuliè-

selon les zones et elle ne suffit pas toujours pour garantir

rement dégradée par le trafic routier, ce qui se traduit

une bonne qualité de l’air. D’autant qu’on estime que le

par des émissions élevées de particules en suspension,

parc de véhicules vieillissant mettra près de 20 ans à se

d’oxyde d’azote et de monoxyde de carbone. L’ouest du

renouveler tandis que la mobilité de la population pro-

territoire est davantage marqué par la présence d’indus-

gresse toujours. La dernière Enquête Ménages Déplace-

tries lourdes, implantées en grande partie sur le pourtour

ments (2009) indique que les distances parcourues ont

de l’étang de Berre et dans le golfe de Fos. Ces activités

augmenté de 16 % sur la période 1997 - 2009 à l’échelle des

génèrent notamment du dioxyde de soufre.

Bouches-du-Rhône.

N  D ÉPLACEMENT DU PIC D'OZONE AU COURS DE LA JOURNÉE DU 2 JUILLET 2009. Source : Air PACA.


ENVIRONNEMENT

Qualité de l'air : un enjeu d'échelle métropolitaine

Des conditions aggravantes

émissions. Une politique de densification urbaine peut donc s’avérer contre-productive en matière de qualité de

Les conditions climatiques accentuent la pollution anthro-

l’air, si elle ne s’accompagne pas d’une réduction du trafic

pique. L’ensoleillement favorise la formation d’ozone. La

automobile.

faible pluviosité maintient les particules dans l’atmosphère et le vent les remet en suspension. Il place éga-

Des variations saisonnières

lement certains espaces – Port-Saint-Louis-du-Rhône, Marignane et Châteauneuf-lès-Martigues notamment –

Elles sont à lier aux conditions climatiques et aux usages

sous les rejets des établissements industriels du bassin de

associés. En hiver, le chauffage des bâtiments et les situations

l’étang de Berre. Les brises marines déplacent les masses

anticycloniques se traduisent par des émissions de particules

d’air chargées en ozone de la mer vers les terres en lien

plus élevées. En 2013, c’est cette pollution aux particules qui

avec la différence de température sur terre et en mer.

a le plus souvent été à l’origine des indices de qualité de l’air

Croire qu’un coup de vent nettoie le ciel de toute pollu-

"médiocre" et "mauvais" sur le territoire métropolitain.

tion s’avère souvent inexact. Seul un vent modéré à fort,

A l’inverse, en été, la pollution à l’ozone est plus marquée

de secteur nord-ouest (Mistral) peut donner lieu à une

du fait du rayonnement solaire, bien que le nombre d’épi-

bonne qualité de l’air.

sodes de pollution soit variable d’une année à l’autre selon

Par ailleurs, la forme urbaine a des conséquences non

l’ensoleillement. Ils ont par exemple été très nombreux

négligeables sur la qualité de l’air. Plusieurs paramètres

lors de l’année caniculaire de 2003, beaucoup moins en

entrent en ligne de compte parmi lesquels la répartition

2013 et 2014.

spatiale des bâtiments, leur hauteur, le rapport hauteur / largeur d’une voie, son orientation par rapport

Les dispositifs d’alerte en cas de "pic"

aux vents dominants ou sa pente. Les rues "canyon" des centres anciens, très étroites et bordées de bâtiments

Le dispositif préfectoral, déclenché en cas de pic, est

hauts qui freinent les vents, concentrent davantage les

gradué en deux niveaux : recommandations sanitaires et comportementales (seuil d’information / recommanda-

Remplacement de la flotte de la RTM à Marseille

tion) auxquelles s’ajoutent des restrictions d’activités obli-

La Régie des transports marseillais (RTM) qui compte 600 véhicules d’une moyenne d’âge supérieure à 7 ans, investit 100 millions d’euros chaque année pour leur remplacement. Elle a passé commande en 2015 de 6 autobus 100% électriques, après avoir testé le modèle sur la L83, ligne la plus fréquentée de la ville reliant le Vieux-Port à la Pointe Rouge. L’i2e est le premier autobus urbain fonctionnant sur batterie.

mation, 14 jours d’alerte – et pour les particules – 53 jours

gatoires comme la réduction de la vitesse sur autoroute (seuil d’alerte). En 2013 dans les Bouches-du-Rhône, le dispositif a été déclenché pour l’ozone – 19 jours d’inford’information, 2 jours d’alerte. Une procédure spécifique à la zone industrielle de Fosétang de Berre (STERNES) permet notamment d’anticiper un épisode de pollution au dioxyde de soufre, en demandant aux industriels de réduire leur activité de façon préventive (128 procédures en 2013).

POLLUANTS

Ozone (O3)

Particules en suspension (PM10, PM2,5)

Oxydes d’azote (dont NO2) Dioxyde de souffre (SO2)

ORIGINES

PRINCIPAUX EFFETS SUR LA SANTÉ

EXEMPLES DE MANIFESTATIONS CLINIQUES

Réaction au rayonnement solaire (UV) des oxydes d’azote, des composés organiques volatils et monoxyde de carbone

Altération des fonctions respiratoires

Toux sèche, gêne et douleur respiratoires, essoufflement à l’effort…

Causes anthropiques : transport routier (diesel), activités industrielles, centrales thermiques Causes naturelles : pollen, sable du Sahara, embruns...

Altération des fonctions respiratoires et cardiovasculaires

Bronchite chronique, augmentation du risque d’infarctus (particules fines), effet cancérogène…

Transports routiers, installations de combustion

Altération des fonctions respiratoires et cardiovasculaires

Essoufflement à l’effort, laryngite, rhinite, bronchite chez l’enfant asthmatique…

Procédés industriels et combustion des carburants fossiles (ex. : fioul, charbon, gazole)

Altération des fonctions respiratoires

Toux, sifflements, exacerbation de l’asthme et des bronchites chroniques chez les personnes sensibles, irritation oculaire…

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ENVIRONNEMENT

Qualité de l'air : un enjeu d'échelle métropolitaine

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Données de cadrage Les documents de référence

nisme de définir les attendus en matière de qualité de l’air, afin de limiter l’exposition des populations dans les zones

La loi de transition énergétique pour la croissance

présentant des dépassements de valeurs limites, en parti-

verte (loi n°2015-992 du 17 août 2015) permet la mise en

culier pour les émissions de particules et d’oxydes d’azote.

place de mesures relatives à la qualité de l’air, en particulier

Les Plans Climats Énergie Territoriaux (PCET), obligatoires

la mise en place d’un plan national de réduction des émis-

pour les collectivités de plus de 50 000 habitants, abordent la

sions de polluants à arrêter avant le 31/12/2015 et, à l’échelle

qualité de l’air sous l’angle de la réduction des émissions de

communale, la possibilité pour les maires, de restreindre

gaz à effet de serre. Quatre EPCI ont approuvé leur plan : la

la circulation pour les véhicules les plus polluants dans les

CPA (2012), MPM (2012), PAE (2012), le SAN Ouest Provence.

zones couvertes par un plan de protection de l’atmosphère

Les acteurs de la qualité de l’air

("zone de circulation restreinte"). Le Schéma Régional Climat Air Énergie (SRCAE) de PACA (2013) fixe des objectifs de réduction pour plusieurs

L’association Air PACA est agréée pour la surveillance de

polluants : - 30 % de particules fines en 2015, - 40 % d’émis-

la qualité de l’air à l’échelle de PACA. Elle est née en 2012

sions d’oxyde d’azote en 2020, - 30 % d’émissions de com-

de la fusion d’ATMO PACA et d’Airfobep (www.airpaca.org).

posés organiques volatils en 2020 (par rapport aux émis-

La Préfecture élabore le PPA et met en place les dis-

sions de 2007). Il définit quatre types d’orientations, dont

positifs d’information et d’alerte de la population (www.

certaines sont ciblées sur la qualité de l’air : amélioration

bouches-du-rhone.gouv.fr).

des connaissances, application des réglementations exis-

Le Conseil régional PACA est le chef de file de l’orga-

tantes (ex. : le brûlage à l’air libre), information / sensibilisa-

nisation des modalités d’actions des collectivités pour

tion des acteurs, réduction des pollutions dans les zones

l’exercice de la compétence qualité de l’air (loi MAPAM du

les plus exposées. Le schéma propose notamment la mise

27/07/2014). Il élabore le SRCAE (www.regionpaca.fr).

en œuvre de plan d’urgence pour la qualité de l’air (PUQA),

Les EPCI exercent la compétence de lutte contre la pollu-

prioritairement dans le domaine des transports, dans les

tion de l’air de manière obligatoire pour les communautés

agglomérations les plus polluées.

urbaines et optionnelle pour les communautés d’agglomé-

Le Plan de Protection de l’Atmosphère (PPA) des

ration. Tous les EPCI de la future Métropole Aix-Marseille-

Bouches-du-Rhône (2013) propose des actions réglemen-

Provence l’exercent, à l’exception du SAN Ouest Provence.

taires, incitatives et d’accompagnement, pour réduire les

Les communes exercent la compétence de lutte contre la

émissions et mettre en place des mesures d’urgence en

pollution de l’air, si elle n’a pas été transférée à l’EPCI dont

cas de pic. Il demande notamment aux documents d’urba-

elles sont membres.

SCoT

Compatibilité

PCET

Prise en compte

Prise en compte

N  LIENS D'OPPOSABILITÉ ENTRE LES DOCUMENTS DE RÉFÉRENCE

SRCAE

Compatibilité

Compatibilité

Demande d’intégrer une réflexion sur la qualité de l’air

Compatibilité

PLU

Compatibilité

PPA

PDU


ENVIRONNEMENT

Qualité de l'air : un enjeu d'échelle métropolitaine

La thématique dans les SCoT et les PLU

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PAROLES D’ACTEUR

L’amélioration de la qualité de l’air est généralement abor-

Dominique ROBIN Directeur d’Air PACA

dée de manière indirecte, sous l’angle de la réduction des déplacements en voiture, du développement des transports en commun et des modes doux (vélo, marche à pied). Les SCoT et les PLU tentent notamment d’articuler l’intensification urbaine à des transports en commun performants, en site propre, parfois associés à des parkingsrelais. D’autres projets sont en train d’émerger sur l’évaluation de l’impact de scénarios d’aménagement sur la qualité de l’air, grâce à des outils tels que la modélisation mais aussi sur la réglementation, voire l’interdiction d’implantation d’équipements recevant un public sensible (enfants, personnes âgées, malades…) dans des zones où les seuils européens de qualité de l’air ne sont pas respectés (ex. : crèches, écoles, terrains de sport, hôpitaux, maisons de retraite...).

Projet du Boulevard Urbain Sud à Marseille Ce "grand parc linéaire" à travers la ville, reliant le secteur de la Pointe Rouge à l’autoroute A50 et à la rocade L2, donnera une place importante aux modes doux de déplacement et aux transports en commun. La végétalisation de ce boulevard limitera la diffusion des particules vers les habitations. © ILEX-EGIS

Quatre sites en région PACA sont en situation de dépassement des normes "limite" établies en 2008 par la directive européenne CAFE 1 alors qu’elles sont deux fois moins strictes que les valeurs de l’OMS. Sur la Métropole, 250 000 personnes sont ainsi exposées, concentrées dans les centres urbains de Marseille, d’Aix-en-Provence et la proximité des grands axes. Sur le territoire métropolitain, on observe une baisse de 20 % des émissions d‘oxydes d’azote liées aux transports depuis 2003 ce qui correspond à la moyenne nationale mais il existe de grandes disparités. La situation de certains centres urbains s’est beaucoup améliorée tels Istres ou Arles qui apparaissent comme exemplaires avec des baisses de - 40 à - 50 %. Ces communes ont limité la place de la voiture dans leur centre et les industriels ont limité leurs rejets d’oxyde d’azote. À Marseille ou à Aix, on est en moyenne entre - 15 et - 18 % mais par contre, la situation s’est dégradée sur la plupart des grands axes. On veut des zones pacifiées avec une meilleure qualité de vie à l’échelle des quartiers mais en même temps on continue d’avoir des flux importants de voitures qui viennent de l’extérieur. La question ne peut pas être résolue localement. La qualité de l’air est tributaire de la cohérence des politiques publiques notamment à une échelle plus large qui renvoie à la question métropolitaine. La métropole va créer l’opportunité de limiter les cloisonnements entre transport et aménagement. Un rapport récent du Sénat a mis l’accent sur l’impact économique de la pollution de l’air et souligne l’intérêt de l’action compte tenu du coût de l’attentisme. De notre côté, nous souhaiterions également travailler sur les Impacts économiques indirects tels que l’image des territoires, question fondamentale sur notre territoire en lien avec l’attractivité. 1. Clean Air for Europe.

 ”

Clés de vocabulaire  Pollution de fond : niveau moyen de pollution calculé sur une période de temps assez longue et à laquelle la population est exposée de

manière chronique.  Pollution de pointe : niveau de pollution élevé ou "pic", auquel la population est ponctuellement exposée.  Seuil d’information et de recommandation : niveau de pollution au-delà duquel une exposition de courte durée génère un risque pour la santé des personnes sensibles telles que les enfants et les personnes âgées.  Seuil d’alerte : niveau au-delà duquel une exposition de courte durée génère un risque pour la santé de toute la population.


ENVIRONNEMENT

CARTE D

Source : Air PACA 2014 - © Agam - Octobre 2015

6

’IDENT

ITÉ DU

PARFAIT POLLUE UR Sexe : ............ .......... m Age : .. asculin ............ ....... 35 Statut -49 ans : .......... ............ Niveau ..... acti d’étude Réside f s : .....d nce : .. iplômé ............ Transp ort : .... ........ zo n ............ .... véhic e périurbaine ule part iculier

CONTRIBUTION DES DIFFÉRENTS POLLUANTS AU CLASSEMENT DE L’INDICE DE QUALITÉ DE L’AIR JOURNALIER EN 2014

34%

14%

25%

22%

1%

44%

23% 62%

41%

Sausset-les-Pins Carry-le-Rouet

Marseille

NO2

N  L'ÉTAT DE LA QUALITÉ DE L'AIR À L'ÉCHELLE DE LA MÉTROPOLE

D3

PM

34% Marignane Châteauneuflès-Martigues

Plusieurs polluants


ENVIRONNEMENT

Qualité de l'air : un enjeu d'échelle métropolitaine

Des démarches locales à suivre Le projet Gouv’airnance a pour objectif de réduire la pollution de l’air en Méditerranée par la mise en place de moyens de mesure et d’une gouvernance territoriale intégrée. Marseille y participe au même titre que Valence

7

PAROLES D’ACTEUR Muriel ANDRIEU SEMMEL Adjointe à la Mission santé environnement, direction Santé publique et environnementale, ARS PACA

(Espagne), Aqaba (Jordanie) et Alfayhaa (Liban), en partenariat avec Air PACA et l’Agence des villes et des territoires méditerranéens durables (AVITEM). Le projet EOP AIR (PCET Ouest Provence) est lauréat de l’appel à projet de l’ADEME "AACT’AIR" (2014). Développé avec l’ADEME, son objectif est d’apprécier l’impact sur la qualité des mesures mises en œuvre sur le territoire dans le cadre du Plan Climat. L’idée est d’affecter un "poids qualité de l’air" à chaque action. À terme, cet outil informatique pourra être utilisé par toutes les collectivités. Dans le cadre du Plan d’urgence pour la qualité de l’air (PUQA), une convention de partenariat a été signée en 2013 entre MPM et Air PACA. L’ambition est d’intégrer la qualité de l’air en amont des prises de décision et, à terme, de mettre en œuvre des mesures expérimentales ciblées sur les transports et l’espace public, sur un territoire restant à définir. MPM et Air PACA se sont également associées pour créer un indice synthétique de la qualité de l’air, en collaboration avec Air Rhône-Alpes. Il s’agit d’un indice expérimental d’exposition multi-polluants prenant en compte le dioxyde d’azote, les particules en suspension et l’ozone. Il permet de modéliser la qualité de l’air sur le territoire. Une carte a ainsi été réalisée pour l’année 2013 dans le cadre de l’Atlas de l’environnement de MPM (édition 2015). Cette modélisation a été étendue à la Métropole en 2015. Le Bilan environnemental des déplacements (BED) de MPM (2013) a été réalisé par l’Agam à la demande de la communauté urbaine. Il a notamment permis d’analyser finement l’impact des déplacements "du réservoir à la roue" sur la pollution de l’air, en croisant les données de l’Enquête Ménages Déplacements (2009) avec le modèle européen COPERT IV. L’étude confirme la prédominance de la voiture particulière dans les émissions locales : 71 % des oxydes d’azote, 76 % du monoxyde de carbone, 82 % des particules. Elle souligne que les non-résidents contribuent davantage aux émissions que les résidents de MPM, dans la mesure où les trajets d’échanges sont plus longs et réalisés majoritairement en voiture. L’étude a également permis de caractériser les émissions des résidents de MPM selon des critères tels que l’âge, l’activité, le niveau d’étude, et d’établir un profil-type du "parfait pollueur".

L’enjeu de la pollution atmosphérique est à la fois sanitaire et économique. Des résultats du programme CAFE 1 ont été publiés en 2011 : 42 000 décès / an en France seraient liés à la pollution de l’air par les particules. Les coûts pour notre système de soin sont estimés pour les seuls effets directs de la pollution de l’air entre 1 et 1,8 milliard / an, ce qui correspond au budget annuel du ministère de la Santé. À Marseille, la perte d’espérance de vie d’un adulte de 35 ans liée à la pollution aux particules est de 7,5 mois, deux fois plus qu’un adulte vivant à Toulouse. Dans les Bouches-du-Rhône, 1/5e de la population est exposée à au moins un dépassement des valeurs limites par an. Ces seuils constituent un compromis sanitaire et économique et il convient de tendre progressivement vers les valeurs guide de l’OMS, plus contraignantes mais plus conservatrices pour la santé. Les effets sanitaires se traduisent majoritairement par des maladies inflammatoires des voies respiratoires (80 %) : bronchites, allergies, asthme, mais également des maladies cardio-vasculaires (10 %) et des risques accrus de cancers (10 %), en particulier dus aux particules diesel, classées depuis juin 2012 par le centre de recherche sur le cancer au niveau 1, niveau le plus élevé de nocivité pour la santé. Le projet Aphekom 2 a montré qu’habiter à proximité du trafic routier est responsable de 15 % des asthmes chez l’enfant. Il faut rappeler que respirer un air sain est vital, chaque personne respire en moyenne 15 m3 d’air par jour. Au-delà des procédures d’urgence liées aux épisodes de pollution atmosphérique, la priorité en matière de santé publique est d’agir pour diminuer les niveaux moyens de polluants dans l’air ambiant pour éviter les effets chroniques pour la population. Le rôle de l’ARS est de sensibiliser et d’informer la population. Lutter contre la pollution atmosphérique passe surtout par des actions de réduction des émissions intersectorielles : transports, énergie, agriculture... C’est aussi une affaire individuelle de changement de nos modes de vie en réduisant l’utilisation de la voiture individuelle et en favorisant les transports collectifs, ce qui ne peut se faire qu’en repensant l’aménagement de nos villes et de leurs banlieues. La santé est devenue un plaidoyer pour soutenir des actions en faveur d’un environnement plus sain. Cela passe par une autre approche qui prend en compte les déterminants de santé dans l’aménagement du territoire et les opérations de renouvellement urbain.

1. Clean Air for Europe : le programme "Air pur pour l'Europe" a pour mission d'établir une stratégie contre la pollution atmosphérique et de protection de la santé humaine et de l'environnement. 2. P rogramme européen d'évaluation de l'impact de la pollution atmosphérique sur la santé des habitants de 25 villes européennes incluant 9 villes françaises, dont Marseille.


ENVIRONNEMENT

Une commission d’enquête sénatoriale sur l'estimation du coût économique et financier de la pollution de l’air a publié son rapport le 15 juillet 2015. Cette estimation de 100 milliards d'euros comprend le coût sanitaire mais aussi les coûts cachés comme la baisse des rendements agricoles et la réfection des bâtiments. Elle serait sousestimée du fait que de nombreux polluants ne sont pas surveillés, que certains effets sur la santé ne sont pas testés, sans parler de la combinaison entre polluants aujourd’hui difficile à évaluer et pourtant sans doute très impactante. Le rapport constate "l’échec des mesures prises depuis vingt ans" et liste un ensemble de propositions dont la première est de "conduire une évaluation de la loi Laure et en adapter le contenu (…)".

COÛT NON SANITAIRE

"Le coût de l’inaction" face à la pollution de l’air s’élèverait à près de 100 milliards d’euros chaque année pour la France

COÛT SANITAIRE

Qualité de l'air : un enjeu d'échelle métropolitaine

8

portrait

COÛT TANGIBLE - Coût pour le système de santé (hospitalisation, soins de ville...) - Absentéisme et perte de productivité COÛT INTANGIBLE - Mortalité : décès prématurés - Morbidité : perte de bien-être, douleurs, aspects psychologiques COÛT TANGIBLE - Baisse des rendements agricoles et forestiers - Dégradation du bâti et coût des réfections - Dépenses de prévention, de surveillance et de recherche COÛT INTANGIBLE - Dégradation des écosystèmes et perte de biodiversité - Nuisances psychologiques, olfactives ou esthétiques

portrait

En savoir plus Bibliographie • Impact sanitaire de la pollution de l’air dans neuf villes françaises : résultats du projet Aphekom, Institut de veille sanitaire, 2012

• Livre blanc des transports métropolitains Aix Marseille Provence, Mission interministérielle pour le projet métropolitain AixMarseille-Provence, 2014

• Rapport Sénat, N°610, Commission d'enquête sur le coût économique et financier de la pollution de l'air, juillet 2015

Études Agam • Bilan environnemental des déplacements, CU MPM, Agam, 2013 • PLU de Marseille, rapport de présentation, Tome 1, Ville de Marseille, CU MPM, Agam, 2012 • Regards de l'Agam n°22 - Développement durable : la flambée des indicateurs, Agam, juin 2014

Sites internet • Site de l’association Air PACA, agréée pour la surveillance de la qualité de l’air à l’échelle régionale : www.airpaca.org • Site de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement de PACA (DREAL PACA), mettant notamment à disposition le Schéma régional climat air énergie de PACA (SRCAE PACA) : www.paca.developpementdurable.gouv.fr

• Site de la Commission sénatoriale sur le coût économique et financier de la pollution de l’air : www.senat.fr

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Directeur de la publication : Christian Brunner Rédaction : Agathe Miton, Karine Millereux, Isabelle Collet Conception / Réalisation : Pôle graphique Agam Marseille - Octobre 2015 Numéro ISSN : 2266-6257

Agence d’urbanisme de l’agglomération marseillaise Louvre & Paix – La Canebière – CS 41858 13221 Marseille cedex 01 Tél : 04 88 91 92 11 - e-mail : agam@agam.org

Toutes nos ressources @ portée de clic sur www.agam.org

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Regards de l'agam n°39 ENVIRONNEMENT Améliorer la qualité de l'air, un enjeu d'échelle métropolitain  

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