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5. Mobilité : et si on était au début d’une nouvelle histoire ? Jeudi 7 février 2013

Avec François BELLANGER, Il est le fondateur de TRANSIT-CITY – Urban & Mobile think tank, structure spécialisée dans la réflexion prospective sur les villes, la mobilité et les modes de vie. Ce programme, qui est soutenu par une quinzaine de grandes entreprises est né de la volonté de décloisonner la réflexion prospective en réunissant régulièrement des acteurs venant d’horizons très différents (immobilier, transport, commerce, architecture, design, nouvelles technologies)... Dans le cadre de TRANSIT-CITY, François BELLANGER conduit depuis une dizaine d’années, de nombreuses missions de réflexions de prospectives urbaines à travers le monde. Il a passé plusieurs années de sa vie professionnelle à l’étranger, soit en parcourant la planète (notamment un Tour du monde en 2006-2007) soit comme expatrié au Canada.

Le thème de la mobilité est une des préoccupations majeures des usagers du territoire. Les questions de mobilité ont formaté la ville. Dans les années 60, nous avons du adapter la ville à l’automobile. François BELLANGER évoque les mutations qui nous obligent, aujourd’hui, à repenser la mobilité et s’interroge sur les modèles à suivre. Sa présentation pioche dans les tendances et les initiatives à l’échelle mondiale pour montrer les évolutions possibles.


CONSTATS DÉRÈGLEMENTS CLIMATIQUES Le climat se dérègle au niveau planétaire, y compris dans les pays riches.

le cas aujourd’hui avec New York qui a évacué près de 300 000 personnes en décembre 2012. Une réflexion prospective sur les nouveaux enjeux liés à l’inondation de Manhattan est en cours.

POLLUTION

L’exemple de l’Australie : les sécheresses deviennent plus fortes et plus récurrentes chaque année. 72 % des australiens vivent en périphérie actuellement. Mais à cause du changement climatique, ils remettent en cause leurs politiques publiques, ils revoient leur urbanisme et s’engagent aujourd’hui vers une intensification urbaine pour stopper l’étalement urbain.

En Chine, Pékin vit 4 à 5 mois par an dans un brouillard de pollution. Des tempêtes de neiges artificielles sont déclenchées pour lutter contre ce problème. Dans ce contexte l’idée de « 2 milliards de voitures pour tous » estelle encore crédible ? A Pékin, aujourd’hui, la collectivité organise des loteries pour donner l'autorisation d’acheter une voiture. Elle limite ainsi les achats.

DÉMOGRAPHIE ET URBANISATION La prospective démographique annonce que nous serons 9 milliards d’humains en 2050 : 2 milliards de "riches", 2 milliards de "classe moyenne", 5 milliards de "pauvres". La croissance économique demain aboutira à une consommation des ressources équivalentes à celle de 2 planètes : une situation intenable. Nous étions peu d’hommes pour beaucoup de richesses, les choses vont s’inverser demain, nous serons beaucoup d’hommes pour peu de richesses.

Aux Etats-Unis, on observe une augmentation des phénomènes climatiques extrêmes comme les tornades. La presse américaine s’empare de ces sujets. « La fiction devient réalité ». La fiction imaginait des évacuations de grandes envergures sur les métropoles américaines, c’est

Le modèle de consommation occidental est diffusé partout dans le monde, mais il ne peut plus tenir. Les réflexions prospectives actuelles ne peuvent pas être des réponses pour les nouvelles mégalopoles. Les transports de demain doivent s’inventer autrement.

REPENSER LA VILLE POST CARBONE : QUELS MODELES ? Le Japon peut-il être un modèle ? 60 % des Tokyoïtes n’ont pas de voiture. Ils n’ont pas de place, pas de frigo, font leur courses tous les jours. On observe alors un retour à la proximité. Cela change les Sur le territoire eufaçons de voir et de penser la mobilité.

Comment doit fonctionner une ville post-carbone ? La ville occidentale de demain est idéalisée et le « green washing » est partout sans renouvellement des idées.

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QUELS MODÈLES ?

ropéen, il y a une difficulté à penser autrement

En Inde, la Suisse est vue comme un idéal urbain, elle représente l’inverse des villes indiennes : respect sur la route, trottoirs propres… On crée ainsi des villes privées sur le modèle suisse.

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En France, l’idéal était la ville américaine : un pavillon, un grand frigo, de grandes voitures avec de grands coffres. C'est un autre modèle de consomation qui engendre une autre mobilité. Ce n'est plus viable aujourd’hui, le modèle s’écroule.


Les rendez-vous du jeudi Dès 2011, un basculement s'opère. Les centres urbains redeviennent riches, les périphéries s’appauvrissent. Le schéma d’urbanisme américain qui faisait modèle se rapproche plus aujourd’hui du schéma français. On parle aujourd’hui de densité urbaine, de densité de transport. C’est une révolution sociale également, les choses se passent très vite.

CHANGEMENT DE MODÈLE Aux Etats-Unis en 2008, lorsque le baril de pétrole est passé à 100 $, la consommation des centres commerciaux a baissé. Résultat : plus aucun centres commerciaux périphériques n'a été construit depuis 2008. En France, on continue à en construire.

Le prix de l’essence est déterminant mais pas uniquement. Les nouvelles générations ne s’intéressent plus à la voiture. On achète au centre-ville : la proximité prime pour les achats-plaisir, pour le reste, on achète sur internet. On ne va plus faire ses courses en périphérie. Nous sommes dans des basculements lourds, climatiques économiques et urbains.

EXEMPLES DE REFLEXIONS ET D’ACTIONS NOUVELLES DE NOUVEAUX ACTEURS DE LA MOBILITÉ / DE NOUVEAUX IMAGINAIRES

OPEN INNOVATION

Il existe un foisonnement d’initiatives pour repenser les Décathlon s’est beaucoup développé en Chine, mais les objets du quotidien. Sur les objets mobiles, il y a une embouteillages récurrents posent des problèmes pour demande d’individualisation, de personnalisation. Toyota leur distribution. Des marques comme Carrefour déveprésente son nouveau modèle de voiture au Salon du loppent des transports collectifs pour amejouet de Tokyo. Lego est vu comme modèle ner des clients dans leurs magasins. Les et cela s’applique désormais aux voitures. On La modernité en nouveaux acteurs du transport ne seront matière de mobilité et repense également les process industriels par plus ceux d’aujourd’hui. Google est déjà un d’urbanisme s’est inven- les nouvelles pratiques du web collaboratif. opérateur de mobilité avec Google Earth. tée en Europe au 19e Ce sont de petits constructeurs émergeants Demain fabriquera- t-il des voitures ? siècle, aux Etats-Unis au comme Local Motors qui repensent l’objet voiture et non les acteurs historiques. Les nouveaux imaginaires de la mobilité 20e siècle et aujourd’hui, elle s’invente en Asie sont issus des mangas et de la bande dessiL’Europe envoyait les voitures d’occasion sur née. Les imaginaires japonais sont revisités le marché africain. Aujourd’hui, elles ne coraujourd’hui par les Etats Unis. Exemple à respondent plus à leurs besoins, car elles sont l’exposition universelle 2010 de Shanghaï : Général Motrop difficiles à bricoler. Elles sont remplacées par les tors présente des minis voitures électriques déjà présenRickshaw asiatiques qui démultiplient les mobilités et rétées au Japon en 2005. Ces voitures de demain indivivolutionnent la façon de se déplacer. Les réponses techduelles sont le contraire de celles d’aujourd’hui : petite niques occidentales ne sont plus pertinentes. On observe et sans coffre. de plus en plus d’échanges commerciaux sud / sud.

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Le monde de demain plus « frugal » verra émerger un nouveau modèle : le « Do- it yourself » où le bricolage et le « kit » dominerons. C’est la révolution des « makers » et le développement des imprimantes 3D l’illustre bien. Une nouvelle révolution industrielle émerge : l’usine quitte son entrepôt pour venir à domicile. L’âge moyen de l’achat d’une voiture neuve en France augmente : 54 ans aujourd’hui, c’était 50 ans, il y a 4 ans. C’est la fin d’un système. Les jeunes d’aujourd’hui pensent à la mobilité avec leur basket et leur téléphone, la voiture n’évoque rien pour eux.


Les rendez-vous du jeudi Le Drone est aussi révélateur d’une autre mobilité possible. Cette réflexion est issue de l’US Army. Demain, nous aurons des objets urbains qui vont voler au dessus de nos têtes. Les voitures seront couplées avec un drone. Et si la mobilité de demain n’avait pas de roues ? Michelin s’en inquiète. Le Japon pense l’avenir sans la roue. Ils ont des capacités à innover sur d’autres terrains. La voiture est subie, ce n’est plus un désir. Le corps devient un idéal. Les pieds sont synonyme de liberté, de souplesse (imaginaire très fort issu du Brésil). On entre dans un autre rapport au corps comme en témoigne la mode des tatouages ou des baskets et le développement des prothèses. Toutes ces évolutions nous obligent à repenser la mobilité.

Extraits d’échanges avec la salle la voirie, les trottoirs, là où seront ces objets. En effet, comment partager la voirie dans ce contexte ? Il est nécessaire de repenser la voirie avec ces nouveaux objets mobiles qui seront de plus en plus présents sur nos routes.  Qu’en est-il de la mobilité de proximité ? Y a-t-il un renouveau de la marche en milieu urbain ? La marche a toujours été très présente, cependant, les études d’analyse des déplacements ne la prenait pas en compte. L’enquête ménages déplacement révèle aujourd’hui qu’à Marseille, on marche plus qu’à Lyon ou à Lille. La RATP s’y intéresse, 40 % des déplacements à Paris entre 2 ou 3 stations de métro seraient plus rapides à pied.  La

mobilité de demain sera-t-elle collective ou individuelle ? En France, on investit plutôt dans les transports collectifs. Mais, la créativité est plus importante sur les modes individuels où les moyens d’innovation sont plus souples. La frontière collectif / individuel est de plus en plus floue aujourd’hui, comme en témoigne l’essor des vélos en libre service. C’est un mode de transport individuel conçu comme une continuité du mode collectif. Les stations sont positionnées à proximité des métros.

 Qu’en est-il des longues distances et du rapport au temps ? La promesse du TGV, c’était la vitesse, aujourd’hui, c’est acquis, il n’y a plus d’innovations phénoménales dans ce domaine. Le coût pour « aller plus vite » n’est plus supportable. On propose, aujourd’hui, une autre promesse : la qualité de voyage. Au Japon, par exemple, le voyage en train est très confortable, aux Etats-Unis sur les longues distances, le train accueille même un cinéma. Plus de confort, cela peut être un meilleur cadencement, en Suisse, c’est sur ce créneau qu’ils innovent. Le rapport vitesse / temps est à réinterpréter autrement. Sur la grande distance, il peut y avoir aussi d’autres modes de déplacement, pourquoi pas le dirigeable ? Une étude préconise, par exemple, de supprimer les vols aériens pour des voyages de moins de 2 h. Autre phénomène, le moyen de transport devient un village de vacances, un lieu de destination. Le paquebot disparait en 1973, mais le marché des croisières explose aujourd’hui.  La prospective est un exercice difficile, les voies que prend l’innovation sont difficiles à déterminer. Qu’en est-il de la capacité du corps social à absorber ces changements ? Historiquement, la société est capable de grandes mutations et d’accepter les innovations. Par exemple, en 1973, 80 % des Français pensaient que le téléphone était un outil de travail et qu’ils n’en avaient pas besoin à leur domicile. Les objets innovants passent successivement d’une utilisation collective à une utilisation familiale, puis individuelle. L’inertie vient plutôt des grands acteurs et des politiques.

A RETENIR ❖ Les grands enjeux climatiques et environnementaux nous obligent à repenser la mobilité. ❖ L’innovation dans la mobilité s’inspire des nombreux changements dans la société actuelle : internet, nouveaux modes de consommation, personnalisation, imaginaires issus du Japon, … ❖ Aujourd’hui, nous avons 3 ou 4 façons de nous déplacer, demain, nous en aurons 50. Le défi sera d’organiser l’espace public pour que tous les modes de transport cohabitent.

Retrouvez le programme des conférences et des autres manifestations et évènements qui sont organisés dans le cadre de l’exposition sur notre blog : www.marseilledelavillealametropole.com

- Crédit photos : Transit-City, François Bellanger - Havaianas

 Cette présentation était focalisée sur les objets et trop peu sur l’espace :

Synthèse conférence de François Bellanger sur la mobilité  

Conférence organisée par l'Agam dans le cadre de l'exposition "Marseille de la ville à la métropole" de l'Agam

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